mercredi 31 mai 2017

Ce fossile prouve que nos ancêtres marchaient déjà debout il y a 3,3 millions d’années

L’Homme est la seule créature terrestre à se déplacer exclusivement sur ses deux membres postérieurs, avec le corps parfaitement droit. Cette bipédie ne date pas d’hier, mais grâce à l’étude d’un fossile d’hominidé – surnommé Selam – découvert en 2006 par le paléoanthropologue de l’université de Chicago Zeresenay Alemseged, il a été démontré que certaines fonctionnalités de la marche sur deux pieds étaient déjà établies il y a au moins 3,3 millions d’années, bien plus tôt que ce que nous pensions jusqu’ici. C’est la conclusion d’un rapport paru le 22 mai dans la revue de l’Académie des sciences américaine.

Depuis leur découverte, Alemseged n’a cessé d’étudier ces os très anciens. Deux éléments en font une découverte remarquable : d’abord, l’exhaustivité des ossements, et ensuite, l’âge précoce de la mort de Selam, qui n’avait que deux ans et demi. Ce qui fait de lui le plus ancien, le plus complet, mais aussi le plus jeune de nos ancêtres jamais découverts. « Ce type de préservation est sans précédent, en particulier chez un jeune dont les vertèbres n’ont pas encore complètement fusionné », explique le paléoanthropologue. Et ses dernières recherches ont identifié ces os comme étant l’exemple le plus ancien de bipédie.

Selon les résultats de l’analyse, des segments clés de la structure de la colonne vertébrale qui ont permis aux hominidés de marcher un jour sur leurs jambes, sont déjà développés dans les ossements de Selam, en dévoilant un peu plus sur l’évolution de la race humaine. « Cela montre que la structure générale de la colonne vertébrale humaine a émergé il y a plus de 3,3 millions d’années, mettant en lumière l’une des caractéristiques de l’évolution humaine », affirme Alemseged.

Selam appartient à l’espèce des Australopithèques afarensis, tout comme la célèbre Lucy. Cependant, il vivait près de 120 000 ans avant elle. Comme nous, Selam ne possédait que 12 vertèbres thoraciques et 12 paires de côtes, alors que la plupart des singes en ont davantage. En revanche, les humains ont plus de vertèbres dans le bas du dos, ce qui nous aide à nous tenir debout et à marcher en nous tenant droit. Pour étudier les ossements, Alemseged et son équipe se sont rendus en France pour utiliser la technologie d’imagerie de l’Installation européenne de rayonnement synchrotron. Cela leur a permis de visualiser les parties manquantes de la structure osseuse.

Source : Ulyces du 05/2017

lundi 29 mai 2017

Selam, le plus vieil enfant du monde réécrit l’histoire de notre colonne vertébrale

Les restes conservés vieux de 3,3 millions d’années d’une jeune Australopithecus Afarensis ont révélé que la colonne vertébrale de ces premiers hominidés était plus semblable à la nôtre que celle des singes africains existants à l’époque.

Pendant plus de trois millions d’années, il est resté tranquille à attendre. Découvert au milieu des années 2000 à Dikika, sur les berges du fleuve Awash (Éthiopie), le squelette est celui d’une jeune enfant baptisée Selamet probablement âgée de deux ou trois ans au moment de son décès. Découverts enfouis dans un bloc de grès, les restes fossilisés ont été incroyablement bien conservés, mais les ossements étant très fragiles, il aura fallu plus de treize ans au paléontologue Zeresenay Alemseged pour les extraire complètement sans les abîmer, un processus long et minutieux.

Les ossements de ce petit Australopithecus Afarensis (la même espèce que la célèbre Lucy découverte en 1974) sont en effet très précieux puisqu’ils constituent le seul exemple connu de colonne vertébrale à cette époque reculée. Le cou et la cage thoracique ont également été retrouvés. L’étude permet ainsi de se faire une idée assez précise du mode de locomotion et de croissance des australopithèques.

Dans leur étude publiée dans PNAS, les chercheurs ont entrepris de décrire le squelette en détail, se concentrant en particulier sur les vertèbres et leur morphologie. Le squelette semble en effet avoir été composé de douze vertèbres thoraciques et douze paires de côtes comme les humains, plutôt que treize chez les singes africains. Les chercheurs ont également pu voir un lien clé dans l’évolution de la colonne vertébrale des primates aux humains alors que les premiers hominidés commençaient à se redresser. Au cours de ce processus, les humains ont commencé à avoir moins de vertèbres dans le haut du dos et plus dans le bas pour permettre des modèles de démarches plus efficaces.

« Une étude continue et minutieuse du squelette de Selam montre que la structure générale de la colonne vertébrale humaine a émergé il y a plus de 3 millions d’années, mettant en lumière l’une des caractéristiques de l’évolution humaine », a déclaré Zeresenay Alemseged. « Ce type de préservation est sans précédent, en particulier chez un jeune dont les vertèbres ne sont pas encore complètement fusionnées ». Notons également que la forme de ses pieds, de ses genoux et des os de ses jambes tout comme la position de son « trou occipital » (par lequel la moelle épinière rejoint le cerveau) font également dire aux chercheurs que Selam pouvait marcher debout. Ses phalanges et ses omoplates ressemblent en revanche à celles de jeunes gorilles, ce qui laisse penser qu’elle était une bonne grimpeuse. Cela lui permettait sans doute de se réfugier dans les arbres en cas de danger.

Source : Sciencepost du 25/05/2017

jeudi 25 mai 2017

La séparation entre humains et singes plus ancienne qu’on ne le pensait

La divergence dans l’évolution entre les grands singes et les humains se serait produite plus tôt qu’on le croyait, en Europe orientale et non en Afrique, selon une nouvelle analyse de deux fossiles d’hominidés datant de 7,2 millions d’années.

Encore une donnée scientifique qui s’effondre ! Jusqu’à ce 23 mai 2017, en effet, on pensait que la séparation entre les grands singes (chimpanzé, bonobo, orang-outan, gorille) et les humains s’était effectuée il y a 6 à 7 millions d’années, en Afrique sahélienne, possiblement dans le Tchad actuel.

On sait à présent que la divergence s’est réalisée il y a environ 7,2 millions d’années, en Europe, dans l’est du bassin méditerranéen, en Bulgarie et en Grèce plus exactement.

Une découverte extraordinaire

C’est une nouvelle spectaculaire qui semble bien étayée par les résultats des paléoanthropologues du Centre Senckenberg sur l’évolution humaine de l’Université de Tübingen (Bade-Wurtemberg), dans le sud-ouest de l’Allemagne, menés par Madelaine Böhme et Jochen Fuss.

Leurs travaux pour retrouver le fameux « DAC », le « dernier ancêtre commun » entre les singes et l’homme, l’une des quêtes fondamentales des paléoanthropologues, s’appuient sur une re-visitation d’ossements et des sites d’hominidés « Graecopithèque freybergi », trouvés depuis plusieurs décennies, au moyen de technologies modernes.

Il s’agit d’une partie de mâchoire inférieure (mandibule) exhumée en Grèce et d’une prémolaire supérieure mise au jour en Bulgarie.

Plus ancien

Pour l’étude anatomique des os et dents, les chercheurs ont fait appel à la tomographie, une technique d’imagerie permettant de reconstruire par ordinateur un objet en volume (3D) à partir d’une série de fines coupes en 2D, effectuées tranche par tranche. L’équipe internationale (Allemagne, Bulgarie, Grèce, Canada) s’est aperçue que les racines des prémolaires étaient en partie fusionnées.

« Alors que chez les grands singes les deux ou trois racines des molaires sont nettement séparées ou divergent, chez le Graecopithèque elles convergent et sont partiellement fusionnées, une caractéristique typique des humains modernes et anciens et de plusieurs hominidés pré-humains, dont l’Ardipithèque et l’Australopithèque », explique Madelaine Böhme.

« Nous avons été surpris de ces résultats alors que les hominidés pré-humains connus jusqu’alors avaient été trouvés seulement en Afrique sub-saharienne », complète Jochen Fuss.

Quant à l’âge de ces ossements, il a été déterminé en retournant sur les sites de Grèce et de Bulgarie, et en datant les sédiments par une méthode géophysique. Il en ressort que les deux fossiles du Graecopithèque datent respectivement de 7,24 et de 7,17 millions d’années.

Ces résultats font que le Graecopithèque « européen » est plus ancien, de plusieurs centaines de milliers d’années, que le plus vieux des autres hominidés potentiellement pré-humains découvert au Tchad.

Il s’agit de Sahelanthropus tchadensis, alias Toumaï (signifiant « premier homme » ou « espoir de vie » en langue goran), datant de 6 à 7 millions d’années au plus, mis au jour dans le désert du Djourab en 2001 par Michel Brunet, professeur de paléoanthropologie à l’université de Poitiers et au Collège de France.

« Cette datation nous permet de situer la séparation entre les humains et les chimpanzés dans la région de la Méditerranée », conclue David Begun, professeur de paléoanthropologie à l’Université de Toronto.

Bouleversement de l’environnement

L’évolution des hominidés pré-humains résulte, probablement, de bouleversements de l’environnement.

Les chercheurs de Tübingen ont d’ailleurs confirmé une publication dans Science (2006) de l’équipe de Michel Brunet indiquant que la formation du désert du Sahara remonte à plus de 7 millions d’années. « Ces données indiquent une propagation du Sahara il y a 7,2 millions d’années alors que les tempêtes dans le désert transportaient déjà la poussière salée rouge vers la côte nord de la Méditerranée, comme c’est toujours le cas aujourd’hui », expliquent-ils.

Les chercheurs ont également déterminé qu’à cette même époque, un écosystème de savane a émergé en Europe. « Cet écosystème correspond parfaitement aux fossiles de girafes, de gazelles, d’antilopes et de rhinocéros mis au jour avec ceux du Graecopithéque ».

Cette double évolution des écosystèmes « pourrait avoir joué un rôle dans la divergence entre la lignée humaine et celle des chimpanzés », estime Madelaine Böhme.

Source : La Croix du 23/05/2017

jeudi 18 mai 2017

Comment ce cousin de l’Homme pourrait transformer notre compréhension de l’évolution humaine

Une étude récente confirme que Homo naledi était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236 000 et 335 000 ans. Il pourrait donc avoir côtoyé l’Homme moderne qui serait apparu il y a 200 000 ans.

La découverte d’Homo naledi il y a quelques années avait été énormément médiatisée. La publication d’une nouvelle espèce d’hominidé est toujours un événement, certes, mais Homo naledi n’avait pourtant pas été daté à l’époque, engendrant alors des commentaires lapidaires sur le bien-fondé de cette étude. La datation est en effet primordiale pour connaître la place de cette nouvelle espèce dans l’arbre généalogique de la lignée humaine. C’est désormais chose faite. De nouveaux travaux suggèrent que ces cousins très éloignés ont vécu en Afrique il y a 200 000 à 300 000 ans, en même temps que les premiers hommes modernes.

Certains aspects d’Homo naledi semblaient en effet modernes, presque humains, mais leur cerveau était aussi petit que celui d’un gorille, suggérant que Homo naledi était incroyablement primitif. Les chercheurs estimaient alors son âge à environ un million d’années, mais ce n’étaient que des suppositions. L’espèce restait une énigme, mais ce n’est désormais plus le cas, au point de transformer notre compréhension de l’évolution humaine en Afrique. Des cas de cohabitation entre espèces ont déjà été identifiés. En Europe par exemple, l’homme de Neandertal a croisé la route des Homo sapiens que nous sommes avant de s’éteindre il y a 30 000 ans. Mais ce scénario n’avait jamais été avancé pour l’Afrique.

« Nous pensions que l’histoire était simple : que vous aviez une lignée qui progressivement devenait de plus en plus humaine avec un cerveau de plus en plus gros et un comportement de plus en plus sophistiqué », explique le paléontologue John Hawks, membre de l’équipe. « Maintenant il faut se poser de sérieuses questions : quels sont les hominidés responsables des sites archéologiques de cette époque que nous avons découverts ? Nous devons nous demander si ces différentes populations d’hominidés ont pu interagir et quel a été leur rôle dans nos origines ? », se demande le chercheur.

Nos ancêtres étaient beaucoup plus résilients et beaucoup plus variés que ce que nous pensions. L’évolution humaine buissonnante serait donc encore plus fournie. « Nous ne sommes pas le summum de tout ce qui s’est passé dans le passé. Nous sommes tout simplement ce qui a survécu », a déclaré Susan Anton, paléoanthropologue à l’Université de New York qui n’était pas impliquée dans la recherche.

Rappelons que les squelettes d’Homo naledi originaux (1 500 os appartenant à au moins 15 individus) ont été découverts en 2013 dans le système des grottes Rising Star, des cavernes de calcaires tordues et ramifiées classées au Patrimoine mondial et également connues comme « le berceau de l’humanité ». Il s’agit également du plus grand échantillon de fossiles hominidés jamais exhumés en Afrique.

Source : Sciencepost u 16/04/2017

dimanche 14 mai 2017

Le hobbit de Florès: un tout petit homo primitif venu d'Afrique, pas un "nain insulaire"

Une analyse phylogénétique de l'homme de Florès montre qu'il ne s'agit pas d'un Homo erectus rétréci par nanisme insulaire, mais d'un tout petit homme primitif venu d'Afrique.

HOBBIT. Minus il était, minus il est resté ! C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'étude phylogénétique la plus complète jamais menée sur l'Homme de Florès, un homme fossile de tout petit gabarit avec son mètre de haut et ses 30 kilos tout mouillé, et surnommé le hobbit depuis sa découverte en 2003. Dans le Journal of Human Evolution, Debbie Argue de l'École d'Archéologie et d'Anthropologie de l'Australian National University et ses collègues australiens, malgaches et américains soutiennent que l'origine de cette espèce s'ancrerait il y a -1,75 million d'années au moins, certainement en Afrique. Ce petit hominidé serait ainsi anatomiquement très proche d'Homo habilis, le tout premier des Homo, dont la taille variait entre 1,10 m et 1,20 m pour 30,5 kilos.

Jusqu'à présent, on supposait qu'Homo floresiensis descendait d'un Homo erectus beaucoup plus grand (1,65m pour 67 kg environ), débarqué d'Afrique en Asie il y a 1,5 million d'années et dont on trouve la trace non loin, sur l'ile indonésienne de Java. On pensait qu'une fois sur l'ile de Florès, l'hominidé avait diminué en taille, par nanisme insulaire, un rétrécissement morphologique déjà observé chez d'autres espèces préhistoriques -comme le mammouth- isolées dans un environnement où les ressources sont moins abondantes et dont les prédateurs sont absents.

Une autre hypothèse, très controversée, voulait que l'Homme de Florès soit un H. sapiens déformé par une pathologie (trisomie 21, microcéphalie), mais elle a été disqualifiée en 2016 après examen de l'endocrâne du bonhomme par le français Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme.

L’étude confirme que Florès n’était pas un H.sapiens malade

La nouvelle étude confirme que Florès n'était pas un homme moderne malade, mais bien un homme archaïque. "Nous sommes sûrs à presque 100 % qu'il n'est pas un Homo sapiens mal formé", assène Mike Lee, de l'Université Flinders (Australie du sud), qui s'est chargé de la modélisation statistique des données fossiles. Au-delà des précédents travaux, son équipe ne s'est pas seulement focalisée sur le crâne et la mâchoire, mais a aussi étudié les dents, les bras, les jambes et les épaules. Les bonshommes de Florès (on a retrouvé une dizaine d'individus) ont ainsi été comparés à des Australopithecus comme des Homo à partir de 133 points de mesure. Résultat ? "Nous sommes sûrs à 99 % qu' Homo floresiensis n'est pas lié à Homo erectus", poursuit Mike Lee. Sa gueule, ou plutôt la structure de sa mâchoire était même plus primitive. "Logiquement, il est difficile de comprendre comment vous pourriez avoir une régression, assène Debbie Argue. Pourquoi et comment la mâchoire d'Homo erectus aurait-elle pu évoluer vers un stade plus primitif comme celui d'Homo floresiensis ?" L'évolution des espèces ne revient pas en arrière, selon la théorie.

Ce travail comblerait de joie de l'un des découvreurs de l'Homme de Florès, l'Australien Mike Morwood, aujourd'hui décédé, qui expliquait dès 2005 à Sciences et Avenir que le hobbit avait des traits primitifs -dents, membres supérieurs, poignets notamment- qui évoquaient ceux des Homo habilis ou des australopithèques (lire Sciences et Avenir n°810). Il incitait dès lors à une comparaison poussée. C'est désormais chose faite. Comme il le pensait, les populations préhistoriques de l'île indonésienne, disparues il y a environ 50 000 ans, seraient des survivants d'une espèce très ancienne et lilliputienne, cousine d'Homo habilis et apparue il y a plus de 1,75 million d'années." H. floresiensis serait venu d'Afrique, suivant un courant migratoire jusque-là peu documenté", précise l'anthropologue australien Colin Grove, co-signataire de l'article.

Deux points obscurs subsistent : on n'a jamais retrouvé de représentant de l'espèce H. floresiensis (ou de son ancêtre commun avec Homo habilis) sur le continent noir. Et son cerveau de 380 cm3 est deux fois plus petit que celui d'Homo habilis. Sa seule boite crânienne a-t-elle pu diminuer en volume au cours de l'évolution? C'est la dernière énigme qu'il faudra résoudre.

Source : Sciences et Avenir du 11/05/2017

vendredi 12 mai 2017

Homo naledi : sa surprenante jeunesse est confirmée

Homo naledi est peut-être la plus ancienne espèce du genre Homo capable d'enterrer ses morts. Aujourd'hui, c'est officiel : il était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236.000 et 335.000 ans. Ses représentants pourraient donc avoir côtoyé l'Homme moderne, qui serait apparu il y a 200.000 ans.

Homo naledi est une nouvelle espèce d’hominine présentant des caractéristiques primitives et modernes. Celle-ci a été découverte il y a quelques années en Afrique du Sud.
Doué d’un petit cerveau, Homo naledi n’en était pas moins capable d’enterrer ses morts dans une grotte pour les protéger des charognards, ce qui est très étonnant.
L’âge des fossiles retrouvés vient d'être précisé : entre 236.000 et 335.000 ans, et pas quelques millions d’années comme on pouvait le penser.


Il y a presque deux semaines, Futura relayait la nouvelle : le paléontologue Lee Berger avait annoncé dans une interview accordée à National Geographic que les restes fossilisés de Homo naledi avaient finalement pu être datés. L'âge obtenu était compris entre 200.000 et 300.000 ans, ce qui, bien que moins révolutionnaire que s'il avait été compris entre un et deux millions d'années, n'en restait pas moins étonnant pour ce représentant du genre Homo.

Ses caractéristiques anatomiques sont en effet un étrange mélange :
  • Un cerveau minuscule, de la taille d'une orange.
  • Haut d'environ 1,5 mètre, il pesait environ 45 kilogrammes.
  • Les dents et le crâne de Homo naledi sont semblables à ceux des premiers membres connus du genre Homo, à savoir Homo rudolfensis et Homo habilis, qui sont apparus il y a environ deux millions d'années.
  • Les épaules sont cependant plus semblables à celles des singes et les doigts, extrêmement courbés, suggèrent une capacité d'escalade.
  • Les pieds sont pourtant semblables à ceux des humains modernes ; les jambes, relativement longues, suggèrent qu'il était bien adapté à la marche sur de longues distances.



Les caractéristiques anatomiques de Homo naledi sont donc archaïques par bien des aspects, ce qui aurait tendance à le placer proche de Homo habilis sur l'arbre phylogénétique des hominines. Toutefois, ses caractéristiques sont bien plus évoluées par d'autres aspects. Ainsi, malgré son petit cerveau, Homo naledi semblait bien avoir délibérément enterré ses morts, un comportement sophistiqué que l'on ne connaissait jusqu'ici qu'avec l'Homme de Néandertal et l'Homme de Cro-Magnon. Lee Berger, chef des équipes ayant découvert et étudié les fossiles de Homo naledi, envisageait donc que celui-ci pouvait bien être à l'origine de certains outils en pierre taillée assez avancés, retrouvés dans la région d'Afrique du Sud où avait vécu Homo naledi.

Cependant, ces hypothèses dataient de 2015 et on ne savait toujours pas par quels moyens les chercheurs étaient finalement parvenus à dater les fossiles ni quel âge exact ils avaient obtenu. On n'en savait pas plus non plus sur la découverte annoncée d'une deuxième grotte.

Six méthodes de datation convergentes pour Homo naledi

Ce n'est plus le cas désormais, comme le montre une publication dans le journal eLife et plusieurs communiqués (voir ci-dessous) en provenance des universités à la pointe des recherches sur Homo naledi ainsi que la mise en ligne d'une vidéo dans laquelle Lee Berger fait un point rapide sur les dernières découvertes.

Young Homo naledi surprises ;
JCU team says hominid lived alongside modern humans.

Les fossiles retrouvés dans les grottes de Rising Star, en Afrique du Sud, ont un âge compris entre 236.000 et 335.000 ans, donc pendant le Pléistocène moyen, ce qui confirme que Homo naledi a très probablement côtoyé Homo sapiens. La détermination de cet âge n'a pas été une mince affaire. En effet, 10 laboratoires et 19 chercheurs ont été mis a contribution et 6 méthodes différentes ont été utilisées sous l'égide du professeur Paul Dirks de la James Cook University, en Australie.

Futura avait interrogé deux des collègues de Paul Dirks au sujet de la découverte de Homo naledi, à savoir Eric Roberts et Cassian Pirard. Ceux-ci avaient répondu à nos questions (voir l'interview ci-dessous) avec l'aval de Paul Dirks. Voici celle qui nous intéresse le plus aujourd'hui.

Futura : Quelles méthodes de datation ont été tentées ? Y a-t-il de l'espoir dans un avenir proche d'obtenir une datation et si oui comment ?

Eric Roberts : Nous avons essayé plusieurs techniques, dont la datation par l'uranium-plomb. Nous avons eu des problèmes pour obtenir un âge jusqu'à présent. Mais nous progressons et nous emploierons tout ce qui est possible pour obtenir un âge précis et fiable pour les fossiles. Nous pensons réussir, mais ça va prendre du temps.

Cassian Pirard : Les datations U-Th-He sur les encroûtements carbonatés n'ont rien donné jusqu'à présent, faute d'une technique adéquate. Mais Jan Kramers, un célèbre géochronologiste présent parmi les auteurs de l'article de eLife, est en train de développer une méthode appropriée pour dater de manière plus adéquate les spéleothemes, appelés plus couramment concrétions, de Rising Star. Des échantillons de sédiments carbonatés sont d'ailleurs en cours d'analyse dans notre université et devraient donner des résultats plausibles d'ici quelques mois, en utilisant les séries de désintégration de l'uranium. Cela nous donnera un âge minimum pour les fossiles.

Une datation des sédiments par OSL (Optically Stimulated Luminescence) va être tentée également ainsi qu'une datation directe des dents de Homo naledi par ESR (Résonance de spin électronique). Elle pourrait finalement nous donner un âge, même si c'est avec des barres d'erreurs assez importantes.

Avec le recul, on ne peut que saluer la clairvoyance des chercheurs de la James Cook University. Les datations directes ont bien été effectuées sur des dents de Homo naledi en utilisant la méthode ESR ainsi que celle des déséquilibres des familles de l'uranium dans le cadre des tests en double aveugle. Les datations indirectes, quant à elles, ont bien été effectuées avec la méthode OSL pour les sédiments, jointe à la méthode par l'uranium-thorium, complétée par l'étude du magnétisme rémanent dans les spéléothèmes.

Comme l'explique Lee Berger dans la vidéo ci-dessus, les recherches continuent et d'autres fossiles de Homo naledi ont été découverts dans une nouvelle grotte appelée Lesedi.

Source : Futura Sciences du 10/05/2017

jeudi 11 mai 2017

Homo sapiens et Homo Naledi auraient cohabité en Afrique il y a 300 000 ans

Lignée humaine. Des hominidés primitifs, de l'espèce Homo naledi, ont peut-être cohabité en Afrique avec les premiers Homo sapiens, ont avancé mardi pour la première fois des scientifiques, un scénario qui complique encore un peu plus l'arbre généalogique de l'espèce humaine. Selon leurs travaux, la datation de fossiles exhumés en 2013 d'une grotte du site de Maropeng, près de Johannesburg, suggère que ces cousins très éloignés y ont vécu il y a 200 000 à 300 000 ans, en même temps que les premiers hommes modernes. Ces ancêtres sont une nouvelle espèce dont la découverte a fait couler beaucoup d'encre.

En 2015, le très controversé paléontologue américain Lee Berger avait fait la une des médias en annonçant avoir mis au jour à Maropeng une très riche collection de 1 500 ossements appartenant à une quinzaine d'hominidés d'un type inédit. Leur examen a révélé le portrait d'un humanoïde étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres bien plus récentes, telles que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils. Lee Berger avait aussitôt rangé sa trouvaille dans le genre Homo, celui de l'homme moderne. Mais faute d'avoir pu dater ses fossiles, il s'était attiré les foudres de nombreux collègues qui leur avaient dénié toute nouveauté. Mardi, le professeur de l'université du Witwatersrand et son équipe ont dévoilé l'âge de ces ossements. Des cas de cohabitation entre espèces ont déjà été identifiés. En Europe par exemple, l'homme de Neandertal a croisé la route des Homo sapiens que nous sommes avant de s'éteindre il y a 30 000 ans. Mais ce scénario n'avait jamais été avancé pour l'Afrique.

Source : Libération du 09/05/2017