vendredi 21 mai 2021

Homo naledi, le grimpeur qui n’était plus un singe

L’anatomie de grimpeur d’Homo naledi semble aberrante étant donné la rareté des arbres dans la région où vivait cette espèce. Mais elle pourrait être une adaptation aux falaises et aux grottes, habitats qui étaient aussi ceux des prédécesseurs australopithèques.

En 2015, les paléoanthropologues, incrédules, ont dû admettre dans la famille humaine une forme aberrante : Homo naledi. Découverte au plus profond d’une caverne, cette sorte de gnome archaïque semble avoir retenu les capacités arboricoles des australopithèques. Pourtant, il s’agit clairement d’un humain, qui vivait il y a environ 300 000 ans dans une Afrique australe dénuée de forêts.

L’étude d’H. naledi ne fait que débuter et, pour l’instant, je suis l’un des seuls chercheurs français à avoir eu l’occasion d’y participer. Tout a commencé pour moi au début de l’année 2014 lorsque je reçus un courriel d’Elen Feuerriegel, alors étudiante à l’université nationale australienne, à Canberra. Elen me consultait pour ses recherches, ce qui m’amena à participer à son jury de thèse. Nous nous connaissions donc bien quand, en 2017, depuis l’université de l’État de Washington à Seattle, où elle était en poste, elle me proposa d’aider à étudier le membre supérieur d’H. naledi. L’analyse anatomique de l’épaule de cet Homo que j’eus alors le privilège de pouvoir faire et mon expérience personnelle de l’escalade m’ont amené à émettre une hypothèse surprenante : et si Homo naledi était une forme humaine sélectionnée par l’escalade ?

A priori, cette idée n’a rien de plausible : le passé arboricole des homininés, c’est-à-dire la lignée d’hominidés qui a conduit à Homo, remonte aux australopithèques, donc à plus de 1 million d’années – soit une époque très antérieure à celle d’H. naledi. Mais tout dans H. naledi, depuis les conditions de sa découverte jusqu’à chacune de ses caractéristiques, surprend et trouble au point de rendre cette forme humaine quasi irréelle. Et pourtant, elle existe, ou plutôt elle a existé, il n’y a pas si longtemps à l’échelle de l’évolution.

La publication en 2015 de la découverte d’H. naledi par Lee Berger, de l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, et son équipe fit la une des journaux à travers le monde, mais surtout elle troubla profondément les préhistoriens. Le rameau humain était en effet déjà touffu. On connaissait alors entre six et neuf espèces d’australopithèques (trois espèces ne font pas consensus), trois espèces d’australopithèques robustes (paranthropes) et plus de dix espèces humaines (toutes ne faisant pas consensus non plus). C’est dans ce cadre complexe que s’inscrivait H. naledi, qui ajoutait au chaos ambiant.

Naledi signifie « étoile » en sésotho, l’une des onze langues officielles de l’Afrique du Sud. Lee Berger a choisi ce nom parce que ses partenaires spéléologues ont découvert les premiers ossements d’H. naledi en 2013 dans le complexe de grottes de Rising Star (« étoile montante »), au sein du karst dolomitique de la province de Gauteng, en Afrique du Sud. La grotte se trouve à moins de 3 kilomètres de Sterkfontein et à moins de 800 mètres de Swartkrans, deux des sites à australopithèques les plus importants d’Afrique australe. Les vestiges osseux de cette nouvelle espèce proviennent des cavités Lesedi et Dinaledi.

À Dinaledi, plus de 1 550 os, dont 137 dents isolées et 58 dents encore portées par les os mandibulaires et maxillaires, furent mis au jour – ou plutôt à la nuit absolue régnant dans la grotte. Les variations entre ces os sont moindres que celles constatées au sein de chacune des autres espèces humaines, ce qui prouve que l’on a bien affaire à une seule forme humaine. Lesedi, fouillée en 2013 sur une petite surface seulement, a livré 118 restes attribués à deux adultes et à un très jeune enfant. Les os déposés au sein des cavités Lesedi et Dinaledi l’ont été en un intervalle de temps très court et représentent un minimum de 15 individus comprenant des adultes, des adolescents et des enfants. Autrement dit, on a découvert, en une fois, tout un échantillon de population, ce qui est rarissime pour le Paléolithique.

Tout aussi spectaculaire, pour un paléoanthropologue, est le fait que tous les os du squelette, ou presque, sont représentés en plusieurs exemplaires et souvent en connexion. Par exemple, une main droite comprend tous les os du carpe (poignet), du métacarpe (paume) et des phalanges, à l’exception du pisiforme (l’un des petits os du carpe) ; pas moins de 110 autres os de la main l’accompagnent.

La découverte d’une population fossile du Paléolithique est déjà, en soi, un événement remarquable. Mais ses circonstances la rendent à peine croyable. Aucune industrie lithique, aucun charbon, aucun reste de faune, bref aucune trace de culture matérielle entourant les fossiles ne livre le moindre renseignement sur le mode de vie « nalédien ».

L’accès extrêmement difficile à la cavité Dinaledi constitue une énigme. Il implique en effet un éclairage, donc le contrôle du feu ; il oblige ensuite à franchir le « Superman’s Crawl », un boyau si étroit que seuls des spéléologues petits et minces peuvent prétendre y ramper sans rester bloqués ; arrivés ensuite dans une première chambre, ils doivent effectuer une escalade d’une quinzaine de mètres sur le « dos du dragon » afin d’accéder à l’entrée d’une goulotte très étroite et presque verticale d’une douzaine de mètres qui porte bien son nom – The Chute – et qui donne accès à Dinaledi.

Source : Pour la Science du 21/05/2021

jeudi 20 mai 2021

Des métissages avec les Dénisoviens chez les populations océaniennes

Le séquençage du génome de 317 individus d’Océanie révèle des métissages anciens qui ont conféré aux populations de la région certains avantages adaptatifs.

Au-dessus de 25 d’indice de masse corporelle (IMC) commence le surpoids. Or, en Polynésie française, l’IMC moyen est de 29,1, et dans les îles Salomon plus du tiers de la population a un IMC supérieur à 30. La diffusion de la nourriture industrielle et les changements de mode de vie ont mis la région du Pacifique en tête du classement mondial de l’obésité et du diabète. Mais cette situation a aussi des racines génétiques, qu’éclairent les travaux d’une équipe dirigée par Lluis Quintana-Murci, de l’institut Pasteur et du Collègue de France.

Les chercheurs ont séquencé les génomes de 317 individus provenant de 20 populations du Pacifique, de Taïwan au Vanuatu en passant par l’archipel Bismarck et les îles Salomon. Ils ont ensuite recherché des signes de balayages sélectifs, c’est-à-dire des processus qui augmentent la fréquence des mutations avantageuses jusqu’à les fixer. Ils en ont notamment identifié un pour le gène RANBP17, associé à l’élévation de l’indice de masse corporelle et à la densité de cholestérol, ainsi qu’un autre pour le gène OSBPL10, associé à la dyslipidémie, c’est-à-dire à une concentration anormale de lipides dans le sang. En outre, dans les îles Salomon, le gène ATG7, qui régule la réponse cellulaire à la privation alimentaire, a été particulièrement sélectionné. En d’autres termes, il apparaît que l’adaptation des populations océaniennes à des environnements insulaires où le régime alimentaire – racines et poissons – est relativement pauvre en énergie, a entraîné une sélection positive des gènes favorisant la résistance à la privation de nourriture. Mais avec l’arrivée de l’alimentation occidentale, cette adaptation avantageuse est devenue un problème : elle a favorisé l’obésité dans ces populations.

L’étude a montré que, comme toutes les populations du monde, hormis celles d’Afrique, les Océaniens portent des gènes néandertaliens, comme OSBPL10. Mais les données recueillies portent également les traces de plusieurs métissages entre les populations asiatiques et les Dénisoviens (les cousins orientaux des Néandertaliens), en Asie continentale orientale d’abord, puis en Asie du Sud-Est et aussi entre Papous et Austronésiens. Dans leur progression en Océanie, les groupes d’Homo sapiens ont bénéficié de quatre flux géniques provenant soit des Dénisoviens eux-mêmes, soit de groupes qui leur étaient liés.

Il y a environ 46 000 ans, des populations ancestrales de celles de l’Océanie proche (Papouasie-Nouvelle-Guinée, archipel Bismarck et îles Salomon) et des Agtas des Philippines (des Négritos) ont reçu en Asie orientale un premier flux génique provenant d’un groupe génétiquement distant des Dénisoviens de l’Altaï, qu’ils ont plus tard transmis aux Océaniens. Il semble que les ancêtres des Agtas des Philippines aient aussi reçu un deuxième flux génique d’un autre groupe dénisovien. Puis aux alentours des 21 000 ans avant le présent, en Asie orientale, une population ancestrale des Océaniens actuels a reçu un troisième flux de gènes d’un groupe cette fois proche des Dénisoviens de l’Altaï. Finalement, un autre flux génique – spécifique aux Papous – serait provenu d’un groupe dénisovien plus lointain lié aux Dénisoviens de l’Altaï d’il y a quelque 25 000 ans.

« Nous avons été surpris de constater que, contrairement à l’héritage néandertalien, très homogène entre les vingt groupes étudiés (environ 2,5 %), l’héritage de l’homme de Denisova varie considérablement d’une population à l’autre : de quasiment 0 % à Taïwan et aux Philippines il monte jusqu’à 3,2 % en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Vanuatu », commente Lluis Quintana-Murci. Une constatation qui met en lumière la diversité génétique qui régnait au sein de la population dénisovienne.

Les chercheurs ont constaté en outre que les quatre flux de gènes dénisoviens ont apporté presque exclusivement des mutations bénéfiques liées à la régulation de la réponse immunitaire. En d’autres termes, les populations dénisoviennes d’Asie du Sud-Est, qui étaient depuis longtemps adaptées à leur environnement équatorial, ont transmis aux premiers hommes modernes parvenus dans la proche Océanie des traits immunitaires les aidant à mieux résister aux nombreux agents infectieux présents dans les forêts tropicales humides. Ces hommes modernes les ont ensuite apportés aux populations austronésiennes en expansion.

Résultat : ces mutations aidant à résister aux infections se rencontrent aujourd’hui dans toute l’Océanie, et leur nombre souligne « la grande diversité génétique des hommes archaïques qu’étaient les Dénisoviens », souligne Lluis Quintana-Murci.

Les nouvelles données invitent aussi à réécrire à la marge l’histoire du peuplement de l’Océanie. Selon la théorie répandue dite « out of Taïwan », les ancêtres des populations austronésiennes actuelles arrivent sur l’île de Taïwan vers 4 000 avant notre ère, puis peuplent les Philippines vers 2 500 avant notre ère, avant de se répandre progressivement en Indonésie et sur une immense aire allant de Madagascar à l’île de Pâques (l’Austronésie), au sein de laquelle subsistent cependant des populations anciennes : les Négritos et les Papous. Comme d’autres auparavant, l’étude de Lluis Quintana-Murci et ses collègues relativise cette théorie. Ils suggèrent plutôt que des Austronésiens ont quitté Taïwan il y a plus de 5 000 ans, mais que les métissages qui ont accompagné leur arrivée en proche Océanie n’ont débuté que 2 000 ans plus tard. L’expansion partant de Taïwan a donc pris un certain temps, et est sans doute passée par une phase de maturation aux Philippines ou en Indonésie, pendant laquelle se seraient produites des rencontres avec des groupes fortement métissés avec les Dénisoviens.

Source : Pour la Science du 20/05/2021

mercredi 19 mai 2021

L’histoire des premiers sapiens d’Europe reconstituée

L’analyse génétique de restes humains vieux d’environ 45 000 ans révèle que la première population sapiens d’Europe s’est fréquemment métissée avec les Néandertaliens, mais n’a pas transmis ses gènes aux Européens actuels.

Avant l’arrivée des colons, les premiers Européens qui explorèrent le continent nord-américain en profondeur, au xvie siècle, furent les « coureurs des bois » français. Ces trappeurs et autres négociants en peaux vivaient parmi les Amérindiens, dont ils avaient en grande partie adopté le mode de vie pour mieux s’adapter à ce nouveau milieu. Le séquençage du génome de six individus Homo sapiens européens anciens par des équipes de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, en Allemagne, révèle aujourd’hui que la « conquête de l’Europe » par Homo sapiens lors de son expansion hors d’Afrique ressemble par certains aspects à celle de l’Amérique du Nord par les Européens, même si les distances génétiques entre les groupes humains concernés sont sans commune mesure.

Le crâne de la femme de Zlatý kůň, membre de la première population européenne sapiens.

Le rôle des Amérindiens y est joué par les Néandertaliens, dont les clans ont habité l’Eurasie occidentale pendant plus de 650 000 ans ; celui des coureurs des bois français par les tout premiers chasseurs-cueilleurs en Europe ; celui des colons anglais et français du xvie au xviiie siècle par les chasseurs-cueilleurs aurignaciens (43 000-31 000 ans) puis gravettiens (31 000-23 000 ans) ; enfin, le rôle des migrants européens qui ont noyé ces premiers colons dans leur nombre aux xixe et xxe siècles est joué par le courant dit des « Européens basaux », qui, à partir d’il y a 8 000 ans, a submergé les chasseurs-cueilleurs aurignaciens et gravettiens et introduit le mode de vie paysan.

Le séquençage de ces six génomes sapiens vient d’éclairer la pénétration initiale de l’Europe par de premiers groupes de coureurs des bois sapiens. De nouvelles fouilles de la grotte de Bacho Kiro, en Bulgarie, et une première étude génétique avaient récemment suggéré que les premiers Homo sapiens arrivés en Europe n’ont pas contribué à la population européenne actuelle. Mateja Hajdinjak et ses collègues de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire ont confirmé cet indice en étudiant l’ADN contenu dans cinq fossiles sapiens découverts dans la grotte de Bacho Kiro avec des outils relevant de la culture matérielle dite du Paléolithique supérieur initial. Associée aux hommes anatomiquement modernes vivant au Proche-Orient entre le Paléolithique moyen tardif et le Paléolithique supérieur initial, cette culture matérielle mêle un débitage laminaire d’origine africaine à des lames retouchées et autres outils typiques du Paléolithique supérieur. Apparue au Moyen-Orient après la principale sortie d’Afrique d’Homo sapiens, elle s’est répandue de l’Eurasie occidentale jusqu’à la Mongolie entre 50 000 et 45 000 ans avec la première vague sapiens progressant vers le nord.

Les cinq fossiles de Bacho Kiro – une molaire inférieure et quatre fragments d’os – ont été datés par le radiocarbone entre 45 930 et 42 580 ans avant le présent, ce qui en fait les plus anciens spécimens sapiens du début du Paléolithique supérieur en Europe. Le séquençage partiel de leurs génomes ne révèle pas de proximité génétique avec les chasseurs-cueilleurs européens ultérieurs, les Aurignaciens et les Gravettiens. En revanche, ils partagent davantage de gènes avec les Extrême-Orientaux anciens et les Amérindiens. Plus précisément, ils ont plus de gènes en commun avec l’Homme de Tianyuan, un chasseur-cueilleur vieux de 40 000 ans découvert près de Pékin, qu’ils n’en ont avec Kostenki 14, un fossile de 38 000 ans trouvé sur le site aurignacien de Kostenki en Russie.

Pour sa part, l’équipe de Kay Prüfer a séquencé le génome extrait du crâne d’un sapiens découvert dans la grotte tchèque de Zlatý kůň dans les années 1950 dans des conditions peu claires. Assez complet, ce crâne, celui d’une femme, s’est avéré difficile à dater par le radiocarbone, car il a été contaminé par de la colle d’origine animale. Cependant, avec force précautions techniques, les chercheurs sont parvenus à séquencer le génome de la femme de Zlatý kůň. Dès lors, ils ont pu estimer, via une modélisation bayésienne, qu’il date d’au moins 43 000 ans voire 45 000 ans, donc qu’il est sensiblement du même âge que ceux des individus de Bacho Kiro, mais aussi de Pestera cu Oase et d’Ust’Ishim.

De précédentes recherches avaient en effet montré que l’ADN contenu dans une mandibule sapiens découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase était plus proche de celui des premiers Extrême-Orientaux, des Amérindiens et des anciens Sibériens, que des chasseurs-cueilleurs d’âges comparables en Europe (Kostenki 14). De même, l’ADN contenu dans le plus ancien fossile sapiens hors d’Europe et du Proche-Orient, celui de l’individu d’Ust’Ishim, en Sibérie occidentale, ne montre pas plus d’affinités avec les chasseurs-cueilleurs aurignaciens et gravettiens qu’avec celui des Extrême-Orientaux anciens. À cet égard, l’ADN de la femme de Zlatý kůň est comme celui d’Ust’Ishim : il est aussi proche de celui des premiers chasseurs-cueilleurs d’Eurasie occidentale préaurignaciens (Bacho Kiro) que de celui des chasseurs-cueilleurs d’Extrême-Orient. Cela suggère que tous deux faisaient partie d’une population antérieure à la divergence des populations asiatiques et européennes.

Une reconstitution des divers métissages qui ont conduit aux Européens actuels à partir de la population d’Homo sapiens sortie d’Afrique il y a 150 000 à 80 000 ans.

Ainsi les proto-Européens de Bacho Kiro, de Pestera cu Oase et de Zlatý kůň et le proto-Sibérien d’Ust’Ishim, contemporains, relèveraient de la première population sapiens qui a progressé vers le nord entre 50 000 et 40 000 à partir du Proche-Orient et s’est dispersée dans les latitudes moyennes de l’Eurasie, bien avant la séparation des Eurasiens occidentaux et des Eurasiens orientaux.

Cette population de coureurs des bois sapiens s’est-elle mélangée avec les « Amérindiens » néandertaliens ? Oui, puisque l’ADN de tous ces humains anatomiquement modernes comporte 1 à 3 % d’ADN néandertalien. Celui des individus de Bacho Kiro en contient plus de 3 %, ce qui paraît peu s’agissant de représentants sapiens aussi anciens qu’Oase 1, qui en possède pour sa part de 6 à 8 %. Toutefois, la longueur considérable des segments d’ADN néandertalien présents dans le génome des individus de Bacho Kiro a étonné les chercheurs, car elle prouve qu’ils ont eu un ancêtre néandertalien seulement 5 à 7 générations avant eux. « C’est spectaculaire, car leur taux d’ADN néandertalien est assez faible et des “déserts” sans aucun ADN néandertalien sont déjà visibles dans leur génome. Une telle situation aussi peu de générations après le croisement implique une sélection négative brutale contre l’ADN néandertalien », souligne Jean-Jacques Hublin, professeur au Collège de France et directeur du département Évolution de l’homme de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste. « L’ADN néandertalien acquis par nos ancêtres n’a été conservé qu’en certains endroits du génome, et très vite éliminé si la loterie reproductive le plaçait ailleurs ; les métis ayant de l’ADN néandertalien “mal placé” ont manifestement eu peu de succès reproductif. » C’est là – entre autres – que s’arrête la comparaison avec les coureurs des bois européens en contact avec les Amérindiens, qui étaient génétiquement beaucoup plus proches.

En revanche, 70 à 80 générations séparaient la femme de Zlatý kůň de ses ancêtres néandertaliens, ce qui correspond à un métissage survenu 1 500 ans avant. « Cela suggère qu’elle n’a pas acquis son ADN néandertalien localement, mais plutôt d’ancêtres sapiens déjà métissés avec des Néandertaliens au Proche-Orient longtemps avant d’arriver en Europe, commente Jean-Jacques Hublin. Ces différences entre l’ADN des individus de Bacho Kiro, de Zlatý kůň, de Pestera cu Oase et d’Ust’Ishim montrent que la première vague sapiens en Eurasie était très diverse. » À l’instar des coureurs des bois, qui se vivaient plutôt comme Bretons, Angevins, Poitevins, etc., que comme les Français qu’en a fait l’Histoire ! Il devient aussi évident que les métissages entre coureurs des bois sapiens et Néandertaliens étaient banals et fréquents, comme ceux entre les coureurs des bois français et les Amérindiennes, qui faisaient enrager les Jésuites.

Pourquoi les proto-Européens porteurs de la culture matérielle du Paléolithique supérieur initial n’ont-ils pas laissé d’héritage génétique perceptible en Eurasie occidentale, alors qu’ils en ont laissé en Eurasie orientale ? Comme les coureurs des bois face aux colons anglais, sans doute furent-ils trop peu nombreux en comparaison des populations aurignaciennes puis gravettiennes qui migrèrent en Europe par la suite, avant que leur descendance ne soit elle-même noyée par la vague des paysans anatoliens.

Source : Pour la Science du 14/05/2021

lundi 10 mai 2021

Découverte de la plus ancienne sépulture humaine d’Afrique

Une équipe internationale d’archéologues vient de faire une découverte spectaculaire : ils ont mis au jour une sépulture humaine âgée d’environ 78 000 ans, soit la plus ancienne sépulture jamais découverte en Afrique ! Cette dernière reposait dans les hautes terres tropicales de la plaine côtière du Kenya, à environ 16 kilomètres du rivage.

En réalité, ces ossements ont été découverts pour la première fois en 2013. Mais ils étaient alors si fragiles qu’il était impossible de les prélever pour effectuer des analyses. Les scientifiques ont mis plusieurs années avant de pouvoir examiner ces précieux vestiges du passé. Pour ce faire, ils ont dû creuser tout autour de la fosse circulaire, puis emprisonner l’ensemble de la sépulture dans du plâtre afin de pouvoir la transporter en toute sécurité au Musée national de Nairobi et dans un laboratoire spécialisé en Espagne.

L’équipe s’est réjouie de cette découverte inédite. « C’est la plus ancienne sépulture humaine en Afrique. Cela nous apprend quelque chose sur notre cognition, notre socialité et nos comportements, qui nous sont tous si familiers aujourd’hui », a déclaré Michael Petraglia, professeur d’évolution humaine et de préhistoire à l’Institut Max Planck pour la science de l’histoire de l’Homme, à Jena, en Allemagne.

La preuve de croyances autour de la mort

La tombe était relativement petite (40 cm de large sur 13 cm de profondeur). Les ossements ont été soigneusement examinés à l’aide d’un équipement à rayons X 3D. Deux petites dents retrouvées à proximité des os indiquent qu’il s’agissait d’un enfant, âgé de deux ans et demi à trois ans ; d’autres dents étaient encore incrustées dans sa mâchoire inférieure. Les scientifiques ont également pu identifier la colonne vertébrale, les côtes et d’autres os de l’épaule et des membres. La datation des ossements a permis d’estimer l’âge de la sépulture à 78 000 ans environ.

L’équipe a également découvert des outils en pierre — vraisemblablement taillés pour le grattage, l’alésage et la gravure — dans et autour de cette tombe, à côté de pointes de pierre qui auraient pu être emmanchées sur des morceaux de bois pour fabriquer des lances.

L’imagerie à rayons X a révélé que l’enfant était couché sur le côté droit, les genoux repliés sur la poitrine ; la position du crâne suggère par ailleurs qu’il reposait sur une sorte d’appui-tête ou d’oreiller. Les chercheurs ont remarqué que les os articulés, tels que la colonne vertébrale, ne s’étaient pas effondrés dans la tombe ; de ce fait, ils pensent que le corps avait été étroitement enveloppé dans un linceul avant l’enterrement.

Pour Nicole Bovin, la chercheuse principale du projet, c’est une nouvelle preuve de l’émergence précoce, chez l’Homme, de systèmes de croyances autour de la mort. Une caractéristique fondamentale qui nous différencie des autres primates. L’experte souligne toutefois que ces croyances, tout comme les façons de traiter les morts, sont très variables d’une culture à l’autre ; il est donc impossible de déterminer ce que signifiait exactement l’acte d’enterrement il y a près de 80 000 ans. En revanche, il est clair que les liens émotionnels avec les morts et le fait de comprendre et de donner un sens à la mort se sont établis très tôt dans l’histoire de l’humanité. « Contrairement à d’autres espèces, nous avons des systèmes de croyances cosmologiques qui donnent un sens à l’expérience et à des événements comme la mort d’un être cher », explique la chercheuse.

De nouvelles données sur l’évolution biologique et socioculturelle de H. sapiens

S’il s’agit de la plus ancienne sépulture mise au jour sur le sol africain, d’autres sites funéraires humains encore plus anciens ont été découverts ailleurs dans le monde. Les restes humains retrouvés dans les sépultures de la grotte de Skhul, sur les pentes du mont Carmel en Israël, et de la grotte de Qafzeh près de Nazareth, ont entre 90 000 et 130 000 ans. Mais cette récente découverte reste exceptionnelle : « Les premières sépultures africaines sont particulièrement rares, malgré le fait que l’Afrique soit le berceau de notre espèce », souligne Bovin.

La chercheuse souligne que cela ne fait que refléter les préjugés qui guident les domaines de recherche : il se trouve que les régions où des sépultures antérieures ont été découvertes ont fait l’objet de recherches beaucoup plus approfondies que l’Afrique. Jusqu’à présent, les deux sépultures les plus anciennes découvertes en Afrique se trouvaient à Taramsa, en Égypte, et à Border Cave, en Afrique du Sud.

À Taramsa, des archéologues ont mis au jour le squelette d’un enfant daté de 68 600 ans (± 8ka). À Border Cave, c’est un bébé qui a été découvert en 1941, daté d’environ 74 000 (±4ka). Mais la documentation sur ces sépultures sont limitées, notamment celle de Border Cave : aucune information n’est disponible sur le degré d’articulation ou la position des restes dans la fosse, et l’âge a été déduit d’une corrélation stratigraphique avec une section datée par résonance magnétique électronique située à plus de 10 mètres de la tombe ; une chronologie plus précise du squelette n’est pas disponible.

La sépulture découverte au Kenya représente ainsi la plus ancienne preuve connue d’un enterrement intentionnel en Afrique effectué il y a près de 80 000 ans, une preuve qui démontre que l’Homo sapiens se livrait à un traitement complexe des morts. Cette tombe révèle par ailleurs l’association directe de l’H. Sapiens et de la technologie du Middle Stone Age. En conclusion, les chercheurs estiment que leur étude corrobore l’hypothèse selon laquelle l’évolution biologique et socioculturelle de H. sapiens a été un processus complexe et régionalement diversifié.

Source : Trust my science du 06/05/2021

jeudi 6 mai 2021

Découverte de la plus ancienne sépulture humaine en Afrique

Au Kenya, des chercheurs ont excavé un jeune enfant. Très jeune, puisque âgé de trois ans, mais témoignant de la plus ancienne sépulture du continent africain. Une première en Afrique de l'Est.

Mtoto est la plus ancienne personne découverte dans une sépulture en Afrique. Son nom signifie « enfant » en swahili, car elle n'aurait eu que trois ans à sa mort. Son corps a été enfoui dans une fosse et recouvert d'un linceul. Il s'agit de la plus vieille preuve d'un rite funéraire sur le continent africain, et de la première en Afrique de l'Est. Puisque Mtoto a été déniché au Kenya, dans une grotte nommée Panga Ya Saidi.

Cet enfant aurait vécu il y a environ 78.000 ans, durant l'âge de pierre moyen. Les chercheurs l'ayant exhumé, dont l'étude paraît aujourd'hui dans Nature, n'ont pas d'indice sur la cause de son décès. Mais, lui, révèle plusieurs indices sur notre passé. La composition de la sépulture de Mtoto ne laisse que peu de doute. L'enfant n'est pas tombé dans un trou, cette fosse a été volontairement creusée.

Non seulement son jeune corps était enveloppé d'un linceul, mais il était disposé dans une position recroquevillée, sa tête reposant sur un support. Ce qui indique un rite funéraire. Probablement complexe, plaide les scientifiques, et sollicitant la participation de plusieurs membres de la communauté. Cette sépulture est la preuve de pratiques mortuaires intentionnelles pendant le Pléistocène supérieur (-126.000 à -11.700 ans), en Afrique. Une composante importante de l'évolution culturelle humaine.

Voici la sépulture de Mtoto, au Kenya, ainsi qu'une reconstruction 3D de sa disposition, accompagnée d'une reconstruction artistique.

Mystère levé, mystère reste entier

À cette époque, l'inhumation des morts est un comportement partagé entre les populations africaines et les populations eurasiennes. Bien que des sépultures aussi anciennes soient rares sur le continent africain. Le fossile de Mtoto rejoint seulement deux individus : un autre enfant, égyptien, daté de quelque 68.000 ans, et un nourrisson d'Afrique du Sud dont l'estimation de l'âge s'avère délicate. Il aurait entre 58.000 et 74.000 ans, selon les données actuelles.

Ces fossiles soulignent le soin apporté aux jeunes humains, morts prématurément. Mais ils mettent aussi en évidence la difficulté de dégoter des sépultures humaines, de cette période, en Afrique. Car des scientifiques ont déjà mis la main sur de nombreux sites funéraires chez Néandertal, et chez Homo sapiens en Eurasie. Remontant jusqu'à plus de 120.000 ans.

De là, les chercheurs soulèvent plusieurs hypothèses. Évidemment, il est possible que la culture du deuil ait été très différente entre toutes ces populations, au point d'être absente dans certaines d'entre elles. Mais il est aussi envisagé que cette culture ait été aussi présente en Afrique qu'en Eurasie, et que le peu de preuves soit dû à des rites ne laissant que peu de traces archéologiques. Si tel est le cas... Nous ne le saurons jamais.

Source : FuturaSciences du 06/05/2021

La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique est celle d’un enfant

Il y a environ 78 000 ans, au fond d’une grotte de l’actuel Kenya, le corps d’un petit enfant d’environ trois ans a été soigneusement placé dans une tombe. Il y a quelques années, des chercheurs ont retrouvé sa dépouille. Celle-ci représente le plus ancien enterrement délibéré d’un humain moderne en Afrique.

En 2017, la minuscule tombe retrouvée au fond de la grotte Panga ya Saidi, au nord de Mombasa, était excavée pour être transportée en Allemagne, à Léna, toujours incrustée dans son bloc de sédiments. Dirigés par la paléoanthropologue Maria Martinón-Torres, Directrice du Centre national de recherche sur l’évolution humaine (CENIAH) à Burgos (Espagne), les chercheurs savaient que ce bloc de matières contenait des ossements.

Des mois d’analyses complexes, impliquant notamment l’utilisation de la tomodensitométrie (Micro-CT) pour l’examiner avec des rayons X et créer un modèle 3D détaillé de son contenu, ont finalement révélé le crâne et les os d’un petit Homo Sapiens. Ce petit homme, les scientifiques l’ont baptisé “Mtoto”, ce qui signifie “enfant” en swahili.

Un enterrement délibéré et très soigné

D’après les analyses, dont les résultats sont publiés dans Nature, Mtoto aurait été enterré dans la grotte il y a environ 78 300 ans, couché sur le côté droit en position fœtale. Son corps était enveloppé d’un matériau périssable (une sorte de linceul), en témoigne une compression forte du haut de son corps indiquant une enveloppe très serrée. Sa tête était également distinctement inclinée, ce qui suggère qu’elle a été placée sur un appui-tête qui a depuis lui aussi pourri.

En outre, les chercheurs n’ont isolé quasiment que des os provenant de la partie haute du corps. Les autres se sont entièrement décomposés.

Dans son étude, l’équipe souligne également qu’une fosse entourant le corps de l’enfant a bel et bien été creusée délibérément, montrant qu’il s’agissait d’un véritable enterrement et non d’une simple “mise en cache funéraire” d’un cadavre dans une niche disponible.

D’après les auteurs, l’inhumation de ce corps a sans doute eu lieu dans le contexte d’un rite funéraire élaboré auquel ont pu prendre part plusieurs individus.

La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique

Des sépultures anciennes de nos ancêtres ont bel et bien déjà été retrouvées, mais celle-ci est un peu particulière. C’est en effet la plus ancienne isolée en Afrique à ce jour d’après l’anthropologue Michael Petraglia. Deux autres exemples, l’un découvert à Taramsa, en Égypte, l’autre dans la Border Cave, en Afrique du Sud, paraissent également très anciens, mais ils ne sont pas datés assez précisément pour concurrencer Mtoto.

Enfin, même si la découverte de cet enfant semble attester des pratiques d’inhumation chez notre espèce à cette époque, les auteurs soulignent que l’absence de preuves plus anciennes n’implique pas nécessairement leur inexistence. Homo Sapiens pratiquait en effet peut-être ce type de rites il y 90 000, voire 100 000 ans.

Ces preuves peuvent avoir disparu ou peut-être ne sont-elles pas encore identifiées. Michael Petraglia souligne en effet que l’archéologie paléolithique est encore relativement récente en Afrique par rapport à l’Europe et à l’Asie, bien que l’Afrique soit la maison d’origine de notre espèce.

Cette nouvelle découverte confirme en tout cas que notre espèce disposait de capacités cognitives suffisantes pour penser et mettre en pratique ce type d’approche funéraire il y a au moins 80 000 ans.

Source : SciencePost du 06/05/2021

mercredi 5 mai 2021

L'enfant Mtoto, inhumé il y a 78 000 ans : les archéologues mettent au jour la plus ancienne sépulture d'homme moderne d'Afrique

Trouvé au Kenya, l'enfant est mort il y a 78 000 ans, vers l'âge de trois ans à Panga ya Saidi, une vaste grotte nichée au cœur d'une forêt, près de la côte kényane. Son corps a été enfoui dans une fosse.

Le petit défunt reposait là depuis 78 000 ans, soigneusement enterré par les siens : au Kenya, les archéologues viennent de mettre au jour la plus ancienne sépulture d'un homme moderne en Afrique, au terme d'une folle épopée scientifique révélée le 5 mai. "Mtoto" ("enfant" en swahili), comme l'ont baptisé les chercheurs, était enterré enveloppé dans un linceul et couché en position foetale, évoquant un rituel funéraire élaboré au sein de sa communauté, des Homo sapiens chasseurs-cueilleurs qui résidaient là il y a 78 000 ans.

Plâtrage

Il s'agit de la plus ancienne sépulture connue en Afrique, où l'homme moderne est apparu. Sa mise au jour, décrite le 5 mai dans la revue Nature, est le fruit d'un long processus jalonné de surprises. Tout commence en 2013. Une équipe d'archéologues fouille la grotte, un gisement connu où ont déjà été trouvés maints outils préhistoriques. Ils identifient une cavité inhabituelle, où apparaissent des ossements, mais qui se désintègrent dès qu'ils veulent les extraire.

Ça n'est qu'en 2017 qu'interviennent des fouilles supplémentaires, exposant la totalité de la fosse, une petite tombe creusée à trois mètres sous terre contenant un amas d'os décomposés. Nul ne sait s'il s'agit de restes humains ou animaux - "vu la taille de la fosse, certains pensaient à un singe", a raconté Michael Petraglia, de l'Institut Max Planck, l'un des auteurs de l'étude, lors d'une conférence de presse.

Cette fois, pas question de laisser filer les fragiles os : ils sont consolidés, plâtrés dans un bloc. Et partent en toute sécurité au Musée d'histoire naturelle à Nairobi, où les scientifiques extraient délicatement des dents semblant appartenir à un homininé. Les spécimens prennent alors le chemin, dans les mains d'un chercheur kényan, d'un laboratoire spécialisé dans la conservation, à Burgos, en Espagne. Là, une technique d'imagerie (tomographie) permet de voir à l'intérieur du bloc, sans le dégrader. "Progressivement, nous avons découvert une partie d'un petit squelette de notre espèce", se souvient avec émotion Maria Martinon-Torres, auteure principale.

"Une attention délicate" de la part de sa communauté

Le squelette, encore articulé, indique que l'enfant a été disposé sur le côté droit, jambes repliées sur la poitrine. Il présente une rare connexion anatomique, preuve que les os n'ont pas bougé et que le cadavre s'est décomposé in situ. Seul le crâne s'est disloqué du reste du corps : Mtoto devait reposer sur un oreiller en matière périssable, qui a fini par laisser une béance dans laquelle la tête est tombée. Un mouvement de rotation des clavicules dit aussi que le corps aurait été enveloppé dans un linceul, végétal ou en peau d'animal.

Conclusion: "cet enfant a délibérément été placé là, et a fait l'objet d'une attention délicate de la part de sa communauté", décrypte la chercheuse du Centre national sur l'évolution humaine à Burgos. Elle concède que l'interprétation est difficile. La position fléchie, assez commune dans les sépultures d'Homo sapiens ou de Néandertal, peut notamment signifier un simple souci pratique de gain de place. Mais avoir couché Mtoto "comme s'il dormait", protégé d'un linceul, suggère à ses yeux "une tendresse, un geste d'adieu donnant de la chaleur dans le plus froid des moments".

Ce comportement prouve selon elle "que les anciens humains en Afrique vivaient aussi dans un monde symbolique", et étaient donc déjà dotés d'une cognition complexe, dont on cherche à comprendre quand et comment elle est née. Trouver un corps d'enfant aussi bien conservé est extrêmement rare en Afrique, "où les fossiles humains anciens se comptent sur les doigts d'une main", commente Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, qui n'a pas participé à l'étude.

C'est sur ce continent que les plus vieux fossiles d'Homo sapiens (300 000 ans) ont été découverts. Pourtant, c'est en Europe et au Proche-Orient qu'on a trouvé les plus anciennes sépultures (plus de 100 000 ans). Est-ce dû à un biais de la recherche archéologique ? Existe-t-il des tombes africaines antérieures à celle de Mtoto ? "Nous ne savons pas, mais nous espérons bien en trouver à l'avenir", souhaite Michael Petraglia.

Source : France Info du 05/05/2021