jeudi 13 décembre 2012

Des chercheurs reconstituent le visage du "Hobbit", l’Homme de Florès

En guise d’inauguration à la conférence de l’Association archéologique australienne qui se tient du 9 au 13 décembre, une scientifique a dévoilé la reconstitution qu’elle a réalisée du visage de l’Homme de Florès, cette espèce humaine fossile découverte en 2003.

Comme Néandertal, Homo rudolfensis et bien d’autres, l’Homme de Florès également appelé Homo floresiensis, a désormais son portrait ! Ce petit hominidé a été identifié grâce à des fossiles découverts il y a 9 ans sur l’île indonésienne de Florès, d'où son nom. D'après l'étude de ses ossements, l’espèce aurait vécu jusqu’à il y a environ 18.000 ans. Toutefois, on ignorait jusqu'ici à quoi ressemblait précisément cet hominidé.

Pour percer ce mystère, le Dr Susan Hayes, de l'Université de Woollongong en Australie a étudié le squelette d’un individu femelle d’une trentaine d’année et d’une taille de 1 mètre environ, qui lui a ainsi servi de modèle pour établir le portrait de l'Homme de Florès. "Elle n'est pas ce qu’on appellerait jolie, mais elle est certainement… distincte. Dans les médias, ceci est souvent appelé une ‘reconstruction faciale’, mais, comme je m’appuie sur des éléments et des travaux de la science archéologique, nous préférons le terme de ‘rapprochement facial’…'’, explique le Dr Hayes citée par le Daily Mail.

Celle-ci a eu accès aux restes d'Homo floresiensis mis au jour en 2003 par le Pr Mike Morwood et l'équipe archéologique de Liang Bua (le nom du site de la découverte). Grâce à une formation en médecine légale, le Dr Hayes a alors pu donner corps (ou plutôt visage) au Hobbit, comme on surnomme cette petite espèce.

"Cela m'a pris un peu plus longtemps que ce que j'avais prévu, m’a causé plus d’un mal de tête en cours de route, mais je suis heureuse à la fois du développement méthodologique et des résultats définitifs", conclut Mlle Hayes, dont le travail a marqué le début de la conférence de l’Association archéologique australienne.

Source : MaxiSciences du 11/12/2012

mercredi 12 décembre 2012

L'archéozoologue

lundi 10 décembre 2012

Les hommes des cavernes dessinaient mieux que les artistes modernes


Les hommes des cavernes dessinaient mieux la démarche des animaux que les artistes modernes, selon des comparaisons effectuées par des chercheurs dont les résultats sont publiés mercredi dans une revue scientifique américaine.

La plupart des quadrupèdes ont une séquence similaire dans le déplacement de leurs pattes, qu'ils marchent, trottent ou courent.

Ces mouvements ont été étudiés scientifiquement à partir du début des années 1880 par Eadweard Muybridge, un photographe britannique célèbre pour ses décompositions photographiques du mouvement dont se sont ensuite inspirés de nombreux artistes.

Les auteurs de cette recherche ont examiné les peintures préhistoriques de boeufs et d'éléphants dans plusieurs grottes comme celle de Lascaux en France ainsi que des tableaux et des statues modernes représentant aussi des quadrupèdes en mouvement.

Ils ont évalué l'exactitude de la reproduction du mouvement dans ces peintures et sculptures par rapport aux observations scientifiques des démarches de ces animaux.

Ils ont découvert que souvent les animaux représentés marchant ou trottant avaient leurs pattes dans des positions erronées.

Les peintures préhistoriques, elles, avaient un taux d'erreur nettement plus faible (46,2%) que les oeuvres modernes (83,5%) datant d'avant 1887, année à laquelle remontent les travaux de Muybridge. Ce taux d'erreur est tombé après cette date à 57,9%.

Cette étude effectuée par Gabor Horvath de l'Université Eotvos à Budapest en Hongrie, paraît dans la revue scientifique américaine PLOS ONE datée du 5 décembre.

Source : La Presse du 05/12/2012

jeudi 6 décembre 2012

L’archéoptéryx préférait planer plutôt que voler

Les ailes de l’archéoptéryx et de l’anchiornis seraient plus primitives qu’on ne le pensait jusqu’alors. Par conséquent, ces deux dinosaures à plumes devaient se déplacer dans les airs en planant ! L’histoire évolutive des ailes vient d’être révisée.

Les ailes d’oiseaux se composent d’une couche de rémiges asymétriques surmontées par des plumes de couverture, les tectrices. En vol, les rémiges peuvent pivoter sur elles-mêmes afin de laisser passer l’air entre les pennes pendant les mouvements ascendants des ailes. Grâce cette caractéristique, l’animal réalise de précieuses économies d’énergie durant ses déplacements, parfois lents, en vol par battements.

Les ailes et les plumes sont apparues bien avant le vol, probablement pour attirer l’attention de partenaires ou se thermoréguler. Aucun doute ne subsiste à ce sujet. En revanche, leur évolution pose encore question, notamment en ce qui concerne l’apparition des ailes des oiseaux actuels. Pour de nombreux chercheurs, cette révolution aurait été opérée durant le Jurassique puisqu’elle est visible chez les Archeopteryx et Anchiornis ayant vécu voici 160 à 150 millions d’années. Ainsi, les dinosaures-oiseaux de cette période devaient avoir la même morphologie alaire que leurs descendants du Crétacé. Il n’en est rien !


Le premier fossile d'archéoptéryx a été découvert en 1861 près de Langenaltheim en Allemagne et date d'environ 150 millions d'années. Barre d'échelle : 5 cm.

Nicholas Longrich de l’université Yale vient de réexaminer en profondeur des fossiles appartenant à ce groupe de dinosaures. Selon lui, ces reptiles possédaient des ailes primitives au Jurassique, ce qui n’est pas sans conséquence sur leurs capacités de vol. L’histoire évolutive des ailes doit elle aussi être révisée, selon l’article paru dans la revue Current Biology.

Des ailes pourvues de plusieurs rangées de plumes

Un Archeopteryx lithographica conservé à Berlin a particulièrement retenu l’attention des chercheurs. À sa mort, de la boue s’est insinuée entre ses plumes, permettant ainsi, 150 millions d’années plus tard, de fournir des données tridimensionnelles sur la morphologie de ses ailes. Comme chez les oiseaux modernes, celles-ci se composaient d’une rangée de rémiges primaires asymétriques (8 pour être exact) typiquement destinées au vol. Cependant, l’analyse de sillons longtemps négligés a révélé un fait troublant : une deuxième puis une troisième rangée de plumes, de longues tectrices, recouvraient en grande partie les rémiges.

Des ailes d’Anchiornis huxleyi trouvés en Chine ont également été passées en revue. Huit rémiges primaires recouvertes par plusieurs couches de longues tectrices ont été trouvées sur chaque membre. Petit détail, les plumes sont symétriques et recouvrent jusqu’à 90 % les rémiges. Ce dinosaure possède donc les mêmes appendices alaires que l’archéoptéryx, mais en plus primitifs. Ce fait n’est pas surprenant étant donné qu'Anchiornis huxleyi a vécu 5 à 10 millions d’années avant l'archéoptéryx.

Un vol par battements difficile pour ces dinosaures

L’existence de ces différentes couches de longues plumes est lourde de conséquences d’un point de vue fonctionnel. Les rémiges primaires de l’époque ne pouvaient pas par exemple s’écarter les unes des autres ou pivoter. Les ailes d’archéoptéryx et d’anchiornis devaient donc être relativement rigides et plutôt servir de surfaces pour planer. Des vols par battements étaient peut-être réalisables, mais ils devaient être très coûteux en énergie. Par conséquent, ils étaient courts. Enfin, la morphologie observée rendait difficile, voire impossible, tout déplacement aérien lent ou décollage depuis le sol.

Selon les auteurs, les plumes modernes seraient apparues voici 130 millions d’années, au Crétacé, après quelques dizaines de millions d’années de transformations. L’anchiornis puis l’archéoptéryx marqueraient deux étapes intermédiaires du processus évolutif.

Siource : Futura-Sciences du 25/11/2012

mardi 4 décembre 2012

L'anthropologue

mardi 20 novembre 2012

Les ancêtres de l'homme chassaient avec des lances

L'ancêtre commun de Néandertal et d'Homo sapiens emmanchait déjà des silex au bout de bâtons en bois pour tuer des animaux il y a 500.000 ans.

Il y a 500.000 ans, l'ancêtre de Néandertal et d'Homo sapiens utilisait déjà des lances pour tuer des animaux. C'est ce qu'affirme une étude publiée dans la revue Science vendredi. Non seulement, cette technique de chasse serait apparue 200.000 ans plus tôt qu'on le pensait. Mais elle aurait aussi été mise au point par l'ancêtre direct de l'homme (Homo heidelbergensis), considéré jusqu'alors comme trop peu évolué pour maîtriser cette technique. «Cela modifie totalement notre conception des prédécesseurs de l'homme moderne», déclare Jayne Wilkins, de l'université de Toronto (Canada), qui a conduit les recherches. «Certains des traits que l'on associe à l'homme moderne remontent plus loin dans le temps», ajoute Benjamin Schoville, de l'université d'Arizona (États-Unis), l'un des coauteurs.

L'étude a été conduite en Afrique du Sud, sur le site de Kathu Pan, dans la région du Cap du Nord. Des fouilles réalisées entre 1979 et 1982 avaient permis de collecter de nombreuses pierres taillées. Récemment, la couche de sédiments où ces pièces ont été mises au jour a été datée à -500.000 ans selon des nouvelles méthodes plus performantes que celles utilisées il y a trente ans. Une datation aussi ancienne a évidemment suscité beaucoup d'intérêt et entraîné un réexamen de la collection.

Une étude contestée par des paléontologues français

Les chercheurs ont étudié de près tout particulièrement les éclats triangulaires. Sur certains d'entre eux, ils ont noté que l‘extrémité de la pointe porte des traces de cassures et que la base semble avoir été intentionnellement travaillée comme pour pouvoir l'attacher à quelque chose. Pour Jayne Wilkins et son équipe, ces petites pierres ont été fixés au bout d'une lance. Pour le vérifier, ils ont fabriqué plusieurs répliques de ces cailloux, les ont fixées sur un bout de bois avec des tendons de bovins et de la gomme d'acacia. A défaut de pouvoir chasser des animaux bien vivants avec des armes du Pléistocène, ils ont propulsé les petites lances de leur fabrication avec une sorte d'arbalète contre une carcasse de gazelle. Résultat, l'impact a provoqué des cassures sur les pointes identiques à celles visibles sur les fossiles.

L'étude est loin de convaincre. D'abord, la datation est contestée. Le fait que le site a été daté quelques années après sa découverte dérange. Rien ne garantit en effet que les pierres sont de la même époque que la couche sédimentaire dans laquelle elles ont été trouvées «Je ne mettrai pas ma main au feu», note Francesco d'Errico, de l'université de Bordeaux 1.

Les traces sur les éclats posent aussi problème. «C'est intéressant mais pas renversant, affirme Jean-Jacques Hublin, de l'institut Max Planck de Leipzig (Allemagne). Il faudrait d'autres éléments pour être sûr que l'impact d'une lance de ce type contre un animal provoque des cassures comme celles qu'ils ont repérées. Rien n'indique aussi que ces objets ont été utilisés comme armes de jet. Il ne s'agit pas de toutes petites pointes, elles sont trop lourdes pour être lancées à de longues distance comme des sagaies. Elles peuvent être efficaces mais à quelques mètres seulement».

«Les préhistoriens américains sont de grands adolescents»

Le scénario de la lance ou du javelot hérisse Éric Boëda, de l'université Paris X Nanterre. «L'éclat triangulaire peut avoir été attaché à un manche très court pour couper, percer ou racler. On a tous cassé des extrémités de couteaux. Les préhistoriens ont beaucoup de fantasmes et les chercheurs américains sont des grands adolescents. Il est très difficile de se débarrasser de nos schémas de pensée et d'essayer de retrouver toute la gestuelle qui permettait de tuer des animaux sauvages».

Pour Jean-Jacques Hublin et Eric Boëda, la lance avec un éclat de pierre au bout comme la décrivent les chercheurs américains ne constitue pas une avancée technique majeure. La découverte de splendides lances en bois datant de -400.000 ans à Schöningen dans une mine de lignite en Allemagne montre que ce type d'armes existait depuis longtemps. «C'est un gisement exceptionnel mais on peut penser que ces objets étaient déjà utilisés il y a un million d'années».

Enfin, l'idée selon laquelle il y aurait une diffusion continue des technologies et un progrès continuel comme le sous-entend l'étude publiée dans la revue Science est aujourd'hui battue en brèche. «Sur le site d'Umm el Tlel, une oasis en Syrie, nous avons fouillé 500.000 ans d'histoires. Des cultures techniques très différentes s'y succèdent mais il y a toujours la même quantité de chameaux», souligne Éric Boëda.

Source : Le Figaro du 16/11/2012

lundi 19 novembre 2012

Découverte des plus vieilles pointes de lances en pierre âgées de 500 000 ans

Publiant ses travaux le 16 novembre dans Science, une équipe internationale de préhistoriens a montré expérimentalement que des pierres taillées vieilles d’un demi-million d’années découvertes en Afrique du Sud sont des pointes jadis emmanchées sur les hampes d’armes de chasse préhistoriques.

Si les chercheurs ont percé bon nombre des secrets de nos ancêtres, on est encore loin de tout savoir sur eux. C'est ce que suggère une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Arizona State University, de l'Université de Toronto (Canada) et de l'Université du Cap (Afrique du Sud). Publiée dans la revue Science, celle-ci porte sur des artéfacts en pierre collectés lors d’une campagne de fouilles entre 1979 et 1982 sur le site sud-africain de Kathu Pan 1.

Bien qu'ils aient été découverts depuis longtemps, ceux-ci n'avaient pas pu faire l'objet d'une véritable datation, du moins jusqu'en 2010 où les chercheurs en ont effectué une sur les dépôts du site. Selon les résultats obtenus, les fameux artéfacts seraient âgés d'environ 500 000 ans. Mais là n'est pas le plus intéressant. En effet, les spécialistes se sont attachés à lancer des projectiles reconstitués ‘à l’ancienne’ sur la carcasse d’une antilope, puis à comparer les traces d’impact ainsi laissées sur les pointes de ces armes expérimentales avec celles observables sur les anciennes pointes sud-africaines. Verdict : ces dernières étaient bien des pointes de sagaies ou de lances.

Ceci fait remonter les techniques de l’emmanchement (fixer une pointe à une hampe) et de la chasse au lancer à -500.000 ans, soit près de 200.000 ans plus tôt que ce qui était connu. "Lorsque [ce genre de] pointe est utilisé comme pointe de lance, il y a beaucoup de dégâts qui apparaissent à l'extrémité, et des ‘fractures’ de forme distinctive. Les dégâts sur ces anciennes pointes en pierre sont remarquablement semblables à ceux produits avec notre matériel d’expérience calibré, et nous avons démontré qu'ils ne peuvent être facilement créés par d'autres processus", a expliqué Kyle Brown, de l'Université du Cap, co-auteur de l’étude.

Une meilleure compréhension des ancêtres de l'homme

Ces pointes de pierre travaillées pour pouvoir être attachées à l'extrémité d'une lance sont communes sur des sites archéologiques remontant jusqu'à 300.000 ans, ont relevé les chercheurs. On sait désormais qu'elles étaient déjà utilisées durant la période de l'Homo heidelbergensis - dernier ancêtre commun de l'homme moderne, l'Homo sapiens, et de son cousin aujourd'hui éteint, l'homme de Néandertal, expliquent-ils.

"Bien que les Néandertaliens et les Homo sapiens utilisaient des pointes de lance en pierre, cette découverte est la première indication que cette technologie remonte à la période où ces deux espèces ont divergé", note Jayne Wilkins, du département d'anthropologie de l'Université de Toronto au Canada, principal auteur de ces travaux.

"Cette découverte bouleverse notre compréhension des adaptations des premiers ancêtres de l'homme moderne avant même l'émergence de ce dernier", a t-elle ajouté citée par l'AFP. Ainsi, "il semblerait que les traits que nous attribuions à l'homme moderne et à ses plus proches cousins éteints, remontent plus loin dans notre lignée", a conclu l'anthropologue.

Source : MaxiSciences du 16/11/2012

mercredi 14 novembre 2012

Australopithecus bahrelghazali, un cousin de Lucy qui se nourrissait d’herbe

Publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, une étude britannique portant sur la dentition d’Australopithecus bahrelghazali, une espèce cousine de celle de Lucy, suggère que cet hominidé se nourrissait surtout de graminées il y a 3,5 Ma.

C’est en étudiant les différents isotopes de carbone dans les dents fossilisés de trois Australopithecus bahrelghazali provenant du Tchad, que Julia Lee-Thorp, de l’Université d’Oxford, et ses collègues, ont fait leur découverte. Le régime alimentaire, riche en carbone C4 de cet hominidé vieux de 3,5 millions d'années était essentiellement constitué de... végétaux.

Habitant une région couverte, à l’époque, de plaines inondables et de prairies boisées, A. bahrelghazali était doté de dents puissantes. Néanmoins, celles-ci étaient insuffisantes pour qu'il ne mastique que des feuilles d’arbre. Selon les spécialistes, il devait donc privilégier les plantes du sol, vraisemblablement les oignons et bulbes situés à la base des graminées (car il était bien sûr dépourvu du système digestif des ruminants).

"Nous avons trouvé des preuves suggérant que les premiers hominidés, dans le centre de l'Afrique, au moins, ont eu un régime [alimentaire] essentiellement composé de graminées tropicales et de carex. Aucun grand singe d'Afrique (…) ne mange ce genre de nourriture malgré le fait qu'il pousse en abondance dans les régions tropicales et subtropicales", a expliqué Julia Lee-Thorp.

D'après les chercheurs, il est en fait peu probable que l’abondance de carbone C4 dans les dents de l’hominidé soit due à la consommation d’animaux eux-mêmes herbivores : "étant donné que ni les humains ni les autres primates n’ont de régimes alimentaires riches en aliments d’origine animale (…), on peut supposer qu'ils mangeaient les graminées tropicales directement", a conclu Julia Lee-Thorp.

Source : MaxiSciences du 13/11/2012

mardi 6 novembre 2012

Néandertal, le raffinement de l’homme moderne

Les datations d’os de néandertaliens d’Arcy-sur-Cure renforcent la théorie selon laquelle ils ont subi l’influence culturelle de Cro-Magnon.

Néandertal, sur la fin, se fit homme raffiné. Une sorte de chant du cygne. Et c’est en se frottant à ses cousins Cro-Magnon qu’il acquit ce surcroît de culture le conduisant à fabriquer des artefacts d’os, des sagaies légères et des ornements corporels jusqu’alors inconnus dans ses grottes et campements. Cependant, nulle volonté de transfert de technologies sur mode de coopération Nord-Sud là-dedans, assène le préhistorien Jean-Jacques Hublin, «c’est bien l’homme moderne qui est responsable de l’extinction de Néandertal».

A la tête d’une équipe internationale de huit chercheurs, Hublin vient de publier (1) un article qui porte sur une question centrale de la préhistoire. Comment, il y a environ 40 000 ans, les populations néandertaliennes d’Europe ont-elles été remplacées, au plus tard il y a 35 000 ans, par l’homme anatomiquement moderne ? Ce dernier, originaire d’Afrique, a en effet supplanté, partout dans le monde où elles préexistaient, des populations humaines.

De la brute épaisse, au gentil écolo

Ce remplacement est au cœur de polémiques anciennes et virulentes entre préhistoriens qui s’affrontent sur les raisons qui peuvent l’expliquer : guerres, climat, submersion démographique par Cro-Magnon ? Autant d’hypothèses soutenues avec des raisonnements pour le moins faibles ou des «preuves empiriques» bien maigrelettes, souligne Hublin. Ces débats ont eu de vifs échos bien au-delà des laboratoires, repris dans des productions culturelles - livres (2), films de fiction, conférences - qui remportent souvent du succès auprès du grand public.

Dans ces joutes scientifiques, Jean-Jacques Hublin est souvent apparu comme le caustique. Dénonçant le mouvement de balancier qui, pour récuser la figure de brute épaisse collée sur Néandertal par les premiers préhistoriens, en a construit une image magnifiée, soulignant ses capacités intellectuelles et culturelles. Surtout, cette composition s’est doublée d’une vision parfois rousseauiste, «l’homme préhistorique comme écolo, gentil et tolérant», s’amuse Hublin. Une vision récusant l’idée que notre ancêtre direct, le chasseur Cro-Magnon, auteur des magnifiques ornements dans les grottes de Chauvet (Ardèche), Lascaux (Dordogne) ou Altamira (en Espagne), puisse être un méchant exterminateur de néandertaliens, comme l’Européen a massacré les Amérindiens.

Retour à la science et à sa démarche, réclame-t-il. L’argument majeur de la publication de l’équipe dirigée par Hublin repose donc sur la technologie. Les progrès techniques récents des datations absolues de fossiles humains changent la donne et permettent de reconstituer un scénario plus précis de ce remplacement, soutient-il. Jean-Jacques Hublin bénéficie là de son recrutement, il y a quelques années, par le Max-Planck Institute de Leipzig, un centre de recherche sur l’évolution humaine installé en ex-RDA après la réunification allemande, bien doté en crédits, équipements et techniciens.

Avec un traitement du collagène des os fossiles et l’utilisation d’un spectromètre de masse à Mannheim, son équipe a pu produire de très précises datations au carbone 14 de 40 échantillons osseux de la grotte du renne, sur le site d’Arcy-sur-Cure (Yonne), et d’un tibia néandertalien de la grotte de Saint-Césaire (Charente-Maritime).

De l’épieu à la sagaie

Dans ces cavernes, les préhistoriens ont depuis longtemps identifié une culture - à la manière de tailler et d’utiliser les pierres - baptisée par la suite «Châtelperronien». Datée aux environs de 40 000 ans, elle semble constituer un intermédiaire, tant au plan chronologique que culturel. Avant, c’est le Moustérien, la culture des néandertaliens et des hommes modernes durant des dizaines de milliers d’années. Et après, c’est l’Aurignacien, celle des hommes modernes de la grotte Chauvet, il y a 37 000 ans. Mais à qui doit-on le Châtelperronien, aux néandertaliens ou à Cro-Magnon ? Et si c’est aux premiers, pourquoi et comment ont-ils inventé cette nouvelle culture… juste avant de disparaître ?

Hublin défend l’idée d’une «acculturation» des derniers néandertaliens européens par les premiers hommes modernes arrivés en Europe, il y a environ 50 000 ans. C’est à leur contact qu’ils auraient, pour 3 000 ou 4 000 ans, inventé cette culture. Parmi les traits significatifs, on relève les «lamelles» de pierres. De petits éclats coupants, collés sur des sagaies utilisées comme armes de jet. Avant, Néandertal ne semble connaître que l’épieu, qui suppose de s’approcher au plus près de l’animal à abattre. Au point que certains préhistoriens ont glosé sur son incapacité à «concevoir» de tuer sans contact direct. On relève aussi des outils d’os, jusqu’alors absents des campements. Et surtout des ornements - dents, fossiles ou coquillages - percés pour façonner colliers ou bracelets. L’homme moderne en fabrique depuis près de 100 000 ans, montrent des sites africains. Mais pas Néandertal, jusqu’à il y a 40 000 ans.

Avec des datations bien plus précises que ses collègues d’Oxford (3), Hublin tranche le débat sur l’attribution du Châtelperronien. «Nous parvenons à dater la toute fin [de cette culture], soit une période de cinq cents ans, il y a 40 000 ans, où l’association des restes néandertaliens et des artefacts est incontestable.» Ces datations affinent le scénario de la cohabitation de l’homme moderne et de Néandertal. Ce dernier a pu côtoyer les Cro-Magnon qui ont migré depuis l’est durant des milliers d’années. Pour Hublin, ils se sont succédé, mais «à l’échelle de l’Europe. Dans la grotte d’Arcy-sur-Cure, on voit l’homme moderne s’installer il y a 35 000 ans. Mais il n’y a pas eu de chassés-croisés pour une même grotte».

Fugaces accouplements et rares histoires d’amour

Qu’imaginer comme rencontres permettant ce transfert culturel, qui n’est pas une imitation à 100%, précise Hublin ? «Certes, Néandertal produit des objets nouveaux, mais avec ses techniques propres de taille des pierres ou de percement des dents.» De là à imaginer qu’après avoir pris sur la figure une sagaie de Cro-Magnon, un néandertalien se soit empressé d’imiter l’objet, il n’y a qu’un pas à franchir.

Néandertal a-t-il également fricoté et croisé ses gènes avec Cro-Magnon ? Les rares traces d’ADN néandertalien dans le génome actuel des hommes permettent d’évoquer de fugaces accouplements au Proche-Orient, il y a de 80 000 à 40 000 ans. Ont-ils été suivis par des histoires d’amour - ou de rapt et de viol - en Europe vers 40 000 ans ? Ce n’est pas impossible, mais rare, dit en substance Hublin, pour qui la réponse ne pourra venir que de l’ADN d’os fossiles d’hommes modernes.

Capables d’innover, pourquoi les néandertaliens ont-ils disparu ? A cette question, absente de l’article paru dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), Hublin répond par une histoire pas gentillette du tout, en évoquant la disparition de nombreuses espèces animales - mastodontes, ours des cavernes, kangourous géants - qui coïncide avec l’arrivée des hommes modernes en Europe, en Amérique ou en Australie. Inclure Néandertal dans la liste fait sursauter les bonnes âmes, mais semble une piste fort réaliste au regard des nombreuses traces de violences dans l’histoire de notre espèce. Et l’hypothèse se renforce si l’on songe que Néandertal avait un sacré handicap en terme de démographie, de taille de ses unités de vie et de réseau entre elles.

(1) Jean-Jacques Hublin et al., «PNAS», 29 octobre 2012. (2) Les romans de Jean Auel. (3) Tom Higham, dans «Nature» du 2 novembre 2011.

Source : Libération du 01/11/2012

lundi 5 novembre 2012

Néandertal savait faire de très belles parures

Qui a façonné les superbes parures et les outils finement taillés de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, caractéristique de la culture dite châtelperronienne ? Néandertal, comme semblent le montrer les dents associées ? Nos ancêtres, comme pousse à le croire la sophistication de ces créations ? Deux études ont tranché : c’est Néandertal. L’une est toute fraîche et basée sur des datations. L’autre a 1 an et s’appuie sur une analyse statistique. Mais les conclusions diffèrent…

Oui, c’est l’Homme de Néandertal qui a fabriqué les parures et les outils de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure dans l’Yonne. C’est bien à Homo neanderthalensis que l’on doit cet art dit châtelperronien, une culture au sens que lui donnent les paléontologues, c’est-à-dire un ensemble de techniques et de styles pour fabriquer des outils, des parures, des pigments ou des peintures pariétales. C’est le résultat de datations effectuées sur 31 objets de cette grotte (dents humaines et outils en os) et sur un fragment de tibia trouvé à Saint-Cézaire (Charente-Maritime). L’équipe internationale réunie autour de Jean-Jacques Hublin, de l’institut Max Planck (Allemagne), où figurent des chercheurs du CNRS et de l’Inrap, a réalisé une filtration poussée du collagène puis une datation au carbone 14 effectuée à Mannheim, par spectrométrie de masse par accélérateur (SMA).

Restes humains et objets façonnés à la façon châtelperronienne datent tous de -35.380 à -40.970 ans : Néandertal était bien l’artisan habile qui a créé ces jolis objets, détaille la publication dans les Pnas. En 2011, une autre équipe, formée par François Caron, Francesco d'Errico, Pierre Del Moral, Frédéric Santos et João Zilhão, travaillant sur cette même grotte, parvenait à la même conclusion grâce à une étude statistique de la répartition de tous ces restes dans les couches de terrain. La messe est dite.

Mais cela n’empêche les paléontologues de se questionner sur les mystérieux rapports qu’entretenaient les deux Homo de l’époque, sapiens et neanderthalensis, qui ont longuement cohabité en Europe jusqu’à la disparition du second, vers -28.000 ans. Aujourd’hui, le résumé de l’article cosigné par Jean-Jacques Hublin parle d’imitation : Néandertal, fasciné par Homo sapiens, fraîchement débarqué en Europe, aurait fait comme lui.

L’explication ne convainc pas du tout Francesco d'Errico, de l'université de Bordeaux-1. Pour lui, comme il l’explique à Futura-Sciences, ces nouvelles datations confirment que Néandertal est bien l’auteur de ces techniques châtelperroniennes mais pas qu’il s’agit d’imitations car cette culture apparaît bien trop tôt. Il n'est pas facile en effet de démêler l'écheveau de la grotte du Renne...

De Néandertal à Cro-Magnon : une stratigraphie difficile à déchiffrer


L’énigme dure depuis que le paléontologue André Leroi-Gourhan a exploré cette grotte, au milieu d’un site riche, dont les falaises calcaires ont été visitées en plusieurs endroits par d’innombrables générations. Entre 1949 et 1963, l’équipe de Leroi-Gourhan a mis en évidence une succession d’occupations entre -45.000 et -28.000 ans. Dents humaines, ossements d’animaux, outils en pierre et en os, parures et peintures pariétales : on trouve une longue série de témoignages de multiples époques.

Les niveaux les plus anciens témoignent du Moustérien, une culture attribuée sans controverse à l’Homme de Néandertal. Les couches les moins anciennes, du temps de l’Aurignacien et du Magdalénien, sont, sans équivoque, celles d’Homo sapiens, c’est-à-dire l’Homme moderne.

Entre les deux, la couche de la controverse : le Châtelperronien. Intermédiaire entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur, la culture châtelperronienne a été décrite pour la première fois par l’abbé Breuil après des fouilles près du village de Châtelperron (Allier).

Néandertal : imitateur ou créateur ?


Dans la grotte du Renne, les parures et les outils finement taillés appartiennent à cette culture mais les dents humaines, elles, sont néandertaliennes. Conclusion des uns : l’Homme de Néandertal a fabriqué ces délicats objets. Conclusion des autres : impossible : durant tout le Moustérien, ces Néandertaliens n’ont pas fait évoluer leurs techniques, restées frustres et n’ont donc pas pu améliorer brutalement son art. Si des dents se trouvent au même niveau, c’est parce que le hasard des mouvements verticaux à l’intérieur du sol a déplacé ces objets jusqu’à les rendre voisins. La réponse réside donc dans les datations précises de tous ces objets. De nombreuses fouilles ont été effectuées depuis une quinzaine d’années mais sans permettre de conclusions définitives car il reste peu de choses.

Les interprétations ont largement divergé. Jean-Jacques Hublin, par exemple, estimait déjà, en 1997, que les objets châtelperroniens découverts avec des restes de Néandertaliens pouvaient avoir été fabriqués par Homo sapiens mais échangés lors de rencontres amicales. Pour Francesco d’Errico, tout cela ne colle pas. « Les dates du début du Protoaurignacien sont trop récentes par rapport au début du Châtelperronien » nous explique-t-il. Autrement dit : Néandertal fabriquait déjà des objets sophistiqués avant d’avoir pu admirer l’art aurignacien de l’Homme moderne. Pour lui, on fait dire à des datations ce qu’elles ne peuvent pas dire. La méthode au carbone 14 n’est pas utilisable avec les outils en pierre et les restes organiques sont bien trop fragiles. « Il suffit d’un peu de matériel contaminant pour vieillir ou rajeunir une pièce de quelques milliers d’années… »

C’est pourquoi l’étude publiée en 2011 et à laquelle il a participé portait sur la répartition de tous les éléments au sein des couches stratigraphiques et analysait les probabilités pour retrouver les associations (outils, ossements, restes d’activités…) constatées sur le terrain. Le résultat étant qu'il est fort peu probable que le hasard ait réuni ces restes de la manière dont on les a trouvés.

Quoi qu'il en soit, les deux méthodes convergent : Néandertal ne s’est pas limité aux frustres silex taillés qu’on lui attribue depuis longtemps. Notre défunt cousin, dont il a longtemps été dit qu’il ne pouvait même pas parler, reste encore mal connu…

Source : Futura Sciences du 02/11/2012

jeudi 1 novembre 2012

Homo sapiens et Neandertal ont coexisté

Selon de nouvelles datations, le second s'est inspiré des techniques plus élaborées du premier.

La manière dont les néanderthaliens européens ont été supplantés par les premiers hommes modernes (Homo sapiens) venus d'Afrique et du Proche-Orient, entre - 50.000 et - 40.000 ans, a toujours suscité un vif débat dans la communauté scientifique. Notamment depuis la découverte il y a une cinquantaine d'années, dans la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne), par le célèbre préhistorien français André Leroi-Gourhan, d'outils et d'objets de parure en os assez sophistiqués appartenant à la culture dite du châtelperronien. Autrement dit, une «industrie de transition» entre ce que les néanderthaliens fabriquaient depuis des centaines de milliers d'années (des bifaces en silex assez grossiers), et les assemblages très élaborés confectionnés par les nouveaux arrivants. La découverte, au milieu de ces objets hybrides entre deux cultures, de restes d'hommes de Neandertal, aussi bien dans la grotte du Renne que dans celle de Saint-Césaire (Charente-Maritime), suggère fortement que ces derniers en étaient les auteurs. Ont-ils été influencés par les premiers hommes modernes avec qui ils auraient été en contact? Ont-ils, au contraire, réalisé ce saut technologique par eux-mêmes? Ou bien s'agit-il, tout simplement, d'objets façonnés par les premiers Homo sapiens arrivés en Europe?

«La seule façon de résoudre la question était de procéder à une datation la plus précise possible du matériel retrouvé dans les deux grottes», explique Jean-Jacques Hublin, directeur du département d'anthropologie évolutionnaire de l'Institut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne), qui vient de s'atteler à la tâche en collaboration avec des chercheurs du CNRS et de l'Inrap*. «Il y a encore cinq ans, cela aurait été techniquement impossible», poursuit M. Hublin. En effet, au-delà de 30.000 ans le peu de carbone 14 qui reste est fréquemment contaminé par des poussières plus récentes. En recourant à la spectrométrie de masse par accélérateur, une technologie très récente, les chercheurs de Leipzig, sont parvenus à contourner cet écueil.

Reconstitution d'une famille d'hommes de Neanderthal en Croatie.

Un processus complexe

Leurs datations très précises, publiées ce lundi dans la revue américaine PNAS, montrent sans ambiguïté que les objets de parures châtelperroniens et les ossements néanderthaliens retrouvés dans les deux grottes sont contemporains, entre - 44.500 ans et - 41.000 ans. «Cela va être difficile maintenant de soutenir que Neandertal ne les a pas fabriqués», souligne M. Hublin qui note qu'au même moment on trouve les traces des premiers hommes modernes, ou aurignaciens, dans le sud de la France, en Italie et en Allemagne.

«On peut en conclure que les derniers néanderthaliens européens ont coexisté géographiquement pendant quelques milliers d'années avec les aurignaciens, sans dire pour autant qu'ils ont cohabité, conclut le chercheur. Peut-être ont-ils seulement vu les objets dont ils se sont inspirés pour produire le châtelperronien, sans jamais voir ceux qui les ont fabriqués. Un peu d'hybridation par endroits, un remplacement pur et simple ailleurs, une acculturation comme dans le cas du châtelperronien: la supplantation de Neandertal par Homo sapiens a été un processus complexe. L'Europe est le seul endroit ou l'on voit les modalités de ce remplacement à l'œuvre.»

*Institut national de recherches archéologiques préventives.

Source : Le Figaro du 30/10/2012

lundi 29 octobre 2012

La datation au carbone 14 fait un formidable bond en arrière

ne série de mesures réalisées dans un lac japonais devrait permettre d'améliorer de façon importante la datation d'objets anciens.

Une nouvelle série de mesures de carbone 14, réalisées dans les sédiments profonds d'un lac japonais par des chercheurs de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) devrait améliorer significativement la datation d'objets anciens contenant des matériaux organiques (os et végétaux fos­siles, notamment). Jusqu'à présent, le seul enregistrement direct provenait de cernes d'arbres et remontait à 12.593 ans. Mais l'étude publiée ce vendredi dans la revue américaine Science par Christopher Bronk Ramsey et ses collègues permet de faire reculer l'ancienneté de tels enregistrements jusqu'à 52.800 ans.

Ce bond considérable, de 40.000 ans en arrière, va permettre aux paléontologues de mieux dater la disparition de l'homme de Néandertal et l'arrivée de l'homme moderne en Europe. Les climatologues pourront également mieux comprendre les événements qui ont conduit à l'avancée puis au retrait des glaces au cours de la dernière glaciation, pour ne citer que ces exemples.

Chaque année, une couche d'algues microscopiques, appelées diatomées, et de sédiments se dépose au fond du lac Suigetsu, dans le centre du Japon. Cette pièce d'eau ayant la particularité d'être très calme et anoxique, les dépôts sont restés intacts pendant des dizaines de milliers d'années.

C'est en pratiquant une série de forages que l'équipe d'Oxford a pu réaliser ce fameux relevé, très finement préservé, des 52.800 ans passés.

Le carbone 14 est un isotope radio­actif naturel du carbone qui se dés­intègre à un taux constant au fil du temps. Les chercheurs peuvent ainsi calculer l'âge d'un objet en se fondant sur la quantité de radiocarbone qu'il contient comparée à celle de son parent stable, le carbone 12.

Plusieurs facteurs viennent compliquer ce calcul, la quantité de radiocarbone dans le milieu variant suivant l'année ou la région. Mais l'enregistrement du lac Suigetsu ne demande pas de telles corrections, car le radiocarbone des fossiles de feuilles préservés dans les sédiments vient directement de l'atmosphère. Il n'est donc pas sujet aux mêmes processus qui affectent le carbone 14 des sédiments marins ou terrestres.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

vendredi 26 octobre 2012

Lucy l'australopithèque, un bipède qui aime grimper aux arbres

Pour un australopithèque, être bipède ne signifiait pas pour autant renoncer à la vie dans les arbres - contrairement aux hommes modernes. L'analyse des omoplates d'un jeune australopithèque, publiée dans la revue Science datée du 26 octobre, montre que ces hominidés qui vivaient il y a environ 3 millions d'années en Afrique étaient autant grimpeurs que marcheurs.

Cette aptitude à vivre dans les arbres ne surprend pas Brigitte Senut, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. "C'est une chose que j'avais dite en 1978", réagit la paléontologue, interrogée par Sipa. "J'étais la première à dire que Lucy était une femelle qui grimpait aux arbres, donc l'arboricolisme chez les australopithèques ne me surprend pas du tout. On s'est surtout intéressé à la marche et aux membres inférieurs, beaucoup moins aux membres supérieurs!"

Un mode de locomotion qui n'existe plus

Pour la première fois, un élément clé des grimpeurs, l'omoplate, a pu être étudié en détail sur le fossile d'un jeune australopithèque (Australopithecus afarensis). Retrouvé il y a quelques années à Dikika, dans l'Afar éthiopien, ce fossile baptisé Selma, possède ses deux omoplates en bon état. L'orientation de cet os, où s'exercent les plus fortes pressions mécaniques quand un individu grimpe dans les arbres, est similaire à celle des grands singes, expliquent David Green, de l'Université du Middle West (Illinois), et Zeresenay Alemseged, de l'Académie des Sciences de Californie, dans la revue Science.

"Certains collègues pensaient que ces caractères d'arboricolisme, acquis il y a très longtemps, n'étaient plus fonctionnels" précise Brigitte Senut. "Les australopithèques étaient bipèdes mais pas libérés du milieu arboricole, c'est un mode de locomotion qui n'existe plus aujourd'hui", poursuit la paléontologue. "Il faut imaginer un animal d'un mètre vingt maximum, qui se déplace dans un milieu plus ou moins ouvert, où il y a des prédateurs. A un moment donné, il faut qu'il trouve un refuge, soit pour manger, soit pour dormir, et l'arbre est l'endroit où il trouve les deux".

Source : le Nouvel Obs du 25/10/2012

mercredi 24 octobre 2012

Un atelier de sculpture de 35 000 ans

Dans une grotte, l'usage de l'espace est vite brouillé par les occupations successives. Pas dans les sites de plein air occupés une seule fois. À Breitenbach, en Allemagne, des conditions de conservation exceptionnelles dans un sol loessique ont révélé l’organisation spatiale d’un atelier de sculpteurs d’ivoire datant de l'Aurignacien (40 000 à 30 000 ans avant notre ère).

Olaf Jöris, du Centre de recherche archéologique Monrepos à Neuwied, et les chercheurs de l'équipe internationale qui fouille le site pensent qu'il s'agit d'une sorte de cimetière de mammouths, où des représentants des premiers Européens modernes sont venus exploiter l'ivoire. D'après l'état de conservation de leurs os, les mammouths seraient morts plusieurs milliers d'années avant l'arrivée des tailleurs (avaient-ils été tués par des chasseurs néandertaliens ?). Comme on l'observe aujourd'hui en Sibérie, il est plausible que leur défenses pointaient hors du sol sableux, si bien que des chasseurs de passage auront pu les voir. Quoi qu'il en ait été, les chasseurs aurignaciens ont repéré les défenses et sont revenus s'installer sur place pour les exploiter. Il en a résulté un site d'occupation en plein air de 6 000 mètres carrés au moins, plein de restes d'ivoire et de marqueurs typiques de l'Aurignacien, tels des grattoirs et des lames aux bords retouchés.

Le dépôt éolien d'un couche de loess a ensuite scellé ce niveau d'occupation dans des conditions anoxiques (sans oxygène), ce qui a favorisé la conservation de la matière organique. La conjonction entre une couche de loess et une couche de sable a beaucoup simplifié la datation du site, qui remonterait à environ 35 000 ans avant notre ère.

Cet été, les chercheurs n'ont pu fouiller qu'une quinzaine de mètres carrés, tant l'atelier de taille de l'ivoire a retenu leur intérêt et exigé une analyse méticuleuse. Ils ont effet pu établir que plusieurs zones de cet atelier étaient chacune dévolues à une activité précise. Ainsi, O. Jöris et ses collègues ont d'abord identifié un espace où étaient débitées des lames. Comme le souligne O. Jöris, les défenses de mammouth ont en effet une structure lamellaire concentrique, comparable à celle d'un oignon. Les sculpteurs d'ivoire commençaient par tirer de ces couches successives des lames d'ivoire de trois millimètres d'épaisseur, dont certaines mesurent jusqu'à 70 centimètres de long. Ils travaillaient ensuite plus avant ce matériau de base. Or des accumulations de petits éclats, dont certains, typiques, ont une forme de gouttière, témoignent que cette seconde étape avait lieu de façon répétée en des endroits dédiés. Ces tas d'éclats, dont certains semblent avoir été poussés de côté, montrent que les postes de sculpture étaient utilisés longtemps, sans doute par le même artisan.

Que fabriquait ce dernier ? Toutes sortes de bijoux et d'objets d'art à vocation décorative ou religieuse, pense O. Jöris, pour qui il est probable que l'ivoire, sorte de pierre organique, ait eu pendant le Paléolithique supérieur une valeur symbolique particulière comparable à celle qu'il a encore aujourd'hui. À Breitenbach, des restes de pointes de lance en ivoire, dont une ornée, ont ainsi été retrouvés (les armatures organiques ont l'intérêt d'être moins cassantes). Les chercheurs ont aussi recueilli six perles. On les confectionnait manifestement en débitant des crayons d'ivoire en de petits blocs que l'on perçait ensuite. Comme elles ne mesurent que quelques millimètres de large, il ne s'agit sans doute pas de bijoux, mais de perles à broder sur les habits.

Sur toute la surface de l'atelier, aucune trace d'activité alimentaire, de taille de la pierre ou autre que la sculpture de l'ivoire n'est perceptible. Cet espace dédié au travail de l'ivoire était par ailleurs structuré en plusieurs zones spécialisées. Pour O. Jöris, cette façon d'utiliser l'espace est caractéristique des hommes anatomiquement modernes. En effet, les sites d'occupation de l'homme de Néandertal, prédécesseur de l'homme anatomiquement moderne en Europe, suggèrent plutôt que chaque individu y menait ses activités dans l'espace occupé par le groupe sans qu'apparaissent nettement des espaces sociaux ou des des espaces dévolus à certaines activités. Il en va tout autrement sur les sites occupés par l'homme anatomiquement moderne, estime O. Jöris. Des motifs bien identifiables y résultent de l'affectation répétée du même espace à des fonctions productives (ateliers, boucheries,…) ou sociales (aires communes, aire familiale,...).Toujours caractéristique de notre espèce, cette façon d'utiliser l'espace induit des motifs spatiaux, qui, comme l'illustre l'atelier de taille d'ivoire de Breitenbach, sont identifiables dès l'Aurignacien.

Par ailleurs, cette organisation spatiale a une influence économique notable, car elle prépare le passage d'une économie de subsistance (où l'on produit le nécessaire pour survivre) à une économie de production (où l'on produit davantage, ce qui ouvre la possibilité d'échanges divers). Selon O. Jöris, « les groupes d'hommes de Néandertal étaient davantage comparables à des meutes de loups, qui se déplacent en suivant leur dominant et où chacun, selon son rang, joue le même type de rôle. Les groupes d'hommes modernes, en revanche, auraient plutôt formé de petites sociétés où les individus jouaient des rôles particuliers plus ou moins complémentaires. Si elle était présente dès l'Aurignacien, il est probable que cette façon de se répartir les tâches et de les répartir dans l'espace a joué un grand rôle dans le succès évolutif de notre espèce ».

Source : Pour la Science du 14/10/2012

mardi 23 octobre 2012

De la viande au menu des hominidés

Nos ancêtres mangeaient régulièrement de la viande il y a 1,5 million d’années. C’est ce qu’indique un fragment de crâne découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, par une équipe internationale dirigée par Manuel Dominguez-Rodrigo et Travis Pickering. Cet os appartiendrait à un enfant hominidé âgé de deux ans. Il présente des traces d’ostéoporose liée à une anémie. Un manque de viande aurait créé des carences, qui auraient provoqué la maladie chez l’enfant. La viande serait ainsi devenue un élément indispensable du régime alimentaire à cette époque.

Source : Pour la Science du 18/10/2012

lundi 22 octobre 2012

72 ans est le nouveau 30 ans

L'espérance de vie des hommes a connu un bond unique au cours des 4 dernières générations, au point que sur ce plan, nos ancêtres de la préhistoire se rapprochent davantage des chimpanzés que de nous.

Jusqu'où pouvons-nous repousser les limites de la mortalité humaine? C'est pour répondre à cette question qu'Oskar Burger, de l'Institut de recherches démographiques Max Planck en Allemagne, s'est penché sur l'évolution de la longévité humaine, de la préhistoire à nos jours. Ses travaux montrent que l'espèce humaine a connu un allongement de l'espérance de vie unique parmi les espèces animales, enregistré principalement sur les 4 dernières générations, pour un total de 8000 étudiées. Cette progression récente et rapide suggère qu'elle est principalement due à notre capacité à améliorer nos conditions de vie, plutôt qu'à une prédisposition génétique ou une conséquence de l'évolution.

Le chercheur, qui publie ses travaux dans les comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences, a comparé la durée de vie des chasseurs-cueilleurs, les hommes du paléolithique qui vivaient entre - 3 millions d'années et - 10.000 ans, au chimpanzé (notre plus proche cousin) et à l'homme contemporain des pays développés. Il en ressort qu'en termes de longévité, le chasseur-cueilleur était plus proche du chimpanzé que d'un Japonais ou un Suédois d'aujourd'hui -ces deux pays figurant parmi ceux où l'on vit le plus vieux. Et un Suédois vivant en 1900 était plus proche d'un chasseur-cueilleur que de ses propres arrière-petits enfants. Dans les pays développés, l'amélioration a été linéaire depuis 1840, avec un gain moyen pouvant atteindre 3 mois par an. Résultat, un chasseur-cueilleur de 30 ans avait autant de risques de mourir qu'un Japonais de 72 ans aujourd'hui ; un chasseur-cueilleur de 15 ans, les mêmes qu'un Suédois de 69 ans.

Pas de limite en vue

Le pire taux de mortalité jamais enregistré dans l'histoire humaine a été observé chez les esclaves de Trinidad au 19e siècle: leur durée moyenne de vie était inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire !

L'évolution de l'espérance de vie humaine révèle notre capacité, unique dans le règne animal, à réduire la mortalité à tous les âges de la vie, en améliorant les conditions de vie et d'hygiène et en apprenant à se soigner. C'est particulièrement frappant au cours du siècle dernier. Selon Oskar Burger, cet allongement de la longévité paraît contraire aux principes de l'évolution. En effet, ceux-ci postulent que passé l'âge de procréer, le corps est génétiquement programmé pour se détériorer. Or nous sommes parvenus, rien qu'en changeant notre mode de vie, à repousser toujours plus loin notre déclin en fin de vie. Et la limite ne semble pas encore atteinte. Quand on pense en outre que l'homme est déjà capable, en laboratoire, de modifier génétiquement des organismes comme des petites mouches ou des vers de terre afin de prolonger leur existence, la marge de progression semble encore grande. «Si l'homme est un jour en mesure de mettre au point une technologie similaire pour lui-même, cela laisse penser que l'allongement de la durée de vie pourrait être encore très important», postule Oskar Burger.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

samedi 20 octobre 2012

L'homme continue-t-il à évoluer ?

Tous les mois dans Le Figaro , des membres de l'Académie des sciences répondent aux grandes questions de l'actualité scientifique. Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l'institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) vous répond.

Longtemps le monde a donné l'illusion de la stabilité mais, depuis quelques siècles, l'humanité est entrée dans un maelström de bouleversements techniques, économiques et sociaux. Aujourd'hui, elle contemple avec inquiétude les changements de l'environnement et du climat… La notion d'évolution a fini par s'imposer au cœur de la pensée moderne.

Plus lente et plus profonde que l'évolution culturelle, l'évolution biologique modifie les organismes eux-mêmes. Sous la pression de la sélection naturelle, la reproduction des mieux adaptés est favorisée et le génome de l'espèce s'en trouve modifié. Ces deux aspects, culturel et biologique, de l'évolution humaine sont en apparence très différents.

En réalité, ils ne peuvent être dissociés. Depuis des centaines de milliers d'années, on observe chez l'homme une interaction constante entre l'apparition de comportements acquis, inventés, et des changements biologiques qui parfois en résultent, parfois en sont la condition. Les progrès de la paléoanthropologie et de la génétique nous dévoilent chaque jour un peu plus de cette mécanique extraordinaire.

Groupes humains archaïques

Les hommes du passé se sont adaptés à l'exploitation d'environnements nouveaux par toujours plus d'innovations techniques et de complexité sociale. C'est en particulier vrai pour notre propre espèce. Au final, il y a 50 000 ans, quelques groupes d'Homo sapiens ont quitté leur zone d'origine, en Afrique, pour coloniser l'Eurasie, l'Australie, et les Amériques.

Ces hommes exploitaient la faune et la flore de façon toujours plus efficace. Ils présentaient sans doute aussi de nouvelles formes d'organisation sociale. Partout où ils les ont rencontrés, ils ont remplacé des groupes humains archaïques, comme les néandertaliens en Europe. Ils sont ainsi devenus la première espèce humaine solitaire sur la planète. Plus tard, avec la domestication des plantes et des animaux, puis l'avènement des sociétés hiérarchisées, l'innovation s'est encore accélérée pour mener au monde hypertechnologique d'aujourd'hui.

Le contrôle toujours plus grand sur la nature - la médecine en est l'exemple le plus spectaculaire - a pu faire croire qu'avec l'homme moderne l'évolution biologique s'arrêtait. Le progrès technique aurait rendu inutile l'adaptation biologique. Il n'en est rien. La maladie reste toujours un puissant vecteur de sélection et notre génome n'a jamais cessé de s'adapter au monde fluctuant des agents pathogènes qui nous entourent. Mais, surtout, loin d'arrêter l'évolution biologique, la culture en est devenue elle-même l'un des moteurs.

Interactions entre gènes et culture

La question de savoir si la sélection naturelle s'applique seulement aux individus ou s'il existe une sélection au niveau des groupes est l'objet d'un débat passionné entre spécialistes. Chez les hommes, la culture n'a pas été seulement un moyen d'adaptation, mais aussi une façon pour les groupes de se différencier. On s'est toujours uni plus volontiers avec ses semblables. Et ceux qui étaient différents et parlaient une autre langue ont longtemps été rejetés, voire combattus. Il en a résulté de complexes interactions entre gènes et cultures au cours de l'expansion de notre espèce.

Alors même que les hommes se répandaient dans des milieux très différents, qu'ils créaient parfois eux-mêmes, l'augmentation vertigineuse de leur nombre a permis à des mutations rares de se manifester et parfois d'être fixées par le hasard ou par la sélection. Des exemples spectaculaires de cette évolution récente sont associés au développement de l'agriculture, qui a modifié notre alimentation et créé de nouveaux risques épidémiques.

Alors qu'en grandissant les petits des mammifères perdent normalement leur capacité à digérer le lait maternel, on observe chez de nombreuses populations humaines la persistance chez l'adulte de la production de lactase, l'enzyme qui permet cette digestion. Cette persistance résulte de mutations très récentes du génome dans les régions où la consommation de produits laitiers s'est développée depuis le néolithique.

Autre exemple: en Afrique et dans les régions méditerranéennes, une mutation sur le 11e chro­mosome s'est fixée dans certaines populations. Elle peut provoquer une forme grave d'anémie mais offre aussi une protection contre la malaria. Cette sélection est particulièrement visible dans des zones où les déboisements liés à l'agriculture ont favorisé le développement des moustiques. En domestiquant plantes et animaux, l'homme a bel et bien modifié son propre génome.

Le séquençage du génome d'hommes fossiles, comme les néandertaliens, nous apprend que chez Homo sapiens, le cerveau est un «point chaud» du changement évolutif. Ce n'est pas vraiment une surprise, si l'on considère l'importance grandissante de la technologie et de la complexité sociale chez l'homme moderne. Au cours des deux derniers millions d'années, l'augmentation en taille et en performance de notre cerveau n'a toutefois pas été sans problème. C'est devenu un organe vorace en énergie et la mise au monde d'enfant à gros cerveau est un casse-tête anatomique. Voila pourquoi les trois quarts de notre croissance cérébrale se poursuivent après la naissance. L'environnement technique et social créé par l'homme lui permet d'avoir des nouveau-nés très immatures qui mettent de longues années à devenir adultes. En retour, la lente maturation d'un cerveau plastique dans un environnement plein de stimulations a augmenté encore ses capacités et rendu notamment possible le développement du langage.

Le jeu de la reproduction

Des mutations récentes de notre ADN affectent des portions du génome qui étaient restées très stables chez les primates au cours de dizaines de millions d'années d'évolution. En particulier, des séquences qui régulaient l'activité de gènes liés au développement neural ont tout simplement disparu. L'évolution du cerveau humain se serait ainsi en partie «dérégulée».

Dans la nature, il n'y a pas de place pour des individus qui s'écartent trop du standard: la sélection les élimine rapidement du jeu de la reproduction. Mais dans les sociétés humaines complexes, non seulement un chaman schizophrène ou un Albert Einstein aux tendances autistiques peuvent survivre et se reproduire, mais leur personnalité marginale représente parfois un bénéfice considérable pour leur groupe.

L'homme n'a pas échappé à l'évolution biologique, il en a tout simplement modifié les règles. Sa complexité culturelle lui a permis de modifier l'environnement à son profit. Depuis le néolithique, il n'a cessé de manipuler le génome d'autres espèces. Il sait aujourd'hui contrôler sa natalité et délègue à des machines le stockage de l'information et de nombreuses tâches mentales. Mais, surtout, pour la première fois dans l'histoire de la vie, une espèce hors du commun est désormais en passe d'intervenir directement sur son propre génome.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

vendredi 19 octobre 2012

Préhistoire : Chauvet concurrence Lascaux

Il y avait de la concurrence vendredi dans le petit monde de la préhistoire et dans celui, plus vaste, de l'équipement culturel et touristique. Le même jour, était inauguré à Bordeaux l'exposition itinérante Lascaux 3 (nos précédentes éditions) et en Ardèche, étaient symboliquement lancés les travaux de l'espace de restitution de la grotte Chauvet.

Chacun avait choisi son camp. À Bordeaux, aux côtés d'une très grosse délégation périgordine conduite par le président du Conseil général Bernard Cazeau et trois parlementaires, Alain Rousset, le président de Région et Michel Delpuech, le préfet, coupaient le ruban. Le préhistorien Yves Coppens apportait sa caution à cette opération.


À Vallon Pont d'Arc en Ardèche, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait fait le déplacement. Aux côtés des élus de la région, avec les préhistoriens Jean Clottes et Jean-Michel Geneste, elle a appliqué sa main imprégnée d'ocre sur une reproduction de paroi.

La ministre à Chauvet

Difficile de croire à la pure coïncidence de l'organisation de ces deux événements le même jour. L'exposition Cap Sciences à Bordeaux était programmée de longue date, mais l'événement ardéchois tombait aussi pour le lancement de la fête de la science ce week-end. C'était en tout cas une bonne raison pour la ministre de la Culture de ne pas venir se confronter aux élus du sud-ouest, encore furieux de s'être faits supprimer la participation de plus de 16 millions d'euros promise par l'État pour la réalisation de Lascaux 4 à Montignac. Ils n'ont plus désormais qu'une vague promesse d'obtenir 4 millions à partir de 2014.

Dans les deux régions, le challenge est d'attirer de nouveaux visiteurs à partir de ces réalisations (voir détails ci-contre). On saura cette semaine quelle équipe est retenue pour Lascaux 4. Quant au projet ardéchois, il aura des retombées en Périgord : la société gestionnaire choisie est celle de Kléber Roussillon (Castelnaud, Marqueyssac). Le groupe Vinci, qui assure la construction, va y associer sa filiale patrimoine Socra, basée à Marsac. Et il y a de fortes chances que les ateliers de fac-similé de Montignac, dont le savoir-faire est unique, fabriquent en sous-traitance une partie des œuvres de Chauvet. Le monde de la préhistoire est petit.

Source : Sud-Ouest du 14/10/2012

jeudi 18 octobre 2012

Rétablir la vérité sur les idées reçues en préhistoire

En ce moment se tient au musée une exposition temporaire originale qui permet de se débarrasser de quelques idées reçues sur la préhistoire. "Nous avons sur cette période des idées qui ne sont vraies qu'en partie, a précisé Sophie Grégoire. Lequel d'entre nous n'a pas dit ou entendu dire que l'homme descend du singe, que le squelette de Lucy découvert en Ethiopie est celui d'une femme, qu'il suffit de frapper deux silex pour faire du feu, que les dinosaures étaient des animaux préhistoriques, que les hommes préhistoriques vivaient dans des cavernes ou qu'ils n'utilisaient que des outils en pierre". Des panneaux explicatifs très bien conçus rétablissent, autant que possible, la vérité scientifique et, cerise sur le gâteau, des archéologues spécialistes de ces questions s'attachent, tous les mercredis à 15 h, à démystifier ces idées reçues. Cette exposition a été officiellement inaugurée par Sophie Grégoire, directrice de l'EPCC devant de nombreux amateurs de préhistoire. Elle a présenté les scientifiques qui interviennent les mercredis sur ces "idées reçues".

Source : L'Indépendant du 13/10/2012

mercredi 17 octobre 2012

Lascaux : exposition itinérante de la "Chapelle sixtine" de la Préhistoire

Autour des fresques peintes sur des coques de résine recouvertes d'une "voile de pierre", l'exposition qui attend 200 à 400 visiteurs/heure offre aussi une large part interactive, des expériences sensorielles, une vue des fresques en évolution, de leurs détails, et toute l'iconographie de Lascaux, des photos noir et blanc de 1940 aux maquettes et images 3D d'aujourd'hui.

Les auteurs anonymes des fresques de Lascaux auront, plus de 17.000 ans après, un public planétaire, avec "Lascaux 3", une exposition itinérante qui s'ouvre à Bordeaux (sud-ouest) samedi, avant un long périple aux Etats-Unis, au Canada, en Asie notamment.

Près de 800 m2 d'exposition, dont une immersion silencieuse, obscure, dans une "Nef" jamais reproduite, aux fresques inconnues du public depuis 50 ans: Lascaux 3, qui restera trois mois à Bordeaux avant de partir pour Chicago, est annoncée comme un "blockbuster" aux émotions garanties.

Pourquoi Lascaux 3 ? Car Lascaux 1, la grotte originelle découverte en 1940 par quatre adolescents et un chien près de Montignac (département de la Dordogne) a été fermée en 1963, pour la sauver, par le ministre de la Culture André Malraux. La respiration du million de visiteurs déjà passés par là altérait ses peintures.

Au compte-gouttes, à raison de quelque 800 heures humaines par an, seuls des chercheurs, conservateurs, techniciens, sont autorisés à y accéder.

Lascaux 2, réplique de près de 80% des fresques, était la seule alternative, recevant depuis 1983 environ 250.000 personnes par an, à quelques centaines de mètres du site originel.

Avec Lascaux 3, "la logique est d'aller beaucoup plus loin, au devant de ceux qui ne pourront pas venir en Dordogne, de ceux qui dans le monde souhaitent voir la richesse de cette grotte", explique à l'AFP Bernard Cazeau, président du département, moteur du projet.

Le clou de Lascaux 3 sont ses cinq fac-similés de fresques dans sa "Nef" aux parois reproduites grandeur nature, au millimètre près.

"C'est monumental. Avec des éclairages vibrants reproduisant les conditions des artistes de l'époque (lampe à huile, torche), on est face aux oeuvres, immergé...", explique son directeur Olivier Retout.

Plus piquant, l'expo présente aussi le seul "homme" de Lascaux: la silhouette rudimentaire d'un "Homme face à un bison fonçant", une scène narrative de chasse très distincte des taureaux et chevaux plus connus. Et qui, difficile d'accès au fond du "Puits" de la grotte, a été vue par peu d'humains.

Autour des fresques peintes sur des coques de résine recouvertes d'une "voile de pierre", l'exposition qui attend 200 à 400 visiteurs/heure offre aussi une large part interactive, des expériences sensorielles, une vue des fresques en évolution, de leurs détails, et toute l'iconographie de Lascaux, des photos noir et blanc de 1940 aux maquettes et images 3D d'aujourd'hui.

La sortie très médiatisée, et son prévisible succès populaire, interviennent à point nommé pour les défenseurs de la grotte et du projet "Lascaux 4": un "Centre international d'art pariétal" avec la grotte reproduite dans son intégralité, implantée à l'écart du site originel, que l'on veut préserver du flux des visiteurs de Lascaux 2, leurs voitures, leur pollution.

Il y a un mois, la ministre de la Culture Aurélie Filipetti annonçait le désengagement de l'Etat dans ce projet nécessitant 50 millions d'euros d'investissements. Une position sur laquelle la Dordogne et la Région Aquitaine, autres porteurs du projet, espèrent la faire "réfléchir".

Après Bordeaux jusqu'au 6 janvier, Lascaux 3, mastodonte remplissant dix containers, partira pour le Field Museum de Chicago, de mars à septembre 2013, puis Montréal d'avril à septembre 2014. Des discussions sont en cours avec San Francisco, Shangaï pour 2015, Singapour, Sydney.

"C'est le but du jeu: lui faire faire le tour du monde", explique Olivier Retout. "On va montrer une grotte hors de son site, dans des musées à l'autre bout du monde. Cela ne s'est jamais fait", assure-t-il.

Source : Le Point du 13/10/2012

mardi 16 octobre 2012

Dans mille ans, à quoi ressemblerons-nous ?

De l'australopithèque à l'homo sapiens, l'homme n'a cessé d'évoluer pour d'adapter à son milieu naturel. Et ce n'est pas fini. Le tabloid The Sun s'est amusé à réunir les prédictions d'experts spécialisés dans l'anatomie humaine afin de savoir à quoi ressemblera l'homme d'ici 1000 ans. Et selon leurs estimations dévoilées en images, le résultat est loin de correspondre aux canons de beauté actuels.

Si les chercheurs estiment que les humains seront de plus en plus grands au fil des années, The Sun affirme que nos descendants atteindront jusqu'à 2,10 m dans un millénaire grâce aux progrès de la médecine et à une meilleure alimentation. Selon l'ostéopathe Garry Trainer "aujourd’hui, l'Américain moyen mesure déjà 2,5 centimètres de plus qu'en 1960".

Selon le dentiste Philip Stemmer, plusieurs de nos organes liés à la digestion, en particulier les intestins, seront plus petits qu'actuellement afin de réduire notre absorption des matières grasses et du sucre pour échapper naturellement à l'obésité. Et il en va de même pour les testicules si la fertilité masculine continue de décliner.


L'influence des iPhones

Nos extrémités changeront radicalement : les bras seront plus longs pour nous permettre de moins bouger et les mains seront beaucoup plus sensibles grâce à un plus grand nombre de terminaisons nerveuses en raison de l'utilisation accrue de dispositifs tels que les iPhones ou les claviers qui nécessitent une coordination yeux/mains.

Les cerveaux seront plus petits car il se peut que qu'une partie des pensées et de la mémoire soit déléguée à des ordinateurs. "Les images de science-fiction montrent l'homme du futur avec des cerveaux énormes mais les grands cerveaux ne sont pas nécessairement les meilleurs", affirme Chris Stringer, du Musée d'Histoire Naturelle.

Les bouches seront plus petites, et à l'inverse les yeux plus grands pour compenser. "La communication sera davantage basée sur les expressions faciales et le contact visuel", explique Cary Cooper, de l'université de Lancaster en Grande-Bretagne.

Moins velus

Les dents se feront de moins en moins nombreuses car l'homme pourrait moins avoir moins besoin de mâcher et de mordre. "On peut même penser que notre alimentation se présentera sous forme de liquides ou de pilules, ce qui aboutira à l'avenir à une mâchoire moins importante" affirme le docteur Stemmer, dentiste.

Si le double menton ne se fait pas rare actuellement, il est prévu que les humains de l'an 3000 affichent des quadruples mentons à cause de la sédentarité. Car, selon le chirurgien plasticien Rajiv Grover "nos corps ont été conçu pour manger moins et dépenser plus d'énergie que ce que la vie moderne exige".

Des particularités similaires sont prédites : la même forme du nez, car avec la généralisation de la climatisation les narines n'auront plus à s'adapter au climat local, et une pilosité moindre à cause de ces mêmes climatisations et du chauffage central. En revanche, ils seront beaucoup plus ridés en raison de l'influence des gadgets électroniques. Enfin, la peau sera beaucoup plus sombre en raison du métissage de la population.

Source : Metro du 11/10/2012

lundi 15 octobre 2012

Homo sapiens s’est bien hybridé avec Néandertal en sortant d’Afrique

Publiant leurs travaux dans PLoS Genetics, des chercheurs allemands et américains ont pu dater (approximativement) le dernier passage de gènes entre Néandertal et l’Homme anatomiquement moderne. Ils confirment que ces croisements ont eu lieu lorsque le second est sorti d’Afrique pour coloniser l’Eurasie, où il a rencontré le premier.

Des recherches antérieures ont mis en évidence, chez les Eurasiens actuels, des traces génétiques issues de l’Homme de Néandertal, attestant d’accouplements anciens entre les deux espèces. La rareté de ces gènes néandertaliens chez les Africains actuels laissait supposer que ce phénomène s’était produit au moment ou Homo sapiens, sortant d’Afrique vers -70 000 à -50 000 ans, avait rencontré au Moyen-Orient son cousin Néandertal.

Cependant, il existait aussi une deuxième possibilité. Cet épisode pouvait également avoir eu lieu bien plus tôt, il y a plusieurs centaines de milliers d’années, alors que les ancêtres de chacune des deux espèces cohabitaient encore en Afrique. Les croisements n’auraient alors concerné qu’une partie de la population sapiens, celle ayant par la suite quitté le continent noir. Pour en avoir le cœur net, des chercheurs de l’Université de Harvard (Massachussetts) et de l'Institut Max Planck (Allemagne) ont estimé à quand remontait le dernier ancêtre commun aux Néandertaliens et aux Européens modernes.

Pour ce faire, le Dr Sriram Sankararaman et ses collègues ont mesuré la longueur des fragments d'ADN communs aux deux génomes, et tenu compte de la réduction de taille des gènes qui, à chaque génération, survient lors de la recombinaison chromosomique. En effet, plus les gènes sont anciens, plus ils ont eu le temps de ‘raccourcir’. Résultats : Néandertaliens et Hommes modernes auraient eu leur dernier échange génétique il y a entre 37.000 et 86.000 ans, une fourchette de dates qui corrobore la première des 2 hypothèses, celle du métissage hors d’Afrique il y a quelques dizaines de milliers d’années ‘seulement’.

Source : MaxiSciences du 07/10/2012

vendredi 12 octobre 2012

Les hominidés ont commencé à manger de la viande plus tôt qu'estimé

Publiant leur étude dans PLoS ONE, une équipe internationale de chercheurs attribue l’anémie osseuse qu’elle a observée sur le crâne fossilisé, vieux de 2,5 Ma, d’un très jeune hominidé trouvé en Tanzanie, à une carence en aliments carnés.

C'est dans les gorges d'Olduvai, en Tanzanie qu'une équipe internationale dirigée par Manuel Domínguez-Rodrigo, de l'Université Complutense de Madrida fait une surprenante découverte. Ils y ont mis au jour les fragments de crâne fossilisé d’un hominidé juvénile. Si celui-ci semble remonter à quelque 2,5 millions d'années, sa particularité vient d'un autre élément : selon les chercheurs, ces fragments constitueraient le plus ancien témoignage connu d'une anémie par carence nutritionnelle.

En effet, comme l'ont expliqué les scientifiques, le crâne provient d’un enfant de moins de 2 ans. Mais ces ossements présentent des lésions qui semblent résulter d’une carence en vitamine B. L’âge de l’enfant suggère qu’il est mort durant la période post-sevrage, lorsqu’il a commencé à manger des aliments solides, et que ces derniers manquaient d’éléments carnés ; ou bien qu’il était encore dépendant du lait de sa mère, elle-même, alors, manquant de viande.

Les auteurs pensent que ceci soutient donc l'idée que la consommation de viande était, à l’époque, suffisamment répandue pour que ne pas en consommer puisse conduire à de l'anémie. Loin d’être des charognards occasionnels, "les premiers humains étaient des chasseurs, et avaient une physiologie adaptée à la consommation régulière de viande depuis au moins 1,5 Ma", concluent les auteurs.

Source : MaxiSciences du 06/10/2012

vendredi 21 septembre 2012

Lascaux 4 : "C'est une question de préservation du patrimoine"

L'Etat se désengage du projet Lascaux 4, la nouvelle réplique complète de la grotte de Lascaux. La décision a choqué les acteurs du projet, à commencer par Bernard Cazeau, président du Conseil général de Dordogne, qui répond aux questions de Sciences et Avenir.

L’État renonce à participer au financement de Lascaux 4, autrement dit à la construction d’un fac-similé complet de la grotte de Lascaux, au sein du Centre international d’art pariétal de Montignac, en Dordogne, dont l’ouverture est prévue pour 2015.

"Un projet voulu par l'Etat"

Cette décision est motivée par les nécessaires restrictions budgétaires, a expliqué Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, dans une interview publiée par Le Monde (11 septembre 2012). Ces restrictions touchent en premier lieu les projets «annoncés avec légèreté et, pour l’essentiel, non budgétés par l’équipe Sarkozy» ajoute la ministre. Le projet de Lascaux 4 est considéré comme non-prioritaire. La part de l’État est d’environ 15 millions d’euros sur un budget total de 50 millions d’euros.

«C’est un dossier rayé d’un coup de crayon par l’Etat, sans véritable explication» s’insurge Bernard Cazeau, sénateur et président socialiste du Conseil général de la Dordogne - le maître d’œuvre du projet. «S’il y a un projet qui a été voulu, et même initié par l’Etat, c’est bien celui-là, poursuit l’élu. On nous a demandé de sanctuariser la colline de Lascaux, afin de protéger la grotte : c’est une question de préservation du patrimoine».

En effet l’entrée de Lascaux 2, la réplique ouverte au public en 1983, n’est qu’à 350 mètres de la grotte d’origine, sur la même colline, et le va-et-vient des véhicules, la fréquentation intense du site, qui accueille plus de 250.000 personnes par an, est une menace pour la structure fragile de la grotte. «L’objectif est d’éviter ce qui s’est passé à Altamira, en Espagne, explique encore Bernard Cazeau, où une fissure sur le plafond de la grotte a provoqué des infiltrations qui ont lessivé une partie des parois».

Chercher d'autres fonds

Pour «sanctuariser» Lascaux, la solution est de construire une autre réplique en bas de la colline. «On a acheté les terrains, un accord sur le dossier a été conclu en 2008, lorsque Christine Albanel était au ministère de la culture, tout le monde a beaucoup travaillé sur ce dossier» relate le président du Conseil général. Un concours international d’architecte a été lancé, mobilisant les plus grands cabinets comme celui de Jean Nouvel. Les quatre équipes sélectionnées en mai dernier doivent remettre leur projet le 14 septembre et le jury doit se prononcer fin septembre.

«Le projet se fera, avec ou sans l’Etat, martèle Bernard Cazeau. De grandes entreprises sont intéressées, nous trouverons d’autres fonds». Aux côtés d’Alain Rousset, président de la région Aquitaine, Bernard Cazeau a cependant demandé une audience au président de la République François Hollande sur ce dossier.

Nouvelles technologies

Aux enjeux de protection du patrimoine s’ajoute l’importance du projet Lascaux 4 en terme de tourisme pour la région. La grotte de Lascaux, découverte en septembre 1940, reçoit déjà 100.000 visiteurs en 1960. Cette concentration humaine, en plus des travaux d’aménagement, de l’installation d’une climatisation, bouleverse l’équilibre naturel de la grotte. Des algues vertes se développent sur les parois calcaires, puis un voile blanc de calcite, puis des moisissures et des taches noires. Malgré la fermeture de la grotte en 1963, Lascaux est un chef d’œuvre en péril (lire Lascaux, sauvée de justesse, Sciences et Avenir n°750, août 2009). La réplique ouverte en 1983, utilisant des pigments naturels, souffrent des mêmes problèmes de conservation.

Le projet Lascaux 4 prévoit lui une reconstitution avec des techniques toutes différentes. L’Atelier des fac-similés du Périgord a ainsi créé pour l’exposition itinérante Lascaux 3 (1) plusieurs panneaux en mortier acrylique, recouvert d’un voile de calcite, reproduisant l’exact relief de la grotte, grâce à des relevés lasers. La palette des couleurs a été reconstituée à partir des analyses des pigments. Les artistes peintres ont ensuite reproduit les fresques à l’identique, calant leurs traits dans les mêmes creux et bosses que les Magdaléniens, grâce à une projection du dessin sur le relief. Cette technique doit être utilisée pour reproduire l'intégralité de la grotte ornée de Lascaux, près de 20.000 ans après l'oeuvre originale des hommes de Cro-Magnon.

Source : Science et Avenir du 11/09/2012

jeudi 13 septembre 2012

La récupération de l'ADN d’un enfant de Neandertal au sud de la Sibérie

Il s’agit d’une précieuse découverte que viennent de faire des archéologues Russes. Ces derniers avaient découvert en 2008 dans une grotte de Denisova, située dans les montagnes de l'Altaï, les fossiles de deux molaires et une phalange de doigt. Après plusieurs années de recherches et d’analyses, ils ont pu déterminer, grâce à l’ADN relevé, le sexe, les descriptions et l’appartenance de ces fossiles...

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Les restes fossilisés et bien conservés, grâce aux conditions idéales qu’offrait l’intérieur de la grotte, concernent une fillette d'environ 7 ans qui est estimée avoir vécu il y a plus de 50.000 ans de cela. Après analyse de l’ADN, il a été enregistré que la jeune fille avait une peau foncée et des cheveux et yeux bruns. Ces résultats sont les principaux traits dégagés par les analyses génétiques effectuées sur les fossiles.

En 2010, il avait été annoncé que cette dénisovienne appartenait à une branche nouvelle d'hominidés, entre l’Homo sapiens (homme moderne) et l'homme de Neandertal. Elle avait tout d’abord était baptisée « homme de l'Altaï » avant d’opter pour la nomination de « homme de Denisova » en référence à la grotte de la trouvaille.

La nouvelle méthode de séquençage, adoptée par Svante Pääbo et son équipe de l'institut Max Planck, a permis la récupération de 30 fois la quantité d'ADN du noyau cellulaire des restes fossilisés et 99 % de la séquence génétique a été décryptée. La comparaison avec le génome du néandertalien et de l'homme moderne a servi à la de terminaison de l’origine.

Source : Belge Info du 03/09/2012

lundi 10 septembre 2012

Mme Néandertal et M. Homo sapiens n'ont jamais fait caverne commune

La question agite depuis plusieurs années le monde de la paléontologie et celui de la génétique : Homo sapiens a-t-il fait caverne commune avec sa cousine de Néandertal ? Non, viennent de répondre catégoriquement des chercheurs de l'université de Cambridge, en Grande-Bretagne, contredisant ainsi les précédents résultats de la génétique appliquée à la paléontologie.
Selon les travaux de l'équipe d'Andrea Manica, les deux espèces ont effectivement quelques séquences génétiques identiques, mais cette mixité provient de leurs ancêtres africains communs et n'est pas le fruit d'un beau roman d'amour s'étant déroulé au paléolithique.
En analysant les ADN des humains modernes, les chercheurs britanniques arrivent à la conclusion que les similitudes chromosomiques entre les deux (entre 1 et 4 % du génome) sont compatibles avec cette hypothèse. Alors que l'homme de Néandertal (photo) descend d'une première sortie d'Afrique il y a 300.000 ans, Homo sapiens est issu pour sa part d'une migration intervenue il y a 60.000 ans. Ces travaux ont été publiés dans les PNAS.

Source : Les Echos du 03/09/2012

vendredi 7 septembre 2012

Le génome de l'Homme de Denisova livre ses secrets

Des chercheurs ont réussi à décoder le génome de l'Homme de Denisova, un homme primitif qui vivait il y a entre 1 million et 400.000 ans. Ceci leur a permis de comparer son génome à ceux de Néandertaliens et d'Homo Sapiens.

L'Homme de Denisova livre une nouvelle partie de ses mystères. Dans la revue Science parue jeudi, des chercheurs annoncent en effet être parvenus à fournir un élément de plus au sujet de cet hominidé primitif et pas des moindres : son génome entièrement décodé. C'est à partir d'un échantillon d'ADN microscopique prélevé sur un os vieux d'environ 80.000 ans que les scientifiques ont mené leurs travaux dont ils avaient en vérité déjà annoncé la fin en février dernier. Mais la tâche n'était pas simple dans la mesure où les restes fossiles de l'Homme de Denisova sont extrêmement rares.

Aujourd'hui, ils se réduisent à des fragments d'une phalange d'auriculaire appartenant à une fillette d'environ sept ans, découverts en 2010 à proximité d'une dent dans une grotte du sud de la Sibérie. Aussi, pour décoder son génome, Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck de Leipzig et son équipe ont inventé une technique leur permettant de démêler la double hélice de l'ADN pour en analyser séparément chacun des brins. Un séquençage tellement précis qu'il a pu être comparé avec celui de onze hommes modernes (Homo sapiens) de différentes parties du monde et celui du Néandertal. "Ce décryptage d'un génome éteint atteint une précision sans précédent", assure ainsi Matthias Meyer, auteur principal de l'étude cité par l'AFP.

Mieux encore, "pour la majorité du génome, nous avons même pu déterminer les différences entre les deux jeux de chromosomes que la fillette denisovienne a hérité de son père d'une part et de sa mère d'autre part", souligne-t-il. Grâce à cela, les scientifiques ont pu constater que la diversité génétique existant chez les Denisoviens était beaucoup plus faible que celle qui existe actuellement chez les humains. Ce phénomène est probablement dû au fait que leur population initiale était restreinte et qu'elle a rapidement augmenté au fur et à mesure qu'elle s'étendait sur une vaste zone géographique, de la Sibérie au Pacifique sud, explique les chercheurs.

Du génome denisovien chez certaines populations d'Asie du sud-est

D'après les observations décrites, les Denisoviens étaient notamment porteurs de matériel génétique aujourd'hui associé avec une peau sombre, des cheveux bruns et des yeux marrons. "Si les recherches à venir sur le génome du Néandertal montrent que leur population a évolué de manière similaire, il est fort possible qu'une seule et même population ayant quitté l'Afrique ait donné naissance à la fois aux Denisoviens et aux Néandertals", estime Svante Pääbo, pionnier suédois de l'exploration de l'ADN ancien. Grâce à ce nouveau matériel, les chercheurs ont été en mesure de dater la divergence entre les populations de Denisoviens et d'hommes modernes entre 170.000 et 700.000 ans. En outre, ils ont daté la phalange retrouvée en Sibérie à de 74.000 à 82.000 ans.

Mais ce n'est pas tout puisque le décodage du génome a également confirmé que les Denisoviens ont contribué au génome des populations des Mélanésiens, aborigènes australiens et autres habitants actuels des îles d'Asie du sud-est, en particulier chez les Papous de Nouvelle-Guinée. Selon les calculs et les comparaisons faites, 6% du génome des Papous provient de ces hominidés, vraisemblablement par le biais de croisements entre des Denisoviens et des Homo sapiens. On en retrouve aussi des traces chez tous les Eurasiens, mais aucune chez les Africains.

Enfin, l'analyse a également permis aux scientifiques d'identifier quelque 100.000 changements survenus dans le génome humain après la séparation d'avec les Denisoviens. Des observations d'autant plus importantes que certaines de ces modifications affectent les gènes associés aux fonctions cérébrales et au développement du système nerveux. "Ces recherches aideront à comprendre comment les populations humaines modernes ont pu augmenter considérablement leur taille et leur complexité culturelle tandis que les humains archaïques ont fini par décliner puis s'éteindre", relève ainsi M. Pääbo.

 Source : MaxiSciences du 31/08/2012

mercredi 5 septembre 2012

Le génome d'un cousin de Neandertal décrypté

Les conditions exceptionnelles de conservation à l'intérieur de la grotte ont permis de récupérer de l'ADN.

Les archéologues russes qui ont découvert, en 2008, dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, au sud de la Sibérie, deux molaires et une phalange de doigt fossilisées, ne se doutaient sans doute pas de l'importance de leur trouvaille. L'occupation humaine sur le site a apparemment démarré il y a 280.000 ans, mais les fossiles en question dateraient, eux, d'entre 80.000 et 50.000 ans.

Après examen, la phalange s'est révélée être celle d'une enfant d'environ 7 ans. Les conditions exceptionnelles de conservation à l'intérieur de la grotte ont permis de récupérer de l'ADN. Et en 2010, son analyse génétique montrait qu'elle appartenait à une branche d'hominidés nouvelle, distincte de l'homme moderne (Homo sapiens) et aussi de l'homme de Neandertal. D'abord appelé homme de l'Altaï, il devint homme de Denisova, représentant des dénisoviens. Aujourd'hui, la même équipe de l'institut Max Planck, dirigée par Svante Pääbo, vient de procéder à l'analyse précise des gènes de ces dénisoviens (publiée dans la revue Science). Avec des résultats étonnants.

Cheveux et yeux bruns

Mais d'abord la performance technique. Car, grâce à une nouvelle méthode de séquençage beaucoup plus efficace que les précédentes, les chercheurs ont pu obtenir 30 fois la quantité d'ADN du noyau cellulaire et ainsi décrypter 99 % de la séquence du génome dénisovien. Ce qui a permis de le comparer avec ceux du néandertalien et de l'homme moderne. «Il est vrai que la performance technique est exceptionnelle, confirme Jean-Jacques Hublin, professeur de paléoanthropologie à l'institut Max Planck de Leipzig (Allemagne). Aussi bien par la qualité du séquençage que par la quantité infime de matériel prélevé sur le fossile. Ils n'ont utilisé que 40 milligrammes prélevés sur le fossile! Quand on a commencé à travailler sur de l'ADN très ancien, beaucoup ont eu peur que cela détruise les fossiles. Les technologies actuelles éloignent ce risque de plus en plus.»

Le portrait des dénisoviens se précise. La fillette dont le génome a été examiné portait des gènes en rapport avec une peau foncée, des cheveux et des yeux bruns tels qu'on les retrouve dans les populations actuelles. Ces recherches confirment également que les dénisoviens sont un groupe frère des néandertaliens.

Après l'apparition de leur ancêtre commun en Eurasie, les deux groupes ont été séparés pendant au moins 250.000 ans. Plus tard, il y a quelque 50.000 ans, à l'arrivée en Asie des populations africaines ancêtres de l'homme moderne, les dénisoviens ont contribué à hauteur d'environ 6 % au génome des peuplements de l'Australie et de la Mélanésie. Du matériel génétique néandertalien se retrouve lui aussi en plus faible quantité dans les populations d'Asie, d'Amérique du Sud et d'Europe. Cependant, l'historique et l'ampleur de ces phénomènes d'hybridation entre hommes modernes, néandertaliens et dénisoviens restent encore en débat.

Nouvelles pièces au puzzle

«L'autre information nouvelle apportée par cette étude concerne la démographie de ces groupes estimée par la diversité génétique», explique Jean-Jacques Hublin. Ainsi, il semble que l'effectif des populations dénisoviennes ait été faible. Mais la consanguinité étant exclue, il est possible que leur population se soit accrue sans que la diversité génétique ait eu le temps de se développer. Des recherches en cours du côté des néandertaliens pourraient apporter des nouvelles pièces au puzzle.

Avec ces nouvelles données génétiques, les paléontologues sont en mesure de quitter la simple construction d'arbres généalogiques pour mieux comprendre l'évolution des caractères. «On peut voir grâce à ces travaux que les gènes les plus affectés par l'évolution de la lignée humaine moderne sont directement liés au développement du cerveau et à la mise en place de connexions cérébrales de plus en plus élaborées, estime Jean-Jacques Hublin. Des parties du génome qui régulent l'expression de ces gènes montrent elles aussi des particularités uniques.»

Pour Svante Pääbo, «ce qui est bien, c'est que la liste des gènes identifiés n'est tout de même pas astronomique et que notre groupe de recherche et d'autres pourront probablement analyser la majorité d'entre eux d'ici une décade ou deux.» La suite de l'histoire de ces recherches se fera dans les laboratoires des anthropologues, des généticiens mais aussi avec des chercheurs de fossiles. Sur le terrain ou dans les collections amassées dans les muséums. Car il y a peut-être, dans les vastes tiroirs et caisses de ces institutions, des fossiles dénisoviens qui attendent d'être identifiés… grâce à quelques brins d'ADN fossile.

Source : Le Figaro du 31/08/2012

mardi 4 septembre 2012

Le plus ancien homme moderne asiatique découvert

Une  équipe de recherche internationale a découvert le crâne du plus ancien Homme moderne asiatique connu sur le site de Tam Pa Ling au nord-est du Laos. Cette trouvaille confirme la présence de l'Homme moderne au-delà des 60.000 ans dans la région.

Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Fabrice Demeter du Museum d'Histoire naturelle, vient de mettre à jour un crâne sur le site de Tam Pa Ling, dans  le nord-est du Laos. Loin d'être anecdotique, cette découverte est même cruciale : l'implantation de l'homme moderne en Asie du Sud-est n'avait pu être avérée, jusqu'à maintenant, par l'absence de fossiles l'attestant.
C'est désormais chose faite avec le crâne de Tam Pa Ling, un vestige disposant d'une datation minimum de 46.000 à 51.000 ans BP, alors que la  datation directe par Uranium/Thorium des os indique un âge minimum de 63.000 ans.
Alors qu'il se différencie également des humains archaïques de l’ouest de l’Asie dans ses  caractéristiques temporales, occipitales et dans sa morphologie dentaire, le crâne de Tam Pa Ling affiche une morphologie moderne, notamment au niveau de ses caractères frontaux, occipitaux et maxillaires.
Si la présence d'un tel fossile dans cette partie du Monde est déjà une grande découverte en soi, sa présence conduit également l'évolution de l'implantation de l'Homme moderne sur de nouvelles voies.

Des voies difficiles ont été empruntées

La présence de cet homme moderne à Tam Pa Ling atteste que d'autres voies ont été empruntées par l'homme moderne sur le globe, et non plus que celle qui l'aurait conduit d'Afrique à l'Asie du sud-est, en longeant les côtes : il aurait également enjambé des sentiers beaucoup plus difficiles d'accès, comme la Chaine Annamitique. La datation, elle, confirmant sa sortie de son continent originel vers 70.000 ans BP.
Enfin, l'équipe de Fabrice Demeter estime que, du fait de ce nouveau trajet, et de la présence de ce vestige à cet emplacement, il pourrait être en face de l'un des ancêtres des premiers australiens.

Source : MaxiSciences du 24/08/2012