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vendredi 10 novembre 2023

Voici le visage du « vieil homme » de Néandertal qui a vécu en France il y a 50 000 ans !

Bien loin des anciennes représentations que l’on se faisait de notre lointain cousin, ce nouveau portrait réalisé à partir du squelette de l’homme de La Chapelle-aux-Saints nous dévoile un Néandertal plus « humain ».

Le « vieil homme » de la grotte de La Chapelle-aux-Saints a désormais un visage ! Découvert par des prêtres en 1908 dans une grotte de ce village en Corrèze, le squelette de cet Homme de Néandertal est exceptionnel à plus d'un titre. Quasiment complet, à l'exception de quelques dents manquantes (d'où son surnom de « vieil homme »), le squelette est la première preuve que Néandertal inhumait ses morts. Enterré au fond d'une fosse il y a 47 000 à 56 000 ans de cela, en position fœtale, la tête calée par des pierres, l'homme de la Chapelle-aux-Saints semble en effet avoir bénéficié d'un rituel mortuaire qu'on ne connaissait pas à l'époque chez Néandertal. Depuis, les découvertes ne cessent d’affluer en faveur de l’intelligence très développée de nos lointains cousins.

Le squelette de Néandertal retrouvé dans la grotte de La Chapelle-aux-Saints, petite commune de Corrèze

L’imagerie médicale au service des artistes

L'histoire n'est d'ailleurs pas finie concernant l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Car 115 ans après sa découverte, des artistes ont reconstitué son portrait. La morphologie du visage a notamment été définie grâce à des données d'imagerie médicale (CT-scan). Le visage de cet homme, mort à l'âge de 40 ans (un peu jeune tout de même pour porter le surnom de « vieil homme »), apparaît ainsi étonnement commun.

Un Néandertal plus proche de nous ?

Une représentation bien éloignée des précédentes reconstitutions qui présentaient Néandertal sous des traits bien plus grossiers et animaux. Pour faire la part des choses entre les caractéristiques morphologiques appuyées par des données scientifiques et celles plus spéculatives, comme la couleur de la peau, des cheveux, des yeux et la présence ou non d'une barbe par exemple, les scientifiques ont produit deux portraits, l'un présentant un buste chauve et imberbe, l'autre présentant une version plus interprétative, avec barbe et cheveux.

Source : Futura du 09/11/2023

dimanche 14 mars 2021

Lucy et l’enfant de Taung ont un nouveau visage

De nouvelles reconstructions faciales de Lucy et l’enfant de Taung, deux Australopithèques, montrent à quoi ces deux individus pouvaient ressembler à leur époque.

Qui était Lucy ?

C’est en 1974 que les chercheurs Yves Coppens, Donald Johanson et Maurice Taieb, en fouillant le site d’Hadar (Éthiopie) sont tombés sur les ossements de ce pré-humain. Avec 40 % des os retrouvés, ce squelette vieux de 3,2 millions d’années est l’un des plus complets jamais découvert. Il a depuis été rattaché à l’espèce des Australopithecus afarensis.

Grâce à l’analyse de ces ossements, et de l’environnement dans lequel ils ont été retrouvés, nous savons que Lucy mesurait entre 1,10 m et 1,20 m pour un poids d’environ 25 kg. Les découvertes d’autres crânes de ces mêmes pré-humains ont par la suite souligné un fort dimorphisme sexuel dans cette espèce. De par son petit gabarit, nous savons ainsi que Lucy était une femelle. Elle affichait également un visage prognathe abritant un petit cerveau d’environ 400 cm3.

Lucy était aussi bipède, se déplaçant au sol de manière un peu chaloupée, mais préférait grimper dans les arbres, en témoignent l’analyse de ses membres supérieurs un peu plus longs que ses membres inférieurs. D’abord considérée végétarienne, Lucy était vraisemblablement charognarde, découpant parfois la chair disponible avec des outils.

Enfin, il est désormais admis que Lucy n’est pas notre “grand-mère” à tous, comme nous le supposions au départ. En réalité, l’espèce Australopithecus afarensis se place sur une branche séparée de celle du genre Homo. Au mieux, elle est donc une très ancienne cousine éloignée.

Ceci étant dit, à quoi ressemblait-elle, précisément ? Des chercheurs de l’Université d’Adélaïde, en Australie, se sont penchés sur la question. Ils se sont également concentrés sur l’enfant de Taung, qui désigne le crâne d’un individu juvénile de l’espèce Australopithecus africanus découvert en 1924 près de Kimberley, en Afrique du Sud. Celui-ci serait décédé vers l’âge de trois ans il y a environ 2,8 millions d’années.

Des reconstructions pas toujours cohérentes

Il existe naturellement déjà des reconstructions de Lucy et de l’enfant de Taung. Le problème est qu’elles ne sont pas toujours très cohérentes. Une analyse précédente des reconstructions de 860 hominidés (un groupe comprenant des humains, des singes et leurs proches disparus) à partir de 55 expositions de musée a en effet déjà montré des incohérences remarquables, même celles représentant les mêmes individus. Et Lucy n’échappe pas à la règle.

«Je m’attendais à trouver une cohérence dans ces reconstructions exposées dans les musées d’histoire naturelle, mais les différences, même là, étaient très importantes», explique l’auteur principale de cette étude Ryan Campbell, dans un article de blog.

Un autre problème est que certaines reconstructions ont été fortement influencées par des contes imaginaires sur ce qui est “primitif” et “sauvage”, par rapport à ce qui est “civilisé” et “moderne”, poursuit Rui Diogo, de l’Université de Washington.

Ce dernier cite en exemple l’image emblématique de l’évolution humaine, “The March of Progress” de Rudolph Zallinger. Imprimée dans une série de livres scientifiques en 1965, celle-ci perpétue l’idée erronée que les humains ont évolué de l’animal à l’Homme à la peau blanche en passant par le singe selon une progression linéaire.

D’autres inexactitudes trouvées dans d’autres dessins ou expositions dépeignent également Lucy avec un compagnon et des enfants. Or, la structure de la famille nucléaire est une construction plus récente dans l’histoire de l’humanité.

Deux nouveaux visages

Dans le cadre de ces nouveaux travaux, les chercheurs expliquent avoir fait de leur mieux pour tenter de reconstruire les visages de Lucy et de l’enfant Taung en mettant de côté tous les a priori, tout en étant le plus scientifiquement précis. Ces visages, les voici.

Pour l’enfant Taung, les chercheurs ont utilisé des techniques traditionnelles de moulage pour faire un double du crâne à partir d’un autre moulage du spécimen original. Le crâne de l’enfant Taung avait été bien conservé, en revanche, ils devaient encore faire des hypothèses sur la façon de concevoir ses tissus faciaux.

La reconstruction de Lucy, quant à elle, était un vrai défi, dans la mesure où la plupart de ses os crâniens sont manquants. En revanche, sa mâchoire inférieure est assez complète, ce qui a aidé les chercheurs. Pour cette chère Lucy, ces derniers ont privilégié une teinte de peau similaire à celle des bonobos (Pan paniscus), tandis que les traits de l’enfant de Taung sont plus similaires à ceux des humains modernes originaires d’Afrique du Sud.

Source : SciencePost du 11/03/2021

dimanche 20 décembre 2020

Homo habilis

Reconstruction de Alice Roberts :
Reconstruction :
Reconstruction de Elisabeth Daynès :

mardi 15 décembre 2020

Homo naledi

Reconstruction de John Gurche :

samedi 12 décembre 2020

Homo georgicus

Reconstruction de Alice Roberts :

dimanche 6 décembre 2020

Paranthropus robustus

Reconstruction de John Gurche :

samedi 5 décembre 2020

vendredi 4 décembre 2020

Ardipithecus ramidus

Reconstruction de John Gurche :
Reconstruction :
Reconstruction Jay Matternes :

jeudi 3 décembre 2020

Australopithecus anamensis

Reconstruction de John Gurche :
Reconstruction :

mercredi 2 décembre 2020

lundi 30 novembre 2020

Australopithecus sediba

Reconstruction de John Gurche :

samedi 28 novembre 2020

Homo antecessor

Reconstruction de Elisabeth Daynès :
Reconstruction de Alice Roberts :

samedi 21 septembre 2019

Voici à quoi pouvaient ressembler les Dénisoviens

Une équipe de chercheurs a tenté de déterminer, avec le peu d’ossements dont nous disposons, à quoi pouvait ressembler le visage des Dénisoviens. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Cell.

Trois molaires, un morceau d’auriculaire, deux fragments de crânes et une mandibule : telles sont les seules preuves de l’existence passée des Dénisoviens. Tous ces ossements ont été retrouvés dans une grotte de l’Altaï, en Sibérie. Nous avons depuis réussi à déterminer plusieurs choses. Que Dénisoviens et Néandertaliens ont divergé il y a environ 744 000 ans, d’une part, et qu’ils ont ensuite cohabité. Nous savons également qu’il y a environ 100 000 ans, nos ancêtres ont fréquenté ces deux espèces. Malgré tout, mis à part ces relations inter-espèces, nous ne savons pas grand-chose de plus sur ces anciens hominines. Par exemple, à quoi ressemblaient-ils ?

Une équipe de chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem s’est récemment penchée sur la question. Ils ont réussi, malgré le peu d’ossements disponibles, à brosser les traits de ce cousin éloigné qui, à certains égards, nous ressemblait.

Un premier visage (presque) parfait

Pour ces travaux, les chercheurs ont analysé les schémas d’activité des gènes de Dénisoviens influencés par la méthylation de l’ADN. Ils ont ensuite comparé ces schémas avec ceux observés chez l’Homme moderne et Néandertal. Ils ont alors pu isoler des différences : plus d’une cinquantaine de caractéristiques anatomiques, 75 plus exactement, dont 34 affectaient directement le crâne. L’idée consistait ensuite à déterminer la manière dont ces différences pouvaient affecter l’apparence physique des Dénisoviens.

Des travaux complexes donc, mais qui ont finalement permis de dresser un premier portrait convaincant de nos anciens cousins. Les chercheurs ont également utilisé cette méthode pour déterminer la forme des visages de chimpanzés et de Néandertaliens, dont nous connaissons déjà les traits. Ils ont réussi à recréer ces visages avec une précision de 85 %. Autrement dit, la méthode visant à reconstruire le visage des Dénisoviens n’est pas parfaite, mais on est tout de même assez proche.

Plusieurs croisements avec l’Homme moderne

Rappelons qu’une étude publiée l’année dernière nous révélait que les humains modernes se sont déjà croisés avec les Dénisoviens. Après avoir examiné plus de 5 500 génomes d’humains modernes d’Europe, d’Asie et d’Océanie, les chercheurs ont en effet déterminé que les Dénisoviens ont légué une part de leur ADN à environ 5 % des génomes des populations d’Océanie, et environ 0,2 % aux génomes des Asiatiques continentaux et des Amérindiens.

Nous avons également appris qu’il y a eu deux épisodes distincts de métissage. Les ancêtres des Océaniens se seraient croisés avec un groupe de Dénisoviens du Sud, tandis que les ancêtres des Asiatiques de l’Est se seraient mélangés avec un groupe venant du Nord.

Source : Sciencepost du 20/09/2019

vendredi 20 septembre 2019

Le visage de l'Homme de Denisova reconstitué pour la première fois

Grâce à l'ADN retrouvé sur quelques restes, des chercheurs ont reconstitué le squelette de l'Homme de Denisova. Des travaux "prometteurs" mais aux conclusions jugées "un peu prématurées" par un expert.

Voici "la première reconstruction de l'anatomie squelettique de Dénisoviens", annoncent fièrement des chercheurs israéliens dont les travaux sont publiés dans Cell. Des résultats nouveaux et intéressants, que les experts jugent "prometteurs", mais à considérer encore avec prudence, d'après un expert interrogé par nos confrères de La Recherche.

Reconstituer un squelette avec son ADN

Comment reconstituer l'apparence d'un individu dont nous n'avons retrouvé qu'un os, trois dents et une mâchoire inférieure ? C'est en effet tout ce qu'il nous reste des Hommes de Denisova, lointains cousins vivant il y a 100.000 ans, en même temps que les Néanderthaliens et nos ancêtres Homo. Il en fallait plus pour arrêter les chercheurs de l'Université de Jérusalem, qui se sont tournés vers l'ADN retrouvé sur les restes. Et plus particulièrement, les méthylations de l'ADN, c'est-à-dire les modifications activant ou "éteignant" les gènes. L'idée est qu'en comparant cette signalisation apposée sur l'ADN de Denisova à celle retrouvée chez les Néanderthaliens et à la nôtre, il sera possible d'identifier quelles méthylations correspondent à quelles caractéristiques physiques.

Portrait d'une jeune femme de Denisova d'après un profil squelettique reconstitué à partir de l'analyse de l'ADN.

Visage allongé, crâne et bassin larges

Testée sur le chimpanzé et Néanderthal, dont les caractéristiques sont connues, cette méthode a permis de prédire avec succès 85% des divergences de traits entre les deux espèces. Les chercheurs ont ainsi pu reconstituer l'ensemble du squelette des Dénisoviens, en identifiant 56 caractéristiques anatomiques par lesquelles ils différaient de l'Homme ou du Néandertal moderne, dont 34 dans le crâne. Les résultats suggèrent par exemple que les Dénisoviens partageaient probablement des traits de Néandertal, tels qu'un visage allongé et un large bassin, mais avec un crâne probablement plus large.

Des conclusions "un peu prématurées"

Portrait d'une jeune femme de Denisova d'après un profil squelettique reconstitué à partir de l'analyse de l'ADN.

"C'est une méthodologie qui sur le principe peut fonctionner", explique à La Recherche Ludovic Orlando, chercheur au Laboratoire Anthropologie Moléculaire et Imagerie de synthèse (CNRS), à Toulouse. Pour lui, il s'agit d'un "premier pas" certes "prometteur", mais dont les conclusions sont "un peu prématurées". Par exemple, "rien ne dit que l'absence de certains gènes n'est pas compensée par une surexpression d'autres gènes et amènent donc d'autres caractéristiques".

Source : Sciences et Avenir du 19/09/2019

mardi 3 septembre 2019

Éthiopie : découverte du plus vieux crâne d'australopithèque jamais mis au jour

Ce fossile extraordinaire offre un instantané de l'aube de l'évolution humaine. "C'est le crâne que nous attendions", s'est réjouie une paléoanthropologue de l'Université du Missouri.

Officiellement nommé MRD-VP-1/1, ce nouveau crâne appartient à un ancien ancêtre humain appelé Australopithecus anamensis.


Une découverte fortuite dans un enclos éthiopien a permis de mettre à jour un fossile unique en son genre : le crâne quasi-complet d'un ancêtre de l'Homme décédé il y a 3,8 millions d'années.

Le nouveau spécimen - décrit cette semaine dans la revue Nature - est le plus vieux crâne d'australopithèque jamais découvert, un groupe pivot d'anciens ancêtres humains ayant vécu il y a entre 1,5 et 4 millions d'années. C'est aussi le tout premier crâne d'Australopithecus anamensis, l'un des premiers membres de ce genre, jamais découvert.

« Cela nous emmène 3,8 millions d'années en arrière et nous donne un aperçu de ce à quoi nos ancêtres ressemblaient à cette époque », explique l'auteur principal de l'étude, Yohannes Haile-Selassie, paléoanthropologue au Museum d'Histoire naturelle de Cleveland. « C'est vraiment un moment exaltant.

Le paléoartiste John Gurche a reconstitué le visage de A. ananmensis, à partir des scans du crâne mis au jour

La découverte pourrait combler plusieurs lacunes importantes dans l’étude de l’évolution humaine. Les fossiles d'hominidés, ou ancêtres humains, de cette période sont extrêmement rares et il s'agit le plus souvent de simples fragments d'os. Mais contre toute attente, le nouveau crâne est presque intact, ce qui devrait nous en apprendre beaucoup sur la vie et l’évolution de nos plus vieux ancêtres.

« C'est le crâne que nous attendions », déclare Carol Ward, une paléoanthropologue de l'Université du Missouri qui n'a pas pris part à l'étude. « Les crânes d'Hominidés sont des trésors exceptionnellement rares, et en trouver un aussi ancien et aussi complet est presque sans précédent. »

« SES MAINS TREMBLAIENT »

Les racines enchevêtrées de l'arbre généalogique de l'Homme remontent au continent africain, il y a plus de 4 millions d'années, dans une ménagerie d'anciens primates tels que Ardipithecus et Sahelanthropus. Il a fallu jusqu'à trois millions d'années pour que notre genre Homo arrive, une saga évolutive dans laquelle des ancêtres comme l'Australopithecus afarensis ont joué un rôle de premier plan.

Surtout connu par le biais des fossiles appartenant à celle que les scientifiques ont appelée « Lucy », cet ancêtre de l'Homme avait un cerveau plus gros que les primates l'ayant précédé, était capable de marcher sur deux pieds et possédait une forte mâchoire qui lui permettait de manger une grande variété d'aliments. Cette flexibilité lui aurait été utile : à l'apogée de A. afarensis il y a 3,5 millions d'années, des changements climatiques naturels rendaient l'Afrique de l'Est plus fraîche et plus sèche, réduisant ainsi les forêts dans lesquelles nos ancêtres évoluaient. Au fil du temps, l'évolution a amené A. afarensis et ses descendants à tirer parti d'environnements plus ouverts et variés.

Mais A. afarensis n'était pas la première créature à posséder ces caractéristiques. En 1995, des scientifiques ont décrit A. anamensis, un australopithèque encore plus ancien et l’ancêtre probable de A. afarensis. L'espèce a séduit les scientifiques, car elle partageait les caractéristiques principales avec Lucy et d'australopithèques ultérieurs. Mais A. anamensis est resté un profond mystère. Les seuls vestiges connus qui lui sont rattachés sont des fragments de dents et de mâchoire. « Malgré les nombreux crânes d'A. Afarensis, nous n'avions pas d'idée précise de ce à quoi ressemblaient les tout premiers membres du genre », explique Zeray Alemseged, paléoanthropologue de l'Université de Chicago, qui n'a pas pris part à la présente étude.

Le mystère s'est un peu éclairci le 10 février 2016, grâce à la découverte fortuite faite par Ali Bereino, un éleveur.

À l'époque, une expédition co-dirigée par Haile-Selassie conduisait des fouilles à Woranso-Mille, un terrain situé dans la région d'Afar en Éthiopie, à moins de cinq kilomètres de Miro Dora, où Bereino vivait et travaillait. Selon Haile-Selassie, Bereino avait essayé pendant des années de se faire embaucher dans l'équipe d'Haile-Selassie. Il a même prétendu que des fossiles avaient émergé d'un rocher érodé ; mais quand Hailé-Sélassié lui rendait visite il n'en voyait aucun.

Ce jour-là, Bereino était en train de creuser pour ajouter un enclos temporaire pour ses chèvres lorsqu'il a remarqué un os exposé à la surface du grès. Bereino a contacté un représentant du gouvernement local, qui a convenu que cela pourrait être quelque chose d'intéressant pour Haile-Selassie.

Celui-ci était sceptique, et a simplement répliqué que Bereino devait marquer l'endroit où il avait trouvé le fossile et le lui apporter dans son camp. Quand Bereino et le fonctionnaire sont arrivés, Haile-Selassie a vite compris l'ampleur de la découverte. Bereino venait de mettre au jour un maxillaire supérieur appartenant à un ancien hominidé.

Haile-Selassie a immédiatement arrêté ce qu'il était en train de faire et a parcouru les quatre kilomètres qui le séparait de l'enclos de Bereino. À quelques pas de l'endroit où Bereino avait trouvé le maxillaire, Haile-Selassie a rapidement découvert la majeure partie du crâne restant. « Je ne l'ai même pas ramassé et j'ai commencé à sauter partout », explique Haile-Selassie. « Le [fonctionnaire] m'a regardé et a dit à ses amis : « Que se passe-t-il avec le docteur ? Est-ce qu'il est devenu fou ? »

Quand Haile-Selassie s'est aperçu que le maxillaire et le crâne s'emboîtaient l'un dans l'autre, il est revenu au camp avec les fossiles, les maintenant dans un foulard qu'il avait emprunté. « Je ne l'ai jamais vu aussi heureux de ma vie », se souvient la coauteure de l'étude, Stephanie Melillo, paléontologue à l'Institut Max Planck, spécialiste de l'anthropologie évolutive et membre de l'expédition. « Les mots ne sortaient même plus de sa bouche ; ses mains tremblaient. »

UN REPÈRE FAIT DE CENDRES

Le lendemain, Haile-Selassie, Melillo et leur équipe se sont rendus à Miro Dora. Déterminés à tamiser le moindre fragment d'os, ils se sont déployé sur une zone de cinq mètres de côté. Pour être minutieux, ils ne s'en sont pas moins salis. La zone était parsemée d'années de bouse de chèvres de plusieurs centimètres d'épaisseur. Mais braver la puanteur en valait la peine. Au cours des jours qui ont suivi, les chercheurs ont découvert une plus grande partie du crâne, notamment une pommette, sous la pile d'excréments.

De retour au laboratoire, l'équipe de Haile-Selassie a découvert que les maxillaires et les dents du crâne ressemblaient de près à ceux d'A. Anamensis. Mais associer le crâne à un de nos ancêtres, ce n'était résoudre qu'une partie du mystère. Quand et où A. anamensis avait-il vécu ?

Pour le savoir, une équipe de géologues dirigée par Beverly Saylor a examiné en détails le terrain Woranso-Mille. Ils étaient plus particulièrement à la recherche de tufs, des couches de sédiments créées par d'anciennes chutes de cendres volcaniques. Certains minéraux du tuf contiennent des traces de potassium 40 radioactif. En comptant les éléments en désintégration, l'équipe de Saylor a pu déterminer quand les cristaux - et le tuf dans son ensemble - avaient été créés. Donc, pour dater le crâne, l'équipe devait trouver deux tufs qui prenaient en sandwich les sédiments du fossile.

Dans une deuxième étude publiée dans Nature, l'équipe de Saylor indique qu'un tuf s'était formé au-dessus du crâne s'est formé il y a entre 3,76 et 3,77 millions d'années et un second sous le crâne il y a un peu plus de 3,8 millions d'années. En outre, des chercheurs ont reconstitué l'environnement d'inhumation du crâne : ils ont découvert que le crâne était enterré dans un delta d'une rivière au bord d'un lac, entouré d'arbustes et de parcelles d'arbres. « C'était probablement le long de la rivière ou le long des rives de ce lac. Il est mort là-bas, puis il a été transporté et enterré dans le delta », explique Saylor, stratigraphe à la Case Western Reserve University.

LES NOMBREUX MODES D'ÉVOLUTION

À bien des égards, le crâne correspond bien aux attentes des chercheurs. Comme celui d’autres australopithèques, le visage de A. anamensis était long et incliné, contrairement aux visages plats de l’Homme moderne. Les dimensions de ses dents et de ses mâchoires font également sens : les australopithèques ultérieurs avaient des visages larges pour accueillir les os et les muscles nécessaires à des régimes alimentaires plus difficiles. Bien que A. anamensis ait été doté d'un visage plus robuste que les primates précédents, il n’était pas aussi grand que celui de ses cousins ​​ultérieurs.

Mais si Haile-Selassie et Melillo ont raison, le crâne pourrait soulever d'autres questions sur l'évolution d'A. Afarensis.

Une caractéristique clef des crânes d'hominidés est la manière dont le crâne se rétrécit derrière les orbites. Les hominidés plus anciens et plus primitifs ont tendance à présenter un crâne plus étroit. Or le nouveau crâne de A. anamensis se rétrécit considérablement derrière les orbites. Cette caractéristique pourrait clarifier l'identité du « frontal de Belohdeli », un fragment de crâne d'australopithèque datant de 3,9 millions d'années découvert en 1981.

Lorsque le frontal de Belohdeli a été découvert, certains chercheurs ont pensé qu'il appartenait à A. afarensis, mais ils ne pouvaient en être sûrs. La situation s'est compliquée quand A. anamensis a été découvert. Les chercheurs n'ont pas pu confirmer si l'os appartenait à A. anamensis, car personne n'avait documenté de frontaux nets de cette espèce.

« Ce fossile a traîné dans des limbes taxonomiques pendant des décennies », explique Melillo.

Maintenant qu'ils ont le nouveau crâne pour référence, Melillo et Haile-Selassie indiquent que le frontal de Belohdeli n'appartenait pas A. anamensis mais plutôt à A. afarensis.

Parce que le frontal de Belohdeli est plus ancien que le nouveau crâne, la découverte suggère que A. anamensis et A. afarensis se sont chevauchées dans le temps, il y a 3,8 à 3,9 millions d'années. C'est un bouleversement évolutif : les scientifiques présupposaient jusqu'alors que les générations successives d'A. Anamensis avaient évolué en A. afarensis, un processus linéaire qui aurait permis d'éviter tout chevauchement. Les chercheurs affirment qu’il y a déjà 3,9 millions d’années, un groupe de A. anamensis s’est séparé du reste de l'espèce et a évolué pour devenir A. afarensis.

Pour les scientifiques, la confirmation de ce scénario évolutif nécessitera la mise au jour de davantage de fossiles. « Il faut de très bons échantillons », déclare William Kimbel, paléoanthropologue à l'Institute of Human Origins de l'Arizona State University, qui n'a pas pris part à l'étude. « Vous ne pouvez pas affirmer avec force un mode d'évolution basé sur seulement deux spécimens. »

L’équipe de recherche déclare avoir davantage d’études à l’esprit, notamment un examen plus détaillé des différences entre A. anamensis et A. afarensis dans leur régime alimentaire et leur mode de vie. Mais même maintenant, les scientifiques qui étudient le fossile doivent faire face à un nouveau plaisir : un fossile qui peut regarder en arrière.

« C'est vraiment merveilleux », dit Melillo. « Pouvoir voir le visage de cette entité avec laquelle j'étais déjà si familier et avoir tant d'idées était vraiment cool. »

Source : National Geographic du 02/09/2019

samedi 31 août 2019

Face à Australopithecus anamensis !

C’est la première découverte d’un crâne presque complet d’un représentant de l’espèce Australopithecus anamensis

Jusqu’à cette récente découverte, Australopithecus anamensis était identifié par une vingtaine de fossiles qui avaient délivré des mandibules, des dents, des fragments de crâne ainsi que des morceaux de tibia et d’humérus.
C’est le professeur Yohannes Haile-Selassie qui a découvert (en février 2016) le crâne, à Miro Dola (site Woranso-Mille), en Ethiopie, dans la région de l’Afar. Ce crâne fossilisé, découvert en deux principaux morceaux, a fait l’objet d’une étude approfondie dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature, en août 2019.
Ce crâne, presque complet, permet enfin de connaître la forme de la tête de cet australopithèque et de le comparer avec d’autres hominidés.

Le crâne MRD
Le crâne, identifié par les initiales MRD-Vp-1/ 1, présente des caractéristiques très particulières. Sur le sommet de la boîte crânienne se dresse une crête sagittale très marquée. La face est de forme allongée et prognathe (la mâchoire est projetée en avant), les canines larges mais le nez est, lui, pratiquement enfoncé dans le visage. Cet ensemble donne à cet individu un aspect très simiesque. Cela est renforcé par des os épais qui indiquent une constitution et un crâne robustes.
L’endocrâne permet d’estimer la taille du cerveau de cet hominidé qui, avec ses 370 cm3, se rapproche plus de Sahelanthropus tchadensis (360 cm3) que d’Australopithecus afarensis (400 cm3). L’ensemble de ces caractéristiques le rapproche physiquement des grands singes comme le gorille ou le chimpanzé.

A. anamensis contemporain d'A. afarensis ?

Daté de 3,8 millions d’années, ce spécimen donne un premier aperçu de la morphologie crânio-faciale complète de l’un des plus anciens membres du genre Australopithecus. Plus étonnant, le plus ancien des A. afarensis est, lui, daté de 3,9 millions d’années.
Jusqu’à présent, on pensait que A. anamensis était un ancêtre direct d’A. afarensis (comme Lucy). La datation et la morphologie de ce crâne permettent de penser maintenant que A. anamensis n’a pas disparu avec l’arrivée d’ A. afarensis. Les deux espèces se sont côtoyées pendant presque 100 000 ans. La filiation directe entre les deux espèces n’est plus assurée. L’une des auteurs de l’étude, Stephanie Melillo (Max Planck Institute, liebzig, Allemagne) indique : "Nous pensions que Australopithecus anamensis se transformait progressivement en Australopithecus afarensis avec le temps". Mais la contemporanéité des espèces lui fait rajouter : "Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ?".

Le crâne fossile d'un Australopithecus anamensis, vieux de 3,8 millions d'années, et la reconstruction faciale qui l'accompagne

Une évolution buissonante confirmée
De manière plus globale, le fait que plusieurs hominidés soient présents au même moment dans une région va dans le sens d’une évolution dite buissonnante de l’humanité. Yves Coppens indique « L'évolution n'est pas linéaire, elle prend plutôt la forme d'une inflorescence. A. afarensis a très bien pu se développer localement à partir d'un groupe d'A. anamensis, tandis que le reste de la population poursuivait son existence sans évoluer ».
C’est ce qu’indique également la paléoanthropologue Sandrine Prat (MNHN) qui fait remarquer qu’il n’y a pas d’évolution graduelle et temporelle entre les deux espèces (processus d’anagenèse).

L’évolution des hominidés se complique un peu plus à chaque nouvelle découverte d’importance. Le crâne du fossile MRD fait partie de ces événements marquants dans la vie d’un chercheur.
Pour l’auteur principal de l’étude, le paléoanthropologue Yohannes Haile-Selassie (Museum of Natural History de Cleveland) "ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années".
Enfin, Jean-Jacques Hublin ((Max Planck Institute, liebzig, Allemagne) précise : "Entre 6 et 3 millions d'années, il y a un trou dans la connaissance, lié à la rareté des ossements. MRD permet de le combler en partie".

Source : Hominidés du 29/08/2019

vendredi 30 août 2019

On sait à quoi ressemblait notre ancêtre de 3,8 millions d'années

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique? Un crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années a été mis au jour en Ethiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l'évolution.

«Ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années», explique Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (Etats-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi dans la revue Nature.

Un atout qui pourrait lui valoir de «devenir une nouvelle icône de l'évolution humaine». A l'instar de «Toumaï», vieux d'environ 7 millions d'années et considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, «Ardi», une autre espèce d'hominidé datant de 4,5 millions d'années, ou encore «Lucy», la très célèbre Australopithèque âgée de 3,2 millions d'années, découverte en Ethiopie en 1974. D'autres fossiles d'Australopithèque, moins connus, datent d'au moins 3,9 millions d'années, mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées.

Pommettes saillantes et mâchoire proéminente

Découvert en février 2016 dans la région Afar en Ethiopie (à 55 km de là où se trouvait Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis. «Nous pensions que Australopithecus anamensis (MRD) se transformait progressivement en Australopithecus afarensis (Lucy) avec le temps», détaille l'étude. Mais la découverte relance les dés : les deux espèces se seraient croisées dans les savanes pendant environ 100.000 ans. «Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ?»

«C'est bon de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom.» Même s'il est tout petit, le crâne devait être celui d'un adulte, à priori masculin. Des reconstitutions faciales réalisées à partir des caractéristiques du fossile présentent un hominidé aux pommettes projetées vers l'avant, à la mâchoire proéminente, au nez épaté et au front étroit.

Soit, à la surprise des chercheurs, un mélange de caractéristiques propres aux Sahelanthropus comme «Toumaï» et aux Ardipithecus comme «Ardi» mais aussi à d'autres d'espèces plus «récentes». Ce qui permet aux chercheurs d'affirmer que cette découverte «relie l'espace morphologique» entre les ancêtres humains les plus anciens (6 millions d'années) et les espèces plus récentes comme Lucy (2-3 millions d'années). Deux groupes que l'on pensait jusqu'ici séparés par un fossé bien plus immense.

Source : CNews du 29/08/2019

mercredi 11 juin 2014

La préhistoire à visages découverts

Élisabeth Daynès, « paléo-artiste », est spécialiste des reconstitutions de nos ancêtres pour les musées. À partir du 13 juin,elle expose ses « œuvres » aux Eyzies-de-Tayac, en Dordogne.

Dans l'atelier d'Élisabeth Daynès, à Paris, un Homo sapiens assis accueille celui qui entre. Une lance à la main, nanti d'un petit paletot de fourrure, il semble accort et pensif. Au-dessus de lui, des dizaines de moulages de crânes attendent leur heure: un jour, grâce à cette «paléo-artiste », ils accéderont à nouveau à une forme d'humanité.

Voilà près de vingt-sept ans qu'Élisabeth Daynès, au départ spécialiste des effets spéciaux pour le cinéma, travaille pour les grands musées du monde, en reconstituant des hommes et des femmes du passé. On lui doit Lucy, le primate Toumaï, l'homme de Byrsa, des flopées d'Homo erectus, mais aussi une reconstitution spectaculaire du pharaon Toutankhamon. À partir du 13 juin, huit de ses visages d'hommes préhistoriques seront exposés au Pôle international de la préhistoire, aux Eyzies-de-Tayac, en Dordogne. Créés sous l'œil du paléontologue Yves Coppens, ils auront nécessité plusieurs mois de recherches. Le travail de Daynès ne badine pas avec la rigueur scientifique - c'est d'ailleurs là sa marque de fabrique.

Donner des expressions


Daynès, qui œuvre sur commande, part toujours d'un vrai squelette. Elle est en lien avec plusieurs grands paléontologues, dont Yoel Rak, spécialiste mondial de l'australopithèque, et professeur à l'université de Tel-Aviv, qui lui permettent de réaliser des empreintes de fossiles. «À partir des indices qu'elles livrent, on dresse une carte d'identité du sujet, son appartenance à un groupe donné, la datation, l'estimation de son âge, ses conditions de vie, son environnement», explique-t-elle.

Pour les muscles, Élisabeth Daynès s'appuie sur Jean-Noël Vignal, un anthropologue médico-légal de l'Institut de recherches criminelles. Grâce à des calculs savants de masse, ils sont patiemment reconstitués. D'un crâne, par exemple, découlent beaucoup de faits imparables, dont la longueur du nez ou la taille des joues. En 2010, à la fin de la reconstitution du jeune homme de Byrsa, trouvé sur le site de Carthage et datant de VIe siècle, le Musée national de Carthage avait un peu tiqué: le jeune homme en silicone avait un appendice nasal démesuré et pour tout dire, peu seyant.

«Compte tenu de la fosse nasale et de la longueur de l'arrête, il est certain qu'il avait ce long nez à l'origine», assure Élisabeth Daynès. Sur tous les mannequins, les cheveux sont des vrais, dénichés chez des perruquiers. Mais l'ADN n'étant en général pas présent ni même exploitable sur les fossiles, il est impossible de connaître avec certitude la couleur des yeux ou le type de cheveux d'un individu datant de plusieurs dizaines de milliers d'années. C'est là, avec les expressions données au visage, que réside la part créative de Daynès.

Plusieurs reconstitutions de Lucy ont ainsi été faites : certaines aboutissent à une petite femme poilue, d'autres à une petite femme glabre. «Nous sommes très peu dans le monde sur ce secteur, et nous sommes capables de reconnaître au premier coup d'œil le travail des uns et des autres», dit-elle.

En Hollande, les frères Kennis, à qui l'on doit, entre autres, l'homme de glace Otzi, retrouvé en Italie 5 300 ans après sa mort, créent des visages plus grimaçants, plus foncés. Et mettent leurs hommes préhistoriques dans des positions mouvementées. «Je préfère les postures et les visages plus doux, remarque Élisabeth Daynès. Contrairement à une idée répandue, les hommes de Néandertal n'étaient ni des bêtes sauvages, ni des brutes épaisses.» De la reconstitution comme réhabilitation.

Source : Le Figaro du 11/06/2014

samedi 1 février 2014

Le portrait d'un chasseur-cueilleur européen brun aux yeux bleus révélé grâce à son ADN

Une nouvelle analyse menée sur le génome d’un chasseur-cueilleur européen vieux de 7000 ans, suggère que l’homme avait des yeux bleus tout en étant brun avec une peau foncée.


Source : MaxiSciences du 28/01/2014

vendredi 31 janvier 2014

Yeux bleus et peau foncée pour un homme préhistorique

L’analyse du génome d’un chasseur-cueilleur qui a vécu en Espagne il y a 7000 ans révèle son apparence.


MÉSOLITHIQUE. L’analyse du premier génome complet d’un individu ayant vécu dans l’Europe mésolithique, il y a environ 7000 ans, est publiée cette semaine dans la revue Nature. Elle révèle que ce chasseur-cueilleur avait la peau foncée et les yeux bleus.

Avant la transition agricole

Surnommé La Brana-1, l’homme dont l’ADN a été extrait à partir d’une dent, vivait au Nord-Ouest de l’Espagne. Son squelette a été retrouvé en 2006 dans un réseau de grottes de la Cordillère Cantabrique, en compagnie d’un deuxième : tous deux étaient exceptionnellement bien conservés. L’analyse effectuée par une équipe de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone livre de nombreuses informations sur l’équipement génétique des humains d’avant la transition agricole.

DIGESTION. L’étude révèle ainsi L'homme était probablement intolérant au lactose et digérait mal les féculents (dont l’amidon des céréales), soutenant ainsi l’hypothèse que ces adaptations ont été engendrées par l’adoption de l’agriculture quelques siècles plus tard.

C’est en effet au Néolithique (il y a 5000 ans) que le régime alimentaire des européen a radicalement changé avec l’introduction d’une plus grande quantité de glucides (céréales) dans le menu quotidien. L’agriculture, avec la proximité des animaux, a également favorisé la transmission de nouveaux pathogènes. Curieusement, les variants génétiques associés à la résistance à ces pathogènes sont déjà présent chez l'homme de La Brana, ce qui suggère qu’ils ne représentent pas une adaptation évolutive.

Peau sombre, yeux bleus

"Toutefois, la plus grande surprise a été de découvrir que cet individu possédait des versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation, ce qui indique qu'il avait la peau sombre, même si nous ne pouvons pas connaître la nuance exacte" signale Carles Lalueza-Fox, un des auteurs de l’étude. "Et encore plus surprenant nous avons constaté qu'il possédait les variations génétiques qui produisent les yeux bleus chez les européens actuels, entraînant un phénotype unique qui n’existe pas dans les populations européennes contemporaines" rajoute-t-il.

BAIKAL. Certains variants indiquent néanmoins une proximité génétique entre l’homme de La Brana et les populations d’Europe du Nord, comme la Suède et la Finlande.

D’autres montrent aussi qu’il partage un ancêtre commun avec des peuplades qui vivaient il y a plus de 10 000 ans près du lac Baïkal, en Sibérie, dont le génome a été extrait il y a quelques mois, signalent les auteurs. "Ces données indiquent qu’il y a une continuité génétique entre les populations d’Eurasie centrale et les populations occidentales" conclut Carles Lalueza-Fox.


Source : Sciences et Avenir du 28/01/2014