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mardi 28 juin 2022

Les australopithèques d’Afrique du Sud prennent un coup de vieux

Une étude parue lundi 27 juin dans la revue scientifique « Pnas » repousse d’au moins un million d’années les fossiles d’australopithèques découverts dans des grottes en Afrique du Sud. De quoi montrer une coexistence avec ceux d’Afrique de l’Est.

Un million d’années dans la vue ! Une coopération internationale a revu à la hausse l’âge d’Australopithecus africanus, une espèce d’australopithèque qui vivait en Afrique australe. Jusque-là, des analyses sédimentaires du site de fouilles de Sterkfontein, en Afrique du Sud, considéraient ce lointain cousin comme présent depuis une période de 2,1 à 2,6 millions d’années. La nouvelle estimation repousse cette fourchette entre 3,4 et 3,7 millions d’années.

La faute aux stalagmites, ou plutôt aux stalagmites « plates ». « Les sols de ces grottes ressemblent à des mille-feuilles », décrit Laurent Bruxelles, géoarchéologue de l’université Toulouse Jean-Jaurès et coauteur de l’étude parue dans Pnas lundi 27 juin. Les premières estimations avaient été réalisées en datant des calcaires déposés par ruissellement dans une couche sédimentaire où avaient été retrouvés des fossiles. La technique est classique. Mais, dans ce cas précis, la datation a été faussée par le ruissellement : les roches analysées se sont infiltrées bien après dans la couche géologique qui contient les fossiles.

Pour la nouvelle mesure, c’est donc le quartz qui a été passé à la moulinette, notamment des formes rares de certains éléments chimiques – l’aluminium et le béryllium. « Tant que les roches sont à la surface, ces isotopes vont être produits en raison des rayonnements cosmiques, explique Laurent Bruxelles. Puis, quand la roche est recouverte ou enterrée dans une grotte, ces isotopes vont peu à peu disparaître, avec un taux de décroissance connu. » À partir des isotopes restants, il est ainsi possible de savoir quand la roche a été enfouie et donc quand se sont fossilisés les os.

Une coexistence parallèle d’australopithèques

Cette nouvelle datation confirmerait que l’australopithèque sud-africain a vécu à la même époque que son voisin d’Afrique de l’Est Australopithecus afarensis. Et ne peut donc pas en être son descendant. Une vraie révolution, qui aurait enthousiasmé le paléoanthropologue Yves Coppens, mort la semaine dernière et codécouvreur en 1974 de Lucy, le plus connu des squelettes d’australopithèque afarensis.

« Cette actualisation montre une évolution synchrone, qui invite à réfléchir sur l’apparition des australopithèques à l’échelle de tout le continent africain en sortant du débat sur les différents berceaux de l’humanité », estime Laurent Bruxelles. Depuis quelques décennies, les paléoanthropologues ont abandonné l’idée d’une unique lignée humaine, pour parler plutôt d’un « buisson », plusieurs espèces cohabitant et évoluant parallèlement.

Source : La Croix du 27/06/2022

dimanche 17 avril 2022

Plus ancien représentant de l’humain moderne en Europe, Zlatý kůň n’a pas fini de livrer ses secrets

Au printemps 2021, des analyses génomiques menées par l’Institut Max-Planck à Leipzig à la demande de scientifiques tchèques, révélaient que le crâne fossile d’une femme mis au jour en Tchécoslovaquie dans les années 1950 était bien plus ancien qu’on ne l’imaginait. Le crâne de Zlatý kůň a en effet fourni le plus ancien génome humain moderne, bouleversant notre perception de la présence des premières populations d’hommes modernes en Europe et en Eurasie. Les recherches autour de ce fossile ne s’arrêtent toutefois pas à cette découverte majeure : au contraire, elle les a relancées. A la mi-mars, une mission archéologique franco-tchèque composée de divers spécialistes s’est rendue dans la grotte qui a abrité ces vestiges pendant des millénaires. Radio Prague Int. a rencontré l’anthropologue Jaroslav Brůžek, le géoarchéologue et géomorphologue Laurent Bruxelles, l’archéozoologue Cédric Beauval et le paléoanthropologue Bruno Maureille. Ce dernier est d’abord revenu sur les origines de cette nouvelle mission.

BM : « C’est une mission naissante. C’est né d’abord du travail de Rebeka Rmoutilová, qui a été la doctorante de Jaroslav Brůžek et de moi-même, qui a travaillé sur la de la reconstitution virtuelle de fossiles, dont le crâne de Zlatý kůň. Les résultats extraordinaires qui placent ce crâne comme étant potentiellement le représentant d’une très ancienne lignée d’hommes modernes arrivés en Europe, qui ont disparu, donc le seul représentant de cette lignée, enracinent le fossile dans un temps très vieux, beaucoup plus vieux. Et donc, Jaroslav Brůžek a pensé qu’il était intéressant de revenir sur le terrain pour voir si on pourrait reprendre des recherches archéologiques de terrain. C’est là qu’on a eu l’idée d’aller chercher des collègues comme Laurent Bruxelles et Cédric Beauval qui ont une très grande expérience de ce type d’activités avec leur type de compétences, pour voir s’il était toujours possible de faire quelque chose dans cette partie de la grotte de Zlatý kůň. »

Reconstruction du crâne de Zlatý kůň

Laurent Bruxelles, vous êtes géoarchéologue et géomorphologue. En général, les gens savent grosso modo ce qu’est un paléontologue, voire un paléoanthropologue, mais peut-être moins de quoi il retourne dans le cas de votre discipline. Pouvez-vous nous expliquer ?

LB : « La géomorphologie est une discipline qui étudie l’évolution des paysages, qui décrit les formes du paysage et leur évolution. On se base notamment sur la géologie, le climat mais aussi l’impact de l’Homme dans le milieu. Quand je travaille pour des archéologues et que je mets cette discipline à leur service, cela devient de la géoarchéologie. C’est encore plus intéressant car on échange entre deux disciplines et cela apporte beaucoup d’informations. »

Il y a un an, Radio Prague Int. avait réalisé un entretien avec le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin qui est directeur du département Évolution de l'homme de l'Institut Max-Planck à Leipzig. C’est cet institut qui a mené les analyses génomiques sur le crâne de Zlatý kůň. On pensait avant ces analyses que ce crâne avait 15 000 ans…

JB : « C’était une datation qui remontait à 2002. Mais grâce à la thèse de Rebeka Rmoutilová, nous avons contacté l’Institut Max-Planck, le laboratoire de paléo-archéo-génétique et Johannes Krause. On a prélevé un petit morceau et grâce à leurs capacités, on a fait des analyses génétiques qui ont finalement montré qu’il s’agissait de la plus vieille lignée humaine moderne, de l’homme anatomiquement moderne venu d’Afrique en Europe, sans laisser de descendants. »

Zlatý kůň n’est en effet pas la grand-mère des Tchèques. Cette découverte a toutefois mis en émoi la communauté scientifique car cela fait revenir cette présence d’humains modernes à 45 000 ans, une limite minimale…

BM : « Beaucoup plus loin en effet, car c'est la longueur des segments de gènes néanderthaliens conservés dans le génome reconstitué de Zlatý kůň, qui ont permis cette datation et de dire que probablement, il appartient à une lignée d’humains arrivés en Europe avant 45 000 ans. Ce qui en fait bien le plus ancien représentant de la plus ancienne lignée d’humains modernes arrivés sur ce territoire. »

Explorer à nouveau le site de Zlatý kůň : une mission archéologique franco-tchèque

A partir de là, où intervenez-vous Laurent Bruxelles dans cette mission qui vous a amené à explorer les grottes de Koněprusy, le plus grand réseau de grottes de Tchéquie ?

LB : « Je suis géomorphologue, mais ma spécialité ce sont aussi les grottes et les paysages dans les calcaires. L’intérêt dans le cas présent était de pouvoir revenir sur le site où a été découvert le crâne pour voir s’il y avait la possibilité de trouver d’autres vestiges ou d’autres éléments de datation qui pourraient permettre de confirmer l’ancienneté de ce crâne. Alors, il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles suite à cette visite. Les mauvaises nouvelles, c’est que quasiment tous les dépôts ont été enlevés de la grotte. On a vu sur place que toutes les couches fossilifères ont été totalement exploitées. Pour preuve, en fouillant dans les archives grâce à Jaroslav Brůžek et Petr Velemínský, on a pu voir qu’il y a eu un travail de décapage systématique de tout l’ensemble. Mais malgré tout, en cherchant un petit peu, dans un petit recoin, on a pu retrouver des dépôts qui correspondent à des choses qui viennent de la surface, qui pourraient correspondre au matériel avec lequel le crâne est arrivé dans la grotte. On a peut-être encore un petit témoin de cette histoire. Finalement, un des objectifs était de retrouver un vestige de ce dépôt-là pour pouvoir revenir vers lui, enlever la succession, faire de la datation voire le fouiller pour voir si on retrouve d’autres restes de ce vestige. »

Quand vous dites que tout avait été exploité, cela veut dire dans des fouilles anciennes, au moment où le crâne a été découvert ?

JB : « Oui, il y a 70 ans. Dans les années 1950-55, quand les fouilles se sont achevées, le terrain a été aménagé pour le tourisme. Tous ces travaux ont dû bouleverser ce qu’a vu Laurent, ce qui ne donne pas beaucoup d’espoir de trouver quelque chose par les fouilles classiques. Mais il faut croire à ses compétences en ce qu’elles puissent apporter quelques éléments qui nous enrichissent de nouvelles informations pour préciser la datation de ce crâne. »

L’étude morphologique, toujours pertinente

J’aimerais revenir sur l’impulsion qui a précédé les nouvelles analyses de Zlatý kůň. Pourquoi y a-t-il eu cette envie d’analyser à nouveau ce crâne, cette fois via la paléogénétique ?

JB : « Dans sa thèse, Rebeka a comparé ce crâne avec d’autres crânes paléolithiques européens. Elle a trouvé par des moyens statistiques que ce crâne appartenait davantage à un groupe très ancien qu’à un groupe relativement jeune qui aurait correspondu à la datation de 2002 qui donnait un âge de l’époque du magdalénien (entre 17 000 et 14 000 avant le présent, ndlr). Par rapport à cette première datation « absolue » magdalénienne, on s’est lancé à nouveau dans un travail d’analyse génétique qui a apporté cette grande surprise : c’était en réalité bel et bien un individu ayant vécu très longtemps auparavant. La paléogénétique apporte des preuves qu’on ne peut vraiment pas voir avec la morphologie. Mais cela apporte aussi l’idée de la morphologie n’était pas totalement morte. Cela peut apporter quelque chose : car si nous n’avions pas eu les résultats morphologiques de Zlatý kůň, personne n’aurait eu l’idée d’analyser ce crâne du point de vue génétique. Donc en ce qui concerne l’étude génétique, on a essayé de faire une datation, mais chacune donnait un âge différent ! On s’est aperçu que ce crâne était sans doute contaminé, et les collègues de Max-Planck, avec leurs collaborateurs de l’Europe entière, on fait d’autres analyses : ils y ont trouvé de l’ADN de vache actuelle, soit des restes de colle qui avait servi à reconstituer le crâne à l’époque de la découverte. Ces vaches ont contribué au fait que nous n’avons pas de date absolue correcte d’où l’idée d’aller refaire un tour dans cette grotte pour vous si on pouvait encore retrouver des restes humains non traités. »

Vous disiez qu’à l’occasion de la visite de cette grotte, il y a des choses positives et négatives. Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

CB : « L’avantage c’est que Laurent a isolé dans un coin de la cavité une petite portion de la stratigraphie qui semble ne pas avoir été affectée. Donc sur cette portion-là, on peut éventuellement reculer la coupe : le sédiment est conservé sur un peu plus d’un mètre d’épaisseur. Au-dessus on a un niveau de plancher stalagmitique : ce sont des éléments datables. Si on est vraiment face à de premiers hommes modernes, on devrait avoir une datation assez précise de ce plancher stalagmitique. Ce qui nous intéresse aussi, c’est d’essayer d’avoir un contexte pour ces hommes fossiles. Je suis archéozoologue, ce qui m’intéresse c’est les restes fauniques en contexte archéologique. Dans le cadre de cette mission on n’a pas regardé beaucoup de restes non-humains, mais au musée associé au crâne il y avait quelques éléments, une petite dizaine de pièces qui correspondent à des taxons qui sont connus : on a du rêne, du cerf, du bison…

En archéozoologie, ce qui nous intéresse aussi, c’est le rapport entre l’Homme et l’animal. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce crâne de Zlatý kůň a toujours été décrit comme ayant été mâchonné par des grands carnivores. Donc, au départ, quand on pensait que ce crâne et cet individu étaient vieux, on considérait que ces grands carnivores qui l’avaient étaient des hyènes. Quand on a eu la datation autour du magdalénien, on s’est dit que ce n’étaient pas des hyènes puisqu’elles disparaissent il y a 25 000 ans. On a donc plutôt accusé les loups. Donc ce qu’on voulait voir aussi, c’est si vraiment il y a des traces de dents de carnivores sur ce crâne, et si les carnivores avaient pu être responsables de l’introduction de ce crâne dans la cavité. On a donc regardé ces restes humains avec Bruno : on a donc à la fois du crâne, mais aussi des éléments plus fragiles comme des vertèbres et des côtes. Sur le crâne, effectivement, il y a de petites traces de dents de grands carnivores. On peut en effet supposer qu’un loup ou une hyène a mâchonné ce crâne. Mais on ne peut pas dire que la destruction du crâne par les grands carnivores soit très importante : donc on rejette plus ou moins l’hypothèse qu’il ait été apporté de loin par de grands carnivores. Sinon certains éléments fragiles comme la base du crâne auraient totalement disparu, or il nous reste du maxillaire, des zygomatiques. La base du crâne est relativement bien conservée. »

Cela peut-il laisser supposer que l’individu en question est mort sur place ?

CB: « On peut supposer qu’il est décédé non loin de là. Il a été effectivement manipulé ensuite par de grands carnivores. Mais on peut exclure qu’ils soient responsables de son introduction dans la cavité. »

Une femme à la peau sombre en Europe

Lors de sa conférence inaugurale au Collège de France, Jean-Jacques Hublin a projeté une photo d’une reconstitution faciale du crâne de Zlatý kůň. Il y avait déjà eu une reconstitution réalisée pour le Musée national qui présentait cette femme comme ayant un visage pâle. Or, la photo présentée au Collège de France montre une femme à la peau bien plus foncée. J’imagine que c’est une petite révolution pour le grand public, à tout le moins. Pas pour la communauté scientifique…

JB : « Pour le grand public c’est révolutionnaire. Pour les anthropologues pas du tout. Il faut expliquer que cette reconstitution a été faite à des fins muséologiques parce qu’on prépare une nouvelle exposition permanente. On a lancé cette reconstitution au moment où on pensait que cette femme était d’époque magdalénienne. Nous ne voulions pas exposer ce sujet qui ne correspond pas à nos nouveaux résultats : malheureusement les autorités du musée, après la publication de plusieurs nouveaux articles, ont foncé et ont voulu exposer la reconstitution.

Mais en vérité, si comme nous le pensons, cette femme a au moins 45 000 ans voir plus, alors est obligé de digérer. Tels sont les résultats de la paléogénétique. Dans notre génome, il y a les gènes responsables de la pigmentation. Donc nous savons qu’elle avait les yeux sombres, les cheveux aussi, et une pigmentation comme vous l’avez vue sur la photo du Collège de France. Elle aurait ressemblé à une personne vivant actuellement en Somalie. C’était donc bel et bien un individu à la peau foncée évoluant en Europe. »

Laurent Bruxelles, vous êtes spécialiste des grottes. Plus proche de nous dans le temps, les grottes de Koněprusy ont été un repaire de faux-monnayeurs au Moyen Age, mais elles sont aussi, me semble-t-il, un repaire de chauves-souris. Or, l’impact de ces petits mammifères volants sur les grottes est un sujet qui vous intéresse particulièrement… Vous êtes-vous intéressé à cet aspect dans le cadre de cette mission ?

LB : « L’étude des chauves-souris et de leur impact sur les grottes est en effet quelque chose qui m’intéresse beaucoup. C’est surtout un indice qu’on va utiliser pour savoir si la grotte était ouverte et accessible. Or là, on a parcouru une grande partie de la cavité, même si on n’a pas tout vu, et on a vu très peu d’impact de chauves-souris. Il y a peut-être des chauves-souris qui sont venues récemment, du fait de l’ouverture par l’Homme en raison des carrières qui ont coupé les entrées. Mais apparemment, avant cela, il n’y avait pas de chauves-souris. Cela veut dire que cette grotte a toujours été isolée de la surface. Un des rares points de contact avec la surface, c’est quand le crâne de Zlatý kůň est tombé dans la grotte. Puis, la grotte s’est refermée, et les chauves-souris n’ont pas occupé cette grotte. On retrouve les formes de creusements initiales par l’eau qui sont quasiment intactes. »

Donc la grotte a été préservée de l’impact particulièrement dévastateur des chauves-souris…

LB : « Oui, et c’est une bonne chose pour le fossile parce que sinon, il ne serait peut-être plus là aujourd’hui… »

Les grottes, pièges à fossiles

La République tchèque, autant la Bohême que la Moravie, est très riche en sites archéologiques préhistoriques. Peut-on l’expliquer par un environnement propice très tôt dans l’histoire de l’humanité qui aurait favorisé l’implantation des populations humaines ?

BM : « C’est une voie de passage. Ces lignées d’humains modernes qui vont quitter l’Afrique et rencontrer des succès évolutifs variables – rappelons-le la lignée de Zlatý kůň n’a pas eu de descendance dans les populations eurasiatiques actuelles – vont passer par cette région. C’est obligatoire, il n’y a pas des milliards de routes depuis la sortie du continent africain pour arriver en Europe. En outre, on est ici dans un environnement assez favorable, il ne fait pas très froid, ce n’est pas un endroit inhabitable. Donc ce n’est pas étonnant que des humains se soient installés ici et qu’il y ait ces grands sites que l’on connaît qui ont livré beaucoup de matériel du Paléolithique supérieur. »

LB : « On est sur une route de passage, et sur leur route, il y a du calcaire avec des grottes. Ce sont des pièges ! Quelle que soit la période prise en compte, si on a du calcaire avec des grottes capables de piéger les choses, on va retrouver ces informations, ces fossiles. »

Les grottes sont donc des pièges destinés aux archéologues…

LB : « Oui, pour les fossiles. La nature a horreur du vide. Il y a des vides qui existent sous terre, il suffit qu’un jour il soit connecté à la surface et il va enregistrer tout ce qui se passe à la surface jusqu’à ce qu’il soit bouché. Cela marche pour tous les sites. Les grottes, on le sait, conservent très bien les fossiles : pensons à l’art pariétal, on a même des empreintes de pas préhistoriques dans les argiles… C’est un endroit vraiment conservateur. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas là où il n’y avait pas de grottes – il y a une préservation différentielle. Mais là où il y a des grottes, c’est le bon endroit pour chercher et trouver des vestiges. Et il y en a en Tchéquie. »

CB : « Et la recherche archéologique en Tchéquie est très précoce. Dès le XIXe siècle… »

Le territoire tchèque, un réservoir de sites archéologiques d’exception

JB : « Lors de la création du premier Etat tchécoslovaque, il y avait aussi de fortes relations culturelles et scientifiques avec la France. Si la France est le berceau de la préhistoire, nos anciens prédécesseurs du XIXe siècle comme Karel Absolon, Karel Jaroslav Maška ou Bohumil Matějka ont marché dans cette direction. »

BM : « Ce territoire est exceptionnel. Laurent l’a dit, les grottes calcaires permettent de conserver. Mais ici aussi, il y a des sites fabuleux qui ont livré des restes humains en plein air. Comme Dolní Věstonice par exemple. C’est une chance pour ce territoire fantastique : moi qui travaille dans le sud-ouest de la France, je peux vous dire que des restes humains en plein air, il n’y en a jamais. »

Il y a un adage en archéologie qui dit que l’on ne trouve que ce que l’on cherche. Allez-vous continuer à faire des recherches à Zlatý kůň ? Ou cette collaboration actuelle va-t-elle donner lieu à d’autres missions ?

LB : « Déjà, on va essayer d’aller un peu plus loin sur cette grotte. Maintenant qu’on a identifié un reste de dépôt, on va le dater. Si les dates tombent bien, on peut essayer de fouiller davantage pour essayer de sortir un peu plus de faune, quelques fossiles de plus, faire des analyses car ceux-ci n’auront pas été contaminés. Forts de cette dynamique, on peut essayer ensuite d’aller voir d’autres sites. D’autres sites ont livré des fossiles et on peut revenir vers eux. Ce qui est intéressant, c’est qu’ici, très tôt, les géologues qui ont travaillé avec les archéologues ont enregistré toutes les informations. Je vous disais que tout avait disparu, mais on a des coupes très détaillées qu’on a réussi à réassembler. L’information est là, et on peut donc revenir vers les vestiges et les couches qui n’existent plus. Tout n’est pas perdu et je pense qu’il y a là un très gros potentiel. »

Source : Radio Prague International du 16/04/2022

lundi 3 février 2020

Homo naledi

Homo naledi est une espèce éteinte d'hominines découverte en 2013 en Afrique du Sud par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger. La découverte fut annoncée en septembre 2015. Les fossiles ont été trouvés dans les Grottes de Rising Star, près de Johannesbourg, en Afrique du Sud. La découverte et l'analyse de nouveaux restes trouvés dans une seconde chambre a été faite en mai 2017 par John Hawks.

Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithecus, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques. La combinaison de caractères ancestraux et dérivés traduit une évolution en mosaïque.

D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années au vu de sa morphologie, il a été daté en 2017 entre 335 et 236 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.

Controverses scientifiques

Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus ». Ian Tattersall, du Musée américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo ».

Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.

Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement.

Sa fiche sur Wikipedia

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Zone géographique : Afrique du sud

Période : 300.000 à environ 225.000 ans

Découverte : En 2015, en Afrique du Sud

Caractéristiques : Plus petit qu'Homo sapiens, Homo naledi atteignait 1,50 m. Son cerveaune dépassait pas la taille d'un pamplemousse. Des centaines d'ossements ont été mis à jour mais seulement dans deux grottes très proches en Afrique du Sud, sans outil ni ornement. Sa découverte a néanmoins ouvert des perspectives, le genre Homo était peut-être bien plus foisonnant que supposé jusqu'ici.
Plusieurs espèces ont peut-être peuplé l'Afrique il y a 300.000 ans, avec des populations très localisées.

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autour de 0,3 MA.
DH1 un crâne fragmentaire ; plus de 1500 restes de nombreux individus, et il semblerait que ce ne soit pas fini.
Un tout petit trou en Afrique du Sud.
Découverte importante, mais l'anatomie des fossiles n'est pas encore suffisamment étudiée pour valider cette nouvelle espèce, les caractères dérivés semblent faire défaut. Ressemble beaucoup aux premiers Homo ou Homo erectus anciens. Fait unique, les découvreurs ont mis en ligne les modèles 3D des principaux fossiles, permettant ainsi aux autres chercheurs de les étudier. 

vendredi 1 avril 2016

L’« homme de Flores », alias le « Hobbit », aurait disparu bien plus tôt qu’on ne le pensait

Quand donc l’« homme de Flores » a-t-il disparu, et pourquoi ? On pensait jusqu’alors qu’Homo floresiensis, un fossile découvert en 2003 dans une grotte de l’île de Flores, en Indonésie, s’était éteint il y a environ 12 000 ans, à une époque où l’homme moderne était présent depuis longtemps dans la région.

Ce scénario est aujourd’hui remis en question par de nouvelles datations présentées dans la revue Nature. L’équipe responsable des fouilles initiales dans la grotte de Liang Bua a réétudié la stratigraphie du site, et considère désormais que le « Hobbit », ainsi surnommé en raison de sa petite taille (1,06 mètre), y a vécu entre − 100 000 et − 60 000 ans.

Cette révision modifie sensiblement l’histoire du peuplement humain dans la région, et va relancer les spéculations sur les causes de la disparition de ce petit représentant du genre Homo, dont on suppose qu’il aurait été un descendant d’Homo erectus, présent en Asie depuis un million d’années.

Sa petite stature s’expliquerait par son isolement géographique, un phénomène de « nanisme insulaire », observé chez d’autres espèces – et sa petite boîte crânienne (400 cm3, l’équivalent de celle de Lucy l’australopithèque, un tiers de la nôtre) n’aurait rien à voir avec une forme de microcéphalie pathologique.

Une espèce minuscule

Lors de l’annonce de sa découverte, dans Nature en 2004, le premier squelette d’H. floresiensis était daté à 18 000 ans, mais d’autres restes apparaissaient dans des couches géologiques formées entre 95 000 à 12 000 ans. Ces datations, étonnamment récentes, impliquaient qu’après l’arrivée depuis l’Afrique dans l’archipel indonésien des premiers Homo sapiens, qui ont atteint l’Australie il y a environ 50 000 ans, cette espèce minuscule avait survécu presque quarante millénaires. Le robuste homme de Néandertal, qui a disparu d’Europe peu de temps après sa colonisation par l’homme moderne, ne pouvait pas en dire autant.

Mais de nouvelles fouilles, conduites entre 2007 et 2014 par une équipe internationale, ont montré que la stratigraphie complexe de la grotte avait pu induire les chercheurs en erreur. « Nous n’avions pas réalisé, durant les premières fouilles, que les dépôts sédimentaires où les restes du Hobbit étaient présents, près de la paroi est de la grotte, étaient d’un âge similaire à ceux du centre de la grotte, que nous avions datés à 74 000 ans, indique Thomas Sutikna (université de Wollongong, Australie, centre archéologique de Jakarta). En avançant dans les fouilles, année après année, il est apparu de plus en plus clairement qu’une large part des dépôts anciens avait été érodée. »

Cette surface a ensuite été recouverte par de nouveaux sédiments au cours des derniers 20 000 ans, et malheureusement, ce sont ces strates qui avaient été retenues pour les datations initiales.

« Véritable travail interdisciplinaire »

L’équipe a donc repris le travail à zéro, pour constater que la présence la plus récente d’H. floresiensis dans la grotte remontait à 60 000 ans, tandis que des outils lithiques qui pouvaient « raisonnablement » lui être attribués étaient encore présents il y a 50 000 ans, et remontaient pour les plus anciens, à 190 000 ans.

Les datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, semblent cette fois solides. Appliquées à un os d’H. sapiens, elles le datent à − 7 500 ans, ce qui correspond à des traces de charbon présentes dans les strates adjacentes. De nouvelles datations par luminescence infrarouge suggèrent que les grains de feldspath analysés en 2003 provenaient en fait de strates d’époques très distantes, et que la moyenne obtenue était erronée.

Le compte est-il bon, cette fois-ci ? Pour Laurent Bruxelles, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, spécialiste de la stratigraphie des grottes, « cette publication résulte d’un véritable travail interdisciplinaire, et c’est cette approche qui réunit le plus de chances que les résultats, notamment lorsqu’il s’agit de datation, soient le plus fiables possible. »

Même s’il n’a pas encore eu l’occasion de se rendre dans cette grotte, M. Bruxelles estime que « les résultats convergents obtenus sont un argument de poids, solide, pour penser que les niveaux stratigraphiques, tels qu’ils sont présentés, sont cohérents. »

Trois autres lignées humaines connues

L’équipe dirigée par Richard Roberts, de l’université de Wollongong, a aussi réanalysé les restes animaux présents dans la grotte, pour constater que plusieurs espèces disparaissaient subitement de la stratigraphie il y a environ 50 000 ans : des vautours, des marabouts géants, des stégodons pygmées (un proche parent de l’éléphant aujourd’hui disparu), ou encore le dragon de Komodo. Au moment même où H. floresiensis s’évanouissait.

« Beaucoup de gens auront des idées intéressantes sur ces disparitions simultanées, mais la vérité est que nous n’en comprenons par la raison précise – et nous ne la connaîtrons pas avant que beaucoup de travail soit accompli à Liang Bua et d’autres sites sur Flores », estime Matt Tocheri, de l’université Lakehead au Canada, l’un des signataires de l’étude de Nature.

Le fait est que ces disparitions coïncident avec l’arrivée d’H. sapiens dans la région, et que de nombreuses espèces animales succomberont aussi, peu après son irruption sur le sol australien. Notre espèce coexistait à l’époque sur la planète avec trois autres lignées humaines connues, qui lui ont cédé la place : l’homme de Neandertal (Europe) et les Dénisoviens (Sibérie, Asie), dont on sait, grâce à l’ADN ancien, qu’ils ont pu se métisser avec H. sapiens. Mais aussi le petit homme de Flores, qui vivait dans une région chaude, malheureusement peu propice à la conservation de l’ADN, et dont le croisement avec nos ancêtres restera hypothétique.

Notre espèce est-elle responsable de la disparition du Hobbit, il y a 50 000 ans ? « Savoir si H. floresiensis a survécu après cette époque, ou s’il a rencontré des hommes modernes, des Dénisoviens ou d’autres espèces d’hominidés à Flores ou ailleurs, sont autant de questions ouvertes, auxquelles seules de futures découvertes pourraient aider à répondre », concluent les chercheurs dans Nature.

Source : Le Monde du 30/03/2016

samedi 11 avril 2015

"Petit pied", un cousin sud-africain pour Lucy

L’Afrique de l’est n'est pas la seule à avoir été peuplée il y a plus de 3,5 millions d’années. Une nouvelle étude sur l'australopithèque "Little Foot" met en avant l'Afrique du Sud comme terrain de jeu des hominidés.

Il a 3,67 millions d’années déjà, un hominidé au "petit pied" (alias "Little foot", son surnom en anglais) arpentait les grottes de Sterkfontain, en Afrique du Sud et s’y cassait le nez… Une nouvelle datation, parue dans la revue Nature, est venue confirmer le grand âge de cet australopithèque qui divise la communauté scientifique depuis 1997. Il confirme que cette région de l’Afrique était également peuplée au moment où Lucy et les siens crapahutaient à l’est du rift africain (voir carte).

Pour son malheur- et pour le plus grand bonheur des chercheurs- le petit australopithèque est tombé dans une crevasse de 20m à 30m avant d’être enseveli sous un éboulement du plafond rocheux. Treize longues et patientes années ont été nécessaires à l’équipe du paléontologue Ron Clarke de l’université de Witwatersrand pour dégager « Little Foot » de sa gangue rocheuse, des millions d’années après sa dégringolade mortelle.

Berceau de l’humanité. Le site de Sterkfontein, situé dans la province du Gauteng au nord-ouest de Johannesbourg, a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000 sous le nom de « Berceau de l’Humanité » aux côtés des sites archéologiques voisins de Swartkrans, Kromdraai et Wonder Cave. Il a livré plus de 500 restes d’hominidés fossiles dont un autre australopithèque célèbre et plus jeune Australopithecus africanus, vieux d’au moins 2,5 millions d’années.


CALCIFICATION. La calcification totale du squelette dans les sédiments n’a pas facilité la tâche mais le jeu en valait la chandelle. Car avec ses jolis doigts de pieds et orteils (qui lui ont valu son surnom), il "serait l’un des squelettes les plus complets découvert à ce jour" selon ses découvreurs. A titre de comparaison le fossile de Lucy n’est reconstitué qu’à 40%. Notons que la description totale de Petit Pied, attribué pour le moment à l’espèce Australopithecus prometheus n’a pas encore été publiée...

En revanche, depuis sa découverte, les spécialistes discutaient de l’ancienneté exacte du fossile. Les âges de 3,3 millions d’années voire 4 millions d’années ont été avancés par des chercheurs sud-africains puis américains. En 2006, une datation uranium/plomb des coulées stalagmitiques de calcite entourant le squelette le rajeunissent brutalement: petit pied n'aurait que 2,2 millions d’années seulement ! Le paléontologue Ron Clarke n'est pas convaincu: –« Les coulées stalagmitiques pourraient être bien plus récentes que le squelette » imaginait il alors. La démonstration sera faite en 2014 seulement : Laurent Bruxelles un chercheur de l’Inrap, (laboratoire Traces, UMR CNRS-université Toulouse-Jean Jaurès) et l’équipe sud-africaine ont prouvé que les coulées stalagmitiques de 2,2 millions d’années s’étaient formées dans des vides sous le fossile et sont donc plus récentes que celui-ci. Aujourd’hui, les spécialistes précisent dans Nature et grâce à un affinement des méthodes de datation, dite cosmogéniques- l’âge précis de Little Foot : soit 3,67 millions d’années !

La datation d'exposition par isotopes cosmogéniques est une méthode de datation géochimique qui utilise la production par les rayons cosmiques d'isotopes rares, de l'hydrogène et son produit l'hélium , du béryllium , du carbone, du néon (21Ne), de l'aluminium , et du chlore, puis leur accumulation dans le réseau cristallin des minéraux pour déterminer un âge d'exposition.

Cela n’en fait pas le plus ancien hominidé fossile, ni même le plus vieux des autralopithèques pour autant comme on a pu l’écrire ici et là. Lucy a bien été datée de 3,2 millions d’années seulement, mais son espèce, celle des Australopithecus afarensis est réputée avoir vécu entre 4,2 et 3 millions d’années. Ensuite, à la même époque que « petit Pied » deux autres espèces au moins arpentaient l’actuel Kenya : l’Australopithecus anamensis , supposé être un bipède évolué, et le Kenyanthrope à l’étrange face aplatie. A y regarder de plus près (voir notre carte), c’est bien l’Afrique de l’est qui reste aujourd'hui la région du monde où on a trouvé le plus d’ancêtres fossiles des hominidés. Sans compter que c’est en Ethiopie , toujours, qu’on a exhumé, le mois dernier le plus ancien reste du genre Homo, une mâchoire vieille de 2,8 millions d’années. Bref, malgré sa grande ancienneté, et n'en déplaise à l'Unesco, Petit pied ne suffit pas à faire de l'Afrique du sud, le berceau de l'humanité.

Source : Sciences et Avenir du 09/04/2015

mardi 7 avril 2015

« Petit pied » pourrait être à l’origine de l’humanité

L’australopithèque Little Foot, exhumé il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait âgé de 3,67 millions d’années, d’après une nouvelle méthode de datation.

Plus âgée que la fameuse Lucy éthiopienne (3,2 millions), australopithèque elle aussi, cette découverte recentre l’origine de l’humanité sur l’Afrique du sud.

Une équipe internationale de paléoanthropologues vient de dater à nouveau le squelette de Little Foot à – 3,67 millions d’années, ce qui en fait l’un des plus vieux australopithèques et relance l’Afrique du sud comme berceau de l’humanité.

« Cela remet l’Afrique du Sud dans la course de l’évolution humaine », alors que depuis plusieurs décennies, l’Afrique de l’Est tenait la corde, explique Laurent Bruxelles, chercheur de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) au laboratoire Traces (CNRS-Université de Toulouse) et médaille de bronze du CNRS en 2015.

Un australopithèque sud-africain

« Avec un âge de 3,67 +/– 0,16 millions d’années, Little Foot arrive devant l’Éthiopienne Lucy (Australopithecus afarensis) âgée de 3,2 millions d’années et largement avant Homo Habilis, notre ancêtre direct, apparu il y a environ 2,5 millions d’années », souligne Laurent Bruxelles.

« Dans ce cas, rien ne s’oppose à ce que cet australopithèque (« singe austral ») sud-africain soit à l’origine de l’humanité. » « Tout reste possible », a souligné M. Bruxelles qui a participé à une étude internationale publiée dans la revue britannique Nature.

Une méthode de datation plus précise

Cette date est le fruit de l’invention d’une nouvelle méthode de datation par isotopes cosmogéniques. Celle-ci consiste à mesurer l’âge d’atomes radioactifs d’aluminium et de berylium arrivés sur terre par les rayonnements cosmiques en s’aidant d’un spectromètre de masse, une technique mise au point à l’université Purdue (Indiana).

Un puzzle rocambolesque

Tout a commencé par la découverte en 1994 dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du sud), de quatre petits os provenant d’un pied gauche d’un hominidé très ancien que Ronald Clarke, professeur de paléoanthropologie à l’Université Witwatersrand de Johannesburg, baptise « Little Foot » (« Petit pied »).

En 1997, le chercheur trouve dans une autre boîte des os de pied provenant du même « préhomme » et un morceau de tibia.

Gangue de calcite

Avec ces indices, son équipe retrouve dans la grotte le squelette quasi entier de Little Foot enserré dans une gangue de calcite aussi dure que du béton que les scientifiques doivent dégager à l’aide d’instruments de dentisterie. Étonnante, cette exhumation (les os étaient littéralement connectés avec la roche) relève de la découverte d’une aiguille dans une meule de foin. Là, le squelette gît à 25 mètres de profondeur, et l’homme à qui il appartenait a sans doute fait une chute mortelle dans le gouffre.

Treize années ont été nécessaires pour dégager Little Foot. Ce fossile est, selon les chercheurs, un représentant de l’espèce Australopithecus prometheus. Rapidement, Ronald Clarke attribue un âge de 3,3 millions d’années à Little Foot en se basant sur la morphologie de l’hominidé et sur une première datation des coulées stalagmitiques de la grotte.

Un âge très discuté

Puis en 2003, le géologue Darryl Granger de l’université Purdue suggère une datation des sédiments entourant le fossile d’environ 4 millions d’années, en utilisant la datation par isotopes cosmogéniques (ancienne méthode).

« Mais la marge d’erreur était de plus ou moins un million d’années », explique M. Bruxelles. En 2007, une étude britannique, sème le trouble : Little Foot n’aurait que 2,2 millions d’années, selon l’analyse des coulées stalagmitiques de calcite entourant le squelette.

Démêler la succession de strates

Ronald Clarke ne parvient pas à y croire et il demande en 2006 à Laurent Bruxelles, spécialiste des cavités calcaires (karst), de démêler la succession de strates qui entourent le fossile. La grotte a subi des inondations, des effondrements et des dynamitages par les mineurs.

En 2014, le géomorphologue de l’Inrap établit que les dépôts calcaires datés de 2,2 millions d’années sont postérieurs à Little Foot. Chose extraordinaire et difficile à démontrer, les coulées stalagmitiques se sont insinuées dans les espaces vides, y compris sous le fossile, et sont plus récentes que celui-ci ! C’est alors que Darryl Granger refait les analyses avec la méthode de datation cosmogénique améliorée.

Une histoire de berceau à roulettes

« Les résultats sont étonnants », souligne l’Université de Witwatersrand de Johannesburg. Sur les onze échantillons récoltés au cours de la dernière décennie, neuf se trouvent sur une unique courbe, apportant ainsi « une datation solide au dépôt », souligne l’université.

Finalement, cette découverte rebat les cartes et confirme que l’Afrique du sud est un potentiel berceau de l’humanité, au même titre que l’Afrique de l’est. Un événement scientifique et culturel qui devait amuser l’Abbé Breuil, préhistorien français de renommée internationale décédé en 1961, qui, dans les années 1950 avait pertinemment fait remarquer que si le berceau de l’humanité était bien en Afrique, c’en était pas moins un berceau… à roulettes.

Source : La Croix du 06/04/2015

samedi 4 avril 2015

Toulouse: L'australopithèque «Little Foot» secoue l'arbre généalogique de l'Humanité

SCIENCE Des scientifiques toulousains ont permis de donner un âge à l'un des plus vieux australopithèques, découvert en Afrique du Sud...

Lucy l'Ethiopienne peut aller se rhabiller. Avec ses 3,2 millions d'années, cet australopithèque fait figure de jeune fille. Little Foot, découvert il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait lui âgé de 3,67 millions d'années, à 160.000 ans près.

C'est la découverte réalisée par des chercheurs toulousains de l'Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap) et des Universités Paul-Sabatier et Jean-Jaurès.

Lucy l'Ethiopienne peut aller se rhabiller. Avec ses 3,2 millions d'années, cet australopithèque fait figure de jeune fille. Little Foot, découvert il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait lui âgé de 3,67 millions d'années, à 160.000 ans près.

C'est la découverte réalisée par des chercheurs toulousains de l'Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap) et des Universités Paul-Sabatier et Jean-Jaurès.

Plus vieux que notre ancêtre Homo Habilis

Jusqu'à présent, le CV de ce petit homme singe affichait 2,2 millions d'années. Il vient donc de prendre un sérieux coup de vieux et cela permet de remettre l'Afrique du Sud dans la course de l'évolution humaine.

«Little Foot arrive largement avant Homo Habilis, notre ancêtre direct, apparu il y a environ 2,5 millions d'années. Rien ne s'oppose à ce que cet australopithèque sud-africain soit à l'origine de l'humanité», explique Laurent Bruxelles, chercheur du laboratoire Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (TRACES) de l'Université Jean-Jaurès et du CNRS.

Dans les résultats de l'étude publiée ce jeudi dans le magazine Nature, il démontre que la première datation de Little Foot, qui se basait sur la calcite qui l'entourait, n'était pas la bonne. Son découvreur Ronald Clarke ne s'en est d'ailleurs jamais satisfait.

Plus de quinze ans pour lui trouver le bon âge

C'est lui qui en 1997 a trouvé Little Foot dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesbourg, gisant à 25 m de profondeur. Trois ans plus tôt, alors qu'il classait des boîtes, il avait trouvé un pied d'adulte australopithèque, de petite taille, d'où le nom attribué à l'individu.

Après une bataille d'experts pour trouver son âge, Ronald Clarke, a donc demandé en 2006 aux scientifiques toulousains d'intervenir pour faire le tri entre l'âge des différentes strates qui entourent le fossile.

«Il existe peut-être encore des centaines de Little Foot»

Laurent Bruxelles, géomorphologue, va éclaircir l'horizon: les dépôts calcaires datent bien de 2,2 millions d'années, mais ils sont arrivés là après Little Foot. Grâce à de nouvelles datations cosmogéniques effectuées sur onze échantillons, la nouvelle tombe: il est l'un des plus vieux australopithèques de l'Humanité, en concurrence avec quelques congénères d'Afrique de l'Est.

«Il existe peut-être encore des centaines de Little Foot qu'il faut chercher dans leur piège géologique, reprend le géomorphologue. Nous avons d'ailleurs un projet de creuser une tranchée juste à côté de l'endroit où il a été découvert. En décembre, nous partons pour une mission de quatre ans en Namibie où nous allons aussi fouiller une série de grottes.»

Source : 20 minutes du 02/04/2015

vendredi 3 avril 2015

Little Foot aurait 3,67 millions d'années

L'australopithèque Little Foot, découvert il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait âgé de 3,67 millions d'années, révèle une équipe de chercheurs qui a réalisé une nouvelle datation de ce célèbre fossile.

Cet âge fait du petit «homme singe» sud-africain un contemporain de la fameuse Lucy, australopithèque trouvée en Éthiopie en 1974 et dont l'âge présumé serait de plus de 3 millions d'années.

Depuis la découverte de Little Foot («Petit pied») en 1997 dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesburg, la bataille fait rage entre les experts pour déterminer l'âge de ce fossile d'australopithèque le plus complet jamais trouvé.

«Cela remet l'Afrique du Sud dans la course de l'évolution humaine», alors que depuis plusieurs décennies, l'Afrique de l'Est tenait la corde, a déclaré à l'AFP Laurent Bruxelles, chercheur à l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) en France.

«Avec un âge de 3,67 millions d'années, Little Foot arrive largement avant Homo Habilis, notre ancêtre direct, apparu il y a environ 2,5 millions d'années», souligne Laurent Bruxelles. «Dans ce cas, rien ne s'oppose à ce que cet australopithèque sud-africain soit à l'origine de l'humanité». «Tout reste possible», a souligné M. Bruxelles qui a participé à l'étude.

La marge d'erreur de la nouvelle datation est de plus ou moins 160 000 ans, précisent les scientifiques qui ont utilisé la datation par isotopes cosmogéniques (générés par les rayonnements cosmiques qui bombardent la Terre) dans une version améliorée et publient leur étude mercredi dans la revue britannique Nature.

Depuis la découverte de Little Foot («Petit pied») en 1997 dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesburg, la bataille fait rage entre les experts pour déterminer l'âge de ce fossile d'australopithèque le plus complet jamais trouvé.

Quatre millions d'années? 3,3 millions? Ou seulement 2,2 millions? L'enjeu est de taille.

La nouvelle datation a été établie par une équipe internationale, qui comprend notamment le découvreur de Little Foot, Ronald Clarke.

«Datation solide»

En 1994, il trouve dans une boîte d'ossements divers provenant de déblais miniers de la grotte de Silberberg, quatre petits os provenant du pied d'un hominidé très ancien qu'il baptise «Little Foot». Trois ans plus tard, le paléoanthropologue de l'Université sud-africaine de Witwatersrand trouve dans une autre boîte des os de pied provenant du même pré homme et un morceau de tibia.

Avec ces indices, son équipe retrouve dans la grotte le squelette quasi entier de Little Foot enserré dans une gangue calcaire. Il gît à 25 mètres de profondeur. Selon les chercheurs, il a sans doute fait une chute mortelle dans le gouffre.

Treize années ont été nécessaires pour dégager Little Foot. Ce fossile serait un représentant de l'espèce Australopithecus prometheus.

Rapidement, Ronald Clarke attribue un âge de 3,3 millions d'années à Little Foot en se basant sur la morphologie de l'hominidé et sur une première datation des coulées stalagmitiques de la grotte.

Puis en 2003, le géologue Darryl Granger suggère une datation des sédiments entourant le fossile d'environ 4 millions d'années, en utilisant la datation par isotopes cosmogéniques. Elle décrypte le vieillissement d'isotopes de l'aluminium et du béryllium. «Mais la marge d'erreur était de plus ou moins un million d'années», explique M. Bruxelles.

Trois ans plus tard, une étude britannique sème le trouble: Little Foot n'aurait que 2,2 millions d'années, selon l'analyse de sédiments entourant le squelette.

Ronald Clarke ne parvient pas à y croire et il demande en 2006 à Laurent Bruxelles, spécialiste des cavités en milieu calcaire, de démêler la succession de strates qui entourent le fossile. La grotte a subi des inondations, des effondrements et des dynamitages par les mineurs.

Le géomorphologue de l'Inrap remet de l'ordre dans tout cela. Il établit que les dépôts calcaires datés de 2,2 millions d'années sont postérieurs à Little Foot. Les études repartent sur de nouvelles bases.

Darryl Granger, de l'Université Purdue de l'Indiana, refait des analyses, en se basant sur la même méthode de datation cosmogénique, mais améliorée. Une autre innovation, utilisant un aimant, permet d'affiner encore la datation.

«Les résultats sont étonnants», souligne l'Université de Witwatersrand de Johannesburg. Sur les onze échantillons récoltés au cours de la dernière décennie, neuf se trouvent sur une unique courbe, apportant ainsi «une datation solide au dépôt», pointe l'université.

jeudi 2 avril 2015

Le fossile "Little foot", un pied dans le berceau de l’humanité

« Little Foot » est âgé de 3,67 millions d’années. La nouvelle datation de cet hominidé, avancée dans la revue Nature jeudi 2 avril, relance l’Afrique du Sud dans la course aux australopithèques les plus anciens. Et constitue un nouvel épisode de la saga scientifique entourant ce fossile hors du commun, l’un des plus complets, avec 90 % du squelette retrouvé, mais qui reste méconnu car sa description scientifique détaillée n’a pas encore été publiée.

Little Foot, alias StW 573, rattaché à l’espèce Australopithecus prometheus, a en effet été découvert dans des conditions improbables : en septembre 1994, Ron Clarke (université de Witwatersrand, Johannesbourg) trouve, dans des caisses d’ossements classés comme « animaux », quatre os qu’il attribue à un pied gauche d’hominidé. Son mentor, Philippe Tobias (1925-2012), le baptisera « Petit pied ». Trois ans plus tard, nouvelle trouvaille dans des boîtes en provenance du même site, la grotte de Silberberg à Sterkfontein, dans le nord du pays : plusieurs os de pied et un fragment de tibia droit sont attribués au même individu par Ron Clarke. Il envoie ses assistants dans cette grande caverne, où ils ont la chance extraordinaire de retrouver ce qui ressemble au reste du squelette pétrifié.

Accumulation des sédiments

Pris dans une gangue de roche, les ossements ne seront dégagés de la cavité qu’en 2010, mais il reste encore du travail avant qu’ils soient totalement débarrassés des sédiments calcifiés qui les recouvrent. Cette exhumation au long cours s’est accompagnée de plusieurs tentatives de datation, successivement remises en question.

« En Afrique du Sud, la datation est plus difficile, car les fossiles se trouvent dans des grottes, où l’accumulation des sédiments est parfois complexe à interpréter. »

« En Afrique de l’Est, les datations sont relativement aisées, car il y a eu fréquemment des retombées volcaniques qui ponctuent la stratification, explique Laurent Bruxelles (Institut national de recherches en archéologie préventive, CNRS), qui cosigne l’article de Nature. Mais en Afrique du Sud, c’est plus difficile, car les fossiles se trouvent dans des grottes, où l’accumulation des sédiments est parfois complexe à interpréter. »

Little Foot en offre un exemple parfait : cet hominidé a probablement trouvé la mort en faisant une chute de trente mètres dans une des nombreuses grottes de Sterkfontein. Il a rapidement été recouvert par des cailloux, qui ont maintenu le squelette en place – un cas de figure exceptionnel. Puis l’érosion, les infiltrations et les coulées stalagmitiques l’ont enseveli dans un complexe tombeau rocheux.

Qu’on en juge : une première datation faisant appel au paléomagnétisme en 1997 lui donne 3,3 millions d’années. Ensuite, Darryl Granger (université Purdue, Indiana) propose une date de 4 millions d’années en 2003, considérée par beaucoup comme trop ancienne. Puis en 2006, le rapport uranium/plomb de coulées stalagmitiques donne 2,2 millions d’années.

Il a fallu reconstituer l’histoire géologique de la cavité

« Cela remettait en question la place de ce fossile dans l’histoire humaine », raconte Laurent Bruxelles. C’est alors que Ron Clarke, qui ne croit pas au verdict des dernières datations, fait appel au géo-archéologue français. « Avant d’aller en Afrique du Sud, connaissant bien les grottes karstiques en France, j’étais assez confiant, se souvient l’intéressé. Mais sitôt arrivé, j’ai compris que j’en avais pour dix ans, car cette grotte est très compliquée. »

Datation cosmogénique

Il lui aura fallu un peu moins de temps pour reconstituer l’histoire géologique de la cavité, et s’apercevoir que des variations dans le climat avaient pu entraîner des formations de calcites, puis leur dissolution, avant qu’un revirement climatique ne favorise l’accumulation de stalactites, « qui ont rebouché les trous créés ». Armée de cette nouvelle stratigraphie, l’équipe eut la certitude que Little Foot avait plus de trois millions d’années, ce qu’elle a annoncé en 2014.

Restait à le confirmer, en soumettant des fragments de quartz à la question, avec la technique de datation cosmogénique de Granger, améliorée par Marc Caffee, lui aussi de l’université Purdue. Le terme cosmogénique signifie que cette méthode s’appuie sur l’analyse de roches comme le quartz qui, bombardées par des rayons cosmiques lorsqu’elles affleurent à la surface de la terre, se chargent en isotopes radioactifs, notamment l’aluminium 26 et le béryllium 10. Une fois enfouies, elles se « déchargent », selon une période qui est différente pour chaque isotope. En comparant les concentrations de ces isotopes, on peut déduire le moment où ils n’ont plus été exposés aux rayons cosmiques.

« Cela soulève d’intéressantes questions sur la diversité des premiers hominidés. »

Plus vieux que Lucy

Il suffisait donc de choisir des cailloux qui avaient chuté dans la grotte avec « Little Foot » pour dater sa mort. Ils indiquent qu’avec 3,67 millions d’années (+ ou - 160 000 ans), le fossile était contemporain des premiers Australopithecus afarensis alors présents en Afrique de l’Est (Tanzanie et Ethiopie), dont fait aussi partie la célèbre Lucy, un peu plus jeune (3,2 millions d’années). Sur le plan morphologique, Little Foot est différent, avec son visage plat et allongé et ses dents jugales (molaires et prémolaires) bombées. « Cela soulève d’intéressantes questions sur la diversité des premiers hominidés et leurs relations phylogénétiques [les liens de parenté évolutifs] », concluent les signataires, sibyllins.

Cette nouvelle datation, c’est un peu la revanche de Ron Clarke, car « Little Foot » est désormais suffisamment vieux pour rejouer dans la cour des « grands anciens », si ce n’est postuler au rang d’ancêtre des premiers « Homo », dont on vient de découvrir une mâchoire en Ethiopie, vieille de 2,8 millions d’années.

Little Foot n’est pas l’ancêtre du genre humain

Si « Little Foot » se trouve au cœur du « Berceau de l’humanité », une dénomination attribuée par l’Unesco à la région fossilifère de Sterkfontein, Pascal Picq doute que « Little Foot » ait joué ce rôle, car « il est trop australopithèque pour cela ». Mais le paléoanthropologue ne cache pas sa perplexité face aux dernières découvertes : « On a de plus en plus de fossiles et, paradoxalement, on voit de mieux en mieux les trous dans leur parenté. » Comme si, tant en Afrique de l’Est qu’en Afrique du Sud, le tableau des australopithèques se complexifiait de façon parallèle, « sans que le passage au genre Homo se clarifie ».

Pour le paléontologue français Yves Coppens aussi, « Little Foot » ne peut prétendre être l’ancêtre du genre humain. « Les premiers pré-humains, rappelle-t-il, ce sont Toumaï au Tchad, à 7 millions d’années, Orrorin, au Kenya à 6 millions d’années. » Parmi les divers australopithèques apparus ensuite, c’est l’assèchement du climat, vers 4 millions d’années, qui a selon lui décidé du destin de ces lignées, avec un sort un peu similaire à l’Est et au Sud, où des formes plus robustes, aux grosses dents adaptées aux graminées, et toujours dotées de petits cerveaux, sont apparues. « Mais en Afrique de l’Est, il y a aussi l’émergence du genre Homo, avec des dents plus petites de carnivore, et un plus grand cerveau », souligne-t-il. Pour autant, la datation absolue de Little Foot lui semble une avancée notable : « On va pouvoir faire des corrélations de grande valeur avec d’autres régions, qu’on attend depuis longtemps. »

« Tout le monde veut avoir découvert son ancêtre, c’est humain »

« A chaque fois qu’on évoque le berceau de l’humanité, on force un peu la mise. Tout le monde veut avoir découvert son ancêtre, c’est humain », indique Yves Coppens. Pour lui, même si l’Afrique de l’Est tient la corde, c’est toute la région africaine touchée par ce changement climatique qui est susceptible de mériter cette dénomination.

Pour le géoarchéologue Laurent Bruxelles aussi, la notion de « berceau de l’humanité » ne doit pas être prise au pied de la lettre. « C’est plutôt une large zone en Afrique où les fossiles ont pu être conservés par la géologie. » Lui-même prépare une expédition en Namibie, où il espère bien découvrir d’autres ancêtres putatifs.

Source : Le Monde du 01/04/2015