lundi 10 novembre 2014

L'homme de Kostenki précise le métissage Sapiens-Néandertal

WASHINGTON s7 (Reuters) - L'étude de l'ADN de l'homme de Kostenki, qui vivait en Russie il y a 37.000 ans environ, a permis à des scientifiques de préciser le moment du métissage entre l'Homo sapiens et l'homme de Néandertal il y a plus de 50.000 ans, selon un article publié jeudi dans la revue Science.

Le séquençage du génome de l'homme de Kostenki, appelé ainsi d'après le village où son squelette a été découvert il y a 60 ans, a été effectué à partir d'ADN prélevé sur son tibia gauche. Il s'agit du deuxième génome le plus ancien de notre espèce jamais séquencé.

Les scientifiques ont découvert que l'homme de Kostenki avait un petit pourcentage des gènes de Néandertal, confirmant ainsi que le croisement entre Sapiens et Néandertal s'était déjà produit à l'époque où vivait cet homme il y a 36.200 à 38.700 ans.

Quand les ancêtres des Européens actuels sont sortis d'Afrique pour se diriger vers l'Eurasie il y a 50.000 à 60.000 ans, ils ont rencontré les Néandertaliens, qui se trouvaient déjà en Europe et en Asie.

Les scientifiques ont utilisé les données génétiques pour déterminer que le croisement s'est produit il y a à peu près 54.000 ans.

Résultat de cette hybridation : toute personne ayant un ancêtre eurasien - des Chinois aux Scandinaves en passant par les indigènes d'Amérique - a un peu d'ADN de Néandertal.

HISTOIRE EXTRAORDINAIRE

"Nous montrons que cet individu (Kostenki) est lié aux Européens modernes. Nous montrons aussi que l'essentiel de la structure génétique présente dans l'Europe actuelle date d'au moins de l'époque à laquelle cet individu est mort", déclare Rasmus Nielsen, professeur de biologie informatique à l'Université de Californie, Berkeley et l'université de Copenhague.

"Nous pensions que ces composantes (génétiques) étaient survenues à des époques différentes de l'histoire européenne après l'arrivée en Europe des premiers humains modernes. Et maintenant, nous voyons qu'elle étaient déjà là dès le début", ajoute Eske Willerslev, directeur du Centre de géogénétique de l'université de Copenhague.

Les chercheurs se retrouvent désormais face à une nouvelle énigme. Ils n'ont pas trouvé de preuve d'une poursuite du métissage alors même qu'il y a eu cohabitation entre les groupes pendant encore des milliers d'années.

Le Néandertal aux arcades sourcilières marquées a vécu en Europe et en Asie il y a 350.000 ans et jusqu'à il y a 40.000 ans. Il a disparu après l'arrivée de l'Homo sapiens.

"Les populations de Néandertal ont-elles diminué très rapidement ? Est-ce que les humains modernes les ont encore rencontrées ? Au début, nous avions été surpris de découvrir qu'il y avait eu croisement. Désormais, la question est : pourquoi si peu ?", commente le professeur Robert Foley, spécialiste de l'évolution humaine à l'université de Cambridge. "C'est une découverte extraordinaire que nous ne comprenons pas encore."

Source : Yahoo Actu du 07/11/2014

samedi 8 novembre 2014

L’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim date le métissage Néandertal-Sapiens

e séquençage du génome de l’homme d’Ust’-Ishim, un Homo sapiens mort il y a 45 000 ans en Sibérie, révèle qu'à cette date, le métissage Néandertal-Sapiens avait déjà eu lieu, mais sans doute pas la séparation entre les populations européennes et asiatiques.

Le plus ancien homme moderne d’Eurasie a vécu en Sibérie occidentale. Près du village d’Ust’-Ishim, les berges de la rivière Irtysh ont livré en 2008 la partie centrale d'un fémur relativement complète. Son étude poussée par une équipe rassemblant des chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne, et de l’Académie des sciences russes nous apporte plusieurs informations majeures sur l’évolution humaine.

« L’individu d’Ust’-Ishim est l’un des plus anciens humains modernes trouvé hors du Proche-Orient et de l’Afrique », explique Bence Viola, l’un des paléoanthropologues qui a étudié ce fémur. De fait, les datations par le radiocarbone du collagène extrait de l’os indiquent de façon fiable un âge d’environ 45 000 ans.

Pour Svante Pääbo, spécialiste de l’Institut Max-Planck sur les croisements entre néandertal et sapiens, « la population dont l’individu d’Ust’-Ishim était membre pourrait s’être séparée des ancêtres des Eurasiens avant la divergence qui a distingué les Eurasiens occidentaux des Eurasiens orientaux. Les paléogénéticiens de l’Institut Max-Planck ont en effet séquencé le génome de l’individu de Ust’-Ishim avec une grande fiabilité, puisque l’emplacement de chaque paire de base a été identifié pas moins de 22 fois dans les bibliothèques de fragments d’ADN constituées à partir de neuf échantillons prélevés dans le fémur.

Il est ainsi apparu que le propriétaire du fémur était un homme. En comparant son génome avec celui d’individus de 50 populations actuelles réparties sur toute la planète, les chercheurs ont constaté que l’homme d’Ust’-Ishim est plus proches de tous les Eurasiens qu’il ne l’est des Africains. Ceci montre qu’il s’agit de l’un des plus anciens représentants connus de la première grande vague d’Homo sapiens en Eurasie, qu'on situe généralement il y a 60 000 ans.

En comparant plus spécifiquement le génome de l’homme d’Ust’-Ishim avec celui des Eurasiens actuels, les chercheurs ont mis en évidence que l’homme d’Ust’-Ishim est autant apparenté aux Eurasiens occidentaux, qu’aux Eurasiens orientaux. En d’autres termes, il semble avoir vécu avant la séparation du groupe eurasien en Europoïdes et Mongoloïdes. Prudence, toutefois. Pour Jean-Jacques Hublin, qui dirige le département d’évolution humaine à l’Institut Max Planck, « il se pourrait que l’homme d’Ust’-Ishim soit issu d’une population ayant migré très tôt en Europe et en Asie centrale, mais qui n’aurait pas de descendants dans les populations modernes actuelles. »

Puisque l’homme d’Ust’-Ishim a vécu en même temps que les néandertaliens en Eurasie, ses ancêtres s’étaient-ils déjà métissés avec Néandertal ? Il s’avère que oui : environ deux pour cent de l’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim provient d’Homo neanderthalensis, une proportion d’ADN néandertalien comparable à celle du génome des Eurasiens contemporains. Toutefois, la longueur de ces séquences d’ADN néandertalien est bien plus grande que celles que l’on trouve dans le génome des Eurasiens actuels. Logique, puisque que des mécanismes d’érosion et de dérive génétique réduisent au cours des générations les séquences d'ADN directement héritées du croisement, et que l’homme d’Ust’-Ishim a vécu plus près du métissage Néandertal-Sapiens que nous.

À quel point ? « la longeur des séquences nous a permis d’estimer que les ancêtres de l’homme d’Ust’-Ishim se sont mélangés avec les néandertaliens 7 000 à 13 000 ans avant cet individu, ce qui signifie que le métissage se serait produit il y a entre 60 000 et 50 000 ans, soit à peu près au moment de la grande vague d’expansion de sapiens hors d’Afrique et du Proche-Orient », révèle Janet Kelso, bioinformaticienne à l’Institut Max-Planck. Ainsi, nous avons désormais une certitude s’agissant du métissage Néandertal-Sapiens : la plupart de nos gènes néandertaliens ont été acquis avant 50 000 ans ! Étant donné la découverte à Kébara en Israël d’une sépulture contenant un squelette authentiquement néandertalien vieux de 60 000 ans accompagné d’outils moustériens (une industrie lithique), cela suggère que l'essentiel du métissage Néandertal-Sapiens a eu lieu après 60 000 ans au Levant. Une information clé.

La fiabilité du séquençage de ce génome de 45 000 ans a aussi permis aux chercheurs d’estimer le taux d’accumulation des mutations :une à deux mutations se seraient ajoutées à notre génome chaque année depuis l’homme d’Ust’-Ishim. Ce résultat recoupe les estimations récentes obtenues en comptant les différences génétiques entre parents et enfants, mais il est plus bas que les estimations traditionnelles fondées sur la divergence entre espèces fossiles. L’horloge génétique devient plus précise et commence à jalonner l’histoire de notre espèce de dates fiables...

Source : Pour la Science du 07/11/2014

mardi 28 octobre 2014

L'âge de l'ADN d'Homo sapiens le plus ancien jamais déchiffré

Paris (AFP) - C'est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l'espèce humaine: une équipe internationale a séquencé le génome d'un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d'Homo sapiens décodé à ce jour.

Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l'ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l'histoire des débuts de l'Homme moderne hors d'Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans.

Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l'ADN de l'homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d'anthropologie génétique de l'Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu'une petite partie du génome de l'homme d'aujourd'hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans.

Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane "relativement complète" d'un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L'os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d'Ust'-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans.

Au passage, les analyses ont permis d'apprendre qu'une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d'aliments aquatiques, probablement des poissons d'eau douce.

- Rencontre entre 50.000 et 60.000 ans -

Le séquençage du génome de l'individu d'Ust'-Ishim montre qu'il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d'aujourd'hui, non-africains.

Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l'homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d'aujourd'hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d'Asie de l'est et 1,6% à 1,8% pour les Européens).

Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l'existence de l'individu d'Ust'-Ishim.

Jusqu'ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l'Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l'Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie.

Les nouvelles données génétiques fournies par l'individu d'Ust'-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu'elles montrent que le croisement s'était déjà produit il y a 45.000 ans.

D'après la longueur des segments d'ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance.

"Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l'individu d'Ust'-Ishim et les Néandertaliens s'est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans", ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l'expansion de l'Homme moderne hors d'Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l'Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l'étude des ADN anciens, même fortement détériorés.

Le génome de l'Homme moderne d'Ust'-Ishim est loin d'être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d'un an, c'est le génome d'un être humain vieux de 400.000 ans, l'homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d'un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Science et Avenir du 24/10/2014

lundi 27 octobre 2014

L'homme moderne a rencontré Néanderthal il y a 50 à 60.000 ans

L'homme moderne a rencontré Néanderthal il y a 50 à 60.000 ans

ANCÊTRE. C'est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l'espèce humaine : une équipe internationale a séquencé le génome d'un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d'Homo sapiens décodé à ce jour.

Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l'ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l'histoire des débuts de l'Homme moderne hors d'Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans.

Une partie de notre génome provient des Néandertaliens

Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l'ADN de l'homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d'anthropologie génétique de l'Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu'une petite partie du génome de l'homme d'aujourd'hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans.

MATÉRIEL. Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane "relativement complète" d'un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L'os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d'Ust'-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans.

Au passage, les analyses ont permis d'apprendre qu'une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d'aliments aquatiques, probablement des poissons d'eau douce.

Des fragments d'ADN de néanderthalien 3 fois plus long que ceux qui composent notre génome

Le séquençage du génome de l'individu d'Ust'-Ishim montre qu'il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d'aujourd'hui, non-africains.

Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l'homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d'aujourd'hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d'Asie de l'est et 1,6% à 1,8% pour les Européens).

FOURCHETTE. Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l'existence de l'individu d'Ust'-Ishim.

Jusqu'ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l'Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l'Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie.

Les nouvelles données génétiques fournies par l'individu d'Ust'-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu'elles montrent que le croisement s'était déjà produit il y a 45.000 ans.

Un croisement qui s'est produit il y a 50.000 à 60.000 ans

D'après la longueur des segments d'ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance.

"Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l'individu d'Ust'-Ishim et les Néandertaliens s'est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans", ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l'expansion de l'Homme moderne hors d'Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l'Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l'étude des ADN anciens, même fortement détériorés.

Le génome de l'Homme moderne d'Ust'-Ishim est loin d'être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d'un an, c'est le génome d'un être humain vieux de 400.000 ans, l'homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d'un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Science et Avenir du 23/10/2014

samedi 25 octobre 2014

A 45.000 ans, l’Homme d’Ust’-Ishim a l’ADN le plus ancien jamais décodé

C’est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l’espèce humaine: une équipe internationale a séquencé le génome d’un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d’Homo sapiens décodé à ce jour. Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l’ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l’histoire des débuts de l’Homme moderne hors d’Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans. Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l’ADN de l’homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d’anthropologie génétique de l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu’une petite partie du génome de l’homme d’aujourd’hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans. Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane « relativement complète » d’un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L’os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d’Ust’-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans. Au passage, les analyses ont permis d’apprendre qu’une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d’aliments aquatiques, probablement des poissons d’eau douce.

Rencontre entre 50.000 et 60.000 ans

Le séquençage du génome de l’individu d’Ust’-Ishim montre qu’il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d’aujourd’hui, non-africains. Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l’homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d’aujourd’hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d’Asie de l’est et 1,6% à 1,8% pour les Européens). Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l’existence de l’individu d’Ust’-Ishim.

Jusqu’ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l’Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l’Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie. Les nouvelles données génétiques fournies par l’individu d’Ust’-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu’elles montrent que le croisement s’était déjà produit il y a 45.000 ans.

D’après la longueur des segments d’ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance. « Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l’individu d’Ust’-Ishim et les Néandertaliens s’est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans », ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l’expansion de l’Homme moderne hors d’Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l’Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l’étude des ADN anciens, même fortement détériorés. Le génome de l’Homme moderne d’Ust’-Ishim est loin d’être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d’un an, c’est le génome d’un être humain vieux de 400.000 ans, l’homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d’un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Metro du 23/10/2014

jeudi 23 octobre 2014

L’Homme d’Ust’-Ishim, un Sibérien vieux de 45000 ans

En 2008, un fragment relativement complet de fémur gauche d’origine humaine était retrouvé par un chasseur d’ivoire de mammouth, pointant hors des alluvions sur les rives de la rivière Irtysh, dans la région d’Omsk, en Sibérie Occidentale. Six ans plus tard, une équipe internationale lève une partie du voile sur l’« Homme d’Ust’-Ishim » – le lieu-dit près duquel ce fossile a été retrouvé. Cet os noirâtre appartenait à un homme moderne, qui vivait là il y a 45 000 ans environ, et l’analyse de son ADN permet de mieux cerner la période durant laquelle ses ancêtres et des Néandertaliens se sont croisés et ont multiplié.

Les chercheurs, sous la direction de Svante Pääbo (Institut Max Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig), publient leurs travaux dans la revue Nature datée du 23 octobre. Ils ont déterminé l’ancienneté du fémur à l’aide de deux datations au carbone 14. Ils ont procédé à une analyse morphologique de l’os qui indiquait qu’on n’avait pas affaire à un Néandertalien. Cette conviction a été confirmée par le séquençage génétique, lequel a montré qu’il s’agissait bien d’un Homo sapiens. L’équipe en conclut donc qu’elle tient là le plus ancien homme moderne précisément daté d’Eurasie – les autres prétendants, en Asie notamment, n’offrant pas un pedigree aussi solide.

our le paléogénéticien Joshua Akey (University de Washington), qui n’a pas participé aux travaux, cette découverte « offre des données incroyablement intéressantes et ouvre une fenêtre fascinante sur cette période de l’évolution humaine ». La comparaison de l’ADN de l’Homme d’Ust’-Ishim avec le génome de Néandertaliens et d’hommes modernes d’aujourd’hui permet en effet d’affiner les horloges moléculaires et de préciser la période pendant laquelle ses ancêtres et des Néandertaliens ont pu concevoir une descendance commune. Rappelons que l’homme de Néandertal, issu d’une première sortie d’Afrique d’hommes archaïques il y a plus de 500 000 ans, avait conquis l’Europe de Gibraltar à l’Altaï, avant de disparaître il y a environ 40 000 ans, sous la pression de l’homme moderne.

Cousin incestueux

Depuis 2010 et le premier séquençage complet du génome d’un Néandertalien, on sait que des tels croisements sapiens-neanderthalensis ont bien eu lieu, et qu’ils ont laissé une trace dans les populations actuelles non africaines : entre 1 et 3 % de leur ADN est hérité de l’homme de Néandertal. Depuis cette révélation, que l’on doit aussi à l’équipe de Leipzig, d’autres génomes néandertaliens ont été séquencés, et l’on continue à affiner la connaissance de ce que l’humanité doit à ce cousin incestueux. Mais les débats se poursuivent sur la date et la région où ces croisements ont eu lieu. En 2012, une étude publiée dans PLoS Genetics estimait que le « mélange » entre Néandertal et hommes modernes était intervenu entre 37 000 ans et 86 000 ans. De quoi accommoder les scénarios les plus divers.

Le fémur sibérien offre un jalon temporel pour mieux estimer le nombre de mutations génétiques qui interviennent au fil des générations, et qui servent d’étalon pour les horloges biologiques proposées par les généticiens. En prenant pour hypothèse que 29 ans séparent chaque génération, le croisement entre Néandertaliens et hommes modernes dont ce Sibérien est le fruit serait intervenu entre 232 et 430 générations avant sa naissance, il y a entre 50 000 et 60 000 ans.

Métissage

Cela ne signifie pas qu’il s’agit du seul métissage de ce type qui soit intervenu dans la préhistoire humaine, ni même que les populations actuelles d’Eurasie en soient les descendantes, souligne Nick Patterson (Broad Institute), qui avait cosigné l’article de 2012 avec Svante Pääbo, mais n’a pas participé à la présente étude : « Un scénario pourrait être qu’un petit groupe d’humains modernes soit parvenu en Sibérie, se soit accouplé avec des Néandertaliens, et se soit ensuite éteint. »

Un scénario qui n’est pas écarté par l’équipe de Pääbo, laquelle souligne qu’on ne retrouve effectivement pas de proximité génétique particulière du Sibérien avec les Européens actuels. Pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin (cosignataire de l’article de Nature), cet indice génétique colle parfaitement avec une hypothèse qu’il avait proposée en se fondant sur des données archéologiques. Entre les industries lithiques et les pratiques funéraires des néandertaliens (le moustérien) et celles clairement attribuées à l’homme moderne (l’aurignacien), rappelle-t-il, il existe, de l’Europe centrale à l’Altaï, des vestiges d’une facture différente, dits du « paléolithique supérieur initial », autour de 45 000 ans. « Avec Ust’- Ishim, estime-t-il, on a probablement un témoin de cette culture-là ».

Colonisation avortée

Celle-ci résulterait d’une première colonisation d’Homo sapiens depuis l’Afrique, la péninsule arabique et l’actuelle Israel « qui n’a pas complètement réussi », avant qu’une deuxième vague n’aboutisse à une percée définitive jusqu’en Europe occidentale, vers 43 500 ans – mais aussi vers l’Asie et l’Océanie. Ces Aurignaciens patentés ont-ils eux aussi fauté avec Néandertal ? C’est très probable. « Ce qui nous manque pour le mesurer, c’est une séquence génétique d’un Aurignacien en Europe occidentale », souligne Jean-Jacques Hublin, qui est confiant dans la résolution de cette énigme : « D’autres individus seront séquencés dans les mois et années qui viennent », prédit-il.

Source : Le Monde du 22/10/2014

vendredi 10 octobre 2014

Un Néandertalien de 200.000 ans en Normandie

Trois os fossiles, du bras gauche, datant d’il y a 200.000 ans, ont été retrouvés le 10 septembre 2010 lors de fouilles près de Rouen, en bord de Seine, font aujourd’hui l’objet d’une publication dans Plos One. Ce matin, au café Le Fumoir en face du Louvre, les archéologues et l’Institut national de recherches et d’archéologie préventive (INRAP) étaient tout heureux de présenter cette découverte «exceptionnelle» explique Bruno Maureille, paléo-anthrolopogue, (CNRS/Université de Bordeaux/MCC). Jour faste pour l’archéologie et la préhistoire puisque ce matin même la revue Nature publie la datation d’une grotte ornée en Indonésie qui affiche… 40.000 ans !

Exceptionnelle car, comme Bruno Maureille le précise sur le site web du CNRS : «En l’espace d’un siècle, ce fragment de bras gauche est seulement le troisième fossile de prénéandertalien recensé pour toute l’Europe du Nord-Ouest. Auparavant, seuls deux crânes avaient été retrouvés en France, à Biache-Saint-Vaast, dans le Nord-Pas-de-Calais. Autrement, la majeure partie des fossiles de la lignée néandertalienne datant de cette période ont été découverts en Angleterre et en Allemagne. La rareté de La fouille archéologique à Tourville © Hervé Paitier, InrapLa fouille archéologique à Tourville © Hervé Paitier, Inrapces découvertes fait de celle de Tourville un événement extrêmement important. Ce sont également les premiers os longs (23 centimètres pour l’humérus) que l’on exhume dans cette aire géographique pour cette période, c’est-à-dire il y a 200 000 ans. Ce spécimen vient donc étoffer les données, extrêmement rares, que l’on possède sur ces fossiles européens. À ce titre, l’individu de Tourville représente une découverte majeure documentant l’histoire de la lignée néandertalienne.»

L’histoire des Néandertaliens reste peu claire aux yeux des paléoanthropologues en raison d’un trop petit nombre de squelettes découverts entre 400.000 ans et leur disparition. Certains chercheurs les voient se «néandertaliser» au fur et à mesure de leur histoire, les derniers étant donc une sorte de «canon». D’autres, comme Bruno Maureille (et Bernard Vandermeerch) voient plutôt une évolution en «mosaïque». Seule la découverte de squelettes fossiles en nombre suffisant pour englober l’ensemble de la variabilité présente aux différentes époques permettrait de trancher un tel débat.
700 fossiles d’animaux 500 silex

La fouille, dirigée par Jean-Philippe Faivre (CNRS, Pacea), à Tourville-la-Rivière avait ciblé un horizon stratigraphique précis, bien connu des préhistoriens pour receler des traces d’activités humaines. Là, près d’une berge de la Seine, adossée à une falaise, un hectare d’une carrière exploitée par Carrières et Ballastières de Normandie, a été fouillé. A l’aide de pelleteuses, maniées de mains de maître par des techniciens capables de racler la terre «centimètre par centimètre» se réjouit Faivre.

Lame Levallois © Hervé Paitier, InrapLame Levallois © Hervé Paitier, InrapL’équipe d’archéologues a découvert près de 700 fossiles animaux, caractéristiques d’un climat tempéré lors d’un interglaciaire: loup, renard, ours, panthère et petits mammifères (chats sauvages, castor et lièvre). Et environ 500 silex (lames, restes de débitages) dont 300 sur un site de taille d’outils et, en fin de fouille, ces trois os humains. L’étude des outils, typiques du débitage dit «Levallois» montre un usage pour le dépeçage d’animaux effectué immédiatement après la taille. Certains os, notamment d’aurochs exhibent des traces de chocs destinés à en extraire la moelle pour la consommation. Toutefois, les restes animaux peuvent provenir soit de chasse —un endroit logique puisque les animaux s’abreuvant sont plus vulnérables aux prédateurs humains souligne Cécile Bemilli— soit d’apport de cadavres par les eaux du fleuve.

Parmi les caractéristiques intéressantes des os fossiles dénichés, un petit relief de l’humérus caractéristique des Néandertaliens montre d’une part un fort développement du muscle deltoïde - celui qui est sollicité lors d’un geste de lancer, éloignant le bras du corps et l’étendant, mais aussi la trace d’un arrachement ligamentaire. L’individu, de taille quasi adulte, mais dont le sexe demeure indéterminé, pouvait donc s’être blessé lors d’un mouvement trop brusque et trop appuyé. «Hypothèse», bien sûr, nuance Bruno Maureille. De là à imaginer un lanceur de javelot, il y a un pas que rien n’interdit de faire tandis que rien ne l’autorise non plus.

L’histoire de ce bras gauche risque de demeurer bien mystérieuse. Aucun autre os humain n’a été trouvé, ce qui peut laisser penser que ce bras est arrivé seul, charrié par la Seine, pas trop longtemps après avoir été détaché de l’épaule de son propriétaire. Avec ou sans main…

Source : Libération du 09/10/2014

Découverte en Normandie d'os humains attribués à la lignée Néandertal

Des os d'un bras humain datés d'environ 200 000 ans ont été mis au jour en France, sur le site préhistorique de Tourville-la-Rivière (Seine-maritime), en Normandie, une découverte majeure en Europe du nord-ouest pour la connaissance de la lignée Néandertal.

Les fossiles humains se composent des trois os longs du bras gauche d'un même individu (humérus, cubitus et radius). La découverte, qui remonte au 10 septembre 2010, a été présentée jeudi au cours d'une conférence de presse à Paris, simultanément à sa publication dans la revue scientifique américaine Plos One.

Il s'agit d'une découverte «exceptionnelle», a souligné un des chercheurs, Bruno Maureille (CNRS, Université de Bordeaux). «Elle documente une partie assez mal connue du peuplement de l'Europe du nord-ouest, où s'est individualisée la lignée néandertalienne», a-t-il expliqué.

L'homme de Tourville-la-Rivière, tel qu'il est désormais nommé, est daté entre 236 000 et 183 000 ans (Pléistocène moyen), correspondant à la fin d'une période interglaciaire. Les chercheurs parlent d'un individu «pré-Néandertalien», situant les Néandertaliens plutôt entre -118 000 et -30 000.

Mais ses caractéristiques morphologiques «annoncent ce qu'on va retrouver chez Néandertal et permettent de faire l'hypothèse qu'il est bien un membre de cette lignée», a souligné Bruno Maureille.

Les os fossiles ne permettent pas de déterminer son sexe, mais les chercheurs estiment qu'il s'agit d'un individu adulte ou grand adolescent.

Il a été découvert par des archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), lors de fouilles en prévision de l'exploitation d'une carrière de sable et de graviers, dans un des méandres de la Seine, à une quinzaine de km en amont de Rouen.

C'est la deuxième découverte de ce type en France, après les deux crânes fragmentaires de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), mis au jour au début des années 80 dans le nord. En Europe du nord-ouest, les rares fossiles humains de cette période proviennent d'une dizaine de sites seulement, en Allemagne et en Angleterre.

TMS préhistorique

Sur le site de fouilles d'un hectare, les archéologues ont mis au jour également un millier de restes d'espèces animales, des grands mammifères (équidés, cerfs, aurochs), des carnivores (loup, panthère) ainsi que de plus petites espèces (chats sauvages, lièvres, castors).

«Des indices permettent d'affirmer que l'homme a chassé ou en tout cas consommé une partie des animaux sur le site», a affirmé Céline Bemilli (Inrap). Des traces de fractures volontaires, pour récupérer la moelle, ont été relevées sur des ossements d'aurochs.

Quelque 700 outils de pierre ont été identifiés, relevant de la technique Levallois, «apparue avec le lignage néandertalien», a ajouté Jean-Philippe Faivre (Inrap, CNRS), responsable scientifique de la fouille.

Selon le scénario retenu par les chercheurs, le bras entier du pré-Néandertalien a été charrié par la Seine avant de se déposer, avec ou sans la main, sur les berges ou sur des bancs de sable au pied de la falaise crayeuse de Tourville-la-Rivière.

Les ossements fossiles sont «extraordinairement fragilisés», a souligné Bruno Maureille, la surface externe est érodée et les zones articulaires ont disparu. Les scientifiques n'ont donc pu y relever aucune trace d'une intervention de carnivores ou même d'autres humains.

En revanche, ils ont mis en évidence une petite curiosité sur l'humérus, un relief inhabituel à l'endroit de l'attache du muscle deltoïde, ainsi qu'un micro-traumatisme au sommet de cette crête, témoin d'un arrachement ligamentaire.

Les chercheurs font l'hypothèse que cette anomalie peut être liée à un mouvement répété d'éloignement du bras de l'axe du corps. Un TMS (trouble musculo-squelettique) préhistorique, en quelque sorte.

Les scientifiques vont maintenant tenter de récupérer de l'ADN ancien pour en apprendre plus sur l'homme -ou la femme- de Tourville-la-Rivière.

Source : LaPresse du 09/10/2014

Une découverte archéologique majeure en Normandie

Un homme prénéandertalien qui vivait dans la vallée de la Seine il y a 200.000 ans a été exhumé sur un site préhistorique près de Rouen. Une avancée qui devrait permettre d'améliorer notre connaissance du peuplement humain du nord-ouest de l'Europe.

Trois os humains, des vestiges d'animaux et une collection de silex. Cela n'a l'air de rien. Mais ces restes trouvés à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), à une quinzaine de kilomètres au sud de Rouen, constituent une «découverte majeure». «C'est aussi rare que celle d'une nouvelle grotte dans le sud-ouest de la France», assure Jean-Philippe Faivre, «lithicien» au CNRS (c'est-à-dire «technologue» des silex). Il a conduit les fouilles, en 2010, pour le compte de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) sur ce lieu préhistorique en Normandie. «C'est aussi rare que la découverte d'un australopithèque en Afrique du Sud», renchérit Bruno Maureille, anthropologue au CNRS à l'université de Bordeaux. Et d'ajouter: «Nous sommes en présence d'un bras gauche d'un individu qui a sans doute été charrié par la Seine.» Associés à des silex, la datation des vestiges humains et de dents d'animaux, trouvés sur le même terrain de 1 hectare, au pied d'une falaise crayeuse, ont permis de dater une occupation humaine dans la vallée de la Seine il y a entre 236.000 et 183.000 années.

Les 3 os longs du bras gauche d'un pré-Néandertalien (en haut) en regard d'un bras moderne retrouvé sur le site de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime) en 2010

Les restes de cette période de la préhistoire, pendant le pléistocène moyen (780.000-128.000 ans), antérieurs aux néandertaliens (de 118.000 à 30.000 ans avant notre ère) sont extrêmement rares en Europe. C'est le douzième site découvert sur le Vieux Continent et le deuxième en France, après des bouts de deux crânes de Biache-Saint-Vaast, près de Lille. Les vestiges du bras permettent aux experts de parler «de l'individu de Tourville-la-Rivière» qui devrait aider à tirer des enseignements sur «la connaissance de cette lignée humaine».

L'étude de la forme et de la longueur des trois os longs du bras du même individu, un grand adolescent ou un jeune adulte, a conduit les chercheurs à les associer à ceux de la lignée de Néandertal, notamment ceux découverts en Israël. Mais ils présentent des spécificités. «Une petite crête totalement anormale a été identifiée sur l'humérus. Ce qui est sans doute lié au mouvement répété de tendre le bras, car il a nécessité une sollicitation du muscle deltoïde», précise Bruno Maureille. Une déformation comparable à celle qui atteint certains sportifs, comme «ceux qui font du base-ball», ajoute l'anthropologue. La raison de cette action n'est pas connue.

Des panthères en Normandie

Le site de Tourville-la-Rivière, «même s'il n'est pas un grand site archéologique, était une fenêtre de vie, un lieu de passage à l'époque du pré-Neandertal, où il y avait des arrêts brefs et répétés», avance Jean-Philippe Faivre. Sur une petite zone de 3 m², creusée seulement entre 50 et 60 cm de profondeur, il a été retrouvé près de 300 silex. Et ils n'ont pas été apportés par la Seine. La preuve? Un silex savamment taillé a été retrouvé à 80 mètres de distance de son nucléus, c'est-à-dire de la roche mère d'où a été extrait l'outil sculpté par des individus préhistoriques. Ils utilisaient leurs silex probablement pour dépecer des animaux, eux aussi apportés par la Seine, ou chassés dans les forêts de la région. Des ossements permettent de certifier la présence de «12 à 15 espèces de grands mammifères, parmi lesquels des chevaux, des loups, des aurochs, des rhinocéros et même des panthères. Ces dernières, jusqu'alors, n'avaient pas été documentées dans la région», ajoute Céline Bémilli, archéozoologue à l'Inrap. Des fractures en spirale, effectuées peu de temps après la mort de l'animal, attestent des gestes d'individus préhistoriques. Une opération effectuée probablement pour consommer la moelle des os.

Pour aller plus loin, les chercheurs espèrent poursuivre leurs investigations sur les os du bras. Ils veulent déterminer, si possible, une présence d'ADN, pour compléter la lignée du Néandertal.

Ces travaux de l'Inrap et du CNRS ont fait l'objet d'une publication, mercredi, dans la revue Plos One, en coopération avec des chercheurs en Australie, en Espagne et aux États-Unis. Parmi eux, Les Kinsley, archéologue à l'université de Canberra (Australie), a cosigné cette semaine un article dans Nature sur des peintures rupestres de 40.000 ans découvertes aux Célèbes (Indonésie).

Source : Le Figaro du 09/10/2014

jeudi 9 octobre 2014

L'art a 40.000 aussi en Asie

Aussi vieux que la grotte Chauvet. Mais en Indonésie. La nouvelle datation d’une grotte ornée indonésienne, publiée ce matin par une équipe australienne, dans la revue Nature, porte le coup de grâce à une théorie, celle de l’invention brusque de l’art et d’une «révolution culturelle», dite aurignacienne, qui serait survenue en Europe, avec l’arrivée de l’Homme anatomiquement moderne (Cro-Magnon), il y a environ 40.000 ans.

Les peintures rupestres, les silhouettes de main réalisées avec la technique du pochoir (l’homme souffle des pigments sur sa main posée sur la paroi de la grotte), de la grotte de Maros, île de Sulawesi, en Indonésie, étaient connues depuis les années 1950. Mais avaient été datées d’il y a 10.000 ans. Très longtemps après, donc, les grottes ornées d’Europe, dont l’une des plus anciennes est la Grotte Chauvet, en Ardèche, dont les peintures remontent à 37.000 ans.

Mais de nouvelles datations bouleversent cette chronologie. Les scientifiques Australiens ont utilisé la méthode uranium thorium pour dater les petites couches minérales qui se sont déposées sur les dessins de la grotte Maros. Et découvert avec stupéfaction qu’elles font remonter à près de 40.000 les dessins les plus anciens de la grotte. D’autres étant datés d’au moins 36.000 ans.

Cette découverte, après d’autres, montre que la théorie d’un surgissement brusque des comportements sophistiqués associés à ces activités qui auraient eu lieu en Europe exclusivement et lors de l’arrivée de l’homme moderne, déjà bien affaiblie, doit définitivement être mise au placard. Cette révolution n’a jamais eu lieu.

Déjà, de nombreuses découvertes d’activités témoignant d’avancées techniques, comme des techniques de taille, mais aussi symboliques, en Afrique et remontant à près de 200.000 ans ont montré que dès l’origine de l’homme anatomiquement moderne ce dernier se signale par sa capacité à inventer et développer des activités sociales nouvelles. Ainsi, une technique particulière que l’on croyait inventée au Solutréen il y a 20.000 ans, était déjà utilisée à Blombos, en Afrique du Sud, il y a 75.000 ans. Des archéologues ont découvert au Proche-Orient, en Afrique, des signes gravés, des ornements, des coquillages percés - autant de caractères attribués auparavant à la révolution aurignacienne - qui remontent jusqu’à il y a 90.000 ans.

L’ancienneté ainsi découverte des dessins de la grotte de Maros montre que ce processus de complexification sociale n’est absolument pas spécifique des populations européennes, mais un caractère partagé par toutes les populations d’hommes anatomiquement modernes, sorties d’Afrique il y a environ 100.000 ans.

Source : Libération du 09/10/2014

Des peintures rupestres découvertes en Indonésie chamboulent les théories

Avec au moins 40.000 ans, certaines peintures d'une grotte de Sulawesi prennent le titre des plus anciennes du monde. Au delà du record, il s'agit d'une preuve que l'art pariétal n'est pas né qu'en Europe.

D'un coup, l'art vient de recevoir un bon nombre de nouvelles bougies et son apparition s‘internationalise. Alors que les traces d’activités artistiques les plus anciennes étaient cantonnées à l’Europe, une découverte révélée cette semaine dans la revue Nature vient tout chambouler : un site indonésien comporterait des dessins vieux d’au moins 40.000 ans.


Cela en fait le plus vieil exemple actuellement connu. Situé sur l’ile de Sulawesi, la grotte en question est connue depuis les années 1950. Les premières estimations de l’époque avaient donné un âge de 10.000 ans à ses diverses peintures préhistoriques. Mais lorsque des techniques de datations plus évoluées ont enfin été disponibles, les chercheurs n’ont pas immédiatement pensé à se pencher à nouveau sur le cas de cette grotte.

Carbone contre uranium

Contrairement à des dessins au charbon, ces peintures ne sont pas datables par carbone 14. Les chercheurs ont donc préféré utiliser la technique dite uranium-thorium. Grâce à la manière dont l’uranium se désintègre en thorium dans le temps, il est possible de dater les couches de carbonate de calcium qui se forment au-dessus de la peinture.

C’est maintenant chose faite et les résultats s’avèrent exceptionnels. Il s’agit non seulement des plus vieilles traces d’art connues au monde, mais elles brisent aussi l’hégémonie des grands sites européens tels que la grotte Chauvet. Ainsi, une peinture de main en négatif aurait au moins 39.900 ans, soit 2.000 de plus que le plus vieux cas en Europe. Une image de babiroussa à quant à elle, au moins 35.400 ans, dans les eaux des plus anciennes représentations d’animaux en Europe.

Mais il s’agit de bien plus que de grappiller quelques milliers d’années, les records peuvent se faire et se défaire assez vite, le principal intérêt de ce site est qu’il montre l’existence ancienne d’art hors de notre continent. "Cela nous éloigne de l’idée que l’Europe serait spéciale", a expliqué à Nature Maxime Aubert, l’archéologue qui dirige l’équipe à l’université Griffith du Queensland, Australie.

Des origines trop "eurocentriques"

"Il y avait ce cliché que les anciens Européens étaient plus conscients d’eux-mêmes et de leur entourage. Nous pouvons maintenant dire que c’est faux", a ajouté le spécialiste. "On nous montre ici que notre vision a été trop "euro-centrique" au sujet de l'origine des peintures rupestres", a indiqué Alistair Pike, archéologue à l'Université de Southampton repris par le National Geographic.

"Cela change absolument notre vue et cela va nous poser un grand nombre de questions au sujet des causes plutôt que les origines de l'art pariétal", a t-elle précisé. Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'ici, la découvert suggère que l'art aurait pu être quelque chose d'universel parmi les hommes modernes, y compris ceux qui ont quitté l'Afrique pour se rendre sur la péninsule arabe, en Indonésie et en Australie.

D'après les auteurs de l'étude, l'art pariétal pourrait être né en Afrique, les premiers hommes modernes l'auraient alors emmené avec eux durant leur migration. Autre possibilité : l'art aurait pu naître de façon indépendante au sein de différentes groupes. Si les hypothèses restent à confirmer, les chercheurs n'excluent pas la possibilité de trouver des peintures encore plus anciennes en Asie.

Source : MaxiSciences du 09/10/2014

En Asie aussi, les premiers humains ont décoré les grottes

Certaines peintures découvertes en Indonésie datent de 40.000 ans, elles figurent parmi les plus vieilles jamais découvertes.

SULAWESI. C’est au sud de l'île de Sulawesi, une grande île à l’est de Bornéo, en Indonésie, dans la région de Maros, que ces peintures ont été découvertes. Elles ornent les parois de plusieurs grottes calcaires et pourraient être bien plus anciennes que les dessins de Lascaux.

Des peintures découvertes il y a 25 ans

Les sites préhistoriques de Sulawesi sont connus depuis plusieurs années, de même que les peintures qui ornent ces grottes. Mais la revue Nature publie pour la première fois une étude concernant leur datation.

"POP-CORN". Les scientifiques ont déterminé l'âge des peintures en mesurant le rapport des isotopes d’uranium et de thorium dans de petites excroissances en "pop-corn" qui se sont formées sur les images et sont semblable à des stalactites. Quatorze échantillons ont été prélevés pour les analyses.

En utilisant cette méthode de haute précision, connue sous le nom de U-séries, l’âge des peintures est établi à 39.900 ans pour la plus ancienne et 17.400 ans pour les plus récentes. Le plus vieux motif pariétal est une main en négatif ; une représentation d’un babiroussa (cochon-cerf) est datée de 35.400 ans, ce qui en fait l'une des plus anciennes images figuratives.

Une héritage d’un passé lointain ?

Ces résultats suggèrent que les premiers humains ont produit de l’art rupestre il y a environ 40.000 ans à des extrémités opposées du monde eurasien. Les plus vieilles peintures d’Europe sont en Espagne, dans la grotte d'El Castillo, et leur âge est d’environ 40.800 ans. Celles de la grotte de Lascaux sont bien plus récentes, datée d’environ 17.000 à 18.000 ans.

"ORIGINE". "L’art rupestre aurait émergé de façon indépendante et à la même époque en Europe et en Asie du sud-est. Il semble qu’il ait été largement pratiqué par les premiers hommes modernes qui ont quitté l’Afrique des milliers d’années plus tôt. Si c'est le cas, alors l'art rupestre pourrait avoir des origines beaucoup plus profondes" estime Anthony Dosseto de l’université Wollongong en Australie, co-auteur de l’étude.



POCHOIRS. Il y a plus de 90 sites d'art rupestre dans la région de Maros, selon Muhammad Ramli et Budianto Hakim, deux chercheurs indonésien qui co-signent l’étude.

Nombre s'entre eux sont ornés de peintures ou de pochoirs pouvant avoir des dizaines de milliers d’années et qui sont très peu étudiés. Des mesures de protection de ces oeuvres primitives sont en cours et les sites de Sulawesi sont candidats à l’inscription au patrimoine mondial de l'Unesco.

Source : Sciences et Avenir du 09/10/2014

Préhistoire: L'art pariétal n'est pas né (que) en Europe

Révolution dans l'histoire (très lointaine) de l'art. Il y a 40.000 ans, en Asie, des hommes ornaient déjà leurs grottes de peintures comme en Europe. Une découverte qui bouleverse l'idée couramment admise selon laquelle l'art pariétal serait apparu d'abord en Europe de l'Ouest.

En étudiant les grottes calcaires de Maros, sur l'île indonésienne de Sulawesi, une équipe de scientifiques australiens et indonésiens a établi qu'une main humaine peinte en négatif avec une technique de pochoir datait d'il y a 39.900 ans au moins.

Une autre oeuvre, la représentation très réaliste d'un cochon «babirusa», avec ses petites pattes et sa queue, peinte avec des pigments rouges dans la même caverne, est âgée d'au moins 35.400 ans. On sait qu'il s'agit d'une femelle car elle ne porte pas les grandes canines recourbées du «babirusa» mâle, surnommé le «cochon-cerf». Cette datation en fait l'une des premières peintures figuratives au monde.
Nouvelle méthode de datation

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs, qui publient mercredi leur étude dans la revue britannique Nature, ont utilisé la méthode de datation par l'uranium-thorium. «On considère souvent que l'Europe a été au centre de la première explosion de créativité humaine, particulièrement avec l'art des cavernes, il y a environ 40.000 ans», souligne l'un des auteurs de l'étude, Maxime Aubert, de l'université australienne Griffith. «Mais nos datations de l'art pariétal de Sulawesi montrent qu'à peu près au même moment, à l'autre bout du monde, des hommes réalisaient des peintures d'animaux aussi remarquables que celles des grottes de France et d'Espagne pendant l'Age de glace», ajoute-t-il.

La première oeuvre d'art connue au monde est la peinture d'un disque rouge découverte dans la grotte d'El Castillo dans le nord de l'Espagne et datée d'au moins 40.800 ans. Une main au pochoir trouvée sur ce même site a au moins 37.300 ans. La peinture figurative la plus ancienne retrouvée en Europe est un rhinocéros de la grotte Chauvet (France) qui aurait entre 35.300 et 38.800 ans.

Situées au sud de l'île, les cavernes ornées du karst de Maros sont connues depuis les années 1950. Mais on a longtemps cru que leurs peintures avaient moins de 10.000 ans en raison de l'érosion rapide dans cette région tropicale qui laissait penser qu'elles ne pouvaient pas être très anciennes. De fait, elles sont beaucoup moins bien préservées qu'en Europe et elles se dégradent désormais à grande vitesse.
Différents scénarios

«Il est possible que l'art des cavernes soit apparu de façon indépendante à peu près au même moment aux deux extrémités de la répartition géographique des premiers hommes modernes», relève l'étude.

Un scénario alternatif serait que «l'art pariétal était largement pratiqué par le premier Homo Sapiens à quitter l'Afrique des dizaines de milliers d'années auparavant». Les animaux peints retrouvés dans les cavernes de Maros et la grotte Chauvet «puiseraient alors leurs origines profondes hors d'Europe et d'Indonésie», ajoutent les chercheurs. Dans ce cas, il faut s'attendre à de nouvelles découvertes dans d'autres régions du monde, notamment en Australie, selon eux.

Source : 20 minutes du 08/10/2014

mardi 30 septembre 2014

Préhistoire : la théorie sur l'évolution des outils de pierre en question

La technique de taille des armes de chasse à l'âge de pierre a été mise au point dans différentes régions de la planète, alors que jusqu'à présent la plupart des archéologues considéraient qu'elle s'était propagée à partir de l'Afrique, selon une étude publiée jeudi.

«Grâce à la datation précise de ce site en Arménie, nous avons la première preuve solide que les développements importants de l'innovation humaine se sont produits de manière indépendante au sein de différents groupes de populations dans le monde», a expliqué le professeur Simon Blockley, l'un des auteurs de cette recherche publiée dans la revue américaine Science.

Ces travaux, réalisés avec Alison MacLeod du département de géographie de la Royal Holloway à l'Université de Londres, ont été menés grâce aux découvertes sur le site de Nor Geghi en Arménie.

«La découverte de milliers de vestiges préservés dans ce site unique fournit un nouvel éclairage important sur la manière dont les outils de l'âge de pierre se sont développés durant une période de profonds changements biologiques et de comportement des humains», a relevé le professeur Blockley.

Cette recherche remet en question l'origine de la technique dite Levallois, selon laquelle les éclats et lames de pierres étaient utilisés pour faire des armes de chasse.

La plupart des experts considéraient, jusqu'à présent, que cette technique avait été inventée sur le continent africain puis s'était propagée à travers le monde, notamment en Eurasie, à la faveur des migrations des populations humaines.

Mais les vestiges mis au jour en Arménie montrent que ces types d'outil s'y trouvaient déjà il y a 325 000 à 335 000 ans.

Ce qui laisse penser que les populations locales ont développé la technique Levallois du travail des silex à partir d'une méthode plus simple, dite biface, consistant à tailler une pierre sur deux côtés pour obtenir un tranchant.

«Les groupes qui vivaient sur ce site il y a 325 000 ans étaient beaucoup plus innovateurs qu'on ne le pensait auparavant, associant des techniques différentes pour fabriquer des outils extrêmement importants pour ces humains qui vivaient de la chasse et de la cueillette», a expliqué M. Blockley.

Reste que la technique Levallois était beaucoup plus innovante dans la manière de fabriquer des outils de pierre, selon les archéologues. Les éclats résultant de ce processus n'étaient pas considérés comme des déchets mais produits pour avoir certaines formes et tailles permettant d'en faire des outils ou des armes de petite taille faciles à porter.

La technique plus primitive du biface consistait à tailler des pierres plus grosses pour les rendre tranchantes et à produire des outils plus gros comme des haches.

Le Paléolithique débute avec l'apparition de la première espèce du genre Homo, l'Homo habilis, il y a environ trois millions d'années pour se terminer voilà 12 000 ans avec la fin du Pléistocène et l'essor de la civilisation. Notre espèce, l'homo sapiens, est apparu il y a 200 000 ans.

Source : Lapresse.ca du 25/09/2014

lundi 29 septembre 2014

Une nouvelle branche sur l'arbre généalogique des Européens

L'origine génétique des Européens modernes pourrait être plus complexe qu'on ne l'imaginait : les Européens d'aujourd'hui descendraient d'au moins trois grandes branches ancestrales, selon une étude publiée mercredi par la revue Nature.

L'histoire se passe il y a environ 7500 ans. Les premiers agriculteurs arrivés du Proche-Orient entrent en contact avec des chasseurs-cueilleurs vivant en Europe depuis déjà des dizaines de milliers d'années.

Les travaux de recherche en génétique et en archéologie de ces dix dernières années ont révélé que presque tous les Européens modernes descendraient du mélange de ces deux populations.

Mais l'histoire n'est pas finie. Une équipe internationale de plus d'une centaine de chercheurs, menée par David Reich (Faculté de médecine de l'Université Harvard, Boston, États-Unis) et Johannes Krause (Université de Tübingen, Allemagne) a mis en évidence, «sans équivoque», assure-t-elle, une troisième contribution ancestrale, celle des Eurasiens du Nord, venus d'une bande allant d'une grande partie de l'actuelle Russie jusqu'à l'Asie du Nord.

«Il y a au moins trois grandes populations, hautement différenciées, qui ont contribué de manière substantielle à l'ascendance de presque chaque individu qui a aujourd'hui une origine européenne», a déclaré David Reich. «Ce sont les chasseurs-cueilleurs d'Europe occidentale, les premiers agriculteurs qui ont apporté l'agriculture en Europe depuis le Proche-Orient, et un groupe nouvellement identifié d'anciens Eurasiens du Nord qui sont arrivés en Europe peu de temps après l'introduction de l'agriculture», a-t-il précisé.

Lever le voile de 8000 ans d'histoire

Pour remonter le temps à la recherche des origines des Européens, les chercheurs ont dû soulever «le voile» déposé par 8000 ans d'histoire.

Ils ont séquencé l'ADN de plus de 2300 personnes à travers le monde et celui de neuf squelettes d'hommes anciens, 8 chasseurs-cueilleurs qui vivaient il y a environ 8000 ans, avant l'arrivée de l'agriculture en Europe, et celui d'un agriculteur d'il y a environ 7000 ans. Les chercheurs ont également eu accès à des données génétiques d'autres hommes anciens de la même période.

«Presque tous les Européens ont une ascendance venant des trois groupes ancestraux», a déclaré Iosif Lazaridis, un des auteurs de l'étude. «L'ascendance des anciens Eurasiens du Nord est proportionnellement le plus petit composant partout en Europe - jamais plus de 20% -, mais nous l'avons trouvé dans presque chaque groupe européen que nous avons étudié, et aussi dans des populations du Caucase et du Proche-Orient», a-t-il précisé.

L'influence relative de chacun des trois groupes ancestraux varie selon les populations. L'ascendance des chasseurs-cueilleurs est plus marquée chez les Européens du Nord : jusqu'à 50% chez les Lituaniens. Tandis que chez les Européens du Sud, c'est l'influence génétique des agriculteurs qui prédomine.

En revanche, l'ADN des anciens Eurasiens du Nord n'a été trouvé ni chez les chasseurs-cueilleurs indigènes, ni chez les premiers agriculteurs arrivés plus tard.

«Cela veut dire qu'il y a eu d'importants mouvements de personnes en Europe plus tard qu'on ne le pensait», a souligné David Reich.

«Ces résultats expliquent aussi la connexion génétique établie récemment entre les Européens et les Amérindiens», a-t-il ajouté. Les Eurasiens du Nord auraient franchi le détroit de Béring il y a environ 15 000 ans, à la faveur d'une glaciation.

Mais l'histoire n'est peut-être pas encore tout à fait terminée.

Car le scénario d'une triple ascendance fonctionne pour la plupart des Européens, mais n'est pas suffisant pour tous.

David Reich pense ainsi que d'autres groupes ancestraux ont contribué au profil génétique des Européens d'aujourd'hui.

«Nous commençons seulement à comprendre la relation génétique complexe entre nos ancêtres», a commenté Johannes Krause. «Seules des données génétiques supplémentaires d'hommes anciens nous permettront de démêler notre passé préhistorique», a-t-il ajouté.

Source : Ma Presse du 17/09/2014

vendredi 26 septembre 2014

Les Européens se découvrent un troisième ancêtre

Jusqu'ici, on avait une idée assez simple de l'évolution de l'Homme moderne en Europe. Il était arrivé en deux vagues : la première, voici environ 45000 ans. Venus d'Afrique, ces chasseurs-cueilleurs ont coexisté avec une autre espèce, l'Homme de Néandertal jusqu'à l'extinction de celui-ci, tout en se croisant avec lui de manière épisodique : l'ADN de l'ensemble des humains hors Afrique contiendrait en effet 2% de gènes Néandertaliens.

La seconde vague, toujours bien connue jusqu'ici, c'est celle des premiers agriculteurs. Ceux-ci sont venus du Moyen-Orient, il y a à peu près 8 à 9000 ans. Ces porteurs de nouvelles technologies se sont donc installés sur les terrains de chasse de leurs prédécesseurs, se mélangeant avec eux, formant ainsi ce que l'on pensait être l'origine des humains d'Europe.

C'était compter sans les analyses d'ADN, de plus en plus précises. Aujourd'hui, une étude réalisée par une équipe internationale emmenée par Iosif Lazardis, du département de génétique de l'école de médecine de Harvard (USA), est publiée dans la revue Nature. Elle révèle qu'une troisième vague de migration, les Eurasiens du nord, s'est ajoutée aux deux précédentes. Et ce n'est pas tout : cette ethnie aurait également apporté sa contribution au patrimoine génétique des tribus qui ont traversé le détroit de Bering pour rejoindre le continent américain, voici 15000 ans, et dont les descendants sont aujourd'hui les Indiens d'Amérique.

L'étude a pu détecter une "transition génétique abrupte entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs, reflétant un mouvement migratoire majeur en Europe, en provenance du Moyen-Orient", explique David Reich, professeur de génétique à l'école de médecine de Harvard et l'un des co-auteurs de l'étude. En revanche, l'ADN nord-eurasien n'était présent chez aucun d'entre eux, ce qui laisse penser que ces peuplades sont arrivées dans la région plus tard.

Des traces de Nord-Eurasiens... en Sibérie

Concernant les humains actuels, "pratiquement tous les Européens ont des ancêtres dans les trois groupes", explique l'étude. La différence est dans les proportions. Les actuels Européens du nord ont davantage d'ancêtres chasseurs-cueilleurs, jusqu'à 50% chez les Lituaniens, et les Européens du sud ont davantage d'ancêtres agriculteurs.

La proportion d'ancêtres Nord-Eurasiens est plus faible que les deux autres groupes, jamais plus de 20%, et ce dans toute l'Europe, mais elle existe dans tous les groupes, ainsi que dans certaines populations du Caucase et du Proche-Orient. Pour les chercheurs, "une profonde transformation a dû se produire dans l'ouest de l'Eurasie après l'arrivée des agriculteurs".

Qui étaient ces Nord-Eurasiens qui font donc partie des ancêtres des Européens ? Jusqu'il y a peu, c'était une "population fantôme", dont on n'avait pas trouvé de présence à part dans nos gènes. Mais au début de cette année, un groupe d'archéologues a trouvé les restes de deux d'entre eux... en Sibérie, ce qui va permettre d'étudier plus précisément leurs liens avec les autres groupes humains.

L'équipe a également pu démontrer que les humains de la seconde vague, celle des agriculteurs venus du Proche-Orient, et leurs descendants européens peuvent faire remonter leur arbre généalogique jusqu'à une autre lignée, jusqu'ici inconnue, "d'Eurasiens de base". Cette lignée se serait séparée des autres groupes non-africains avant qu'ils se séparent les uns des autres, soit avant que les Aborigènes australiens, les Indiens du sud et les Indiens d'Amérique ne se soient divisés.

Il reste encore beaucoup de questions en suspens : on ne sait pas, par exemple, quand les anciens Nord-Eurasiens sont arrivés en Europe. On n'a pas non plus retrouvé d'ADN des "Eurasiens de base".

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont collecté et étudié l'ADN de plus de 2300 personnes (contemporaines) dans le monde, et l'ont comparé avec celui de neuf anciens humains, retrouvés en Suède, au Luxembourg et en Allemagne. Il s'agissait de chasseurs-cueilleurs, qui vivaient voici 8000 ans, avant l'arrivée des agriculteurs, et de l'un de ceux-ci, datant d'environ 7000 ans. Ils ont également incorporé à leur résultats des recherches précédemment effectuées, comme celles sur "l'homme des glaces", Ötzi, découvert dans les Alpes en 1991.

Source : Le Nouvel Observateur du 18/09/2014

lundi 8 septembre 2014

C'est de l'art, néandertal ?

Hier, la revue PNAS a publié un article d’une équipe de préhistoriens affirmant avoir découvert la première trace d’une «pensée abstraite et d’expression par l’usage de formes géométriques».

Cette équipe internationale, à laquelle participe notamment Francesco d’Errico (laboratoire Pacea, Université de Bordeaux, CNRS) a déniché la trace (photo ci-contre) d’entailles gravées au fond d’une grotte de Gibraltar, nommée Gorham et déjà connue pour ses traces de Néandertaliens, qui l’ont utilisé comme habitation, et d’hommes anatomiquement modernes, dit aussi Cro-Magnon, notre espèce.

Au fond de la grotte, sous une couche de sédiments qui fait obligatoirement remonter cette trace à au moins 39.000 ans, mais sans indication de datation plus précise, se trouvait cette croix, accompagnée d’autres lignes moins profondément inscrites dans la roche. Des lignes gravées à l’aide d’un outil de pierre pointu au prix de passages répétés plus de 200 fois montrent une analyse microscopique de la gravure, sa reproduction 3D et une étude expérimentale menée à Bordeaux. Le signe peut sembler bien modeste au regard de la conclusion qu’en tirent les préhistoriens, mais il participe d’un ancien et évolutif débat scientifique sur les capacités cognitives des Néandertaliens et leurs relations culturelles, voire génétiques, avec Cro-Magnon.

Coquillages percés

La revendication de l’article peut également sembler un tantinet exagérée. D’abord parce que les Néandertaliens sont d’évidence capables de pensée abstraite selon d’autres traces archéologiques. Leurs outils l’exigent. Les traces connues de cérémonies funéraires (pigments d’ocre disposés sur des corps La grotte de Gorham à GibraltarLa grotte de Gorham à Gibraltarinhumés) également. Tout comme les collections de coquillages percés, manifestement utilisés comme ornement.

Reste que le signe gravé de Gorham ne peut être rattaché à aucune action directement utilitaire comme la découpe de viande ou de peau et peut s’interpréter comme le résultat d’une activité symbolique, voire d’un message, le tout supposant une pensée abstraite. Et qu’il s’agit du premier signe de ce type que l’on peut sans aucun doute attribuer à Néandertal, car il est sous une couche de la période 38.000 à 30.000 ans qui ne contient que des outils de type moustérien, donc typiques de Néandertal à cet endroit et à cette époque. Et il vient enfoncer un clou déjà bien martelé, sur les capacités cognitives des Néandertaliens, clairement très supérieures à celles que laissait penser l’image de brute épaisse qui lui collait sur le dos il y a encore une trentaine d’années.

Une histoire de datations à revoir

Cet article vient fort à propos car il entre en écho avec un autre, publié par Nature le 21 août (ici en pdf). Une équipe de préhistoriens, menée par le Britannique Tom Higham, d’Oxford, y relate un travail de bénédictin destiné à mettre de l’ordre chronologique dans le débat entre spécialistes sur les relations Les datations de l'équipe de HighamLes datations de l'équipe de Highamentre Néandertal et Cro-Magnon, entre 50.000 et 30.000 ans avant notre époque. Cet ordre est en effet délicat à retrouver, car il s’agit de datations au radiocarbone, directement sur les os fossiles. Or, c’est justement vers 40.000 ans que cette technique trouve ses limites.

En outre, de nombreuses datations réalisées antérieurement sont considérées comme fausses, en raison de contamination par le carbone radioactif de l’air et par les imprécisions de la reconstruction de l’évolution de la teneur en carbone-14 de l’atmosphère au fil du temps. D’où l’idée qu’il faut «tout reprendre» de manière beaucoup plus rigoureuse.

Echanges culturels ou génétiques avec Cro-Magnon

En utilisant des techniques très précises et l’accélérateur de particules d’Oxford, cette équipe a donc opéré une révision salutaire des datations d’os fossiles de Néandertaliens en Europe. Or, elle ne trouve aucune trace certaine de ces derniers après 40.000 ans. Du coup, la coexistence avec Cro-Magnon en Europe se trouve limitée… mais se compte tout de même en milliers d’années, environ 5.000 ans au plus. Ce qui rend tout à fait plausibles des thèses qui affirment que cette coexistence a permis des échanges culturels à l’origine du Chatelperronien, une évolution de la culture lithique des Néandertaliens. Ce travail semble contredire les affirmations de préhistoriens ibériques qui voient dans la péninsule le dernier refuge des Néandertaliens, où ils auraient survécu jusqu’il y a 28.000 ans. Toutefois, pour ce qui concerne la grotte de Gorham, l’équipe d’Oxford se contente d’affirmer ( ici dans les données supplémentaires) que les os fossiles qui y ont été dénichés ne peuvent être datés avec rigueur par manque de matériel.

Cette coexistence a-t-elle donné lieu à des échanges génétiques entre papas et mamans Cro-Magnon et Néandertaliens ? Les dernières études sur l’ADN fossile et moderne montrent certes un petit peu de gènes néandertaliens dans le patrimoine génétique, environ 2% du génome, chez les hommes actuels… mais avec des échanges qui se seraient plutôt passés il y a environ 80.000 à 100.000 ans, et donc au Moyen-Orient et pas en Europe. Toutefois, si chacun de nous possède donc très peu de gènes néandertaliens, si nous réunissions tous ces gènes, cela représenterait la moitié du génome de ce La Recherche septembre 2014La Recherche septembre 2014lointain cousin affirme John Hawks dans le dernier N° de La Recherche qui consacre un dossier complet à cette affaire.

Lien de parenté

Du coup, la nature exacte de notre lien de parenté demeure un sujet de débat. Faut-il réunir les Néandertaliens et les Dénisoviens (un autre groupe génétiquement identifié en Sibérie) avec notre espèce dans une seule ? Et si oui, alors, que faire des ancêtres de ces derniers ? La question de la nature des limites d’espèces dans la profondeur du temps reste un sujet délicat pour les biologistes, qui ont fondé leur définition sur la capacité ou non à se reproduire ensemble, ce qui ne peut être testé avec rigueur que sur des espèces vivantes.

Source : Sciences2 du 02/09/2014

Première gravure de Néandertaliens découverte dans une grotte

La découverte de formes géométriques gravées dans une caverne à Gibraltar remontant à plus de 39 000 ans est le premier exemple d'art pariétal des Néandertaliens, suggérant selon les chercheurs que ces cousins disparus de l'homme moderne étaient aussi capables d'abstractions.

«Il s'agit de la première gravure abstraite (...) et délibérée» faite sur le mur d'une grotte par quelqu'un qui n'est pas un humain moderne», a souligné Clive Finlayson, directeur du musée de Gibraltar et coordinateur de l'équipe internationale de recherche qui a publié ces travaux lundi dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).

Cette découverte dans la grotte de Gorham, située dans une falaise faisant face à la Méditerranée, «rapproche davantage les Néandertaliens des humains modernes suggérant qu'ils avaient des capacités mentales équivalentes aux nôtres», a-t-il ajouté.

Il s'agit d'un motif gravé dans lequel des lignes horizontales et verticales formées de sillons profonds se croisent pour former un croisillon.

«C'est le premier exemple d'un art des cavernes, d'une représentation abstraite faite par les Néandertaliens et gravée profondément dans la roche dans une partie de la grotte qu'ils habitaient», explique à l'AFP Francesco D'Errico, directeur de recherche au Centre National français de la recherche scientifique (CNRS), principal coauteur de cette recherche.

«On savait que les Néandertaliens utilisaient des pigments, on a aussi trouvé des objets avec des gravures ou des encoches en série parfois même avec des décorations qui semblent assez abstraites, mais on n'avait jamais découvert des preuves qu'ils marquaient les parois des grottes avec des outils», poursuit-il.

L'analyse de cette dernière gravure, reproduite par ordinateur en trois dimensions à partir de photos, a permis de comprendre les étapes de sa réalisation et aussi de bien voir qu'elle n'a pas résulté de phénomènes naturels ou d'activités utilitaires comme le fait de découper de la viande ou des peaux, précise aussi l'anthropologue.

Selon ces chercheurs, ces sillons ont résulté de passages répétés d'une pointe d'outil très dure notamment en silex. L'examen microscopique de la gravure suggère qu'elle a été exécutée avec une maîtrise requérant de 188 à 317 passages de la pointe à graver au total.

Cette gravure a été mise au jour au fond de la grotte dans sa partie où son occupation est la plus ancienne. Elle était recouverte d'une couche de sédiments datant de plus de 39 000 ans, selon une datation au radiocarbone, ce qui correspond à une époque où ces lieux étaient habités par des Néandertaliens. Des outils moustériens associés à ce groupe ont également été découverts sous cette couche sédimentaire.

La grotte de Gorham a d'abord été occupée par les Néandertaliens depuis 67 000 ans. Ils ont été remplacés il y a environ 40 000 ans par des homos sapiens.

Ces travaux mettent à mal l'hypothèse selon laquelle la production de représentations abstraites et figuratives sur les parois des grottes serait une innovation culturelle introduite par les humains modernes quand ils ont colonisé l'Europe, jugent ces chercheurs.

Cette découverte conforte ainsi l'hypothèse selon laquelle les expressions graphiques n'étaient pas le seul apanage de l'homme moderne et que certaines cultures néandertaliennes produisaient aussi des gravures abstraites et marquaient ainsi leur espace d'habitation.

«Ces dernières années, on commence à avoir pas mal d'indices qui contrebalancent tout ce qu'on a dit pendant 50 ans sur les Néandertaliens et montrent qu'ils étaient en fait plus proches de l'homme moderne qu'on ne le pensait», commente Alain Queffelec, un spécialiste d'archéométrie du CNRS qui a participé à cette étude.

Des analyses génétiques récentes estiment que l'ADN de tous les humains d'aujourd'hui, sauf ceux d'origine africaine, contient en moyenne de 1,5% à 2% de gènes légués par les Néandertaliens, vraisemblablement lors de croisements entre les deux espèces lors de leur co-occupation en Europe. Selon une étude les tout derniers néandertaliens auraient disparu il y a 28 000 ans.

Source : LaPresse du 02/09/2014

dimanche 7 septembre 2014

Première trace d'un art abstrait néandertalien

La première gravure pariétale attribuable à des Néandertaliens vient d’être découverte dans une grotte à Gibraltar. C’est ce que révèle une équipe internationale de chercheurs anglais, espagnols ainsi que de préhistoriens français. On peut donc penser que l’art rupestre ne serait pas l’apanage de l’Homme de Cro-Magnon, pas plus qu’il n’aurait été introduit en Europe par les Hommes modernes.

Les Néandertaliens étaient capables de fabriquer des parures et ils pratiquaient des rites funéraires. Nous savons aujourd’hui que nous partageons certains gènes, ce qui tend à montrer qu’il y aurait eu parfois des hybridations entre eux et l’Homme moderne. Depuis quelque temps, l’idée selon laquelle il n’y a pas, contrairement à ce qu'on pensait encore il y a plusieurs décennies, de séparation aussi radicale entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis fait donc son chemin.

Initialement, Homo sapiens apparaissait en effet comme la manifestation d’une brusque accession du genre Homo à des comportements complexes comme ceux impliqués dans l’utilisation d’un langage articulé, de la pensée abstraite et symbolique, s’accompagnant de préoccupations esthétiques et religieuses. L’Homme de Néandertal n’en semblait pas vraiment capable et on pensait même qu’il était très probablement dépourvu de la capacité de parler. Certes, il maîtrisait le feu et était l’auteur d’un outillage complexe et élaboré comme le prouvent les industries lithiques du Moustérien. Mais jusqu’à tout récemment encore, on ne pouvait pas vraiment croire que les techniques de débitage de lames, l’utilisation de parures et la fabrication d’outils en os dont témoignait le Châtelperronien, la culture dont on trouve des traces dans les grottes du Renne et d’Arcy-sur-Cure, étaient une manifestation des capacités intellectuelles et culturelles évoluées des Néandertaliens.

De l’art rupestre néandertalien il y a 40.000 ans ?


Et pourtant… Les travaux d’une équipe internationale de préhistoriens qui viennent d’être publiés dans les fameux Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (Pnas) apportent une nouvelle pièce au débat, qui réduit à nouveau le fossé entre les deux espèces humaines. Selon Clive Finlayson, qui a coordonné les recherches effectuées dans la grotte Gorham, située dans une falaise faisant face à la Méditerranée sur l’île Gibraltar, il n’y a pas de doute. Le motif gravé sur la paroi de la grotte, et qui est formé de lignes horizontales et verticales se croisant, n’est à l'évidence pas d’origine naturelle, et, de plus, ne peut être attribué qu’à l’Homme de Néandertal, lequel occupait cette île voici environ 40.000 ans.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont soigneusement examiné les sillons profonds taillés dans la roche. Ils en ont conclu que ces traces ne pouvaient résulter que d’actes délibérés utilisant la pointe d’un outil très dur, comme le silex, et nécessitant environ 200 à 300 opérations répétées. Il ne peut s’agir d’un accident, par exemple un artefact de la découpe de viandes ou de la peau d’animaux ramenés de la chasse. Enfin, la gravure elle-même était enfouie sous une couche de sédiments dont la datation au carbone 14 a montré qu’elle avait commencé à se déposer voici plus de 39.000 ans. La couche contenait des outils que l’on attribue à la culture du Moustérien et donc, selon toute probabilité, à des Néandertaliens dont on sait qu’ils ont occupé la grotte Gorham il y a entre 67.000 et 40.000 ans. Or, il y a quelque 40.000 ans, tous les sites néandertaliens connus sur Gibraltar et en Europe contenaient les types d’outils retrouvés dans la grotte Gorham, mais aucun des sites associé à Homo sapiens.

Ces gravures semblent donc bel et bien représenter les premières traces de pensée abstraite et symbolique qui ne soient pas uniquement associées à l’Homme moderne. Ce qui suggère que les Néandertaliens avaient, en fait, des capacités mentales équivalentes aux nôtres.

Source : Futura Sciences du 03/09/2014

Préhistoire : première gravure de Néandertaliens dans une grotte

Washington - La découverte de formes géométriques gravées dans une caverne à Gibraltar remontant à plus de 39.000 ans est le premier exemple d'art pariétal des Néandertaliens, suggérant selon les chercheurs que ces cousins disparus de l'homme moderne étaient aussi capables d'abstractions.

"Il s'agit de la première gravure abstraite (...) et délibérée" faite sur le mur d'une grotte par quelqu'un qui n'est pas un humain moderne", a souligné Clive Finlayson, directeur du musée de Gibraltar et coordinateur de l'équipe internationale de recherche qui a publié ces travaux lundi dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).

Cette découverte dans la grotte de Gorham, située dans une falaise faisant face à la Méditerranée, "rapproche davantage les Néandertaliens des humains modernes suggérant qu'ils avaient des capacités mentales équivalentes aux nôtres", a-t-il ajouté.

Il s'agit d'un motif gravé dans lequel des lignes horizontales et verticales formées de sillons profonds se croisent pour former un croisillon.

"C'est le premier exemple d'un art des cavernes, d'une représentation abstraite faite par les Néandertaliens et gravée profondément dans la roche dans une partie de la grotte qu'ils habitaient", explique à l'AFP Francesco D'Errico, directeur de recherche au Centre National français de la recherche scientifique (CNRS), principal co-auteur de cette recherche.

"On savait que les Néandertaliens utilisaient des pigments, on a aussi trouvé des objets avec des gravures ou des encoches en série parfois même avec des décorations qui semblent assez abstraites, mais on n'avait jamais découvert des preuves qu'ils marquaient les parois des grottes avec des outils", poursuit-il.

L'analyse de cette dernière gravure, reproduite par ordinateur en trois dimensions à partir de photos, a permis de comprendre les étapes de sa réalisation et aussi de bien voir qu'elle n'a pas résulté de phénomènes naturels ou d'activités utilitaires comme le fait de découper de la viande ou des peaux, précise aussi l'anthropologue.

Selon ces chercheurs, ces sillons ont résulté de passages répétés d'une pointe d'outil très dure notamment en silex. L'examen microscopique de la gravure suggère qu'elle a été exécutée avec une maîtrise requérant de 188 à 317 passages de la pointe à graver au total.

- "Plus proches de l'homme moderne" -

Cette gravure a été mise au jour au fond de la grotte dans sa partie où son occupation est la plus ancienne. Elle était recouverte d'une couche de sédiments datant de plus de 39.000 ans, selon une datation au radiocarbone, ce qui correspond à une époque où ces lieux étaient habités par des Néandertaliens. Des outils moustériens associés à ce groupe ont également été découverts sous cette couche sédimentaire.

La grotte de Gorham a d'abord été occupée par les Néandertaliens depuis 67.000 ans. Ils ont été remplacés il y a environ 40.000 ans par des homos sapiens.

Ces travaux mettent à mal l'hypothèse selon laquelle la production de représentations abstraites et figuratives sur les parois des grottes serait une innovation culturelle introduite par les humains modernes quand ils ont colonisé l'Europe, jugent ces chercheurs.

Cette découverte conforte ainsi l'hypothèse selon laquelle les expressions graphiques n'étaient pas le seul apanage de l'homme moderne et que certaines cultures néandertaliennes produisaient aussi des gravures abstraites et marquaient ainsi leur espace d'habitation.

"Ces dernières années on commence à avoir pas mal d'indices qui contre-balancent tout ce qu'on a dit pendant 50 ans sur les Néandertaliens et montrent qu'ils étaient en fait plus proches de l'homme moderne qu'on ne le pensait", commente Alain Queffelec, un spécialiste d'archéométrie du CNRS qui a participé à cette étude.

Des analyses génétiques récentes estiment que l'ADN de tous les humains d'aujourd'hui, sauf ceux d'origine africaine, contient en moyenne de 1,5% à 2% de gènes légués par les Néandertaliens, vraisemblablement lors de croisements entre les deux espèces lors de leur co-occupation en Europe. Selon une étude les tous derniers néandertaliens auraient disparu il y a 28.000 ans.

Source : L'Express du 04/09/2014

samedi 6 septembre 2014

Des gravures abstraites réalisées par Néandertal ?

Des motifs géométriques abstraits découverts dans une grotte de Gibraltar, attribués à l'Homme de Néandertal, pourraient indiquer que ce dernier était capable de produire des représentations abstraites.

Des stries horizontales et verticales, gravées dans la roche.Telle est la découverte réalisée dans la grotte néandertalienne de Gorham (Gibraltar), par une équipe internationale de préhistoriens.

Selon les auteurs de la découverte, ces gravures - clairement non figuratives - auraient été réalisées par notre cousin Néandertal, il y a 39 000 ans au moins.

Cette découverte suggère-t-elle que l'homme de Néandertal était lui aussi capable de produire des représentations abstraites ? C'est en tout cas ce qu'affirment ces paléoanthropologues, dans un article publié le 2 septembre 2014 dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS), sous le titre "A rock engraving made by Neanderthals in Gibraltar".

Au terme d'une étude approfondie de ces gravures, qui a notamment consisté à les modéliser en 3D sur la base de photos, les auteurs de l'étude sont parvenus à la conclusion que ces motifs n'étaient pas le produit involontaire d'activités utilitaires, telles que la découpe de viande par exemple.

Ces stries gravées dans la roche témoignent-elles pour autant véritablement d'une intention artistique, ou bien ne pourraient-elles pas avoir été réalisées à d'autres fins, comme par exemple servir de système de comptage ? Si, sur ce point, il est évidemment impossible de se prononcer, on sait toutefois qu'au cours du Paléolithique, l'homme moderne gravait des traits sur des os pour effectuer des tâches de comptage (peut-être pour compter la quantité de gibier tué).

En attendant, si les intentions véritables de l'auteur de ces stries demeurent encore bien floues, les auteurs de l'étude sont parvenus à définir avec une certaine précision les circonstances au cours desquelles ces stries ont été gravées. Il apparaît ainsi que les auteurs de ces motifs géométriques ont utilisé une ou plusieurs pointes de silex, qu'ils auraient fait passer sur la roche de 188 à 317 fois.

Selon les auteurs de l'étude, cette découverte confirme encore un peu plus que les capacités cognitives de Néandertal étaient probablement très proches de celles de l'homme moderne. Une proximité qui n'est bien évidemment pas nouvelle, puisque de nombreuses autres découvertes effectuées au cours de ces dernières années avaient déjà démontré son existence (lire par exemple "L’Homme de Neandertal était très ordonné" ou "L’homme de Neandertal enterrait bel et bien ses morts").

Source : Le Journal de la Science du 04/09/2014

La première gravure pariétale de l'homme de Néandertal

Des lignes géométriques datant de 39 000 ans ont été gravées à l'aide de pierres aiguisées.

Une découverte réalisée dans une grotte de Gibraltar relance le débat sur le niveau d'évolution de l'homme de Neandertal. Ce «cousin» de l'homme moderne, qui a disparu de notre planète il y a à peu près 40 .000 ans, a apparemment laissé des gravures en forme de croisillons dans la roche d'une grande grotte, preuve qu'il était capable de représentations abstraites et figuratives, deux attributs que l'on pensait réservés à l'homme moderne, Homo sapiens.



La découverte faite dans la grotte de Gorham, à Gibraltar, est décrite dans les comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS) du 1er septembre par une équipe internationale de chercheurs. «C'est la première fois qu'on retrouve de telles marques régulières sur un lieu d'habitation de Néandertaliens, précise l'un des auteurs, Francesco d'Errico, du laboratoire Pacea à Bordeaux (CNRS/université de Bordeaux/ministère de la Culture et de la Communication). On avait déjà vu de tels motifs de traits parallèles ou croisés sur quelques objets de pierre ou des os appartenant à l'homme de Neandertal, mais jamais sur les parois d'une grotte.»

D'habitude, la datation de ce genre d'incisions faites dans de la roche est presque impossible, faute de présence de matière organique qui pourrait contenir du carbone 14, mais les chercheurs ont cette fois-ci eu beaucoup de chance. L'inscription gravée dans la roche était en fait recouverte d'une couche de sol qui contenait des outils du Moustérien, la période de peuplement de l'homme de Neandertal, et qui a été datée entre - 30.000 et - 39.000 ans. Les incisions faites dans la roche sont donc plus vieilles que cette couche géologique bien identifiée.  

«Pensées abstraites»

«Les analyses et reconstitutions faites par Alain Queffelec et moi-même à Bordeaux montrent que ces incisions n'ont pas été faites au hasard, et ne sont pas la conséquence d'actes routiniers comme la découpe de viande ou de peaux, précise Francesco d'Errico. Cette roche, une dolomie, est très dure, et il a fallu entre 200 et 300 passages avec un outil de pierre aiguisé pour arriver à creuser des sillons aussi profonds et réguliers.»

Les auteurs de l'étude se gardent bien de fournir une interprétation des motifs en croisillons qu'ils décrivent, mais ils affirment tout de même que cette découverte «démontre la capacité des Néandertaliens d'avoir des pensées abstraites et de s'exprimer par l'intermédiaire de motifs géométriques». Une conclusion qui permettrait de «réhabiliter» les capacités intellectuelles de Neandertal, longtemps considéré comme moins évolué qu'Homo sapiens ?

«Ce ne sont pas quelques motifs géométriques retrouvés dans une grotte et sur une poignée d'objets parmi des centaines de milliers d'outils et d'os connus depuis des décennies qui changent radicalement ce que l'on sait de l'art néandertalien, estime pour sa part Jean-Jacques Hublin, spécialiste de l'évolution humaine à l'institut Max Planck de Leipzig. Ce sont des exceptions et non la règle. Il y a aussi une grande différence de complexité entre ces quelques lignes et les productions figuratives des hommes modernes de la même période, la distance qui sépare les dessins d'un enfant de 3 ans de la Joconde.»

Source : Le Figaro du 03/09/2014

vendredi 5 septembre 2014

Neandertal était-il (aussi) graveur ?

Ces sillons découverts dans une caverne de Gibraltar remontent à -39.000 ans : ont-il été tracés par notre lointain cousin ?

ABSTRAIT. Neandertal, tous corps de métier ? On le soupçonnait peintre, voici maintenant qu'il aurait pu aussi être graveur. Son penchant pour les couleurs a été étayé par une étude publiée le 15 juin 2012 dans la revue Science : elle date de -40.800 ans des peintures préhistoriques découvertes sur le site d’El Castillo, en Espagne et qui auraient été l'oeuvre de Neandertal (qui vécu en Europe et en Asie occidentale entre -250.000 et -30.000 ans).

"La première gravure abstraite"



La découverte de gravures attribuées à notre lointain cousin a été faite dans une grotte de Gorham, sur une falaise de Gibraltar - ce site est connu pour avoir abriter des Néandertaliens. Ces formes géométriques remontent à -39.000 ans. Pour Clive Finlayson, directeur du musée de Gibraltar (dont l'équipe vient de publier à ce sujet dans les PNAS), "il s'agit de la première gravure abstraite (...) et délibérée faite sur le mur d'une grotte par quelqu'un qui n'est pas un humain moderne", selon une déclaration rapportée par l'AFP.

SYNTHÈSE. La gravure de la caverne de Gorham a été reproduite par ordinateur en trois dimensions à partir de photos. Ce travail d'imagerie a permis de comprendre les étapes de sa réalisation : pour l'équipe de Clive Finlayson, c'est aussi la preuve que ces marques n'ont pas résulté de phénomènes naturels. Elle n'ont pas non plus été produite de façon utilitaire, pour aiguiser ou polir des outils, ni accidentellement en découpant de la viande ou de la peau.

Comment les sillons ont-ils été gravés ? L'examen microscopique suggère qu'ils ont été exécutés en passant une pointe très dure - du silex ? - de très nombreuses fois sur la roche : les Néandertaliens s'y seraient repris de 188 à 317 fois !

Source : Sciences et Avenir du 02/09/2014