Affichage des articles dont le libellé est Chasse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chasse. Afficher tous les articles

lundi 12 septembre 2022

Découverte d'étranges pièges en forme de cerf-volant datant de la Préhistoire

D'étranges structures de chasse préhistoriques ont été repérées grâce à l'imagerie satellitaire, dans le nord de l'Arabie saoudite et le sud de l'Irak. Ces structures surnommées « cerf-volant » révèlent des pratiques de chasse méticuleuses qui remontent à 8.000 ans !

Elles peuvent s'étendre sur plusieurs kilomètres : les structures de chasse en « cerf-volant » remontent à près de 8.000 ans et démontrent des techniques de chasse très élaborées. Utilisées durant le Néolithique, ces installations sont constituées de murets en pierre qui forment des chemins dans lesquels les proies étaient guidées par les humains afin d'être piégées : elles se retrouvaient ensuite dans une enceinte centrale, la « tête » du cerf-volant, pour être tuées. Des cellules ont par ailleurs été retrouvées cachées dans les murs, qui pouvaient aussi servir de fosse de piégeage.

Déjà connus depuis des décennies, plus de 6.000 de ces pièges en entonnoir ont été retrouvés jusqu'à aujourd'hui, mais seulement dans les pays du Levant et en Arabie. Des chercheurs viennent d'en trouver de nouveaux grâce à l'imagerie satellitaire, 400 kilomètres plus loin que les précédents, qu'ils détaillent dans une étude publiée dans Holocene.

Ils fournissent des informations précieuses sur les peuples de la préhistoire

Par leur grande taille, et leur qualité d'élaboration, ces structures représentent les plus grandes trouvées datant de l'Holocène ; elles suggèrent une grande coordination et un grand nombre de personnes engagées dans la construction. Elles pourraient de plus signifier un certain statut social : des peintures rupestres de pièges en cerf-volant ont été retrouvées en Jordanie.

Selon l'étude, leur répartition indiquerait aussi un changement climatique ancien qui s'est produit il y a environ 6.000 ans : « On suppose qu'à une partie ultérieure de l'Holocène, l'environnement a changé et que le plateau d'Al Labbah est devenu inhabitable ». En effet, les cerfs-volants auraient été construits durant la phase humide de l'Holocène, une période qui a duré 4.000 ans et qui s'est terminée brutalement par des rétroactions entre la végétation et l'atmosphère.

Source : Futura du 11/09/2022

jeudi 31 décembre 2020

La chasse et la consommation de viande ont-elles vraiment joué un rôle important dans l’évolution humaine ?

Quels sont les facteurs ayant favorisé l'émergence du genre humain ? La question alimente toujours d'intenses débats entre scientifiques. Si la chasse et la consommation de viande ont largement contribué à l'accroissement du cerveau, d'autres voix s'élèvent pour proposer un processus d'encéphalisation multifactoriel qui se serait, entre autres, développé autour la mise en place du concept d'alloparentalité.

Aujourd'hui, la pratique de la chasse est un débat sociétal majeur. En témoigne l’actualité des dernières semaines autour de la législation de la chasse et de sa pratique. Au-delà de l'activité dite « sportive », la chasse est bien un héritage de nos comportements alimentaires. Ainsi, nous voyons apparaître des régimes tels que le régime « Paléo », enrichis en viande, en partant du postulat que la chasse était au cœur du quotidien des populations préhistoriques et que le régime de nos « ancêtres » était le bon.

Mais d'où vient cette idée ? Que disent réellement les données scientifiques sur la consommation de viande de nos « ancêtres » lointains ? La chasse et la viande ont-elles joué un rôle important dans l'évolution humaine ?

La découverte d’australopithèque

En 1925, l'anatomiste australien Raymond A. Dart publia la description des premiers restes d'australopithèque jamais découverts. Il s'agit d'un petit crâne, presque complet, conservant également l'empreinte négative de l'endocrâne (partie interne du crâne) et provenant d'une grotte d'Afrique du Sud. Il dénomma l'espèce Australopithecus africanus, mais le crâne sera surnommé l'enfant de Taung.

Par cette découverte majeure, le scientifique permit d'apporter la première preuve tangible d'une origine africaine de la lignée humaine. Hypothèse qui fut pour la première fois formulée par Charles Darwin en 1871, dans son célèbre ouvrage « The Descent of Man ». À l'époque, la publication ne fit pas l'unanimité car nombre de chercheurs considéraient que l'origine de la lignée humaine se situait soit en Asie, par la découverte de Pithecanthropus en 1891, ou en Europe, avant que la fraude de l’Homme de Piltdown ne soit révélée.

Les chasseurs de têtes sanguinaires

Malgré les critiques, Dart continua ses recherches en Afrique du Sud et étudia les fossiles d'animaux des sites de Taung et de Makapansgat. Il estimait que ces restes avaient été accumulés par les Australopithèques eux-mêmes. En analysant les modifications visibles sur les ossements ainsi que la représentation squelettique, il définira la « culture ostéodontokératique », signifiant littéralement « os - dent - corne ».

Selon lui, les australopithèques étaient de puissants chasseurs, capables de produire des outils à l'aide des os, des dents mais aussi des cornes des animaux qu'ils abattaient. Ils étaient des « chasseurs de têtes sanguinaires », parfois cannibales. Cette hypothèse, dénommée la « théorie du singe tueur », permettait à Dart de confirmer une seconde idée de Darwin : le processus d'hominisation aurait débuté lorsque nos « ancêtres » adoptèrent une marche bipède, libérant ainsi les mains et permettant la production d'outils et d'armes pour chasser. C'est la « hunting hypothesis » (hypothèse de la chasse), qui considère la chasse comme un comportement majeur dans l'évolution de la taille du cerveau (encéphalisation) au sein de la lignée humaine.

Les chasseurs devenus chassés

Les recherches de Dart firent forte impression, notamment auprès de l'auteur à succès Robert Ardrey qui publiera cinq best-sellers, African Genesis, dans lesquels il développera l'idée que « l'Homme est un prédateur dont l'instinct naturel est de tuer avec une arme ». Cette vision de l'origine de l'humanité fut plus tard reprise par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick lors de la production de la séquence d'ouverture du film 2001 : l'Odyssée de l'espace.

Bien entendu, les travaux de Dart furent sérieusement remis en question. Notamment depuis 1981 et la publication de l'ouvrage The Hunters or the Hunted ? An Introduction to African Cave Taphonomy par le taphonomiste sud-africain C. K. Brain. À travers cet ouvrage de référence, Brain démontra que les hominines anciens (catégorie regroupant l'ensemble des espèces appartenant à la lignée humaine depuis sa séparation avec celle des grands singes, il y a environ 7 millions d'années) étaient plus des proies que des chasseurs. Ils étaient, selon lui, régulièrement les proies de grands carnivores, et particulièrement des grands félins comme le léopard ou les tigres à dents de sabre. Ainsi, il réfuta la théorie du singe tueur et de la « Hunting Hypothesis ».

Cerveau, intestin et locomotion

Dans ce contexte de forte compétition entre les hominines et les carnivores démontrée par Brain, le rôle de la chasse au sein de l'évolution humaine a été fortement nuancé. Toutefois, en 1995, les paléoanthropologues Leslie C. Aiello et Peter Wheeler émettent l'hypothèse selon laquelle les besoins métaboliques d'un cerveau de grande taille sont compensés par une réduction proportionnelle de l'appareil digestif.

Cette réduction de la taille de l'intestin n'est envisageable, selon eux, seulement s'il y a un changement dans le régime alimentaire, incorporant des aliments à forte qualité nutritionnelle, comme la viande. En 2011, cette hypothèse fut remise en question par Ana Navarrete et ses collègues, qui proposèrent que l'encéphalisation a été rendue possible par une combinaison de stabilisation des apports énergétiques et d'une redirection de l'énergie de la locomotion, de la croissance et de la reproduction. En effet, les données prouvent que le coût en énergie de la posture bipède est beaucoup moindre que la brachiation (« arboricolie ») ou la quadrupédie observées chez les autres espèces de primates non-humains.

Enfin, il semble que les êtres humains ont évolué dans l'approvisionnement alloparental de la progéniture (prise en charge des petits par l'ensemble du groupe), en particulier pour le bénéfice des femelles reproductrices. Ces auteurs proposent que des soins allomaternaux extensifs permettent d'augmenter la taille du cerveau, et donc aussi les capacités cognitives, par rapport à leurs parents reproducteurs. Ce qui aurait permis de multiplier par trois environ la taille du cerveau par rapport à leur groupe frère, le genre Pan (chimpanzés) !

L'encéphalisation est donc un processus multifactoriel. Parmi ces facteurs se trouvent l'utilisation d'outils, du feu, l'amélioration des techniques d'approvisionnement en nourriture, le changement de régime alimentaire, la locomotion bipède...

Jusqu'à maintenant, nous avons largement et volontairement recentré notre propos sur l'encéphalisation. Toutefois, il est nécessaire de rappeler que l'augmentation relative de la taille du cerveau n'est pas l'unique caractère anatomique utilisé en paléoanthropologie afin de définir l'espèce humaine. Nous pouvons en effet citer la réduction globale de la taille de la denture ou encore la perte du pouce opposable du pied. Ainsi, même si la chasse (et l'augmentation de la consommation de la viande) peut être un des nombreux facteurs ayant favorisé l'encéphalisation, ce dernier processus n'est pas le seul caractère de l'« humanisation ».

Il est donc aujourd'hui difficile d'affirmer que la chasse et la viande sont les seuls facteurs de l'émergence du genre humain et du processus d'encéphalisation. Bien qu'il semble qu'elles aient joué un rôle à un moment donné de notre histoire évolutive. Le débat reste encore ouvert parmi la communauté scientifique, notamment sur le rôle de la chasse comparée à celui du charronnage... Affaire à suivre.

Source : Futura Planete du 30/12/2020

mardi 17 décembre 2019

Des peintures rupestres indonésiennes seraient la plus ancienne œuvre d’art figurative

Datées de 43 900 ans, elles représenteraient une scène de chasse impliquant des humains dotés d’attributs animaux. Mais cette interprétation suscite des réserves.

Dans la salle 67 du musée du Prado, à Madrid, le tableau Saturne dévorant un de ses fils, de Francisco de Goya, fascine les visiteurs par son abomination. Il représente le mythe grec de Kronos (assimilé à Saturne par les Romains) mangeant ses enfants par crainte d’être renversé par l’un d’eux. Les critiques ont interprété cette représentation d’un dieu cannibale en train de dévorer son fils, les yeux pleins d’horreur, de honte et de folie, comme une allégorie des ravages de la guerre, du déclin de la société espagnole, ou encore de la démence progressive de l’artiste. Peu de gens parviennent au niveau de maîtrise de Goya, mais même dans ses formes plus frustes, l’art pictural est le propre de notre espèce, Homo sapiens, dont la tendance à inventer des fictions et à les transmettre par des images est bien connue.

Les préhistoriens cherchent activement les origines de ce comportement artistique. Pendant longtemps, les plus anciens exemples d’art figuratif (par opposition aux représentations abstraites, plus anciennes) et de dessins de créatures imaginaires connus étaient européens et dataient de moins de 40 000 ans. Toutefois, depuis quelques années, les chercheurs ont découvert des exemples plus anciens d’art figuratif en Asie du Sud-Est. Sur l’île de Sulawesi, en Indonésie, Maxime Aubert, Adhi Agus Oktaviana et Adam Brumm, de l’université Griffith, en Australie, et leurs collègues viennent d’identifier ce qu’ils pensent être la plus ancienne œuvre figurative connue à ce jour. Dans un article publié dans le journal Nature, ils expliquent que cette oeuvre – une peinture rupestre – montre plusieurs figures humanoïdes mythologiques en train de chasser un animal. Si leur interprétation est la bonne, cette découverte est le plus ancien témoignage de l’art de raconter une histoire en images et de pensée surnaturelle.

L’équipe a découvert cette peinture en 2017 dans la grotte de Sipong 4, dans la région karstique de Maros-Pangkep, un paysage spectaculaire de tours et de falaises calcaires du sud de l’île de Sulawesi. Sur le mur escarpé de la grotte, six minuscules chasseurs affrontent, cordes et lances à la main, un énorme bovidé. Sur le même panneau, d’autres chasseurs traquent d’autres bovidés ainsi que des cochons sauvages. Les chasseurs semblent humains, mais présentent plusieurs curieux traits animaux : l’un possède une queue, un autre un bec. De tels êtres mi-humains, mi-animaux sont appelés thérianthropes (du grec thêríon, animal, et ánthrôpos, humain) et sont considérés comme des marqueurs de spiritualité. Les chercheurs suggèrent que les différents personnages – tous rendus dans des pigments couleur rouille – font partie d’une même scène de chasse : il pourrait s’agir de la représentation d’une chasse collective, pendant laquelle des grosses proies étaient rabattues vers les chasseurs.

Les chercheurs ont daté par la méthode uranium-thorium des dépôts de calcite recouvrant partiellement l’œuvre. Ils ont prélevé des échantillons en plusieurs endroits et obtenu des âges minimaux de 43 900 à 35 100 ans. Si comme Maxime Aubert et ses collègues l’affirment, le panneau de la grotte Sipong 4 a au moins 43 000 ans, ce serait la plus ancienne œuvre figurative de l’humanité. Elle serait en particulier plus ancienne qu’une peinture rupestre datant d’environ 40 000 ans représentant un animal en forme de vache découverte dans une grotte de Bornéo, ou que « l’homme-lion » de la grotte de Hohlenstein-Stadel, en Allemagne, une figurine vieille de 39 000 à 40 000 ans, longtemps restée le plus ancien thérianthrope connu, suivi par celui de la célèbre « scène du puits » de la grotte de Lascaux, qui remonte à 17 000 ans.

L’emplacement du panneau peint de la grotte Sipong 4, à près de 7 mètres au-dessus du sol dans un endroit difficile d’accès sans échelle ou autre matériel d’escalade, est intiguant. Certes en Europe, les peintures rupestres se trouvent elles aussi souvent au fond des grottes, dans des passages reculés et difficiles d’accès, ce qui suggère qu’il s’agissait d’endroits ayant une signification particulière pour les artistes. Mais, souligne Adam Brumm, sur l’île de Sulawesi, les peintures rupestres se trouvent en général près de l’entrée des grottes et des abris rocheux, exposées à la lumière. Or dans la région de la grotte de Sipong 4, elles se trouvent dans des cavités difficiles d’accès situées en hauteur dans les piliers et les falaises calcaires. « Hors la présence d’œuvres artistiques, ces sites ne montrent aucun signe d’habitation humaine, si bien que nous supposons que les hommes préhistoriques ne s’y rendaient que pour créer des images », explique Adam Brumm. « Pourquoi ? Nous l’ignorons, mais peut-être que la réalisation de peintures rupestres dans des endroits aussi inaccessibles et marginaux, loin du sol, a pu avoir une signification culturelle et symbolique profonde. » Pour atteindre ces niches, les artistes sont probablement montés le long de lianes ou de grandes tiges de bambou, ou dans certains cas ont pu se frayer un chemin à travers les passages souterrains traversant les tours calcaires. Même si les anciens artistes de Sulawesi et d’Europe ont peint en des lieux empreints de sens et utilisé des conventions stylistiques comparables pour représenter leurs sujets, « un lien historique ou culturel direct entre les arts animaliers préhistoriques européens d’Indonésie et d’Europe est peu probable », avertit Adam Brumm.

Les figures qui font face à un bovidé repésentent-elles des humains ?

En effet, bien que l’œuvre tout juste découverte semble repousser l’âge de l’art figuratif, thérianthropique et narratif, elle révèle peu de choses sur les motivations à l’origine de ce type d’expression créative. Depuis des décennies, les chercheurs s’interrogent sur le long décalage entre l’émergence des hommes anatomiquement modernes et les comportements modernes, telle la création artistique. L’anatomie de l’homme moderne a évolué il y a des centaines de milliers d’années, mais les comportements modernes n’apparaissent dans le registre archéologique que nettement plus tard. Certains y voient l’effet d’une révolution cognitive tardive qui aurait démultiplié l’ingéniosité de nos ancêtres. D’autres pensent plutôt que des facteurs culturels, sociaux ou environnementaux – ou une combinaison de ces facteurs – seraient à l’origine de leur soudaine créativité. « L’art rupestre que nous avons daté ne donne aucune indication directe sur cette intéressante question… », commente Adam Brumm. Mais selon lui, les indices disponibles suggèrent que la capacité de raconter des histoires serait apparue bien avant le panneau peint de la grotte de Sipong 4, « peut-être même avant que notre espèce n’ait quitté l’Afrique », conjecture-t-il.

Qui a peint ces scènes dans la grotte de Sipong 4 ? Aucun squelette humain n’a été retrouvé dans la grotte ou un autre site de Sulawesi datant de cette période. Hormis Homo sapiens, nous savons que d’autres espèces humaines étaient capables de réalisations artistiques, par exemple les Néandertaliens, qui, pour autant que l’on sache, semblent n’avoir pratiqué qu’un art abstrait. Nous savons aussi que d’autres espèces humaines ont habité l’Asie du Sud-Est dans un passé pas si lointain : l’homme de Florès, par exemple, vivait sur l’île indonésienne de Flores il y a encore 60 000 ans ; Homo luzonensis vivait aux Philippines il y a à peine 50 000 ans ; et la paléogénétique suggère que des Dénisoviens tardifs se seraient croisé avec Homo sapiens quelque part en Asie du Sud ou du Sud-Est il y a environ 15 000 ans. Des membres de ces espèces peuvent-ils être les auteurs de la scène de chasse de Sipong 4 ? « Notre hypothèse de travail est que ce sont des humains modernes – ayant essentiellement la même “structure” cognitive que nous, qui sont à l’origine de cet art rupestre. Il s’agirait de membres de la première vague de migration d’Homo sapiens en Indonésie, arrivée il y a 50 000 à 70 000 ans au moins. »

Toutefois, le caractère sophistiqué de la peinture rupestre de Sipong 4 est controversé. Paul Pettitt, de l’université de Durham, en Angleterre, souligne que même si un des animaux du groupe représenté est daté de 43 900 ans au moins, la plupart des autres figures ne sont pas datées. « Les scènes sont rarissimes dans l’art rupestre, rappelle-t-il. S’il s’agissait d’une peinture européenne, africaine ou américaine, elle ne daterait pas de plus de 10 000 ans. » Il souligne aussi que les thérianthropes ne sont pas à la même échelle que les animaux qu’ils sont censés chasser. « Pourraient-ils ne pas leur être liés ? Ou ont-ils été peints bien plus tard ? En Europe, les grottes ornées ont souvent été peintes en plusieurs phases, séparées par des milliers d’années. » L’analyse chimique des pigments utilisés pourrait permettre de déterminer si les diverses représentations de Sipong 4 sont bien contemporaines les unes des autres.

Paul Pettitt n’est pas convaincu non plus par l’idée que les figures anthropiques seraient des thérianthropes – ou même qu’elles seraient humanoïdes. « Certaines d’entre elles sont vagues, et même les plus nettes pourraient correspondre à des quadrupèdes », pointe-t-il, insistant sur le fait que toutes sont horizontales. Et les lances présumées ne sont que de « longues lignes passant près de certains “humains”. Il reste à prouver qu’il s’agit bien d’humains et bien d’une scène de chasse. »

Les recherches à venir pourraient apporter une réponse. Les prospections de l’équipe de Maxime Aubert, Adhi Agus Oktaviana et Adam Brumm ont révélé de nombreuses autres peintures rupestres, qui restent à dater. Peut-être fourniront-elles de nouveaux indices sur notre capacité à créer des images, à raconter des histoires, bref sur les origines de la vie spirituelle des hommes anatomiquement modernes.

Source : Pour la science du 16/12/2019

lundi 16 décembre 2019

La plus ancienne scène de chasse découverte dans une grotte en Indonésie

Des archéologues ont découvert des peintures rupestres âgées de 44.000 ans, représentant des créatures mi-humaines mi-animales chassant des bêtes sauvages, sur l'île indonésienne de Sulawesi. Une véritable œuvre d'art à mi-chemin entre scène de chasse et représentation mythologique.

La scène de chasse découverte dans la grotte de Leang Bulu Sipong 4 en Indonésie couvre près de 4,5 mètres. On y voit diverses figures comme des marques de mains, des buffles nains, des cochons sauvages ou des petits hommes à bec d’oiseau.

C'est en cherchant un passage étroit vers l'entrée d'une autre grotte sur l'île indonésienne de Sulawesi qu'un archéologue a découvert une incroyable scène dessinée sur une paroi représentant des buffles, des cochons sauvages et des créatures mi-humaines mi-animales munies de cordes et de lances. Lorsque Adam Brumm, dans son bureau à l'université Griffith de Brisbane en Australie, reçoit sur son téléphone la photo de son collègue, il comprend aussitôt qu'il a affaire à une découverte exceptionnelle. « Nous avions vu des centaines de sites d'art rupestre dans cette région, mais jamais rien de tel », s'extasie l'archéologue, dont l'équipe décrit la découverte dans Nature le 11 décembre.

Les thérianthropes, des créatures mythiques mi-homme mi-animal

Sur cette fresque de près de 4,5 mètres de long, située dans la grotte de Leang Bulu Sipong 4, on distingue des cochons sauvages et des buffles nains appelés anoas, des espèces locales d'Indonésie. Ces animaux bien réels sont accompagnés de figures plus petites qui semblent humaines, mais affublées de traits d'animaux tels que des queues et des museaux. « Ces figures mi-animales mi-humaines, connues sous le nom de thérianthropes, suggèrent que les premiers hommes de Sulawesi avaient la capacité de concevoir des choses qui n'existent pas dans le monde réel », expliquent les chercheurs.

Les thérianthropes sont des représentations mi-humaines mi-animales, comme ici où l’on voit des hommes affublés de museau (a), de bec (b) et munis de cordes et de lances.

Ce bestiaire surnaturel distingue cette fresque de tout ce qu'on peut rencontrer en Europe ou ailleurs. La plus ancienne représentation de ce type est une statuette d'ivoire de mammouth vieille de 40.000 ans (la date fait toutefois l'objet de controverses) trouvée en Allemagne, l'homme-lion de Hohlenstein-Stadel. Mais le plus vieux thérianthrope peint, un être humain à tête d'oiseau en train de chasser un bison, date de 17.000 ans et se trouve à Lascaux en France. Avec ses 44.000 ans, le tableau de chasse de la grotte de Leang Bulu Sipong 4 serait donc le plus vieil exemple d'art figuratif connu, estiment les chercheurs. On ignore la signification de ces curieuses créatures. Sont-elles issues d'un mythe ou d'une manifestation chamaniste ? Représentent-elles de véritables hommes déguisés en oiseaux pour la chasse ?

Source : Futura Sciences du 15/12/2019

vendredi 13 décembre 2019

Indonésie : La plus ancienne peinture préhistorique trouvée dans une grotte

DECOUVERTE Elle est âgée de 43.900 ans et serait la plus vieille œuvre d’art figuratif connue

Une scène de chasse préhistorique peinte il y a plus de 40.000 ans a été découverte dans une grotte, en Indonésie. Ses représentations mi-humaines, mi-animales, suggèrent une culture artistique aboutie, voire les prémices d’une religion.

Sur un panneau large de 4,5 mètres, on voit six mammifères (des cochons sauvages et des buffles nains) poursuivis par un groupe de chasseurs armés de lances et de cordes, rapporte une étude publiée mercredi dans Nature. Ces chasseurs sont dessinés avec un corps humain mais une tête d’animal (oiseau, reptile, etc.), des figures dites « thérianthropes ». Cette peinture monochrome avait été dénichée en 2017 sur les parois de calcaire d’une grotte sur le site de Leang Bulu Sipong, sur l’île indonésienne de Célèbes. Elle se trouvait dans un état assez dégradé.

« Plus ancienne œuvres d’art figuratif au monde »

Selon les chercheurs, la peinture remonte à la période du Paléolithique supérieur et est « âgée d’au moins 43.900 ans ». Ce qui en fait selon eux « la plus ancienne scène de chasse de l’art préhistorique » connue à ce jour. Il s’agit même, « à (leur) connaissance, de la plus ancienne œuvre d’art figuratif au monde ». Elle détrône la sculpture en ivoire d’un homme à tête de lion trouvée en Allemagne, considérée jusqu’ici comme la plus ancienne représentation d’une créature thérianthrope (40.000 ans), explique l’étude.

À titre de comparaison, les peintures rupestres en France de la grotte de Chauvet (Ardèche) remontent à environ 35.000 ans, celles de Lascaux (Dordogne) à environ 20.000 ans. Dans ces deux cas, « il s’agit d’âges maximums car les datations proviennent du pigment de charbon de bois et nous renseignent sur la date à laquelle l’arbre est mort, pas celle où le charbon a été utilisé pour dessiner », explique l’archéologue Maxime Aubert. La méthode appliquée pour le site de Leang Bulu Sipong permet, elle, de déterminer un âge minimum car « elle date précisément les concrétions minérales qui se sont formées naturellement sur la peinture », détaille le chercheur.

Des peintures menacées

Cette découverte est couplée à celle d’une peinture figurative d’un bœuf sauvage vieille de 40.000 ans, trouvée l’an dernier sur l’île de Bornéo. Elles font de l’Indonésie « l’une des régions du monde les plus importantes pour comprendre les débuts de l’art pariétal et l’évolution de la pensée humaine moderne », selon les chercheurs.

Ils alertent sur le mauvais état des murs de la grotte, qui se détériorent à grande vitesse, menaçant d’effacer l’œuvre. « Il serait tragique que cet art ancestral disparaisse de notre vivant, et pourtant c’est ce qui est en train de se passer. Il est urgent de comprendre pourquoi », concluent-ils.

Source : 20 minutes du 12/12/2019

jeudi 27 juin 2013

L'épaule, la raison du succès du genre Homo ?

L'humain est le seul primate à posséder la capacité de lancer des objets avec force et de manière précise, par exemple une balle ou une lance.

Des chercheurs américains de l'Université George Washington ont voulu mieux comprendre cette aptitude en filmant des joueurs de baseball avec une caméra 3D.

Le paléobiologiste Neil Roach et ses collègues ont découvert que la clé de l'énigme se trouve dans notre anatomie et notre faculté à entreposer de l'énergie élastique et de la restituer dans l'épaule à la manière d'un lance-pierre.

Leurs travaux publiés dans la revue Nature montrent que nos ancêtres ont développé cette faculté il y a deux millions d'années. Alors, les meilleurs chasseurs étaient ceux capables d'abattre une proie en lançant un projectile.

L'épaule est donc l'élément-clef de la mécanique du lancer et est l'un des plus beaux succès dans l'évolution de l'espèce humaine, suggèrent les chercheurs.

« Lorsque les humains lancent quelque chose, ils commencent par faire tourner leur bras en arrière par rapport à la cible. C'est durant cette phase d'"armement du bras" que les humains étirent les tendons et les ligaments qui enserrent l'épaule et entreposent ainsi l'énergie élastique. » — Neil Roach

Ainsi, lorsque cette énergie est relâchée, elle accélère le bras vers l'avant, générant le mouvement le plus rapide dont le corps humain soit capable, ce qui produit un lancer très rapide.

De l'épaule au cerveau

Les principales caractéristiques de l'épaule, du bras et du torse sont apparues chez l'Homo erectus, un prédécesseur de l'Homo sapiens, il y a quelque deux millions d'années.

Les anthropologues pensent que les humains et les chimpanzés ont emprunté des chemins différents il y a six millions d'années. Le chimpanzé, notre plus proche parent, est doté d'une force bien supérieure à la nôtre, mais sa capacité de lancer n'atteint même pas celle d'un enfant humain.

L'évolution de l'épaule humaine serait donc l'un des facteurs expliquant comment l'Homo erectus, plutôt lent et faible, dépourvu de toute arme naturelle comme des griffes ou des crocs, a pu survivre et évoluer dans un environnement hostile.

Les preuves fossiles montrent que, malgré ces désavantages physiques, nos ancêtres mangeaient déjà de la viande il y a 2,6 millions d'années, et ils chassaient probablement déjà de gros animaux il y a près de 2 millions d'années.

Les premiers homininés devaient donc fréquemment lancer des projectiles pour obtenir et défendre des carcasses d'animaux.

Lancer une pierre ou un bâton pointu était bien plus efficace et moins dangereux pour tuer une proie que de tenter de la capturer en combat rapproché comme le font les autres singes.

Par ailleurs, M. Roach explique que manger de la viande riche en calories et en graisse a dû permettre à nos ancêtres de développer des cerveaux et des corps plus volumineux, et de coloniser ainsi de nouvelles régions du globe.

Source : Radio Canada du 26/06/2013