L'enfant de Taung, premier hominidé vieux de trois millions d'années découvert il y a 90 ans en Afrique du Sud, n'avait pas de caractéristiques crâniennes montrant un développement du cerveau similaire à celui des enfants humains, selon une recherche publiée lundi.
Ce fossile est important historiquement et scientifiquement car il est le premier et le meilleur exemple de l'évolution du cerveau d'un des premiers hominidés, australopithèques africanus, découvert en 1924 par le paléontologue australien Raymond Dart et objet de nombreuses controverses.
Les chercheurs de l'Université Wits en Afrique du Sud ont soumis le crâne partiel au scanner CT (tomodensitomètre) à haute définition. Et les résultats jettent un sérieux doute sur des théories avancées jusqu'alors selon lesquelles ce fossile montre des adaptations crâniennes clé dans la région préfrontale du cerveau, que l'on constate aussi chez les nouveau-nés et jeunes enfants humains modernes.
«Une récente étude fait la description de ce fossile vieux d'environ trois millions d'années, dont on pense qu'il a appartenu à un individu âgé de trois à quatre ans, comme présentant des indices d'une suture coronale et d'une fontanelle antérieure ouverte», précise Kristian Carlson, un chercheur de l'Université Wits, un des principaux auteurs de cette recherche publiée en ligne dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences.
Ces deux caractéristiques, qui donnent une souplesse au crâne, facilitent le développement post-natal du cerveau chez les enfants humains en persistant et disparaissant plus tardivement, explique-t-il.
En comparant le registre des fossiles existant des hominidés aux variations crâniennes chez les chimpanzés, très proches de l'homme, rien de conforte ce scénario d'évolution chez l'enfant de Taung, tranchent les chercheurs.
Soulignant des déficiences dans la manière dont le fossile de Taung a été récemment interprété, ces paléontologues suggèrent que les caractéristiques physiques ne présentent pas de lien avec celles du développement du lobe préfrontal du cerveau humain, siège d'un grand nombre de comportements de l'homme.
Source : La presse.ca du 25/08/2014
mercredi 27 août 2014
lundi 25 août 2014
Il y a 40.000 ans, le temps des derniers néandertaliens
Une nouvelle étude montre qu'ils auraient disparu plus tôt qu'on ne le croyait, mais qu'ils auraient bien cohabité avec Cro-Magnon.
Il aura fallu déployer une véritable petite armée de scientifiques, des contreforts du nord-ouest des montagnes du Caucase (dans la grotte de Mezmaiskaya) jusqu'aux rives atlantiques de l'Espagne en passant par l'Italie, la France ou l'Angleterre, en tout quarante sites archéologiques majeurs (1), pour prélever des centaines d'échantillons sur des fossiles d'hommes de Néandertal et d'hommes anatomiquement modernes ainsi que sur des charbons et des coquillages. Ces prélèvements ont ensuite été datés par une technique très précise utilisant entre autres le fameux carbone 14, isotope du carbone, dans un accélérateur permettant la spectrométrie de masse. Autre avantage, tous ces échantillons ont été prélevés et étudiés selon rigoureusement la même technique et par le même appareil, et forment donc une chronologie comparative fiable.
Résultat, les chercheurs ont pu reconstituer le lent déclin des populations d'hommes de Néandertal, jusqu'à leur disparition, il y a 41.000 à 39.000 ans, avec les outils de pierre taillée qui leur sont associés, laissant la place aux hommes de Cro-Magnon, c'est-à-dire l'homme moderne, sur le continent. Les deux groupes ayant bel et bien cohabité. Cette date est beaucoup plus ancienne que ce que l'on pensait jusqu'ici, puisqu'on estimait que l'homme de Néandertal n'avait pas disparu avant 30.000 ans et même un peu après.
Longtemps considéré - à tort - comme un être simiesque, fruste et peu intelligent, l'homme de Néandertal a vécu en Europe et en Asie occidentale depuis environ 250.000 ans et y a développé une vraie culture.
Une cohabitation de 2600 à 5400 ans avec l'homme moderne
«Les précédentes datations par le radiocarbone ont souvent sous-estimé l'âge d'échantillons associés aux néandertaliens car la matière organique était contaminée par des particules modernes», estime Thomas Higham, de l'université britannique d'Oxford, principal auteur de ces travaux publiés dans la revue Nature. «Nous avons utilisé des techniques d'ultrafiltration, qui purifient le collagène extrait de l'os, pour éviter une telle contamination. Cela signifie que nous pouvons dire avec une plus grande fiabilité que nous avons finalement résolu la chronologie de la disparition de nos proches cousins de Néandertal. Même s'ils ne se sont pas complètement éteints puisque nous portons certains de leurs gènes en nous aujourd'hui», souligne-t-il.
En effet, ces travaux confirment que néandertaliens et hommes modernes ont tous deux vécu au même moment pendant 2600 à 5400 ans, un temps largement suffisant pour avoir des échanges culturels et/ou sexuels. D'autres études avaient déjà montré que l'homme moderne avait de 1,5 à 2,1 % d'ADN de Néandertal dans ses gènes, résultant sans nul doute de croisement entre les deux espèces. Cette cohabitation n'a pas eu la même durée partout car les populations de Néandertal n'ont pas toutes disparu au même moment en fonction des régions. Il semble qu'ils aient «résisté» plus longtemps en France et en Espagne. C'est pourquoi les chercheurs parlent d'«une mosaïque biologique et culturelle qui a duré plusieurs milliers d'années». Impossible d'en dire plus, par exemple si les croisements entre Homo sapiens et néandertaliens se sont produits en Europe, en Sibérie ou en Asie centrale. Et s'il s'agit d'événements rares ou répétés.
Pourtant, si ces travaux éclairent les dernières années de l'homme de Néandertal, ils soulèvent aussi bien des questions. Ainsi, pour William Davies, de l'université de Southampton, «il faudrait étendre ce type d'étude aux régions d'Europe centrale et de l'Est, qui ne sont pas du tout représentées dans cette étude. De nouvelles datations sur d'autres sites sont donc nécessaires.» Il souligne également que de récentes études génétiques font état d'un «flux de gènes» ancien entre les hommes de Néandertal et les êtres humains anatomiquement modernes d'Eurasie. Il daterait de 77.000 à 114.000 ans. Donc bien avant les 45.000 à 35.000 ans de leur cohabitation connue.
(1) 10 sites en France, 17 en Espagne, 5 en Italie, 1 en Allemagne, 1 en Grèce, 2 en Belgique, 2 en Grande-Bretagne, 1 au Liban, 1 en Russie.
Source : Le Figaro du 21/08/2014
Il aura fallu déployer une véritable petite armée de scientifiques, des contreforts du nord-ouest des montagnes du Caucase (dans la grotte de Mezmaiskaya) jusqu'aux rives atlantiques de l'Espagne en passant par l'Italie, la France ou l'Angleterre, en tout quarante sites archéologiques majeurs (1), pour prélever des centaines d'échantillons sur des fossiles d'hommes de Néandertal et d'hommes anatomiquement modernes ainsi que sur des charbons et des coquillages. Ces prélèvements ont ensuite été datés par une technique très précise utilisant entre autres le fameux carbone 14, isotope du carbone, dans un accélérateur permettant la spectrométrie de masse. Autre avantage, tous ces échantillons ont été prélevés et étudiés selon rigoureusement la même technique et par le même appareil, et forment donc une chronologie comparative fiable.
Résultat, les chercheurs ont pu reconstituer le lent déclin des populations d'hommes de Néandertal, jusqu'à leur disparition, il y a 41.000 à 39.000 ans, avec les outils de pierre taillée qui leur sont associés, laissant la place aux hommes de Cro-Magnon, c'est-à-dire l'homme moderne, sur le continent. Les deux groupes ayant bel et bien cohabité. Cette date est beaucoup plus ancienne que ce que l'on pensait jusqu'ici, puisqu'on estimait que l'homme de Néandertal n'avait pas disparu avant 30.000 ans et même un peu après.
Longtemps considéré - à tort - comme un être simiesque, fruste et peu intelligent, l'homme de Néandertal a vécu en Europe et en Asie occidentale depuis environ 250.000 ans et y a développé une vraie culture.
Une cohabitation de 2600 à 5400 ans avec l'homme moderne
«Les précédentes datations par le radiocarbone ont souvent sous-estimé l'âge d'échantillons associés aux néandertaliens car la matière organique était contaminée par des particules modernes», estime Thomas Higham, de l'université britannique d'Oxford, principal auteur de ces travaux publiés dans la revue Nature. «Nous avons utilisé des techniques d'ultrafiltration, qui purifient le collagène extrait de l'os, pour éviter une telle contamination. Cela signifie que nous pouvons dire avec une plus grande fiabilité que nous avons finalement résolu la chronologie de la disparition de nos proches cousins de Néandertal. Même s'ils ne se sont pas complètement éteints puisque nous portons certains de leurs gènes en nous aujourd'hui», souligne-t-il.
En effet, ces travaux confirment que néandertaliens et hommes modernes ont tous deux vécu au même moment pendant 2600 à 5400 ans, un temps largement suffisant pour avoir des échanges culturels et/ou sexuels. D'autres études avaient déjà montré que l'homme moderne avait de 1,5 à 2,1 % d'ADN de Néandertal dans ses gènes, résultant sans nul doute de croisement entre les deux espèces. Cette cohabitation n'a pas eu la même durée partout car les populations de Néandertal n'ont pas toutes disparu au même moment en fonction des régions. Il semble qu'ils aient «résisté» plus longtemps en France et en Espagne. C'est pourquoi les chercheurs parlent d'«une mosaïque biologique et culturelle qui a duré plusieurs milliers d'années». Impossible d'en dire plus, par exemple si les croisements entre Homo sapiens et néandertaliens se sont produits en Europe, en Sibérie ou en Asie centrale. Et s'il s'agit d'événements rares ou répétés.
Pourtant, si ces travaux éclairent les dernières années de l'homme de Néandertal, ils soulèvent aussi bien des questions. Ainsi, pour William Davies, de l'université de Southampton, «il faudrait étendre ce type d'étude aux régions d'Europe centrale et de l'Est, qui ne sont pas du tout représentées dans cette étude. De nouvelles datations sur d'autres sites sont donc nécessaires.» Il souligne également que de récentes études génétiques font état d'un «flux de gènes» ancien entre les hommes de Néandertal et les êtres humains anatomiquement modernes d'Eurasie. Il daterait de 77.000 à 114.000 ans. Donc bien avant les 45.000 à 35.000 ans de leur cohabitation connue.
(1) 10 sites en France, 17 en Espagne, 5 en Italie, 1 en Allemagne, 1 en Grèce, 2 en Belgique, 2 en Grande-Bretagne, 1 au Liban, 1 en Russie.
Source : Le Figaro du 21/08/2014
vendredi 22 août 2014
Neandertal a disparu plus tôt que prévu
Selon des datations affinées, le rival malheureux d’Homo sapiens s’est éteint en Europe aux alentours de -40 000 ans et non de -25 000 ans.
RÉPONSE. Bye bye, Neandertal ! L’homme préhistorique aurait quitté cette terre plus vite qu’on ne le pensait selon une étude internationale parue dans la revue Nature
L’espèce s’est déployée en Europe et en Asie il y a environ 200 000 ans, mais la date de sa disparition continuait à faire débat. Une étude internationale-la plus complète à ce sujet, menée sur une quarantaine de sites de l’Espagne à la Russie- apporte aujourd’hui la réponse la plus précise jamais donnée à la question.
Affiner les méthodes existantes
Tom Higham, de l’Oxford Radiocarbon Accelerator Unit à l’université d’Oxford et des chercheurs français, belges, allemands, espagnols, britanniques et américains ont re-daté une quarantaine de sites néandertaliens, de la Russie à l’Espagne en affinant les méthodes existantes.
Ils ont notamment éliminé des sources de contamination moderne, et pu dater directement 200 échantillons d’os, de coquillages et de charbons. Résultat ? Neandertal aurait disparu d’Europe il y a -39 000 à -41 000 ans maximum, abandonnant le continent à son rival l’homme moderne.

Cette étude contredit des travaux précédents de 2008 montrant que les Néandertaliens avaient vécu dans la région de Gibraltar, en Espagne, jusqu’à il y a -24.000 ans, dans des sortes de « poches » isolées où les Homo sapiens ne se seraient pas encore aventuré.
Ces dates étaient déjà très controversées. Mais d’autres, établies en 1995 par le paléoanthropologue Jean Jacques Hublin estimaient également que Neandertal avait pu survivre jusqu’à il y a -32 000 ans sur le site de Zafarraya (dans l’actuelle Andalousie espagnole).
Les méthodes précédentes sous-estimaient l'ancienneté des échantillons
Devenu depuis le patron du département d’évolution de l’homme de l’Institut Max Planck de Leipzig, Hublin n’est pas "surpris" par ces nouvelles datations : mieux, il les prédisait dès 2009 dans Sciences et Avenir (lire un extrait de notre dossier dans le numéro 745, "les experts font parler les fossiles"), expliquant que "des milliers de datations étaient sans doute à revoir" avec de nouvelles méthodes qui "vieilliraient sans doute les résultats".
Les datations par le radiocarbone ont souvent jusqu’à présent sous-estimé l'ancienneté d'échantillons associés aux Néandertaliens car la matière organique était contaminée par des particules modernes.
ULTRA-FILTRATION. L’équipe d’Oxford a précisément utilisé des techniques d'ultra- filtration, qui purifient le collagène extrait de l'os afin d’éviter de telles contaminations. "Cela signifie que nous pouvons dire avec une plus grande fiabilité que nous avons finalement résolu la chronologie de la disparition de nos proches cousins Neandertal" explique Thomas Higham, dans un communiqué de l’Université d’Oxford. "Même s'ils ne se sont pas complètement éteints puisque nous portons certains de leurs gènes en nous aujourd'hui".
Des espèces contemporaines
Les études génétiques menées depuis 2010 montrent que les deux hommes se sont hybridés : les européens et les asiatiques contemporains partagent de 1 à 4% de leur génome avec des néandertaliens ; ce qui n’est pas le cas des africains.
Selon les nouvelles datations, les deux espèces ont toutes deux vécu de façon contemporaine en Europe durant 2.600 à 5.400 ans. « Selon les régions, souligne William Davies, de l’Université de Southampton (Grande-Bretagne) dans les News and Views de la revue Nature, cette cohabitation a pu durer entre 500 et 1.000 ans, soit l'équivalent de 25 à 250 générations ». Un laps de temps amplement suffisant pour entretenir toutes sortes de commerces, artistiques, sociaux et charnels.
Source : Science et Avenir du 21/08/2014
RÉPONSE. Bye bye, Neandertal ! L’homme préhistorique aurait quitté cette terre plus vite qu’on ne le pensait selon une étude internationale parue dans la revue Nature
L’espèce s’est déployée en Europe et en Asie il y a environ 200 000 ans, mais la date de sa disparition continuait à faire débat. Une étude internationale-la plus complète à ce sujet, menée sur une quarantaine de sites de l’Espagne à la Russie- apporte aujourd’hui la réponse la plus précise jamais donnée à la question.
Affiner les méthodes existantes
Tom Higham, de l’Oxford Radiocarbon Accelerator Unit à l’université d’Oxford et des chercheurs français, belges, allemands, espagnols, britanniques et américains ont re-daté une quarantaine de sites néandertaliens, de la Russie à l’Espagne en affinant les méthodes existantes.
Ils ont notamment éliminé des sources de contamination moderne, et pu dater directement 200 échantillons d’os, de coquillages et de charbons. Résultat ? Neandertal aurait disparu d’Europe il y a -39 000 à -41 000 ans maximum, abandonnant le continent à son rival l’homme moderne.

Cette étude contredit des travaux précédents de 2008 montrant que les Néandertaliens avaient vécu dans la région de Gibraltar, en Espagne, jusqu’à il y a -24.000 ans, dans des sortes de « poches » isolées où les Homo sapiens ne se seraient pas encore aventuré.
Ces dates étaient déjà très controversées. Mais d’autres, établies en 1995 par le paléoanthropologue Jean Jacques Hublin estimaient également que Neandertal avait pu survivre jusqu’à il y a -32 000 ans sur le site de Zafarraya (dans l’actuelle Andalousie espagnole).
Les méthodes précédentes sous-estimaient l'ancienneté des échantillons
Devenu depuis le patron du département d’évolution de l’homme de l’Institut Max Planck de Leipzig, Hublin n’est pas "surpris" par ces nouvelles datations : mieux, il les prédisait dès 2009 dans Sciences et Avenir (lire un extrait de notre dossier dans le numéro 745, "les experts font parler les fossiles"), expliquant que "des milliers de datations étaient sans doute à revoir" avec de nouvelles méthodes qui "vieilliraient sans doute les résultats".
Les datations par le radiocarbone ont souvent jusqu’à présent sous-estimé l'ancienneté d'échantillons associés aux Néandertaliens car la matière organique était contaminée par des particules modernes.
ULTRA-FILTRATION. L’équipe d’Oxford a précisément utilisé des techniques d'ultra- filtration, qui purifient le collagène extrait de l'os afin d’éviter de telles contaminations. "Cela signifie que nous pouvons dire avec une plus grande fiabilité que nous avons finalement résolu la chronologie de la disparition de nos proches cousins Neandertal" explique Thomas Higham, dans un communiqué de l’Université d’Oxford. "Même s'ils ne se sont pas complètement éteints puisque nous portons certains de leurs gènes en nous aujourd'hui".
Des espèces contemporaines
Les études génétiques menées depuis 2010 montrent que les deux hommes se sont hybridés : les européens et les asiatiques contemporains partagent de 1 à 4% de leur génome avec des néandertaliens ; ce qui n’est pas le cas des africains.
Selon les nouvelles datations, les deux espèces ont toutes deux vécu de façon contemporaine en Europe durant 2.600 à 5.400 ans. « Selon les régions, souligne William Davies, de l’Université de Southampton (Grande-Bretagne) dans les News and Views de la revue Nature, cette cohabitation a pu durer entre 500 et 1.000 ans, soit l'équivalent de 25 à 250 générations ». Un laps de temps amplement suffisant pour entretenir toutes sortes de commerces, artistiques, sociaux et charnels.
Source : Science et Avenir du 21/08/2014
samedi 9 août 2014
Et si l'homme de Florès était un individu trisomique et non une nouvelle espèce ?
Une nouvelle étude des fragments d'ossements de l'homme de Florès suggère qu'il ne s'agirait pas d'une nouvelle espèce d'hominidés mais d'un individu peut-être atteint du syndrome de Down ou trisomie 21.
Le débat est relancé sur l'Homme de Florès découvert en 2003 dans une grotte de l'île indonésienne du même nom. Depuis plus de dix ans, les scientifiques s'interrogent en effet sur la nature de l'Homo floresiensis : s'agit-il d'une nouvelle espèce d'hominidés ou d'un individu atteint d'une pathologie ?
Dès leur découverte, les ossements ont intrigué les spécialistes car ils montraient une taille étonnamment petite malgré de nombreuses similarités avec ceux d'autres espèces d'hominidés. Certains en ont ainsi conclu qu'il s'agissait peut-être d'une nouvelle espèce dont les caractéristiques physiques seraient liés à l'isolement géographique. Néanmoins, cette hypothèse était loin de convaincre tous les scientifiques.
Depuis plusieurs années, les études se multiplient donc afin de trancher sur la question. C'est ainsi qu'en 2013, une équipe allemande a mené une analyse high-tech du crâne du "Hobbit" concluant qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière. Mais une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences remet en question cette affirmation.
Ces travaux soutiennent la théorie que l'Homme de Florès serait en réalité un Homo atteint d'une maladie, probablement le syndrome de Down ou trisomie 21.
Des mensurations mal estimées
Pour en arriver là, les chercheurs ont analysé une nouvelle fois les ossements du spécimen "LB1" qui aurait vécu il y a 18.000 ans. Ils en sont arrivés à la conclusion que les mensurations de l'Homme auraient été largement sous-estimées. Son volume crânien approcherait plutôt les 430 millimètres cubes au lieu des 380 mm3 estimés, soit près de 16% de plus. Or, ce chiffre serait assez proche de celui observé chez des personnes atteintes de trisomie 21.
"La différence est significative et les chiffres révisés se placent dans la tranche prédite pour des humains modernes atteints du syndrome de Down dans la même région géographique", a expliqué Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie qui a participé à l'étude. Ajouté à cela, les chercheurs estiment que la taille estimée de l'Homme de Florès serait également erronée. Celle-ci a été établie par extrapolation à partir de la taille des fémurs.
Or, les humains trisomiques présenteraient aussi des fémurs plus courts. Si l'on prend en compte ce facteur, Homo floresiensis aurait mesuré environ 1,26 mètre et non 1,06 comme précédemment estimé. Une taille qui correspondrait à celle observée chez certains habitants vivant actuellement dans cette région de l'Indonésie. Les scientifiques ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des personnes trisomiques.
Une explication plus naturelle
"Quand nous avons vu ces os pour la première fois, plusieurs d'entre nous ont immédiatement évoqué une perturbation du développement, mais nous ne pouvions pas poser un diagnostic parce que les os étaient tellement fragmentés. Au fil des ans, plusieurs séries de preuves ont convergé vers le syndrome de Down", a indiqué Eckhardt repris par Science Daily. Dans l'étude, l'équipe souligne que les caractéristiques de LB1 est le seul spécimen dont on a retrouvé le crâne et les fémurs.
Ses caractéristiques ne peuvent donc pas être retrouvées sur les autres restes découverts dans la grotte Liang Bua. Un véritable obstacle, selon eux, à la théorie qui veut que l'Homme de Florès soit une nouvelle espèce. "Ce travail n'est pas présenté comme une histoire fantaisiste mais pour tester une hypothèse : les squelettes de la grotte de Liang Bua sont-ils suffisamment inhabituels pour justifier l'invention d'une nouvelle espèce humaine ?", a poursuivi le chercheur.
"Notre nouvelle analyse montre que ce n'est pas le cas : l'explication la plus naturelle est qu'il s'agit d'un trouble du développement. Ici, les éléments désignent clairement le syndrome de Down, qui affecte plus d'une naissance humaine sur mille à travers le monde" a t-il conclu. Évidemment, cette théorie ne convainc pas encore tous les spécialistes qui s’intéressent à la controverse. De nouveaux travaux seront donc surement nécessaires avant de pouvoir définitivement trancher sur la question.
Source : MaxiSciences du 06/08/2014
Le débat est relancé sur l'Homme de Florès découvert en 2003 dans une grotte de l'île indonésienne du même nom. Depuis plus de dix ans, les scientifiques s'interrogent en effet sur la nature de l'Homo floresiensis : s'agit-il d'une nouvelle espèce d'hominidés ou d'un individu atteint d'une pathologie ?
Dès leur découverte, les ossements ont intrigué les spécialistes car ils montraient une taille étonnamment petite malgré de nombreuses similarités avec ceux d'autres espèces d'hominidés. Certains en ont ainsi conclu qu'il s'agissait peut-être d'une nouvelle espèce dont les caractéristiques physiques seraient liés à l'isolement géographique. Néanmoins, cette hypothèse était loin de convaincre tous les scientifiques.
Depuis plusieurs années, les études se multiplient donc afin de trancher sur la question. C'est ainsi qu'en 2013, une équipe allemande a mené une analyse high-tech du crâne du "Hobbit" concluant qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière. Mais une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences remet en question cette affirmation.
Ces travaux soutiennent la théorie que l'Homme de Florès serait en réalité un Homo atteint d'une maladie, probablement le syndrome de Down ou trisomie 21.
Des mensurations mal estimées
Pour en arriver là, les chercheurs ont analysé une nouvelle fois les ossements du spécimen "LB1" qui aurait vécu il y a 18.000 ans. Ils en sont arrivés à la conclusion que les mensurations de l'Homme auraient été largement sous-estimées. Son volume crânien approcherait plutôt les 430 millimètres cubes au lieu des 380 mm3 estimés, soit près de 16% de plus. Or, ce chiffre serait assez proche de celui observé chez des personnes atteintes de trisomie 21.
"La différence est significative et les chiffres révisés se placent dans la tranche prédite pour des humains modernes atteints du syndrome de Down dans la même région géographique", a expliqué Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie qui a participé à l'étude. Ajouté à cela, les chercheurs estiment que la taille estimée de l'Homme de Florès serait également erronée. Celle-ci a été établie par extrapolation à partir de la taille des fémurs.
Or, les humains trisomiques présenteraient aussi des fémurs plus courts. Si l'on prend en compte ce facteur, Homo floresiensis aurait mesuré environ 1,26 mètre et non 1,06 comme précédemment estimé. Une taille qui correspondrait à celle observée chez certains habitants vivant actuellement dans cette région de l'Indonésie. Les scientifiques ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des personnes trisomiques.
Une explication plus naturelle
"Quand nous avons vu ces os pour la première fois, plusieurs d'entre nous ont immédiatement évoqué une perturbation du développement, mais nous ne pouvions pas poser un diagnostic parce que les os étaient tellement fragmentés. Au fil des ans, plusieurs séries de preuves ont convergé vers le syndrome de Down", a indiqué Eckhardt repris par Science Daily. Dans l'étude, l'équipe souligne que les caractéristiques de LB1 est le seul spécimen dont on a retrouvé le crâne et les fémurs.
Ses caractéristiques ne peuvent donc pas être retrouvées sur les autres restes découverts dans la grotte Liang Bua. Un véritable obstacle, selon eux, à la théorie qui veut que l'Homme de Florès soit une nouvelle espèce. "Ce travail n'est pas présenté comme une histoire fantaisiste mais pour tester une hypothèse : les squelettes de la grotte de Liang Bua sont-ils suffisamment inhabituels pour justifier l'invention d'une nouvelle espèce humaine ?", a poursuivi le chercheur.
"Notre nouvelle analyse montre que ce n'est pas le cas : l'explication la plus naturelle est qu'il s'agit d'un trouble du développement. Ici, les éléments désignent clairement le syndrome de Down, qui affecte plus d'une naissance humaine sur mille à travers le monde" a t-il conclu. Évidemment, cette théorie ne convainc pas encore tous les spécialistes qui s’intéressent à la controverse. De nouveaux travaux seront donc surement nécessaires avant de pouvoir définitivement trancher sur la question.
Source : MaxiSciences du 06/08/2014
vendredi 8 août 2014
L'homme de Florès serait trisomique, et non une nouvelle espèce
C'est la conclusion d'une nouvelle analyse de ce petit hominidé, surnommé "hobbit", au cœur d'une vive controverse depuis sa découverte en 2003.
Une nouvelle analyse des fragments d'ossements de l'homme de Florès (Homo floresiensis), découverts en 2003 dans une caverne de l'île indonésienne, révèle des indices de mongolisme, remettant en question la théorie selon laquelle il s'agissait d'une nouvelle espèce d'hominidés.
Bien que ce spécimen baptisé "LB1" ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs, dont l'Homo erectus et l'Australopithèque, a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.
Sa taille et le volume de sa boîte crânienne sous-estimés
CRÂNE. Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille.
Selon les nouveaux calculs, le crâne de l'homme de Florès avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
TAILLE. L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis estimée à environ un mètre. Elle a également été revue à la hausse à 1,26 m.
Cette erreur s'explique par une extrapolation basée sur la taille plus courte du tibia du spécimen à partir d'une formule dérivée d'une population de pygmées en Afrique.
Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs. Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Un descendant perdu d'Homo erectus ?
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, M. Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
CONTROVERSE. Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte de ces fossiles.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout") qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : Sciences et Avenir du 05/08/2014
Une nouvelle analyse des fragments d'ossements de l'homme de Florès (Homo floresiensis), découverts en 2003 dans une caverne de l'île indonésienne, révèle des indices de mongolisme, remettant en question la théorie selon laquelle il s'agissait d'une nouvelle espèce d'hominidés.
Bien que ce spécimen baptisé "LB1" ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs, dont l'Homo erectus et l'Australopithèque, a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.
Sa taille et le volume de sa boîte crânienne sous-estimés
CRÂNE. Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille.
Selon les nouveaux calculs, le crâne de l'homme de Florès avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
TAILLE. L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis estimée à environ un mètre. Elle a également été revue à la hausse à 1,26 m.
Cette erreur s'explique par une extrapolation basée sur la taille plus courte du tibia du spécimen à partir d'une formule dérivée d'une population de pygmées en Afrique.
Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs. Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Un descendant perdu d'Homo erectus ?
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, M. Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
CONTROVERSE. Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte de ces fossiles.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout") qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : Sciences et Avenir du 05/08/2014
jeudi 7 août 2014
L’Homme de Florès était-il trisomique ? La controverse continue
Une équipe de paléontologues réaffirme que le « petit Homme de Florès », un hominidé, femelle, de très petite taille découvert en 2003 en Indonésie, n’est pas le représentant d’une espèce jusque-là inconnue, Homo floresiensis et qui aurait cohabité avec l’Homme moderne. Les anomalies relevées sur les restes de squelette s’expliqueraient par une trisomie. La saga de la dame de Florès se poursuit...
Que de controverses depuis la découverte en 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l’île de Florès, en Indonésie, de restes manifestement humains. Le premier spécimen étudié, baptisé LB1, qui était une femme, vivait il y a moins de 18.000 ans, c’est-à-dire à une époque récente, où Homo sapiens s’était répandu un peu partout et, devenu le seul hominidé connu, avait déjà orné de magnifiques peintures la grotte de Lascaux.
Or cette dame de Florès semble très particulière : 1,06 m pour la taille, moins de 30 kg pour le poids et moins de 400 cm3 pour le cerveau, soit le volume de celui d’un chimpanzé. Les caractéristiques anatomiques du squelette le mieux conservé montrent une ressemblance avec des espèces humaines plus anciennes, Homo habilis ou H. erectus. Pourtant, des outils de pierre, contemporains, ont été trouvés sur le site.
L’hypothèse des découvreurs, Peter Brown, Richard Roberts et Thomas Sutikna, qui ont publié deux articles dans Nature en 2004 (voir les liens au-dessous de cet article, rubrique Liens externes), fut d’emblée qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce humaine, Homo floresiensis, restée isolée sur ces îles indonésiennes et ayant évolué vers le nanisme. Tout aussi rapidement, une autre hypothèse a été émise : ces petits Hommes, souvent appelés hobbits, en référence aux personnages des romans de Tolkien, étaient des Homo sapiens, comme nous, mais atteints d’une maladie déformant le squelette. Pour certains, ces hobbits seraient des crétins nains, au sens médical du terme (d'ailleurs le nanisme du ouistiti en serait une preuve), pour d’autres, ils auraient été victimes du syndrome de Laron. La difficulté (administrative) d’accès au site et la rétention des fossiles durant plusieurs années par le paléontologue Teuku Jacob n’ont pas facilité l’étude et ont contribué à la controverse. Depuis, presque chaque année, une nouvelle étude vient conforter l'une ou l'autre de ces hypothèses.
Des détails anatomiques compatibles avec une trisomie 21
Alors que le balancier penchait depuis quelque temps en faveur d’une espèce à part entière, avec une étude parue en juillet 2013 et concluant à une nouvelle espèce du genre Homo, une double publication dans les Pnas (voir les liens au-dessous de cet article) vient le repousser dans l’autre sens. Menée par Robert B. Eckhardt, lequel n’a jamais cru à cette idée (« qui n’a pas de sens »), une étude entend démontrer que LB1 montre les signes d’une trisomie 21. Selon eux, la taille et le volume du cerveau, calculés d’après des restes incomplets ont été sous-estimés. Le cerveau occuperait en fait 430 cm3, soit le volume « de personnes atteintes de trisomie 21 dans la même région », affirme Robert Eckhardt, dans un communiqué de l’université d’État de Pennsylvanie, à laquelle il appartient. Quant à la taille, elle ne serait pas de 1,06 m mais de 1,26 m. De quoi, argumentent-ils, faire entrer la dame de Florès dans l’espèce humaine.
L’équipe s’appuie sur un faisceau d’indices observés sur l’anatomie du crâne et sur le fait que les personnes atteintes de trisomie 21 ont des fémurs plus courts. Ces caractéristiques ne seraient pas apparues tout de suite car les restes étaient trop fragmentaires, expliquent les auteurs et « plusieurs indices ont convergé au fil des années ». Ces chercheurs concèdent que ces anomalies correspondant à la trisomie ne sont présentes que chez LB1 et non pas sur les restes, très incomplets, des sept autres individus retrouvés dans la grotte et attribués à H. floresiensis. Pour ces chercheurs, seule la dame de Florès était atteinte de ce syndrome et le hasard a fait que son squelette a été le mieux conservé. Voilà le balancier revenu du côté de l’individu anormal. Nul doute, cependant, que le mystère de la grotte de Liang Bua fera encore parler de lui…
Source : Futura Sciences du 05/08/2014
Que de controverses depuis la découverte en 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l’île de Florès, en Indonésie, de restes manifestement humains. Le premier spécimen étudié, baptisé LB1, qui était une femme, vivait il y a moins de 18.000 ans, c’est-à-dire à une époque récente, où Homo sapiens s’était répandu un peu partout et, devenu le seul hominidé connu, avait déjà orné de magnifiques peintures la grotte de Lascaux.
Or cette dame de Florès semble très particulière : 1,06 m pour la taille, moins de 30 kg pour le poids et moins de 400 cm3 pour le cerveau, soit le volume de celui d’un chimpanzé. Les caractéristiques anatomiques du squelette le mieux conservé montrent une ressemblance avec des espèces humaines plus anciennes, Homo habilis ou H. erectus. Pourtant, des outils de pierre, contemporains, ont été trouvés sur le site.
L’hypothèse des découvreurs, Peter Brown, Richard Roberts et Thomas Sutikna, qui ont publié deux articles dans Nature en 2004 (voir les liens au-dessous de cet article, rubrique Liens externes), fut d’emblée qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce humaine, Homo floresiensis, restée isolée sur ces îles indonésiennes et ayant évolué vers le nanisme. Tout aussi rapidement, une autre hypothèse a été émise : ces petits Hommes, souvent appelés hobbits, en référence aux personnages des romans de Tolkien, étaient des Homo sapiens, comme nous, mais atteints d’une maladie déformant le squelette. Pour certains, ces hobbits seraient des crétins nains, au sens médical du terme (d'ailleurs le nanisme du ouistiti en serait une preuve), pour d’autres, ils auraient été victimes du syndrome de Laron. La difficulté (administrative) d’accès au site et la rétention des fossiles durant plusieurs années par le paléontologue Teuku Jacob n’ont pas facilité l’étude et ont contribué à la controverse. Depuis, presque chaque année, une nouvelle étude vient conforter l'une ou l'autre de ces hypothèses.
Des détails anatomiques compatibles avec une trisomie 21
Alors que le balancier penchait depuis quelque temps en faveur d’une espèce à part entière, avec une étude parue en juillet 2013 et concluant à une nouvelle espèce du genre Homo, une double publication dans les Pnas (voir les liens au-dessous de cet article) vient le repousser dans l’autre sens. Menée par Robert B. Eckhardt, lequel n’a jamais cru à cette idée (« qui n’a pas de sens »), une étude entend démontrer que LB1 montre les signes d’une trisomie 21. Selon eux, la taille et le volume du cerveau, calculés d’après des restes incomplets ont été sous-estimés. Le cerveau occuperait en fait 430 cm3, soit le volume « de personnes atteintes de trisomie 21 dans la même région », affirme Robert Eckhardt, dans un communiqué de l’université d’État de Pennsylvanie, à laquelle il appartient. Quant à la taille, elle ne serait pas de 1,06 m mais de 1,26 m. De quoi, argumentent-ils, faire entrer la dame de Florès dans l’espèce humaine.
L’équipe s’appuie sur un faisceau d’indices observés sur l’anatomie du crâne et sur le fait que les personnes atteintes de trisomie 21 ont des fémurs plus courts. Ces caractéristiques ne seraient pas apparues tout de suite car les restes étaient trop fragmentaires, expliquent les auteurs et « plusieurs indices ont convergé au fil des années ». Ces chercheurs concèdent que ces anomalies correspondant à la trisomie ne sont présentes que chez LB1 et non pas sur les restes, très incomplets, des sept autres individus retrouvés dans la grotte et attribués à H. floresiensis. Pour ces chercheurs, seule la dame de Florès était atteinte de ce syndrome et le hasard a fait que son squelette a été le mieux conservé. Voilà le balancier revenu du côté de l’individu anormal. Nul doute, cependant, que le mystère de la grotte de Liang Bua fera encore parler de lui…
Source : Futura Sciences du 05/08/2014
mercredi 6 août 2014
Le "petit homme" de Florès devait être trisomique, mais pas une nouvelle espèce
HISTOIRE – Il a été découvert en septembre 2003 dans une grotte de l'île indonésienne de Florès, dont il a pris le nom. L'homme de Florès, considéré comme le représentant d'une espèce disparue de l'ordre des primates, ne serait en fait pas celui que l'on croit. Une nouvelle analyse des fragments d'ossements découverts révèle des indices de mongolisme.
Bien que ce spécimen ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce, le chaînon manquant entre l’Australopithèque et l’Homo Sapiens. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.
Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille. Selon les nouveaux calculs, le crâne avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis (estimée à environ un mètre) a également été revue à la hausse à 1,26 m. Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs.
Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, Robert Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte des fossiles.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout"), qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : Huffington Post du 05/08/2014
Bien que ce spécimen ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce, le chaînon manquant entre l’Australopithèque et l’Homo Sapiens. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.
Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille. Selon les nouveaux calculs, le crâne avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis (estimée à environ un mètre) a également été revue à la hausse à 1,26 m. Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs.
Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, Robert Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte des fossiles.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout"), qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : Huffington Post du 05/08/2014
mardi 5 août 2014
Le «hobbit» de Florès n'appartenait sans doute pas à une nouvelle espèce
SCIENCES - Selon des chercheurs, il s'agirait d'un cas de trisomie...
En 2003, des scientifiques pensaient avoir découvert une sorte de hobbit. Lundi, de nouvelles analyses sont venues doucher leurs espoirs: l'homme de Florès, découverte dans une caverne indonésienne révèle des indices de mongolisme, remettant en question la théorie selon laquelle il s'agissait d'une nouvelle espèce d'hominidés.
Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de «LB1» et une sous-estimation de sa taille. Selon les nouveaux calculs, le crâne de l'homme de Florès avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
«Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région», explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
126 cm
L'estimation initiale «erronée» de la taille de l'homo floresiensis estimée à environ un mètre. Elle a également été revue à la hausse à 1,26 m.
Cette erreur s'explique par une extrapolation basée sur la taille plus courte du tibia du spécimen à partir d'une formule dérivée d'une population de pygmées en Afrique. Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs. Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, Robert Eckhardt relève «qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé».
Un Homo erectus qui a rapetissé?
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : 20 minutes du 05/08/2014
En 2003, des scientifiques pensaient avoir découvert une sorte de hobbit. Lundi, de nouvelles analyses sont venues doucher leurs espoirs: l'homme de Florès, découverte dans une caverne indonésienne révèle des indices de mongolisme, remettant en question la théorie selon laquelle il s'agissait d'une nouvelle espèce d'hominidés.
Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de «LB1» et une sous-estimation de sa taille. Selon les nouveaux calculs, le crâne de l'homme de Florès avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.
«Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région», explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).
126 cm
L'estimation initiale «erronée» de la taille de l'homo floresiensis estimée à environ un mètre. Elle a également été revue à la hausse à 1,26 m.
Cette erreur s'explique par une extrapolation basée sur la taille plus courte du tibia du spécimen à partir d'une formule dérivée d'une population de pygmées en Afrique. Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs. Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.
Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, Robert Eckhardt relève «qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé».
Un Homo erectus qui a rapetissé?
Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Source : 20 minutes du 05/08/2014
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