vendredi 24 décembre 2021

L’homme de Neandertal modifiait déjà son environnement il y a 125 000 ans

Les modifications des écosystèmes ne sont pas l’apanage de notre civilisation moderne. Des archéologues de l’Université de Leyde aux Pays-Bas, et de l’Institut de recherches archéologiques Monrepos en Allemagne viennent de découvrir que l’homme de Neandertal a laissé son empreinte sur son environnement en modifiant son écosystème.

Qui est l’homme de Neandertal ?

L’homme de Neandertal est une espèce d’homme fossile, apparut en Europe il y a 300 000 ans et qui a disparut il y a environ 30 000 ans. Il tire son nom de l’endroit où les premiers ossements furent découverts, en 1856, dans la vallée de Neander à l’ouest de l’Allemagne.

Cette espèce d’hominidés n’était pas notre descendant, mais plutôt une espèce différente qui connaissait le feu et taillait des pierres pour en faire des outils et des armes. Ils chassaient le mammouth et furent également les premiers « hommes » à montrer un intérêt particulier pour le « sacré » puisqu’ils enterraient leurs morts.

L’homme de Neandertal était le contemporain de l’Homo sapiens, plus communément appelé « l’homme moderne », c’est-à-dire, les humains qui peuplent actuellement la planète. L’homme de Neandertal a aussi cohabité avec l’homme de Cro-Magnon et l’homme de Denisova, découverts dans les montagnes de l’Altaï en Sibérie. Cette cohabitation entre plusieurs espèces d’hominidés à durer plusieurs centaines de milliers d’années. Les scientifiques supposent que des croisements ont eu lieu entre l’homme de Neandertal et d’autres espèces comme l’Homo sapiens ou l’homme de Denisova.

En ce qui concerne ces caractéristiques, l’homme de Neandertal possédait un cerveau de 15 % à 20 % plus gros que celui de l’Homo sapiens. Son crâne était étiré vers l’arrière et présentait un front fuyant, une face prognathe - la mâchoire inférieure faisant saille vers l’avant - et de gros bourrelets osseux sus-orbitalaires. Par rapport à l’homme de Cro-Magnon, le néandertalien était plus trapu. Ce sont des caractéristiques physiques qui étaient probablement une adaptation aux conditions climatiques froides dans lesquelles il vivait.

Des recherches archéologiques dans une carrière de lignite

C’est lors de fouilles archéologiques en Allemagne, près de la commune de Neumark, dans une ancienne carrière de lignite – une roche sédimentaire constituée de plantes fossilisées -, que les scientifiques de l’université de Leyde et leurs collègues allemands ont découvert que l’homme de Neandertal a modifié son environnement de manière durable. Ils ont découvert les restes d’outils en pierre sous la forme de milliers d’artefacts, des fragments d’os et des centaines de dépouilles d’animaux abattus, mais aussi de grosses quantités de charbon de bois présageant l’utilisation du feu.

Il y a 125 000 ans, en pleine période interglaciaire, cette zone était une région extrêmement boisée, composée de milliers d’arbres à feuilles caduques, qui s’étendait à des pays actuels comme les Pays-Bas et la Pologne. Le paysage était essentiellement composé de bouleaux et de pins. De nombreux animaux comme des chevaux, des cerfs, des bovins, mais aussi des éléphants et des lions y vivaient.

Cette région était également caractérisée à l’époque par la présence de nombreux lacs. De nombreuses traces caractéristiques de la présence d’hominidés chasseurs-cueilleurs comme les néandertaliens ont été découvertes sur leurs rives.

Les néandertaliens abattaient des arbres

Les archéologues se sont rendu compte qu’au moment où l’homme de Neandertal occupait la région, la forêt n’était plus présente et laissait place à de vastes étendues ouvertes. Évidemment, la question est de savoir si c’est l’homme de Neandertal qui a créé ces « ouvertures » au sein de la forêt ou si ces espaces ouverts étaient présents lorsque les néandertaliens sont arrivés.

La réponse à cette question doit encore faire l’objet d’études, mais des recherches entamées par un paléobotaniste de l’Université de Leyde laissent penser que c’est l’homme de Neandertal qui a bien modifié le paysage ! Ces recherches sur d’autres lacs de la région ont montré que là où il n’y avait pas de traces de l’homme de Neandertal, la forêt était restée dense et intacte.

De nombreux archéologues pensent que les humains ont commencé à façonner leur environnement, par exemple en abattant des arbres pour créer des champs, bien plus tôt qu’il y a 10 000 ans lorsqu’ils se sont mis à l’agriculture. Les résultats de cette recherche, qui vient d’être effectuée près de Halle en Allemagne, prouvent bien que les hominidés ont commencé bien plus tôt dans l’histoire de l’humanité. Cette découverte apporte également une nouvelle vision sur le comportement de l’homme de Neandertal. Il n’est plus seulement un simple chasseur-cueilleur, mais il devient un hominidé qui transforme et façonne l’environnement dans lequel il vit.

D’autres recherches ont également démontré que l’homme de Neandertal connaissait bien le feu puisque son usage a débuté il y a au moins 400 000 ans. Cela signifie peut-être que les hominidés ont eu un impact sur leur environnement bien avant l’homme de Neandertal. Seules d’autres recherches et d’autres découvertes pourront le confirmer.

Source : Sciences et Vie du 20/12/2021

mardi 14 décembre 2021

Voici comment notre lignée a acquis son pouce opposable (donc sa culture)

Une simulation inédite du fonctionnement de la main de nos ancêtres de la lignée Homo montre que le pouce opposable, responsable de notre dextérité manuelle et notre développement technique, est apparue il y a 2 millions d'années.

Quand on parle d'évolution du genre Homo, une lignée apparue voici entre 2,5 et 3 millions d'années qui aujourd'hui se réduit aux seuls êtres humains (Homo sapiens), on associe souvent l'apparition d'une culture à l'invention de techniques - notamment de taille de pierre -, la complexification culturelle semblant aller de paire avec le développement technique.

Au centre de ce double processus se trouve l'amélioration de la dextérité physique de nos ancêtres, et finalement, tout se résume à deux mots : pouce opposable.

C'est bien à ce trait anatomique que nous devons toute notre capacité à développer des outils, lesquels ouvrent à de nouvelles connaissances, qui produisent de nouveaux outils et ainsi de suite... jusqu'à l'ordinateur quantique !

Sans aller si loin, les paléontologues soupçonnent une causalité entre l'apparition dans notre lignée des pouces opposables, des outils et objets manufacturés et la propension des différentes espèces Homo à développer une culture technique et au-delà.

Or aucun de ces outils n'aurait pu exister si la sélection naturelle n'avait choisi le trait physique du pouce opposable. Mais quand l'a-t-elle fait ?

Une équipe de chercheurs vient de répondre grâce à une nouvelle technique d'analyse, la simulation anatomique 3D des différentes mains de nos ancêtres.

Pour les chercheurs l'apparition du pouce opposable, du moins sous une forme suffisamment évoluée, daterait d'environ 2 millions d'années, alors que l'hypothèse en cours tablait sur une apparition il y a 2,5 millions d'années. Cela exclue les Australopithèques - une lignée très proche d'Homo.

Musculus opposens pollicis

Les chercheurs ont en effet conçu une simulation fine et tridimensionnelle reproduisant l'anatomie et les mouvements des os du pouce, qui intègre le muscle principal contrôlant le pouce opposé - le musculus opposens pollicis.

Ils ont en effet passé au crible de leur simulation des fossiles appartenant à 8 spécimens différents, dont des Australopithèques datés de 4 à 2 millions d'années, des Homininés anciens (lignée Homo) d'environ 2 millions d'années, des Néandertaliens, un Homo naledi (espèce de petite taille et faible volume crânien) vieux d'environ 300 000 ans, des Homo sapiens d'il y a 130 à 23 mille ans et de nos jours.

La simulation des tissus mous (muscles) sur la structure des os du pouce montre que l'anatomie de la main d'un Australopithèque ne réalisait pas une opposition suffisante. A partir de ces simulations et d'une analyse statistique fine, les chercheurs ont conclu que la sélection naturelle avait accompli la majeure partie de son œuvre sur le pouce voici 2 millions d'années.

"Une dextérité manuelle accrue sous la forme d'une opposition efficace du pouce a été l'une des premières caractéristiques déterminantes de notre lignée, offrant un formidable avantage adaptatif à nos ancêtres, a déclaré à la presse Katerina Harvati, cosignataire de l'étude. C'est probablement un élément crucial sous-jacent au développement d'une culture complexe au cours des 2 derniers millions d'années".

Source : Sciences et Vie du 11/12/2021

jeudi 2 décembre 2021

Ces empreintes datant de 3,7 millions d'années n'ont pas été faites par un ours !

Des traces de pas préhistoriques en Tanzanie ont été attribuées à un ours il y a plusieurs décennies. Leur comparaison avec des empreintes d'espèces actuelles révèle à présent qu'elles ont été faites par un homininé encore non identifié !

Quand des représentants de la lignée humaine ont-ils commencé à se déplacer debout ? L'adoption d'une posture érigée est l'un des événements qui caractérisent la trajectoire empruntée par la lignée humaine au cours de son évolution. L'analyse de la morphologie des restes osseux permet aux anthropologues de supposer que certaines espèces pouvaient adopter, même partiellement, la bipédie. Ces indices sont par exemple la position du trou occipital au centre du crâne ou encore un bassin large et bas. Cependant, ces indices pointant vers une démarche bipède ne permettent que de supposer l'existence d'un tel comportement. La découverte d'empreintes de pas préhistoriques permet en revanche de déterminer avec certitude à quelle période les premiers membres de la lignée humaine ont marché debout. Les plus anciennes traces de pas de ce type ont été découvertes en 1978 à Laetoli, en Tanzanie, et ont été datées d'il y a 3,66 millions d'années. Elles ont été attribuées à l'espèce Australopithecus afarensis dont le spécimen le plus connu est Lucy.

Un autre ensemble d'empreintes de pas a également été découvert à proximité de ces derniers en 1976, au niveau d'un site nommé site A. Il avait été attribué à un homininé mais présentait des similitudes troublantes avec celles d'un ours et pour cette raison il n'a pas été considéré comme ayant une importance majeure par les anthropologues. Ces empreintes se croisaient notamment le long de l'axe de marche, ce qui n'est pas observé lors d'une démarche bipède et leur morphologie interne n'avait jusqu'alors jamais été observée car ces empreintes n'avaient pas été « nettoyées ». Puisque les dernières analyses de ces empreintes datent de plus de quatre décennies, une équipe de recherche les a réétudiées avec des techniques modernes et a publié ses résultats dans la revue Nature.

Plusieurs espèces d'homininés sur le même site

Les auteurs de l'étude ont commencé par ôter la matrice qui s'était déposée dans l'empreinte afin de faire apparaître les empreintes de doigts. Afin de déterminer quel fut l'animal auteur de ces empreintes, l'équipe de recherche les a comparées avec des empreintes d'ours noirs, de chimpanzés (avec des comportements bipède et quadrupède) et d'humains (avec et sans chaussures et sur différents substrats). Elle a également observé le comportement d'ours bruns et rapporté qu'en plus de 50 heures de vidéo, un seul avait adopté une marche bipède sans assistance et ce durant quatre pas.

les empreintes du site A (en haut) diffèrent de celles attribuées à Afarensis (en bas)

Les auteurs en ont donc déduit qu'il était peu probable que les empreintes du site A aient été faites par un ursidé, d'autant plus que parmi les 25.000 fossiles d'animaux trouvés à proximité, aucun ne provient d'un ursidé. La comparaison des empreintes a permis aux auteurs de suggérer que celles du site A ont été faites par un individu qui faisait de petits pas, comme cela aurait été le cas d'un humain marchant lentement ou sur une surface glissante.

L'empreinte du talon est également plus large que celle des ours et des chimpanzés et aucune trace de griffes n'a été décelée. Les empreintes « croisées » sur le site A ont ainsi pu être réalisées par un homininé tentant de retrouver son équilibre. Ces empreintes du site A diffèrent néanmoins de celles d'A. afarensis trouvées à proximité, ce qui permet aux auteurs de suggérer que plusieurs espèces d'homininés ont coexisté à Laetoli.

Source : Futura Sciences du 02/12/2021

mercredi 1 décembre 2021

Paléontologie : au côté de Lucy, d’autres bipèdes passés sous silence ?

Une équipe internationale a réexaminé des empreintes de pas trouvées dans les années 1970 en Tanzanie et tombées dans l’oubli. Ces cinq traces, conservées dans la cendre, semblent indiquer l’existence d’une autre espèce bipède, en plus de celle de Lucy.

1976, Laetoli, au milieu de la savane tanzanienne. Dans le tuf volcanique, cinq empreintes de pas sont découvertes. « Étranges » et « bizarrement formées », les larges empreintes ressemblent à celles d’un ursidé (la famille des ours) qui se déplacerait sur ses deux pattes arrière.

Des traces voisines attribuées à l’espèce de Lucy

Deux ans plus tard, la mise au jour d’un autre jeu d’empreintes à proximité et identifiées comme appartenant à un australopithèque afarensis, la même espèce que la célèbre Lucy, fait oublier les traces précédentes difficilement attribuables. La datation du site de Laetoli à plus de 3,6 millions d’années met en ébullition : la bipédie remonte au moins à cette époque, bien avant l’augmentation de la taille du cerveau dans le genre Homo.

Depuis, d’autres découvertes, dont celle de l’homme de Toumaï au Tchad en 2001, sont venues épaissir le mystère de l’émergence de la bipédie. D’où un intérêt retrouvé pour les étranges empreintes de Laetoli, réexaminées en 2019.

Une équipe internationale les a comparées à celles des ours noirs, des chimpanzés et des humains. Comme on pouvait s’y attendre, compte tenu de l’absence de fossiles d’ursidés dans la région, les empreintes ne correspondent pas à un ours, d’après leurs résultats publiés le 1er décembre dans la revue scientifique Nature.

Une démarche lente avec les pieds croisés

Plus proches de ceux du chimpanzé ou de l’homininé (sous-famille des Hominidés), ces cinq pas sont également différents dans leur morphologie de ceux d’un australopithèque afarensis. Si les chercheurs n’excluent pas l’hypothèse d’un jeune australopithèque, leurs analyses privilégient l’existence d’une autre espèce bipède. « Les proportions du pied, les paramètres de la démarche et les reconstitutions 3D de la morphologie indiquent que deux homininés différents ont coexisté à Laetoli, australopithèque afarensis et un autre », décrivent les paléobiologistes.

À quoi pouvait ressembler ce cousin tanzanien de l’Éthiopienne Lucy ? Avec une taille de 101 à 104 centimètres, il était légèrement plus petit. Sa démarche, très lente, se faisait en croisant un pied devant l’autre. Ses pieds, larges et courts, présentaient un pouce plus indépendant que les pieds modernes. La question de savoir s’il s’agissait d’une bipédie exceptionnelle reste ouverte. Si l’existence de cette autre espèce d’homininés était confirmée, cela voudrait dire qu’elle a cohabité à la même époque et sur les mêmes lieux que les australopithèques afarensis.

Source : La Croix du 01/12/2021

mardi 30 novembre 2021

Découverte des plus anciens fossiles de Dénisoviens

Une équipe d’anthropologues annonce avoir déterré les plus anciens fossiles de Dénisoviens à ce jour. Avec ces ossements vieux de 200 000 ans, les chercheurs ont également découvert pour la première fois des artefacts en pierre liés à ces parents éteints de l’Homme moderne. Les détails de ces travaux ont été rapportés dans la revue Nature Ecology & Evolution.

Trois molaires, un morceau d’auriculaire, deux fragments de crânes et une mandibule : telles étaient les seules preuves de l’existence passée des Dénisoviens. Cinq de ces fossiles ont été déterrés dans la grotte de Denisova, en Sibérie, tandis que l’un d’entre eux fut déterré en Chine. Ces quelques restes tous datés à entre 122 000 à 194 000 ans nous ont tout de même permis de déterminer plusieurs points.

D’une part, les Dénisoviens sont les plus proches parents connus de l’Homme moderne avec les Néandertaliens et ils auraient pu être autrefois répandus en Asie continentale, en Asie du Sud-Est insulaire et en Océanie. D’autre part, que Dénisoviens et Néandertaliens ont divergé il y a environ 744 000 ans avant de cohabiter. Enfin, nous savons également qu’au moins deux groupes distincts de cette espèce se sont croisés avec les ancêtres des humains modernes.

Entrée de la grotte de Denisova

Désormais, les chercheurs ont découvert trois autres fossiles appartenant à cette espèce, toujours dans la même grotte de l’Altaï. D’après les premières analyses, ces restes auraient environ 200 000 ans. Ce sont donc les plus anciens ossements de Dénisoviens jamais découverts.

Des ossements, mais aussi des outils

Dans le cadre de cette nouvelle étude, l’équipe de Katerina Douka, de l’Université de Vienne (Autriche), a examiné 3 791 fragments d’os de la grotte. Parmi ces restes, seuls cinq ossements étaient « humains » et quatre d’entre eux contenaient suffisamment d’ADN pour révéler leur identité. L’un était Neandertal, tandis que les trois autres étaient de l’espèce Denisova. Sur la base de similitudes génétiques, deux de ces fossiles peuvent provenir d’une même personne ou d’individus apparentés.

En plus de ces ossements, la couche de terre dans laquelle ils étaient contenus abritait également une multitude d’artefacts en pierre, pour la plupart des outils de grattage. Ces restes très précieux pourraient alors nous en apprendre davantage sur la vie et le comportement de ces anciens cousins. « C’est la première fois que nous pouvons être sûrs que les Dénisoviens sont les créateurs de vestiges archéologiques« , rapporte Katerina Douka.

À leur époque, il y a environ 200 000 ans, les chercheurs suggèrent que ces individus évoluaient dans un climat comparable à celui d’aujourd’hui au milieu de forêts de feuillus et de steppes ouvertes. D’après, les restes d’animaux retrouvés sur place, ces anciens cousins se nourrissaient probablement de cerfs, de gazelles, de chevaux, de bisons et de rhinocéros laineux. « Nous pouvons en déduire que les Dénisoviens étaient bien adaptés à leur environnement, utilisant toutes les ressources à leur disposition« , poursuit l’anthropologue.

En outre, les restes osseux de loups et de chiens sauvages retrouvés dans la même suggèrent que ces individus devaient probablement rivaliser avec ces prédateurs pour les proies, et peut-être même pour la grotte elle-même.

Pour l’heure, les fouilles se poursuivent. L’équipe espère évidemment tomber sur d’autres ossements appartenant à cette espèce encore très mystérieuse.

Source : SciencePost du 30/11/2021

dimanche 28 novembre 2021

142.000 ans : la plus ancienne parure du monde vient d'être découverte

Mis au jour au Maroc, un ornement préhistorique composé de coquillages marins pourrait être la plus ancienne parure rencontrée à ce jour.

S’agissait-il d’un collier ? De bracelets ? De perles cousues sur un support ? D’une ceinture ? La plus ancienne parure de coquillages jamais découverte vient d’être extraite de la grotte de Bizmoune, un gisement archéologique situé dans le Jebel Lahdid, à une vingtaine de kilomètres d’Essaouira, au sud-ouest du Maroc. "Dans des sédiments de 142.000 ans, datés par l’utilisation de la méthode Uranium-Thorium [qui mesure la vitesse de désintégration de l’uranium, NDLR], nous avons en effet mis au jour plus de 32 coquilles façonnées et percées représentant les éléments d’une parure préhistorique", explique Philippe Fernandez (CNRS, Université Aix-Marseille). Chercheur au Laboratoire Méditerranéen de Préhistoire Europe Afrique (LAMPEA,UMR 7269), il cosigne dans la revue Science Advances le détail de cette découverte et les travaux menés en collaboration avec une équipe internationale co-dirigée par Abdeljalil Bouzouggar de l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (Insap) de Rabat (Maroc), et de Steven L. Kuhn, de l’Université d’Arizona (Tucson, Etats-Unis).

Des coquilles de gastéropodes marins

"Il s’agit de coquilles d’un gastéropode marin dont les traces de perforations, d’usure par suspension ainsi que de patine ont été mises en évidence grâce à des observations microscopiques à hautes résolutions, poursuit le paléontologue interrogé par Sciences et Avenir. Nous avons trouvé la majorité de ces perles entre 2016 et 2019 ; depuis, d’autres coquilles sont venues compléter cet ensemble de 32 éléments." Certaines portent encore des résidus d’ocre rouge. Elaborés à partir de coquilles de Tritia gibbosula, une espèce de gastéropode marin, ces vestiges sont l’œuvre de populations d’Homo sapiens. Sans doute les ancêtres des groupes atériens, du nom d’une culture présente dans cette région de l’Afrique du Nord dès 130.000 ans.

De longues marches étaient nécessaires pour récolter ces coquillages

Ils repoussent surtout de près de 20.000 ans l’existence des plus vieux ornements corporels connus jusque-là. Parmi ces derniers, citons les coquilles marines de Tritia gibbosula exhumées sur le site côtier marocain d’El Mnasra, près de Rabat (110.000 ans) ; celles des Glycymeris insubrica datées de 120.000 ans rencontrées dans la grotte de Skhul, et les niveaux les plus récents du site de Qafzeh, en Israël ; celles de Nassarius kraussianus exhumées en Afrique du Sud, sur les gisements de Blombos (75.000 ans) et Sibudu (77.000 ans) ; ou encore cet exemplaire du genre Conus coloré d’ocre, retrouvé à proximité d’une sépulture d’enfant à Border Cave, toujours en Afrique du Sud (74.000 ans).

Les personnes porteuses de ces objets cherchaient-elles à seulement parer leurs corps ? Marquer leur appartenance à une communauté ou à un statut social ? Toujours est-il qu’elles n’hésitaient pas à faire de longues marches pour collecter ces précieux coquillages. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs qui évoluaient au milieu d’une faune abondante (oryx, chevaux, rhinocéros, phacochères, gazelles, hippotragues ou autres antilopes) ont par exemple parcouru une cinquantaine de kilomètres depuis Bizmoune pour rejoindre le littoral de l'Atlantique, alors plus éloigné que la côte actuelle.

Source : Sciences et Avenir du 26/11/2021

samedi 27 novembre 2021

L'Arabie serait le second berceau de l'humanité

L'Arabie, grande oubliée de l'archéologie préhistorique, retrouve peu à peu ses lettres de noblesse : loin de l'impasse hostile que nous avions imaginée, la péninsule, rythmée par des épisodes verdoyants, aurait elle aussi vu les tout premiers humains prospérer. L'histoire du second berceau de l'humanité se précise enfin.

Cimetière des éléphants", "no man's land", "cul-de-sac"… L'Arabie, ou péninsule Arabique, dominée par une vaste mer de sable, paraît bien peu accueillante. Comment les tout premiers humains auraient-ils pu survivre dans cet enfer ? De fait, l'archéologie préhistorique a longtemps négligé l'Arabie, simple escale dans les grandes migrations humaines, sas emprunté à la va-vite. Juste après leur sortie d'Afrique, les populations l'auraient peut-être enjambée via le Levant, pour atteindre l'Eurasie plus clémente. À moins qu'elles aient sillonné "l'autoroute du sud" sans s'arrêter, longeant les côtes depuis l'Afrique du Sud-Est, passant par la mer Rouge, l'actuel Yémen et le golfe Persique, puis l'Asie. Mais quelle que soit la route empruntée, la presqu'île arabe, trop farouche, n'aurait, elle, jamais été peuplée. "Elle a toujours été tenue à l'écart de la scène principale de l'évolution humaine, acquiesce Eleanor Scerri, archéologue à l'Institut Max-Planck pour la science de l'histoire humaine. On la considérait comme un désert stérile où les humains n'auraient pas pu vivre avant la domestication des animaux et des cultures."

Une gigantesque oasis

Oui mais voilà : imaginez cette fois une Arabie verte, luxuriante, parsemée de prairies et de savanes arborées, avec des lacs se formant entre les dunes, et des réseaux de rivières se dessinant dans les terres… Imaginez une gigantesque oasis ! Car c'est bien cette Arabie-là que les reconstitutions paléoclimatiques dévoilent. En se penchant sur les dépôts sédimentaires de milliers de paléo-lacs jusque-là ignorés, identifiés grâce aux images satellites, des pionniers ont pu montrer qu'il y a des centaines de milliers d'années, le climat aride de la péninsule était rythmé de phases humides. Ce qui chamboule toute notre histoire : les premiers humains auraient pu occuper la péninsule pendant ces fenêtres d'opportunité climatique qui courraient sur des dizaines de milliers d'années, faisant de l'Arabie l'antichambre des futures pérégrinations de nos ancêtres.

C'est donc une toute nouvelle version de la sortie d'Afrique qui s'écrit, et qui se précise grâce à la récente découverte d'un site inédit dans le désert du Néfoud, baptisé Khall Amayshan (KAM 4). Une série de lits de paléo-lacs, interrompus par des épisodes de sécheresse et chacun associé à une industrie lithique (ensemble des objets en pierre transformés par l'humain) différente, témoignent d'occupations périodiques de la péninsule par plusieurs espèces humaines. Et ce sur une période de 400 000 ans !

" C'est la première fois que l'on trouve des preuves aussi anciennes du passage humain en Arabie, sur une période aussi longue, et sur un site datable réunissant sédiments lacustres, culture matérielle et même fossiles d'animaux, s'enthousiasme Rémy Crassard, archéologue préhistorien au CNRS et spécialiste de la péninsule Arabique. Ce site est essentiel parce qu'il fait la synthèse des avancées de cette dernière décennie." Des avancées qui étaient jusqu'ici restées modestes, car l'aridité de la région, même intermittente, empêche la préservation des fossiles et la datation des pierres taillées : il y a très peu de sédimentation, de végétation pour fixer les sols, et les vents causent une forte érosion. Les ossements disparaissent, et les silex se retrouvent en surface, sans contexte archéologique pour les dater… Résultat : à peine une quinzaine de sites datés, contre des milliers en France, un vide archéologique entre - 55 000 ans et - 12 000 ans, et un registre fossile humain se limitant à une phalange d'environ 85 000 ans.

Mais, coup de chance ! À Khall Amayshan, les sédiments lacustres anciens ont formé une couche de protection très résistante assurant la conservation des vestiges. Cinq paléo-lacs - légèrement décalés à cause du déplacement des dunes au fil des millénaires - se seraient formés successivement il y a approximativement 400 000, 300 000, 200 000, 130 000 à 75 000, et 55 000 ans avant notre ère, d'après les datations par luminescence, qui permettent d'estimer la dernière exposition d'un minéral à la lumière. Dans ces sédiments anciens, toujours pas de fossiles humains, mais des fossiles d'autres vertébrés comme des espèces éteintes de bovins qui pouvaient peser jusqu'à 2 ou 3 tonnes, ou encore des chevaux, des antilopes et des autruches. "Mais le plus intéressant reste les fossiles d'hippopotames, note Michael Petraglia, archéologue à l'Institut Max-Planck et auteur principal de l'étude parue sur KAM 4. Ces mammifères semi-aquatiques montrent que nous avions bel et bien des lacs profonds et permanents pendant les phases d'humidité." Autre intérêt de ces fossiles : il s'agit d'espèces africaines, venant probablement du Sahara verdoyant de cette période. Elles auraient voyagé avec les premiers humains, de petits groupes de chasseurs-cueilleurs qui les traquaient pour subsister. Ces espèces africaines auraient même pu être le moteur principal des dispersions humaines, suggère Michael Petraglia.

CHRONOLOGIE

  • - 400 000 ans

Ces larges bifaces typiques de la culture Acheuléenne servaient d'outils à tout faire. Ils sont similaires à ce que produisaient d'anciennes espèces d' Homo , comme Erectus .

  • - 300 000 ans

Si ces outils sont similaires à ceux de - 400 000 du point de vue technique, 100 000 ans les séparent ! L'érosion leur a donné l'aspect d'objets naturels.

  • - 200 000 ans

Changement de technique, et donc possiblement d'espèce humaine, avec un type de débitage Levallois similaire à ce que faisait alors Homo sapiens en Afrique.

  • - 130 000 / -75 000 ans

Utilisés comme armes de chasse, ces objets sont semblables à ceux de -200 000, avec un débitage Levallois centripète : les éclats convergent vers le cœur de la pierre.

  • - 55 000 ans

Ce débitage Levallois, unidirectionnel, produit des pointes idéales comme projectiles. Neandertal utilisait cette technique dans le Levant : aurait-il occupé l'Arabie ?

Source : Sciences et Vie du 26/11/2021

jeudi 25 novembre 2021

L'australopithèque qui marchait comme un humain

Les premiers hominidés utilisaient leurs membres supérieurs pour grimper comme des singes et leurs membres inférieurs pour marcher comme des humains. C'est ce que montre l'analyse de vertèbres d'Australopithecus sediba, vieux de 2 millions d'années et découvert en Afrique du sud.

Oh la jolie lordose ! La courbe orientée vers l'avant des vertèbres dorsales d'Issa, ("protectrice" en swahili), une femelle Australopithecus sediba vieille de 2 millions d'années découverte en Afrique du Sud, a complètement fait chavirer ses découvreurs et découvreuses. Elle atteste que cette hominine, dont l'espèce a été décrite pour la première fois en 2010, "marchait tranquillement sur ses deux pieds, en bonne bipède, comme une humaine", explique le professeur Scott Williams de l'Université de New York et de l'Université Wits.

Des ossements découverts en 2015

L'analyse des vertèbres (voir l'image ci dessous), facilitée par un passage au scanner, vient d'être publiée dans la revue e-Life. Les précieux ossements ont été découverts en 2015 lors des fouilles d'une piste minière longeant le site de Malapa sur le site du patrimoine mondial du "Cradle of Humankind" (Berceau de l'humanité), au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du Sud).

Les vertèbres (en couleur) d'Australopithecus sediba forment une courbe orientée vers l'avant, comme chez les humains bipèdes.

Un bas du dos différent des grands singes ou des néandertaliens

"La région lombaire est essentielle pour comprendre la nature de la bipédie chez nos premiers ancêtres et pour comprendre à quel point ils étaient bien adaptés à la marche sur deux jambes", explique Scott Williams, premier auteur de l'article. "Les séries associées de vertèbres lombaires sont extraordinairement rares dans les archives fossiles d'hominidés, on n'a trouvé que trois apophyses épineuses [ces ailettes qui servent de point d’ancrage aux ligaments, NDLR] comparables à celles d'Issa dans l'ensemble des archives fossiles africaines! Les travaux montrent que l'A.sediba possédait bien 5 vertèbres lombaires, comme les humains et qu'elle présentait une lordose plus marquée que celle de tout autre australopithèque. "Cela démolit des analyses antérieures, menées par d'autres équipes, qui suggéraient que les A.sediba avaient une colonne vertébrale aussi droite que celle des singes, ou des lordoses faiblement marquées, comme les néandertaliens ou d'autres espèces plus primitives d'anciens hominidés âgés de plus de deux millions d'années", jubile le professeur Lee Berger, de l'Université du Witwaterstrand, qui dirige les fouilles de Malapa.

"D'autres caractéristiques du squelette suggèrent une puissante musculature du tronc, peut-être pour des comportements arboricoles", ajoute la professeure Gabrielle Russo de l'Université Stony Brook, co-auteure de l'étude. A.sediba avait conservé des aptitudes réelles à l'escalade et la brachiation (voir la reconstitution ci-contre).

L'une des principales questions en suspens sur les origines des premiers Homo consiste à savoir quand et pourquoi ils ont abandonné cette combinaison de traits pour ne conserver que la bipédie.L'étude conclut que A. sediba est une forme transitionnelle d'ancien parent humain et que sa colonne vertébrale est clairement de forme intermédiaire entre celles des humains modernes (et des Néandertaliens) et des grands singes. Comme le résume Lee Berger: "Issa marchait comme un humain, mais pouvait grimper comme un singe" .

Source : Sciences et Avenir du 24/11/2021

vendredi 5 novembre 2021

Afrique du Sud : des fossiles relancent l’énigme sur de lointains cousins de l’humain

La découverte de fossiles d'un crâne d'enfant dans une grotte en Afrique du Sud, annoncée jeudi par des anthropologues, relance l'énigme autour de lointains cousins de l'humain, baptisés Homo naledi, dont les premières preuves d'existence avaient remis en cause certaines théories sur l'évolution.

Vingt-huit fragments d'un crâne minuscule et six petites dents ont été trouvés à Maropeng, près de Johannesburg. Depuis des années, le très riche site archéologique du "berceau de l'humanité", truffé de grottes et de fossiles de préhumains et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un trésor d'informations pour les anthropologues.

Les restes ont été retrouvés dans une alcôve quasi inaccessible, au bout de passages mesurant parfois seulement 10 cm de large. Mais pour l'Homo naledi, se déplacer dans la grotte était sans doute plus facile, selon un des scientifiques qui a participé à la découverte: plus petits, ils étaient aussi "de meilleurs grimpeurs", a expliqué à l'AFP Tebogo Makhubela.

"Le véritable mystère au sujet de cette enfant est de savoir pourquoi elle s'est retrouvée là", a déclaré Lee Berger, le scientifique à la tête des recherches. "Quelque chose d'étonnant s'est passé dans cette grotte il y a 200 000 à 300 000 ans". Bien que les scientifiques désignent l'enfant au féminin, son sexe n'a pas été déterminé.

Des ossements de quinze individus de cette ancienne espèce humaine avaient déjà été retrouvés dans un autre endroit du site en 2015. L'espèce surnommée "étoile" en sotho, une langue locale sud-africaine, avait été classée dans le genre Homo auquel appartient l'Homo sapiens.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Une datation avait déterminé qu'il aurait vécu au début de ce que est considéré comme le début de l'ère de l'humain moderne et aurait donc pu être contemporain des premiers Homo sapiens. Cette théorie remettant en cause les lectures linéaires de l'évolution de l'humanité avait suscité la controverse dans la communauté scientifique.

Les restes de l'enfant, surnommée Leti d'après un mot setswana qui signifie "le perdu", ont été découverts à distance des précédents ossements. Les scientifiques pensent qu'ils ont pu être volontairement laissés là par ses congénères, peut-être au cours d'un rite funéraire.

Si cette théorie était confirmée, cela ferait remonter les preuves de pratiques de rites et sans doute aussi de croyances, à un quart de millions d'années. Jusqu'à présent, les plus anciens rituels connus d'hominidés associés à la mort remontent à entre 50 000 et 100 000 ans.

Aucun autre os n'a été trouvé. Le crâne ne présentait aucune marque, comme ceux qu'aurait pu laisser une attaque par un carnivore. Les chercheurs trouvent rarement des restes fossilisés d'enfants, car leurs os sont trop fins et trop fragiles pour résister au temps.

L'enfant était probablement âgé de quatre à six ans lorsqu'il est mort. Ses dents de lait étaient encore intactes, les dents adultes commençant seulement à apparaître.

Cette découverte pourrait permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre Homo, ancêtre direct de l'humain. Elle a été publiée dans la revue PaleoAnthropology.

Source : Radio Canada du 04/11/2021

dimanche 31 octobre 2021

Une nouvelle espèce humaine vient d'être définie

Une nouvelle espèce d'hominine vient d'être définie pour caractériser les humains du Pléistocène moyen en Afrique. Homo heidelbergensis et Homo rhodesiensis sont des espèces mal définies, que des auteurs suggèrent de supprimer.

La définition d'une espèce fossile fait l'objet de perpétuels débats. La définition communément admise afin de définir une espèce biologique est celle énoncée par Ernst Mayr en 1942, qui stipule que deux individus appartiennent à une même espèce s'ils sont potentiellement interféconds et s'ils sont « reproductivement isolés des autres groupes ayant les mêmes propriétés ». Cette définition ne résout bien sûr pas toutes les questions d'attribution d'espèces, notamment lorsqu'il est impossible de vérifier en pratique si deux individus morphologiquement proches mais géographiquement très éloignés peuvent se reproduire entre eux et donner une descendance fertile.

S'ils suivent cette définition de l'espèce biologique, les paléontologues et paléoanthropologues font face à un problème majeur car ils ne peuvent bien évidemment pas vérifier si des individus fossiles étaient interféconds. Ils utilisent donc les ressemblances morphologiques entre ces spécimens afin de les classer ou non au sein d'une même espèce. Il faut pourtant garder à l'esprit que les espèces sont définies par l'Homme pour une évidente raison de praticité, afin de les étudier. Dans la réalité biologique, les variations intraspécifique et interspécifique peuvent se chevaucher et les espèces font en réalité partie d'un continuum biologique. La limite morphologique entre des espèces fossiles est pour cette raison source de nombreux débats, notamment lorsqu'il s'agit de l'évolution de la lignée humaine.

En 2019, l'une des sessions de la conférence de l'American Association of Biological Anthropology a été consacrée à la définition de l'espèce Homo heidelbergensis. Dans une étude récemment parue dans le journal Evolutionary Anthropology Issues News and Reviews, les auteurs rappellent qu'à l'issue de cette session, aucun intervenant n'était satisfait par la définition de ce taxon, que la définition de cette espèce dépendait des personnes qui l'utilisaient et qui y incluaient donc différents fossiles, et qu'il était nécessaire de réévaluer la validité de H. heidelbergensis.

Un groupe ancestral à H. sapiens

Dans cette étude, le groupe de recherche propose d'abandonner les taxons H. heidelbergensis et H. rhodesiensis. Le premier devrait être assigné à H. neanderthalensis en raison de récentes données morphologiques et moléculaires et le second n'a jamais été très utilisé et est lié à Cecil Rhodes et au colonialisme anglais, des références que les paléoanthropologues ne souhaitent plus utiliser.

Les auteurs de l'étude proposent ensuite de définir l'espèce H. bodoensis, qui vivait au Pléistocène moyen ou Chibanien (-774.000 à -129.000 ans). Sa distribution géographique s'étendait à l'ensemble de l'Afrique mais également à l'est de la Méditerranée. Les auteurs expliquent que depuis cette zone, H. bodoensis a pu contribuer au repeuplement de l'Europe et peut-être de l'Asie centrale et de l'Est après les chutes démographiques liées aux glaciations.

L'espèce H. bodoensis a été définie d'après le crâne nommé Bodo 1, trouvé à Bodo D'ar, en Éthiopie et datant d'il y a 600.000 ans. Cette espèce ressemble à H. erectus ; elle a par exemple un centre de visage robuste et un prognathisme facial. Elle partage aussi des caractères avec H. sapiens qui sont une importante capacité crânienne et une voûte frontale large. Le volume crânien d'H. bodoensis est d'environ 1.250 cm3 et est compris entre ceux d'H. erectus et d'H. sapiens.

La définition d'H. bodoensis permet donc de reconnaître la variabilité morphologique et la distribution géographique des hominines du Chibanien et de décrire la morphologie unique d'un groupe distinct de Néandertal et ancestral à H. sapiens.

Source : Futura du 29/10/2021

samedi 30 octobre 2021

Pléistocène inférieur - Calabrien

Sur l'échelle des temps géologiques, le Calabrien est le second étage du Pléistocène. Il forme, avec le Gélasien qui le précède, le Pléistocène inférieur.

Historique

Le Calabrien a été défini pour la première fois par le français Maurice Gignoux en 1910.

Chronologie

Le Calabrien succède au Gélasien et précède le Pléistocène moyen. Il s'étend de 1,806 million d'années à 781 000 ans avant le présent.

Le début du Calabrien est défini par une strate de foraminifères planctoniques, et sa fin par la dernière inversion du champ magnétique terrestre de l'histoire géologique, dite inversion Brunhes-Matuyama.

À noter que le début de la période coïncide presque avec la fin de l'épisode magnétique d'Olduvaï, datée de 1,78 million d'années.

Source : Wikipedia

Pléistocène inférieur - Gélasien

Sur l'échelle des temps géologiques, le Gélasien est le premier étage du Pléistocène. Il forme, avec le Calabrien qui lui succède, le Pléistocène inférieur.

Dénomination

Son nom provient de la ville de Gela, en Sicile, en Italie.

Chronologie

Le Gélasien succède au Plaisancien et précède le Calabrien. Il s'étend de 2,588 à 1,806 millions d'années avant le présent.

Le début du Calabrien et du Pléistocène est défini par une inversion du champ magnétique terrestre, dite inversion Gauss-Matuyama, et sa fin par une strate de foraminifères planctoniques.

Source : Wikipedia

Pléistocène supérieur - Tarentien

Le Pléistocène supérieur est le dernier étage du Pléistocène. Il succède au Pléistocène moyen et précède l'Holocène.

Dénomination

Le terme de Tarentien est proposé pour cet étage. Son approbation formelle et celle du Point stratotypique mondial (PSM) marquant sa limite inférieure sont en cours d'évaluation à la Commission internationale de stratigraphie et à l'Union internationale des sciences géologiques (UISG). Le terme de Tarentien vient du nom latin Tarentum de la ville de Tarente, située dans le sud de l'Italie.

Chronologie

Le Pléistocène supérieur débute il y a environ 126 000 ans et s'achève il y a environ 11 700 ans. Le Greenlandien, premier étage de l'Holocène lui succède.

Les deux bornes du Pléistocène supérieur sont des bornes climatiques, mais de nature différente. Son début est défini par le maximum thermique de l'Éémien (une pointe de température), et sa fin par la remontée brutale des températures à l'issue du Dryas récent (une transition thermique).

Le Pléistocène supérieur commence au cours de la période tempérée de l'Éémien, durant quelque 11 000 ans, puis bascule il y a environ 115 000 ans dans la glaciation de Würm, dernière période glaciaire du Pléistocène.

Source : Wikipedia

Pléistocène moyen - Chibanien

Le Pléistocène moyen, renommé Chibanien en 2020, est le troisième étage du Pléistocène. Il est précédé des étages Gélasien et Calabrien et suivi du Pléistocène supérieur (ou « Tarentien »), quatrième et dernier étage de l'époque du Pléistocène. Le Pléistocène moyen a une durée d'environ 650 000 ans, entre −781 000 et −126 000 ans.

Le terme « Ionien », faisant référence à des affleurements sur la côte de la mer Ionienne, est proposé comme nom pour cet étage, mais le Point Stratotypique Mondial (PSM) qui définirait la base de cet étage n'est pas encore approuvé par les instances géologiques internationales (Commission stratigraphique internationale et Union internationale des sciences géologiques (UISG)).

Source : Wikipedia

mardi 26 octobre 2021

Les Négritos des Philippines, héritiers des Dénisoviens

Les Négritos des Philippines sont les populations qui ont le plus d’ADN hérité des Dénisoviens : jusqu’à 5 %.

Les Dénisoviens sont une forme humaine mise en évidence en 2010 par le séquençage de l’ADN préservé dans une phalange fossile découverte dans la grotte de Denisova, en Sibérie du sud. Entre 300000 et 50000 avant notre ère, tandis que les Néandertaliens évoluaient à l’ouest de l’Eurasie, les Dénisoviens en occupaient l’est, depuis la Sibérie jusqu’à l’Asie du Sud-Est. Quand la première vague d’Homo sapiens hors d’Afrique est arrivée en Asie, à partir de 80000, elle y a rencontré des groupes dénisoviens et s’est métissée. On pensait jusqu’ici que les Papous et les Aborigènes étaient les populations contemporaines possédant la plus grande proportion d’ADN hérité des Dénisoviens. L’équipe de Maximilian Larena, de l’université d’Uppsala, vient de montrer que ce sont en fait les Négritos des Philippines.

En Asie du Sud-Est, la première vague sapiens métissée avec les Dénisoviens est à l’origine des Négritos. Témoignage de la colonisation espagnole des Philippines – Négritos signifie « petits noirs » en espagnol –, ce terme désigne une multitude d’ethnies noires vivant dans les îles Andaman, dans la péninsule malaise et aux Philippines. Ils se sont pour partie fondus dans les vagues suivantes d’immigration sapiens, peu métissées avec les Dénisoviens, ce qui a « dilué » leur proportion d’ADN dénisovien. Aux Philippines, c’est surtout aux Austranésiens – des paysans-navigateurs arrivés d’Asie orientale vers 2000 avant notre ère –, que les Négritos se sont mêlés.

Les travaux de Maximilian Larena et de ses collègues précisent ce scénario et aident à reconstituer l’histoire démographique des Philippines. De grande ampleur, leur projet repose sur une alliance entre l’université suédoise d’Uppsala, la Commission nationale pour la culture et les arts des Philippines (NCCA), les communautés culturelles indigènes, les universités locales, les représentations locales du gouvernement philippin, les bureaux régionaux de la Commission nationale pour les peuples indigènes et nombre d’ONG. Grâce à ce réseau, les chercheurs ont pu analyser 2,3 millions de génotypes provenant de 118 groupes ethniques des Philippines, notamment de groupes négritos (du moins se considérant comme tels).

Il ressort de ces analyses que le degré d’hybridation avec les Dénisoviens varie d’une population négrito à l’autre, mais qu’il est inversement proportionnel au niveau de métissage avec les populations venues d’Asie du Sud-Est. C’est l’ethnie aeta magbukon, occupant la péninsule de Bataan, sur l’île de Luçon, qui possède à la fois le plus faible taux d’ADN provenant des populations d’Asie orientale – seulement de 10 à 20 % – et le plus haut taux d’ADN dénisovien du monde : près de 5 %. Ils possèdent ainsi 30 à 40 % d’ADN dénisovien en plus que les Papous, ou les Aborigènes australiens, dont on pensait jusqu’ici qu’ils étaient plus métissés avec les Dénisoviens.

Pour préciser encore plus l’histoire démographique philippine, les chercheurs ont modélisé les métissages successifs susceptibles d’avoir engendré la diversité génétique observée. Ils sont ainsi parvenus à la conclusion que les Négritos des Philippines ont bénéficié d’un premier flux génique en provenance de groupes dénisoviens il y a quelque 50 000 ans, puis une deuxième fois il y a environ 23 000 ans.

Ces résultats coïncident avec ceux obtenus par l’équipe de Lluis Quintana-Murci, de l’institut Pasteur et du Collègue de France, qui a étudié les gènes des Océaniens, une population originaire d’Asie orientale passée par l’Asie du Sud-Est. La population ancestrale des Océaniens aurait d’abord reçu un premier flux de gènes dénisoviens en Asie de l’est il y a quelque 46 000 ans ; puis, passant par l’Asie du Sud-Est, un second il y a quelque 25 000 ans.

Les Dénisoviens ont manifestement disparu en Extrême-Orient bien plus tard que les Néandertaliens en Occident : hier, à l’échelle de l’évolution.

Source : Pour la Science du 25/10/2021

lundi 18 octobre 2021

Ces empreintes de pas de préhumains auraient 6 millions d'années !

Les chercheurs n'en finissent pas de tenter de démêler l'histoire de nos origines. À partir de quelques ossements. Mais aussi d'empreintes de pas. Et de nouveaux travaux de datation pourraient une fois de plus venir bousculer les choses. Des traces de pas qui pourraient être les plus anciennes empreintes laissées par des hominidés.

En 2017, une équipe internationale de chercheurs découvrait, près du village de Trachilos, en Crète, des empreintes fossilisées qui ne tarderaient pas à faire parler d'elles. Pas moins d'une cinquantaine de traces de pas qui proviendraient de bipèdes. Plus encore, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines. Une première datation leur donnait alors au moins l'âge des empreintes attribuées à Australopithecus afarensis -- les pré-humains de la famille de Lucy -- découvertes en Tanzanie. Au moins 3,5 millions d'années.

Aujourd'hui, les chercheurs annoncent que des méthodes géophysiques et micropaléontologiques leur ont permis de préciser un peu plus l'âge des traces de pas retrouvées en Crète. Elles n'auraient finalement pas moins de... 6,05 millions d'années ! Ce qui en ferait les plus anciennes preuves directes de la présence d'hominidés. Et même si des interprétations différentes ont été proposées, les chercheurs maintiennent qu'aucun argument n'exclut aujourd'hui la possibilité que ces traces aient été laissées par des humains primitifs.

Cette trace de pas dans le sable est vieille de plus de six millions d’années. Elle pourrait être la plus ancienne empreinte d’hominidé jamais découverte.

À qui appartiennent ces empreintes ?

Ces empreintes de pas présentent une « boule » sous l'avant-pied et révèlent un gros orteil puissant et des orteils latéraux de plus en plus courts. Une plante de pied plus courte que celle de l'Australopithèque. Une cambrure pas encore prononcée. Et un talon étroit. Des caractéristiques considérées comme uniques aux hominidés combinées avec des traits génériques de primates. Les chercheurs n'excluent pas un lien avec Graecopithecus freybergi, un genre de primates de la famille des hominidés. Une équipe l'ayant localisé auparavant dans des gisements fossiles vieux de 7,2 millions d'années à seulement 250 kilomètres d'Athènes. Or la Grèce continentale était, à cette époque, reliée à la Crète via le Péloponnèse.

Les chercheurs montrent aussi les traces d'une désertification qui, à cette époque lointaine, aurait pu motiver une migration de mammifères européens vers l'Afrique. Y compris de primates. Puis, celui que les chercheurs connaissent sous le nom d'Orrorin tugenensis, considéré comme originaire du Kenya et le plus ancien pré-humain d'Afrique, se serait développé en parallèle d'un pré-humain européen. De quoi remettre une fois de plus en doute la théorie qui situe l'origine des hommes du côté de l'Afrique.

Source : Futura Sciences du 17/10/2021

samedi 16 octobre 2021

Une analyse de dents bouscule une théorie répandue sur l'origine des premiers Américains

Des scientifiques ont mené des analyses sur des dents d'Américains autochtones remontant jusqu'à 10.000 ans. Les résultats contredisent la théorie répandue selon laquelle les premiers habitants du continent américain provenaient du Japon et étaient apparentés au peuple Jōmon.

Les premiers humains sont arrivés bien plus tôt qu'on ne pensait sur le continent américain. C'est ce qu'a récemment démontré une étude menée sur des empreintes humaines identifiées au Nouveau-Mexique. Les analyses ont révélé que les traces de pas dataient de 23.000 ans, soit plus de 5.000 ans plus tôt que les scientifiques ne l'estimaient.

Aujourd'hui, c'est une nouvelle étude qui vient bousculer les théories sur l'histoire américaine. Ces recherches publiées ce mois-ci dans la revue PaleoAmerica se sont intéressées à l'origine des Américains autochtones (en anglais "Native Americans") . Et elles viennent contredire une hypothèse répandue sur les ancêtres des premiers habitants du continent.

Contrairement à ce que certains suggéraient, les premiers Américains ne proviendraient pas du Japon et ne serait pas apparentés au peuple Jōmon qui vivaient dans la région il y a 15.000 ans. A la même période où, selon le scénario jusqu'ici supposé, des humains auraient cheminé de l'Asie en Amérique en passant par le pont terrestre qui existait au niveau du détroit de Béring.

Des observations ont mis en évidence plusieurs similarités entre des outils en pierre, notamment des pointes de flèche, découverts sur des sites amérindiens et jōmon. Des chercheurs avaient ainsi émis l'hypothèse que les ancêtres des Américains autochtones pouvaient être des populations japonaises de chasseurs-cueilleurs, comme le peuple Jōmon, ayant gagné l'Amérique.

Etudier les dents pour explorer l'origine des populations

Cette théorie était toutefois loin de convaincre G. Richard Scott, anthropologue de la University of Nevada, et ses collègues. "Les parallèles culturels ne sont pas rares", a expliqué le scientifique à Live Science. "Les peuples peuvent s'emprunter des idées ou aboutir indépendamment à des solutions similaires face aux mêmes problèmes".

Restait à en trouver des preuves. Pour y parvenir, les scientifiques ont étudié des dents datant de jusqu'à 10.000 ans attribuées à des Américains autochtones, des individus Jōmon et d'autres peuples anciens originaires d'Asie de l'Est, du Sud-est ou du Pacifique. Ils se sont tout particulièrement intéressés à la morphologie des dents et de leurs racines.

L'équipe de Scott n'a pas choisi ses traits par hasard. La morphologie dentaire est en effet connue pour être influencée par une combinaison de gènes différents mais elle est aussi très peu affectée par les facteurs environnementaux. Ce qui en fait un élément précieux pour étudier l'origine des individus.

En comparant les centaines de dentitions, ils ont mis en évidence des différences importantes entre les premiers Américains et le peuple Jōmon. Trop importantes pour que les premiers descendent des seconds. "Les Jōmon sont très différents d'un point de vue dentaire de tous les Américains natifs", a résumé dans un communiqué G. Richard Scott.

Ces observations ont été complétées par des analyses génétiques qui n'ont montré aucune relation directe entre les deux groupes. "Nous utilisons des preuves biologiques pour dire qu'il est très improbable que [les premiers Américains] proviennent du Japon", a-t-il poursuivi. Les résultats ont en revanche révélé des affinités entre leurs dents et celles d'anciennes populations de Sibérie.

Installés en Béringie pendant des millénaires ?

"Notre travail s'aligne assez bien avec l'hypothèse Beringian Standstill", a précisé l'anthropologue. Cette théorie avance qu'un groupe d'humain originaire de Sibérie orientale serait arrivé dans la région du fameux pont terrestre de Béringie il y a environ 25.000 ans. Il y serait alors resté pendant quelques millénaires avant de faire la traversée et gagner l'Amérique.

"Les ancêtres des Américains natifs ont probablement été retenus en Béringie durant le Pléistocène supérieur jusqu'à ce que les conditions s'améliorent suffisamment pour permettre le voyage jusqu'à la côte ouest de l'Amérique du Nord", a-t-il décrypté pour Live Science. "Et durant cette période d'isolement, ils se sont différenciés des populations ancestrales d'Asie de l'Est".

La migration humaine vers l'Amérique s'est faite via la Béringie, le pont terrestre qui existait entre la Sibérie et l'Amérique du Nord (à gauche), avant la période de déglaciation et la montée du niveau des eaux (à droite).

Si les Américains autochtones ne descendraient pas du peuple Jōmon, ils partageraient ainsi un ancêtre commun qui pourrait remonter jusqu'à 30.000 ans. Tandis que l'ancêtre commun entre les premiers Américains et les populations d'Asie de l'Est serait plus récent, remontant à moins de 30.000 ans.

Le scénario de l'hypothèse Beringian Standstill reste toutefois là encore à confirmer avec certitude. Et de nouvelles recherches viennent régulièrement bousculer les parcours supposés des premières migrations humaines vers l'Amérique. Outre la découverte au Nouveau-Mexique, des dents exhumées en Sibérie ont récemment révélé une population humaine inconnue.

Leur étude laisse penser que la Sibérie était occupée depuis au moins 30.000 ans par une population qui serait le fruit de la rencontre entre des Sibériens du Nord et un autre groupe venu d'Asie de l'Est. Autant de conclusions qui poussent à réécrire une partie de l'histoire et confirment que le puzzle des origines des premiers Américains est loin d'être complet.

Source : Geo du 15/10/2021

vendredi 15 octobre 2021

Origines de l'Homme : comment la génétique réécrit notre histoire

A partir de fragments d'ADN anciens, les scientifiques retracent le peuplement de l'Europe. Et font des découvertes surprenantes.

Lorsque le roman national aborde la question de nos ancêtres, il aime à remonter aux Gaulois et leur cortège d'images d'Epinal : celles de fiers guerriers aux moustaches blondes et à la peau claire. Et avant ? C'est-à-dire sur la grande échelle du temps, avant ces deux minuscules derniers millénaires ? La réponse est plus complexe : nous, Français, Homo sapiens modernes, "avons dans notre ADN 2% de séquences génétiques issues de l'homme de Neandertal, 8% des chasseurs-cueilleurs du paléolithique, environ 60% des fermiers venus du Croissant fertile caractéristiques du néolithique et près de 30% d'un peuple méconnu, les Yamnayas, en provenance directe des steppes du nord de la mer Noire", résume Christian Dina, ingénieur de recherche à l'Institut du thorax (université de Nantes), qui a publié avec Aude Saint Pierre, de l'université de Bretagne occidentale (Brest), une étude sur la structure génétique d'une cohorte de la population hexagonale actuelle. Sans oublier qu'il y a encore 10 000 ans nous étions noirs avec des yeux clairs.

"La génétique est une discipline relativement jeune qui nous a permis de réécrire en grande partie le livre de l'histoire du peuplement de l'Europe. Il y a peu de temps, les préhistoriens ne pouvaient pas distinguer si l'homme moderne avait pu se mélanger avec celui de Neandertal, son cousin éloigné qui n'a pas totalement disparu puisqu'une partie de lui est en nous", rappelle Lluis Quintana-Murci, de l'Institut Pasteur, qui occupe aussi la chaire de génomique humaine et évolution au Collège de France. Cette jeune discipline a pris son essor dans les années 2000 avec le décryptage complet du génome humain. Ensuite, il a fallu adapter la technologie et la méthodologie aux restes anciens exhumés par les archéologues. Aujourd'hui, les paléogénéticiens peuvent comparer les génomes. Ils ont, par exemple, appris que, contrairement à l'idée admise de la "sortie d'Afrique" d'Homo sapiens il y a environ 60 000 ans, une première migration a eu lieu il y a 200 000 ans, puisque des néandertaliens ont des traces de génomes de Sapiens primitifs. "Cela ne change pas radicalement notre vision, car cette première migration a avorté, et qu'une seconde a réussi il y a de 60 000 à 40 000 ans. Homo sapiens est passé par le Moyen-Orient, d'abord en direction de l'est - il a même atteint l'Australie -, puis du nord, vers le Caucase et la mer Noire, enfin vers l'ouest : sa présence est avérée en Europe depuis environ 40 000 ans, détaille Jean-Paul Demoule, professeur émérite de protohistoire européenne à l'université Paris I. Et je ne crois pas à un mouvement massif, cette colonisation s'est déroulée sur plusieurs millénaires. A chaque génération, quelques individus ont voulu aller plus loin."

Un dernier épisode glaciaire dévastateur

Partout où il va, notre lointain ancêtre semble s'adapter durablement, comme en témoigne la culture gravettienne. Mais, peu à peu, il va regretter son voyage : il y a 28 000 ans, notre continent connaît un maximum glaciaire. Siècle après siècle, le climat se refroidit, et les glaciers avancent jusqu'au nord de la France, qui se peuple de rennes et de mammouths. "Sans doute y a-t-il eu une forte mortalité, parce que le nombre de sites archéologiques est réduit. Une partie de ces individus ont pu descendre vers le sud, notamment dans la péninsule Ibérique, en Italie ou dans les Balkans", poursuit Jean-Paul Demoule. C'est à cette période d'ailleurs que disparaît l'homme de Neandertal. Ce "goulet d'étranglement", comme l'appellent les démographes, peut expliquer que nous ayons si peu d'ADN de ces chasseurs-cueilleurs du paléolithique. Il faut attendre un début de réchauffement climatique pour assister à un timide mouvement de recolonisation. Sans doute s'est-il déroulé avec une certaine homogénéité du nord de l'Allemagne au sud de l'Europe dans la région franco-cantabrique ? Sur le terrain de la connaissance, avantage aux archéologues : ce sont eux qui ont trouvé, par exemple, dans le domaine de la statuaire, des Vénus caractéristiques de cette période, répondant à des canons esthétiques répandus sur l'ensemble du continent.

Le plus gros bouleversement se joue en quelques siècles, il y a un peu plus de 6000 ans. Le climat étant plus clément, le paysage évolue - moins de steppes, plus de forêts, plus de prairie. Les populations européennes de chasseurs-cueilleurs vivent de façon fractionnée sur le territoire. Mais la révolution se passe ailleurs, du côté du Croissant fertile, où des hommes développent un nouvel art de vivre fondé sur l'agriculture, l'élevage et surtout la sédentarisation. "L'archéologie a montré que cette culture fermière émerge ailleurs aussi, en Afrique et en Amérique", rappelle Lluis Quintana-Murci. Mais, avec un boom démographique qui les caractérise, ces paysans venus d'Anatolie (Turquie) vont s'installer définitivement. Ils essaiment en Europe en privilégiant différentes voies : vers les actuelles Hongrie, Autriche, Allemagne et jusqu'au Bassin parisien (il y a 7000 ans) ; en passant par les îles, vers le midi de l'Hexagone, puis la péninsule Ibérique. "Le mélange avec les autochtones produit un changement radical : de chasseur-cueilleur, l'Européen moderne devient producteur", indique Eva-Maria Geigl, de l'Institut Jacques-Monod (Paris), qui a publié en 2020 une étude sur 243 fossiles retrouvés en France.

Dans notre ADN, 40% de séquences des premiers fermiers d'Anatolie

Comment alors une telle révolution a-t-elle pu s'opérer ? Nos hommes de Cro-Magnon ont-ils appris les techniques de culture et de domestication apportées par les Anatoliens, ou ces derniers les ont-ils totalement remplacés ? "C'est encore la génétique qui a permis de répondre à cette question : chez ces migrants, elle montre la présence de chromosomes Y (masculin) et d'ADN mitochondrial (transmis par les femmes), ce qui laisse entendre qu'il y avait parmi eux des hommes et des femmes. Ils se déplaçaient donc en famille, et le phénomène fut massif", détaille Eva-Maria Geigl. Ce qui n'a pas obéré un métissage dans le temps qui explique que les Français affichent 50% de séquences héritées de ces ancêtres fermiers anatoliens.

Il existe un dernier mouvement migratoire d'envergure qui n'a pas été appréhendé à sa juste mesure par les archéologues et que la génétique a confirmé depuis 2015, c'est l'arrivée des Yamnayas, peuple venu en masse du pourtour nord de la mer Noire (Ukraine et Russie) il y a entre 5000 et 2500 ans. "Ce changement-là fut assez abrupt, puisqu'une récente étude du Max Planck Institute d'Iéna montre que 75% des Allemands ont une ascendance parmi les représentants de la culture yamna", rapporte Eva-Maria Geigl. Outre-Manche ce chiffre monte à 80%, tout comme en... Bretagne. Et, dans l'ensemble de l'Hexagone, il oscille aux environs de 40%. "De telles proportions en si peu de temps plaident pour une invasion éclair. Mais cela reste une hypothèse largement débattue", signale Evelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle.

Parmi les arguments, une étude américano-suédoise de 2017 portant sur le chromosome sexuel Y des nouveaux arrivants soutient que leur migration était essentiellement le fait d'hommes. Certains spécialistes ont vu en eux des guerriers, plus grands que la moyenne, à la peau et aux yeux clairs, qui, ayant domestiqué le cheval, auraient pu se répandre rapidement au sein d'une population européenne affaiblie. D'autres pensent que leur régime alimentaire à base de viande et de lait a pu jouer en leur faveur, ou que notre continent fût frappé par un premier épisode de peste, ou encore que d'éventuels changements climatiques ont avantagé les nomades. "Toutes ces explications ne convainquent pas, et il faudra de nouvelles études pour trancher", estime Evelyne Heyer. La seule certitude est que nous sommes en grande partie des yamnayas issus de la steppe pontique-caspienne. La paléogénétique promet encore de belles découvertes. Et Lluis Quintana-Murci de conclure : "L'apport majeur de notre discipline est d'avoir montré combien le métissage a été de tout temps un facilitateur de l'adaptation des homininés. C'est un message fort : sans diversité, nous sommes condamnés."

Source : L'Express du 14/10/2021

mardi 28 septembre 2021

Ces empreintes laissées par des enfants ont plus de 200 000 ans

Il y a environ 200 000 ans, des enfants d’une espèce d’homininés encore indéterminée ont imprimé leurs empreintes de mains et de pieds dans la boue à plus de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le plateau tibétain. Ces impressions fournissent les plus anciennes premières preuves d’ancêtres humains habitant la région.

Une découverte exceptionnelle

David Zhang, de l’Université de Guangzhou en Chine, a repéré pour la première fois ces traces il y a quelques années lors d’une expédition vers une source thermale fossile à Quesang, sur le plateau tibétain. On dénombre aujourd’hui cinq empreintes de mains et autant d’empreintes de pas. D’après la méthode de datation par l’uranium-thorium, ces impressions auraient été imprimées il y a environ 169 000 à 226 000 ans dans du travertin. Lorsqu’elle est déposée pour la première fois, cette une roche sédimentaire calcaire forme une boue très fine. Une fois coupé de l’eau, le travertin durcit en pierre.

Et à en juger par leur taille, l’équipe du Dr. Zhang suggère qu’elles ont été faites par deux enfants, l’un de la taille d’un enfant moderne de sept ans, l’autre de la taille d’un enfant de douze ans. En revanche, on ne peut déterminer avec certitude à quelle espèce ils appartenaient. « Les Denisoviens sont une possibilité », mais « Homo Erectus habitait également la région », souligne Matthew Bennett, co-auteur de l’étude, à LiveScience.

Toujours est-il que ces empreintes fournissent les plus anciennes preuves de la présence d’hominidés à Quesang, souligne le rapport publié dans le Science Bulletin. Ceci étant dit, « il y a de plus en plus de preuves que des humains archaïques se trouvaient autour du plateau tibétain à la même époque », ajoute Matthew Bennett. Des chercheurs ont notamment récemment découvert une mandibule de Dénisovien d’au moins 160 000 ans dans la grotte de Baishiya, au nord-est du plateau tibétain. Ces nouveaux restes osseux pourraient ainsi remonter à la même période.

Une forme d’art pariétal ?

Dans le rapport, les auteurs soutiennent que ces traces pourraient également être considérées comme de l’art pariétal (décor d’un mur, d’une paroi), dans la mesure où elles semblent avoir été laissées délibérément. Si ces estampes sont effectivement qualifiées d’art pariétal, elles seraient alors le plus ancien exemple connu du genre jamais découvert, mais tout le monde n’est pas d’accord. Ce que nous pourrions définir comme de l’art n’était en effet peut-être pas vu du même œil par les personnes qui en sont à l’origine.

Pour Michael Meyer, de l’Université d’Innsbruck en Autriche, qui n’a pas participé à l’étude, « classer ces traces humaines comme de l’art est quelque chose qui n’a finalement qu’une importance secondaire ». D’après le chercheur, les implications les plus intéressantes sont que des ancêtres ou cousins humains ont occupé le haut plateau tibétain beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait auparavant. Cela soulève donc des questions sur l’espèce concernée, et sur la manière dont elle est arrivée pour la première fois sur le plateau.

Source : SciencePost du 27/09/2021

dimanche 26 septembre 2021

Au Maroc, découverte d’outils de couture en os vieux de 120 000 ans

Non loin de Rabat, des artefacts « intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure » ont été trouvés.

Une équipe internationale de chercheurs a identifié les plus anciens outils en os jamais découverts pour la confection d’habits, vieux de 120 000 ans, dans une grotte près de Rabat, a-t-on appris auprès d’un archéologue marocain ayant pris part aux recherches.

« C’est une découverte majeure car, si des outils en os plus anciens ont déjà été découverts dans le monde, c’est la première fois qu’on identifie des outils en os ayant servi à confectionner des habits », a expliqué jeudi à l’AFP l’archéologue Abdeljalil El Hajraoui.

La soixantaine d’outils osseux retrouvés dans la grotte des Contrebandiers – située près de la capitale du Maroc – « ont été intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure », selon une étude publiée la semaine dernière par la revue américaine iScience.

Cette découverte pourrait contribuer à répondre à la grande question sur l’origine du comportement moderne chez Homo sapiens, souligne l’archéologue marocain.

Des foyers creusés dans la terre ou à l’air libre

« La couture est un comportement qui a été perpétué depuis ces temps-là. D’ailleurs, les outils découverts dans la grotte couvrent une période de 30 000 ans, ce qui prouverait l’émergence de la mémoire collective », étaye le spécialiste de l’Institut marocain des sciences de l’archéologie et du patrimoine (Insap). « Compte tenu du niveau de spécialisation des outils de la grotte des Contrebandiers, il est probable que des exemples antérieurs y seront retrouvés », précise l’étude.

Des foyers, creusés dans la terre, construits ou à l’air libre, pour se protéger contre des phénomènes naturels ont également été découverts dans la grotte. Tout comme des éléments de parure (coquilles perforées). « Il s’agit d’une évolution culturelle notable, encore au stade de l’étude », relève le chercheur marocain.

Par ailleurs, à quelque 400 kilomètres de la grotte des Contrebandiers, des chercheurs marocains, américains et français ont exhumé une trentaine de coquilles façonnées d’escargots marins dans une couche datant de 142 000 à 150 000 ans dans la grotte de Bizmoune, près d’Essaouira (sud-ouest), a annoncé mercredi 22 septembre un communiqué du ministère marocain de la culture, citant une étude publiée dans la revue américaine Science Advances. Des coquilles qui sont « les plus anciens éléments de parure découverts à ce jour », d’après le communiqué.

Rappelons qu’en 2017, la découverte sur le site marocain de Djebel Irhoud de fossiles de plus de 300 000 ans avait fait reculer dans le temps de plus de 100 000 ans l’apparition de notre espèce.

Remontant plus encore dans le temps, fin juillet, des archéologues internationaux ont localisé le site préhistorique acheuléen le plus ancien d’Afrique du Nord, vieux de 1,3 million d’années, dans la périphérie de Casablanca (côte ouest).

Une découverte majeure, car jusqu’à présent les archéologues estimaient que la civilisation acheuléenne, dont l’une des caractéristiques est l’invention des outils bifaces, pendant le paléolithique inférieur, était apparue il y a 700 000 ans dans cette partie d’Afrique du Nord.

Source : Le Monde du 24/09/2021

samedi 25 septembre 2021

La découverte d’empreintes humaines vieilles de 23 000 ans réécrit l’histoire du peuplement de l’Amérique

Ces empreintes fossilisées découvertes dans les White Sands, au Nouveau-Mexique, suggèrent qu’« Homo sapiens » était déjà sur le continent avant la fin du dernier âge de glace.

Des traces de pas datant d’environ 23 000 ans ont été découvertes dans le sud-ouest des Etats-Unis, révèle une étude jeudi 23 septembre, suggérant que le peuplement de l’Amérique du Nord par l’espèce humaine était déjà entamé bien avant la fin du dernier âge de glace, censée avoir permis cette migration. Ces empreintes de pas ont été laissées à l’époque dans la boue des berges d’un lac aujourd’hui asséché qui a cédé la place à un désert de gypse blanc situé au Nouveau-Mexique, dans le parc national de White Sands.

Des empreintes de pieds humains fossilisées dans la roche, au parc national de White Sands, au Nouveau-Mexique.

Avec le temps, les sédiments ont comblé les empreintes et ont durci, les protégeant jusqu’à ce que l’érosion dévoile de nouveau ces témoignages du passé, pour le plus grand plaisir des scientifiques. « De nombreuses traces semblent être celles d’adolescents et d’enfants ; les grandes empreintes de pas d’adultes sont moins fréquentes », écrivent les auteurs de l’étude publiée dans la revue américaine Science. Des traces d’animaux, mammouths et loups préhistoriques ont également été identifiées. Certaines, comme celles de paresseux géants, sont même contemporaines et voisines d’empreintes humaines sur les bords du lac.

Au-delà de l’émotion et de l’anecdote, la découverte est déterminante pour le débat qui fait rage sur les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique, le dernier continent peuplé par notre espèce. Car la datation de traces de White Sands « signifie que des humains étaient présents dans le paysage voici au moins 23 000 ans, avec des preuves d’occupation s’étendant approximativement sur deux millénaires », souligne l’étude.

La théorie du détroit de Béring remise en cause

Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale : nos ancêtres auraient franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 ans associé à une culture dite « de Clovis » – du nom d’une ville du Nouveau-Mexique –, considérée comme la première culture américaine, d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens.

Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis vingt ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais, généralement, cette date n’allait pas au-delà de 16 000 ans, après la fin du « dernier maximum glaciaire ». Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible, ou en tout cas très difficile, toute migration humaine en provenance d’Asie, par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte du Pacifique.

« De mon point de vue, de toutes les données publiées à ce jour sur le premier peuplement de l’Amérique, ce site est le plus convaincant pour les sites pré-20 000 ans, estime Yan Axel Gomez Coutouly, chargé de recherche à l’unite mixte de recherche et de formation Archéologie des Amériques (CNRS, Paris-I Panthéon-Sorbonne). Et ce même s’il n’y a pas de mobilier lithique ou d’outils associés, puisque les traces de pas confirment l’origine humaine. »

Pour la plupart des sites anciens – grotte de Chiquihuite au Mexique datée à 30 000 ans, abri sous roche de Pedra Furada au Brésil pouvant remonter jusqu’à 50 000 ans, Bluefish Caves dans le Yukon avec des datations jusqu’à 24 000 ans, site de Cerutti Mastodon en Californie avec des datations jusqu’à 120 000 ans –, rappelle l’archéologue, « une grande majorité de chercheurs considèrent que les preuves de la présence humaine présentées (traces de découpe, outils simples, foyers, etc.) sont en fait le produit de phénomènes naturels : plutôt que des artefacts (des produits humains), ce serait des géofacts (des produits naturels) ».

Dans le cas de ces traces de pas d’environ 22 000 ans, ajoute-t-il, « l’étude montre une découverte au caractère anthropique incontestable. Donc si ces datations se confirment et qu’elles ne sont pas remises en cause, alors il s’agira d’une des découvertes majeures de la préhistoire américaine de ces dernières décennies ».

Source : Le Monde du 24/09/2021

vendredi 17 septembre 2021

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans à Tautavel, vers une découverte majeure ?

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans ont été trouvées dans la Caune de l'Arago. Si ces dernières proviennent d'une utilisation humaine, il s'agirait d'une découverte majeure.

Une découverte historique vient-elle de se produire à Tautavel ? Cette semaine, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a officialisé qu’une équipe de recherche a récemment découvert des traces de feu veilles de 560 000 ans au sein de la célèbre grotte de la « Caune de l’Arago ».

Utilisation humaine ou incendie ?

Première certitude, « cette découverte recule de 160 000 ans l’âge des plus anciennes traces déjà connues dans cette grotte des Pyrénées-Orientales », confirme le CNRS. Les précédentes recherches avaient permis d’établir des traces de feu anciennes de 400 000 ans au sein de la « Caune de l’Arago ». Il s’agit donc d’une première avancée importante pour le site.

Mais cette dernière pourrait aussi s’avérer majeure à une autre échelle. Si les chercheurs prouvent que les traces de feu à Tautavel proviennent de l’Homme, une avancée considérable pourra être établie. « La communauté scientifique estime que les premières traces de la domestication du feu par l’Homme en Europe remontent à 400 000 ans », rappelle le CNRS.

Si la date de la maîtrise du feu par l’Homme, fixée à environ 400 000 ans donc, aura du mal à être remise en cause, il se pourrait que l’on découvre que ce dernier ait réussi à utiliser le feu 160 000 ans plus tôt, sans le maîtriser, en se servant sur un foyer déjà allumé. C’est ce qu’explique Christian Perrenoud, ingénieur d’études au muséum d’histoire naturel et rattaché à l’EPCC de Tautavel.

Tautavel pourrait être l'un des rares sites au monde où des traces de feu plus anciennes préservées peuvent être associées à de la présence humaine. Peut-être qu'avant de maîtriser le feu, de le fabriquer lui-même il y a 400 000 ans, l'Homme a pu profiter ponctuellement de feux naturels allumés par la foudre pour en ramener quelques éléments sur son site.
Christian Perrenoud, Ingénieur d'études au muséum d'histoire naturel

Des prochains mois décisifs

Ces nouvelles découvertes mettent en avant les récentes techniques utilisées. « Pour mettre au jour ces très anciennes traces de feu, les chercheurs ont appliqué des méthodes de susceptibilité magnétique », explique plus spécifiquement le CNRS dans son communiqué.

« Le fait que ce soit l’homme qui soit à l’origine de ces traces est la prochaine étape de notre travail. Il peut s’agir d’un reste d’incendie rapporté par le vent. Mais ce qui a intrigué, c’est que ces traces sont au niveau d’une occupation humaine. Nous devons caractériser si nous retrouvons d’autres traces de micro charbons de bois autour des premières, et si elles sont aussi associées à des occupations humaines », précise Christian Perrenoud.

Les recherches vont se poursuivre dans ce sens du côté de la « Caune de l’Arago » de Tautavel, où les prochains mois pourraient être décisifs dans cette possible découverte majeure.

Source : Actu Perpignan du 16/09/2021