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jeudi 29 février 2024

Le quotidien des Néandertaliens dévoilé grâce à leurs dents sales

À quoi ressemblait une journée typique pour l’Homme de Néandertal ? De l’ADN présent dans la plaque dentaire des Néandertaliens révèle des informations sur leur régime alimentaire, leur santé, leur comportement et même leur culture.

Disparu il y a environ 40 000 ans, l’Homme de Néandertal foulait le sol de ce qu’est aujourd’hui l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Notre vision de cet Homme est souvent peu flatteuse. Il est généralement dépeint comme un être primitif et violent, loin de la sophistication de l’Homo Sapiens ou l’humain moderne. Pourtant, de récentes recherches ont démontré que les Néandertaliens fabriquaient des outils, enterraient leurs morts, faisaient du feu, etc. Ils devaient donc avoir des journées bien remplies.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature apporte des informations plus détaillées sur le quotidien de Néandertal. Ces découvertes proviennent de la plaque dentaire de Néandertal. En effet, les hommes préhistoriques n’avaient pas encore pour habitude de se laver les dents. Les fossiles conservés pendant des dizaines de millénaires avaient donc des dents sales. Cette plaque dentaire comportait de l’ADN précieux pour les chercheurs.

Certains hommes de Néandertal étaient carnivores, mais pas tous

Dans cette étude, les chercheurs ont analysé trois spécimens de Néandertal. Il y avait deux Néandertaliens de la grotte El Sidron en Espagne et un Néandertal de la grotte de Spy en Belgique. Les analyses ont confirmé que les hommes préhistoriques avaient des régimes alimentaires drastiquement différents en fonction de leurs origines. Pour la toute première fois, les chercheurs ont identifié des espèces d’animaux avec lesquelles les Néandertaliens se nourrissaient.

Ainsi, le Néandertal belge était un chasseur de gros gibier. Il mangeait au cours de sa vie du rhinocéros laineux et du mouflon sauvage. Des champignons indigènes que l’on trouve encore en Europe aujourd’hui ont aussi été identifiés. En comparaison, les deux Néandertaliens vivant en Espagne ne mangeaient apparemment pas de viande. En tout cas, aucune trace de viande n’a été détectée dans leur plaque dentaire. À la place, ces hommes préhistoriques consommaient régulièrement de la mousse, de l’écorce d’arbre, des pignons de pins, des champignons et diverses herbes.

Les Néandertaliens avaient donc adapté leur alimentation à l’environnement dans lequel ils vivaient. L’homme préhistorique de Belgique vivait au milieu de plaines herbeuses et de collines qui abritaient des troupeaux de rhinocéros laineux. À l’opposé, le Néandertal d’Espagne évoluait dans une forêt de montagne dense où peu d’animaux pouvaient être chassés.

Les remèdes naturels à la rescousse des maladies préhistoriques

L’analyse de la plaque dentaire des Néandertaliens ne nous a pas simplement permis de mieux comprendre leur régime alimentaire. Et pour cause, l’un des spécimens d’Espagne avait un grave abcès dentaire. L’analyse de son ADN a confirmé qu’il souffrait d’une maladie chronique à cause d’un parasite gastro-intestinal grave qui s’appelle Microsporidia.

Les chercheurs pensent que ce jeune homme savait qu’il était malade et qu’il se soignait avec des remèdes naturels. Des traces de peuplier dont les bourgeons et l’écorce contiennent naturellement de l’acide salicylique, l’ingrédient actif de l’aspirine, ont été trouvées dans ses dents.

Les Néandertaliens se soignaient-ils déjà avec de la pénicilline ?

Encore plus étonnant, cet homme consommait déjà de la moisissure Penicillium. Cette moisissure est à l’origine du premier antibiotique au monde, la pénicilline. Elle n’a d’ailleurs pas été retrouvée sur les restes d’autres hommes préhistoriques en meilleure santé. Nous ne pouvons évidemment pas le confirmer, mais les Néandertaliens utilisaient peut-être déjà des antibiotiques naturels pour se soigner. En tout cas, cela prouve qu’ils possédaient déjà des connaissances approfondies pour se soigner en fonction de la situation.

Source : Science et Vie du 28/02/2024

dimanche 7 mars 2021

Les dents, une mémoire qui résiste à l'usure du temps

Leur morphologie et les éléments chimiques que les dents conservent révèlent non seulement l'identité de leur propriétaire mais aussi son mode de vie.

Les dents sont de petites boîtes noires. Elles comptent en effet parmi les fossiles qui conservent le mieux l'ADN, vestige le plus fiable pour rattacher des restes humains à un groupe donné. Un inconvénient tout de même : quand on tient une dent vieille de dizaines ou centaines de milliers d'années, on ne veut pas l'abîmer ! Or, en prélever l'ADN demande de la détruire, au moins en partie. Sans aucune certitude que l'analyse ADN porte ses fruits...

Une technique moins destructrice consiste à analyser les protéines que l'émail dentaire garde emprisonnées pendant plusieurs centaines de milliers d'années. Celles-ci sont directement codées par l'ADN : une protéine donnée correspond donc à un certain génome. Si cette méthode s'avère inefficace pour reconstituer l'ADN dans son ensemble, elle suffit néanmoins à comprendre à qui l'on a affaire. En 2019, une équipe menée par Jean Jacques Hublin a ainsi pu identifier une mystérieuse mandibule découverte au Tibet, appartenant à un Dénisovien.

"Il est aussi possible d'extraire directement des informations précieuses de la morphologie dentaire, explique Clément Zanolli, paléoanthropologue à l'université de Bordeaux et spécialiste de l'analyse des dents. Grâce aux méthodes d'imagerie de pointe en 3D, on peut accéder à la structure interne des tissus et Néandertal, précurseur de Lucky Luke ?identifier à quelle espèce humaine rattacher la dent, étudier les adaptations au régime alimentaire et retracer les trajectoires évolutives."

Les dents évoluant plus lentement que les os - qui réagissent aux contraintes fonctionnelles et s'y adaptent rapidement -, elles permettent d'éclairer les liens de parenté entre espèces. "Les dents de prédilection pour identifier un individu sont les molaires et prémolaires, explique le scientifique. Leur taille et leur morphologie suffisent à savoir si l'on est en face d'un Homo sapiens : celui-ci a des dents beaucoup plus petites que les autres hominines, avec une morphologie simplifiée." La couronne a moins de relief, l'émail est épais, les molaires plus courtes.

mercredi 3 février 2021

Des dents de Néandertal témoignent de ses amours supposés avec Homo sapiens

Homo sapiens s'est-il reproduit avec l'Homme de Néandertal ? La question anime beaucoup d'anthropologues. Plusieurs dents découvertes il y a plus de 100 ans et de nouveau analysées aujourd'hui, portent les caractéristiques de ces deux espèces du genre Homo.

Il y a plus de cent ans, en 1910 et 1911, des archéologues trouvent treize dents dans une grotte de la Cotte de St-Brélade sur l'île de Jersey. Selon les premières analyses, elles appartiennent à un seul Homme de Néandertal. Un groupe de scientifiques du Muséum d'Histoire naturelle de Londres, de l'université du Kent et de l'Institut Max-Planck d'Anthropologie évolutionniste a décidé de mettre à jour leur description datée. Les nouveaux éléments ainsi obtenus redéfinissent l'histoire supposée de ces dents. Elles appartiendraient à deux individus, peut-être nés des amours entre Néandertal et Homo sapiens.

Une datation récente de sédiments prélevés en même temps que les dents permet d'estimer leur âge : 48.000 ans avant notre ère. C'est l'un de restes de Neandertal les plus récents que l'on connaisse, puisqu'il semble avoir disparu vers 40.000 ans avant notre ère. Les scientifiques pensent qu'à cette période, les Hommes de Néandertal auraient pu rencontrer leur cousin Homo sapiens dans cette région d'Europe.

Des dents à la fois de Néandertal et d'Homo sapiens

L'analyse morphologique des 13 dents apporte son lot d'indices appuyant la thèse d'une rencontre et d'une reproduction entre les deux espèces humaines. Toutes les dents portent des caractéristiques propres aux Hommes de Neandertal, à savoir les dimensions de la couronne et de la racine, ainsi que la forme de cette dernière, qui sont comparables avec les autres dents de Néandertal connues, mais elles aussi des structures propres aux dents des Hommes modernes.

Deux des dents trouvées dans la grotte à Jersey, signe potentiel d'une hybridation entre Neandertal et Homo sapiens

Les scientifiques émettent alors l'hypothèse que ces dents appartiennent à des individus dont les parents sont des métis entre Néandertal et Homo sapiens. « L'idée d'une population hybride pourrait être éprouvée en analysant l'ADN des dents anciennes, ce que nous espérons faire dans le futur », conclut Chris Stringer, un anthropologue du Muséum d'Histoire naturelle de Londres, dans un communiqué de presse.

Source : Futura Sciences du 03/02/2021

samedi 1 août 2015

Archéologie, découverte d’une dent de plus de 550 000 ans à Tautavel

Une dent datée entre 580 000 et 550 000 ans a été mise au jour dans le chantier de fouilles de la Caune de l’Arago à Tautavel, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. L’Homme de Tautavel, âgé de 450 000 ans, aurait donc eu un ancêtre.

C’est une découverte exceptionnelle dans l’un des plus grands sites archéologique d’Europe, la grotte de Tautavel, près de Perpignan, qui fait avancer la préhistoire. Une dent, datée entre 580 000 et 550 000 ans, mise au jour par deux étudiants archéologues, laisse deviner la présence d’hommes dans la grotte bien avant l’estimation donnée jusqu’ici par les chercheurs.

Découverte en 1972, la grotte, aussi appelée la Caune de l’Arago, a livré plus de 600 000 objets provenant de dépôts datés de 80 000 à 560 000 ans, soit la fin de la préhistoire. « C’est une découverte majeure parce qu’on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe », explique à l’AFP Amélie Viallet, archéologue dans la Caune de l’Arago.

En savoir plus sur nos origines

L’Homme de Tautavel avait 20 ans, il y a 450 000 ans. Il mesurait 1 mètre 60. Pommettes saillantes et mâchoire avancée, cet hominidé ressemblait physiquement aux premiers Européens, pensent les scientifiques du centre de recherches européennes de la préhistoire.

Le jeune homme ne maîtrisait pas encore le feu, mais se révélait être un chasseur hors pair. Sa localisation depuis la grotte de Tautavel lui permettait de dominer la vallée, sa source d’eau et par conséquent ses proies.

La découverte d’une dent cent mille ans plus ancienne pourrait permettre d’en savoir davantage sur nos origines. « C’est une pièce du puzzle qui nous manquait pour répondre à la question cruciale : est-ce que l’homme de Neandertal, qui vivait il y a 120 000 ans, provenait d’une lignée unique ? », a ajouté la paléoanthropologue Amélie Viallet.

Les scientifiques débattent en effet pour savoir si l’Homme de Tautavel est un ancêtre de l’Homme de Neandertal ou de l’Homo sapiens, l’ancêtre de l’homme moderne. Au total, plus de 140 restes de squelette de l’Homme de Tautavel avaient déjà été découverts sur le site.

Source : La Croix du 28/07/2015

vendredi 31 juillet 2015

Une dent trouvée à Tautavel devient «le plus vieux reste humain de France»

DÉCOUVERTE Ce vestige humain, âgé de 550 000 ans, est bien plus vieux que les os et crânes humains déjà découverts dans cette grotte des Pyrénées-Orientales.


C’est par un tweet que le musée de Tautavel a annoncé la nouvelle hier : «Découverte. Une dent de 550 000 ans, le plus vieux reste humain trouvé en France.» Ce vestige absolument exceptionnel a été mis au jour dans la Caune de l’Arago, site archéologique situé aux environs de Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Les fouilles ont commencé dans les années 1960 à la grotte de Tautavel, qui surplombe les gorges du Verdouble. Juste au-dessus de la rivière, proche d’un gué où passaient de délicieux herbivores, c’était un abri de rêve pour les chasseurs-cueilleurs du Pléistocène moyen, période de la préhistoire courant entre -781 000 ans et -126 000 ans.

Plus spécifiquement, l’homme préhistorique qui habitait la grotte il y a 300 000 à 450 000 ans a été nommé «homme de Tautavel» après la découverte par l’archéologue Henry de Lumley et son équipe de dizaines de fragments fossiles, provenant notamment de crânes. La star des restes humains porte le surnom d’Arago 21 : c’est un crâne remarquablement complet, sorti en 1971 et complété en 1979 par un os pariétal qui s’y emboîtait à la perfection, comme dans un puzzle. A l’époque de leur découverte, ils marquaient à -450 000 ans les plus anciennes preuves d’une présence d’hominidés en France.



La Caune de l’Arago est toujours fouillée chaque été. Outre des kilos de restes d’animaux des climats froids et des outils en pierre, les travaux de ces dernières années ont permis de mettre au jour des mandibules humaines (os de la mâchoire inférieure), un humérus, un fémur et un péroné, puis une incisive l’an dernier… Les trouvailles dépendent de la strate fouillée. Principe de base en archéologie : plus c’est profond, plus c’est vieux.

«Cette année, les niveaux les plus anciens en cours de fouille correspondent à une période froide, sèche, ventée, d’environ 560 000 ans», explique le site de Tautavel dans un communiqué. A cette époque, «les chasseurs acheuléens ont abandonné dans la grotte les restes de leurs repas : chevaux, rennes, bisons, rhinocéros, mouflons… Ces niveaux d’occupation sont jonchés d’ossements d’animaux désarticulés, fracturés et de pierres taillées utilisées sur place. Or, jeudi, c’est une dent humaine qui est apparue parmi ces vestiges.»

D’un âge estimé à 560 000 ans, elle est donc 100 000 ans plus vieille que les premières traces de l’homme de Tautavel dont on disposait. D’où le caractère exceptionnel de sa découverte. C’est une incisive inférieure centrale, provenant d’un corps d’adulte, bien usée. «Cette dent permettra aux chercheurs, via l’étude des caractères internes par imagerie 3D entre autres, de mieux caractériser la morphologie des premiers européens», précise-t-on à Tautavel. Sur place, les fouilleurs bénévoles espèrent bien dégager d’autres fossiles du même type cachés derrière la dent. L’excitation est à son comble.

Source : Libération du 28/07/2015

Une dent humaine de 560 000 ans découverte à Tautavel

De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel, dans le sud-est de la France, une dent d'un individu adulte qui vivait il y a 560 000 ans, ce qui constitue une «découverte majeure», selon les chercheurs sur place.

L'incisive, dont on ne sait si elle appartenait à un homme ou une femme, date de 560 000 ans environ, soit 100 000 ans environ avant le célèbre Homme de Tautavel, âgé de 450 000 ans et retrouvé sur le même site, a expliqué mardi à l'AFP la paléoanthropologue Amélie Viallet.

«C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe», a-t-elle souligné, hormis la mandibule de Mauer, découverte en 1907 en Allemagne et datée autour de 600 000 ans.

«On avait déjà trouvé l'an dernier, en juin, une dent dans ce même carré qui date de 560 000 ans», rappelle Tony Chevalier, autre paléoanthropologue au Centre de recherches de Tautavel.

Mais cette découverte, qui était alors passée inaperçue, n'enlève rien à la trouvaille de la semaine dernière, et vient au contraire la conforter. «Cela pourrait être les dents d'un même individu adulte», selon la paléoanthropologue Marie-Antoinette de Lumley. «C'est prometteur, on attend la mandibule», espère Christian Perrenoud, le responsable des fouilles.

Le site de Tautavel, un village proche de Perpignan, est l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.

Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de «l'homme de Tautavel», un pré-néandertalien vivant il y a 450 000 ans, avaient déjà été découverts.

Jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles, a relaté Mme Viallet.

Cette dent et celle découverte l'an dernier sont «des éléments extrêmement importants, car on se rapproche de l'origine de l'espèce», a déclaré à l'AFP Tony Chevalier. Elles vont «contribuer à éclaircir un peu le débat» qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique-t-il.

«L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain? C'est un débat très important», ajoute-t-il.

La dent retrouvée la semaine dernière, qui date de 560.000 ans, «rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans». «Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non», explique-t-il.

«À Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce», l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon M. Chevalier.

«Pour être franc, je suis très curieux de savoir ce qu'ils entendent par ''découverte majeure''. Cela mérite une explication», confie pour sa part à l'AFP Matthew Skinner, paléoanthropologue à l'Université du Kent (Grande-Bretagne).

«Si c'est simplement parce qu'il n'y a que très peu de fossiles humains de cette période en Europe, c'est vrai, mais je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement», ajoute-t-il.

Source : La Presse du 28/07/2015

jeudi 30 juillet 2015

La dent de Tautavel est le plus vieux reste humain jamais trouvé en France

Cette dent de 550 000 ans, découverte par deux apprentis archéologues dans les Pyrénées orientales, appartenait probablement à un pré-néandertalien. Elle pourrait livrer de précieuses informations sur une période encore pauvre en fossiles humains.

Un sacré coup de vieux ! C'est une découverte qui nous ramène à l'aube de l'humanité. Une équipe de fouilles a mis à jour à Tautavel, petit village des Pyrénées-Orientales, une dent d'adulte vielle d'au moins 550 000 ans. Ce qui fait de cette incisive fossilisée le plus vieux reste humain jamais trouvé en France.

Ce sont deux jeunes bénévoles, qui ont fait la trouvaille, jeudi 23 juillet, en fin d'après-midi, dans la Caune de l'Arago, célèbre grotte qui surplombe le Verdouble. Camille et Valentin, 16 et 20 ans, y fouillent depuis plusieurs jours un petit carré de terre daté de 550 000 avant Jésus-Christ. «Une heure avant j'avais trouvé des dents de cervidés, qui ressemblent beaucoup à celles des humains. Alors, quand Valentin a sorti la dent du sol, je n'ai pas vraiment réalisé» raconte la jeune fille.

«Lorsque Camille m'a apporté la dent, tout de suite, j'ai eu un choc, raconte Amélie Vialet, paléoanthropologue et chef des fouilles, c'est vraiment une grande émotion, l'espace-temps se réduit et on se sent presqu'en communion avec ces hommes qui vivaient il y a plus de 500 000 ans.» Étonnante coïncidence: la mère de l'adolescente avait participé à la campagne de 1979, lors de laquelle avaient été mis à jour des fragments du crâne d'un premier «homme de Tautavel», un Néandertalien qui foulait le sol français il y a 450 000 ans.

La dent trouvée la semaine dernière, une incisive latérale droite, appartient à un prédécesseur plus âgé de 100 000 ans. «L'année dernière nous avions trouvé, dans la même parcelle, une incisive latérale gauche. À l'époque nous avions choisi de ne pas prévenir les médias. Il se peut que ces dents appartiennent au même individu. En tous cas, ça laisse augurer de la richesse en restes humains qu'abrite cette couche de sédiments», explique la scientifique.

Une victime du cannibalisme ?

«C'est une découverte d'autant plus importante qu'on a très peu de données fossiles pour cette période de la Préhistoire», relève Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. La dent pourrait livrer de précieux renseignements sur le régime alimentaire de son propriétaire. Pour l'instant, son état d'usure extérieur indique que ce régime était plutôt abrasif, mais aussi que l'individu se servait de sa dentition comme d'un outil, pour mâcher le cuir ou couper des tendons.

Amélie Vialet compte sur de prochaines découvertes qui, mises en parallèle avec les restes exhumés dans les années 1970, pourraient éclairer l'évolution de ce très lointain cousin de l'homme moderne. «Nous avons affaire à des individus qui ont vécu au même endroit, à 100 000 ans de différence, mais à chaque fois en période glaciaire. L'idée c'est de suivre leur évolution, et surtout de voir si on a affaire à la même lignée ou à deux groupes différents.» Pascal Picq souligne également que l'homme de Tautavel découvert dans les années 1970, et celui auquel appartient la dent retrouvée, «se situent chronologiquement de part et d'autre de la dichotomie génétique entre deux espèces, homo heidelbergensis et Néandertal».

La Caune de l'Arago formait un poste d'observation privilégié pour le chasseur-cueilleur préhistorique. «Ils arrivaient avec leur proie, les désarticulaient, les écorchaient, et laissaient les ossements», raconte Amélie Vialet. La présence de restes humains interroge, car à cette époque les morts ne sont pas encore enterrés. «Le traitement subi par les ossements trouvés dans les années 1970, identique à celui des restes d'animaux, nous permet de penser qu'ils ont été victime de cannibalisme. Pour les dents nous ne pouvons pas l'affirmer, mais c'est l'une des questions auxquelles nous espérons répondre: pourquoi trouve-t-on des restes humains dans les poubelles de la préhistoire?»

Source : Le Figaro du 28/07/2015

mercredi 29 juillet 2015

Une dent humaine de 560 000 ans découverte dans les Pyrénées

Selon les archéologues français qui ont trouvé la dent à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, il s'agit d'une découverte majeure

De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel (Pyrénées-Orientales) une dent humaine de 560 000 ans. Soit 100 000 ans plus vieille que le célèbre Homme de Tautavel.

"Une grosse dent d'adulte - d'homme ou de femme, on ne peut pas le dire - a été trouvée pendant des fouilles dans un niveau de sol dont on sait qu'il remonte à 550 000 ans, parce qu'on a utilisé de nombreuses méthodes de datation différentes", a expliqué mardi la paléoanthropologue Amélie Viallet. "C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe", a-t-elle commenté.

Une pièce du puzzle "Néandertal"

"C'est une pièce du puzzle qui nous manquait pour contribuer à répondre à la question cruciale : est-ce que l'homme de Néandertal, à 120 000 ans, provient d'une lignée unique ?", a ajouté la paléoanthropologue qui travaille au centre de recherches de Tautavel et est également maître de conférence au Muséum naturel d'histoire à Paris.

La trouvaille a été faite dans la grotte ou "caune" de l'Arago, près du village de Tautavel, à 34 km au nord-ouest de Perpignan, considérée comme un poste d'observation idéal pour les chasseurs de la Préhistoire. Il s'agit de l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.


Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de "l'homme de Tautavel", à 450 000 ans, avaient déjà été découverts.

Selon le Midi Libre, jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, adolescente de 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles.

Un débat qui fait rage

Cette dent et celle découverte l'an dernier sont "des éléments extrêmement importants car on se rapproche de l'origine de l'espèce", a déclaré de son côté Tony Chevalier. Elles vont "contribuer à éclaircir un peu le débat" qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique cet expert de l'Université de Perpignan. "L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain ? C'est un débat très important" auquel contribue Tautavel, ajoute-t-il.

La dent retrouvée la semaine dernière "rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans". "Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non", explique-t-il, anticipant d'autres découvertes à venir.

Le site de fouilles de Tautavel n'a en effet pas fini de livrer ses secrets. "On a l'espoir de trouver d'autres restes. A Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce", l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon lui.

L'expert n'a qu'un regret : que la dent retrouvée soit une incisive inférieure. "Ce n'est pas l'élément le plus important. Ce sont des dents très simples et avec peu de caractéristiques. Si nous avions eu une prémolaire ou une molaire, on aurait eu plus d'informations sur l'espèce".

Source : Sud-Ouest du 28/07/2015

mardi 28 juillet 2015

Dent de Tautavel : Trois questions pour comprendre l’intérêt de la découverte

L’archéologie à la une de l’actualité, même en été, c’est une rareté ; raison de plus pour bien comprendre de quoi il retourne. Alors que la récente découverte à Tautavel, près de Perpignan, d’une dent humaine vieille de 560.000 ans, défraye la chronique, 20 Minutes répond à trois questions clés pour bien saisir l’intérêt de la trouvaille – mais aussi ses limites.

A qui appartient la dent ?

Si l’on parle de l’individu, l’aspect usé de cette incisive inférieure droite laisse penser qu’elle appartenait à un homme ou une femme de 25 ou 30 ans (assez âgé, pour l’époque). Une autre dent, une incisive inférieure gauche, aussi vieille et retrouvée l’an dernier mais dont la trouvaille avait été plus discrète, pourrait appartenir au même individu. Si on parle de l’espèce, la dent est un reste d’Homo heidelbergensis, un hominidé européen qui est l’ancêtre de l’Homme de Neandertal. « Certains pensent qu’il était également présent en Asie et en Afrique, nous précise depuis le Centre de recherches de Tautavel Tony Chevalier, de l’Université de Perpignan. Et dans ce cas, il aurait pu donner Neandertal sur notre continent, et Homo sapiens en Afrique. » Ce qui n’est à l’heure actuelle qu’une supposition, mais qui souligne l’intérêt de l’étude d’Homo heidelbergensis.

Que nous apprend-elle ?

L’intérêt principal de cette dent est le bond dans le passé qu’elle fait faire aux chercheurs, ramenés 100.000 ans en arrière par rapport aux restes humains les plus vieux du site de Tautavel. « Avec cette dent, on s’approche du début d’Homo heidelbergensis en Europe, explicite Tony Chevalier. On va pouvoir compléter nos connaissances sur cette espèce, dont l’origine est très mal connue. » D’autant plus que la grotte de Tautavel a un double intérêt : dévoiler l’anatomie de ces hommes préhistoriques, mais aussi leur environnement, grâce aux nombreux restes d’animaux et d’outils retrouvés près des fossiles humains. Et comprendre l’évolution sur des centaines de milliers d’années de cette espèce, c’est en savoir plus sur l’apparition de notre cousin Neandertal – voire, si l’on admet qu’heidelbergensis ait aussi été africain, sur la nôtre.

Quelles sont ses limites ?

« Je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement » : ce manque d’enthousiasme, recueilli par l’AFP, vient du paléoanthropologue britannique Matthew Skinner. Et il est vrai qu’une dent, c’est bien, mais une incisive inférieure, c’est plutôt moyen. « Une incisive supérieure, ou une prémolaire, aurait livré plus d’informations, regrette Tony Chevalier. Ce qui serait formidable, ce serait de trouver, dans ces niveaux d’ancienneté, une mandibule, ou même un crâne. » Et même un humérus ou un fémur, pourquoi pas : n’importe quel os plus parlant que cette incisive, et comparable à des restes humains moins âgés, ravirait les chercheurs. Ces découvertes récentes sont au moins un espoir : si deux dents ont été mises au jour en un an, d’autres ossements pourraient suivre.

Source : 20 minutes du 28/07/2015

Une dent humaine de 550.000 ans à Tautavel

Sur le site préhistorique de la Caune de l'Arago, près de Perpignan, on a trouvé une dent humaine 100.000 ans plus vieille que l'Homme de Tautavel !

TAUTAVEL. Une dent humaine vieille de 550.000 ans a été découverte sur le célèbre site préhistorique de Tautavel, une grotte perchée au-dessus des gorges du Verdouble, non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si son âge était confirmé, elle deviendrait un des plus vieux fossiles humains trouvé en France avec une canine du même âge, seul autre vestige de même époque retrouvé dans l’aven de Vergranne, dans le Doubs.

La Caune (grotte en Catalan) de l’Arago où a été trouvée cette précieuse "incisive centrale inférieure", est un gisement exceptionnel, puisque depuis près d’un demi-siècle y ont été mis au jour des milliers de vestiges datés de 80.000 à 550.000 ans. Cette dent constitue d’ailleurs le 149e reste d’hominidé découvert dans la cavité occupée pendant plus de 600 000 ans, soit une grande partie du Pleistocène moyen (781.000 à 126.000 ans). Parmi la centaine de vestiges humains exhumés depuis 1971 par le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, se trouvait surtout un crâne. Celui de l’Homme de Tautavel (450.000 ans), témoins des plus anciennes présences d’hominidés en France (Prénéandertaliens ou Homo heidelbergensis). Cette dent humaine d’adulte (plus vieille de 100.000 ans que l’illustre crâne), se trouvait dans des niveaux riches en restes fossiles d’espèces adaptées aux périodes froides (bison, bœuf musqué, ou cheval etc.). La campagne de fouilles bat actuellement son plein et pourrait bien réserver d’autres surprises.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015

mercredi 22 juillet 2015

Découverte du plus ancien cas de chirurgie dentaire

Le dentiste travaillait au silex... C'était au temps du paléolithique supérieur, il y a 14.000 ans !

Il avait 25 ans et a dû souffrir le martyre en offrant sa mâchoire aux mains expertes d’un "dentiste"… préhistorique ! L’analyse d’une molaire d’un squelette âgé de 14.000 ans, et conservé à l’université de Ferrare (Italie), prouve en effet que celle-ci a été forée de façon méthodique à l’aide d’un outil en silex. Ce qui constitue la plus ancienne intervention chirurgicale dentaire jamais décrite à ce jour ! Cette étonnante séance chez le dentiste a eu lieu au paléolithique supérieur, dans le nord de l’Italie, selon Stefano Benazzi, paléoanthropologue à l’université de Bologne (Italie). C’est en utilisant un microscope électronique à balayage que les chercheurs ont fait cette découverte stupéfiante sur cette mâchoire mise au jour en 1988 dans un des abris sous-roche de Ripari Villabruna, dans le Val du Cismòn, au cœur des Dolomites (Vénétie). "La cavité présente sur la molaire avait jusqu’alors été décrite comme une lésion carieuse, mais il s’agissait en fait de tout autre chose !", explique Stefano Benazzi. Des stries particulières ont en effet été relevées sur la surface interne de la perforation de cette molaire inférieure. Et prouvent l’usage d’un microlithe -un petit outil de pierre taillée- pour le creusement de la dent afin que le "praticien" puisse accéder aux tissus infectés.

Une fissure dentaire colmatée à la cire d'abeille

Si ce cas de chirurgie dentaire est le plus ancien jamais décrit, il n’est cependant pas le premier découvert chez nos aïeux de la préhistoire. En 2006, d’autres chercheurs italiens avaient pu observer, sur une dent provenant d’une mâchoire néolithique vieille de 6500 ans trouvée en Slovénie au 19e siècle, la présence d’une fissure colmatée à la cire d’abeille. Une substance connue pour ses propriétés antibactériennes. Sans oublier les manipulations dentaires mises en évidence sur des molaires vieilles de 9000 ans et retrouvées au Pakistan en 2006 : Les habitants de Mehrgarh semblent en effet avoir fait appel à d’habiles tailleurs de perles pour soulager leurs maux. Ces artisans, connus pour la finesse de leurs travaux de polissage, avaient en effet appliqué leur immense savoir-faire à la dentisterie comme le montre l’étude de 4000 dents provenant de 225 sépultures de la nécropole de cette cité du Balouchistan. Les chercheurs y ont mis en évidence des traces de perforations d’à peine 1,3 à 3,2 mm réalisées in vivo sur des dents postérieures. Un petit perçoir en bois muni d’une pointe de silex actionné par un archet faisait office de roulette. Des restes de bitume retrouvés dans certaines cavités, traduisaient peut-être aussi l’usage d’antalgiques. Souhaitons que les tous premiers hommes du paléolithique supérieur aient pu, eux aussi, bénéficier de quelques remèdes contre la douleur... Quant au patient de Ripari Villabruna, il semble avoir survécu à cette roulette préhistorique !

Source : Sciences et Avenir du 20/07/2015