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mardi 27 avril 2021

DIALOGUE. Y a-t-il eu un cannibalisme guerrier à la préhistoire ?

Peut-on attester de guerres anthropophages dans les temps reculés alors que les pratiques cannibales sont déjà difficiles à documenter ? Deux scientifiques confrontent ici leurs approches divergentes. Ce dialogue est extrait de Sciences et Avenir - La Recherche 891, daté mai 2021, et disponible chez tous les marchands de journaux.

INVITÉS. Les invités du nouveau dialogue de Sciences et Avenir - La Recherche : Marylène Patou-Mathis, préhistorienne, directrice de recherche au CNRS, rattachée au MNHN, auteure des "Mangeurs de viande", aux éditions Perrin, est spécialiste de Neandertal auquel elle a consacré une exposition au musée de l’Homme, à Paris ; Bruno Boulestin, médecin et anthropologue de l’université de Bordeaux, est l’auteur, avec Dominique Henry-Gambier, de "Cannibalisme et guerre il y a 20.000 ans — Les restes humains badegouliens de la grotte du Placard", aux éditions Oxford Archeopress. Leur discussion est orchestrée par Rachel Mulot, cheffe des enquêtes à Sciences et Avenir - La Recherche.

Sciences et Avenir - La Recherche : Quel est le premier acte de cannibalisme connu chez l'humain ?

Marylène Patou-Mathis : Pour l'instant, il est attesté dans la grotte de Gran Dolina, dans la sierra d'Atapuerca en Espagne. On a des traces à la fois de démembrement, de décharnement et même de décapitation sur Homo antecessor , une espèce prénéandertalienne qui vivait là il y a 780 000 ans.

D'autres Homo préhistoriques pratiquaient-ils le cannibalisme ?

M. P-M : Pour les Homo erectus , je suis extrêmement prudente. Leur cannibalisme est évoqué pour le site de la Caune de l'Arago à Tautavel (Pyrénées-Orientales), dont l'occupation remonte à près de 570 000 ans, mais il y a trop peu de restes pour que ce soit concluant. Pour les néandertaliens, le site de Moula-Guercy, en France, vieux de 100 000 ans, semble l'attester ainsi que celui de Goyet en Belgique. D'autres sites néandertaliens, dont ceux des Pradelles, en France, et de Krapina, en Croatie, donnent encore matière à discussions, car s'il est incontestable qu'il y a des marques de découpe sur les os, était-ce vraiment du cannibalisme ou des pratiques funéraires ? On a trop généralisé en disant que tous les néandertaliens mangeaient de la chair humaine.

Les anciens Homo sapiens se repaissaient-ils de leurs semblables ?

Bruno Boulestin : Je ne connais pas de site permettant de l'attester en Afrique. En revanche, en Europe, Il y a Maszycka en Pologne, daté de -15 000 ans, et Gough's Cave, daté de -14 700 ans au Royaume-Uni. Mais le site le plus ancien est la grotte du Placard, en Charente, datant du bade-goulien (magdalénien ancien), il y a 20 000 ans.

Comment distingue-t-on si quelqu'un a été tué pour être mangé ou s'il a été mangé après une mort naturelle ou accidentelle ?

B. B. : On ne distingue pas. C'est extrêmement difficile. D'abord parce que, parmi les critères de reconnaissance du cannibalisme, il y a la fracturation osseuse qui vise à sortir la moelle pour la déguster… et justement, quand les os sont très fragmentés, il est plus compliqué de diagnostiquer les causes de la mort ! Sur le site néolithique de Herxheim (Allemagne), en 5000 avant notre ère, c'est possible parce qu'on a des traces de coups violents portés à la tête avec une herminette. L'herminette, c'est l'outil à tout faire et la Kalachnikov de l'époque : elle servait à couper des arbres, à gratter le sol, à faire la guerre aussi. On y trouve des centaines de coupes crâniennes qui ont été taillées, mais aussi des coups assenés dans des zones qui ne correspondent manifestement pas aux processus d'élaboration de ces coupes. Mais c'est un cas rarissime.

Quels peuples mangeaient leurs morts ?

M. P-M : C'est compliqué de répondre, parce que ce que l'on étudie, ce sont les ossements de ceux qui ont été mangés. Mais qui les a mangés ? Est-ce des membres de leur clan ? Ou ceux d'un clan extérieur ? En un seul repas ? Ou à différents moments ? Pour l'instant, un des critères souvent utilisé est de considérer que dans les cas d'endo-cannibalisme (la pratique qui consiste à manger les siens), les os n'étaient pas cassés pour en extraire la moelle. Ce rituel funéraire ne consisterait pas à manger tout le corps mais seulement certaines parties, notamment les abats, le cerveau, foie…

Faute d'ADN de comparaison, comment établir avec certitude que les corps découpés appartenaient à un groupe extérieur ou proche ?

B. B. : Il y a d'autres techniques dont l'analyse des isotopes du strontium, un élément qui est incorporé avec l'alimentation et qui se fixe sur les os et les dents. Il dépend de l'environnement et permet de dire si l'on a affaire à des locaux ou pas. C'est le cas à Herxheim où beaucoup de gens qui ont été mangés venaient d'ailleurs. C'est le cas aussi à la grotte des Perrats, en Charente, occupée au mésolithique, vers 7000 avant notre ère. Et là, les analyses du strontium suggèrent qu'il ne s'agissait pas de locaux.

Quand sont apparues les premières guerres ?

B. B. : L'histoire de leurs études oppose deux clans. Les Américains parlent des « faucons », partisans de la guerre depuis l'aube de l'humanité, et des « colombes » qui ne veulent pas en entendre parler avant le néolithique, quand les agriculteurs se sédentarisent, il y a environ 8000 ans en Europe occidentale. C'est un peu caricatural. À une même époque peuvent coexister des sociétés très guerrières, d'autres moins. Et dans une même société, on peut faire la guerre à un moment et être pacifique à un autre.

Bruno Boulestin : "À la grotte du Placard, on a aussi des maxillaires taillés"

Le site de la grotte du Placard, en Charente témoignerait justement d'un cannibalisme où l'on dévore l'ennemi, dès il y a 20 000 ans…

B. B. : La grotte a pratiquement été vidée au XIXe siècle, donc on n'a pas les données du terrain. Avec Dominique Henry-Gambier [anthropologue et directrice de recherches au CNRS], nous avons étudié la série d'os, près de 200. Les traces montrent que des fracturations sont intervenues sur des cadavres frais. On a beaucoup de têtes, mais le tamisage des déblais anciens a permis de découvrir des restes de gros os longs - fémurs, tibias, humérus - réputés fournir le plus de moelle, découpés et fracturés. Autant d'arguments nutritionnels qui vont dans le sens du cannibalisme. Alors, soit il y a eu une année de disette et les occupants du Placard ont mangé quelques cadavres, dans un cannibalisme de nécessité. Soit le fait s'est produit plus régulièrement, et il s'agit d'exocannibalisme, de violences armées. Ce qui conforte cette hypothèse, c'est la courbe démographique des défunts. La mortalité naturelle produit une certaine répartition de la population selon les âges. Là, la pyramide des âges montre beaucoup trop d'individus immatures pour qu'il s'agisse de mortalité naturelle.

Les crânes taillés en coupe du Placard seraient-ils des trophées ?

B. B. : Il est rarissime, chez les chasseurs-cueilleurs, de transformer ainsi les têtes de ses parents. Dans 95 % des cas documentés du point de vue ethno-historique, c'est un traitement réservé aux crânes d'ennemis. C'était le cas dans la région du Chaco, au sud de l'Amazonie, où vivaient essentiellement des chasseurs-cueilleurs. Les belligérants confectionnaient soit des crânes taillés, soit des scalps mais différents de ceux des Indiens d'Amérique du Nord. Une partie de la face était découpée jusqu'à la nuque, formant une espèce de bol. Cela a encore été observé au début du siècle dernier. Et quand les guerriers rentraient de leur raid, ces trophées servaient à boire un breuvage préparé par les femmes, accompagnant une cérémonie qui, au-delà de célébrer la victoire, avait pour but d'incorporer la force de l'ennemi. À la grotte du Placard, on a aussi des maxillaires taillés. Or l'archéologie mésoaméricaine a mis au jour des colliers datant du Ier millénaire de notre ère avec de tels ossements taillés issus d'individus sacrifiés, des ennemis venus d'ailleurs comme le montre l'étude de leurs isotopes.

Marylène Patou-Mathis, cette hypothèse d'un cannibalisme guerrier vous semble-t-elle solide ?

M. P-M : Pour moi, le côté guerrier n'est pas démontré. 200 ossements, pour la plupart fragmentaires, dans la grotte du Placard, c'est bien peu comparé à des sites tellement plus riches ! Ce n'est donc qu'une hypothèse. Peut-être avons-nous là un simple phénomène de convergence.

Il y a tellement d'autres possibilités. Pourquoi ne pas envisager des rites que nous ne pourrions pas concevoir parce que nous ne vivons pas le même rapport au monde que ces humains, n'avons pas la même cosmogonie, la même façon de percevoir les choses, les mêmes croyances ? On peut très bien envisager d'autres fonctions pour ces récipients ! Il faut réussir à trouver qui sont les mangeurs. Mais je suis optimiste. Qui aurait pensé il y a quelques décennies qu'on pourrait trouver de l'ADN ancien ? Peut-être développerons-nous des moyens techniques pour résoudre ce problème, peut-être d'ici à vingt ans.

Marylène Patou-Mathis : "Cela me pose un problème de dire que ces calottes appartiennent forcément à un ennemi. On transpose ici une vision moderne"

À quoi pourraient avoir servi ces têtes coupées, alors ?

M. P-M : Ça peut être des restes d'ancêtres, conservés par respect. Dans certaines grottes, des crânes sont ornés de gravures à l'intérieur et à l'extérieur. Lorsqu'on trouve des têtes dissociées du corps, cela pourrait résulter d'une double inhumation. Peut-être pour d'autres motivations qui nous échappent. Cela me pose un problème de dire que ces calottes appartenaient forcément à un ennemi. On transpose ici une vision très moderne.

Pour tenter de comprendre ce que faisaient les peuples préhistoriques, on les compare avec les populations actuelles vivant de manière traditionnelle. Est-ce pertinent ?

M. P-M : Je fais partie de ceux qui pensent que c'est une erreur. La plupart des études ethnographiques ont été faites avec un regard extérieur, un biais de perspective et, surtout, ces peuples ont évolué, eux aussi ont 10 000 ans d'histoire. Ce n'est pas parce que certains peuples ont tel ou tel comportement aujourd'hui que des humains préhistoriques les avaient.

B. B. : J'ai une autre vision. Comment essayer de comprendre le fonctionnement de ces sociétés qui n'ont pas laissé d'écrits, si on rejette l'ethnographie ? Il ne faut pas se leurrer, on ne saura jamais ce que pensaient les néandertaliens. Mais l'ethno-histoire donne un éventail des possibles. Quand cela n'a jamais été documenté, qu'il n'y a aucune trace, il est difficile de dire que ça a existé avant, au paléolithique.

Source : Sciences et Avenir du 27/04/2021

jeudi 25 mars 2021

Chasseuse, artiste, technicienne : la femme préhistorique n'était pas celle que l'on croit

L'attirail de chasseur ne fait pas l'homme ! Grâce à de nouvelles techniques d'analyse, des archéologues questionnent l'identité des fossiles. Et montrent que les femmes aussi maniaient armes et outils. Anne Debroise nous raconte comment un mythe qui a la peau dure est en train de vaciller.

Non, la femme préhistorique n'était pas cantonnée au balayage de la grotte", s'exclame Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d'histoire naturelle. Sa boutade fait écho à un mouvement de fond qui est en train de secouer la discipline : loin de l'image qui lui colle à la peau de mère de famille récoltant des baies, la femme préhistorique apparaît forte, créative, armée.

Les dernières révélations sont venues du Nouveau Continent, fin 2020. Randall Haas, archéologue à l'université de Californie, publie le résultat de ses fouilles du site de Wilamaya Patjxa, dans les Andes péruviennes. Avec son équipe il a mis au jour six fossiles accompagnés de milliers d'objets datant de -7000. Parmi eux, un squelette assez mal conservé, inhumé avec tout un arsenal de chasse : pointes de projectiles, outils tranchants, pierres à polir, grattoirs. Les projectiles sont adaptés aux propulseurs, probablement utilisés pour chasser le gros gibier, le reste servant plutôt au dépeçage et au travail des peaux. "Nous avons d'abord pensé qu'il s'agissait d'un homme, à cause de son attirail de chasse" , avoue l'archéologue. Et c'est bien là le problème… Car le bio-archéologue de l'équipe, James Watson, identifie, lui, une certaine gracilité dans les os. Il fait donc appel au légiste Glendon Parker, qui a récemment développé une méthode pour estimer le sexe à partir de l'analyse de certaines protéines de l'émail dentaire (voir ci-contre) . Qui confirme : le chasseur était une chasseuse.

Des préjugés du XIXe siècle

Étonnant, vraiment ? Pour y répondre, Randall Haas décide de compulser les données de 107 sites du continent américain datant de -12000 à -6000. Sur 27 individus dont le sexe a été déterminé, 11 sont des femmes. Il conclut que 30 à 50 % des grands chasseurs de cette époque étaient en réalité des chasseuses, capables d'affronter des pumas, des bisons, des paresseux géants…Près de la moitié !

Ses conclusions font forcément débat. "Je ne doute pas que l'individu soit une chasseuse, commente notamment Sébastien Villotte, anthropobiologiste à l'université de Bordeaux . Mais l'hypothèse selon laquelle les femmes représenteraient la moitié des chasseurs de l'époque repose sur des éléments fragiles . " Il n'empêche. Clamer, preuve à l'appui, que la chasse au gros gibier n'était pas réservée aux hommes préhistoriques, c'est provoquer un électrochoc salutaire. "Dans l'imaginaire comme dans la recherche, on a une vision très dichotomique des activités des femmes et des hommes préhistoriques , regrette Marylène Patou-Mathis. D'office on envisage que la taille des silex était une affaire d'homme, tout comme les peintures pariétales de la grotte Chauvet, la chasse au mammouth et l'invention du feu. La femme n'est là qu'en arrière-plan pour cueillir des baies, s'occuper des enfants et des tâches domestiques. Mais on n'en a aucune preuve ! " Cette idée reçue serait née au XIXe s. Les premiers préhistoriens sont alors des hommes, qui tentent d'imaginer la vie de nos prédécesseurs à partir d'indices épars : quelques os, des traces de foyer, et de rares objets qui ont survécu à l'usure du temps - pierres taillées, outils, sculptures… Et ils calquent sur cette période les préjugés tenaces de leur propre société.

Ils s'aident également des observations ramenées par des ethnologues revenus de séjours dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs encore existantes. Un raisonnement biaisé, relève Marylène Patou-Mathis. "Supposer que ces sociétés n'ont pas évolué et vivent comme nos ancêtres d'il y a 10 000 ans, c'est très méprisant." Encore au XXe s., les ethnologues, majoritairement des hommes, sont plus impressionnés par les activités de guerre ou de chasse, perçues comme viriles et primitives.

dimanche 14 février 2021

Homo sapiens est-il violent par nature ?

Violent par nature, Sapiens ? Les traces d'affrontements, bien réelles, sont trop rares pour pouvoir l'affirmer.

Difficile de dater le début des guerres. Si l'on prend comme point de départ le moment où l'Homme commence à dédier tout un pan de son activité et de son savoir à la fabrication d'objets dont l'unique but est de tuer d'autres humains, la naissance de l'épée, entre 1700 et 1600 avant J.-C., pourrait constituer une étape importante. Mais des conflits meurtriers ont fait rage bien avant l'âge du bronze. Selon l'archéologue Anne Lehoërff, ils restaient cependant rares. Pour tuer, les guerriers détournaient alors des objets de leur fonction première - arc du chasseur ou bien hache.

Os humains mayas découvert au Mexique. Il s'agit d'un dépôt de plus de 120 squelettes.

La sédentarisation responsable du début des conflits ?

Certains paléoanthropologues soulignent d'ailleurs qu'il n'existe aucune preuve de conflits entre les groupes de chasseurs-cueilleurs, suggérant qu'ils ne seraient apparus qu'avec la sédentarisation, lorsque les Hommes se sont mis à défendre leur propriété. C'est notamment le cas de la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, qui explique que "trop d'interrogations subsistent pour affirmer l'existence de conflits intra ou intercommunautaires. D'autant plus qu'une bonne entente entre ces petites communautés était indispensable pour assurer leur protection". Mais pour d'autres chercheurs, il n'y a aucune raison de penser que les comportements actuels soient différents de ceux du paléolithique.

Un coup porté à l'aide d'une pierre

Le plus ancien fossile portant les stigmates d'un acte violent date d'entre 200.000 et 150.000 ans. Il s'agit d'un Homo non identifié découvert en Chine, qui présente une fracture au niveau temporal droit, résultat d'un coup porté à l'aide d'une pierre. On peut aussi citer cet enfant mort d'une flèche dans le dos il y a 27.000 ans en Italie. Accidents de chasse ? Règlements de comptes ? C'est en fait un débat philosophique qui resurgit, une opposition entre Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau : l'Homme est-il intrinsèquement violent ou naturellement bon et craintif ?

Source : Sciences et Avenir du 14/02/2021

jeudi 6 février 2020

Neandertal plongeait en apnée pour récolter des coquillages

Notre cousin préhistorique plongeait en apnée pour récolter des coquillages frais, montre l’étude d’objets de la grotte italienne de Moscerini. L'étude confirme qu'il exploitait les ressources marines.

Imagine t-on Neandertal sur la plage ? Comme les pêcheurs ou les enfants aujourd'hui, notre cousin préhistorique ramassait pierres et coquillages… Mais il s'aventurait également dans l'eau pour aller collecter des fruits de mer frais. C'est la conclusion d'une étude publiée dans Plos One et menée par Paola Villa du musée d'Histoire naturelle de l'Université du Colorado (États-Unis), assistée d'une équipe internationale au sein de laquelle le Français Sylvain Soriano, directeur de recherche au CNRS. Les scientifiques ont examiné à la loupe 171 coquillages ocrés provenant de la grotte de Moscerini en Italie, au bord de la mer Tyrrhénienne, dans le Latium, une région d'Italie centrale qui inclut la ville de Rome. Tous appartenaient à l‘espèce Callista chione, un gros coquillage bivalve vivant de 1 mètre à 10 mètres de profondeur, atteignant jusqu'à 11 centimètres et dont la chair est toujours appréciée.

Un travail d'orfèvre

Découverts dans des couches datées de –90 000 ans à –60 000 ans, ces vernis de Méditerranée (leur nom commun) ont de surcroît été travaillés de façon à ce que leur coquille présente des tranchants aigus, plusieurs fois retouchés (voir photo ci-dessous). Pour servir de grattoirs à peaux ou de couteaux à boucherie pour les chairs tendres ? L'étude n'a pu le déterminer. Mais c'est un travail d'orfèvre, si l'on juge que l'épaisseur du matériau ne dépasse pas trois millimètres. "Les coquillages ramassés en fond de mer sont plus solides que ceux de la plage", précise Paola Villa dans un article mis en ligne par son université. Il a en effet été démontré que la dégradation de la fraction organique de la coquille en réduit la résistance

Une cueillette par 2 à 4 mètres de fond

Justement, comment distingue-t-on des fruits de mer pêchés vivants de coquillages morts collectés sur la plage ? Grâce à un microscope, explique Sylvain Seriano : “Les coquillages brillants, parsemés de micro-organismes encroutant, sans trace d'abrasion : cela signifie qu'ils n'ont pas été brassés par le ressac, exposés au soleil et ternis par le sable.” Un quart d'entre eux présentaient cet aspect et Paola Villa imagine que les néandertaliens ont pu aller les cueillir par “à 2 ou 4 mètres de fond”. Les mêmes couches sédimentaires ont livré des pierres ponces, possiblement utilisées comme des outils abrasifs pour matière tendre, puisqu'elles semblent à peine usées. Servaient-elles de râpes pour les pieds ou les peaux de rhizomes ? À moins que les néandertaliennes et néandertaliens ne les aient collectées par curiosité, intrigués par ces pierres légères et flottantes. On sait en effet que cet humain avait une âme de collectionneur ramassant des objets inutiles (voir notre vidéo “Dans la musette du néandertalien”). Seule certitude : les pierres ponces proviennent des éruptions volcaniques du golfe de Naples, à 70 km au sud et auraient été charriées par différents courants marins jusqu'aux rivages du site.

Une grotte "cabane de pêche"

“Nous pensons que Neandertal utilisait le site de Moscerini pour des séjours éphémères, comme grotte de pêche, la plage étant située à une cinquantaine de mètres”, explique Sylvain Soriano. Ce travail consolide l'idée, récente, que les néandertaliens d'Europe de l'Ouest se procuraient des ressources marines en arpentant les plages et en chassant sous l'eau, bien avant qu'Homo sapiens n'importe cette habitude dans la région, contrairement à ce que l'on a longtemps écrit. Neandertal pratiquait la plongée sous-marine, de même qu'il pêchait en eaux peu profondes, comme l'ont montré des données d'autres sites, où l'on a retrouvé des otolithes (concrétions d'oreilles internes) de poissons d'eau douce et de mer. Il ne se contentait pas de chasser le gros gibier. Autre indice : la découverte, sur le site de Bolomor, en Espagne, de restes de canard plongeurs du genre Aythya (communément appelé fuligule) suggère également qu'il pratiquait certainement la plongée en apnée, silencieuse, pour surprendre les volatiles barbotant. Marylène Patou-Mathis, du Muséum national d'histoire naturelle, qui travaille depuis 35 ans sur les néandertaliens en est convaincue : elle a d'ailleurs inspiré au cinéaste Jacques Malaterre une scène de chasse sous-marine au canard pour le film Ao, le dernier Neandertal, un film de Jacques Malaterre en 2010 (voir la vidéo ci-dessous, à 6 min 08 s).

Bref Neandertal se mouillait. En 2019, l'Américain Erik Trinkhaus a même suggéré qu'il fréquentait souvent les milieux aquatiques, même froids, en raison de la découverte, sur plusieurs crânes, d'exostoses, des excroissances osseuses dans le conduit auditif. Les mêmes que l'on observe aujourd'hui chez ceux qui pratiquent des sports aquatiques dans les zones froides, du type surf ou kayak... Mais les sujets néandertaliens étudiés ayant plutôt été découverts dans des régions tempérées, sur des sites assez éloignés de rivières, lacs ou mers, il semble que les malheureux souffraient d'otites plutôt qu'ils ne s'aventuraient en eau glacée.

Une connexion à la mer plus forte qu'on ne le pensait

Cette hypothèse reste cependant ouverte et d'autres crânes doivent être examinés sous cet angle. En se basant sur les études archéologiques, il est très difficile de trouver des traces de ces incursions aquatiques. Les matériels de pêche en corde ou bois ne se sont pas conservés. Et la plupart des sites côtiers néandertaliens sont désormais sous l'eau. Quand ils ne sont pas remblayés par des déblais de terrassement, comme la grotte de Moscerini après la construction de la route côtière… Ce sont des tiroirs d'un musée que les scientifiques ont tiré les coquillages découverts en 1949 pour un réexamen en profondeur qui a permis de confirmer que ce cousin disparu il y a 40.000 ans plongeait, lui aussi. Paola Villa en est convaincue : “Cet Homme préhistorique devait avoir une connexion à la mer plus forte que nous le pensions.”

Source : Sciences et Avenir du 06/02/2020

dimanche 31 mai 2015

Le plus vieux meurtre du monde découvert en Espagne

En retrouvant un crâne humain fracturé vieux de 430.000 ans, des chercheurs espagnols ont conclu qu'il s'agissait d'un meurtre, le plus ancien connu à ce jour.

Voici un assassinat dont la justice ne se saisira pas. Mais des scientifiques espagnols ont étudié ce fossile de crâne découvert au fond d'une grotte, au nord de l'Espagne. Un morceau de squelette qui montre des signes révélateurs d'une attaque meurtrière: deux fractures ont été donné avec la même arme, d'après une étude publiée dans la revue scientifique Plos One. Le crâne, appartenant à un membre de la lignée primitive de Neandertal, a été retrouvé dans la Sima de los Huesos («Grotte des Os»), située sur le site préhistorique d'Atapuerca, en Espagne, qui contient les restes d'au moins 28 personnes. Ce site est donc très prisé des chercheurs pour tenter de démêler l'histoire de l'origine humaine. Ce lieu funéraire est étudié depuis plus de trois décennies mais en 2013, un ADN a été extrait d'un os conservé, ce qui conduit certains experts à suggérer que les habitants de cette grotte ont été les premiers représentants de la lignée de Neanderthal.

Un acte intentionnel

«Cranium 17» est composé de 52 fragments d'os, avec un squelette facial et une dentition complète qui appartiennent à un jeune adulte, d'après Juan Luis Arsuaga, professeur de paléontologie à l'Université Complutense de Madrid et principal auteur de ces travaux. Mais on ignore encore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. «Nous avons examiné les os au microscope et utilisé la tomodensitométrie», déclare le paléontologue. Les chercheurs ont observés les blessures de près de deux centimètres de large en utilisant des méthodes médico-légales comme celles employées par la police.

Leur reconstitution virtuelle a montré que les deux fractures clairement visibles, au-dessus de l'œil gauche, sont presque identiques, ce qui suggère fortement qu'elles ont été causées par le même objet. «Basé sur les similitudes de formes et de taille des blessures, nous croyons que le résultat des coups répétés avec le même objet et infligés par une autre personne, était sûrement une rencontre en face-à-face», explique Nohemi Sala, chercheuse à l'Université Complutense de Madrid qui déclare aussi que l'arme était peut-être une lance en bois, une pointe de lance en pierre ou un pierre biface. «Le crâne indique qu'il n'y a pas eu de cicatrisation, ce qui prouve que la personne est décédée par la suite», indique Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d'Histoire naturelle (MHNN) et directrice de recherche au CNRS. «Les deux blessures identiques de cet Homo erectus montrent que les coups étaient intentionnels», ajoute-t-elle.

Le crâne a été déposé volontairement


Cependant, le motif précis du décès et le meurtrier ont peu de chances d'être connus un jour. «Malheureusement, il est impossible d'interpréter la motivation de l'assassinat. Même Sherlock Holmes ne peut pas nous aider», déclare Nohemi Sala. «Il faut cependant faire attention avec le mot meurtre, c'est peut-être une querelle interpersonnelle qui a mal tourné», confie Marylène Patou-Mathis. Cette affaire, vieille de 430.000 ans, est sûrement le meurtre mystérieux le plus vieux du monde.

Les scientifiques disent que l'étude fournit la preuve macabre que la violence est une partie intrinsèque de la culture humaine. Homo sapiens ne peut donc clamer le monopole de la violence. «Ils sont comme nous finalement», déclare Marylène Patou-Mathis. Cependant, la préhistorienne assure que la violence était rare à cette époque prénéandertalienne, car pour se reproduire, il fallait une bonne entente et des échanges entre les hommes. «Ce qui est le plus intriguant, c'est que le crâne a été déposé volontairement sans le reste du corps, comme un rituel. Ce n'est pas anodin», poursuit-elle.

Source : Le Figaro du 29/05/2015

mercredi 28 janvier 2015

La longue marche de Sapiens: ce que nous apprend la génétique

Depuis deux décennies, la génétique a bouleversé nos connaissances sur l'apparition et le peuplement de l'espèce Homo. En cinq questions clefs, voici ce qu'elle nous apprend.

1. Le scénario des origines


Jusqu'à présent, deux théories à propos de l'apparition de l'homme moderne s'opposaient. La première, dite "multirégionaliste", soutient que les populations ancestrales auraient quitté l'Afrique voilà 2 millions d'années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite "Out of Africa", se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu'une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.

"Le modèle multirégionaliste a été abandonné, tranche Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie humain de Paris, car il souffrait d'une faiblesse originelle. Comment voulez-vous que des êtres aussi différents que Neandertal et Homo heidelbergensis, que nous avons trouvé à Tautavel, aient abouti à une seule espèce, Homo sapiens?"

Pour autant, la théorie "Out of Africa" ne l'a pas définitivement emporté. Disons que la génétique l'a d'abord amendée, puis complexifiée. En 1987, des travaux sur l'ADN mitochondrial (transmis par les femmes) confirment effectivement l'origine africaine de l'homme, et laisse entendre qu'il existe un berceau géographique commun à l'humanité (on parle alors de jardin d'Eden) ainsi qu'un ancêtre commun.

Mais d'autres études (portant notamment sur le chromosome Y) ont, depuis, montré qu'un "Sapiens archaïque" a vraisemblablement essaimé un peu partout sur le continent africain avant de partir à la conquête du monde. "Il n'y a pas eu une sortie d'Afrique, mais plusieurs, et à des époques différentes", précise Gaspard Guipert, chercheur associé au Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege), à Aix-en-Provence.

Des résultats confirmés par le séquençage du génome humain, achevé en 2003, qui a montré que toutes les "lignées se branchent bien sur le rameau africain", ajoute Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l'évolution humaine de l'Insti tut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne). Avant de préciser que la biologie moléculaire conforte aussi le mouvement migratoire: "Les chercheurs ont clairement montré que plus les populations se trouvent géographiquement loin de l'Afrique et moins elles ont de diversité génétique." D'où des phénomènes extrêmes dans les contrées les plus reculées, comme le nanisme insulaire, dont a été victime l'homme de Flores, découvert en 2003, et dont les restes, datés autour de -18000 ans, en faisaient un descendant direct d'Homo erectus.

2. La longue migration

Depuis l'Afrique, quelles routes nos ancêtres ont-ils pu emprunter ? Le couloir du Levant reste le plus souvent évoqué, avec la Turquie et le contournement de la mer Noire en direction de l'Europe et de l'Asie. "Chez nous, les premières traces du genre Homo remontent à entre -1,6 et -1,8 million d'années dans le bassin de Nihewan (nord-est de la Chine), où une dizaine de sites fossilifères ont été identifiés", explique Shen Guanjun, de l'université de Nankin. D'autres ossements exhumés ces dernières années, notamment à Damnisi (Géorgie), où a été découvert le plus ancien Européen, vont aussi dans ce sens.

Mais, si l'on se positionne autour de -2 millions d'années (période de glaciation, avec un niveau des mers plus bas), différentes voies ont pu être utilisées : celle qui va de la Tunisie au sud de l'Italie, celle qui passe par le Bosphore ou bien le détroit de Gibraltar. Des déplacements de populations liés non pas simplement à l'esprit aven tureux des premiers hommes modernes, mais à la contrainte climatique et à l'abondance du gibier.

Les mouvements de migration plus tardifs, qui amènent Homo sapiens à conquérir le monde entre -150 000 et -45 000 ans, sont mieux connus. La géné tique a même permis de trancher un débat ancien : le peuplement de l'Amérique. Celui-ci semble bien d'origine asiatique (nombre de gènes sont communs avec ceux des Sibériens) et se déroule via le détroit de Béring (par voie terrestre ou maritime). En Europe, cette expansion ne se fait pas sans difficulté. L'équipe de l'Institut Max-Planck, à Leipzig, a publié au mois d'octobre 2014, dans la revue Nature, les résultats d'une étude du génome d'un fémur trouvé près d'Ust'-Ichim, en Sibérie occidentale.

Contrairement aux premières investigations, la datation au carbone 14 révèle qu'il s'agit bien d'un individu Homo sapiens et non d'un néandertalien dont le décès date d'il y a 45000 ans, ce qui en fait le plus ancien représentant de notre espèce jamais trouvé hors de l'Afrique et du Proche-Orient. Surtout, en comparant ce génome avec ceux qu'ils avaient à leur disposition, les chercheurs font de l'homme d'Ust'-Ichim un gaillard plus proche des non-Africains que des Africains et plus lié aux Européens anciens qu'aux Asiatiques. Pour les paléontologues, cette découverte apporte la preuve irréfutable que la lignée de Sapiens non-africains provient d'un groupe qui a quitté son continent il y a 60 000 ans, donc plus tôt que ce qu'ils croyaient jusque-là. Des individus modernes qui ont trouvé en face d'eux une espèce plus ancienne et plus forte, Homo neanderthalensis.

3. Neandertal réhabilité

S'il en est un dont l'image a totalement été révisée grâce à la biologie moléculaire, c'est bien l'homme de Neandertal, qui doit son nom à la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), où fut découvert le premier individu, en 1856. A l'époque, vu ses caractéristiques -arrière-crâne développé, bourrelets suborbitaux protubérants et silhouette robuste-, les chercheurs le prennent pour... un ours. D'où l'image de balourd qu'il se traîne au XIXe, puis au XXe siècle. "Trapu, petit, sans menton, avec une visière de casque au-dessus des yeux, il a longtemps été considéré comme un être inférieur", regrette Marylène Patou-Mathis, chercheuse au CNRS, qui connaît Neandertalmieux que personne et oeuvre à sa réhabilitation.

Cette réputation ne s'arrange guère avec la découverte, plus tard, de l'homme de Cro-Magnon, cet être gracile au port altier. Un Sapiens qui en impose, avec ses manières, puisqu'il invente le principe des sépultures et pratique l'art et la chasse. Pourtant, en un peu plus d'une décennie, notre cousin Neandertal a regagné un à un ses galons de "moderne". D'abord, lui aussi travaille avec des outils élaborés. Mieux, il a inventé une technique de coupe dite "Levallois", qui réclame certaines capacités cognitives. Lui aussi enterre ses morts, et ce, dès -80000 ans, démontrant ainsi son sens de l'empathie et le développement de pensées métaphysiques. Lui aussi utilise certaines plantes médicinales, comme le prouvent des restes de pollen trouvés dans ses tombes. Lui aussi chasse, jusqu'à élaborer des stratégies d'encerclement du gibier. Lui aussi a développé l'art de la parure (bijoux, tatouages, coiffure). Lui aussi, à l'instar d'un Kandinsky ou d'un Kupka, au XXe siècle, était maître en art abstrait, comme l'a révélé une gravure découverte en septembre 2014 dans la grotte de Gorham (Gibraltar), située à flanc de falaise, devant la mer Méditerranée.

Pour les spécialistes anglais, espagnols et français (CNRS-université de Bordeaux), auteurs de l'article publié dans la revue PNAS, ces lignes horizontales et verticales creusées dans la paroi, voilà 39 000 ans, servaient à marquer l'espace d'habitation. Elles caractérisent un geste technique sans lien avec un but matériel immédiat que l'on croyait être l'apanage de l'homme moderne. Enfin, les généticiens ont montré qu'Homo neanderthalensis utilisait une forme de langage (gène FOXP-2). Et que sa peau était moins basanée que ce que l'on croyait jusqu'ici. "Difficile, à la lumière des découvertes récentes, de ne pas faire de Neandertal l'égal de Sapiens, conclut Marylène Patou-Mathis. Je pense même qu'il a aidé ce dernier à découvrir le territoire européen qui était pour lui une terra incognita."

4. Y a-t-il eu hybridation entre Homo sapiens et d'autres espèces ?

La question est longtemps restée une des énigmes majeures de la paléontologie : en comparant crânes et ossements, les chercheurs n'ont jamais pu conclure à l'existence d'une espèce intermédiaire. Souvent trompés par une prétendue supériorité de l'homme moderne, nombre d'entre eux estimaient que Sapiens n'aurait pas pu fricoter avec son cousin.

Et l'absence de gisement fossilifère où l'on aurait pu trouver les deux espèces a longtemps entretenu l'idée d'une impossible hybridation. Mais ce serait oublier un peu vite que ces deux populations cohabitèrent durant près de 12 000 ans ! Aujourd'hui, la science prouve qu'il y a bien eu métis sage, puisque le génome de Neandertal, décrypté en 2010 par l'Institut Max-Planck, montre que nous avons tous en nous quelque chose de lui : Européens et Asiatiques possèdent de 1 à 4% de ses gènes ! Toutefois, ces croisements sont restés plus que restreints.

Et pour cause ! Nombre de clans de Sapiens et de Neanderthalensis ont tout à fait pu ne jamais se rencontrer, notamment en Europe. D'autant qu'ils ne représentaient que quelques dizaines de milliers d'individus éparpillés sur de grands espaces. D'autres ont pu s'apercevoir, tout en restant à distance, selon une technique d'évitement somme toute compréhensible. Enfin, une poignée d'entre eux ont fini par se mêler, il y a 70 000 ou 80 000 ans.

5. Pourquoi Sapiens s'est-il retrouvé seul sur Terre ?

D'abord parce qu'à son époque il avait peu de concurrents : le genre Homo comptait un nombre infime de branches. Outre Sapiens, il y a donc Neandertal et l'homme de Flores, disparu de la surface de son île, peut-être à la suite d'une éruption volcanique. A moins que celui que les médias ont affectueusement surnommé le "Hobbit", en référence au Seigneur des anneaux, ne fût né avec le syndrome de Down (trisomie 21) comme le suggèrent les Drs Henneberg et Eckhardt dans une étude scientifique parue au mois d'août 2014. Reste, enfin, une espèce inédite, les dénisoviens, définie en mars 2010 par les généticiens. Cette fois, non grâce à un crâne, mais à partir d'une étude d'ADN, puisque l'individu se résume à un seul... fragment d'auriculaire, trouvé par les Russes dans la région de l'Altaï.

Les paléogénéticiens de l'Institut Max-Planck, toujours eux, ont révélé que cet Homo, vieux de 40000 ans, ne ressemblait à aucun autre. Mais, faute d'ossements supplémentaires, l'homme de Denisova reste bien mystérieux. Difficile, donc, de lancer des hypothèses sur les causes de sa disparition, alors que l'affaire semble un peu plus simple en ce qui concerne Neandertal.

Du moins sur le papier, car paléo-anthropologues et généticiens ont apporté des explications pas toujours convaincantes. La plus ancienne voudrait que le gros balourd eût été trop stupide pour s'habituer aux changements climatiques. Un argument qui manque indubitablement de fond, d'autant que lui vécut plus de 300000 ans, soit, à l'heure actuelle, au moins 100 000 de plus que nous... Pas sûr, donc, que nous ayons des leçons d'adaptabilité à lui donner ! L'idée d'une pandémie a aussi été avancée dans la revue Current Biology à la fin de l'année 2013 montrant notamment que notre ADN contient des virus qui étaient communs à nos espèces.

"L'une des deux n'y aurait pas survécu", explique Marylène Patou-Mathis. Sans y croire vraiment : "Cela peut s'entendre sur des aires géographiques limitées, mais pas à grande échelle." Restent les thèses, assez hasardeuses, d'un régime insuffisamment diversifié et d'une extermination massive par des hordes d' "Attila-Sapiens" -sauf qu'il n'existe aucune trace de massacre. Ou encore l'idée selon laquelle une dilution génétique aurait conduit notre lointain cousin à se fondre avec la branche Homo sapiens.

La réponse pourrait être plus prosaïque et se réduire à un problème démographique : les dernières études génétiques montrent un goulet d'étranglement autour de - 60 000 ans, avec une forte baisse de la natalité et une mortalité féminine importante. D'ailleurs, à ce jour, peu de squelettes de néandertaliennes âgées ont été exhumés. La lignée se serait donc éteinte progressivement, ses dernières traces datant d'entre -40000 ans et -28000.

"Peut-être était-il trop conservateur, suggère aussi la chercheuse. Et, lorsqu'il a fallu s'adapter, il a pu manquer de sens de l'innovation et ne pas savoir se projeter dans l'avenir." La leçon vaut pour toutes les espèces humaines, d'hier et d'aujourd'hui.

Source : L'Express du 18/01/2015

vendredi 24 janvier 2014

La fin de Neandertal

C'est Homo sapiens qui a gagné la course à l'évolution. Mais pourquoi Neandertal a-t-il disparu ? Les explications de spécialiste Marylène Patou-Mathis.



Source : Sciences et Avenir du 12/01/2014

mercredi 8 mai 2013

L'Homme de Néandertal espagnol aurait disparu bien plus tôt que prévu

Une étude anglo-espagnole affirme, à l’aide d’une nouvelle technique de datation, que l’Homme de Néandertal aurait disparu de la péninsule ibérique au moins 10.000 ans plus tôt que prévu. La rencontre avec l’Homme moderne aurait donc été impossible. Une grande nouvelle qui changera le contenu des livres d’histoire ? Plutôt un faux débat pour Marylène Patou-Mathis, préhistorienne interrogée par Futura-Sciences.

Avant nous, l’Homme de Néandertal. Ce cousin, presque notre frère, partage avec nous 1 à 4 % des gènes. Mais voilà environ 30.000 ans, pour des raisons encore débattues, ces peuples ont disparu de la surface du monde. Certains paléontologues considèrent que les derniers représentants de cette espèce humaine se sont éteints sur la péninsule ibérique, composant aujourd’hui le territoire de l’Espagne et du Portugal.

Mais d’après des chercheurs européens, dirigés par Thomas Higham de l’université d’Oxford, les Néandertaliens ayant peuplé cette région pourraient avoir disparu au moins 10.000 ans plus tôt que prévu. En utilisant une nouvelle technique de datation au carbone 14, ils ont montré que les sites préhistoriques testés n’avaient pas 35.000 ans, mais plutôt 45.000 à 50.000 ans.

Des Néandertaliens vieillis de 10.000 ans par le carbone 14

Comment ce radio-isotope, connu pour la précision de ses datations dans une échelle de 50.000 ans, peut-il fournir des données aussi différentes ? Il faut bien comprendre que les os passés au détecteur peuvent avoir été contaminés par une source extérieure de carbone après la mort de l’individu. Cela fausse alors les données.

Par ultrafiltration, les auteurs expliquent dans Pnas avoir développé une méthode de datation plus précise. Ils ont voulu mener leur analyse sur 215 os retrouvés dans 11 sites néandertaliens de la péninsule ibérique, datés d’environ 35.000 ans. Malheureusement, leurs ambitions ont été revues à la baisse. Seuls huit ossements contenaient assez de collagène pour être datés précisément. Tous provenaient non de 11, mais de seulement deux sites, situés en altitude : Jarama et Zafarraya.

Un de ces os, qu’on pensait âgé de 33.300 ans, aurait appartenu en réalité à un individu mort voilà 46.700 ans. D’autres dateraient même de 50.000 ans. Certains estiment que les premiers Hommes modernes auraient atteint ces contrées voilà 42.000 ans. Toute rencontre avec les Néandertaliens de la région s’avère donc impossible. Les études précédentes auraient-elles sous-estimé l’âge de la mort de Néandertal ? Faut-il remettre en cause la préhistoire humaine ?

Les derniers Néandertaliens pas forcément espagnols

Non, clame Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de cet homininé au Muséum national d’histoire naturelle. « Je ne doute pas des dates avancées par ces chercheurs, mais comment est-il possible de généraliser à l’échelle d’un territoire à partir de seulement deux sites ? Une analyse locale ne peut fournir une réponse globale », remarque la préhistorienne. D’autant que ces grottes sont situées en haute altitude. Elles auraient très bien pu être délaissées à l’époque où la période glaciaire frappait l’Europe pour des régions plus chaudes, qui favorise aussi la dégradation du collagène des os et qui compliquent la datation.

« Il faut également qu’on arrête de croire systématiquement que les derniers Néandertaliens vivaient en Espagne, reprend-elle. On a montré que certains d’entre eux vivaient en Croatie ou en Crimée [péninsule ukrainienne, NDLR], il y a moins de 35.000 ans. Ce travail ne remet donc pas en cause la date de disparition des Néandertaliens. »

Homo sapiens disculpé

Quant à la question de la rencontre entre les deux espèces humaines de l’époque, la préhistorienne a un avis précis. « Il y a eu hybridation aux alentours de -70.000 à -80.000 ans, au Proche-Orient ou dans les environs. Puis les Hommes modernes ont migré vers l’ouest et ont pu, sur leur chemin, rencontrer quelques populations néandertaliennes, notamment dans les Balkans. Mais, il me paraît en effet peu probable que les deux espèces se soient croisées en Espagne, même dans le cas où elles auraient vécu à la même époque en Europe : les régions sont tellement grandes et les groupes tellement petits ! » En conclusion, cette étude, aussi intéressante et crédible soit-elle, ne semble pas bouleverser l’histoire des relations qu’ont pu entretenir Homo sapiens et Néandertal. Et ne modifie pas l’histoire récente de l’évolution humaine.

Néanmoins, elle pourrait apporter des éléments qui justifient que les Hommes modernes ne sont pas responsables de la disparition des Néandertaliens. « Notre "cousin" n’a pas disparu du jour au lendemain. C’est un processus qui a pris du temps, et des éléments nous indiquent que ces populations humaines étaient déjà sur le déclin avant même que nos ancêtres modernes n’arrivent en Europe », signale Marylène Patou-Mathis. Ouf ! On savait Homo sapiens très doué pour entraîner la disparition d’espèces, mais dans ce cas, les faits semblent le dédouaner.

Source : Futura Sciences du 06/05/2013

mardi 14 août 2012

Neandertal : Cro-Magnon m'a tue[r] ?



avec Marylène Patou-Mathis, responsable de l'unité d'archéozoologie du Muséum national d’histoire naturelle, et Silvana Condemi, paléoanthropologue à l’Université de la Méditerranée.

Source : UniverSciences 30/11/2009

mardi 31 janvier 2012

Néanderthal était notre cousin

Autrefois relégué au rang de sombre brute à peine plus évoluée qu’un grand singe, l’homme de Néanderthal s’humanise de plus en plus au fil des découvertes. Deux études récentes montrent que cette espèce, qui colonisa l’Europe de 300 000 ans jusqu’à 30000 ans avant Jésus-Christ, était beaucoup plus proche de nous qu’on ne le pensait autrefois.


C’est d’abord un travail de recherche américain, réalisé par plusieurs scientifiques de l’Arizona et publié dans « Human Ecology », qui confirme l’hypothèse que Néanderthal a disparu aussi parce qu’il s’est métissé avec notre espèce, l’Homo sapiens. Et ce, grâce à un programme informatique mis au point après analyse de 167 fossiles ou preuves de vie attribuées à Néanderthal. L’étude affirme que les deux variétés se sont mélangées, Homo sapiens prenant le dessus.

Un langage plus sophistiqué qu’on ne le croyait

Néanderthal nous ressemblait aussi beaucoup, car son langage était sans doute beaucoup plus sophistiqué qu’on ne le croyait. Une étude canadienne publiée dans l’« Oxford Journal of Archeology » calcule que cet homme préhistorique pouvait se déplacer en bandes de 200 à 500 individus, ce qui implique des moyens de communication pour pouvoir coordonner des actions comme la chasse.

« Ces études viennent confirmer des hypothèses émises déjà depuis des années, souvent à contre-courant, souligne la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS*. Autrefois, nous ne pouvions nous appuyer que sur des fossiles, aucun cadavre entier n’ayant été découvert intact, congelé, par exemple comme un mammouth. Aujourd’hui, la génétique nous aide énormément. Nous en sommes à 63% du déchiffrage du génome de Néanderthal. »

Les analyses ADN montrent ainsi qu’il y a bien eu hybridation avec Homo sapiens. « Elle s’est produite entre 80 000 et 50 000 ans avant notre époque, et nous avons encore de 1 à 4% de gènes en commun avec Néanderthal », précise Marylène Patou-Mathis. « La chute de l’espèce était déjà engagée lorsque les Sapiens sont arrivés en Europe. La dilution au sein des nouvelles populations a accéléré le phénomène. »

La génétique conforte également l’hypothèse du langage pratiqué par cet homme préhistorique : « Il possédait un gène associé au langage que nous avons aussi », détaille la spécialiste. Néanderthal était donc bien notre cousin…

Source : Le Parisien du 30/01/2012

mardi 8 novembre 2011

La préhistoire des Européens revisitée

L'homme moderne est arrivé à l'ouest du continent plus tôt qu'on ne le pensait.

Cela faisait des dizaines d'années qu'«il» patientait dans les réserves du musée de Torquay, ville de la riviera anglaise où naquit Agatha Christie. Quoi de plus normal qu'après une enquête scientifique serrée menée par une équipe internationale, il s'avère que ce «il» est le plus ancien fossile d'homme moderne jamais caractérisé en Europe de l'Ouest (Nature du 3 novembre 2011)? Ce bout de maxillaire, qui présente encore trois dents, a plus de 40.000 ans (entre 44,2 et 41,5 milliers d'années) et risque de bouleverser l'histoire des hommes modernes en Europe. Il avait été découvert en 1927 dans la Kent's Cavern, immense grotte devenue le plus important site paléolithique de Grande-Bretagne.

On estime que l'homme a peuplé la terre à partir d'un «berceau» des hominidés situé en Afrique. Il en est sorti, par vagues successives et très espacées, pour coloniser ou recoloniser, entre autres, le Proche-Orient, le Caucase, les Balkans et toute l'Europe occidentale. Le plus vieux fossile d'hominidé trouvé en Europe de l'Ouest, une mandibule, date d'un peu plus de 1 million d'années. Plusieurs autres spécimens découverts en Géorgie datent de 1,7 million d'années. Sans doute la première vague.

Les premières traces de Neandertal, un Homo, apparaissent, elles, il y a environ 450.000 ans. C'est peut-être la deuxième vague. Ces traces fossiles disparaîtront quelque 420.000 ans plus tard. C'est l'époque des grandes périodes glaciaires entrecoupées de «pauses» tempérées, comme il y a environ 40.000 ans, conduisant à un fort recul des glaciers, ouvrant ainsi des passages vers ces territoires longtemps «verrouillés» par les glaces. Et ouvrant la voie à l'homme moderne Homo sapiens sapiens, aussi appelé homme de Cro-Magnon. Neandertal et Cro-Magnon se sont-ils croisés, fréquentés ? D'après ces dernières données, ils ont cohabité pendant sans doute plus de 10.000 ans. Et Neandertal a disparu, sans que l'on sache exactement pourquoi.

Tous ces travaux s'appuient sur de petits et fragiles fossiles. Leur datation ou l'interprétation des données morphologiques nécessitent des techniques de plus en plus sophistiquées. La fameuse datation au carbone 14 n'est plus qu'un premier indicateur de datation. On emploie par exemple aujourd'hui des analyses sur les différents isotopes d'oxygène. Les chercheurs ont également tenté des études génétiques sur l'ADN du fossile. Mais ce qu'ils ont récupéré ne pouvait être clairement distingué d'une éventuelle «contamination» par ceux qui l'avaient manipulé.

Autre découverte dans la grotte du Cavallo

«C'est un résultat très intéressant, estime Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au CNRS et au Muséum national d'histoire naturelle, également conseiller scientifique du film AO, le dernier Neandertal. Car dater et travailler directement sur des restes humains est important. Et cela confirme bien que Neandertal et l'homme moderne ont dû vivre côte à côte.»

Dans le même numéro de la revue Science, une autre équipe internationale revendique la caractérisation du plus ancien fossile d'homme moderne de l'Europe du Sud-Est. Deux molaires découvertes en 1964 dans la grotte du Cavallo (sud de l'Italie) ont été réexaminées de manière très fine. Elles datent de 45.000 à 43.000 années. Ce qui confirme que homme moderne et Neandertal ont vécu en ces lieux au même moment. Mais aussi que les hommes modernes ont colonisé l'Europe de l'Ouest de manière bien plus rapide qu'on ne le croyait.

Source : Le Figaro du 02/11/2011

dimanche 2 janvier 2011

L'homme de Denisova en débat chez les paléontologues

Des généticiens affirment avoir découvert un « nouvel » hominidé, ni néandertalien ni homme moderne, mais présentant une petite parenté génétique avec les actuels Mélanésiens

« Out of Africa », et après ? Que s’est-il exactement passé depuis que les hommes préhistoriques ont quitté l’Afrique pour gagner le Moyen-Orient, puis l’Eurasie et, enfin, ont probablement pris des chemins divergents, les uns se dirigeant vers l’Asie, les autres vers l’Europe ?

Les hypothèses vont bon train parmi des paléontologues après la découverte, en 2008, d’une phalange et d’une dent, par les archéologues russes, dans la grotte de Denisova, au sud de la Sibérie, dans les montagnes de l’Altaï.

Ainsi, en mars dernier, les paléogénéticiens emmenés par Svante Pääbo de l’institut Max-Planck d’anthropologie de l’évolution à Leipzig ont-ils annoncé dans la revue Nature la découverte d’un hominidé inconnu, « l’homme de Denisova » (1).

5% de gènes communs avec les Mélanésiens

Ni néandertalien ni homme moderne, d’après le séquençage de l’ADN mitochondrial (ADN uniquement transmis par la mère) d’une phalange, ce spécimen, d’après la datation d’échantillons du sol de la grotte où des fragments de son squelette ont été trouvés, aurait vécu il y a 30 000 à 48 000 ans.


Localisation de Denisova, au sud de la Sibérie.

Surpris, Svante Pääbo avait alors dit qu’il fallait attendre le séquençage de l’ADN du noyau des cellules osseuses (ADN résultant du mélange des patrimoines du père et de la mère) pour affirmer s’il s’agissait d’une nouvelle espèce ou d’un simple lignage différent.

Voilà qui est chose faite, ou presque. Le séquençage du génome des cellules osseuses montre, selon les chercheurs, qu’il s’agit d’une femme et qu’elle présente une parenté avec l’homme de Neandertal. Ce « nouvel » hominidé n’a pas, à la différence des Néandertaliens, contribué au patrimoine génétique des Eurasiens modernes mais a 5% de gènes communs avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Mélanésie. Cela laisse penser qu’il y a eu des croisements. « Le fait que les Denisovans aient été découverts dans le sud de la Sibérie et aient contribué au patrimoine génétique des populations modernes de Nouvelle-Guinée montre que la présence de ce groupe pourrait avoir été étendue en Asie depuis la fin du pléistocène (NDLR : entre –130 000 et –10 000 ans) », selon David Reich, professeur à l’université Harvard (Massachusetts), coauteur de l’étude.

Pour Svante Pääbo, « la combinaison du génome de l’homme de Neandertal et de celui du Denisovan révèle la complexité des interactions génétiques entre nos ancêtres et les différents groupes d’hominidés anciens ».

Cette découverte laisse toutefois perplexe certains préhistoriens. « L’ADN daté de 30 000 à 48 000 ans ne concorde par tout à fait avec les outils de pierre trouvés sur place », observe Marylène Patou-Mathis, préhistorienne spécialiste de Neandertal.

«Nous sommes prudents»

Pour Marcel Otte, préhistorien à l’université de Liège, qui a fouillé la grotte, « la chronologie n’est pas très fiable car le sol de la grotte s’est affaissé et, surtout, on n’a pas encore analysé des milliers de données paléontologiques et archéologiques. L’hominidé de Denisova pourrait être un homme moderne asiatique, mais cette idée est mal considérée par la communauté scientifique occidentale », conclut-il.

En d’autres termes, « sans remettre en cause la pertinence de l’ADN, nous sommes prudents et plaidons pour que la paléontologie humaine reste un domaine pluridisciplinaire et s’appuie davantage sur d’autres éléments, comme d’autres os, humains et animaux, et, surtout, des traces d’activité humaine », insiste Marylène Patou-Mathis.

(1) Pour certains paléogénéticiens, il existe quatre espèces d’hommes : Neandertal, l’homme moderne (Homo sapiens), l’homme de Florès et l’homme de Denisova.

Source : La Croix du 28/12/2010

samedi 1 janvier 2011

Fruits et légumes cuits au menu de Neandertal

A chaque découverte des gratteurs de fossiles, l'homme de Neandertal, notre lointain cousin disparu voilà 30 000 ans, se rapproche un peu plus de nous. Etude après étude, ses oripeaux de rustre mal dégrossi, grand dévoreur de viande aux manières primitives, tombent en lambeaux. Laissant apparaître un homme différent mais, sur bien des plans, pas moins "civilisé" que Sapiens. Auquel, on le sait depuis peu, il a du reste transmis par croisements une petite partie de son patrimoine génétique.

Le travail d'une équipe de paléoanthropologues de Washington et de Panama, publié dans les comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 27 décembre, apporte une nouvelle pierre à cette réhabilitation. Il montre que Neandertal, tout comme l'homme moderne, se nourrissait aussi de plantes et de fruits. Mieux encore, qu'il les cuisait. Et que ces pratiques impliquaient une grande faculté d'adaptation.

Notre parent archaïque a longtemps été réputé avoir une alimentation presque exclusivement carnée, que lui fournissait la chasse des grands mammifères. Il ne goûtait guère, pensait-on, le petit gibier (plus difficile à capturer), les poissons et les coquillages, ni, surtout, les végétaux. Ce régime peu diversifié est l'une des explications parfois avancées pour expliquer pourquoi, après avoir peuplé l'Europe et une partie de l'Asie pendant près de 300 000 ans, il s'est lentement effacé devant l'homme moderne - c'est-à-dire nous -, capable de tirer davantage de calories de son environnement.

Des indices de l'utilisation de végétaux avaient déjà été repérés sur plusieurs sites néandertaliens. Sans que leur présence dans les sédiments puisse être formellement associée à leur consommation.

Cette fois, les chercheurs ont trouvé des témoins irréfutables : sept dents (trois molaires, deux prémolaires, une canine et une incisive) appartenant à trois squelettes retrouvés dans deux dépôts de restes néandertaliens bien connus. Le premier en Irak, dans la grotte de Shanidar, sur les contreforts des monts Zagros. Le second en Belgique, dans la grotte de Spy, dans la province de Namur. Deux sites dont les ossements sont respectivement datés de 46 000 et 36 000 ans.

Ces dents sont couvertes de tartre (ou calcul) et, décrivent les auteurs, ces dépôts calcifiés sont de très efficaces pièges à particules alimentaires microscopiques, parfaitement conservées. De minuscules fragments de ces plaques dentaires ont été prélevés, passés dans une microcentrifugeuse et examinés au microscope. Résultat : ils recèlent des grains d'amidon et des phytolithes (concrétions de cellules végétales) provenant de différentes plantes, graines et fruits. On y trouve notamment des résidus de dattes, de légumineuses, de graminées (dont des variétés proches de l'orge actuel et du sorgho), ainsi que de rhizomes (partie souterraine de la tige) de nénuphars.

"On savait déjà, par les analyses biochimiques, que les néandertaliens - comme d'ailleurs les premiers Sapiens - se nourrissaient principalement de viande, mais pas uniquement. Aucun individu n'a une alimentation à 100 % carnée", commente Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et spécialiste de l'alimentation préhistorique. Mais c'est la première fois qu'est apportée une preuve directe que les végétaux figuraient aussi au régime de ces omnivores.

Ce n'est pas tout. L'inspection dentaire montre que beaucoup de ces résidus ont subi des transformations dues à une cuisson. Les végétaux, pensent les auteurs, devaient être bouillis dans l'eau plutôt que grillés sur les braises.

Pour Marylène Patou-Mathis, il ne s'agit pas d'une surprise : "Neandertal maîtrisait le feu et les ossements animaux retrouvés dans de nombreux foyers attestent qu'il savait cuire la viande", rappelle-t-elle. La démonstration est faite qu'il procédait de même pour l'accompagnement de légumes.

Ces conclusions sont d'autant plus marquantes qu'elles proviennent de deux sites géographiquement très éloignés, aux contextes environnementaux et climatiques différents. Et de deux groupes de néandertaliens bien distincts, l'un proche-oriental, l'autre occidental. Elles appellent bien sûr une certaine prudence, trois individus et sept dents ne constituant pas un échantillon représentatif de toute une population.

Pour les auteurs, il est clair néanmoins que Neandertal faisait preuve de "sophistication" dans son régime et "consacrait du temps et de l'énergie à préparer des aliments à base de végétaux, pour les rendre plus comestibles et améliorer leurs qualités nutritionnelles". La cueillette de ces différentes plantes nécessitait, en particulier, des déplacements saisonniers de campement, comme l'exigeaient aussi les migrations des animaux sauvages. Si bien que "l'exploitation de ces espèces végétales ne serait pas une stratégie nouvelle développée par les premiers hommes modernes, devenus par la suite cultivateurs".

Reste alors, puisque leur alimentation n'est pas en cause, le mystère de la disparition des néandertaliens. Pour Marylène Patou-Mathis, ils auraient été victimes d'une démographie insuffisante pour le vaste territoire qu'ils occupaient. Pacifistes et écologistes avant l'heure, respectueux peut-être d'une "cosmogonie" qui les rendait peu combatifs, ils se seraient repliés devant l'avancée de Sapiens, jusqu'à s'éteindre. Protéines végétales ou pas.

Source : Le Monde du 31/12/2010

jeudi 30 décembre 2010

L'homme de Néandertal mangeait aussi des légumes

L'analyse de traces de graines et de tubercules cuits dans le tartre dentaire de trois individus confirme que ce cousin de l'homme moderne pouvait diversifier ses menus.

Depuis l'identification du premier spécimen en 1856, le grand public a toujours eu du lointain cousin de l'Homo sapiens, Néandertal, l'image d'un homme fruste, violent et carnivore. Peu à peu, cette vision simpliste évolue. Dans un article publié lundi dans PNAS, des paléontologues américains montrent par exemple que certains néandertaliens consommaient des végétaux. Ils ont en effet retrouvé dans le tartre dentaire de trois individus, découverts en Belgique et en Irak, des traces de plantes, de graines et de tubercules.

Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS et auteur d'un livre-référence sur ce cousin de l'homme moderne,explique : «Nous les soupçonnions depuis longtemps d'intégrer un peu de végétal dans leur alimentation, ne serait-ce que pour des questions de métabolisme. Maintenant, nous en avons une première preuve directe». Yves Coppens, célèbre co-découvreur de l'australopithèque Lucy, admire d'ailleurs l'ingéniosité de la méthode employée. Les plantes et les légumes ne fossilisant pas, seul le tartre pouvait en effet piéger les aliments et fournir des indices précis sur la nature de l'alimentation végétale présumée de nos cousins. Au final «cette technique permet de déterminer le menu détaillé de quelques néandertaliens», s'enthousiasme-t-il.


Notre cousin chassait aussi le phoque et le dauphin

La découverte de grains d'amidon portés à très haute température atteste par exemple de la consommation de tubercules cuits. Ce qui prouve une nouvelle fois que Néandertal savait cuisiner. Des traces de brûlures sur des fossiles avaient déjà montré auparavant qu'il maîtrisait le feu et s'en servait pour cuire sa viande. La découverte de coquillages grillés en Espagne avait même montré qu'il se servait de cette source de chaleur pour faciliter l'ouverture des moules.

Cette consommation de crustacés avait d'ailleurs ouvert les yeux des paléontologues quant à la capacité de Néandertal à élargir son spectre alimentaire, quand il le pouvait ou quand il le fallait. «Quand on y réfléchit un peu, ce n'est pas étonnant de la part d'une espèce qui a réussi à s'adapter au climat et à survivre pendant 300.000 ans sur une zone géographique très étendue», souligne Marylène Patou-Mathis. En 2008, des chercheurs montraient d'ailleurs que notre cousin avait parfois chassé le dauphin ou le phoque, prouvant ses grandes facultés d'adaptation environnementales.

En ajoutant à toutes ces connaissances, plus ou moins nouvelles, la découverte de présumés bijoux et maquillages néandertaliens cette année, notre vision étroite de cet homme au front bas et aux sourcils proéminents prend du relief. Ce qui permet de mieux accepter, comme l'ont montré des scientifiques récemment, que nous ayons finalement beaucoup de points communs génétiques avec ce cousin: nous aurions hérité d'un à quatre pour cent de son génome.

Source : Le Figaro du 28/12/2010

vendredi 12 novembre 2010

Néandertal : le développement de son cerveau était limité

À la naissance, le cerveau du bébé néandertalien était quasi identique à celui du petit «Homo sapiens». C'est ensuite que leurs fonctions cognitives avaient un développement différent.

Si, pendant longtemps, les néandertaliens ont été considérés comme des benêts ou des brutes épaisses, l'heure est aujourd'hui à leur complète réhabilitation. Ces hommes qui ont colonisé l'Europe entre -400.000 et- 30.000 ans, avant d'être supplantés par nos ancêtres Homo sapiens, venus d'Afrique et du Moyen-Orient, sont désormais perçus comme des êtres intelligents, sensibles, pacifiques et même «écolos». La version moderne, en somme, du «bon sauvage» cher à Rousseau.

Ce revirement est en grande partie justifié. On sait notamment que Néandertal enterrait ses morts, qu'il vivait en groupes bien structurés, qu'il maîtrisait probablement le langage, qu'il portait peut-être même des peintures corporelles… C'est donc bien qu'il en avait «là-dedans». D'ailleurs, son cerveau n'était-il pas d'une taille comparable au nôtre ? Enfin, et ce n'est pas le moindre, on a appris cette année que nous avons hérité de lui entre 1 et 4% de notre ADN. De là en faire notre alter ego, il n'y avait qu'un pas que certains préhistoriens, comme Marylène Patou-Mathis, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris et conseillère technique du film de Jacques Malaterre (Ao, le dernier Néandertal), n'hésitent plus à franchir.

samedi 2 octobre 2010

Neandertal mon amour

Sur vos écrans cette semaine: un film naturaliste, AO le dernier Neandertal imagine sa rencontre avec Homo sapiens.

Trente ans après La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, voici l’amour avec Neandertal! C’est une belle déclaration que le réalisateur Jacques Malaterre adresse à cet homme préhistorique, mystérieusement disparu il y a 30.000 ans en Europe. Et une revanche tardive pour ce mal-aimé dont on a longtemps moqué le faciès de brute… avant que des fouilles ne montrent qu’il enterrait ses morts ou prodiguait des soins aux handicapés.

Ao et Oa

Inspirée du roman de Marc Klapczynski (Aô, l'homme ancien, Ed. Aubéron, 2003), la trame du film est un peu naïve. Seul survivant de son clan, Ao le néandertalien –sorte de bon sauvage en harmonie avec la nature- rencontre Aki, une Homo sapiens. Tous deux fuient devant de cruels sapiens, traversent l’Europe à la recherche d’Oa, le jumeau d’Ao, apprennent à communiquer, partagent leur culture, et même plus… car ils se découvrent des affinités.

Une voix off –un brin pompeuse- détaille les pensées intérieures de nos héros qui s’expriment chacun dans des langages aux sonorités différentes. Quelques invraisemblances –un combat avec un ours blanc, un sacrifice humain avec arrachage de cœur, un cheval apprivoisé en trente secondes- sautent aux yeux du public averti. Les puristes, enfin, pointeront que si Neandertal et sapiens se sont bien hybridés, c’était au Moyen-Orient, pas en Europe, et beaucoup plus tôt, il y a environ 80.000 ans, ainsi que viennent de le révéler des études d’ADN.

Quatre mois de répétitions

Cela dit, impossible de ne pas être happé par les images de paysage à couper le souffle. Difficile de bouder la puissante performance de Simon Paul Sutton: il fait corps avec son personnage, Ao, et réussit à rendre Neandertal, mais oui, craquant! Les acteurs ont affronté des conditions de tournage extrêmes dans la toundra ukrainienne par -20 ou -30°C, ou dans des marécages infestés de moustiques. Ils ont répété huit heures par jour pendant quatre mois pour apprendre la langue du film, apprendre à chasser, à tailler les pierres, car le réalisateur voulait un résultat naturaliste.

C’est réussi : les scènes de vie quotidienne sont extrêmement crédibles. D’autant que Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS, est intervenue sur les aspects matériels: armes, habits, campements, façon de vivre, de chasser, se déplacer et même… sac de peau pour trimballer bébé. Et l’on ressent ce que cela devait être, au paléolithique, d’affronter cette nature et de camper, le soir, à l’abri d’une paroi de roche.

Source : Sciences et Avenir du 30/09/2010

jeudi 30 septembre 2010

Neandertal : ni inférieur, ni supérieur à Homo sapiens, juste "différent"

Longtemps présenté comme une brute épaisse proche du singe, le Neandertal mis en scène par Jacques Malaterre est bien un humain. Il est simplement "différent" de son cousin Homo sapiens, selon Marylène Patou-Mathis, spécialiste en paléontologie humaine.

Comme le film le montre avec Ao, Neandertal, malgré ses différences morphologiques, avait comme notre ancêtre Homo sapiens des outils et des armes, des rites funéraires, toute une culture... bien loin de l'image traditionnelle de l'homme des cavernes.

"La vision de Neandertal est issue des fondements du 19e siècle avec le racialisme et le classement des espèces, qui place bien sûr l'homme blanc tout en haut de l'échelle", explique à l'AFP Mme Patou-Mathis, conseillère scientifique sur le tournage d'Ao.

"Les néandertaliens ont été mis dans les brutes épaisses, mais il ne faut pas oublier qu'avant eux, les aborigènes d'Australie et les bushmen du Kalahari étaient classés les plus près des singes et comparés à l'orang-outang ou au gorille !", ajoute l'archéologue du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

"Neandertal, c'est un autre homme, dans un autre contexte, avec une autre histoire à la fois biologique et psychologique. Neandertal est différent, point. Ni inférieur, ni supérieur", dit-elle.

Depuis peu, on sait même grâce à des analyses ADN que 1% à 4% du génome de l'homme euro-asiatique moderne provient des néandertaliens.

Neandertal parlait-il comme dans le film ? Impossible d'en être sûr, mais il en était physiologiquement capable et il disposait d'un gène associé au langage. Surtout, il a des comportements très complexes, notamment des stratégies de chasse, qui plaident en faveur de l'existence d'un langage. "J'aimerais bien qu'on m'explique comment dire +avant-hier+ ou +à 50km de distance+ par des gestes", lance Mme Patou-Mathis.

Néandertaliens et Homo sapiens se sont-ils réellement rencontrés ? Les archéologues ont établi qu'il y a environ 45.000 ans, des Homo sapiens sont arrivés du Proche-Orient en Europe, s'installant dans les Balkans sur le territoire des Néandertaliens. Les dernières traces que nous avons de Neandertal remontent à 28 ou 30.000 ans.

"Ca veut dire que pendant 10 à 15.000 ans, ils étaient tous les deux dans la même zone et qu'il y a une forte probabilité qu'ils s'y soient rencontrés", explique Mme Patou-Mathis.

"Ao" est bien une fiction mais, à l'exception de la rencontre avec un ours polaire plutôt qu'avec un ours des cavernes, elle "reste dans le domaine du plausible", insiste la spécialiste.

Source : Sciences et Avenir du 27/09/2010

mardi 28 septembre 2010

Né moche, Neandertal est en plus mort de stress

Le film «AO» (à voir dès mercredi dans les cinémas romands) transforme cette grande brute de Neandertal en gendre idéal. Exagéré?

Parce qu’il était moche, il est devenu le mal-aimé de la préhistoire. Dès la découverte de ses os inhabituels, en 1856, des chercheurs ont imaginé que Neandertal était une brute épaisse, incapable de parler et dénuée de tout sens artistique. «Il a d’abord été considéré comme un être aberrant ou pathologique, rappelle la préhistorienne française Marylène Patou-Mathis. On le représentait velu et voûté, penché en avant, comme une créature plus proche du singe que de l’homme.»

On riait encore de son physique ramassé (1,64 mètre pour 80 kilos), sans comprendre que sa morphologie lui permettait de résister aux températures polaires d’une Europe recouverte de glaciers. On se moquait de son nez épaté, sans voir que la profondeur de ses sinus réchauffait l’air avant qu’il n’atteigne ses poumons. On pensait que ses gros orteils l’apparentaient à un singe, alors qu’ils favorisaient la course de ce formidable chasseur.

On n’imaginait pas non plus que sa posture voûtée était due à une arthrose des vertèbres cervicales, dit la paléontologue Claudine Cohen.

Non content d’être moche, Neandertal avait encore pour défaut d’être «boche», dit, en substance, Pierre Baron dans le numéro que la revue Historia a consacré, en avril dernier, à la créature préhistorique.

lundi 21 juin 2010

Révélations sur nos origines

Il est loin le temps où l'homme pensait descendre du singe. La génétique vient de révéler que nous sommes issus à la fois de Neandertal et d'Homosapiens. Mieux : un nouveau cousin est apparu en Sibérie... Notre grande famille n'en finit pas de se recomposer.

Six mai 2010. L'information tourne en boucle sur les radios et les télévisions du monde entier. Publiés dans la célèbre revue américaine Science, les travaux de l'Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) et du Pr Richard E. Green de l'université de Santa Cruz (Etats-Unis) font l'effet d'une bombe. «Nous pouvons désormais dire que, selon toute vraisemblance, il y a eu transfert de gènes entre les néandertaliens et les humains», annonce calmement Richard E. Green. Ce n'est pas l'arrivée des Martiens surTerre, mais tout de même! Celui qu'on a longtemps regardé comme un vague cousin un peu brutal s'impose comme l'un de nos «papas». Quelque 2 % de ses gènes se retrouvent dans le patrimoine génétique des Eurasiens, des populations originaires d'Europe ou d'Asie.

vendredi 7 mai 2010

Quelque chose en nous de Neandertal

Une équipe internationale de scientifiques est parvenue à reconstituer le code génétique de l’homme de Neandertal, aussi long que celui d’«Homo sapiens»! Cela simplement à l’aide de fragments d’ossements retrouvé dans une grotte de Croatie, et datant de 38 000 ans. Surprise: Neandertal aurait bien eu des relations avec «Homo sapiens», si bien que 1 à 4% de l’ADN de l’homme moderne serait le sien.

Front fuyant, bourrelets osseux sur les orbites oculaires, gros nez, absence de menton, corpulence trapue, poil éventuellement roux: telle est l’image que se font les paléo­anthropologues de l’homme de Neandertal. L’un ou l’autre de ces traits vous rappelle quelqu’un? Peut-être pas si étonnant que cela: une équipe internationale vient de reconstruire le code génétique de cet hominidé! Et, surprise: entre 1 et 4% de son ADN pourrait avoir été transmis jusqu’aux hommes modernes! Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

Depuis sa découverte en 1856 dans la vallée de Neander, près de Düsseldorf, Homo neanderthalensis s’est bien dévoilé. Outre son aspect, les spécialistes s’accordent à dire qu’il était loin d’être idiot (il fabriquait des couteaux en pierre, utilisait le feu, chassait). De plus, il enterrait ses morts et «réalisait» des objets non utilitaires. «Ces comportements attestent qu’il avait une pensée symbolique», analyse Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum d’histoire naturelle de Paris.