lundi 31 décembre 2018
jeudi 27 décembre 2018
lundi 24 décembre 2018
jeudi 13 décembre 2018
Le fléau de la peste présent en Europe encore plus tôt que prévu
La plus ancienne souche de peste retrouvée parmi des populations agricoles du Néolithique, il y a 4900 ans, dans le sud de la Suède.
La peste a une longue histoire… plus longue même qu’estimée ! Une souche auparavant inconnue de Yersinia pestis, la bactérie à l’origine de cette dramatique maladie, vient en effet d’être trouvée dans le matériel génétique d’une jeune femme de 20 ans (Gökhem2) décédée en Suède, au Néolithique, il y a 4900 ans. Ainsi que dans celui d’un agriculteur (Gökhem4) provenant de la même fosse funéraire de Frälsegården, à Falbygden, dans le sud du pays. La découverte a eu lieu alors que des chercheurs analysaient les bases de données d'ADN ancien de 1058 génomes humains pour mieux comprendre l’histoire évolutive de ce fléau, rapporte un article publié le 6 décembre 2018 dans la revue Cell. L’équipe internationale dirigée par Simon Rasmussen (Université de Copenhague, Danemark) a ainsi repéré cette souche - dite de Gökhem – qui porte les marques génétiques de la peste pneumonique. Ce qui expliquerait pourquoi, comme l’avaient montré de précédents travaux effectués sur ce même site de Frälsegården, 78 personnes auraient été inhumées dans un laps de temps très court, il y a 4900 ans. Toutes ayant pu périr lors d’une épidémie.
La comparaison de cette souche de Yersinia Pestis avec celles déjà connues indique qu’elle aurait divergé vers 5783 ans. Elle serait donc, si l’on en croit les conclusions de l’étude, la plus ancienne souche de peste identifiée à ce jour. Jusqu’à cette trouvaille, les chercheurs pensaient en effet que ceux qui avaient introduit la peste parmi les populations agricoles d’Europe étaient des pasteurs nomades venus des steppes eurasiennes, comme le laissait entendre un article publié en 2017 dans la revue Current Biology . Or ces résultats révèlent que la peste était déjà présente sur le continent européen avant leur arrivée. En réalité, quand les éleveurs Yamna (ou Yamnaya) ont atteint l’Europe depuis les steppes d’Asie centrale il y a 4700 ans environ, ils auraient rencontré des populations déjà décimées par ce mal, explique Simon Rasmussen. « Au moment où nous voyons la peste se propager, de grandes innovations technologiques, telles que le transport par chariots et la traction animale, voyaient le jour. Un moyen idéal pour propager un agent pathogène sur de longues distances », a déclaré le généticien. Pour les signataires de l’article, la peste se serait donc répandue via ces premiers réseaux d’échanges commerciaux, plutôt que par des vagues de migrations massives, comme cela a souvent été suggéré. Ces auteurs estiment surtout que l’on pourrait être, en Suède, face aux vestiges de la première grande pandémie de l’humanité.
Toutefois, rappellent ces spécialistes, les pestes du néolithique et de l’âge du bronze étaient probablement moins virulentes que les effroyables pandémies qui suivirent, à l’instar de l’épisode du règne de Justinien au VIe siècle qui fit quelque 40 millions de morts ; de la terrifiante « peste noire » du XIVe siècle, au Moyen Age, qui anéantit la moitié des habitants de l’Europe; ou encore de l’épidémie qui décima en Inde et en Chine près de 12 millions de personnes en 1855. "Nous pensons souvent que ces super-pathogènes ont toujours existé, mais ce n'est pas le cas », rappelle Simon Rasmussen. La peste aurait en fait évolué à partir d'un organisme moins virulent : à l’âge du Bronze, la bactérie se serait propagée d’humain à humain, par la toux, en affectant principalement le système respiratoire. Ce n’est qu’après avoir subi plusieurs mutations génétiques que ce bacille, alors transmis par les puces et les rats, aurait évolué vers sa terrible forme bubonique, aux alentours de 1000 avant notre ère. Toujours selon ces auteurs, cette pandémie préhistorique pourrait expliquer le déclin qu’ont connu certaines colonies de peuplement en Europe, à l’aube de l’âge du bronze. Un thème qui fait l’objet de grandes discussions.
Source : Science et Avenir du 11/12/2018
jeudi 6 décembre 2018
mercredi 21 novembre 2018
mercredi 7 novembre 2018
Un genre, plusieurs espèces mais une seule origine : la famille humaine en Afrique avant 2 millions d'années
Colloque international : "Être humain ? Archéologie des origines" par José Braga, université de Toulouse (Paul Sabatier) et université du Witwatersrand, Afrique du Sud
Depuis 2014, les découvertes de nombreux vestiges inédits d’homininés à Kromdraai (Afrique du Sud) nous permettent de mieux comprendre le scénario de notre évolution au sud de l’Afrique entre 3 et 2 millions d'années, lors du remplacement du genre Australopithecus par ses deux successeurs, probablement cousins ; Homo et Paranthropus. Accompagnés de milliers d’ossements d’animaux, les vestiges d’homininés récemment découverts à Kromdraai sont en cours d’analyse. Ils documentent deux périodes jusqu’ici inconnues sur ce site mais aussi, vraisemblablement, ailleurs en Afrique du Sud. Ils permettent une nouvelle ébauche de notre évolution biologique, au plus près de la transition vers les premiers humains.
jeudi 25 octobre 2018
La chapelle sixtine de l'Amazonie
Au cœur de la forêt colombienne, des dessins vieux de plus de 15 000 ans stupéfient les archéologues
Le San José del Guaviare, bourgade en pleine expansion, autrefois lieu d’échange des otages ou de ravitaillement des Farc, il faut plusieurs heures de piste pour arriver chez don José. Sa ferme est bâtie au pied d’un « tepuy », « montagne » en amérindien. Ces formations géologiques tabulaires aux parois abruptes, typiques du bassin amazonien, datent de 1 500 millions d’années. Certaines sont trois fois plus élevées que la tour Eiffel. Depuis ce point de départ, nous empruntons un minuscule sentier que don José ouvre à la machette. « La venue récente de chercheurs et de quelques touristes nous a alertés sur la valeur de ces peintures. Avant, on n’y prêtait pas attention. C’est parce que je chasse le singe les nuits sans lune que je sais où elles se trouvent », m’explique don José.
Mieux vaut rester vigilants dans cette végétation épaisse, haute d’une vingtaine de mètres, avec ses palmiers, ses « arbres-vaches » qui sécrètent le « lait » de caoutchouc. On lève la tête et on découvre un boa, des singes s’agitent, un couple de faucons nous surveille tandis que, dans la chaleur moite, des papillons d’un bleu presque fluorescent nous accompagnent. Une griffe, sur un tronc d’arbre, nous rappelle aussi que les lieux appartiennent aux jaguars. Et puis, en pleine ascension, alors que rien ne le laisse présager, un mural nous surprend par son immensité. Sur une paroi de grès d’une blancheur immaculée, des centaines de peintures de couleur ocre, aux contours précis, se déploient : un cacique au milieu d’hommes qui lui rendent hommage en levant les bras, des femmes enceintes, un couple d’amoureux, des caïmans, des sangliers, un serpent géant doté de mains et de pieds, des cerfs, des lézards, des tortues, des chauves-souris, des figures géométriques mystérieuses… Et ces mains d’enfants, d’adultes, comme autant de signatures d’artistes.
Quelle est la signification de ces scènes ? Une cosmogonie se devine, les interprétations foisonnent : « L’imagination des chercheurs se lâche là où les données scientifiques manquent », observe Stéphen Rostain, directeur de recherche au CNRS. Lui est certain que « les Amérindiens, en dessinant un animal, représentent l’esprit de cet animal ». Le caractère sacré de la zone pour les communautés indiennes, du Pérou jusqu’au Brésil, ne fait pas de doute. « Seuls les anciens, c’est-à-dire les chefs, et les meilleurs guerriers peuvent y venir en pèlerinage pour rendre hommage aux dieux. Les autres n’y vont même pas en pensée. Cela serait un sacrilège », explique Andrés Lopez, de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire (Icanh).
Andrés Lopez, conseiller du directeur de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire (Icanh), au pied d’une fresque de 30 mètres de hauteur dans la Lindosa
Pablo Escobar y avait installé son domaine, Tranquilandia, la terre de la tranquillité. Cette région reculée et inhospitalière était idéale pour accueillir son complexe de fabrication de cocaïne : 19 laboratoires, 8 pistes d’aviation planquées dans la jungle… Il ne s’est guère soucié des peintures rupestres millénaires qui se cachent aux alentours. Les Forces armées révolutionnaires de Colombie ne s’y sont pas intéressées davantage. En cinquante ans, la guérilla a pourtant fait 6,9 millions de déplacés, 260 000 morts et 45 000 disparus. Mais elle a épargné la chapelle Sixtine précolombienne.
Le site archéologique de la Lindosa (la Jolie) a été découvert en 1949 par un explorateur français, Alain Gheerbrant. A son retour d’expédition, il raconta : « Je vis à la limite de la civilisation, à l’orée de la grande forêt, une falaise d’un blanc miroitant, haute de 40 mètres, longue de plus de 100 mètres et couverte de centaines de peintures rouges et ocre représentant des animaux, des formes humaines, des motifs géométriques. Cette découverte doit faire l’objet d’une étude particulière. Disons seulement qu’il s’agit d’un site précolombien jusqu’alors inconnu et sans doute des plus riches qui soient en culture primitive de la plaine amazonique » (« L’expédition Orénoque-Amazone », 1952). Il fallait alors quatre mois par voie d’eau, depuis la capitale, pour y arriver. On avait toutes les raisons de préférer oublier cette merveille. Jusqu’à ce que, un jour de 1987, le directeur des parcs nationaux, Carlos Castaño Uribe, survole cette nature vierge. Alors que des vents violents déportent son hélicoptère, il aperçoit des parois peintes. Il organisera une douzaine de repérages par air avant de monter une expédition à une centaine de kilomètres du site de la Lindosa. Après de longues heures d’escalade et d’errements, il tombe sur deux grandes peintures de jaguar. Le soir même, au campement, il voit un jaguar s’approcher : ce manteau rocheux portera le nom de « Refuge du jaguar ».
Des trésors dont personne n'osait imaginer l'existence
Mais on y dénombre d’autres félins et des milliers d’espèces endémiques ou menacées, dont le puma, le tapir, la loutre géante, le hurleur roux ou le lagotriche… « Derrière chaque pierre on trouve une nouvelle espèce ou une nouvelle plante ! » s’exclame Ernesto Montenegro, directeur de l’Icanh, diplômé de l’université de la Sorbonne. Pour que les scientifiques s’y rendent sans risquer leur vie, il a fallu attendre la signature de l’accord de paix historique de 2016 avec les Farc. Alors seulement, ils ont pu mettre au jour des trésors pariétaux dont personne n’osait imaginer l’existence ; 75 000 peintures rupestres sur 50 muraux monumentaux inventoriés sur la Lindora et Chiribiquete ! Le 2 juillet dernier, l’Unesco a déclaré ce dernier patrimoine mondial de l’humanité pour sa valeur culturelle et naturelle. Une première pour l’Amazonie. Et un encouragement pour les biologistes et les archéologues qui mènent des prospections titanesques, compte tenu de l’étendue et des difficultés d’accès.
Détail d’un ensemble de la Lindosa. C’est dans des abris sous roche, au pied des parois, qu’on trouve les fresques préhistoriques
Le seul ensemble accessible à pied est celui de la Lindosa, composé de huit sites disséminés dans la jungle. Ces peintures seraient datées de 14 000 à 12 000 ans avant Jésus-Christ, tandis que celles de la région voisine du Chiribiquete remontraient à – 20 000 ans, c’est-à-dire à la fin du paléolithique. Lors de la dernière glaciation, à la fin du pléistocène (– 110 000 à – 10 000 ans), alors que l’Asie et l’Amérique sont reliées par la glace, des chasseurs-cueilleurs venus de Sibérie passent en Alaska. De là, ils vont coloniser tout un continent. « Ces datations constituent des hypothèses plausibles mais ne relèvent pas de données scientifiques », modère Stéphen Rostain. L’âge des peintures de la grotte de Lascaux est estimé à environ 18 000 ou 17 000 ans avant Jésus-Christ, cette datation ne fait pas non plus l’unanimité. Unique certitude : ce site sacré continue à vivre. Des fragments de roche sur le sol et des restes de feu récemment retrouvés l’attestent. « Des paysans qui avaient déserté les Farc et fuyaient dans la jungle ont aperçu des Indiens en train de peindre. Ils ont essayé de leur parler mais ils ne comprenaient pas leur langue », raconte Andrés Lopez, qui confirme que quatre communautés, non contactées ou en isolement volontaire, y effectuent des rituels. Un jour, des guérilleros ont croisé des Indiens en transhumance. Ils leur ont donné leurs tee-shirts… On les retrouvera morts. Tout contact avec la civilisation représente un risque mortel pour ces communautés. La loi interdit désormais de les approcher.
Les autochtones exfolient la roche pour repeindre dessus avec une terre chauffée, riche en oxyde de fer et en manganèse, qui adhère à la paroi à tel point que la pierre absorbe le pigment. La peinture est d’autant mieux préservée de l’érosion qu’elle est abritée par une végétation tropicale. Reste une énigme : comment ces chasseurs-cueilleurs peuvent-ils peindre à 7 mètres, voire à 30 mètres de hauteur, comme dans le Chiribiquete, alors qu’aucun échafaudage n’a été retrouvé ? L’Icanh, seul représentant de l’Etat sur place, souhaite établir un parc archéologique, un projet de développement socio-économique légal. Il faudra d’abord convaincre les dissidents de la guérilla, qui ont refusé de déposer les armes, de la nécessité de coopérer pour la sauvegarde et la préservation de ce patrimoine.
Une paroi peinte de la Lindosa. Cent kilomètres plus loin, dans le Chiribiquete, on retrouve le même genre de motifs
Pour descendre le Guaviare, affluent de l’Orénoque et principale voie de communication de la région, on emprunte une pirogue. C’est le seul moyen de rejoindre d’autres sites de la Lindosa. L’avocat don Nelson sert d’intermédiaire entre les dissidents des Farc et l’Icanh en charge des explorations scientifiques. C’est avec leur accord, et l’aide d’un ancien cultivateur de coca, don Barnas, que l’on peut s’engouffrer dans la jungle.
Vues aériennes du Chiribiquete avec ses tepuys, une zone effondrée surnommée « le stade » et une cascade dont les eaux rouges évoquent un chaudron diabolique
Du haut du tepuy, on découvre les ravages de la déforestation. Les paysans se sont approprié des terres abandonnées par les guérilleros pour y installer leurs troupeaux. Mais, en pratiquant le brûlis, ils déclenchent des feux. En février dernier, des archéologues n’ont pas réussi à contenir celui qui menaçait des muraux. In extremis, Bogota a envoyé ses Canadair. Cette fois, l’autorisation des rebelles n’a pas été nécessaire. Au sol, c’est plus délicat : « Un archéologue est venu travailler ici avec un détecteur de métal, nous raconte don Barnas. Mais un commandant des dissidents lui a réclamé sa machine pour chercher de l’or ! Il a menacé de le tuer pour qu’il la lui donne. L’archéologue lui a expliqué que c’était un instrument difficile à manier ; il a alors exigé que l’archéologue travaille pour lui… Heureusement, d’autres chercheurs ont trouvé un jeune pour faire marcher la machine. Il n’a pas découvert d’or et le commandant s’est lassé. » Découvrira-t-il un jour qu’il a, à sa portée, mieux que de l’or : des fresques millénaires ? Le patrimoine de l’humanité.
Source : Paris Match du 22/10/2018
vendredi 19 octobre 2018
mercredi 17 octobre 2018
dimanche 14 octobre 2018
vendredi 12 octobre 2018
jeudi 11 octobre 2018
Des traces de mystère d'anciens humains trouvés cachés dans nos génomes
Les humains préhistoriques étaient des aventuriers sexuels, s'accouplant avec des Néandertaliens et des Denisoviens, mais des études d'ADN révèlent des alliances avec des populations dont nous ignorions l'existence.
Nous en apprenons sur nos ancêtres de plusieurs manières. Les os nous disent à quoi ils ressemblaient. Les dents révèlent leur alimentation. Les outils, les pots, l'art et d'autres artefacts contiennent des histoires sur leur culture. Puis, il y a dix ans, le premier génome ancien a été séquencé, ouvrant une toute nouvelle fenêtre sur notre passé - une fenêtre qui promettait des informations plus intimes.
La percée a révélé que les Néandertaliens étaient très à l'aise avec les humains. Depuis lors, les généticiens sondent de plus en plus de fossiles à la recherche de preuves d'alliances inter-espèces passées. Les études n'ont pas déçu. Mais dans une tournure intrigante, ils ont commencé à déclencher quelque chose d'inattendu: cachés à l'intérieur des génomes se trouvent des signes d'ancêtres dont nous ignorions l'existence. Les généticiens les appellent des «fantômes».
Nous n'avons aucune trace physique de ces anciens hominins - pas d'os, pas d'outils, pas de vestiges archéologiques. Pourtant, le code génétique qu'ils ont laissé dans les fossiles d'autres hominidés, et chez les humains vivants aussi, offre des informations profondes et sans précédent sur la façon dont notre espèce est née et à quoi ressemblait le monde à l'époque.
L'idée que chacune de nos cellules pourrait contenir des fragments de code génétique d'espèces éteintes existe depuis plus d'une décennie. Puis, en 2008, Svante Pääbo et son équipe de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne, ont réussi le coup de maître consistant à taquiner l'ADN d'os de Néandertal millénaires en quantités suffisamment importantes pour être séquencées. Cela a fourni un moyen évident de savoir si Homo sapiens s'était reproduit avec des Néandertaliens ( Homo neanderthalensis ): vous pouvez simplement rechercher dans les génomes de personnes vivantes des séquences d'ADN avec des modèles de mutations distinctement néandertaliens. Ces études comparatives ont révélé que les premiers humains s'étaient en effet accouplés avec des Néandertaliens, et pas une seule fois. Selon les estimations actuelles, les génomes de tout le monde sauf les Africains sontentre 2 et 4 pour cent de Néandertal.
Des alliances inattendues
Il y avait ici deux espèces clairement distinctes, séparées par jusqu'à 700 000 ans d'évolution, mais les restes de leurs penchants sexuels sont capturés dans l'ADN de la majorité des personnes vivant aujourd'hui. De plus, il est vite apparu que nos ancêtres ne s'entendaient pas seulement avec les Néandertaliens.
Au moment où Pääbo terminait le séquençage du génome de Néandertal, une parcelle atterrit sur son bureau. Il contenait un minuscule fragment d'un os de doigt des montagnes de l'Altaï en Sibérie. La pièce avait entre 30 000 et 50 000 ans et on pensait qu'elle provenait d'un autre Néandertalien. Son équipe allait avoir une grosse surprise. L'analyse ADN a révélé un groupe entièrement nouveau d'humains archaïques, maintenant surnommé les Denisovans , qui s'est séparé d'un ancêtre commun avec les Néandertaliens il y a environ 500 000 ans.
Une fois de plus, des comparaisons avec les génomes humains modernes ont montré que les deux se croisaient. Des études génétiques révèlent que cela s'est produit en Eurasie. Ils montrent également que les Denisoviens vont de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est et qu'au moins un de leurs gènes aide les Tibétains modernes à vivre en haute altitude . L'idée que nos ancêtres s'hybridaient avec d'autres hominins a été rejetée une fois. Maintenant, il commençait à avoir l'air de s'accoupler avec quelque chose de vaguement humain.
Les Denisoviens sont presque des fantômes: nous avons cet os de doigt et quelques molaires comme témoignage physique de leur existence, mais pas plus. Puis en 2016, un véritable fantôme a émergé des génomes de 44 individus qui vivaient au Moyen-Orient il y a entre 14000 et 3400 ans. Leur ADN contenait des marqueurs génétiques indiquant un groupe distinct d'anciens H. sapiens basés dans la région il y a plus de 45 000 ans. Les membres de cette population sont maintenant connus sous le nom d'Eurasiens basaux, et ils présentent une énigme. Leur ADN, qui se trouve encore chez les Européens modernes, ne montre aucun des signes révélateurs d'un croisement avec des Néandertaliens. Cela a été une surprise car les humains ancestraux se sont accouplés avec les Néandertaliens très peu de temps après avoir quitté l'Afrique il y a 60000 ans dans le cadre de la migration qui devait donner naissance à toutes les personnes d'origine non africaine en vie aujourd'hui.
L'explication la plus probable est que peu de temps après cette migration, un groupe d'humains s'est isolé tandis que les autres se sont cognés et se sont accouplés avec des Néandertaliens. «Si vous voulez, c'est une troisième branche», déclare Chris Stringer du Natural History Museum de Londres - une branche qui est distincte des humains qui étaient restés en Afrique et de ceux qui se répandaient progressivement en Eurasie, en Australie et finalement en les Amériques. Puisqu'il n'y a pas de fossiles connus appartenant aux Eurasiens basaux, il est impossible - pour l'instant - de dire pourquoi ils ont été isolés. Peut-être était-ce simplement là où ils se sont installés, loin des autres groupes. Ou peut-être ont-ils développé des différences culturelles. Quoi qu'il en soit, ces fantômes ne se sont pas mélangés avec le reste de l'humanité pendant des millénaires - assez longtemps pour faire évoluer des marqueurs génétiques distincts.
La recherche basale eurasienne a montré que de riches aperçus de l'histoire humaine peuvent être glanés à partir de l'ADN seul. Mais, comme les études de Néandertal et de Denisovan, elle s'est appuyée sur l'obtention d'ADN à partir de fossiles, ce qui reste un énorme défi. L'ADN se dégrade avec le temps, il faut donc des fossiles spéciaux et des compétences spéciales pour l'extraire de très vieux os, en particulier ceux qui ont passé des milliers d'années enterrés dans des climats chauds. Cependant, au milieu des années 2000, les généticiens discutaient déjà d'une autre approche. Entre autres, Jeffrey Wall, maintenant à l'Université de Californie, Los Angeles, et Vincent Plagnol, maintenant à l'University College de Londres, ont suggéré qu'il pourrait être possible de repérer des signes de populations éteintes dans l'ADN des humains modernes, simplement en utilisant des statistiques intelligentes.
L'idée générale est que tout ADN est sujet à des mutations aléatoires qui s'accumulent au fil des millénaires et se transmettent de génération en génération. En examinant les modèles de mutation dans les populations modernes, il est possible de repérer des segments qui ne correspondent pas au modèle habituel de H. sapiens . Ceux-ci sont présumés provenir de populations qui ont évolué séparément de notre propre espèce pendant des milliers d'années avant de s'accoupler avec les humains. La modélisation statistique peut alors produire des estimations du moment où les deux groupes se sont accouplés et de la différence entre l'autre population et nos ancêtres.
Ces dernières années ont vu plusieurs tentatives de raffiner ces méthodes et de les appliquer à l'Afrique - le berceau de notre espèce et le cadre d'une tranche de notre histoire que nous connaissons très peu. Cette nouvelle recherche a révélé la présence d'au moins un ancien fantôme sur le continent.
Néandertaliens africains ?
Josh Akey de l'Université de Washington à Seattle, Sarah Tishkoff de l'Université de Pennsylvanie et d'autres ont passé des années à séquencer et analyser les génomes des Africains modernes qui appartiennent à des groupes aux racines ancestrales profondes, y compris les chasseurs-cueilleurs Baka du Cameroun, et le Hadza et Sandawe de Tanzanie. Au sein de ces génomes, ils ont trouvé des segments d' ADN qui semblent provenir d'une autre espèce d'hominidés . Parce que cet ADN ne se trouve que chez les descendants des peuples africains - et non chez les Eurasiens - l'espèce fantôme doit s'être croisée avec H. sapiens après la migration hors de l'Afrique il y a 60 000 ans. En fait, d'après les calculs de l'équipe, cela s'est probablement produit au cours des 30000 dernières années.. Si c'est vrai, c'est énorme. Cela signifie que jusqu'à très récemment, il y avait au moins une autre espèce d'hominidés vivant à nos côtés en Afrique. Selon Akey, des preuves bientôt publiées suggèrent qu'il pourrait y en avoir eu plus d'un.
Les fantômes africains apparaissent comme évolutifs distincts des humains modernes comme le sont les Néandertaliens et les Denisoviens. «Cela signifie qu'ils sont probablement issus de la même population africaine à laquelle les Néandertaliens font leur ascendance», explique Akey. «Donc, l'idée est qu'il y a 700 000 ans, il y a une population en Afrique qui se sépare de la lignée humaine moderne, sort de l'Afrique et devient ce que nous reconnaissons comme néandertalien. En même temps, il y a une autre scission en Afrique qui devient un peu comme un Néandertalien africain.
Qui étaient ces «Néandertaliens africains» est un mystère. Un indice pourrait provenir d'un fossile sur lequel Stringer a travaillé pour son doctorat dans les années 1970: le crâne d'Iwo Eleru du Nigéria. À environ 13000 ans, cet individu était vivant à peine un millénaire environ avant que certains humains ne commencent à cultiver, mais il présente un étrange mélange de caractéristiques modernes et primitives. Récemment, Stringer et Katarina Harvati de l'Université de Tübingen en Allemagne ont fait une nouvelle analyse du crâne . Cela a confirmé qu'il est très étrange pour son âge. «Il ressemble en fait aux premiers sapiens des fossiles plutôt que des derniers, et cela ne ressemble certainement pas à des Africains récents », dit Stringer. «Nous avons suggéré que cela pourrait être un exemple d'un Africain dont la population avait reçu cette introgression archaïque.» En d'autres termes, il pourrait s'agir d'un humain dont les ancêtres se sont accouplés avec un fantôme africain.
Pour l'instant, aucun ancien hominidé africain n'a eu son génome séquencé, il est donc possible que des restes physiques de ce fantôme aient déjà été déterrés. Un candidat est Homo naledi , une espèce découverte en 2013 au fond d'un système de grottes étroites en Afrique du Sud. Les fossiles ont environ 250 000 ans , mais personne ne sait combien de temps l'espèce a survécu. Si pressé, cependant, Stringer mettrait son argent sur un autre suspect. «Je parie que Homo heidelbergensis est l'introgresseur», dit-il. Des preuves récentes non publiées suggèrent que cette espèce existait encore il y a moins de 300 000 ans, lorsque les humains étaient déjà apparus. Alternativement, les fantômes peuvent avoir été une sous-population de H. sapiens qui, comme les eurasiens basaux, a été isolé des autres populations assez longtemps pour que l'ADN de ses membres acquière différents marqueurs. «Il se pourrait qu'il y a 100 000 ans ou plus, il existe différentes populations d'humains anatomiquement modernes dans différentes parties de l'Afrique», explique Tishkoff. «Et peut-être qu'à un moment donné, ils se mélangent les uns aux autres et peut-être que certaines populations se sont éteintes.»
Tishkoff pense qu'il serait surprenant que nos ancêtres ne s'accouplent pas avec d'autres anciens hominins d'Afrique. Cependant, elle prévient que les preuves des fantômes africains sont encore provisoires: parce que nous en savons si peu sur l'histoire de la population de l'Afrique, elle et ses collègues ont dû faire de nombreuses hypothèses pour interpréter leurs données. «Cela ne veut pas dire que [l'hybridation] n'a pas eu lieu en Afrique», dit Tishkoff. «Cela s'est probablement produit. C'est vraiment difficile à prouver. Le clincher viendra quand quelqu'un sera capable de séquencer l'ADN extrait d'un fossile africain et de le comparer avec les fragments d'ADN fantôme trouvés chez les Africains modernes. C'est un défi, mais étant donné les progrès du séquençage de l'ADN ancien au cours de la dernière décennie, ce n'est probablement qu'une question de temps avant que quelqu'un ne le rencontre.
«Il se peut que quelques espèces d'hominidés vivent récemment avec nous en Afrique»
«La génétique en général change la façon dont nous comprenons notre espèce», déclare Tomas Marques-Bonet de l'Université Pompeu Fabra en Espagne. «Pour moi, tout commence avec les Denisoviens: la première fois que nous avons enlevé l'ADN d'un doigt et que nous n'avons trouvé ni humain ni néandertalien - quelque chose pour lequel nous n'avons pas de visage et très peu d'autres informations - c'était la première fois que la génétique éclairait quelque chose qui avait totalement échappé paléontologie."
Il s'avère maintenant que les Denisoviens avaient leurs propres fantômes . Les personnes vivant aujourd'hui en Océanie et en Asie de l'Est et du Sud-Est ont hérité d'environ 5% de leur ADN des Denisoviens. En examinant de plus près ces séquences génétiques, l'équipe d'Akey a constaté qu'elles ne se rapportent pas toutes au génome original des os des doigts de la même manière. En fait, le groupe a trouvé des signes de deux populations de Denisovan distinctes sur le plan de l'évolution. «C'était vraiment inattendu», dit-il. « Il y a en fait une autre lignée fantôme, Denisovan.
Ce que toutes ces études soulignent, c'est que c'était la règle, plutôt que l'exception, pour les populations d'hominidés de se diviser pendant des milliers, voire des centaines de milliers d'années, puis de se revoir et de s'accoupler. Les arbres évolutionnaires nets et bifurquants doivent être abandonnés. «Prenez un stylo sur un morceau de papier et commencez à faire des lignes ondulées», dit Akey. «C'est l'histoire humaine.» À un niveau plus élémentaire, cela amène également de nombreuses personnes sur le terrain à cesser d'utiliser les termes espèces et sous-espèces pour désigner différents hominins, préférant plutôt parler de groupes ou de populations. Après tout, les individus appartenant à différentes espèces - comme H. sapiens et H. neanderthalensis - ne sont pas censés être en mesure de produire une progéniture viable.
Les fantômes et les quasi-fantômes font du monde antique un endroit beaucoup moins solitaire. «Si nous regardons autour du monde aujourd'hui, nous sommes vraiment le seul match d'hominin en ville», déclare Akey. «Les gens supposent que cela a toujours dû être ainsi. En fait, le monde était un endroit beaucoup plus intéressant il n'y a pas si longtemps.
Source : NewScientist du 10/10/2018
vendredi 28 septembre 2018
Notre ancêtre Homo sapiens n'est pas issu d'une seule population africaine
Jusqu'il y a une dizaine d'années, une théorie populaire soutenait que nos ancêtres directs étaient les descendants d'une seule population venue d'Afrique. Plusieurs hypothèses s'affrontaient alors pour situer le berceau de l'humanité soit en Afrique du Sud, soit dans le rift est-africain. Comme souvent, l'histoire serait sans doute un peu plus complexe que cela. Dans un article publié en juillet dernier dans la revue Trends in Ecology and Evolution , une équipe pluridisciplinaire menée par Eleanor Scerri de l'Université d'Oxford argumente que les populations qui ont donné naissance aux humains modernes étaient en fait réparties en plusieurs groupes présentant une diversité culturelle et physique très marquée. Ces dernières se seraient mélangées à diverses reprises avant d'effectuer une sortie d'Afrique décisive il y a 150.000 ans environ.
«Nous sommes face à une pièce de théâtre dont on connaît la première scène (plusieurs espèces humaines se sont côtoyées, NDLR) et la dernière scène (nous appartenons aujourd'hui tous à la même espèce, NDLR)» explique Francesco d'Errico, directeur de recherche au laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux) et coauteur de la publication. «Tout le reste, on doit le comprendre à partir de découvertes qui sont encore à faire.»
Il y a plusieurs centaines de milliers d'années, avant l'apparition de l'homme moderne, le genre humain était multiple et plusieurs espèces d'hominines peuplaient la surface du globe. Une première population est sortie d'Afrique, il y a au moins 1,5 million d'années. Celle-ci a été suivie par plusieurs autres vagues migratoires, jusqu'à la sortie de nos ancêtres, il y a environ 150.000 ans. Ces derniers se sont ensuite répandus sur toute la surface du globe, supplantant toutes les populations antérieures. «Les analyses génétiques montrent très clairement que ce schéma est irréfutable», réagit Céline Bon paléogénéticienne au Musée de l'Homme.
Une humanité buissonnante
La publication d'Eleanor Scerri permet de réunir dans un même cadre global plusieurs découvertes récentes. En 2016, on découvrait au Maroc des restes de population Homo sapiens vieux de 300.000 ans. Il y a quelques mois, un article paru dans la revue Science, dont Francesco d'Errico était aussi co-auteur, montrait l'existence de populations avec des comportement modernes à la même période dans le bassin d'Olorgesailie au Kenya, en Afrique de l'Est. «Il y a moins de 500.000 ans, les hominines ont commencé à se moderniser en Afrique en différents points,» raconte Francesco d'Errico. «Ces populations étaient sans doute interconnectées, mais les liens restaient très fragiles et sensibles aux changements climatiques, au faible taux de reproduction et à la petite taille des groupes.»
Cette connexion semble intrinsèque à l'histoire humaine. Notre diversité génétique est ainsi extrêmement faible comparé aux autres. Il y a plus de différences entre deux groupes de chimpanzés qu'entre les plus éloignés des êtres humains. «Notre espèce est très jeune, à peine quelques centaines de millier d'années», détaille Céline Bon. «Aucune population ne s'est retrouvée isolée suffisamment longtemps pour se différencier. On a même des preuves génétiques que des populations européennes sont retournées sur le continent africain il y a 5000 ans seulement!»
La notion d'espèce de plus en plus complexe
Avant qu'Homo sapiens ne prennent le dessus sur les autres populations, l'humanité était donc extrêmement diverse et buissonnante. Des espèces différentes se côtoyaient et même s'hybridaient les unes aux autres. Il y a de fortes chances pour qu'une partie de ces espèces nous soient d'ailleurs encore inconnues. «C'est un élément qui rend compliqué notre compréhension de la période» explique Céline Bon. «La définition d'espèce est différente selon que l'on se place du point de vue génétique ou paléontologique.» Ce que nous voyons comme deux espèces distinctes sur le plan morphologique peut en réalité constituer une même espèce sur le plan génétique. Des populations plus ou moins éloignées ou en cours de spéciation restent souvent interfécondables.
Au final, le développement d'un réseau de connexions entre les différents individus a contribué peu à peu à atténuer les différences. «Il y a eu un goulot d'étranglement quand nos ancêtres directs sont sortis d'Afrique,» raconte Céline Bon. «On retrouve ce rétrécissement dans la diversité génétique de toutes les populations hors d'Afrique. En revanche, les populations africaines ont gardé une richesse et une diversité génétique bien plus importante. Ce qui montre qu'elles étaient sans doute plus nombreuses et plus diversifiées sur ce continent que nous ne le pensions.» Quant à savoir comment les populations ont petit à petit disparu au profit de la nôtre, que nous les ayons remplacées ou exterminées, le débat reste ouvert et la réponse est sans doute différente pour chacune d'entre elles.
Source : Le Figaro du 26/09/2018
mercredi 19 septembre 2018
jeudi 13 septembre 2018
Dans une grotte d’Afrique du Sud, un dessin vieux de 73 000 ans
Des croisillons tracés à l’ocre et conservés sur une roche polie suggèrent une activité symbolique diversifiée d’« Homo sapiens », bien avant son arrivée en Europe.
La grotte de Blombos, à 300 km à l’est de la ville du Cap, en Afrique du Sud, est décidément un trésor pour les archéologues. Ils y ont déjà découvert des coquillages percés contenant de l’ocre qui pouvaient servir de parures, des outils et des armes en pierre taillée, parfois d’apparat, dans des niveaux allant de 75 000 à 100 000 ans.
Début 2002, quand Christopher Henshilwood et ses collègues avaient décrit des fragments d’ocre gravés vieux de 77 000 ans, la nouvelle avait fait l’effet d’une bombe : Homo sapiens était un « artiste » déjà dans son berceau africain, et n’avait pas attendu d’atteindre l’Europe pour exprimer une activité symbolique – certes bien moins élaborée que les peintures de la grotte Chauvet (datée de plus de 30 000 ans).
Plus de quinze ans plus tard, l’équipe de Christopher Henshilwood confirme que les occupants de Blombos étaient de grands amateurs d’une forme particulière : les croisillons observés sur des fragments d’ocre ont été retrouvés sur un petit morceau de silcrète, une roche siliceuse dure, qui a conservé depuis 73 000 ans la trace de marques probablement faites à l’aide d’un morceau d’ocre pointu. L’objet ne paie pas de mine, mais c’est bien le plus ancien dessin au crayon jamais découvert.
« Ce n’est pas la première représentation abstraite attribuable à la lignée humaine, puisqu’on a aussi observé des zigzags tracés sur un coquillage à Java, vieux de plus de 500 000 ans », note Francesco d’Errico (CNRS, université de Bordeaux), qui avait contribué à cette découverte annoncée en 2014.
Fragment de silcrète portant sur l’une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d’ocre.
Il participe aussi aux fouilles de Blombos et cosigne l’article décrivant le nouveau dessin sud-africain dans Nature daté du 13 septembre. « Retrouver à Blombos de nouveaux croisillons, sur un autre support et résultant d’une autre technique, suggère que, dans l’esprit des habitants de cette grotte, ces symboles signifiaient quelque chose », ajoute-t-il. Il fait le parallèle avec la croix chrétienne, qui elle aussi est un « signe incorporé dans divers supports matériels ».
Signifiant culturel ou gribouillis impensé ? L’interprétation risque de faire débat. Mais si le sens de ces neuf lignes entrecroisées reste une énigme, leur conservation sur un petit fragment tient en soi du « miracle », insiste Francesco d’Errico.
Morceau d’ocre gravé d’un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin.
Une énigme et un « miracle »
Trouvé par hasard parmi des fragments de pierre taillée, il a intrigué les fouilleurs de Blombos, qui l’ont soumis à de nombreux examens, et effectué de multiples reconstitutions. « Il a d’abord fallu montrer que ce n’était pas le résultat d’un processus naturel », raconte le chercheur. La conclusion des investigations, et notamment de l’observation au microscope confocal, qui permet d’obtenir des images de la surface en trois dimensions ? Le fragment de silcrète provient probablement d’une meule utilisée pour broyer l’ocre, polie par l’usage, et réutilisée pour accueillir une figure finement dessinée.
Pour Jean-Jacques Hublin (Institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig), qui n’est pas associé à ces fouilles sud-africaines, la découverte est « très intéressante et très convaincante ». Pour les périodes très anciennes, note-t-il, « les “gravures géométriques” sur blocs de roche ou fragments osseux ont souvent prêté à discussion, car elles pouvaient, selon certains, résulter d’activités pratiques qui n’avaient rien de “symbolique”. »
Le zigzag de Trinil (Java) de 500 000 ans, attribué non pas à Homo sapiens mais à Homo erectus, a cependant été « très largement accepté comme non utilitaire, même s’il pouvait être le résultat d’un simple jeu », note Jean-Jacques Hublin.
« Représentations figuratives peintes »
Si l’ancêtre erectus le pouvait, il n’est donc guère surprenant que sapiens en ait aussi été capable. S’il n’en reste que peu de témoignages, c’est que la conservation de peintures d’ocre est très exceptionnelle.
Peut-on imaginer que nos ancêtres africains aient été plus figuratifs dans leur production picturale ? « Personnellement je pense que dès avant 50 000 ans et la phase principale de dispersion des Homo sapiens sur l’Eurasie et l’Australie, des représentations figuratives animales peintes sur roche étaient déjà produites en Afrique, avance Jean-Jacques Hublin. Sinon comment expliquer qu’on les retrouve ensuite depuis l’Europe occidentale jusqu’à Sulawesi [une île d’Indonésie située à l’est de Bornéo] ? Il a sans doute existé tout un art rupestre “pré-Chauvet”, mais il a malheureusement complètement disparu. »
Source : Le Monde du 12/09/2018
jeudi 30 août 2018
Des hominiens en Chine il y a plus de deux millions d’années ?
L’une des pentes du plateau de Loess, en Chine, contenait des pierres taillées. Leurs âges poussent à faire reculer dans le temps la date de la première sortie d’Afrique. Mais de qui ?
Les membres du genre Homo sont sortis trois fois d’Afrique. La première sortie, censée être celle d’Homo erectus, était jusqu’ici datée à 1,8 million d’années à cause de l’âge des fossiles et des outils lithiques de type erectus du site de Dmanisi, en Géorgie. Or voilà que l’équipe de Zhaoyu Zhu, de l’académie chinoise des sciences, a découvert en Chine des outils de pierre bien plus anciens que les vestiges de Dmanisi.
Entre 2014 et 2017, les chercheurs ont recherché des traces d’occupation sur une colline située dans le plateau de Lœss à Shangchen (à environ quatre kilomètres de là où a été trouvé l’« homme de Lantian », un Homo erectus vieux de 600 000 ans). Là, entre les épaisses couches de ce fin sédiment éolien qu’est le loess, ils ont découvert 11 strates anciennes de sol ayant été occupées par des tailleurs de pierre. Épaisse de 39 mètres, cette séquence couvre une période débutant il y a 2,12 millions d’années et se terminant il y a 1,26 million d’années. Les dizaines de choppers (galets taillés), éclats, grattoirs et autres perçoirs découverts ont été obtenus soit par percussion sur enclume (on frappe un galet sur une enclume pour détacher des éclats), soit par percussion bipolaire sur enclume (on frappe avec un percuteur un galet posé sur une enclume).
"11 strates ont été constituées au cours de périodes chaudes par l'érosion sur le plateau de Loess. C'est dans ces couches qu'ont été découvertes des pierres taillées dont l'âge varie de 1,26 à 2,12 millions d'années."
Ces 82 outils portent tous des cônes de percussion et des traces de retouches, qui les distinguent clairement d’éventuels géofacts, c’est-à-dire de pierres façonnées par des processus géologiques. Quant aux divers blocs de quartzite utilisés pour produire les outils, ils semblent provenir des monts Qinling, distants de 5 kilomètres. Par ailleurs, les 11 paléosols dont proviennent les artefacts correspondent à des périodes d’incursion du climat tropical humide au-delà des monts Qinling, climat auquel étaient adaptés nos ancêtres.
Dès lors, lesquels de ces ancêtres ont séjourné à Shangchen ? Si l’on pense à Homo, il importe de se rappeler que le plus ancien fossile réputé humain – la mandibule LD 350-1 trouvée à Ledi-Geraru, en Éthiopie – date de 2,8 millions d’années. Homo n’a donc pu se répandre en Eurasie qu’après.
Toutefois, depuis la découverte à Lomekwi, au Kenya, de pierres taillées d’époque australopithèque (3,3 millions d’années), la sortie d’Afrique d’hominiens préhumains devient aussi envisageable. Or il existe des indices allant dans ce sens. Il en est ainsi de la découverte, dans la grotte de Longgupo, dans la municipalité de Chongqing (dans le Sichuan, sur le Yang-Tsé), de dents d’un hominidé mal identifié associées à de nombreux outils taillés. Leur datation vers 2,5 millions d’années a longtemps suscité la controverse. En 2017, une équipe franco-chinoise dont fait partie Éric Boëda, de l’université de Nanterre, a soigneusement réétudié et redaté le site et confirmé cette date.
De son côté, sur le site de Masol, dans le nord de l’Inde, Anne Dambricourt-Malassé, du CNRS, a découvert avec son collègue indien Mukesh Singh des os portant des traces de découpe, dont la datation vers 2,6 millions d’années a aussi été controversée parce qu’indirecte. La situation a changé depuis : les chercheurs ont aussi mis au jour un chopper incrusté dans une strate directement datée à plus de 2,6 millions d’années. Dès lors, les constatations de Masol, de Longgupo et de Shangchen peuvent fort bien s’expliquer par la sortie d’Afrique, relativement tôt, d’hominiens préhumains tailleurs de pierre.
Alors, les tailleurs de Shangchen étaient-ils humains ou préhumains ? Pour le moment, les chercheurs en savent trop peu pour trancher.
Source : Pour la Science du 29/08/2018
mardi 28 août 2018
Croisement d'espèces humaines : Denny avait une mère néandertalienne et un père dénisovien
Il était une fois, il y a plus de 50.000 ans, une Néandertalienne et un Dénisovien. De leur union naquit une enfant... Un minuscule fragment d'os apporte aujourd'hui la preuve d'un accouplement entre ces deux espèces de la lignée humaine. « C'est la première fois qu'on trouve un descendant direct de ces deux groupes », explique à l'AFP Viviane Slon, de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig en Allemagne, coauteur de l'étude publiée ce mercredi dans Nature.
Les Dénisoviens et les Néandertaliens se sont séparés il y a 400.000/500.000 ans, devenant deux espèces distinctes du genre Homo (les Homo sapiens en formant une autre). L'Homme de Néandertal a disparu de la surface de la Terre il y a environ 40.000 ans, pour une raison toujours inconnue. Les Dénisoviens se sont également éteints mais l'on ne sait pas exactement quand.
Par contre, des analyses ADN ont prouvé que l'homme de Denisova a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens : moins de 1 % chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu'à 5 % pour les aborigènes d'Australie ou les Papous de Nouvelle-Guinée. De la même manière, tous les humains modernes à l'exception des Africains ont dans leur génome environ 2 % d'ADN légué par Néandertal, preuve des croisements qui ont pu se produire entre ces espèces dans un lointain passé.
Les parents de Denny appartiennent à deux espèces différentes
Cette histoire familiale est révélée par un os de 1,5 centimètre, si petit que les chercheurs ne pouvaient dire au premier abord s'il avait appartenu à un hominidé ou à un animal. Découvert en 2012 dans une grotte des montagnes de l'Altaï en Sibérie, près de la frontière actuelle entre la Russie et la Mongolie, « Denny » comme l'ont appelé les chercheurs, appartenait à un être de sexe féminin d'au moins 13 ans, vivant il y a plus de 50.000 ans. L'os viendrait de son fémur, de son tibia ou de son humérus.
La grotte où elle est décédée, dite de Denisova, était déjà célèbre pour avoir livré les premiers restes fossiles de l'Homme de Denisova, des fragments d'une phalange d'auriculaire. En analysant Denny, des généticiens sont parvenus à distinguer les chromosomes que la jeune femme a hérités de son père et de sa mère. Pas de doute pour eux, ils lui ont été légués par une Néandertalienne et un Dénisovien.
« J'ai d'abord pensé qu'il y avait eu une erreur en laboratoire », raconte Svante Pääbo, également chercheur à l'Institut Max-Planck et coauteur de l'étude. En quittant l'Afrique, les Néandertaliens se sont dispersés en Europe et dans l'ouest de l'Asie tandis que les Dénisoviens se sont dirigés vers l'Asie de l'Est.
« Néandertaliens et Dénisoviens n'ont peut-être pas eu beaucoup d'occasions de se rencontrer. Mais quand cela arrivait, ils ne semblaient pas avoir de préjugés les uns envers les autres », note Svante Pääbo qui est à l'origine de l'identification de l'Homme de Denisova. « Ils devaient s'accoupler fréquemment, beaucoup plus que ce que nous pensions auparavant, sinon, nous n'aurions pas été aussi chanceux », ajoute-t-il.
Source : Futura Planète du 26/08/2018
samedi 25 août 2018
L'analyse génétique d'un fossile d'enfant prouve que Néandertaliens et Dénisoviens devaient s'accoupler fréquemment
Il était une fois, il y a 50.000 ans, une Néandertalienne et un Dénisovien. De leur union naquit une enfant... Un minuscule fragment d'os apporte aujourd'hui la preuve d'un accouplement entre ces deux espèces de la lignée humaine. "C'est la première fois qu'on trouve un descendant direct de ces deux groupes", explique à l'AFP Viviane Slon, de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig en Allemagne, coauteur de l'étude publiée mercredi 22 août 2018 dans le magazine Nature. Les Dénisoviens et les Néandertaliens se sont séparés il y a 400.000 / 500.000 ans, devenant deux espèces distinctes du genre Homo (les Homo sapiens en formant une autre).
L'homme de Néandertal a disparu de la surface de la Terre il y a environ 40.000 ans, pour une raison toujours inconnue. Les Dénisoviens se sont également éteints mais l'on ne sait pas exactement quand. Par contre, des analyses ADN ont prouvé que l'Homme de Denisova a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens: moins de 1% chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu'à 5% pour les aborigènes d'Australie ou les Papous de Nouvelle-Guinée. De la même manière, tous les humains modernes à l'exception des Africains ont dans leur génome environ 2% d'ADN légué par Néandertal, preuve des croisements qui ont pu se produire entre ces espèces dans un lointain passé.
Cette histoire familiale est révélée par un os de 1,5 cm, si petit que les chercheurs ne pouvaient dire au premier abord s'il avait appartenu à un hominidé ou à un animal.
Découvert en 2012 dans une grotte des montagnes de l'Altaï en Sibérie, près de la frontière actuelle entre la Russie et la Mongolie, "Denny" comme l'ont appelé les chercheurs, appartenait à un être de sexe féminin d'au moins 13 ans, vivant il y a environ 50.000 ans. L'os viendrait de son fémur, de son tibia ou de son humérus. La grotte où elle est décédée, dite de Denisova, était déjà célèbre pour avoir livré les premiers reste fossiles de l'Homme de Denisova, des fragments d'une phalange d'auriculaire.
En analysant "Denny", des généticiens sont parvenus à distinguer les chromosomes que la jeune femme a hérités de son père et de sa mère. Pas de doute pour eux, ils lui ont été légués par une Néandertalienne et un Dénisovien.
"J'ai d'abord pensé qu'il y avait eu une erreur en laboratoire", raconte Svante Pääbo, également chercheur à l'Institut Max-Planck et coauteur de l'étude. En quittant l'Afrique, les Néandertaliens se sont dispersés en Europe et dans l'ouest de l'Asie tandis que les Dénisoviens se sont dirigés vers l'Asie de l'Est. "Néandertaliens et Dénisoviens n'ont peut-être pas eu beaucoup d'occasions de se rencontrer. Mais quand cela arrivait, ils ne semblaient pas avoir de préjugés les uns envers les autres", note Svante Pääbo qui est à l'origine de l'identification de l'Homme de Denisova. "Ils devaient s'accoupler fréquemment, beaucoup plus que ce que nous pensions auparavant, sinon, nous n'aurions pas été aussi chanceux", ajoute-t-il.
Source : Sciences et Avenir du 23/08/2018
samedi 4 août 2018
Homo sapiens, unique généraliste-spécialiste
L’étude est basée sur plusieurs bases de données archéologiques et paléo environnementales traitant de la dispersion des hominidés entre 12 000 et 300 000 ans en Afrique et en Eurasie. Elle met en lumière des contextes environnementaux très différents et des adaptations uniques pour l'Homo sapiens par rapport aux autres hominidés.
La capacité de notre espèce à occuper des milieux divers voire «extrêmes» à travers le monde contraste fortement avec les adaptations écologiques d'autres espèces du genre Homo comme Homo néandertalensis ou Homo erectus.
Cela pourrait expliquer comment Homo sapiens est devenu le dernier hominidé survivant sur la planète.
L'étude, publiée dans la revue Nature Human Behavior, par des scientifiques de l'Institut Max Planck et l'Université du Michigan, indique que les recherches sur la définition de l’humanité tentent de trouver les premières traces matérielles d'art, de langage ou une certaine l'usage d'une technologie complexe pour comprendre ce qui rend notre espèce écologiquement unique. Contrairement à nos ancêtres et autres hominidés disparus récemment, notre espèce a su coloniser une grande diversité d'environnements difficiles (les déserts, les forêts tropicales humides, la haute altitude et le paléoarctique), mais elle s’est également spécialisée dans son adaptation à des environnements extrèmes.
Depuis 3 millions d’années, l’écologie du genre Homo
Bien que tous les hominidés qui composent le genre Homo soient souvent qualifiés d '«humains» dans les milieux scientifiques ou publics, ce groupe évolutif, apparu en Afrique il y a environ 3 millions d'années, est très diversifié. Certains membres du genre Homo (à savoir Homo erectus) parcouraient déjà ce qui allait devenir l’Espagne, la Géorgie, la Chine et l’Indonésie il y a un million d'années. Pourtant, les informations disponibles sur la faune et la flore fossiles, suggèrent que ces premiers hommes ont exploité un environnement morcelé de forêts, de savanes et de prairies. L'hypothèse a été formulée que Homo erectus et Homo floresiensis (le fameux Hobbit), utilisaient des habitats de forêts tropicales humides, pauvres en ressources, en Asie du Sud-Est il y a 1 million d'années à 100 000 et 50 000 ans respectivement. Cependant, les auteurs n'ont trouvé aucune preuve tangible pour vérifier cette hypothèse.
Homo néandertalensis, notre plus proche cousin, a longtemps été décrit comme une sorte de spécialiste des régions froides en haute latitude, entre 250 000 et 40 000 ans en Eurasie. La forme du visage des néandertaliens semblait même apporter des preuves d’une adaptation aux températures froides. On imaginaient, de ce fait, les tribus de néandertaliens chassant le mammouth laineux dans un univers gelé… La aussi les preuves et les études montrent au contraire que Néandertal pouvait s’accommoder de plusieurs types d’habitats comme la forêt ou la prairie et surtout qu’il chassait toutes sortes de proies (poissons, petits ou gros mammifères…) jusque sur les rivages de la Méditerranée.
Homo sapiens une adaptation multi-environnementale : déserts, forêts tropicales, montagnes et arctique
Contrairement aux autres espèces du genre Homo, Homo sapiens s'est dispersée (entre 80 000 et 50 000 ans) dans des environnements et sous des climats très différents, voir extrêmes. Depuis 45 000 ans en arrière, notre espèce a même colonisé des environnements paléoarctiques ou tropicaux humides à travers l'Asie, la Mélanésie et le continent américain.
Pour conquérir ses nouveaux territoires les auteurs soulignent que ces premiers Sapiens ont dû traverser des déserts (Afrique du Nord, Péninsule arabique, nord-ouest de l'Inde) et résister aux hautes altitudes du Tibet et des Andes… Une réelle capacité d’adaptation est démontrée par ces migrations en milieu extrême.
Toutefois les auteurs de l’étude soulignent qu’il n’est pas facile d’identifier les origines de cette « plasticité écologique » qui a permis à Homo sapiens de se déployer dans un grand nombre d'environnements très différents. On en apprend de plus en plus sur les origines anthropologiques d’Homo sapiens en Afrique il y a 300 000 ans mais même avec la découverte de nouveaux fossiles et les avancées de la recherche en génétique il va falloir maintenant étudier les différents contextes environnementaux ayant contribué à cette sélection bioculturelle.
Un nouveau type d’adaptation, le «généraliste-spécialiste»
La principale nouveauté dans cette compilation d’études est donc le concept de « généraliste-spécialiste ». Une niche écologique presque exclusive à Homo sapiens qui a su s’adapter à une grande diversité de milieux environnementaux sur la majorité des continents.
Le co-auteur de l'étude, Patrick Roberts déclare: "Il existe une dichotomie écologique traditionnelle entre les généralistes qui peuvent utiliser plusieurs ressources différentes et habitent une variété de conditions environnementales, et les spécialistes, qui ont un régime alimentaire restreint et une tolérance environnementale faible. Homo sapiens apporte les preuves, pour des populations spécialisées, comme les chasseurs dans les forêts tropicales de montagne ou les chasseurs de mammouth paléoarctique, qu’ils peuvent également se définir comme une espèce généraliste."
Brian Stewart, co-auteur de l'étude, indique que cette capacité écologique peut avoir été favorisée par une coopération étendue entre des individus pas forcément apparentés au sein des Homo sapiens du Pléistocène. "Le partage de nourriture hors du cercle familial, l'échange de biens ou denrées entre populations distantes et les relations rituelles auraient permis aux populations de s'adapter" par réflexe "aux fluctuations climatiques et environnementales locales, et de supplanter et de remplacer d'autres espèces d'hominidés." C’est donc l’accumulation de savoirs et sa transmission, sous forme matérielle ou d'idées, qui a pu jouer un rôle crucial dans la création et le maintien de la niche généraliste-spécialiste par notre espèce au Pléistocène.
Quand, comment et où Homo sapiens s’est-il développé ?
Les auteurs insistent sur le fait que cette proposition reste hypothétique et pourrait être réfutée avec des démonstrations scientifiques de l'utilisation d'environnements extrêmes par d'autres membres du genre Homo. Cependant, tester la niche «spécialiste généraliste» dans notre espèce encourage les recherches et les fouilles dans des lieux qui ont été négligés jusqu'à présent car jugés peu prometteurs pour les découvertes paléoanthropologiques et archéologiques (comme le désert de Gobi ou la forêt amazonienne). L'extension de cette recherche est particulièrement importante en Afrique, le berceau d'Homo sapiens, où des données archéologiques et environnementales plus détaillées datées de 300 000 à 200 000 ans deviennent vitales pour comprendre les capacités d’adaptations écologiques des premiers hommes.
Les preuves de multiples croisements entre les hominidés et plus spécifiquement de notre espèce montrent qu’il faut repenser l’évolution d’Homo sapiens en intégrant l’environnement (climat, faune, flore…) et les nouveaux fossiles.
"Bien que nous soyons souvent excités par la découverte de nouveaux fossiles ou génomes, nous devons peut-être réfléchir plus en détail aux implications comportementales de ces découvertes, et accorder plus d'attention à ce que nous disent ces nouvelles découvertes sur le franchissement des seuils écologiques" dit Stewart.
Des travaux axés sur la manière dont la génétique de différents hominidés aurait pu conduire à des avantages écologiques et physiques tels que les capacités à vivre en haute altitude ou la tolérance de la peau aux UV demeurent des pistes potentiellement très fructueuses à cet égard.
«Comme d'autres définitions des origines humaines, les problèmes de préservation rendent difficile la comprehension des origines de l'homme en tant que pionnier écologique. Toutefois cette approche écologique sur les origines et la nature de nos espèces éclaire potentiellement la voie originale suivie par Homo sapiens qui a su rapidement conquérir les divers continents et environnements», conclut Roberts. La mise à l'épreuve de cette hypothèse devrait ouvrir de nouvelles voies de recherche et, si elles sont correctes, de nouvelles perspectives quant à savoir si le «spécialiste généraliste» continuera d'être un succès adaptatif face aux problèmes croissants de durabilité et de conflits environnementaux.
Source : Hominidés du 02/08/2018
samedi 28 juillet 2018
Pyrénées-Orientales: Une dent d'enfant, vieille de 560.000 ans, découverte à Tautavel
Les archéologues ont découvert sur le site de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, une dent de lait d’un enfant âgé de 5 à 6 ans, et vieille de 560.000 ans.
Après la découverte en 2015 d’une dent d’adulte sur le même site, cette dent est le plus ancien reste d’enfant trouvé en France, ce qui en fait son caractère exceptionnel.
Les archéologues de Tautavel sont sur les dents… Ou plutôt sur LA dent. Lundi soir, dans le cadre des fouilles organisées chaque été sur le site préhistorique de la Caune de l’Arago, dans les Pyrénées-Orientales, les chercheurs ont découvert une dent.
Mais pas n’importe laquelle. Elle appartient à un enfant âgé de 5 à 6 ans et a été retrouvée dans une zone où le sol d’habitat est daté, à la louche, de 560.000 ans.
Bien plus vieille que l'homme de Tautavel et son célèbre fossile Arago 21, vieux de 450.000 ans, et dont les principaux vestiges ont été découverts dans les années 1970. Et certainement « contemporaine » à quelques décennies près, de celle d’un adulte retrouvé en 2015 au même endroit et qui avait repoussé de 100.000 ans - à 550.000 ans - le plus vieux reste humain trouvé en France.
Autant de traces des Homo heidelbergensis, les prédécesseurs de l’Homme de Néanderthal, qui sont aujourd’hui entreposés depuis au musée de Tautavel.
Plus vieille dent d’enfant en France
C’est là que sera présenté ce nouveau fossile mardi soir. Cette découverte exceptionnelle est le 150e reste humain découvert sur ce site. Mais surtout, c’est la plus vieille dent d’enfant découverte en France, ce qui en fait aussi l’un des plus anciens habitants de l’Europe connu.
« Cette dent va être scannée, étudiée au microscope, ce qui va permettre d’en apprendre plus sur sa croissance, son alimentation », indique un porte-parole du musée qui abrite le Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel.
Les archéologues espèrent trouver d’ici à la fin du mois d’août des ossements du petit propriétaire de la dent, qui a la particularité de posséder une racine, ce qui signifie que l’enfant est mort à cet endroit-là.
Cette pièce unique sera plus tard exposée au sein du musée, comme les autres vestiges.
Source : 20 minutes du 24/07/2018
lundi 23 juillet 2018
Des outils vieux de 2,1 millions d’années montrent comment les humains ont conquis la Chine
Des outils vieux de 2,1 millions d'années ont été découverts en Chine, annoncent des géochimistes et des paléontologues de l'Académie des sciences chinoise et de l'université d'Exeter (Grande Bretagne). Ces pierres taillées de quartzite, exhumées à Schangchen, sur le plateau de Loess, au nord-est du pays, témoignent que cette partie de l'Asie a été peuplée très tôt par des Homo, possiblement des Homo erectus. Des incisives appartenant à ces homininés et vieilles de 1,7 million d'années ont d'ailleurs été décrites à Yuanmou, dans le sud de la Chine. Un crâne d'Homo erectus exhumé à Lantian, dans le Shaanxi, au centre du pays, a aussi récemment été daté de 1,67 million d'années.
L'âge des outils de Schangchen ne surprend absolument pas les spécialistes. La question d'une présence très ancienne en Chine est passionnément discutée et considérée comme plausible depuis plus d'une décennie. Contre les idées dominantes, des chercheurs français assuraient il y a plus de 15 ans que le pays avait été peuplé il y a plus de 2 millions d'années par des hommes au savoir technique original. Des choppers, datés aux alentours de 2 millions d'années, ont ainsi été trouvés à Longgupo, par le chercheur français Eric Boeda (Lire Sciences et Avenir, avril 2006 ) de l'Université Paris X-Nanterre qui a repris la fouille de ce site mythique dont le nom signifie " le versant aux os de dragons " dans les années 2000. La datation de dents de mammifères (chassés ?) découvertes sur ce site laisse penser qu'il a pu être occupé dès il y a 2,48 millions d'années, selon un article paru en 2017. Renzidong, plus à l'est du pays, est un site de boucherie animale qui a été fréquenté par des humains il y a peut-être plus longtemps encore.Toutefois, ces découvertes sont encore sujettes à controverse et discussion.
Dédaignant les travaux menés à Longgupo et Renzidong, Zhaoyu Zhu, de l'Académie des sciences chinoise et Robin Dennel, de l'université d'Exeter, qui ont daté les outils de Schangchen par paléomagnétisme assurent qu'il s'agit des plus anciens vestiges d'occupation humaine découverts hors d'Afrique à ce jour. Ils ont en tout cas 200.000 ans de plus que les pierres et crânes découverts à Dmanisi, en Georgie, aux portes de l'Europe.
Quoiqu'il en soit, les plus anciens outils restent africains : datés de 3,3 millions d'années, ils ont été mis au jour par la française Sonia Harmand sur le site de Lomekwi, à l'est du Kenya. C'est toujours sur le continent africain qu'ont été découverts les plus vieux membres du genre Homo et plus précisément à Ledi Geraru, dans l'afar Ethiopien dont le site a livré une mandidule datée de 2,8 millions d'années. Ce qui suggère que le berceau de l'humanité reste bien l'Afrique.
Source : Sciences et Avenir du 19/07/2018
vendredi 20 juillet 2018
Chine : la découverte d'outils en pierre repousse l'arrivée de nos ancêtres sur le continent
De nouvelles fouilles révèlent que nos ancêtres auraient quitté le continent africain plus tôt que ce que les chercheurs estimaient.
Une étude publiée mercredi dernier dans la revue Nature révèle que nos ancêtres auraient quitté l'Afrique plus tôt que ce qui était avancé par les chercheurs jusqu'alors. Un chapitre clef de l'histoire de l'humanité doit donc être révisé.
Une centaine d'outils en pierre ont été mis au jour sur le site de Shangchen, en Chine centrale. Ils révèlent que nos ancêtres les hominidés auraient quitté l'Afrique environ 250 000 ans avant ce qui était précédemment estimé.
Les fabricants de ces outils ont vécu par intermittence pendant 800 000 ans à Shangchen il y a 2,1 à 1,3 millions d'années, laissant derrière eux des outils qui n'avaient jusqu'alors jamais été mis au jour hors d'Afrique. Ces derniers auraient 300 000 ans de plus que les plus vieux fossiles d'Homo erectus, mis au jour sur le site de Dmanisi en Géorgie et qui datent d'il y a 1,8 million d'années.
« En tant que paléantologue, c'était vraiment formidable de mettre au jour des objets datant de deux millions d'années et qui sont donc les plus vieux au monde hors d'Afrique », a confié Robin Dennell, co-auteur de l'étude et professeur à l'Université d'Exeter, au Royaume-Uni.
« Il y a plus de personnes ont réussi l'ascension de l'Everest que de gens qui ont mis au jour des outils en pierre aussi vieux. »
« J'ai toujours dit qu'une fois que les paléontologues chinois se donneraient les mêmes moyens pour faire des fouilles qu'en Afrique, leurs actions paieraient ! », s'est exclamé Gerrit van den Bergh, paléontologue à l'Université de Wollongong qui n'a pas prit part à l'étude.
« Cette découverte montre que nous ignorons encore beaucoup de choses sur nos ancêtres ».
Les premiers hominidés à quitter l'Afrique ?
Les hommes modernes d'aujourd'hui, les Homo sapiens, ont quitté le continent africain il y a environ 60 000 ans. Ce n'était pas la première fois que les hommes modernes et même les hominidés migraient hors d'Afrique. En effet, des ossements d'Homo erectus ont été mis au jour de la Géorgie en passant par Java, tandis que des ancêtres de l'Homme de Néandertal se sont rendus en Europe il y a environ 500 000 ans. Quant aux premiers hominidés, ils sont parvenus à traverser le Pacifique sud d'une manière ou d'une autre pour s'établir sur les îles il y a 700 000 ans, ce qui s'est traduit par l'apparition de l'Homo floresiensis, dit le « hobbit », et d'autres fabricants d'outils insulaires.
Mais les hominidés seraient arrivés encore plus tôt en Asie. Dans les années 1980, des paléontologues ont mis au jour des outils en pierre au Pakistan datant de deux millions d'années. En 2004, dans le bassin de Nihewan, situé dans le nord de la Chine, des chercheurs chinois ont découvert des outils en pierre fabriqués il y a 1,66 million d'années. Enfin, en 2015, le crâne d'un Homo erectus vieux d'1,6 million d'années a été mis au jour à moins de cinq kilomètres de Shangchen.
Zhaoyu Zhu, auteur principal de la nouvelle étude et géologue à l'Académie chinoise des sciences, était convaincu que la Chine recelait d'autres sites plus anciens. En 2004, il décide de débuter des fouilles à Shangchen.
En juillet 2007, l'un des collègues de Zhaoyu Zhu remarqua une pierre dans un affleurement escarpé. Il s'agissait en réalité d'un outil façonné par un hominidé. En 2017, l'équipe du géologue avait creusé à plus de 73 mètres de profondeur dans le sol de Shangchen, révélant 17 strates dans lesquelles se trouvaient des outils en pierre.
« Mes collègues et moi étions surexités », se souvient le géologue. »
Pour dater ces outils, l'équipe de Zhaoyu Zhu a mesuré le champ magnétique de chaque strate où se trouvaient des objets.
Lorsqu'une strate se forme, les minéraux présents dans le sol à ce moment conservent la direction du champ magnétique de la Terre. La polarité du champ magnétique s'inverse parfois. Lorsque c'est le cas, les sédiments présents dans une strate subissent cette inversion à l'échelle planétaire.
Zhaoyu Zhu a pu dater avec précision chacune des strates de Shangchen en les comparant avec celles déjà datées en Afrique et qui présentent les mêmes inversions magnétiques. Sur les 96 outils mis au jour, six se trouvaient dans une strate datant de 2,12 millions d'années.
Qui a fabriqué ces outils ?
Aucun fossile d'hominidés n'a été mis au jour sur le site de Shangchen où ont été découverts les outils. Par conséquent, les scientifiques ignorent qui les a fabriqués.
Les soupçons portent sur l'Homo erectus, l'ancêtre de l'Homme moderne qui est déjà à l'origine des outils mis au jour à Dmanisi. On sait déjà que l'Homo erectus était capable de fabriquer des outils et qu'il avait la carrure et l'habilité de marcher pour traverser les continents. Sauf que les plus vieux fossiles de cet ancêtre de l'Homme datent d'il y a 1,8 million d'années. Ils sont donc bien plus récents que les plus vieux outils mis au jour à Shangchen.
« Même s'il est tout à fait possible que l'Homo erectus ait vécu en Chine à cette époque, l'âge du site et l'éventualité de mettre au jour des objets encore plus anciens indiquent qu'un autre membre du genre Homo a pu être présent en Asie à ces dates, comme un ancêtre semblable à l'Homo habilis », a expliqué Michael Petraglia, paléoanthropologue à l'Institut Max Planck qui étudie les anciens outils provenant d'Asie.
María Martinón-Torres, directrice du Centre national d'étude de l'évolution humaine en Espagne (CENIEH), une référence mondiale en termes de fossiles d'hominidés asiatiques, a déclaré qu'il fallait même étudier à nouveau certains fossiles d'hominidés mis au jour en Chine qui avaient été identifiés comme appartenant à des Homo erectus.
« Il est temps d'accepter que tous les hominidés mis au jour en Asie ne sont pas des Homo erectus, une espèce dans laquelle ont été placés de nombreux fossiles », a-t-elle déclaré. « Je pense que nous n'avons pas encore la réponse à la question relative à l'identité des premiers hominidés asiatiques. »
En tout cas, le cerveau des fabricants des outils mis au jour à Shangchen était trois fois plus petit que le nôtre. Si la taille du cerveau ne compte pas toujours, les spécialistes sont surpris de constater que ces premiers hominidés au petit cerveau ont été capables de quitter l'Afrique pour la Chine il y a deux millions d'années.
Des études supplémentaires seront nécessaires pour découvrir qui étaient ces mystérieux hominidés. Robin Dennell a indiqué qu'il souhaitait étudier des sédiments de plus de 2,1 millions d'années. Toutefois, cela ne sera pas possible à Shangchen car ces derniers se trouvent sous des terres agricoles. D'autres découvertes aussi incroyables sont tout sauf garanties ailleurs en Asie.
« Pendant de nombreuses années, [la] communauté scientifique a relégué l'Asie au second plan, derrière l'Afrique en ce qui concerne des épisodes importants de notre évolution », a confié María Martinón-Torres. « Je suis sûre que nous aurons d'autres surprises si nous menons plus de fouilles en Asie ».
Source : National Geographic du 19/07/2018
mardi 17 juillet 2018
Homo sapiens aurait émergé à partir de plusieurs populations d'Afrique
Notre espèce n'a pas 200 000 ans mais 300 000 ! Au Maroc, une équipe internationale menée par Jean-Jacques Hublin (du Collège de France et de l’Institut Max Planck) a découvert les restes fossiles de cinq individus qui appartiennent à notre espèce. Mais ils datent de 300.000 ans, alors que les plus vieux Homo sapiens connus remontaient à 195.000 ans. De plus, les premiers Hommes semblaient être apparus en Afrique de l’est. La découverte contraint à revisiter l’histoire de l’espèce humaine et, de plus, montre que, depuis ses premiers représentants, c'est la boîte crânienne, donc le cerveau ou au moins le cervelet, qui a le plus évolué.
D'où sont originaires les Homo sapiens ? D'après des chercheurs allemands et britanniques, l'homme moderne est issu de plusieurs populations africaines et non d'une seule, ce qui expliquerait pourquoi certaines caractéristiques sont apparues en différents endroits et à différents moments.
Dans cet article paru dans Trends in Ecology & Evolution, les chercheurs s'appuient sur des données fossiles, archéologiques et écologiques pour mieux comprendre les populations qui vivaient en Afrique au Pleistocène, au début de l'ère quaternaire. Il ressort que les premiers fossiles d'Homo sapiens ne montrent pas une progression linéaire vers la morphologie actuelle car les Homo sapiens primitifs présentent une diversité de caractères physiques.
Par exemple, les auteurs se sont intéressés aux crânes fossiles. Un crâne d'Homo sapiens typique possède une face qui occupe une place réduite et un neurocrâne (la partie du crâne qui protège l'encéphale) de forme globulaire. Or, des membres anciens de la famille des Homo sapiens présentent des variantes.
Ainsi le crâne trouvé à Djebel Irhoud, au Maroc, a une face typique d'un Homo sapiens moderne mais son neurocrâne n'est pas globulaire : il est plus allongé. D'autres fossiles primitifs d'Homo sapiens trouvés à Florisbad en Afrique du Sud (260.000 ans), d'Omo Kibish (195.000 ans) et Herto (160.000 ans) en Éthiopie, montrent une diversité morphologique. C'est pourquoi certains ont même proposé que des fossiles comme ceux de Djebel Irhoud et de Florisbad représentent une espèce plus primitive : Homo helmei. De la même façon, le crâne fossile de Herto combine un neurocrâne globulaire et une face large et robuste, au point qu'elle a été décrite comme appartenant à une sous-espèce d'Homo sapiens : H. sapiens idaltu.
Diversité morphologique et culturelle des premiers Homo sapiens
Les auteurs prennent aussi comme exemple les outils utilisés par les premiers Homo sapiens, qui sont significatifs d'une diversité culturelle qui s'exprime différemment au Nord, au Centre et au Sud de l'Afrique.
Pour les auteurs, Homo sapiens a des racines profondes en Afrique mais les fossiles montrent la diversité de ses premiers représentants. L'évolution des Homo sapiens a pu se faire de manière indépendante dans différentes régions, dans des populations en partie isolées pendant des millénaires à cause de la distance ou de barrières écologiques comme des forêts tropicales, des rivières ou des déserts arides.
De plus, ces facteurs environnementaux pouvaient varier au fil du temps, par exemple avec l'expansion ou la contraction des forêts : les connexions entre les populations ont pu évoluer. Dans un communiqué, Eleanor Scerri, post-doctorante à l'université d'Oxford et à l'Institut Max Planck, explique qu'à cause de ces fluctuations de l'environnement il est possible que « des populations qui se sont mélangées pendant un court moment se sont à nouveau isolées. » Et quand ils étaient séparés, ces groupes ont pu évoluer indépendamment.
Nos origines africaines sont donc probablement complexes et pas cantonnées à une région précise. Cette recherche nous amène à rejeter des modèles qui proposent une simple évolution linéaire de l'Homme.
Ce qu'il faut retenir
Homo sapiens trouve ses origines sur le continent africain.
Les premiers Homo sapiens, trouvés en différents endroits d’Afrique, montrent une diversité dans leurs caractéristiques morphologiques et culturelles.
Les auteurs réfutent l’idée d’une évolution linéaire à partir d’une seule population bien localisée.
Source : Futura Sciences du 13/07/2018
lundi 16 juillet 2018
Des Hominines pourraient avoir peuplé la Chine bien plus tôt que ce que l’on pensait
C’est une histoire pleine de bruit et de fureur; une histoire mouvementée, dans son passé comme dans son récit actuel, sans cesse revue à la lueur des nouvelles trouvailles archéologiques. Cette histoire, c’est l’épopée de la «conquête» de la planète par nos lointains ancêtres et leurs cousins, à mesure qu’ils s’aventuraient sur des terres inconnues et qu’ils essaimaient plus loin – quand leur odyssée ne tournait pas court. Qui sont ceux qui ont entrepris ces périples? Quand, comment, et selon quels chemins migratoires?
L’épisode relaté le 11 juillet dans la revue Nature, s’il est confirmé, pourrait «révolutionner le modèle actuel du peuplement de la planète par le genre Homo», estime le professeur Jean-Jacques Hublin, du Collège de France et de l’Institut Max-Planck à Leipzig. Mais «il faut être sûr de son coup, quand on annonce de tels résultats», ajoute le découvreur, en 2017, du plus vieux représentant connu de notre espèce, Homo sapiens, qui vivait il y a environ 315 000 ans dans l’actuel Maroc.
Pierres taillées
Les premiers Homo auraient quitté l’Afrique, berceau de l’humanité, 250 000 ans plus tôt que prévu. Telle est du moins la thèse que défend cette étude, cosignée par des équipes de l’Académie des sciences de Chine et de l’Université d’Exeter (Royaume-Uni). Ces chercheurs ont découvert des cailloux taillés, au nord de la Chine, dans des sédiments qui dateraient de 2,1 millions d’années. Jusqu’ici, les traces les plus anciennes d’Homo hors d’Afrique remontaient à 1,85 million d’années – en Georgie. Fait rare, elles combinaient des outils à des restes fossiles d’Homo erectus, espèce aujourd’hui éteinte.
Source : Le Temps du 11/07/2018
Cette époque, soulignons-le, est donc très antérieure à l’apparition d’Homo sapiens. Ici, quelques jalons s’imposent. Nos premiers ancêtres putatifs, qui ne sont pas du genre Homo, sont Toumaï (Sahelanthropus tchadensis, découvert au Tchad, et daté à 7 millions d’années) et Orrorin (Orrorin tugenensis, Kenya, 6 millions d’années), et des australopithèques comme la fameuse Lucy (Ethiopie, 3,2 millions d’années).
Cailloux de quartzite
Le genre Homo, lui, regroupe plusieurs espèces dont Homo rudolfensis, le plus ancien Homo connu après la découverte en 2015 d’une mandibule fossilisée et datée à 2,8 millions d’années. Vinrent ensuite H. Habilis et H. erectus, aujourd’hui disparues, et H. sapiens, la seule à avoir survécu. Selon le scénario actuel, notre espèce, apparue il y a au moins 315 000 ans, serait sortie d’Afrique voilà 175 000 à 200 000 ans. Mais bien avant elle, d’autres Homo ont tenté l’aventure.
L’étude publiée dans Nature a été conduite sur le vaste plateau de Lœss en Chine, au nord du pays, souvent considéré comme le berceau de l’agriculture et de la civilisation chinoises. En explorant ces sédiments de lœss (une terre meuble et fertile, formée d’éléments fins, jaunâtres, transportés par le vent), les auteurs n’ont trouvé aucun reste d’Homo. Mais dans 17 couches, ils ont découvert des cailloux taillés de quartzite (une roche formée de cristaux de quartz soudés). Ces outils archaïques témoignent de la présence répétée – pas nécessairement continue – d’Homo sur une période qui s’étend de -2,1 millions à -1,3 millions d’années, assurent les auteurs.





















