vendredi 15 avril 2016
La grotte Chauvet était « fréquentée » par l'Homme il y a 37 000 ans
« On a donné un cadre chronologique précis des fréquentations de la grotte du point de vue de l'homme et de l'ours ainsi que de son environnement. C'est la première fois qu'on obtient des dates aussi précises en années calendaires », se réjouit Anita Quiles, expert de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire en Égypte qui a dirigé les travaux.
Cette grotte, c'est celle de Chauvet (Ardèche), l'une des plus anciennes ornées et l'une des plus riches de l'art pariétal. Et une équipe de chercheurs français vient donc d'établir pour la première fois une chronologie précise de ses fréquentations par des hommes et des animaux.
250 datations au radio-carbone
Les analyses de 250 datations au radio-carbone (plus précis que le carbone 14) effectuées ces quinze dernières années ont, en effet, révélé que les nombreuses peintures et gravures dataient d’il y a plus de 30 000 ans, soit 10 000 ans de plus que ce qui était estimé par les scientifiques.Les experts, dont les travaux ont été publiés lundi dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS, en anglais), ont analysé des morceaux de charbon de bois trouvés sur le sol de la grotte, les dessins, les marques sur les murs ainsi que sur des ossements d’animaux. À noter qu'aucune datation n’a pu être réalisée sur des restes humains, puisque l’Homme n’habitait pas la grotte Chauvet mais la « fréquentait » occasionnellement.
Des périodes en années calendaires, une première
Bilan : deux périodes d’occupation humaine se sont précisées, pour la première fois en années calendaires. La première a eu lieu il y a 37 000 ans par les Aurignaciens (hommes anatomiquement modernes) et a duré jusqu’à il y a 33 500 ans. La seconde s’est étendue entre il y a 31 000 ans à il y a 28 000 ans.
Avant cela, « nous ne savions pas combien de temps cela représentait par rapport à nous, combien d'années nous séparaient de ces différents événements car le carbone 14 n'est pas assez précis », souligne la chercheuse Anita Quiles.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014
Une scientifique qui précise que la fin de la première occupation de Chauvet par des hommes et des ours a correspondu à un éboulement qui s’est produit il y a environ 34 500 ans, fermant partiellement son accès. La deuxième période durant laquelle des humains se rendaient dans la grotte s’est achevée il y a 29 400 ans, ce qui coïncide avec le second éboulement qui a obturé l’entrée de la caverne.
Découverte en décembre 1994, la grotte de Chauvet-Pont d’Arc, située en Ardèche, a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014. Une réplique a été ouverte au public en 2015.
Source : Ouest France du 12/04/2016
mercredi 25 juin 2014
La grotte Chauvet, patrimoine de l’humanité
Ce site extraordinaire, situé dans une anse de la rivière Ardèche, est la plus ancienne grotte ornée connue à ce jour. Elle devient aujourd’hui le plus ancien des 1001 sites reconnus patrimoine mondial. Les peintures rupestres qu’elle abrite remontent à 36 000 ans, deux fois plus anciennes donc que celles de la grotte Lascaux, en Dordogne, découverte en 1940 et inscrite à l’Unesco depuis 1979 déjà.
Mais à la différence de celle-ci, qui a subi les dommages dus au tourisme, afin de la préserver la grotte Chauvet n’a jamais été ouverte au public. Son art est exceptionnellement conservé grâce à un éboulis à l’entrée de la grotte survenu il y a 22 000 ans.
Elle fut découverte il y a vingt ans seulement
Ce qui expliquerait aussi sa découverte tardive, le 18 décembre 1994, par trois spéléologues amateurs dont Jean-Marie Chauvet lui a donné son nom.
Ses 435 peintures représentent plus de 14 espèces d’animaux, dont des mammouths, des rhinocéros laineux et des panthères. Peintes à l’ocre et à la main, elles s’étalent dans des galeries de 800 mètres qui atteignent jusqu’à 18 mètres de hauteur. Un espace souvent comparé à celui d’une cathédrale.
En plus de la caverne, le site classé par l’Unesco comprend l’écrin paysager naturel et le bassin hydrogéologique qui l’entoure, dont l’arche naturelle du Pont d’Arc et ses 54 m de haut, à l’entrée des gorges de la rivière Ardèche. Pour sa conservation, la grotte Chauvet est interdite au public, mais chacun pourra bientôt admirer sa reproduction grandeur nature, baptisée Caverne du Pont-d’Arc. Un peu de patience tout de même : ouverture prévue au printemps 2015.
« L’inscription de la Grotte au patrimoine mondial est un merveilleux hommage rendu aux premiers artistes de l’histoire et récompense l’engagement et la mobilisation des territoires ardéchois et rhônalpins », se félicite Pascal Terrasse, député de l’Ardèche et Président du Grand Projet de la Caverne du Pont-d’Arc.
Pour autant, ce classement ne permettra pas de dévoiler tous ses mystères. Qu’est-ce que les Homo sapiens qui l’ont décorée y faisaient-ils ? Les paléoanthropologues savent aujourd’hui qu’à l’époque, au Paléolithique, nos ancêtres n’habitaient pas dans les cavernes. Peut-être y célébraient-ils des cérémonies ? Le terme de « cathédrale » serait alors bien choisi…
Source : Science et Vie du 22/06/2014
lundi 23 juin 2014
Derrière la grotte Chauvet, une affaire de nom et de gros sous
Le 18 décembre 1994, Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel s'aventurent dans le cirque d'Estre près du Pont-d'Arc, qu'ils connaissent bien. Ils franchissent un étroit couloir de roche sinueux et tombent sur des cavités abritant un millier de dessins vieux de 36.000 ans.
Moins d'un mois plus tard, l'Etat prend un arrêté de non-ouverture au public: "une mesure conservatoire majeure", souligne Marie Bardisa, conservatrice du site. Pour ne pas reproduire les erreurs de Lascaux.
Les propriétaires s'estiment lésés
Une indemnisation de 33.000 francs...
Le 13 octobre 1995, le site est classé monument historique, plus haut niveau de protection nationale. Qui s'étend aux terrains en surface: l'Etat en devient propriétaire, aux dépens des résidents Henri Helly, Sully Ollier et Pierre Peschier, expropriés pour cause d'utilité publique.
L'Etat leur propose 25 centimes de francs du m2, pour une surface totale de 10 hectares. Offre insuffisante à leurs yeux, qu'ils contestent en 1997: le tribunal de Privas leur accorde "la somme 'faramineuse' de 33.000 francs!", ironise encore l'avocat des trois familles, Me Dominique de Leusse.
La cour d'appel de Nîmes confirme ce montant. Aux requérants de faire une contre-proposition: "nous étions bien ennuyés", confie le conseil, qui enquête alors sur la somme versée pour Lascaux.
... à finalement 780.000 euros
"J'ai soutenu que Chauvet valait 15 fois plus" en raison de sa taille, bien plus grande, et de son excellente conservation, "ce qui nous amenait à 75 millions de francs", raconte Me de Leusse.
Il obtient gain de cause devant la Cour de cassation, qui renvoie l'affaire à Toulouse. En mars 2001, la justice ordonne à l'Etat de verser 87,5 millions de francs (13,34 millions d'euros) aux trois familles ardéchoises. Au tour de l'Etat de se pourvoir et le dossier revient devant la cour d'appel de Lyon qui, en mai 2007, condamne finalement l'Etat à indemniser les familles à hauteur de 780.000 euros.
Celles-ci se tournent vers la Cour européenne des droits de l'Homme. Mais le 24 octobre 2011, elle estime que les expropriés ont obtenu une somme "en rapport avec la valeur des biens dont ils ont été dépossédés", à diviser en trois.
Les découvreurs jugent avoir été évincés
De la réplique de la grotte Chauvet...
Mais la saga ne s'arrête pas là, car le trio de spéléologues s'estime aussi lésé.
Un protocole d'accord, en juillet 2000, leur attribue trois millions de francs, somme versée. L'Etat s'engage aussi à veiller "à ce que les inventeurs soient convenablement associés à la valorisation du site et en particulier au futur espace de restitution".
Et c'est là que le bât blesse. "Nous devions être associés à la valorisation du site, nous ne le sommes pas; pire, on est évincé", déplore Christian Hillaire.
La réplique de la grotte, projet de 54 millions d'euros financé par la région, le département, l'Etat, l'Europe et des fonds privés, doit ouvrir en avril 2015 près de Vallon-Pont-d'Arc.
Le syndicat mixte chargé du chantier a été condamné, en juillet 2013, pour avoir déposé le nom "espace de restitution de la grotte Chauvet": le tribunal correctionnel de Paris a ordonné la restitution aux découvreurs de la marque "grotte Chauvet".
... à la "caverne du Pont-d'Arc"
La réplique a été rebaptisée depuis "caverne du Pont-d'Arc". Mais "s'il y a du business qui se fait sur la grotte, il n'y a pas de raison qu'on ne soit pas associé", plaide le trio.
"J'ai toujours dit aux inventeurs que la porte restait ouverte pour toutes les négociations qu'ils voulaient", répond Hervé Saulignac, président du conseil général de l'Ardèche. Selon lui, des montants "extrêmement importants sur la durée" ont été mis sur la table, en vain.
"Ils proposaient une somme forfaitaire alors qu'on demande un intéressement proportionnel aux entrées (3%, ndlr)", rétorque Christian Hillaire, soulignant qu'il ne s'agirait pas là d'argent public.
Aux yeux de l'Etat, les trois millions conclus en 2000 faisaient-il office de solde de tout compte ? La question reste ouverte.
Source : Huffington Post du 22/06/2014
La Grotte Chauvet inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco
Le Comité du patrimoine mondial "inscrit la Grotte ornée du Pont d'Arc, dite grotte Chauvet-Pont d'Arc, Ardèche, France, sur la Liste du patrimoine mondial", selon le texte adopté par ses 21 Etats membres.
"J'ai eu la chance, pour ne pas dire le privilège, de visiter la grotte (...) et je dois dire que j'en suis sorti littéralement sidéré par ce que j'y avais vu, qui révolutionne le regard que nous portons sur nos origines", a réagi l'ambassadeur de France auprès de l'Unesco, Philippe Lalliot.
Restée fermée pendant 23.000 ans
S'exprimant à ses côtés, le député français de l'Ardèche Pascal Terrasse a souligné qu'il s'agissait "du premier acte culturel". "Nous l'avons tous en héritage", a-t-il dit. "Notre ancêtre, l'Aurignacien, cet artiste, vient enfin d'être reconnu", a poursuivi le député. "Qu'il nous pardonne d'avoir attendu 36.000 ans pour consacrer son oeuvre".
Cette immense grotte, située 25 mètres sous terre sur un plateau calcaire dans le sud de la France, est "un témoignage unique et exceptionnellement bien préservé", souligne la décision du Comité.
Redécouvrez un reportage de "Des racines et des ailes" :
"Les vestiges archéologiques, paléontologiques et artistiques de la grotte illustrent comme dans aucune autre grotte du début du Paléolithique supérieur la fréquentation des grottes pour des pratiques culturelles et rituelles", fait valoir le Comité de l'agence de l'ONU pour l'éducation, la science et la culture.
Restée fermée pendant 23.000 ans après un éboulement de rochers, redécouverte le 18 décembre 1994 par trois spéléologues - Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel -, elle contient plus de mille dessins, "expression remarquable de la première création artistique de l'homme", au paléolithique supérieur, il y a 36.000 ans.
"Qualité artistique"
Les dessins sur la roche, oeuvre d'hommes et de femmes de culture aurignacienne, comprennent un bestiaire riche de 435 représentations montrant 14 espèces: ours, rhinocéros laineux, lion, lionne, panthère, bisons...
Les murs révèlent aussi une dizaine de mains en négatif et en positif, des représentations de sexes féminins et, tout au fond de la grotte, le dessin, exceptionnel, du bas du corps d'une femme à côté d'un bison.
Le Comité de l'Unesco relève "la qualité artistique" de ces peintures: "la maîtrise de l'utilisation des couleurs, l'association de la peinture et de la gravure, la précision des représentations anatomiques et la capacité à donner une impression des volumes et des mouvements".
Au sol demeurent de vraies traces de pattes d'ours, de deux fois la taille d'une main humaine, et d'innombrables ossements de ces animaux féroces qui y hibernaient.
Ouverture d'une copie au printemps 2015
Contrairement à sa "cousine" de Lascaux découverte en 1940 et détériorée après-guerre par le dioxyde de carbone issu de la respiration des visiteurs, Chauvet n'a jamais été ouverte au public et une copie, créée dans la région et baptisée "Caverne du Pont-d'Arc", permettra d'admirer les richesses de l'original.
Pour ce projet hors norme, peintres, sculpteurs, agences d'architectes, scénographes et géants du bâtiment ont uni leurs expertises pour reconstituer sur 3.500 mètres carrés un "best of" à l'échelle 1 (conforme à la réalité) de la vraie grotte. Cette reconstitution doit ouvrir au public au printemps 2015.
Source : Huffington Post du 22/06/2014
vendredi 12 juillet 2013
Grotte Chauvet : l'espace de restitution sort de terre
À mi-parcours des travaux, Sciences et Avenir vous propose de découvrir les images des premiers bâtiments qui abriteront dès 2015, l’espace de restitution de la Grotte Chauvet-Pont d’Arc et son trésor mondial d’art pariétal. Le plus ancien connu à ce jour.
Le musée a été pensé « à la façon d’une empreinte de pâte d’ours »
Découvert en décembre 1994 par les trois spéléologues Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hilaire, la cavité préhistorique est ornée d’environ 430 représentations animales.
Dès janvier 2015, l’espace de restitution de la grotte Chauvet, situé sur le grand plateau du Razal, à sept kilomètres de Vallon-pont-d’Arc, en Ardèche, ouvrira ses portes au public. Cinq bâtiments se déploieront alors sur les quinze hectares dédiés à ce vaste ensemble muséographique, pensé par ses créateurs « à la façon d’une empreinte de pâte d’ours », l’animal emblème de la grotte Chauvet.
Pour l’heure, casque de chantier sur la tête, Albert Ollier, architecte de l’Atelier 3A, un des maîtres d'oeuvre de l’opération avec le Cabinet Fabre Speller, dévoile les réalisations en cours. Au détour du sentier, deux imposantes constructions apparaissent en effet au milieu du paysage sauvage et verdoyant de la vallée de l’Ibie.
ANAMORPHOSE. « Nous avons voulu intégrer au maximum les bâtiments dans les dépressions naturelles du relief pour apparaître le moins possible dans le panorama », déclare l’architecte. Avec ses 3 500 m2 de superficie, le bâtiment circulaire dit de l’anamorphose, celui à l’intérieur duquel sera présentée la réplique parfaite de la grotte ornée, est déjà bien avancé. Composé de deux parties, il a été orienté dans le même axe que la véritable cavité. À l’entrée, un grand mur de quatorze mètres de hauteur et d’une surface de 1 000 m2 sera couvert d’une armature s’inspirant des reliefs de falaises environnants.
Ce porche traversé, les visiteurs se retrouveront dans le saint des saints qui devrait les transporter 36 000 ans en arrière, quand les rhinocéros laineux et les lions des cavernes vagabondaient dans la région. Aujourd’hui, sur fond de ciel bleu, dans l’immense volume vide, des ouvriers installent l’une des charpentes métalliques où viendront se fixer plus de 200 000 câbles ! Ces suspentes soutiendront l’énorme cage grillagée couverte de béton, qui recevra la copie de la grotte.
Les premiers bâtiments de l'espace de... par sciencesetavenir
FAC-SIMILÉ. Réalisation architectonique, le fac-similé sera en effet suspendu pour des questions de déformation de matériaux. À l’intérieur de cette véritable matrice, les visiteurs se déplaceront sur des passerelles comme le font aujourd’hui les chercheurs dans la cavité originale, pour admirer les 8 000 m2 d’œuvres pariétales reproduits à l’identique.
Des supports et peintures sont en cours de réalisation dans plusieurs ateliers nationaux. « Comme le public ne pénétrera jamais dans le site authentique pour des raisons de préservation, ce projet de restitution est très ambitieux », explique Laurent Ughetto, du Conseil général du département de l’Ardèche. « Dans cette grotte bis, la température sera également abaissée de cinq à six degrés, pour retrouver l’ambiance caractéristique du milieu souterrain », précise Albert Ollier. Mais aussi pour diminuer le coût énergétique que pourrait représenter la gestion d’un tel volume. Comme l’ensemble des bâtiments, sa toiture sera végétalisée. Un grand soin a en effet été pris dès le début du chantier pour préserver l’environnement des lieux. Certaines des espèces végétales ont même été mises en culture par le paysagiste Franck Néau pour être par la suite replantées sur les toitures.
Très attendu du côté de la culture, l’ouverture de cet espace de restitution permettra à la région déjà connue pour la beauté de ses paysages et espaces naturels, de développer une économie touristique sur la totalité de l’année, au lieu de la seule période estivale actuelle.
La livraison prévue de l’intégralité des bâtiments est fixée au 15 janvier 2015. Un budget de 50 millions d’Euros a été alloué à ce projet.
Source : Sciences et Avenir du 06/07/2013
jeudi 7 février 2013
En image : la grotte Chauvet candidate au patrimoine mondial de l’Unesco
La grotte Chauvet a été découverte en 1994, non loin du pont d’Arc, dans le sud de l’Ardèche. Et quelle découverte ! Longue de 400 m, d’une superficie de 8.500 m2, elle recèle un millier de dessins pariétaux. « C’est une grotte qui sort de l’ordinaire », confie le préhistorien Jean Clottes, qui dirigeait l’équipe scientifique d’étude de la grotte à sa découverte. Son caractère exceptionnel est dû à sa grande superficie et à l’étonnante qualité de conservation des dessins, mais également au nombre et la qualité artistique des représentations.
Sur les murs des différentes salles, creusées naturellement par l’érosion, on peut trouver 430 représentations d’animaux. Contrairement aux grottes plus récentes, du type de la grotte de Lascaux, les animaux que les Hommes dessinaient n’étaient pas ceux qu’ils chassaient. On retrouve des lions des cavernes ou des rhinocéros. C’est l’une des originalités de cette grotte.
En effet, la grotte Chauvet était un lieu de cérémonie, où les Hommes pratiquaient la magie. Ils choisissaient donc les animaux qu’ils dessinaient. « Ils représentaient les animaux qui étaient importants dans le cadre de leur mythe, de leur vie sacrée », explique Jean Clottes. Sur les murs, il y a 75 lions des cavernes, car ils étaient sacrés pour ces Homo sapiens du paléolithique supérieur. Ces dessins traduisent donc le mode de pensée des chasseurs-cueilleurs aurignaciens. Les plus anciens sont datés de 36.000 ans, ce qui fait de la grotte Chauvet l’une des plus vieilles manifestations artistiques d’Europe.
La candidature de Chauvet au patrimoine de l’Unesco bien méritée
La datation au carbone 14 a révélé qu’il y avait eu deux périodes de fréquentation. L’une autour de 35.000 à 36.000 ans, et l’autre autour de 30.000 ans. D’après Jean Clottes, la plupart des dessins seraient de la première période. En effet, il n’y a pas de superposition dans les représentations, c'est-à-dire que les Hommes de la seconde période n’ont pas dessiné sur les premiers dessins. Néanmoins, il est impossible de le prouver. Sur les 430 animaux, seule une dizaine a été datée. La méthode au carbone 14 est trop destructive pour être utilisée sur toutes les représentations.
Jeudi 24 janvier, c’est devenu officiel : le gouvernement français présente la candidature de la grotte Chauvet pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Une étape majeure, mais la route est longue. Il faudra encore attendre un an et demi avant de célébrer l’inscription officielle.
Inscrire la grotte Chauvet au patrimoine de l’Unesco favoriserait la préservation du lieu. « C’est la grotte la plus ancienne, la plus garnie et d’une qualité artistique étonnante. La grotte Chauvet est tout à fait exceptionnelle », déclare Jean Clottes. En outre, le site verra naître un centre de découverte, afin de permettre au grand public de comprendre la grotte, tout en préservant la grotte originale.
Source : Futura Sciences du 31/01/2013
jeudi 31 janvier 2013
La France réessaie d’inscrire Chauvet au patrimoine mondial
DOSSIER. Le président de la République François Hollande et le Gouvernement français ont annoncé aujourd’hui avoir « décidé de présenter la candidature de La Grotte Chauvet Pont-d'Arc à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco », alors qu'un fac-simile de la grotte, comme pour Lascaux, est en cours de construction depuis l'automne 2012.
La France n'en est cependant pas à son coup d’essai. En janvier 2012, elle avait déjà déposé un dossier auprès de l'Unesco pour faire reconnaitre la célèbre cavité découverte à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) en décembre 1994, ornée de peintures préhistoriques datant de 25.000 à 37.000 ans. Préparé de longue date, il avait cependant été retiré en catastrophe à la veille de la session annuelle du Patrimoine mondial de l'Unesco, en juillet 2012 à Saint-Pétersbourg (en Russie).URGENCE. Pour quelle raison la France avait-elle fait machine arrière ? Il semble qu'une demande de « procédure d’urgence » de dernière minute fût à la source du retrait anticipé. C'est que, contre toute attente, ce dossier – avec plusieurs autres cas –, avait été retoqué en première instance par l'Unesco le 1er mars 2012 pour des raisons administratives : il avait été jugé incomplet. Dès lors, l'administration Française avait fait le choix risqué de passer en force en sollicitant un dispositif d'urgence invoquant « les conditions climatiques à l'intérieur de la grotte ».
En mettant en avant la notion de « péril » éventuellement encouru par la cavité, les autorités françaises pouvaient prétendre à cette procédure d'exception telle qu'elle est définie dans les paragraphes 161-162 des Orientations de l'organisme international. « Des concentrations de dioxyde de carbone et de radon » (naturellement présents dans la cavité) ont ainsi été invoqués pour justifier cette requête.
RADON. En mai 2012, un expert de l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites, avait donc été dépêché sur place. Si celui-ci a bien confirmé « la valeur universelle exceptionnelle, l'intégrité et l'authenticité du site [...].» Il n'a pas, en revanche, mis en évidence un quelconque péril, « les concentrations de CO2 et de radon n'étant pas anormales dans une telle grotte [...].» La France a dû alors se résoudre à retirer sa demande d'urgence.
En voulant forcer un simple « goulet » administratif, les Français ne s'étaient-ils pas fourvoyés ? Avaient-ils été mal conseillés par de hauts responsables ? Le choix de la procédure d'urgence était-il opportun ? Toujours est-il que le dossier repart aujourd'hui de zéro. Il va être à nouveau expertisé, ce qui devrait prendre pas moins de 18 mois. Ainsi, le verdict du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas attendu avant l’été 2014.
Source : Sciences et Avenir du 25/01/2013
vendredi 19 octobre 2012
Préhistoire : Chauvet concurrence Lascaux
Chacun avait choisi son camp. À Bordeaux, aux côtés d'une très grosse délégation périgordine conduite par le président du Conseil général Bernard Cazeau et trois parlementaires, Alain Rousset, le président de Région et Michel Delpuech, le préfet, coupaient le ruban. Le préhistorien Yves Coppens apportait sa caution à cette opération.
À Vallon Pont d'Arc en Ardèche, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait fait le déplacement. Aux côtés des élus de la région, avec les préhistoriens Jean Clottes et Jean-Michel Geneste, elle a appliqué sa main imprégnée d'ocre sur une reproduction de paroi.
La ministre à Chauvet
Difficile de croire à la pure coïncidence de l'organisation de ces deux événements le même jour. L'exposition Cap Sciences à Bordeaux était programmée de longue date, mais l'événement ardéchois tombait aussi pour le lancement de la fête de la science ce week-end. C'était en tout cas une bonne raison pour la ministre de la Culture de ne pas venir se confronter aux élus du sud-ouest, encore furieux de s'être faits supprimer la participation de plus de 16 millions d'euros promise par l'État pour la réalisation de Lascaux 4 à Montignac. Ils n'ont plus désormais qu'une vague promesse d'obtenir 4 millions à partir de 2014.
Dans les deux régions, le challenge est d'attirer de nouveaux visiteurs à partir de ces réalisations (voir détails ci-contre). On saura cette semaine quelle équipe est retenue pour Lascaux 4. Quant au projet ardéchois, il aura des retombées en Périgord : la société gestionnaire choisie est celle de Kléber Roussillon (Castelnaud, Marqueyssac). Le groupe Vinci, qui assure la construction, va y associer sa filiale patrimoine Socra, basée à Marsac. Et il y a de fortes chances que les ateliers de fac-similé de Montignac, dont le savoir-faire est unique, fabriquent en sous-traitance une partie des œuvres de Chauvet. Le monde de la préhistoire est petit.
Source : Sud-Ouest du 14/10/2012
jeudi 26 juillet 2012
La grotte Chauvet révélée par la 3D
Depuis sa découverte en 1994 dans un état de conservation exceptionnel, la grotte Chauvet-Pont d'Arc est entièrement fermée au public et seulement quelques professionnels peuvent y pénétrer : moins de cent personnes par an, par groupes de cinq, avec combinaisons et casques, et avec interdiction de quitter un étroit réseau de passerelles qui les maintient à distance des parois ornées. Pour partager l’art de la grotte avec un large public, et permettre aux chercheurs de l’étudier en limitant le temps de présence à l’intérieur du site, un modèle numérique 3D de la cavité a été réalisé entre 2010 et 2011. Une première mondiale : jamais une cavité aussi vaste (8500 m2) n’avait été numérisée.
Source : Sciences Actualités du 05/07/2012
lundi 14 mai 2012
Grotte Chauvet : les peintures sont bien les plus vieilles du monde
Quand ont été réalisées les superbes peintures qui ornent les parois de la grotte découverte en 1994 par Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hillaire, trois spéléologues, près du village de Vallon-Pont d’Arc, dans les gorges de l’Ardèche ? Les mesures au carbone 14 indiquaient un âge d’environ 31.000 ans, ce qui faisait de leurs auteurs des Aurignaciens, c’est-à-dire des Homo sapiens (comme nous, donc), de la période dite de la culture aurignacienne, qui s’est déployée au début du Paléolithique supérieur. Pas d’accord, rétorquaient d’autres spécialistes qui, eux, se basent justement sur des datations relatives élaborées en comparant les différentes cultures. Car ces œuvres d’art découvertes dans cette grotte évoquent bien davantage la culture magdalénienne, située entre 17.000 et 12.000 ans avant le présent, et dont le plus bel exemple est la grotte ornée de Lascaux, datée de -17.000 ans.
En effet, les peintures de la grotte de Chauvet-Pont d’Arc – tel est aujourd’hui son nom officiel – étonnent et ravissent toujours ceux qui ont eu le privilège de les voir, rares puisque l’accès est interdit au public. Dans le film réalisé par Werner Herzog, les spécialistes qui s’expriment parlent spontanément de « joyau ». Les peintures évoquent la faune de l’époque (rhinocéros, félins, mammouths, ours…) dans des compositions sophistiquées, qui représentent souvent des scènes complexes et utilisent le relief (comme à Lascaux) pour accentuer les effets de perspective.
Deux méthodes indépendantes confirment la datation des fresques de la grotte Chauvet
Est-il possible que de telles fresques puissent dater de l’époque où H. sapiens côtoyait Néandertal ? Eh bien oui, affirment aujourd’hui des scientifiques du CNRS dans un article publié dans la revue Pnas. Deux résultats viennent confirmer la datation aurignacienne : la quantité de l’isotope 36 du chlore et l’étude des éboulis… Les géologues du laboratoire Edytem (Environnements et dynamiques des territoires de montagnes, université de Savoie), menés par Benjamin Sadier, ont étudié la structure actuelle de la falaise au niveau de l’entrée de la grotte.
Ce travail de géomorphologie est la spécialité de ce laboratoire savoyard installé au Bourget-du-Lac. Selon eux, la falaise s’est brisée à plusieurs reprises entre -29.000 et -21.000 ans, obturant complètement l’accès. Par ailleurs, les scientifiques qui ont étudié la grotte depuis sa découverte semblent formels : il n’a jamais existé qu’une seule entrée.
La falaise reconstruite virtuellement
La seconde mesure détermine la quantité de 36Cl, un isotope formé par l’exposition aux rayons cosmiques. La quantité restante dans les calcaires indique depuis combien de temps la roche a été enfouie sous terre. Les mesures, effectuées par le Cerege (Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement, Aix-en-Provence), ne sont pas simples car il faut retrancher la quantité de chlore 36 qui a pu s’infiltrer ultérieurement par percolation de l’eau dans les fissures de la roche.
Les chercheurs se sont appuyés sur une reconstitution en 3D de la falaise à l’aide de mesures au Lidar (Light Detection and Ranging). Le résultat final concorde remarquablement avec celui de l’analyse géomorphologique, indiquant une obturation survenue au plus tôt vers 21,5 +/- 1,0 milliers d’années avant le présent.
Les peintures pariétales de la grotte Chauvet-Pont d’Arc ne peuvent donc être plus récentes que cette date, ce qui en fait les fresques les plus anciennes que nous connaissons aujourd’hui. Depuis janvier 2012, ces fresques sont officiellement candidates pour figurer au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette nouvelle datation vient donc à point nommé pour en souligner l’importance…
Source : Futura Sciences du 09/05/2012
vendredi 29 juillet 2011
Les merveilles de la grotte Chauvet bientôt en 3D
Ce sont les peintures rupestres les plus anciennes au monde, réalisées avec une maîtrise picturale qui fait dire aux spécialistes qu’il s’agit-là de la naissance de l’art, il y a 36 000 ans. Avec des effets de perspective et de mouvement, des jeux d’ombre, grâce à l’estompe, ou de gravure pour mettre en relief les contours d’un animal.
Ce n’est qu’une hypothèse, mais les dessins ont peut-être été réalisés de telle sorte que, quand ils sont éclairés par une torche, le mouvement est restitué au gré de l’agitation de la flamme.
Le 31 août, ce bestiaire sorti de la nuit des temps sera enfin visible dans le documentaire tourné par Werner Herzog. Le réalisateur allemand est resté un mois à Vallon-Pont-d’Arc en Ardèche pour montrer les richesses de la grotte Chauvet ainsi que le travail des scientifiques. Et apporter aussi sa vision de ces artistes.
Le film, en salle aux Etats-Unis depuis avril, a remporté un beau succès. "Il permet réellement une immersion dans la grotte. Le sujet se prête au 3D relief qui restitue le volume", explique Nicolas Zunino, le coproducteur français du documentaire. Il fait partie de ceux qui ont pu pénétrer dans la grotte et parle de cette "émotion" ressentie face aux dessins au charbon de bois ou à l’ocre. "Werner Herzog a voulu faire transparaître l’esprit de ces hommes qui ont réalisé ces dessins. C’est un artiste qui parle d’autres artistes."
"Un outil numérique à disposition des scientifiques"
Serge Valcke, informaticien
Ce sera la première fois que le public pourra accéder aux chefs-d’œuvre enfermés dans la grotte depuis sa découverte en 1994. Car il faudra attendre 2014 pour qu’un fac-similé de la grotte soit reproduit à Vallon-Pont-d’Arc, à deux kilomètres du site originel.
Pour mener à bien cette restitution, la société Perazio, près de Grenoble, travaille depuis dix ans afin de numériser la grotte, au millimètre près, tant en ce qui concerne les parois que les peintures rupestres. Le moindre relief, le plus petit détail a été scanné à 360°, sur quelque 275 points de la grotte, pour restituer ces salles dont certaines atteignent 17 mètres de plafond. Les photos sont ensuite prises et posées sur l’ossature spatiale de la grotte. "C’est un outil numérique désormais à la disposition des scientifiques qui peuvent aller dans le moindre détail, sans les contraintes physiques de la grotte", précise Serge Valcke, informaticien de la société grenobloise.
L’appel d’offres pour la réalisation du site sera lancé en octobre. Une opération d’envergure pour la Région Rhône-Alpes et le département de l’Ardèche, avec ce site de Vallon-Pont-d’Arc pour lequel 45 millions d’euros seront investis, dans l’espoir d’attirer 300 000 personnes par an.
Source : Midi Libre du 28/07/2011
mercredi 25 mai 2011
Ardèche : la grotte Chauvet aura bien son fac-similé
La copie conforme de la grotte aux peintures rupestres uniques ouvrira en 2014 à Vallon-Pont d’Arc.
L’architecture de la réplique de la grotte Chauvet, à Vallon-Pont d’Arc en Ardèche, a été définitivement arrêtée par le syndicat mixte qui gère le site. Le bâtiment permettra au public de découvrir, sur 3 500 m2, les peintures datant de 36 000 ans et qui incarnent la naissance de l’art avec la création de l’estompe et de la perspective. Des fresques où gambadent chevaux, lions et ours, surgis de la nuit des temps.
La grotte Chauvet a été découverte en 1994 à une dizaine de kilomètres de Barjac dans le Gard. « Le site a été fermé au public pour ne pas commettre la même erreur qu’à Lascaux où les peintures avaient été abîmées », explique Sébastien Gayet, chargé de communication du syndicat mixte.
Une reproduction à l’identique de la grotte, sollicitant les cinq sens
S’inspirant des falaises des gorges de l’Ardèche, le nouveau bâtiment de 12 m de haut s’intègre dans le paysage, à deux pas de l’entrée de la véritable grotte. Le souci de vérité a été poussé à l’extrême. Le relief des parois sera restitué au millimètre. Peintures comme éléments paléontologiques et géologiques essentiels seront reproduits à l’identique à partir d’originaux numérisés.
Les cinq sens des visiteurs seront aussi sollicités puisque la fraîcheur, l’humidité, le silence, l’obscurité et les sensations olfactives seront restitués dès l’entrée du site. Parmi les cinq pôles répartis sur une dizaine d’hectares, le centre de découverte permettra, de façon très interactive, de comprendre comment vivaient ces hommes et qui ils étaient.
Pour mener à bien ce projet, près de 45 millions d’euros doivent être investis par la région Rhône-Alpes et le conseil général de l’Ardèche ainsi que l’État et l’Europe. Les élus locaux en espèrent de belles retombées pour leur région, avec plus de 300 000 visiteurs attendus sur 10 mois de l’année, venant ainsi compenser la saisonnalité des gorges de l’Ardèche qui accueillent quand même près de 1,2 million de touristes de mi-juin à mi-septembre.
Une manne touristique que le syndicat mixte espère irriguer sur tout le territoire en faisant travailler l’hôtellerie et la restauration locale mais aussi la filière alimentaire de proximité et les métiers d’art. Jusqu’alors tournée vers la baignade et le sport de pleine nature, la région s’ouvrira à de nouveaux touristes. C’est en tout cas son objectif. Sur la grotte Chauvet elle-même, ce sont une trentaine d’emplois qui sont attendus mais beaucoup plus de façon induite sur ce territoire.
Et pour amorcer cette renommée, le syndicat ambitionne désormais l’inscription de la grotte au patrimoine mondial de l’Unesco. Début juin, un clip doit être dévoilé. Il lancera officiellement la candidature. La réplique de la grotte ouvrira, elle, en 2014. Et donnera enfin au public la possibilité de voir ces merveilles uniques de l’art rupestre, endormies depuis des millénaires dans les entrailles de la terre.
CINÉMA
Chauvet en 3D
La date n’est pas encore totalement arrêtée. Mais normalement le documentaire en 3D de Werner Herzog sur la grotte Chauvet doit sortir dansles cinémas français à partir du 31 août.
Le cinéaste allemand a tourné l’année dernière. Grâce à un jeu d’éclairage, Werner Herzog donne littéralement vie au bestiaire de la grotte Chauvet. Une immersion dans le site ardéchois qui rend hommage aux peintres et à leur travail artistique, auxquels s’ajoute la démarche des scientifiques qui opèrent sur la grotte. Fin août, ce sera donc
un premier contact avec ce monde merveilleux, en attendant 2014 et l’ouverture du site au public.
Source : Midi Libre du 22/05/2011
vendredi 13 mai 2011
La grotte Chauvet datée par l'ours
La grotte Chauvet fut découverte fortuitement par trois spéléologues, Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire, en 1994. Lorsqu'il la visita à leurs côtés, le spécialiste de l'art pariétal Jean Clottes déduisit de la finesse esthétique des peintures murales que celles-ci remontaient à la culture qui a produit Lascaux, nommée Solutréen et apparue il ya quelque 22 000 ans. Toutefois, le carbone 14 contenu dans les pigments charbonneux des peintures placent l'art pictural de la grotte Chauvet à quelque 31 000 ans. Jean-Marc Elalouf, de l'Institut de biologie et technologies du CEA, et des collègues français et hollandais viennent de confirmer cette datation directe par une datation indirecte : la « datation par l'ours ».
Cavité de quelque 500 mètres de long et jusqu'à 50 mètres de large, la grotte Chauvet contient plus de 500 peintures et gravures. De nombreuses œuvres représentent des animaux dangereux, tels le mammouth, le rhinocéros, le lion, la panthère, le bison, l'aurochs et l'ours. D'autres espèces moins dangereuses tels le cheval, le renne, le bouquetin sont aussi représentées, ainsi qu'un hibou, le seul connu de tout l'art pariétal. Comme dans d'autres grottes, les peintures sont complétées par des signes et symboles, notamment sexuels (triangles pubiens féminins). Tandis que les peintures du fond de la grotte sont réalisées à l'aide de pigments charbonneux, qui peuvent être datés directement par le radiocarbone, les peintures de l'entrée de la cavité sont dessinées avec des pigments rouges minéraux, qui ne peuvent être datés de la même façon.
Les premières datations directes par le carbone 14 des œuvres du fond de la grotte ont indiqué que l'essentiel de l'art de Chauvet relève de la culture aurignacienne – il y a entre 37 000 et 29 000 ans–, qui aurait été celle des premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. Mais nombre de préhistoriens sont restés sceptiques : cela impliquait qu'il existait déjà, au début du Paléolithique supérieur, des artistes maîtrisant des techniques aussi complexes que l'estompe, la perspective, le rendu des volumes ou la représentation du mouvement. Certains préhistoriens contestèrent les datations en arguant que la détermination de l'âge des charbons de bois n'indique pas forcément la date de leur utilisation.
La polémique conduisit à multiplier les datations, de sorte que Chauvet est aujourd'hui la grotte la plus datée au monde. La détermination par plusieurs laboratoires de l'âge de plus de 50 charbons de bois provenant des pigments ou du sol a mis en évidence deux périodes d'occupation humaine de la grotte, l'une à l'Aurignacien, il y a entre 32 000 et 29 000 ans, et l'autre au Gravettien, il y a entre 27 000 et 24 500 ans. Aujourd'hui, l'idée que l'essentiel des œuvres de Chauvet remonte à l'Aurignacien ne fait plus aucun doute pour la plupart des préhistoriens, qui ont du reste relevé des parallèles stylistiques entre les peintures de Chauvet et celles de l'Aurignacien du Jura souabe (en Allemagne).
Pour conforter ce consensus, J.-M. Elalouf et son équipe ont daté la dernière visite de l'ours des cavernes (Ursus spelaeus) dans la grotte. Cette espèce de grande taille (3,5 mètres de haut) était végétarienne et inféodée aux forêts ; sa disparition, il y a quelque 28 000 ans, a peut-être été précipitée par l'homme, qui lui disputait les grottes où elle hibernait. Deux cents crânes de cet ursidé ont été retrouvés dans la grotte, contre un seul d'ours brun (Ursus arctos). J.-M. Elalouf a étudié l'ADN d'un échantillon de restes d'ursidés de la grotte et de pièces comparables des grottes voisines, puis les a datés. Il s'avère qu'il s'agit bien d'ours des cavernes appartenant à une population de faible diversité génétique, donc en voie de disparition. De fait, aucun ours de l'échantillon étudié n'a vécu après il y a 29 000 ans, ce qui suggère que les dessins d'ours rouges de Chauvet sont antérieurs, et remontent donc aussi à l'Aurignacien. En outre, certaines œuvres du fond de la grotte ont été abimées par des ours se faisant les griffes, qui hibernaient donc dans la grotte après la réalisation des peintures…
Paul Petitt, de l'Université de Sheffield, en Angleterre, continue néanmoins à nier l'ancienneté de l'art de Chauvet. Selon lui, il n'est pas certain que les ours représentés dans la grotte sont bien des ours des cavernes, car l'ours brun vivait aussi dans la région. Pour Valérie Feruglio et Dominique Baffier, qui ont analysé les dessins d'ours de la grotte, il est évident au contraire que les ursidés représentés présentent le crâne massif et le « stop frontal marqué » caractéristique des ours des cavernes et non pas le profil frontal plus fuyant de l'ours brun.
Source : Pour la Science du 11/05/2011
jeudi 8 avril 2004
La grotte Chauvet-Pont-d'Arc - Ministère de la Culture
L'accès direct est ce lien :
La grotte Chauvet-Pont-d'ArcNous y trouvons des infos sur la grotte aujourd'hui, la recherche, l'espace et le temps, des témoignages.
Intéressant aussi une visite de la grotte.
Nous pouvons nous y déplacer de point en point. Malheureusement les vues sont très réduites, donc on se fait plus une idée des choses qu'on ne les voit réèllement.
Ne pas hésiter à cliquer sur les zones avec une cible, elles symbolisent d'autres images que l'on peut parcourir depuis une vue plus générale.
mercredi 1 mai 2002
Grotte Chauvet
Initialement nommée grotte ornée de la Combe d'Arc, du nom du lieu-dit, la grotte ornée du Pont d'Arc ou grotte Chauvet-Pont d'Arc, dite plus simplement grotte Chauvet, du nom de son inventeur, est une grotte ornée paléolithique découverte en 1994 située en France dans la commune de Vallon-Pont-d'Arc, dans le département de l'Ardèche, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Elle fait partie d'un ensemble de grottes ornées attribuées au Paléolithique supérieur qui s'égrènent le long des gorges de l'Ardèche et parmi lesquelles figurent notamment la grotte Chabot, le Figuier, les Deux-Ouvertures, la grotte aux Points d'Aiguèze et la grotte de la Tête-du-Lion.
Le site comporte un millier de peintures et de gravures, dont 447 représentations d'animaux de 14 espèces différentes. De nombreuses datations directes par la méthode du carbone 14 sur les charbons de bois, de la datation U-Th sur les planchers de calcite, de thermoluminescence de traces de feu sur les parois ou de la datation cosmogénique par le 36Cl au niveau du porche ont donné des résultats cohérents qui indiquent que la grotte a connu deux phases d'occupation, l'une à l'Aurignacien (37 à 33 500 ans avant notre ère en âge calibré8), l'autre au Gravettien (31 à 28 000 ans avant notre ère en âge non calibré). Les peintures et les gravures, réalisées pendant la première phase, comptent parmi les plus anciennes au monde. La diversité et la maîtrise des techniques (gravure, préparation des parois par raclage, dessin digité ou au fusain souvent suivi d'une estompe en écrasant la couleur avec les doigts pour obtenir des nuances diverses, détourage des contours, utilisation de techniques mixtes) dont elles témoignent ont profondément remis en cause l'idée d'un art préhistorique évoluant très lentement et de manière linéaire et ascendante.
La grotte est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis juin 2014.
Historique
Découverte
La grotte est découverte, de manière inopinée mais non fortuite, le 18 décembre 1994, par Jean-Marie Chauvet (contractuel du ministère de la Culture, chargé de la surveillance des grottes ornées de l'Ardèche depuis juillet 1994), Éliette Brunel (viticultrice) et Christian Hillaire (employé à EDF) dans le cadre de leurs activités spéléologiques privées. Vers 15 heures, après avoir emprunté un ancien chemin muletier qui, à mi-hauteur, débouche sur une vire à orbitolines, les spéléologues repèrent en hauteur d'une falaise au nord du cirque d'Estre une mince ouverture derrière une végétation dense, ils s’y faufilent, puis progressent dans un vestibule de plusieurs mètres de longueur et débouchent vers 15 h 45 sur un « trou souffleur » (filet d’air s’échappant de la paroi) qui leur suggère que la cavité communique avec une autre galerie ou un puits. Ils effectuent deux tirs d'explosifs à la chatière pour dégager l'entrée vers 18 h 30 qui ouvre sur un puits de 10 m. Brunel entrevoit alors un sol. Ils retournent à leur fourgonnette pour s'équiper d'une échelle qui leur permet de descendre le puits et découvrir vers 20 h dans la première galerie deux tracés digitaux. L'exploration des premières salles ornées les émerveille. Ils sortent de la grotte vers 23 h et en obstruent l'accès.
Bien qu'ils n'aient pas l'accord des propriétaires pour prospecter, les spéléologues revisitent la grotte le 24 décembre avec trois amis spéléologues, Daniel André, Michel Chabaud et Jean-Louis Payan. Ils y réalisent des relevés topographiques, 300 clichés photographiques ainsi qu'un film vidéo. Ce n'est que le 28 décembre que la DRAC à Lyon est informée alors que Jean-Marie Chauvet, conformément à la loi du 27 septembre 1941, se devait d'informer immédiatement le maire de la commune de Vallon-Pont-d'Arc.
Le conservateur régional commande un rapport d'expertise sur une grotte ornée exceptionnelle de Vallon-Pont-d'Arc. Elle a lieu le 29 décembre 1994 sous la conduite des découvreurs, avec Jean Clottes, spécialiste de l'art paléolithique, Jean-Pierre Daugas, conservateur régional de l'Archéologie, et son collaborateur Bernard Gély, qui travaille depuis des années dans les grottes de la région. Le 2 janvier 1995, Jean Clottes remet son rapport d'expertise et préconise plusieurs mesures, notamment de ne pas ouvrir la grotte au public afin d'éviter les erreurs qui ont détérioré les peintures de Lascaux. Une première porte protégeant l'accès de la grotte est posée dès le 12 janvier. La découverte de la grotte est rendue publique le 18 janvier.
Chronologie et datations radiométriques
La grotte est d'autant plus remarquable qu'elle a été occupée par les hommes à deux périodes très anciennes, l’Aurignacien et le Gravettien. Selon les scientifiques chargés de l'étude sous la direction du préhistorien Jean Clottes, les œuvres pariétales auraient été réalisées au cours de la première seulement. Pour d'autres auteurs, seuls les dessins réalisés avec des charbons de bois (provenant de pin sylvestre) dateraient de la période la plus ancienne, les dessins faits avec de l'ocre datant du Gravettien.
Les premières datations par le carbone 14 ont créé la surprise par leur ancienneté (31 000 ans). La grotte a depuis bénéficié d'un nombre exceptionnel de datations directes, dont certaines à partir d'échantillons prélevés directement sur les peintures. Des échantillons furent confiés à plusieurs laboratoires. Les dates obtenues sont difficilement contestables et acceptées aujourd'hui par la majorité des préhistoriens. La grotte a connu deux phases de fréquentation, l'une à l'Aurignacien (33 à 29 000 ans avant JC en âge non calibré), l'autre au Gravettien (27 à 24 500 ans avant JC en âge non calibré). Les variations de la teneur atmosphérique en carbone 14 rendent nécessaire une correction des datations anciennes pour avoir une idée plus juste de l'âge en années calendaires. Cette correction, appelée « calibration », est rendue possible par la reconstitution de l'évolution au cours du temps de la teneur atmosphérique en carbone 14 à partir de différentes sources d'informations (sédiments lacustres ou marins, coraux, spéléothèmes). Au moment de la publication du bilan de l'ensemble des datations par le carbone 14 obtenues pour la grotte, les auteurs indiquaient qu'ils ne disposaient pas d'informations suffisamment fiables pour les calibrer mais que les âges calendaires correspondant à la première phase d'occupation devaient être compris 33 et 38 000 ans avant le présent. Des parallèles stylistiques ont également été établis depuis la découverte avec certaines statuettes découvertes en contexte aurignacien indubitable, telles que l'homme lion de Hohlenstein-Stadel.
Les datations ont été mises en doute en 2003 puis 2010 par certains archéologues, Christian Züchner, Paul Pettitt et Paul Bahn notamment, qui estimaient ces peintures plus récentes sur la base de critères stylistiques. Des recherches menées sur le style évoquent le cas de quelques gravures peut-être gravettiennes recouvrant certaines peintures noires aurignaciennes et attestant ainsi leur plus grande ancienneté.
Des recherches géomorphologiques publiées en 2012 ont montré que l'entrée naturelle de la cavité par laquelle pénétraient les Hommes de la Préhistoire et les différents animaux a progressivement été obstruée à partir de 29 500 ans jusqu'à sa fermeture définitive aux alentours de 22 000 ans. Ces travaux de datations apportent des éléments de preuves permettant d'éliminer toutes les hypothèses plaçant l'art de la Grotte ornée du Pont-d’Arc durant la période magdalénienne et solutréenne, comme le suggèrent certains auteurs sur la base d'analyses stylistiques de l'art pariétal.
Parallèlement aux datations réalisées dans la grotte Chauvet-Pont-d'Arc elle-même, dès 2008, plusieurs membres de l'équipe scientifique en charge de l'étude de la grotte ont entrepris des recherches à vocation chronologique dans les autres sites ornés des gorges de l'Ardèche sous la direction de Julien Monney (notamment à la grotte aux Points d'Aiguèze qui présente des similitudes iconographiques flagrantes avec Chauvet-Pont-d'Arc mais aussi à la grotte des Deux-Ouvertures). Ces recherches, structurées sous le nom de projet "Datation Grottes Ornées" (ou DGO) sont destinées à préciser le contexte de fréquentation des grottes ornées à échelle régionale. Ce faisant, elles se proposent de discuter l'apparente exceptionnalité chronologique et iconographique de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc "de l'extérieur" en la resituant au sein d'un ensemble régional n'ayant, jusqu'alors, que peu bénéficié des apports de moyens d'investigation chronologiques modernes. Ces recherches sont encore en cours (2020). Elles ont toutefois d'ores et déjà apporté de nombreux résultats touchant indirectement à la chronologie de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc.
Jean-Marc Elalouf et les membres de son équipe ont montré que les restes d'ursidés présents dans la grotte étaient bien ceux de l'ours des cavernes, représenté dans la galerie du cactus. Dans la salle Morel, des os appartenant à cette espèce d'ours végétarien ont été datés à 19 105 avant JC. Dans la salle des mégacéros, d'autres ont été datés à 31 140 avant JC. Leurs griffades confirmeraient l'ancienneté de certaines œuvres pariétales. Les panneaux utilisant les techniques les plus perfectionnées ne sont pas couverts de marques d'ours. Le panneau des lionnes n'a pas été griffé par les ours.
Le grand bison de la salle du fond est la seule peinture de cette salle à avoir été datée (30 340 avant JC). Il recouvre des dessins plus anciens griffés par les ours. Le risque d'erreurs de datation lié à la superposition de peintures d'époques différentes poussera certainement les équipes de recherche à réaliser d'autres datations pour confirmer l'âge de ces œuvres.
Source : Wikipedia
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nom :âge : 37 ka
découverte : Jean-Marie Chauvet
date : 1994






