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dimanche 31 mars 2024

Le plateau perse au cœur de la migration humaine comme première escale hors d’Afrique

La découverte du plateau perse comme point d'ancrage de nos ancêtres réécrit notre compréhension de la migration humaine hors d'Afrique. Cette région, riche en biodiversité, a offert un habitat propice à la survie et à la prospérité d’Homo sapiens, façonnant ainsi le cours de notre évolution.

EN BREF

  • Une étude récente menée par des chercheurs de l'Université de Padoue et de l'Université Griffith révèle le rôle crucial du plateau perse dans la migration humaine hors d'Afrique.
  • Le plateau perse a servi de hub vital pour la dispersion d'Homo sapiens en Eurasie, facilitant les interactions avec les Néandertaliens et influençant la diversité génétique.
  • Cette découverte souligne l'importance du plateau perse dans l'histoire de l'humanité, offrant de nouvelles perspectives sur l'adaptation et la diversité humaine.

La migration humaine hors d’Afrique représente un jalon fondamental dans l’histoire de notre espèce, marquant l’expansion d’Homo sapiens sur l’ensemble de la planète. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Padoue en Italie et de l’Australian Research Centre for Human Evolution de l’Université Griffith, publiée dans la revue Nature Communications, révèle le rôle central du plateau perse dans ce processus.

En combinant analyses génétiques, données paléoécologiques et preuves archéologiques, cette recherche éclaire la manière dont cette région a servi de hub crucial pour nos ancêtres, facilitant leur dispersion à travers l’Eurasie et influençant leur interaction avec les populations de Néandertaliens.

Le plateau perse comme première halte hors d’Afrique

L’étude récente met en évidence une période il y a entre 70 000 et 45 000 ans au cours de laquelle les populations humaines ne se sont pas réparties uniformément à travers l’Eurasie. Elles laissent une lacune dans notre compréhension de leur localisation au cours de cette période.

Nichée au cœur des montagnes du Zagros, au sud de l’Iran, la grotte de Pebdeh constitue un témoignage de l’une des premières présences humaines hors d’Afrique. Datant de 42 000 ans avant notre ère, elle dévoile la vie des groupes de chasseurs-cueilleurs y ayant trouvé refuge. Elle révèle des pratiques de subsistance, des traditions culturelles et des innovations technologiques de nos ancêtres.

Mais le rôle du plateau perse va au-delà d’un simple refuge. Il s’est affirmé comme un hub vital pour la migration et la dispersion des populations d’Homo sapiens en Eurasie. Cette région stratégiquement située a servi de tremplin pour l’exploration et la colonisation de vastes territoires.

Elle facilita les interactions entre différents groupes humains et avec les Néandertaliens. Le plateau perse, par sa position géographique et ses ressources, a offert des conditions favorables à la sédentarisation des groupes humains. Le professeur Petraglia explique : « Notre étude multidisciplinaire offre une vision plus cohérente du passé ancien. Elle offre un aperçu de la période critique entre l’expansion hors d’Afrique et la différenciation des populations eurasiennes ».

Ainsi, la grotte de Pebdeh et le plateau perse dans son ensemble incarnent un maillon essentiel dans la compréhension de la dynamique des premières migrations humaines et de l’expansion de notre espèce à travers le globe. Petraglia ajoute : « Le plateau perse apparaît comme une région clé, soulignant la nécessité de poursuivre les explorations archéologiques ».

Un plateau perse propice à l’évolution

Certes, le plateau perse, comme carrefour de l’ancienne migration humaine, a servi de refuge pour les premiers Homo sapiens. Mais il a constitué aussi une zone d’interaction directe avec les Néandertaliens. Ces rencontres entre différentes espèces humaines ont donné lieu à des échanges génétiques.

Les analyses ADN contemporaines le prouvent. Elles ont montré des traces de patrimoine néandertalien dans le génome des populations modernes hors d’Afrique. D’une part, ce phénomène d’hybridation a enrichi le pool génétique d’Homo sapiens. Cela a apporté une plus grande adaptabilité et diversité. D’autre part, cette hybridation a laissé des marques indélébiles sur les aspects de notre biologie. On peut citer le système immunitaire et la pigmentation de la peau.

L’avancée méthodologique combinant les données génétiques avec les modèles paléoécologiques a été essentielle pour retracer et comprendre la dynamique de ces rencontres entre Homo sapiens et Néandertaliens. Les chercheurs ont pu déterminer l’existence de ces échanges génétiques, leur chronologie et leur intensité sur 20 000 ans.

Cette précision dans la reconstruction de notre passé migratoire et génétique offre une fenêtre sur la manière dont nos ancêtres se sont adaptés. On peut appréhender la manière dont ils ont interagi avec leur environnement et les autres espèces humaines.

Signature génétique des pionniers sur le plateau perse

Les analyses génétiques révèlent une signature unique chez les populations anciennes et modernes du plateau perse. Cela témoigne alors d’une histoire évolutive distincte. Elle se distingue de celles observées dans d’autres régions du monde. Cette spécificité génétique témoigne d’une histoire complexe de peuplement.

Cette dernière est caractérisée par une période prolongée d’isolement géographique et culturel. Ce processus d’adaptation localisée est un indicateur puissant de la manière dont les conditions environnementales et les dynamiques de population peuvent influencer l’évolution humaine sur le long terme.

Le rôle du plateau perse dans la préhistoire humaine s’étend au-delà de son statut de lieu de passage. La signature génétique identifiée révèle des millénaires d’interaction continue entre les habitants de cette région et leur environnement. Et bien sûr avec les populations migrantes et voisines.

Ces interactions ont conduit à un riche mélange culturel et biologique. Cela renforce le statut du plateau comme un centre névralgique dans le développement de la diversité humaine. Les techniques d’analyse génétique modernes ouvrent de nouvelles voies de recherche sur les mécanismes d’adaptation et d’évolution de nos ancêtres face aux défis de leur époque.

Portée de la découverte

Le plateau perse est donc identifié comme un hub crucial pour l’expansion humaine hors d’Afrique. Il a profondément influencé le peuplement et la diversité de l’Eurasie. Son rôle dans l’entrelacement culturel et génétique a été essentiel dans le façonnement de l’identité humaine.

Au-delà de l’aspect historique et anthropologique, cette découverte a également des répercussions sur notre compréhension de la résilience humaine face aux changements environnementaux et aux défis de la migration. Le succès de nos ancêtres dans l’adaptation à de nouveaux environnements, illustré par leur établissement durable sur le plateau perse, illustre les capacités d’innovation et de survie de l’espèce humaine.

Cela met en lumière les mécanismes par lesquels les populations humaines ont pu prospérer dans des contextes variés. La diversité génétique et culturelle constituent des atouts dans l’histoire de notre espèce. Finalement, la découverte du rôle du plateau perse dans notre préhistoire invite à une réflexion plus large sur la manière dont l’histoire humaine est intrinsèquement liée à la géographie, aux échanges interculturels et à la capacité d’adaptation.

Source : Science et Vie du 31/03/2024

lundi 25 mars 2024

La superéruption de Toba pourrait avoir facilité la dispersion des humains modernes hors d’Afrique

Il y a environ 74 000 ans, l'éruption du supervolcan Toba en Sumatra a failli marquer la fin de l'humanité. Contre toute attente, des preuves récentes démontrent la survie et l'ingéniosité humaines dans des conditions extrêmes, notamment dans le nord-ouest de l'Éthiopie.

EN BREF

  • L'éruption du supervolcano Toba il y a 74 000 ans a eu des répercussions globales, étudiées par des chercheurs des Universités du Texas, de l'Arizona State et du CNRS.
  • Des découvertes à Shinfa-Metema 1, Éthiopie, montrent l'adaptation humaine post-éruption, incluant l'usage d'arcs et de flèches, et des changements alimentaires.
  • L'étude révèle l'importance des "autoroutes bleues" pour la migration humaine et l'impact de l'éruption sur les stratégies de survie et de dispersion.

L’éruption du supervolcano Toba, survenue il y a 74 000 ans, représente un des événements volcaniques les plus cataclysmiques de l’histoire de la Terre, avec des répercussions globales potentiellement dévastatrices pour les populations humaines de l’époque. Récemment, une équipe de chercheurs des Universités du Texas à Austin, de l’Arizona State University et du Centre National de la Recherche Scientifique en France a mis en lumière comment nos ancêtres ont non seulement survécu à cet événement, mais comment il a pu influencer les trajectoires de migration humaine hors d’Afrique.

Publiée dans la revue Nature, cette étude s’appuie sur des découvertes archéologiques au site de Shinfa-Metema 1, dans le nord-ouest de l’Éthiopie, révélant des stratégies d’adaptation inédites face à des conditions climatiques extrêmes induites par l’éruption.

Survire dans l’adversité : la preuve à Shinfa-Metema 1 face à Toba

Les fouilles au site de Shinfa-Metema 1 ont révélé l’existence d’une communauté ayant survécu à l’éruption cataclysmique du supervolcan Toba. Cette dernière survenait il y a environ 74 000 ans. La communauté humaine découverte a su s’adapter de manière remarquable à ses conséquences.

Les conditions environnementales devinrent nettement plus sèches et défavorables. Effectivement, l’analyse isotopique de dents de mammifères et de fragments de coquilles d’œufs d’autruche récupérés sur le site a révélé des modifications dans le régime alimentaire de ces animaux.

Parmi les découvertes les plus significatives figurent des outils de pierre spécifiquement conçus pour être utilisés comme pointes de flèches. Ils constituent la plus ancienne preuve connue à ce jour de l’utilisation de l’arc et de la flèche par les humains. Cette innovation technologique marque un tournant dans l’histoire de l’humanité, révélant une capacité d’adaptation et une ingéniosité exceptionnelle face à des conditions de vie difficiles.

L’utilisation de l’arc et de la flèche a permis à ces communautés d’élargir leur spectre alimentaire grâce à une chasse plus efficace. Elle a également pu jouer un rôle déterminant dans leur capacité à se disperser et à explorer de nouveaux territoires.

Des « autoroutes bleues » vers l’inconnu, mais loin de Toba

L’hypothèse des « autoroutes bleues » révèle comment nos ancêtres ont navigué dans des environnements arides en mutation. Elle offre de nouvelles perspectives sur la migration humaine. De fait, les migrations antérieures auraient pu se produire le long de « corridors verts » luxuriants.

Ils se trouvaient favorisés par des périodes humides offrant une abondance de nourriture et d’eau. À l’inverse, les « autoroutes bleues » représentent des voies de migration dictées par la nécessité de trouver des ressources en eau durant des saisons sèches prolongées. Ces routes longent les rivières saisonnières et les points d’eau persistant même en période de sécheresse.

John Kappelman, de l’Université du Texas et auteur principal de l’étude, explique dans un communiqué : « À mesure que les gens manquaient de nourriture dans et autour d’un point d’eau donné pendant la saison sèche, ils étaient probablement obligés de se déplacer vers de nouveaux points d’eau ». Il ajoute : « Les rivières saisonnières ont donc fonctionné comme des ‘pompes’. Elles siphonnaient les populations le long des canaux d’un point d’eau à un autre, entraînant potentiellement la plus récente dispersion hors d’Afrique ».

Cette approche de la migration souligne la capacité des premiers humains à exploiter de manière proactive les ressources de leur environnement. Ils utilisent les caractéristiques géographiques naturelles comme guides pour leur dispersion à travers le continent et au-delà. Cette théorie des « autoroutes bleues » remet en question les modèles établis de migration humaine. Elle permet de mieux appréhender les dynamiques complexes façonnant les mouvements et l’expansion de l’humanité à travers le globe. Elle invite également à réévaluer l’impact des événements climatiques et environnementaux majeurs. Que ce soit sur le développement social, technologique ou culturel des premières communautés humaines.

La révolution du cryptotéphra

La découverte et l’analyse de cryptotephra au site de Shinfa-Metema 1 ont représenté un jalon crucial ici. Les cryptotephra mesurent de 80 à 20 microns, moins larges qu’un cheveu humain. En dépit de leur taille infime, ils portent en eux des informations géochimiques précieuses. Une fois analysées, elles révèlent leur origine volcanique spécifique. Les chercheurs ont pu isoler des signatures uniques les liant indubitablement à l’éruption de Toba.

Cette technique, connue sous le nom de téphrochronologie, a permis de dater précisément les artefacts et les écofacts associés. Elle offre un cadre temporel clair pour l’impact de l’éruption sur les populations locales. L’équipe de recherche a alors pu tracer un tableau vivant de la survie humaine dans des conditions post-éruptives difficiles. Elle a également établi les stratégies d’adaptation et de migration qui en ont découlé.

Concrètement, l’augmentation de la consommation de poisson, suggérée par l’abondance de reste ichthyologique dans les couches post-éruption, indique un changement significatif dans les habitudes alimentaires, probablement en réponse à la raréfaction d’autres ressources. De même, la présence de pointes de projectiles associées aux couches contenant du cryptotephra témoigne de l’innovation technologique en matière d’outillage et de chasse. Les découvertes de Shinfa-Metema 1 et d’autres sites similaires ouvrent un nouveau chapitre dans notre compréhension de l’histoire humaine, soulignant notre capacité à surmonter les catastrophes.

Source : Science et Vie du 25/03/2024

jeudi 12 octobre 2023

Des empreintes de pas vieilles de 23 000 ans, nouvelles preuves du peuplement précoce de l'Amérique

Après des années de controverse, le mystère des traces de pieds humains du désert du Nouveau-Mexique pourrait bien être résolu. Bouleversant, au passage, ce que l’on croyait connaître du peuplement de l’Amérique du Nord !

En effet, pendant la majeure partie du 20e siècle, le monde archéologique estimait que les humains étaient arrivés sur le continent il y a environ 15 000 ans, en empruntant la Béringie, un pont terrestre qui reliait autrefois la Sibérie et le Canada.

Mais l’émergence, ces dernières décennies, de différents indices suggérant une présence plus ancienne a remis en question cette chronologie.

Ce fut le cas en 2021, lorsqu’une équipe scientifique américaine déclare avoir daté une série d’empreintes de pas humains retrouvées au Nouveau-Mexique. Plus précisément, ils ont daté au carbone 14 des graines écrasées par ces pas. Résultat : ceux-ci seraient vieux d’environ 21 000 ans.

Immédiatement, la controverse éclate : il s’agit de graines de Ruppia Cirrhosa, une plante aquatique. Elles ont pu absorber et conserver des molécules de carbone issues d’une eau plus ancienne, faussant le résultat. La communauté scientifique demande donc des preuves supplémentaires.

À ce propos, Kathleen Springer, co-autrice de l’étude initiale et géologue à l’Institut d’études géologiques des États-Unis, déclare : « Nous étions sûrs de nos datations initiales (…), mais nous savions qu’un contrôle chronologique indépendant était capital. »

C’est ce que fournit aujourd’hui son équipe, par l’analyse d’autres éléments tirés des traces de pas. Cette fois, c’est du pollen issu de conifères, non susceptible d’être « contaminé » par de l’eau, qui a été daté au carbone 14. Son âge : au moins 22 600 ans. Ils ont aussi employé une technique appelée luminescence optiquement stimulée pour l’appliquer à du quartz tiré des empreintes. Elle permet de savoir quand un minéral a été exposé pour la dernière fois à la lumière. En l’occurrence, il y a 21 500 ans.

« Nos nouvelles datations (…) soutiennent sans équivoque le fait que les humains étaient présents en Amérique du Nord durant le pic de la dernière ère glaciaire. » Conclut Kathleen Springer.

Source : Le Blob du 11/10/2023

mardi 10 octobre 2023

Une preuve inédite (et incontestable) que des humains étaient déjà présents en Amérique il y a 23.000 ans

L’être humain avait déjà mis le pied sur le continent américain il y a 23.000 ans, au cours du dernier maximum glaciaire. De nouvelles analyses rigoureuses tendent vers un même résultat et obligent les archéologues à revoir les modèles de peuplement historiques qui plaçaient l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique après le dernier maximum glaciaire il y a environ 18.000 ans.

Au Nouveau-Mexique (États-Unis), des empreintes laissées par des humains sont fossilisées dans le lac Otero du parc national des White Sands. En 2021, des paléoanthropologues se sont lancés dans la datation des graines d’une plante aquatique sédimentées dans le creux de ces traces.

Les traces de pas fossilisées dans le lac Otero, du parc national des White Sands, au Nouveau-Mexique, Etats-Unis. Elles avaient déjà fait l'objet d'une étude scientifique publiée en 2021 dans la revue Science.

La nouvelle étude des traces du lac Otero devrait établir un consensus

Leurs résultats indiquaient que ces marques étaient âgées de 21.000 à 23.000 ans, ce qui correspond à une période interne au dernier maximum glaciaire, une époque glaciale s’étendant entre 19.000 et 26.500 ans avant notre ère.

Si ces conclusions ne faisaient pas consensus à l’époque, de récents résultats vont certainement forcer un accord dans la communauté scientifique.

Une nouvelle étude a utilisé des échantillons d’origines différentes et d’autres techniques d’analyses afin de vérifier l’âge de ces empreintes fossilisées. Finalement, les divers examens montrent que ces traces seraient bien âgées de 21.000 à 23.000 ans.

"Un très beau travail"

"C’est un très beau travail qui a attaqué le problème en faisant une analyse indépendante avec d’autres traceurs, ce qui rend l’étude très solide et difficilement contestable", estime dans un échange avec La Recherche Antonio Pérez-Balarezo, archéologue au laboratoire archéologie et sciences de l’antiquité, à Nanterre et spécialiste de la préhistoire ancienne de l'Amérique du Sud.

Cette nouvelle datation confirmée va conduire les archéologues à considérer un peuplement qui aurait démarré en plein dernier maximum glaciaire. "Je suis très ému d'être témoin de ce changement de paradigme", confie l’archéologue.

Source : Sciences et Avenir du 10/10/2023

jeudi 5 octobre 2023

Cette nouvelle découverte révèle le couloir que les Homo sapiens auraient emprunté pour quitter l’Afrique

Il y a 129 à 71 000 ans, les premiers humains ont migré de l’Afrique vers l’Eurasie à plusieurs reprises entre le milieu et la fin du Pléistocène. Le chemin était ardu et la réussite n’était pas toujours au rendez-vous. Une nouvelle étude avance que la Vallée du rift du Jourdain serait une route que les Homo sapiens ont choisie pour se rendre en Eurasie.

Les scientifiques ont longtemps estimé que la route de prédilection des Homo sapiens pour quitter l’Afrique était la traversée de la mer Rouge depuis la corne de l’Afrique vers le sud-ouest de la péninsule arabique. Une nouvelle étude, publiée dans le journal Science Advances, avance qu’ils auraient migré en Eurasie depuis l’Afrique du Nord-est, jusqu’au Levant, en passant par l’actuelle Jordanie.

Carte montrant les archives archéologiques, paléoclimatologiques et paléoenvironnementales du Levant et de l’Arabie

La Vallée du rift du Jourdain : le chemin des Homo sapiens pour se rendre en Eurasie

Pendant les périodes glaciaires, lorsque les niveaux d’eau de la mer Rouge étaient au plus bas, les premiers humains auraient pu effectivement traverser par la route du sud-ouest de l’Arabie. « Cependant, notre étude confirme l’existence d’un passage bien fréquenté vers le nord, à travers la seule route terrestre reliant l’Afrique à l’Eurasie », a affirmé Paul Carling, professeur de géomorphologie à l’Université de Southampton et l’un des auteurs de l’étude.

Le paysage aurait été très différent…

Les chercheurs ont entamé des fouilles dans la Vallée du rift du Jourdain, où ils ont trouvé des outils manuels en pierre, appelés « flocons » (flakes). Ces artefacts ont été trouvés au bord des canaux de rivières asséchés. Grâce à des techniques de luminescence, les scientifiques ont pu estimer l’âge des outils mis au jour : ils seraient vieux de 84 000 ans ! Cette technique de datation permet effectivement d’estimer la dernière fois que la matière étudiée a été exposée à la lumière.

Si aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le passage des familles par ce paysage désertique, à cette période-là, ce chemin aurait été beaucoup plus bienveillant et accueillant pour le passage. L’étude des sédiments a révélé que le paysage de cette vallée était très différent il y a 80 mille ans, possédant une végétation riche. « Plutôt qu’un désert sec, les prairies de savane auraient fourni les ressources indispensables à la survie des hommes pendant leur voyage hors d’Afrique vers l’Asie du Sud-ouest et au-delà », a déclaré Mahmoud Abbas, géochronologue de l’Université de Hantou et l’un des auteurs de l’étude.

Avec cette étude, les scientifiques estiment avoir trouvé des preuves convaincantes que la route du Levant, via la Vallée du rift du Jourdain, aurait été un chemin bien rodé par les Homo sapiens migrant en Eurasie.

Source : Science et Vie du 05/10/2023

jeudi 10 août 2023

Homo sapiens est-il vraiment originaire d'Afrique ?

La communauté scientifique tente depuis des années de reconstruire l'histoire de notre espèce, Homo sapiens. Ses traces les plus anciennes nous emmènent sur le continent africain.

Homo sapiens était-il originaire uniquement d'Afrique ou formait-il également des groupes dans d'autres parties du monde ? Cette interrogation, posée par Sofia Uhila sur la page Facebook de Sciences et Avenir, est notre Question de la semaine.

Des mélanges entre lignées différentes

L'Afrique, véritable berceau de l'humanité ? La réponse est oui, Homo sapiens serait apparu sur le continent africain il y a plus de 300.000 ans d'après des fossiles découverts au Maroc. C'est bien sur ce continent qu'ont été retrouvées les plus anciennes traces de notre espèce. Mais son histoire n'est pas simple pour autant. Ainsi, il ne serait pas issu d'une seule et même population africaine, révélait une étude parue dans la prestigieuse revue Nature en mai 2023.

"Contrairement à ce que l’on pensait, notre espèce n’a pas évolué dans un seul endroit, ou de manière isolée à partir d’une seule souche", estime ainsi Aaron Ragsdale de l'Université du Wisconsin-Madison (États-Unis), un des auteurs de l'étude. Il y aurait plutôt eu une sorte de melting-pot entre lignées divergentes d'Homo sapiens. Mais ces mélanges entre lignées se sont bien déroulés en Afrique, durant des dizaines de milliers d'années avant la sortie du continent. En effet, les données génomiques montrent qu’au moins deux branches évolutives d'Homo sapiens se sont séparées, il y a 120 à 135.000 ans, tout en continuant à s'hybrider.

La sortie d'Afrique

Finalement, notre espèce a quitté le continent africain. L'une des questions essentielles est "quand ?". Deux hypothèses sont évoquées pour dater la migration d'Homo sapiens vers l’Eurasie. Sa dispersion pourrait être précoce (entre -130.000 et -80.000 ans) ou tardive (après -80.000 ans). D’après les données génétiques des fossiles comparées à celles des populations actuelles, plusieurs études s’accordent sur une installation durable d’Homo sapiens en Europe vers - 60.000 ou - 50.000 ans. Mais des groupes seraient partis avant cette période.

Ainsi, une importante étude publiée en juin 2023 dans la revue Nature Communications a apporté des informations particulièrement intéressantes. Des ossements d’Homo sapiens retrouvés au Laos, en Asie, auraient près de 80.000 ans. "La fourchette de datation de l’os frontal et du tibia s’étend de -86.000 à -68.000 ans. Cette découverte documente donc l’une des premières vagues migratoires de sortie de l’Afrique, il y a plus de 86.000 ans, peut-être, 90 ou 100.000 ans", s’émerveillait alors Fabrice Demeter, directeur de l’étude, auprès de Sciences et Avenir.

Il y a donc eu une sortie massive d’Afrique vers -60.000 ans, qui a donné le peuplement actuel, mais également d’autres sorties antérieures, d'autres tentatives d'explorer le monde. Elles se sont cependant soldées par des échecs : ces populations n'ont pas survécu ce qui explique pourquoi leur contribution génétique est très faible aujourd'hui.

Source : Sciences et Avenir du 10/08/2023

dimanche 30 juillet 2023

De nouvelles preuves de populations humaines en Amérique du Sud il y a 27 000 ans

La découverte d'os sculptés datés d'environ 25 000 avant J.-C. relance le débat sur la présence de peuplades dans les Amériques durant la Préhistoire. La colonisation de l'Amérique par Homo sapiens de la fin du Pléistocène au début de l'Holocène, pendant la dernière ère glaciaire, continue de susciter l'interrogation des historiens.

À l'ouest du Brésil et de sa capitale Brasilia, un site archéologique est devenu le berceau de la recherche sur les premiers peuplements d'Amérique. À Santa Elina, cavité rupestre du centre de l'Amérique du Sud se situant dans la Serra das Araras, de nouvelles découvertes démontrent que des tribus auraient cohabité avec des mammifères massifs durant la Préhistoire. Les archéologues ont notamment trouvé des sortes de bijoux sculptés avec des os de paresseux. Selon les datations, ces artefacts pourraient être antérieurs à la fin du Pléistocène : ils auraient été fabriqués durant le dernier maximum glaciaire, il y a 25 000 ans.

À la recherche des premiers habitants de l’Amérique

C'est une quête qui dure depuis des décennies, pour tenter de comprendre comment Homo sapiens a pu s’implanter et se développer sur le continent américain. Dans l'abri rocheux de Santa Elina, les marques du passage de l'Homme durant le Pléistocène sont nombreuses. Outre des peintures rupestres, les artefacts sont aussi les marqueurs d'une vie locale. Les chercheurs ont exhumé des outils en pierre et des ossements, les dégageant des différentes strates composant le sol du site de fouilles. Parmi les nombreux ossements d'animaux déterrés, ceux d'un mammifère massif, le Glossotherium phoenesis. Cette sorte de paresseux préhistorique pouvait mesurer trois à quatre mètres de long et peser jusqu'à 1 500 kilos ! Cette espèce endémique en Amérique du Sud s'est éteinte entre la fin du Pléistocène et le début de l'Holocène (environ 10 000 avant J.-C.), comme de nombreux mammifères tels que les mammouths. Et à l'instar des mammouths, le Glossotherium était chassé par les groupes humains se développant dans le sud du continent.

Les historiens tentent de disséquer le schéma de vie des humains durant cette période de la Préhistoire. Les artefacts de Santa Elina ont été analysés en établissant des datations au radiocarbone, ou carbone 14. En se basant sur les données obtenues, les scientifiques ont mené un calcul statistique basé sur une inférence bayésienne. Avec une précision estimée à 95,4 %, certains objets pourraient dater de 26 000 à 24 000 ans avant J.-C. Les premières tribus humaines d'Amérique du Sud se seraient donc constituées avant le pic de froid, ou dernier maximum glaciaire, atteint durant le Pléistocène.

Une histoire des migrations

Si ces résultats sont détaillés dans un article publié le 12 juillet par la Royal Society Publishing, ils ne font cependant pas consensus au sein de la communauté scientifique. Les chercheurs continuent de se questionner concernant la colonisation de l'Amérique. Une étude publiée en 2017 sur le site des presses universitaires de Cambridge se penchait déjà sur le site de Santa Elina. Pour les spécialistes, la principale voie de migration des premiers Hommes ayant rallié le continent américain serait la route de Beringia. Cette région se situe dans l'aire géographique de l'actuel détroit de Béring, séparant la Sibérie de l'Alaska. Durant l'ère glaciaire du Pléistocène, le détroit était alors gelé, formant un passage temporaire entre les deux continents, avant que la fonte des glaces ne le fasse disparaître.

L'histoire des migrations vers l'Amérique reste un véritable casse-tête pour les universitaires. Nul doute que le site rupestre de Santa Elina continuera d'accueillir des missions archéologiques pour en apprendre plus sur les premiers peuplements du « Nouveau Monde ».

Source : Futura du 30/07/2023

samedi 15 juillet 2023

Les racines de notre espèce en Afrique sont multiples

Une simulation statistique de la diversité génétique humaine actuelle conforte le scénario d’une expansion en Afrique puis hors du continent d’une espèce Homo sapiens aux origines multiples.

En 2018, une brochette de paléoanthropologues insignes introduisait le paradigme multirégional de l’évolution de notre espèce en Afrique. Emmenés par Eleanor Scerri, de l’institut Max-Planck de science de l’histoire humaine à Iéna, en Allemagne, ces chercheurs rejetaient l’idée alors dominante qu’Homo sapiens aurait émergé il y a quelque 200 000 ans d’une population unique vivant dans une seule région africaine – l’Afrique de l’est. Selon eux, notre espèce s’est plutôt diversifiée depuis un demi-million d’années au sein d’un réseau d’habitats répartis à travers toute l’Afrique et comprenant même le Proche-Orient. Or voilà qu’après avoir mesuré et simulé l’évolution qui a produit la diversité génétique de la population actuelle, l’équipe de chercheurs d’Aaron Ragsdale, de l’université de Wisconsin-Madison, leur donne raison !

L’objectif des chercheurs était de discriminer entre une large palette de simulations de l’évolution génétique de la population sapiens en comparant leurs prédictions à la biodiversité génétique actuelle. Pour ce faire, ils ont engendré à l’ordinateur des séries de simulations de l’évolution de la biodiversité génétique africaine et eurasienne traduisant quatre arbres évolutifs possibles : sortie d’Afrique d’une population africaine sapiens basale non structurée (modèle Out of Africa), sortie d’Afrique d’une population sapiens basale influencée par des échanges avec des populations régionales persistantes, sortie d’Afrique d’une population sapiens basale influencée par ses échanges avec des groupes d’humains archaïques, sorties d’Afrique d’une population sapiens structurée par de longs échanges entre les populations régionales africaines (modèle multirégional). Tous les arbres supposent une divergence entre les populations africaines actuelles il y a quelque 120 000 ans, puis des échanges entre régions réduits, ou au contraire intenses et soutenus dans le cas des simulations multirégionales. Pour tenir compte de la contribution génétique eurasienne, l’Europe est par convention considérée comme une région africaine de plus. Dans les quatre arbres évolutifs envisagés, un métissage avec les Néandertaliens hors d’Afrique est pris en compte.

Les simulations de l’évolution de la biodiversité sapiens réalisées reproduisent quatre types d’arbres évolutifs de l’espèce H. sapiens déjà envisagés. En haut à gauche, le premier traduit la sortie d’Afrique de la population d’une région de l’Afrique (Afrique de l’Est) à laquelle ont contribué de façon lointaine celles des autres régions (les chercheurs ont considéré que l’Europe fait en quelque sorte partie du réseau des habitats sapiens africains ; c’est là une convention de travail). Le deuxième, en haut à droite, traduit le même phénomène, mais avec la contribution tardive de populations d’autres régions africaines. Le troisième, en bas à gauche, traduit la même chose, mais compte tenu d’un métissage avec un groupe humain archaïque. Finalement, la quatrième, en bas à droite, traduit la sortie d’Afrique d’une population à laquelle toutes les régions du continent ont contribué.

Pour tester ces arbres, les chercheurs devaient d’abord fixer un certain nombre des paramètres décrivant les arbres évolutifs, tels la date de divergence entre Africains de l’Ouest et de l’Est (60 000 ans), la date de divergence entre Africains et Eurasiens (50 000 ans) ou encore le taux de mélange génétique entre Eurasiens et Néandertaliens (1,5 % il y a 50 000 ans), etc. Ils ont ensuite établi les fréquences d’apparition dans un échantillon de 290 génomes africains et eurasiens de certains polymorphismes – des structures locales de l’ADN – facilement identifiables même dans les séquençages de faible qualité. Ils ont alors ajusté les paramètres des simulations numériques de la succession des générations d’H. sapiens pendant de longues périodes (traduisant les arbres évolutifs : croissance, scissions, migrations et métissages de populations), jusqu’à ce que les fréquences d’apparition prédites s’approchent le plus possible des fréquences calculées à partir des échantillons génomiques.

Les résultats des chercheurs confirment et renforcent l’impression déjà donnée par d’autres recherches que la structure de la population actuelle ne date pas de plus de 150 000 ans. La structure génétique de la population sapiens actuelle se serait donc formée pendant le stade isotopique de l’oxygène 5 (13 000 à 82 000 ans), qui a vu le début de l’expansion d’H. sapiens hors d’Afrique. Selon Eleanor Scerri, qui a commenté pour le journal Nature l’article de l’équipe d’Aaron Ragsdale, cette diversification pourrait résulter de l’investissement par H. sapiens pendant cette époque de nombreuses régions auparavant non habitées, notamment sahariennes et eurasiennes. Quoi qu’il en soit, les nombreuses ethnogenèses et autres circonstances climatiques qui ont produit la structure actuelle de la population sapiens ne sont que la dernière manifestation d’une dynamique multirégionale à l’œuvre depuis longtemps en Afrique, qui, depuis un demi-million d’années, a régulièrement produit une mosaïque de groupes de traits génétiques et culturels, en d’autres termes de groupes humains avec leurs cultures. Cette constatation confirme le paradigme introduit en 2018 par Eleanor Scerri et ses collègues à partir d’un examen de données archéologiques, génétiques, paléoclimatiques et paléoécologiques. Non, la population eurasienne n’est pas issue d’Afrique de l’Est, mais du Berceau de l’humanité, un réseau d’habitats africains reliés entre eux : dans l’arbre évolutif de notre espèce, il y a des entretoises entre les branches, des divergences et des coalescences !

Source : Pour la Science du 14/07/2023

jeudi 25 mai 2023

Les premiers humains se seraient-ils reproduits avec une espèce "fantôme" ?

Entre migrations, métissages et changements climatiques, notre évolution est une histoire complexe. Selon une nouvelle étude, la diversité génétique d'Homo sapiens serait encore plus ancienne que l'expansion humaine en dehors de l'Afrique.

L’histoire de l’évolution de notre espèce est complexe. Les populations humaines anciennes se sont développées, ont migré et se sont rencontrées, diversifiées, et parfois mélangées. Démêler ce nœud historique constitue ainsi un défi majeur pour les scientifiques. Cependant, au cours des dernières décennies, ces derniers sont parvenus à parfaire les modèles visant à utiliser les variations génétiques observées chez les individus d’aujourd’hui afin d’obtenir un aperçu de notre lointain passé.

Pour ce faire, ils ont toutefois dû faire face à un problème : certaines différences génétiques entre les populations semblent incroyablement anciennes, encore plus anciennes que la date à laquelle nos ancêtres communs se seraient divisés pour créer ces différentes populations. En se basant sur des découvertes antérieures indiquant qu’Homo sapiens se serait reproduit avec des Néandertaliens et des Dénisoviens en Eurasie, certains scientifiques ont suggéré que ces variations génétiques anciennes pourraient s’expliquer par des métissages occasionnels entre les humains anciens du continent africain et une autre espèce humaine.

À ce jour, aucune preuve physique soutenant l’existence de ces hominidés « fantômes » n’a toutefois été retrouvée : il n’y a pas de fossiles, et encore moins d’ADN. De nouvelles recherches, publiées dans la revue Nature, proposent donc une tout autre explication.

En se basant sur ce que nous savons de la vitesse à laquelle notre ADN change d’une génération à l’autre, il est possible d’estimer à quelle période les ancêtres communs des populations porteuses de variations génétiques spécifiques présentaient encore les mêmes gènes, avant de se séparer. Jusqu’à présent, les modèles d’évolution génétique de notre espèce voyaient les populations ancestrales comme le tronc solide d’un arbre généalogique qui se serait divisé pour créer des branches de populations distinctes : selon cette hypothèse, les individus qui composaient le tronc étaient donc génétiquement similaires les uns aux autres, tandis que ceux des différentes branches étaient presque entièrement séparés.

En modélisant d’autres scénarios, la nouvelle étude suggère que les individus de ce tronc n’étaient peut-être pas aussi unis que nous le pensions.

« Dans notre modèle informatique, lorsque nous supposons que la population du tronc n’était pas aussi fixe, mais que certains groupes se séparaient occasionnellement, puis refusionnaient par la suite, la correspondance que nous obtenons avec la variation génétique que nous observons dans les populations humaines actuelles est bien plus solide », décrit Aaron Ragsdale, généticien des populations de l’Université du Wisconsin-Madison et auteur principal de la nouvelle étude.

Des indices géologiques pourraient contribuer à expliquer ce qui a pu éloigner ou rapprocher les anciens groupes d’Homo sapiens. « Au cours de la période qui nous intéresse, il y a environ 1 million à 100 000 ans, nous savons que certains changements climatiques, tels que des ères glaciaires, ont entraîné une expansion ou une divergence des populations vers de nouvelles régions du monde, mais aussi causé une contraction ou un métissage avec d’autres populations », explique Brenna Henn, généticienne à l’Université de Californie à Davis et co-autrice de l’étude.

En partant du principe que davantage d’échanges ont eu lieu entre les ancêtres d’Homo sapiens, le modèle parvient à expliquer « ces différences très anciennes que les modèles précédents avaient du mal à expliquer sans invoquer des [populations] fantômes », révèle Ragsdale.

De nouvelles informations génétiques

Ce nouveau modèle a permis de mettre en lumière un événement qui s’est produit il y a environ 120 000 ans, à la fin d’une ère glaciaire qui a provoqué une transition de conditions froides et arides vers des conditions chaudes et humides dans certaines régions de l’Afrique. L’élévation du niveau de la mer pourrait avoir poussé les populations vers l’intérieur du continent.

« À cette époque, nous constatons que deux branches de l’arbre généalogique humain ont fusionné et sont devenues les ancêtres des Khoïsans actuels, des groupes apparentés mais culturellement distincts qui se limitent aujourd’hui à l’Afrique australe et présentent la plus grande diversité génétique de la planète », explique Henn.

Cette analyse est la première à inclure des données génétiques provenant de dizaines de Namas, un peuple pastoral khoïsan de Namibie avec lequel Henn travaille depuis des années pour reconstituer son histoire unique. « C’est drôle, lorsque je parle à certains participants et que je leur révèle que nous avons découvert qu’ils présentent la plus grande diversité génétique du monde et qu’ils ont probablement été isolés en Afrique australe pendant plusieurs milliers d’années, ils me regardent et me répondent qu’ils le savent déjà », se souvient-elle.

De même, nombre de Namas n’ont pas été surpris d’apprendre qu’environ 15 % de leur génome actuel provenait d’ancêtres européens, car les relations familiales qui en sont à l’origine sont souvent très récentes. « Le plus surprenant, c’est qu’ils ont également des ancêtres d’Afrique de l’Est datant d’il y a environ 2 000 ans. Nous travaillons actuellement avec les Namas à la création d’une exposition sur ce sujet pour le parc transfrontalier du ǀAi-ǀAis/Richtersveld. »

Selon le modèle, une deuxième fusion aurait eu lieu entre deux branches il y a environ 100 000 ans, donnant ainsi naissance aux ancêtres des Africains de l’Ouest et de l’Est, dont certains descendants se seraient ensuite dispersés en dehors de l’Afrique et auraient peuplé les autres continents.

« C’est cohérent avec les idées récentes de la paléoanthropologie selon lesquelles l’ascendance du groupe d’Homo sapiens qui a quitté l’Afrique se composerait de plusieurs populations africaines », explique Henn. « Cela montre également que nous devrions être plus précis, car parler d’ascendance africaine ne suffit pas. La diversité est incroyable. »

Les nouvelles recherches soutiennent l’idée selon laquelle « notre espèce aurait de nombreuses origines en Afrique, et nos ancêtres ne seraient pas le fruit d’une seule population, mais bien de plusieurs », avance la paléoanthropologue Eleanor Scerri, de l’Institut Max-Planck de géoanthropologie en Allemagne, qui n’était pas impliquée dans la nouvelle étude.

La complexité de l'évolution humaine

Le nouveau modèle pourrait également transformer une interprétation des fossiles surprenants présentant un mélange de caractéristiques anciennes et modernes ont pu être découverts dans différentes régions africaines, ce qui a pu être interprété par les scientifiques comme la preuve d’un métissage avec une ou plusieurs « populations fantômes ». Le nouveau modèle pourrait cependant bouleverser cette interprétation. Par exemple, un crâne trouvé en 1921 près de la ville de Kabwe au Zimbabwe présentait une boîte crânienne particulièrement large pour un fossile aussi ancien, alors que d’autres caractéristiques, telles que ses lourdes arcades sourcilières et son visage large, semblaient plus adaptées aux caractéristiques de cette époque. Les restes d’un crâne découverts en 1965 près d’Iwo Eleru au Nigeria présentaient quant à eux de petites arcades sourcilières et laissaient imaginer un cerveau d’une taille similaire à celle de nos cerveaux modernes, alors que la forme longue et basse de la boîte crânienne était plus caractéristique des anciens humains.

Le nouveau modèle « vient encore diminuer la probabilité que les populations auxquelles appartenaient ces spécimens aient contribué à engendrer la lignée survivante d’Homo sapiens », explique le paléoanthropologue Chris Stringer, du Muséum d’histoire naturelle de Londres, qui a contribué à la description des deux fossiles. « Si un mélange a en effet eu lieu plus tôt, alors toutes les traces ont dû disparaître. »

Pour la paléoanthropologue Jessica Thompson, de l’Université de Yale, qui ne faisait pas partie de l’équipe chargée de l’étude, il serait intéressant d’inclure les ADN anciens découverts récemment en Afrique dans les modèles. Les ADN de six individus de Tanzanie, du Malawi et du Zimbabwe, qui dataient de 5 000 à 20 000 ans et couvraient l’ensemble de leur génome, ont par exemple été séquencés récemment. Ils pourraient aider à dresser un tableau plus détaillé de l’histoire de l’évolution humaine. « Il est possible que les personnes qui vivent aujourd’hui soient très différentes de celles qui vivaient au même endroit il y a bien longtemps », propose Thompson.

Ragsdale et Henn reconnaissent qu’il serait intéressant d’intégrer ces ADN dans leur analyse, mais ajoutent que ces derniers sont encore très rares et ne couvrent à ce jour que la partie la plus récente de la période qui les intéresse. Découvrir de l’ADN encore plus ancien « nous permettrait d’identifier certains lieux, ce que nos données actuelles ne nous permettent pas de faire », décrit Ragsdale. Une telle trouvaille « nous apporterait sans aucun doute plus de détails, mais je ne suis pas sûr que cela changerait vraiment la situation dans sa globalité. »

Ces nouvelles recherches présentent une image complexe des origines de notre espèce, qui suggère que les premiers individus Homo sapiens ne se seraient pas limités à une unique région ou population, et que les variations génétiques qui existent encore aujourd’hui pourraient avoir vu le jour très tôt dans l’évolution. Il est « assez difficile de s’y retrouver », admet Ragsdale.

Cette situation est courante en science : alors que notre compréhension s’améliore, les théories simples s’estompent et sont remplacées par une complexité croissante. L’Homo sapiens se montrera-t-il assez intelligent pour élucider entièrement le mystère de sa propre origine ?

Source : National Geographic du 24/05/2023

samedi 20 mai 2023

Homo sapiens a fait une « pause » de 30 000 ans qui a changé à jamais notre génome !

Une nouvelle étude suggère qu'Homo sapiens aurait fait une pause de 30 000 ans dans la péninsule arabique lors de sa dispersion hors d'Afrique. Ce temps a permis à nos ancêtre de s'adapter au climat froid des terres septentrionales.

S'il est à peu près établi que l'Homme moderne (Homo sapiens) est apparu en Afrique il y a plus de 200 000 ans, la façon dont il s'est essaimé à travers le monde contient encore de nombreuses zones d'ombre. Il est communément admis que cette dispersion s’est produite il y a environ 60 000 à 50 000 ans sur le continent eurasiatique. Cette grande histoire migratoire vers le nord semble cependant avoir été entrecoupée d'arrêts en cours de route.

Les différentes migrations hors d'Afrique. Celle d'Homo sapiens (l'Homme moderne) est en rouge.

Une nouvelle étude publiée dans PNAS révèle en effet que les communautés d'Homo sapiens n'auraient pas rejoint l'Eurasie directement. Au cours de leur migration, elles se seraient arrêtées au niveau de la péninsule arabique pour une longue, très longue période de plus de 30 000 ans, avant de poursuivre leur colonisation des territoires situés plus au nord. Cette « pause » aurait permis à ces êtres humains de s'adapter graduellement à des conditions climatiques plus froides, leur donnant les capacités de survivre par la suite dans les régions plus septentrionales. Or, ces adaptations physiques sont toujours visibles dans notre héritage génétique. C'est ce qu'ont découvert des chercheurs de l'Australian Center for Ancient DNA de l'université d'Adélaïde (Australie). La plupart de ces changements génétiques seraient d'ailleurs associés aujourd'hui à des maladies comme l'obésité, le diabète et les désordres cardiovasculaires.

Une histoire inscrite dans notre génome

Il est intéressant de noter à quel point le premier séquençage complet du génome humain en l'an 2000 a ouvert la voie à un nombre phénoménal d'études et d'avancées scientifiques, tant dans le domaine de la médecine que dans l'histoire de l'Humanité. Car les grandes étapes de notre passé peuvent se lire dans nos gènes.

Comme tous les organismes sur Terre, l'être humain a en effet subi de nombreuses évolutions face aux contraintes imposées par son environnement de vie. Cette formidable capacité d'adaptation est d'ailleurs ce qui aurait permis à l'Homme moderne de coloniser l'ensemble du globe, en supplantant toutes les autres espèces d'hominidés.

Certains événements du passé semblent ainsi avoir notablement influencé le génome humain par le biais d'une sélection naturelle drastique. Pourtant, il n'est pas évident aujourd'hui de retrouver les traces de ces changements, le mélange des populations, notamment, ayant tendance à effacer cette signature génétique.

Une halte dans la péninsule arabique

Les scientifiques ont cependant réussi à identifier 57 régions du génome correspondant à une évolution génétique ayant été bénéfique aux anciens groupes humains. L'étude révèle ainsi qu'une phase d'adaptation majeure est survenue avant le grand dispersement en Eurasie il y a 60 000 à 50 000 ans. Cette phase aurait duré pas moins de 30 000 ans. Surnommée la « pause arabe », elle est mise en évidence à la fois par des critères génétiques, mais également archéologiques et climatiques qui suggèrent que nos ancêtres se sont arrêtés dans leur montée vers le nord dans les alentours de la péninsule arabique, le temps de s'adapter à un climat plus froid. Les adaptations génétiques gagnées durant cette période seraient ainsi reliées à la capacité de stockage de la graisse, au développement nerveux, à la physiologie de la peau et au développement de minuscules fibres (des « cils ») dans nos voies respiratoires. Ces changements auraient été conduits en réponse à un climat froid et sec régnant sur la péninsule arabique entre 80 000 et 50 000 ans.

Il est intéressant de voir que dans notre monde moderne, largement modelé par nos soins, ces adaptations alors bénéfiques il y a 50 000 ans sont aujourd'hui sources de maladies !

En dehors du fait que ces résultats permettent de mieux comprendre l'histoire des migrations humaines, l'identification de ces changements génétiques pourrait permettre de développer de nouvelles approches thérapeutiques et préventives pour les populations actuelles.

Source : Futura du 20/05/2023

vendredi 22 avril 2022

La marche d’Homo sapiens : quelle fut la route de nos ancêtres ?

Les dernières découvertes de la paléogénomique viennent bouleverser notre connaissance des migrations qui menèrent nos ancêtres sapiens de l'Afrique à l'Europe au paléolithique supérieur.

Jusqu’à il y a peu, l’affaire était entendue : Homo sapiens était apparu quelque part en Afrique de l’Est, puis un petit groupe homogène d’individus avait quitté ce berceau pour partir à la conquête du monde, leurs descendants s’établissant d’abord au Proche-Orient avant de se disperser vers l’Asie, d’une part, et vers l’Europe, d’autre part. Toujours selon cette théorie, Homo sapiens serait arrivé en Europe de l’Ouest il y a environ 45 000 ans où il a établi la culture dite “aurignacienne”, caractérisée par des objets en pierre taillée et en os. Autre fait d’armes, il aurait rapidement supplanté son cousin néandertalien qui s’était installé en Europe bien plus tôt (ses plus anciens restes retrouvés à ce jour sont ceux de la grotte Sima de los Huesos, en Espagne, et datent de 430 000 ans).

Sauf que, voilà, depuis une quinzaine d’années, cette vision simpliste de l’expansion d’Homo sapiens à travers le monde a largement été remise en question. D’abord par l’archéologie : en 2017, des restes d’ Homo sapiens vieux de 300 000 ans sont retrouvés au Maroc, ce qui recule de 100 000 ans l’âge des plus vieux restes connus de notre espèce et remet en perspective l’hypothèse de l’origine est-africaine, prépondérante jusque-là. Ensuite, et même surtout, par la génomique – l’étude des génomes modernes qui, grâce à des techniques reposant sur l’horloge moléculaire, permet de remonter le fil de notre évolution – et la paléogénomique – l’étude des génomes anciens.

Dans une étude publiée dans Nature en mai 2023, l’équipe d’Aaron Ragsdale de l’université du Wisconsin-Madison, aux États-Unis, a confronté la diversité génétique actuelle des Africains et des Eurasiens à quatre arbres évolutifs possibles, déjà envisagés par d’autres chercheurs. Parmi ces quatre arbres évolutifs, on trouve justement celui compatible avec l’émergence d’Homo sapiens à partir d’une population unique vivant en Afrique de l’Est. Mais leurs travaux montrent que l’arbre qui reflète le mieux la diversité génétique actuelle n’est pas celui-ci.

Ils révèlent au contraire qu’ Homo sapiens se serait diversifié depuis un demi-million d’années en petites communautés réparties à travers toute l’Afrique et que celles-ci auraient évolué conjointement, échangeant de temps à autre des gènes entre elles. Cette subdivision de la population africaine en petits groupes hétérogènes avait déjà été avancée en 2017 par Eleanor Scerri, chercheuse à l’institut Max-Planck de géoanthropologie à Iéna, en Allemagne. Elle expliquerait aussi l’existence, dans diverses régions d’Afrique, de fossiles présentant à la fois des caractéristiques considérées comme archaïques et d’autres considérées comme modernes.

Si la génomique tend à démontrer qu’il existait en Afrique plusieurs populations distinctes, toutefois métissées, elle montre également que celles-ci se sont ensuite disséminées hors d’Afrique non pas en une seule vague de migration, mais en plusieurs. Des vagues qui ont donné lieu à plusieurs épisodes de métissage, entre différentes populations d’ Homo sapiens, mais aussi avec d’autres espèces ou sous-espèces d’hominidés. Depuis 2008, on sait que notre génome contient quelques pourcents d’ADN néandertalien.

Mais en 2016, Martin Kuhlwilm, à l’époque doctorant au sein de l’équipe de Svante Pääbo à l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste à Leipzig, en Allemagne, découvre que les restes d’un Néandertalien exhumés en Sibérie, dans les montagnes de l’Altaï, contiennent, à l’inverse, des morceaux d’ADN issus d’Homo sapiens. Rien d’étonnant à cela, les échanges de gènes allant dans les deux sens. Sauf que les chercheurs ont montré que cette introgression a eu lieu il y a… 100 000 ans ! “Depuis, d’autres études avancent même un échange de gènes encore plus ancien, peut-être autour de 200 000 ou 250 000 ans”, précise Martin Kuhlwilm, désormais maître de conférences à l’université de Vienne, en Autriche. Dans la mesure où Néandertal n’a jamais été présent en Afrique, cela signifie que des populations de Sapiens sont très tôt sorties du continent africain. “On pense que la rencontre entre Sapiens et Néandertal a eu lieu au Proche-Orient”, précise Martin Kuhlwilm. Soit avant que Sapiens n’arrive en Europe.

Des Aurignaciens décimés

Lorsqu’il y arrive enfin, la génomique nous raconte une histoire un peu différente de celle précédemment écrite. Ainsi, le décryptage des génomes de la femme de Zlatýkun (République tchèque, -45 000 ans) et de Oase 1 (Roumanie, entre -37 000 et -42 000 ans) montre une discontinuité nette avec le génome des Européens actuels. Autrement dit, les premiers Européens, ces fameux Aurignaciens, ne sont pas nos ancêtres directs. “ Cette discontinuité s’explique probablement par le fait que ces premiers Européens ont été décimés par une glaciation sévère longue de deux mille ans, accompagnée, au début, d’une énorme éruption survenue il y a 39 000 ans en Italie”, postule Eva-Maria Geigl, directrice de recherche au CNRS et co-responsable d’une équipe en paléogénomique à l’institut Jacques-Monod, à Paris.

Cependant, ajoute la chercheuse, “certains ont survécu, comme le montrent nos travaux publiés en octobre 2023”. Dans ces travaux, l’équipe d’Eva-Maria Geigl a séquencé le génome de deux individus dont les restes vieux de 36 000 à 37 000 ans ont été retrouvés sur le site archéologique de Buran-Kaya III, en Crimée. “Leur génome est beaucoup plus proche du nôtre et on peut donc en conclure que les Criméens ont contribué, pour une part importante, à la population ancestrale qui vivait en Europe de l’Ouest à l’époque gravettienne [période suivant l’Aurignacien, NDLR] ”, indique Eva-Maria Geigl. Cependant, ajoute-t-elle, “l’individu le plus récent porte aussi des traces de métissage avec des individus issus de la première vague de peuplement de l’Europe que l’on croyait avoir été exterminée il y a 40 000 ans”. Venus de l’est, après être probablement passés de l’Afrique à l’Europe, via le Proche-Orient et le Caucase, des Homo sapiens ont donc conquis l’Europe d’est en ouest et se sont mélangés aux quelques survivants de la première vague de migration.

Des Gravettiens menacés

À cette époque cependant, l’Europe est loin d’avoir le doux climat que l’on connaît. Une nouvelle glaciation importante se produit il y a environ 20 000 ans et cela n’est pas sans conséquence sur les Gravettiens, ces Homo sapiens qui sculptèrent la fameuse dame de Brassempouy. Dans les restes humains de cette époque, les paléogénéticiens ont observé une perte importante de diversité génétique, indiquant une diminution drastique du nombre d’individus dans la population… La suite de l’histoire nous est racontée par les travaux publiés en mars 2023 par l’équipe de Johannes Krause, chercheur à l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste.

À partir du séquençage de 356 génomes de chasseurs-cueilleurs européens, son équipe a montré que les Gravettiens se sont, à ce moment-là, scindés en deux populations distinctes. Pour échapper au froid, l’une, baptisée “Fournol” s’est installée à l’ouest du Rhône, descendant vers la péninsule ibérique. L’autre se réfugie en Italie où elle se mélangera ensuite avec de nouvelles populations en provenance du Proche-Orient et des Balkans qui viennent s’y installer il y a environ 17 000 ans. Ce nouveau métissage donnera naissance au groupe que les chercheurs appellent “Villabruna”. Plus tard, lorsque le climat se radoucit, les populations réfugiées au sud se redéploient vers le nord, mélangeant leurs gènes Fournol et Villabruna pour engendrer la population qui développera, plus tard, la culture mésolithique européenne.

Au final, que reste-t-il en nous de ces Sapiens baladeurs, dont on sait qu’ils furent de grands artistes, ceux que l’on a longtemps appelés “Cro-Magnon” ? D’après les paléo-généticiens, seulement 5 % à 15 % de nos gènes. Car une nouvelle vague de migration va bientôt submerger l’Europe, cette fois en provenance d’Anatolie, l’actuelle Turquie. Ces nouveaux migrants apporteront l’agriculture, transformant irrémédiablement les paysages européens. C’est le début du Néolithique, mais pas la fin des migrations ni des métissages de Sapiens.

Source : Science et Vie du 22/04/2022

vendredi 15 avril 2022

Et si l'évolution humaine n'était qu'affaire de mécanique céleste ?

Depuis deux millions d'années, les grands changements climatiques liés aux variations de l'orbite de la Terre ont guidé les migrations des premiers humains, selon une étude publiée dans Nature.

Erectus, Heidelbergensis, Néandertal, Sapiens... Ces différentes lignées du genre Homo, parmi lesquelles seule la dernière a survécu, ont parcouru l'Afrique et l'Eurasie sur des centaines de milliers d'années, se succédant, se croisant, parfois se mêlant. Mais les paléontologues peinent à reconstituer la carte spatio-temporelle de ces peuplements anciens, par manque de fossiles humains. Une solution pour y pallier : fouiller dans le passé climatique.

Parce qu'en modifiant les écosystèmes terrestres, le climat a forcément influencé les déplacements de populations. Mais là aussi, les données géologiques décrivant les variations environnementales (calotte polaire, sédiments lacustres, océanographiques ou de grottes...) sont très éparses.

Une étude publiée dans Nature pourrait aider à compléter le puzzle, en montrant comment, sur une très longue période de deux millions d'années, l'évolution du climat a joué sur la distribution des espèces humaines et leur dispersion à travers le monde.

Tout se joue avec l'orbite de la Terre autour du Soleil, selon l'auteur principal de cette étude parue mercredi, le climatologue Axel Timmermann, de l'Université de Busan en Corée du Sud. Ce mouvement décrit une ellipse, dont la forme varie tous les 100.000 à 400.000 ans. Et tous les 20.000 ans environ, l'axe de la Terre par rapport à son plan orbital subit des oscillations.

Des sortes de "niches" d'habitat

Cette mécanique céleste sur le temps long joue sur le niveau de radiations solaires que notre planète reçoit, provoquant des ères glaciaires comme au Pléistocène (entre 2,6 million d'années et il y a 10.000 ans) et des alternances de conditions environnementales sèches et humides, comme les épisodes de "Sahara vert". Le Pr Timmermann compare cette dynamique à celle d'un "pendule qui détermine in fine où trouver de la nourriture, et est donc lié à la survie d'une espèce, son adaptation à un milieu, et sa migration", explique-t-il dans l'étude.

Son équipe s'est appuyée sur plus de 3.000 données fossiles et archéologiques, combinées à des modélisations climatiques. Un supercalculateur a ensuite simulé la manière dont le climat réagit à l'horloge astronomique. Les chercheurs ont ensuite élaboré un modèle calculant la probabilité qu'une espèce ait pu habiter tel ou tel endroit de la planète, sur des périodes de 1.000 ans s'étalant entre 2 millions d'années et il y a 30.000 ans.

Le modèle nous transporte au début du Pléistocène inférieur, une période sèche et froide qui a succédé, il y a 2,6 millions d'années, à celle du Pliocène, plus humide et plus chaude. Elle voit des groupes africains comme Homo habilis et ergaster installés dans des milieux à "faible variabilité climatique, correspondant à une faible variabilité de l'orbite terrestre": des sortes de "niches" d'habitat cantonné au sud et à l'est du continent.

"Vagabonds mondiaux"

Ce comportement se transforme vers la fin du Pléistocène: la végétation se modifie, ouvrent des "corridors" vers le nord de l'Afrique, la péninsule arabique et l'Eurasie. Permettant à Homo erectus et Homo Sapiens de devenir ces "vagabonds mondiaux", capables de s'adapter à un plus large éventail de conditions climatiques. Une flexibilité qui pourrait expliquer la survie de notre espèce, selon l'étude. Le modèle climatique suggère aussi un rôle pivot joué par Homo heidelbergensis, un groupe humain identifié en Allemagne au début du XXe siècle, qui aurait vécu entre il y a 800.000 et 160.000 ans. Les perturbations climatiques survenues en Afrique australe il y a 300.000 à 400.000 ans auraient influencé l'évolution de sa population, qui se serait séparé en une ligné eurasienne avec Néandertal, et une autre africaine dont seraient issus les plus anciens Sapiens.

L'hypothèse devrait faire débat chez les paléontologues, très divisés sur la façon de reconstituer l'arbre phylogénétique de l'évolution humaine."Cette étude rassemble une quantité exceptionnelle de données environnementales sur un temps long. Le modèle développé aura certainement des applications pour comprendre les mouvements humains", a commenté auprès de l'AFP Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d'histoire naturelle, qui n'a pas participé aux travaux.

Il est en revanche plus dubitatif sur les interprétations de l'étude sur la différenciation des espèces. Notamment parce que plusieurs d'entre elles, comme les Dénisoviens, sont exclues du modèle.

Source : Geo du 14/04/2022

samedi 17 avril 2021

Premiers Hommes modernes en Europe

Les premiers Hommes modernes en Europe sont les premières populations d'Homo sapiens ou humains anatomiquement modernes en Europe, au Paléolithique supérieur, désignées en anglais par le sigle EEMH, pour European early modern humans. Les fossiles de ces populations datent d'environ 48 000 à 15 000 ans (48–15 ka), intervalle qui couvre les périodes bohunicienne, aurignacienne, gravettienne, solutréenne et magdalénienne.

L'expression « Hommes modernes » s'emploie par opposition à « humains archaïques », terme renvoyant à Homo heidelbergensis et Homo neanderthalensis qui ont vécu en Europe dans un intervalle compris entre 400 000 à 37 000 ans environ et qui, après l'arrivée d'Homo sapiens, ont disparu ou ont été absorbés dans sa lignée.

Les premiers Hommes modernes en Europe étaient parfois désignés dans la littérature scientifique jusqu'à la fin des années 1990 par l'expression Hommes de Cro-Magnon, abandonnée depuis. Le nom commun de Cro-Magnon n'a pas de statut taxinomique formel, car « il ne fait référence ni à une espèce ou sous-espèce ni à une phase ou culture archéologique ». L'expression de « Cro-Magnon » renvoie de manière limitée aux périodes postérieures au début de l'Aurignacien proprement dit, il y a environ 37 à 35 ka.

Chronologie

Il y a eu, selon toute vraisemblance, plusieurs migrations et disparitions de l'Homme moderne (Homo sapiens) sur le continent européen. Au Paléolithique moyen, des fossiles d'humains modernes datés de 210 000 ans ont été identifiés dans la grotte d'Apidima, en Grèce.

Les premiers indices d'une immigration humaine moderne en Europe au Paléolithique supérieur sont fournis par des traces de l'industrie bohunicienne des Balkans ; cette culture archéologique qui apparaît il y a 48 000 ans, est probablement dérivée de la culture émirienne levantine. Les premiers fossiles d'Homo sapiens en Europe remontent à environ 45 à 43 000 ans ; ils ont été découverts en Bulgarie, en Italie et en Grande-Bretagne. On ne sait pas si ces premiers Hommes modernes sur le continent européen ont, lors de leur migration vers l'ouest, suivi le Danube, ou longé la côte méditerranéenne. Il y a environ 45 à 44 000 ans, la culture proto-aurignacienne s'est répandue à travers l'Europe, descendant probablement de la culture ahmarienne du Proche-Orient.

Il y a 40 000 ans, avec le début de l'évènement de Heinrich 4, l'Aurignacien proprement dit évolue en Europe centrale et méridionale, et succède à d'autres cultures à travers le continent. La vague d'Hommes modernes de culture aurignacienne remplace les Hommes de Néandertal et leur culture moustérienne. Dans la vallée du Danube, l'Aurignacien présente des sites très rares par rapport aux traditions postérieures jusqu'à il y a 35 000 ans. A partir de cette époque, l'"Aurignacien typique" devient assez répandu ; il s'étend jusqu'à il y a 29 000 ans.

L'Aurignacien est progressivement remplacé par la culture gravettienne, mais on ne sait pas quand l'Aurignacien s'est éteint, car il est mal défini. Des outils «aurignacoïdes» ou «épiaurignaciens» sont datés de 18 à 15 000 ans. On ne sait pas non plus d'où vient le Gravettien, car il diffère considérablement de l'Aurignacien et ne peut donc pas en être issu. Pour rendre compte de la genèse gravettienne, les spécialistes invoquent en Europe centrale une évolution du Szélétien qui existait il y a 41 à 37 000 ans (il s'est développé à partir du Bohunicien) ; ou des cultures ahmariennes ou apparentées, du Proche-Orient ou du Caucase, qui existaient à une époque antérieure à 40 000 ans. On ne connaît pas avec certitude le lieu où la première occurrence de la culture gravettienne est identifiée ; ce pourrait être l'Allemagne il y a environ 37 500 ans, ou le dernier abri de roche Buran-Kaya III en Crimée il y a environ 38 à 36 000 ans. Dans les deux cas, l'apparition du Gravettien coïncide avec une baisse de température importante.

La population fondatrice de tous les premiers Hommes modernes européens ultérieurs existait sur le continent il y a environ 37 000 ans ; par la suite l'Europe serait restée isolée génétique du reste du monde jusqu'à il y a 14 000 ans.

Le refroidissement s'intensifie il y a environ 29 000 ans ; il culmine lors du dernier maximum glaciaire (Last Glacial Maximum, LGM) il y a environ 21 000 ans, période au cours de laquelle la Scandinavie, la région de la Baltique et les îles Britanniques, les Alpes sont couverts de glaciers et la glace hivernale atteint la côte française. La majeure partie de l'Europe est alors un désert polaire ; sur la côte méditerranéenne s'étendent des steppes à mammouths et des steppes boisées. De larges pans de l'Europe étant inhabitables, deux cultures distinctes émergent, avec des technologies uniques permettant aux humains de s'adapter au nouvel environnement : le Solutréen qui, dans le sud-ouest de l'Europe, invente de toutes nouvelles technologies, et l'Épigravettien qui, de l'Italie à la plaine russe, adapte les précédentes technologies gravettiennes. Les peuples solutréens habitent la zone de pergélisol, tandis que les peuples épigravettiens semblent être restés dans des zones moins inhospitalières, et gelées de façon saisonnière seulement. Peu de sites datant de cette période sont connus aujourd'hui.

Les glaciers commencent à reculer il y a environ 20 000 ans ; le Magdalénien colonise l'Europe occidentale et centrale (succédant au Solutréen) au cours des deux mille années suivantes. À partir du début du Dryas il y a environ 14 000 ans, les traditions magdaléniennes finales se développent, à savoir l'Azilien, l'Hambourgien et le Creswellien. Pendant le réchauffement de Bølling–Allerød, des gènes du Proche-Orient apparaissent chez les Européens indigènes, indiquant la fin de l'isolement génétique de l'Europe.

Peut-être en raison de la réduction continue du gros gibier européen, le Magdalénien et l'Épigravettien sont complètement remplacés par le Mésolithique au début de l'Holocène.

Source : Wikipedia

mercredi 31 mars 2021

Premier peuplement de l'Amérique

Le premier peuplement de l'Amérique fait l'objet de débats au sein de la communauté scientifique. Ces débats entre archéologues et anthropologues portent sur la date et les modalités de l'arrivée des ancêtres des Amérindiens sur le continent américain, et sur l'existence éventuelle des Paléoaméricains qui auraient pu les précéder. Les études génétiques modernes et les datations archéologiques de plus en plus minutieuses ont permis de faire avancer quelque peu la connaissance du sujet.

Depuis 1929 et la découverte du site Clovis au Nouveau-Mexique, il est admis que l'Amérique a été peuplée depuis la Sibérie par des groupes passés par la Béringie, nom donné aux territoires exondés qui reliaient jadis l'Alaska à la Sibérie, là où le détroit de Béring les sépare aujourd'hui (mais où les profondeurs sont faibles). La culture Clovis, qui émerge vers 13 500 ans avant le présent, dont les traces sont bien observées en Amérique du Nord, a longtemps été considérée comme la première culture archéologique américaine. Toutefois la chronologie du premier peuplement, ses modalités, par voie terrestre ou maritime, et l'origine des premiers arrivants, Paléoindiens ou Paléoaméricains, ont été rediscutées au fil du temps.

Des études de plus en plus nombreuses et probantes d'occupations antérieures à la culture Clovis ont été publiées. Certaines données archéologiques indiquent que le premier peuplement de l'Amérique aurait pu avoir lieu pendant le dernier maximum glaciaire, profitant de l'abaissement des niveaux marins. Le modèle de migration, son calendrier et le lieu ou les lieux d'origine en Eurasie des peuples qui ont migré vers les Amériques restent l'objet de débats parmi les chercheurs.

Carte présentant une hypothèse en plusieurs étapes du peuplement de l'Amérique effectuée à partir du couloir béringique, actif durant plusieurs dizaines de millénaires.

Historique : culture Clovis

Le site archéologique de Clovis est l'un des plus connus des États-Unis. Il est situé dans l'État du Nouveau-Mexique, dans le sud-ouest du pays. On y a trouvé à partir de 1929 des outils préhistoriques datés de 11 500 à 13 500 ans. Les premières fouilles ont mis au jour une pointe à enlèvement flûté. À l'époque, la découverte fit grand bruit, car ce type de pointe était inhabituel. Grâce au squelette d'un mammouth (estimé contemporain) qui se trouvait sur le site, on a pu dater l'objet de façon relativement précise.

Dans les années qui suivirent, les archéologues ont retrouvé en Amérique du Nord des milliers de pointes du même genre, caractérisées par des techniques de taille identiques, et cela jusqu'au Costa Rica, et dans toutes sortes de milieux naturels. Les scientifiques avaient également montré que tous les animaux géants d'Amérique (mammouths, tatous géants ou glyptodon, paresseux géants, tigres à dents de sabre, camélidés et équidés) avaient soudainement disparu, et on a envisagé qu'une population venue d'ailleurs avait apporté avec elle une arme redoutable : la pointe Clovis.

On a conclu que les porteurs de la culture Clovis étaient venus d'Asie par le détroit de Béring, qui était exondé pendant les périodes glaciaires, et que cette culture était la plus ancienne du continent américain. Cette expansion depuis la Sibérie, donnant naissance au premier peuplement américain, aurait eu lieu il y a moins de 14 000 ans, peu avant les premiers vestiges lithiques de la culture Clovis. Ensuite, le peuplement humain se serait rapidement étendu vers l'Amérique centrale, puis l'Amérique du Sud. Jusque dans les années 1980, la thèse d'un premier peuplement Clovis de l'Amérique était celle qui concordait le mieux avec les vestiges et datations connus.

Des traces de pas fossilisées furent découvertes en 2017 sur l'ile Calvert, en Colombie-Britannique (Canada), datées de 13 000 ans, qui sont les plus anciennes connues en Amérique du Nord.

Sites pré-Clovis

De nombreuses découvertes archéologiques remettent en cause par leurs datations la théorie longtemps admise d'une première occupation humaine de l'Amérique par les porteurs de la culture Clovis. Les sites ayant livré des artéfacts antérieurs à la culture Clovis sont souvent appelés « sites pré-Clovis ».

Selon l'océanographe Michel Fontugne, spécialiste des datations, les scientifiques américains « acceptent le seuil de 25 000 ans [comme première présence humaine], ce qui pour eux était inconcevable il y a trente ans. On a passé la barrière de Clovis. »

Une étude publiée en 2020 analyse les données chronométriques de 42 sites archéologiques nord-américains et béringiens en utilisant une approche de modélisation bayésienne de l'âge, et utilise le cadre chronologique résultant pour élucider les modèles spatio-temporels de dispersion humaine. Elle intègre ensuite ces modèles avec les preuves génétiques et climatiques disponibles. Les données obtenues montrent que « les humains étaient probablement présents avant, pendant et immédiatement après le dernier maximum glaciaire (il y a environ 26,5 à 19 ka) » mais qu'une occupation plus étendue n'aurait débuté qu'à l'occasion d'une période de réchauffement rapide, le Groenland Interstadial 1 (environ 14,7 à 12 ka avant l'an 2000). Elle identifie également le début quasi-synchrone des traditions culturelles béringiennes, clovis et du rameau occidental, et un chevauchement de chacune avec les dernières dates d'apparition de 18 genres de faune aujourd'hui disparus. L'analyse suggère que l'expansion généralisée des humains en Amérique du Nord a été un facteur clé dans l'extinction des grands mammifères terrestres. L'archéologue Gizmodo Ben Potter reste réservé quant à cette étude, affirmant que « les auteurs supposent que chaque date et site n’ont aucun problème contextuel ou autre », ce qui est « loin d’être le cas ».

Amérique du Nord

Les controverses débutèrent aux États-Unis à partir de la découverte en 1957 du site de Lewisville, au Texas. Là furent mis au jour les squelettes de nombreux animaux, dont certaines espèces aujourd'hui disparues (mammouths, glyptodons, camélidés, équidés, cerfs, ours, etc.) avec des pointes de lances du type Clovis. Or tous ces ossements et artéfacts furent datés par le carbone 14 de 38 000 ans. Cette estimation fut largement rejetée à l'époque par les scientifiques américains, d'autant que les pointes de lances étaient bien considérées comme de type Clovis. D'autres expertises de datation effectuées en 1963 confirmèrent la date avancée initialement. Enfin, en 1978 puis en 1980, Dennis Stanford de la Smithsonian Institution, aidé de deux ingénieurs de l'Armée américaine, annoncèrent parallèlement une date de 37 000 à 38 000 ans. Néanmoins, la présence de graines de micocoulier correspond à un cycle de chasse et une occupation humaine du site remontant à l'ère Clovis, il y a environ 12 800 à 13 000 ans. Le site de Debra L. Friedkin également au Texas a livré une industrie lithique datée de 15 500 ans.

Au Nord-Ouest des États-Unis, dans la grotte de Paisley Cave, des coprolithes humains plus anciens que l'époque Clovis ont été mis au jour en 2008. Ces excréments fossiles seraient vieux de 14 000 ans, selon la datation par le carbone 14 réalisée par des chercheurs de l'Université de l'Oregon, qui ont étudié les restes d'ADN qu'ils contenaient, en collaboration avec une équipe danoise de l'Université de Copenhague. Cet ADN serait en rapport avec celui des Amérindiens modernes, ce qui laisse penser que ces populations étaient déjà là avant la naissance présumée de la culture Clovis.

Les sites de Old Crow et des grottes de Bluefish, dans le Yukon (Canada), ont d'abord été estimés à plus de 26 000 ans. Un nouvel examen du site de Bluefish en 2017 a livré un âge de 24 000 ans, illustrant peut-être l'hypothèse du « statu quo béringien », hypothèse selon laquelle les ancêtres des Amérindiens seraient restés des milliers d'années en Alaska et dans le Nord canadien pendant le dernier maximum glaciaire, avant de peupler un peu plus tard le reste des Amériques.

En 2017 a été découvert sur Triquet Island (Colombie-Britannique) un site d'occupation humaine daté de 14 000 ans.

Dans l'Est des États-Unis :

  • Un campement situé près de Pittsburgh, le site de Meadowcroft, dans le sud-ouest de la Pennsylvanie, a été fouillé par James Adovasio : des lames et des nucléus ont été datés de 16 000 à 19 000 ans. Cette datation demeure controversée.
  • Le site de Cactus Hill, en Virginie, a livré des pointes comparables à celles des Solutréens, datées de 19 000 ans, mais la datation reste controversée.
  • Le site de Topper, en Caroline du Sud, daterait de plus de 20 000 ans, voire 50 000 ans, selon les analyses effectuées par l'archéologue Albert Goodyear en 2004. Cette datation, comme les deux précédentes, demeure contestée.

À la grotte du Pendejo, au Nouveau-Mexique, et à la grotte de Sandia, au Nouveau-Mexique, sont attribuées des datations respectivement de 35 000 à 55 000 ans, et de 25 000 à 30 000 ans. Celles-ci sont également contestées.

Amérique centrale

L'étude de plusieurs sites mexicains (Cerro Toluquilla, Hueyatlaco, El Cedral, Baja California) a livré des datations de vestiges archéologiques proches de 40 000 ans.

Selon une étude publiée en juillet 2020 dans Nature par l'archéologue Ciprian Ardelean de l'université autonome de Zacatecas, concernant la grotte de Chiquihuite, un site fouillé depuis 2012 dans l'État de Zacatecas au Mexique, l’humanité se serait installée en Amérique il y a environ 32 000 ans avant présent. L'étude se base sur les résultats d'une datation par le carbone 14 d'outils en pierre retrouvés dans la grotte. Les plus anciens auraient entre 31 000 et 33 000 ans. De plus, le site de Chiquihuite aurait été occupé pendant plus de 20 000 ans. Gizmodo Ben Potter, un archéologue affilié au Centre d’études arctiques de l’Université de Liaocheng en Chine, tout en considérant que la datation des couches semble exacte, « n'est pas convaincu pour le moment que cela représente une présence humaine précoce ». Il précise également qu'il est possible que ces pièces ne soient pas des outils en pierre, mais des géofacts – des formations de pierre naturelle qui sont difficiles à distinguer des artefacts fabriqués par l’homme.

Si ces résultats étaient confirmés, cela ferait remonter le peuplement de l'Amérique aux alentours de 32 000 ans, soit deux fois plus que l'hypothèse la plus communément admise jusque-là.

Amérique du Sud

Le site de la grotte de Pedra Furada, dans le parc national de la Serra da Capivara, située au sud-est de l'État du Piauí (centre du Brésil), connu pour ses peintures rupestres, a livré des charbons de bois fossiles datés de près de 60 000 ans, mais leur origine naturelle ou anthropique est difficile à départager.

Dans les années 1980, la préhistorienne brésilienne Niède Guidon découvrit au pied des falaises de la Serra de Capivara des galets taillés de main d’homme, qui dateraient de 32 000 ans. Cette découverte, et sa publication dans Nature, ont suscité une polémique dans le monde archéologique. Les analyses entreprises en 2014 sous la direction d'Éric Boëda ont semblé confirmer ces résultats.

Le site de Monte Verde II, au Chili a été daté en 2015 de 18 500 ans par le chercheur américain Tom Dillehay, qui envisage dans la même étude pour le site de Monte Verde I, fouillé plus récemment, une datation d'environ 33 000 ans.

Datations hypothétiques

En 2017 furent publiés les résultats de la datation d'os de mastodontes découverts sur le site Cerutti Mastodon, situé dans le comté de San Diego (Californie), des os qui auraient pu être brisés intentionnellement. L'étude estime leur âge à 130 700 ans, alors que la dernière sortie d'Afrique de l'Homme moderne est datée par les analyses génétiques d'environ 55 000 ans, et que les seul fossiles humains jamais trouvés en Amérique sont des restes d'Homme moderne.

Apports de la génétique

Les études de paléogénétique publiées depuis 2015 ont prouvé l'origine paléoindienne de tous les fossiles humains trouvés sur le continent américain et ayant livré de l'ADN exploitable, datés pour les plus anciens de près de 13 000 ans avant le présent. Mais ces études ne préjugent pas de l'origine de fossiles humains éventuellement plus anciens qui restent à découvrir.

Source : Wikipedia

lundi 22 mars 2021

Out of Asia

La théorie Out of Asia était une théorie scientifique qui soutenait que les humains modernes sont apparus pour la première fois en Asie. La plupart des anthropologues jusqu'au milieu du 20e siècle ont préféré l'Asie, à l'Afrique, comme continent où les premiers hominidés ont évolué. La théorie récente de l'origine africaine des humains modernes ("Out of Africa") est actuellement soutenue par plus de données.

Histoire

En raison de l'essor de la pensée évolutionniste à la fin du XIXe siècle, la théorie de la sortie d'Asie a gagné de nombreux nouveaux partisans, dont beaucoup pensaient que le chaînon manquant se trouverait en Asie. Des scientifiques comme Ernst Haeckel, Eugene Dubois, Henry Fairfield Osborn et Roy Chapman Andrews pensaient tous que l'Asie était le lieu des événements majeurs de l'évolution.

Ernst Haeckel, le biologiste évolutionniste allemand, croyait que l'Hindustan (Asie du Sud) était le lieu réel où les premiers humains avaient évolué. Haeckel a soutenu que les humains étaient étroitement liés aux primates de l'Asie du Sud-Est et a rejeté l'hypothèse de Darwin sur l'Afrique.

Haeckel a affirmé plus tard que le chaînon manquant se trouvait sur le continent perdu de la Lémurie situé dans l'océan Indien. Il croyait que la Lémurie était la patrie des premiers humains, que l'Asie était la patrie de plusieurs des premiers primates, et donc l'Asie était le berceau de l'évolution des hominidés. Haeckel a également affirmé que la Lémurie reliait l'Asie et l'Afrique, ce qui permettait la migration des humains vers le reste du monde.

Eugène Dubois, un paléoanthropologue néerlandais et partisan de la théorie out of Asia, a découvert les restes squelettiques du premier représentant Homo erectus trouvé à Java en 1891 sur les rives de la rivière Solo, à l'est de Java, en Indonésie. La découverte est devenue plus tard connue sous le nom de l'homme de Java.

Plus tard, la découverte de l'homme de Pékin a convaincu les anthropologues jusqu'aux années 1930 que l'Asie était probablement le berceau de l'espèce humaine. William Boyd Dawkins a écrit que la région tropicale de l'Asie était "le lieu de naissance probable de la race humaine". L'anthropologue britannique Alfred Cort Haddon a écrit : "Il y a des raisons de croire que l'humanité n'est pas originaire d'Afrique, mais que toutes les races principales de ce continent l'ont atteint d'Asie du Sud".

En dehors d'Eugène Dubois, très peu des premiers théoriciens de l'origine humaine se sont rendus en Asie pour voir si leurs idées étaient valables. Cela a changé dans les années 1920 lorsqu'une expédition bien financée a été menée en Asie, appelée The Central Asiatic Expeditions. L'expédition, dirigée par Roy Chapman Andrews, a visité des régions d'Asie centrale, y compris la Chine et la Mongolie, à la recherche des origines de l'humanité.

mercredi 17 mars 2021

Préhistoire de l'Australie

La préhistoire de l'Australie est la période comprise entre l’arrivée des premiers groupes humains sur le continent, il y a entre 50 000 et 70 000 ans, et l’arrivée des premiers explorateurs européens en 1606, qui marque le début de l’histoire de l'Australie. Il est question de préhistoire plutôt que d’histoire dans la mesure où aucune trace écrite n’est disponible concernant les évènements humains advenus durant cette période.

L’arrivée des premières populations

Il est généralement admis que les premières populations humaines sont arrivées en Australie entre 70 000 et 50 000 ans. Durant la dernière période glaciaire, le niveau de la mer était beaucoup plus bas qu’aujourd'hui. La côte australienne s'est trouvée au plus proche à 80 km de Timor, et l’Australie et la Nouvelle-Guinée formaient un seul continent, appelé Sahul. Elles étaient reliées par un isthme situé au niveau de la mer d'Arafura, du Golfe de Carpentaria et du détroit de Torres. Selon la théorie actuelle, des groupes ancestraux auraient navigué à partir des iles de l’actuelle Indonésie pour atteindre le Sahul. Puis, par voie terrestre, ils se seraient dispersés sur l’ensemble du continent. Les témoignages archéologiques attestent de l'occupation humaine du site de Madjedbebe dans le Territoire du Nord il y a 65 000 ans ± 6 000 ans4, ainsi que de la présence d’habitations humaines en amont de la Swan River, en Australie occidentale, il y a environ 40 000 ans. Il semble que la Tasmanie, elle aussi accessible par voie terrestre à l’époque, ait été atteinte vers le XXXe millénaire av. J.‑C..

La présence d’espèces végétales et animales semblables en Australie, en Nouvelle-Guinée et dans les iles indonésiennes voisines est une autre conséquence de ces anciennes voies de passage terrestre, qui disparurent lorsque le niveau de la mer remonta, à la fin du dernier âge glaciaire. Depuis le VIe millénaire av. J.‑C., le niveau de la mer est relativement stable, et recouvre le passage qui reliait autrefois l’Australie à la Nouvelle-Guinée.

Dans la tradition des Aborigènes d'Australie, l’histoire du continent commence avec ce que l’on peut traduire par le « Temps du rêve », un mythe de la création qui raconte l’origine des peuples, des animaux et de la configuration géomorphologique du continent australien (voir aussi l’article Cosmogonie). Les traditions du « Temps du rêve » furent, et sont encore aujourd’hui perpétuées par des chansons et des récits oraux dans toute l’Australie. L’arrivée de Matthew Flinders à Albany (Australie Occidentale) et l’attaque japonaise sur Darwin en 1942 ont été intégrées dans les danses et les cérémonies rituelles, et d’une certaine manière, appartiennent désormais à cette mythologie.

Source : Wikipedia

vendredi 12 mars 2021

Dispersion australe

Dans le contexte de la théorie de l'origine africaine de l'homme moderne, le scénario de la dispersion australe fait référence aux premières migrations humaines le long des côtes méridionales de l'Asie, qui partent de la péninsule Arabique, traversent le plateau Iranien et l'Inde et arrivent jusqu'au sud-est asiatique (Sundaland) et en Océanie.

Contexte

La théorie de la route côtière est d'abord utilisée pour décrire le peuplement initial de la péninsule Arabique, de l'Inde, du Sud-Est asiatique, de la Nouvelle-Guinée, de l'Australie, de l'Océanie proche, des côtes de la Chine et du Japon aux environs de 70 à 60 000 ans avant nos jours. « L'expansion des humains modernes en dehors de l'Afrique, en suivant une route côtière en Asie du Sud-Est, a d'abord été contrariée par une série d'importants et abrupts changements climatiques. Une période de climat et de niveau des mers relativement stable entre 45 et 40 000 ans BP permet de soutenir une expansion côtière rapide des humains modernes dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est, leur permettant d'atteindre les côtes du nord-est de la Russie et le Japon vers 38-37 000 ans BP ».

Études génétiques

Le scénario est appuyé par des études sur la présence et la diffusion des haplogroupes M et N du génome mitochondrial, ainsi que sur la distribution des haplogroupes C et D du chromosome Y dans ces régions.

« Les variations de l'ADN mitochondrial dans les populations reliques isolées en Asie du Sud-Est appuient le point de vue selon lequel il n'y eut qu'une seule migration depuis l'Afrique, probablement selon une route côtière australe, à travers l'Inde et à l'intérieur de l'Asie du Sud-Est et de l'Australasie. Il y a eu une ramification précoce, menant finalement à la colonisation du Proche-Orient et de l'Europe, mais la principale dispersion, de l'Inde vers l'Australie, il y a 65 000 ans, a été rapide, ne prenant vraisemblablement que quelques milliers d'années. »

« L'haplogroupe D a peut-être accompagné un autre groupe, le clan côtier (haplogroupe C), à l'occasion de la première vague majeure de migration en dehors de l'Afrique, il y a environ 50 000 ans. Profitant pleinement des ressources littorales, ces explorateurs intrépides ont suivi le littoral de l'Afrique à travers le sud de la péninsule Arabique, l'Inde, le Sri-Lanka et l'Asie du Sud-Est. Éventuellement, il est possible qu'ils aient fait le voyage plus tard, en suivant les traces du clan côtier. »

La théorie expose que les premiers Homo sapiens, dont certains porteurs de l'haplogroupe mitochondrial L3, probablement semblables aux populations Australoïdes d'aujourd'hui (et donc appelés Proto-Australoïdes), sont arrivés dans la péninsule Arabique il y a environ 70 000 ans, traversant depuis l'Afrique de l'Est via le détroit de Bab-el-Mandeb. On estime, sur une population de 2 000 à 5 000 personnes en Afrique, que seul un petit groupe, probablement composé de 150 à 1 000 personnes, a traversé la mer Rouge. Le groupe aurait voyagé le long de la route côtière autour de l'Arabie et de la Perse vers l'Inde, relativement rapidement, en quelques milliers d'années seulement. Depuis l'Inde, ses membres se seraient répandus en Asie du Sud-Est (« Sundaland ») et en Océanie (« Sahul »).

« La population du Sud-Est asiatique d'avant 6 000 ans était largement composée de groupes de chasseurs-cueilleurs très semblables aux actuels Négritos […] Ainsi, le chromosome Y et l'ADN mitochrondial donnent une image claire d'un saut côtier depuis l'Afrique jusqu'au Sud-Est asiatique puis à l'intérieur de l'Australie […] L'ADN nous donne un aperçu du voyage, qui a presque certainement suivi une route côtière via l'Inde. »

Recul de la datation

Plus récemment, au début des années 2000, de nouvelles découvertes laissent penser que la route côtière aurait été empruntée dès 100 000 ans BP, quoique « La véritable expansion des hommes modernes commence autour de 60 000 BP et s’opère assez rapidement, à la fois vers le nord et vers l’est. Témoin de cette rapide expansion, la présence d’hommes modernes en Extrême-Orient autour de 60 000 BP. »

Source : Wikipedia