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jeudi 27 avril 2023

Paranthropus boisei, si proche et si différent

Pendant un million d’années, nos ancêtres africains ont côtoyé un être à la forme s’approchant de celle de l’humain, mais si particulière que les paléoanthropologues peinent encore à l’appréhender.

Aucune famille n’est à l’abri de se découvrir un parent inconnu. Peut-être était-il pirate ou chercheur d’or ? Si en tant qu’Homo sapiens, nous nous interrogeons à ce propos, force est de constater que nous possédons bien un parent inconnu, et un vrai original : Paranthropus boisei ! Ce « para-humain » fait partie de notre lignée, la « lignée humaine », dont les membres – les ardipithèques, australopithèques et humains divers désignés ensemble par le terme « hominines » – comprennent toutes les formes qui ont coexisté et se sont succédé jusqu’à nous depuis la séparation d’avec le chimpanzé, il y a quelque 8 millions d’années. Assez petit, P. boisei se tenait droit, avait un petit cerveau, d’énormes prémolaires et molaires. Les traces qu’il nous a laissées dans les archives fossiles remontent jusque vers 2,3 millions d’années et disparaissent vers 1,3 million d’années, peu avant qu’apparaissent de premiers indices de l’utilisation contrôlée du feu.

En Afrique, nombre de sites à vestiges de P. boisei ont aussi livré des signes de la présence d’autres hominines, notamment de premiers membres du genre Homo, ce qui implique que nos ancêtres ont probablement partagé leurs milieux de vie avec des paranthropes pendant plus de 1 million d’années. Cette longue coexistence constitue une chance scientifique de taille, puisque tout ce que l’on apprend sur le mode de vie paranthrope nous renseigne aussi sur les conditions de vie et les pressions sélectives qu’affrontaient nos ancêtres.

Les gorges d’Olduvaï, vrai casse-tête

Dans la plaine du Serengeti – 60 000 kilomètres carrés de savanes partagées entre Tanzanie et Kenya –, des rivières et des ruisseaux ont creusé un ravin abrupt long de 48 kilomètres : les gorges d’OlduvaÏ. C’est ce segment de la branche orientale de la vallée du Grand Rift africain qui nous a livré les premiers fossiles de P. boisei. Là, des strates géologiques mises au jour par le ravinement contiennent un riche trésor de fossiles et d’outils en pierre datant des deux derniers millions d’années. Dans les années 1930, Louis et Mary Leakey commencèrent à ramasser des centaines de ces outils lithiques dans les niveaux inférieurs des gorges. Mais au bout de vingt ans de récolte, le fameux couple de paléoanthropologues n’était toujours pas parvenu à identifier l’auteur des outils. En 1955, enfin, ils finirent par tomber sur une molaire et sur une canine supérieure hominines. Cependant, elles ne pouvaient guère avoir appartenu à un humain, car la couronne de la molaire était énorme par rapport à celle de la canine.

Parmi les caractéristiques les plus inhabituelles de P. Boisei figurent ses molaires et ses prémolaires : couvertes d’une couche d’émail exceptionnellement épaisse, elles sont aussi extraordinairement grandes. Ainsi les prémolaires et molaires de P. Boisei apparaissent quatre fois plus grandes (à droite ) que les mêmes dents chez un humain moderne (à gauche ).Les dents de devant des deux espèces sont, elles, comparables.

Le propriétaire de ces étranges dents est resté indéterminé jusqu’en 1959, lorsque, à flanc de colline, Mary Leakey mit la main sur les restes d’un crâne hominine. Une fois les morceaux minutieusement réassemblés, il apparut qu’il s’agissait du crâne d’un jeune adulte. De curieuses crêtes – dites « crêtes sagittales » – couraient au sommet du crâne, qui suggéraient presque certainement qu’il avait appartenu à un mâle. Les Leakey surnommèrent affectueusement ce fossile Dear Boy, mais il est connu aujourd’hui par son appellation de registre : Olduvaï Hominid n° 5, ou plus brièvement OH5. Dans la lettre qu’il envoya au journal Nature, Louis Leakey suggéra qu’OH5 était assez différent des hominines fossiles alors déjà découverts en Afrique du Sud pour mériter son propre genre et sa propre espèce. D’une part parce que Zinj est le nom swahili de l’Afrique de l’Est et d’autre part parce qu’il voulait remercier pour le financement de leur expédition Charles Boise, un riche homme d’affaires britannique, il proposa Zinjanthropus boisei.

OH5 possède une face plate et large comportant de grandes zones d’attache des muscles masticateurs : ses fameuses crêtes sagittales. Le volume de son cerveau – de quelque 500 centimètres cubes – est à peine plus grand que celui d’un gorille et correspond au tiers environ de celui d’un humain moderne. Le contraste existant entre les petites incisives, les canines situées à l’avant de la bouche et les prémolaires et molaires exceptionnellement grandes de l’arrière est frappant. Lorsque le paléoanthropologue sud-africain Phillip Tobias étudia le crâne, il compara les rangées de dents post-canines aux mâchoires d’un casse-noisette, ce qui amena des journalistes à surnommer OH5 Nutcracker Man, c’est-à-dire l’« humain casse-noisette ».

Toutefois, les recherches ultérieures suggérèrent que Z. boisei n’était probablement pas l’auteur des outils lithiques découverts en nombre dans les gorges d’Olduvaï, puisqu’en 1960 Homo habilis y fut aussi découvert. Cette forme à plus grand cerveau – le volume du cerveau habilis va de 500 à 900 centimètres cubes – faisait à l’époque un fabricant d’outil plus crédible (même si cet a priori a été récemment relativisé, au bénéfice du paranthrope… Ceci n’empêche pas qu’OH5 a joué un grand rôle pour deux raisons. La première est que ce fossile, en attirant l’attention du monde entier, a amené la National Geographic Society à financer les recherches des Leakey. La télévision n’était pas encore omniprésente dans les années 1950-1960, de sorte que pour de nombreux foyers anglophones, cette association constituait la principale source d’information sur le monde naturel. Ce fut bien ainsi que sa principale publication – le célèbre National Geographic – fit du nom Leakey un synonyme d’« étude des origines de l’humanité ».

La deuxième raison de la célébrité des hominines d’Olduvaï tient au fait qu’ils furent les premiers à être datés de façon fiable par les techniques paléomagnétique et radiochronométrique par le potassium-argon, deux méthodes que l’on commençait alors à utiliser. La première exploite le fait que les cendres volcaniques contiennent du potassium 40, un isotope radioactif se désintégrant en argon 40 à un rythme connu. Dès lors, les dosages du potassium et de l’argon dans un échantillon de cendres permettent de proposer un « âge radiologique ». Pour sa part, la datation paléomagnétique repose sur le fait que les inversions du champ magnétique terrestre – bien datées – sont enregistrées dans certaines strates sédimentaires, ce qui permet en interpolant les âges des couches intermédiaires de proposer un « âge paléomagnétique ». Ces nouvelles méthodes ouvraient la possibilité de situer les fossiles trouvés dans les gorges sur la longue séquence paléomagnétique établie à partir de carottes prélevées en profondeur dans la mer, et ainsi de leur attribuer un âge fiable. Dans le cas d’OH5, la mise en œuvre de ces techniques produisit un âge d’un peu moins de 2 millions d’années, proprement stupéfiant à l’époque.

Des indices en provenance d’Afrique de l’Est

En 1964, la découverte d’une grande mandibule à Peninj, sur la rive ouest du lac Natron, située au nord-est des gorges d’Olduvaï, apporta une nouvelle preuve de l’existence de P. boisei. Sur ce fossile remarquablement préservé se notait la même différence que sur OH5 entre de minuscules incisives et canines et d’énormes prémolaires et molaires. Depuis lors, des restes crâniens et mandibulaires, principalement des dents, ont été mis au jour sur des sites en Éthiopie et au Kenya. En 1964, lorsque Louis Leakey et plusieurs de ses collègues annoncèrent la découverte d’H. habilis, ils suggérèrent que même si Z. boisei était particulier, point n’était besoin de créer à partir de cette espèce un nouveau genre. C’est pourquoi on le désigne généralement désormais par le nom de Paranthropus boisei : une espèce faisant partie du genre Paranthropus, proche mais pas ancestral pour Homo, qui est un autre genre.

Le site à l’origine de la plus grande part des données fossiles sur P. boisei est Koobi Fora, situé sur la rive orientale du lac Turkana. En plus des fossiles des sites de la rive occidentale du lac, Koobi Fora a livré plusieurs crânes partiels ou complets et de nombreuses dents isolées et mandibules, entre lesquelles peu de variété est perceptible. Outre des crânes d’adultes similaires à OH5, plusieurs sont dénués de crête sagittale et dotés d’une face plus petite. On a d’abord cru à la présence d’une autre espèce, mais aujourd’hui la plupart des chercheurs s’accordent à penser qu’il s’agit simplement de crânes de paranthropes femelles.

Tous les fossiles de P. Boisei découverts jusqu’à présent proviennent d’une zone d’environ 1000 kilomètres carrés dans la partie orientale de l’Afrique. Le crâne OH5 fut le premier à être découvert dans les gorges d’Olduvaï, en Tanzanie, suivi par la mandibule de Peninj, située à une courte distance vers le nord-est. Des découvertes plus récentes, comprenant des fragments de crâne, de mandibules et de nombreuses dents, proviennent de Koobi Fora, au Kenya, ainsi que d’Olduvaï. Parmi elles, Nyayanga au Kenya, a fourni des dents de paranthropes sur un site de charognage, ce qui suggère qu’il y a 2,8 millions d’années, une forme de paranthrope ancestrale de P. Boisei a taillé des outils oldowayens pour mieux exploiter des carcasses animales.

Cette constatation suggère qu’au sein de P. boisei, de grandes différences de taille existaient entre les sexes. Un dimorphisme sexuel qu’on observe aussi chez les grands singes – par exemple chez les gorilles et les orangs-outans – notamment pour ce qui est de la taille et de la forme du crâne. Ces différences d’un sexe à l’autre sont à relier à la sélection sexuelle et à l’existence de systèmes de dominance sociale. On observe que chez les primates, une différence de tailles entre les canines des deux sexes correspond à la différence de corpulence. Plus massifs, les mâles montrent leurs grandes canines lorsqu’ils affrontent une menace ou sont en compétition pour l’accès aux femelles. Or, à cet égard, P. boisei se distingue radicalement : si, s’agissant du corps, le dimorphisme sexuel est extrême dans cette espèce, il est en revanche nul en ce qui concerne les canines. Dès lors, la façon dont la compétition entre mâles se traduisait chez ces primates est une énigme. On peut imaginer que le dimorphisme sexuel de P. boisei était prononcé pour les tissus mous : par exemple les mâles pourraient avoir eu un pelage comportant des taches de couleurs vives, comme c’est le cas chez les mandrills et les babouins actuels, ou se seraient distingués par des différences comportementales. Quoi qu’il en soit, rien de cela n’a été fossilisé.

L’espèce Paranthropus Boisei frappe de par son dimorphisme sexuel : tandis que les mâles ont une énorme articulation temporo-mandibulaire et une crête sur le sommet du crâne (dite « crête saggitale »), les femelles apparaissent beaucoup plus graciles et sont démunies de cette crête.

Des traits originaux

Ainsi, P. boisei se distingue des autres hominines fossiles non seulement par sa morphologie unique, mais aussi par l’assemblage de ses traits, dont chacun, pris individuellement, se retrouve au sein d’autres espèces. Il en a cependant aussi d’uniques, qui vont de la forme du crâne, en passant par ses minuscules incisives et canines, ses prémolaires et molaires massives, à une grande et large mandibule se logeant dans une cavité articulaire de grande taille, profonde et étroite. D’autres sont plus subtils, comme un émail dentaire exceptionnellement épais et des prémolaires inférieures ressemblant à des molaires. En outre, sur le côté de sa tête, les os sont articulés d’une curieuse façon : ils se chevauchent beaucoup plus que chez les humains modernes, les chimpanzés et les bonobos, ce qui confère à l’articulation de la mâchoire une bien plus grande solidité. Pour un hominine, la partie inférieure du crâne est aussi inhabituelle à cause d’un cerveau de taille modeste : le trou occipital par lequel passe la moelle épinière se trouve presque autant en avant que chez H. sapiens, ce qui suggère que P. boisei marchait debout sur ses membres postérieurs. Ces caractéristiques rendent son identification relativement facile, même lorsqu’on ne dispose que de fragments crâniens ou de morceaux d’émail dentaire. Au-delà de cette utilité taxonomique – à savoir l’identification de ces fossiles –, l’intérêt fonctionnel de bon nombre de ces traits dans le mode de vie de P. boisei n’est pas encore clair.

Les faces du chimpanzé et des paranthropes sont projetées vers l’avant, ce qui est le cas aussi chez les humains, sauf H. sapiens, dont la face est à la verticale de l’os frontal.

Ces traits distinctifs forment un ensemble qui a peu changé dans le cours de tout un million d’années. Quelle qu’ait été la niche écologique de P. boisei, sa réponse adaptative aux conditions de vie qui y régnaient fut durable ! Certains fossiles de paranthropes datant de plus de 2,3 millions d’années découverts en Éthiopie et à l’ouest du lac Turkana (s’étendant entre Kenya et Éthiopie) constituent une exception, raison pour laquelle certains chercheurs incluent ces spécimens anciens dans P. boisei, tandis que d’autres les attribuent à une espèce distincte, probablement son ancêtre.

Le nom de P. aethiopicus, espèce ancienne de paranthrope, fut attribué pour la première fois à une mandibule vieille de 2,6 millions d’années trouvée en Éthiopie. Lorsqu’un crâne vieux de 2,5 millions d’années, présentant des crêtes sagittales semblables à celles de P. boisei mais une face saillante, fut retrouvé sur la rive ouest du lac Turkana, il sembla naturel de se demander si ce spécimen devait aussi être attribué à P. aethiopicus. Aucune couronne dentaire n’était malheureusement conservée sur ces deux fossiles, mais l’espace occupé par les racines des dents post-canines suggère que les couronnes des prémolaires et des molaires de l’espèce devaient être de taille similaire à celles de P. boisei. Ainsi, l’ancêtre probable de ce dernier aurait eu une mâchoire plus saillante, de plus grandes incisives, une base crânienne plus simiesque et des couronnes et racines de prémolaires plus simples.

Mais l’énumération des traits distinctifs de P. boisei ne rend pas justice à l’originalité de sa morphologie. Il n’est pas seulement inhabituel par rapport aux humains modernes, mais ne ressemble à aucun des primates actuels. Un genre de lémurien récemment éteint, Hadropithecus et un genre de singe fossile de Chine Gigantopithecus partagent certaines de ses caractéristiques faciales et dentaires, mais pas toutes. Quant au rôle écologique de P. boisei dans les paysages pléistocènes d’Afrique de l’Est, une étude réalisée en 2020 par l’équipe de Larisa DeSantis, de l’université privée Vanderbildt, dans le Tennessee, suggère que le tapir – un ongulé lointainement apparenté au cheval, au zèbre et au rhinocéros – pourrait être son homologue vivant le plus proche, du moins pour ce qui est de l’alimentation.

Des têtes, des épaules, pas de genoux ni d’orteils

Un lecteur attentif pourra se demander pourquoi les discussions sur les données fossiles se concentrent tant sur le crâne, la mâchoire inférieure et les dents. Plusieurs raisons à cela : certaines parties du corps sont plus susceptibles d’être fossilisées que d’autres, car la décomposition en quelques mois des tissus mous tend à disperser les os non crâniens, plus fragiles que ceux du crâne fermement soudés très tôt dans la vie ; les dents, très solides, sont aussi si bien insérées dans les mâchoires, en particulier dans la mandibule, qu’elles tendent à rester en place longtemps après la mort. De fait, la mandibule et certaines parties du crâne contiennent beaucoup d’os cortical dense, qui résiste mieux que les os à structure plus fragile et spongieuse tels que les vertèbres, les os de la main ou ceux du pied. Les dents, pour leur part, sont constituées des deux sous-structures les plus dures du corps, l’émail et la dentine, toutes les deux facilement fossilisées puisqu’elles sont minéralisées à la base. Ainsi, à moins qu’un cadavre n’ait été enterré délibérément, les chercheurs ont bien plus de chances de retrouver des parties de la tête que du reste du squelette, phénomène qui concerne P. boisei aussi.

Il arrive cependant que des os longs fossilisés et d’autres parties du squelette non crânien soient parfois découverts, mais, même dans ces cas, il est rare qu’ils soient solidement associés à d’autres os des membres ou au reste de la tête. Coup de chance, deux squelettes de P. boisei ont été découverts récemment, l’un à Olduvaï et l’autre à Koobi Fora. OH80, celui d’Olduvaï, est le squelette partiel d’un adulte, comprenant des prémolaires typiques de P. boisei et des os longs des membres supérieurs et inférieurs relativement bien conservés. Le squelette trouvé à Koobi Fora comprend des fragments substantiels d’os de l’épaule, du bras et de la main, tous provenant du bras droit d’un adulte. Accompagnés de plusieurs autres os des membres de la même espèce, ces fossiles suggèrent que P. boisei avait des bras puissants. Si, comme le suggère la position de son trou occipital, ce paranthrope était presque certainement bipède, il devait aussi être resté capable de grimper. Toutefois, l’indicateur fiable de la capacité à grimper qu’est la longueur relative de ses bras par rapport à celle de ses jambes reste hors de notre portée.

Pas d’aboiement, mais des morsures

L’aspect le plus déconcertant de P. boisei est peut-être la taille exagérée de ses dents post-canines et leur émail d’une épaisseur considérable. D’autres hominines anciens, tels que P. robustus, à la morphologie crânienne similaire, sont aussi des mégadontes – ont de grosses dents –, mais on peut qualifier P. boisei d’hypermégadonte ; ses molaires sont en effet environ quatre fois plus grandes que celles d’un humain moderne de taille équivalente. Chez un humain moderne, la couronne de la première molaire est à peu près de la taille de l’ongle de son petit doigt, alors que chez P. boisei, elle a celle de l’ongle de notre pouce.

L’origine génétique de ce trait singulier n’est pas connue. Cependant, elle est probablement due à des changements développementaux impliquant, d’une part, des gènes homéotiques (homeobox, en anglais), impliqués dans la morphogenèse, c’est-à-dire dans la régulation des modèles de développement anatomique au cours du développement embryonnaire précoce, et, d’autre part, des gènes contrôlant l’activité des cellules améloblastes, celles qui produisent l’émail des dents. Même un changement mineur dans le contrôle de la production d’émail pourrait avoir un effet majeur. Une activité des améloblastes un peu plus importante chaque jour et prolongée se traduit par des couronnes dentaires plus larges et par un émail plus épais. Les anthropologues Ian Towle et Joel Irish, de l’université John-Moores, à Liverpool, ont suggéré que le ou les gènes impliqués pourraient aussi être à l’origine des petits trous à la surface de l’émail, nommés « trous d’hypoplasie », que l’on observe sur de nombreuses dents de P. boisei. Young-Jae Kim et ses collègues de l’université de Séoul ont établi un lien entre le trait phénotypique (c’est-à-dire apparent) que sont ces petits trous dans l’émail et la façon dont les améloblastes se collent les uns aux autres pendant sa formation ; le phénomène a en effet son équivalent actuel chez certains de nos contemporains présentant une mutation particulière dans le gène LAMB3.

Nous ignorons si ce sont là vraiment les mécanismes à l’origine des énormes dents masticatrices de P. boisei, mais quoi qu’il en soit, il est clair que ce trait devait conférer un avantage adaptatif à l’espèce ; le caractère, sinon, n’aurait pas persisté des milliers de générations durant. L’explication la plus plausible semble être qu’un mode de vie d’herbivore aurait produit les énormes molaires, la grande mandibule, les os de la joue évasés et les crêtes sagittales où s’attachaient les muscles masticateurs de P. boisei. Une surface et des volumes importants des dents permettent en effet à un herbivore de mâcher efficacement des aliments coriaces tout au long de sa vie.

En outre, les isotopes stables extraits de l’émail de P. boisei suggèrent qu’il avait un régime alimentaire dominé par des plantes en C4, telles les graminées ; sous les tropiques, la plus grande partie de cette nourriture n’a qu’une valeur nutritionnelle limitée. Même si les graminées ont vraisemblablement constitué la base de son régime alimentaire, sa morphologie dentaire devait lui rendre possible de consommer aussi des fruits à coques ainsi que des graines à coquille dure, soit en complément de son régime habituel, soit pour s’alimenter en attendant de retrouver sa nourriture végétale préférée.

L’épaisseur de l’émail aurait protégé les dents post-canines de l’effet abrasif des concrétions de silice contenues dans les tissus végétaux – ce que l’on nomme les « phytolithes » – et de celui d’éventuelles fines particules de pierre tout en aidant à répartir les grandes forces engendrées par le fait de mordre des objets durs. Ainsi, étonnamment, la morphologie spécialisée de P. boisei lui permettait sans doute d’être un généraliste alimentaire ! Pour autant, il semble à peu près certain que son régime ne comprenait guère de viande. En effet, pour pouvoir découper et mâcher la viande, il faut des canines et des prémolaires en forme de lames, et des molaires comportant des reliefs dentaires – des cuspides – acérés. Les dents de P. boisei n’ont ni l’une ni l’autre de ces caractéristiques. Autre possibilité : pratiquer la « mastication outillée », comme le suggèrent de récentes découvertes.

Pendant plus de 1 million d’années, les signaux alimentaires de P. boisei sont restés les mêmes. En outre, l’étude des isotopes stables réalisée récemment par une équipe emmenée par le géologue Jonathan Wynn, de l’université de Floride du Sud, suggère que le régime alimentaire de P. boisei a changé avant que sa morphologie ne se transforme. Ce serait donc une modification de son comportement qui aurait induit les mutations morphologiques qui le rendent si particulier, notamment ses dents. Ce déroulement – d’abord un changement comportemental, ensuite un changement biologique induit – n’a rien d’étonnant.

En revanche, les signaux alimentaires des espèces du genre Homo, qui faisaient à l’origine penser au régime chimpanzé, se mettent à évoluer à partir d’il y a 1,7 million d’années et reflètent un régime dominé par les aliments en C4. Les chercheurs pensent que ce changement marque le moment où ces espèces commencent à façonner et à employer des outils en pierre, un comportement nouveau qui leur rend possible d’exploiter des carcasses, de transformer et de consommer non seulement des végétaux, mais aussi de la viande. À partir de ce moment-là, au lieu de consommer directement des plantes en C4, Homo se nourrit de plus en plus d’animaux.

Si proche, si loin

Dans une version minimaliste de l’arbre de vie, le rameau représentant les hominines contiendrait toutes les espèces qui relient le plus ancien d’entre eux à l’homme moderne. À une période donnée de l’histoire évolutive humaine, il n’y aurait qu’un seul taxon (ou espèce) hominine. Toutefois, la découverte à partir de 1959 de P. boisei, puis de celle d’H. habilis dans les mêmes strates des gorges d’Olduvaï montrent que cette vision est fausse. P. boisei met non seulement en évidence la diversité taxonomique hominine, mais ce proche parent, qui n’est pas notre ancêtre, illustre aussi le fait qu’au sein de la lignée humaine, un certain buissonnement a produit de nombreuses variations à partir d’une forme de base ; le rameau hominine n’était pas spécialement prédestiné à produire les humains modernes !

Les hominines correspondent à l’ensemble des formes d’hominidés issues de notre ancêtre commun avec le chimpanzé. Depuis la divergence entre la lignée chimpanzée et la lignée humaine, il y a de 6 à 10 millions d’années, le rameau humain s’est développé en trois stades successifs : d’abord des ardipithèques (Ar.), suivis des australopithèques (Au.) graciles et robustes (paranthropes, P.), puis par les humains (H.).

Les divers environnements rencontrés par les hominines en Afrique ont produit une large gamme de réponses adaptatives ; à ce stade, celle de P. boisei est la plus exotique de celles qui sont connues. La paléoanthropologie n’est pas une science expérimentale, où l’on pourrait monter des expériences à l’aide d’organismes modèles. Nous sommes limités à observer les effets de la sélection naturelle sur les formes apparaissant au cours de l’histoire évolutive, lesquels ont conduit aux divers hominines, dont il ne reste que nous. La tâche des paléoanthropologues consiste à reconstruire au mieux à partir des données recueillies dans quelles conditions ces sortes d’expériences naturelles se sont déroulées.

Il est probable que P. boisei partage avec le genre Homo un ancêtre commun relativement récent (entre 3 millions et 2,5 millions d’années). Cependant, sa morphologie dentaire inhabituelle et son singulier dimorphisme sexuel font qu’il est difficile de reconstruire les conditions qui ont entraîné son émergence, puis son extinction. Quelles que soient ces conditions, elles ont donné naissance à un hominine, qui est resté relativement stable pendant plus de 1 million d’années. Pour bien comprendre l’évolution de notre lignée, résoudre l’énigme de P. boisei compte autant que de déterminer l’origine d’Homo : ce cousin proche peut en effet nous en apprendre beaucoup sur les conditions dans lesquelles nos ancêtres humains ont évolué et sur les contraintes qu’ils ont subies. En réduisant notre méconnaissance de P. boisei, nous diminueront celle que nous avons de notre propre origine.

Source : Pour la Science du 25/04/2023

jeudi 16 février 2023

Ces outils ont 3 millions d’années et n’auraient pas été fabriqués par nos ancêtres

Des éléments de preuve suggèrent que les paranthropes (Paranthropus), des cousins des humains, se servaient d’outils. Jusqu’alors, les scientifiques croyaient qu’ils ne se servaient que de leurs dents et de leurs mâchoires pour manger.

Sur un site fouilles du sud-ouest du Kenya, des archéologues ont découvert des outils caractéristiques en pierre qui pourraient avoir été fabriqués il y a trois millions d’années et de fait être les plus anciens de ce type à avoir jamais été mis au jour.

Plus surprenant encore, les outils dont il est question ont été découverts près de fossiles de paranthropes (Paranthropus), des homininés qui ne sont pas des ancêtres des humains d’aujourd’hui.

Ces découvertes renforcent les théories selon lesquelles des homininés extérieurs au genre Homo ont utilisé des outils en pierre. Elles repoussent également de plusieurs milliers d’années la date de l’apparition de la technique oldowayenne, une méthode de fabrication d’outils est-africaine qui remonte au début du Paléolithique.

D’après la paléoanthropologue Emma Finestone, conservatrice adjointe du service des origines humaines au Musée d’histoire naturelle de Cleveland, dans l’Ohio, on soupçonnait depuis plusieurs années déjà Paranthropus de s’être servi d’outils.

Mais l’idée était tombée en disgrâce, notamment parce qu’on considérait que les homininés du genre Homo qui, eux, se servaient bel et bien d’outils en pierre, étaient plus intelligents, et parce que Paranthropus avait des dents et des mâchoires larges qui laissaient penser qu’il n’avait peut-être pas eu besoin d’outils pour transformer ses aliments.

Mais avec cette nouvelle découverte, « là c’est bon, je change d’avis », capitule Emma Finestone, qui faisait partie de l’équipe qui a travaillé de 2014 à 2022 à Nyayanga, site archéologique du sud-ouest Kenya sur les rives du lac Victoria.

Un vaste amphithéâtre naturel gît là et est rempli d’outils de pierre, principalement fabriqués à partir de quartz et de rhyolites, et des os fossilisés d’animaux mangés par des homininés primitifs. Parmi ces outils, on trouve des morceaux tranchants ayant servi à découper et à racler ; le cœur des roches (le matériau de base) desquelles ils ont été extraits ; et les percuteurs utilisés pour marteler les roches.

Révolution technologique

Sur une période de plus de dix ans, l’équipe de recherche, dirigée par Thomas Plummer, a identifié plus de 300 outils oldowayens sur le site de fouilles ; en 2019, ils ont également découvert une dent de Paranthropus. Une deuxième dent provenant d’un spécimen de Paranthropus différent a depuis été mise au jour au milieu d’un « éparpillement » d’ossements d’hippopotames découpés.

La plupart des connaisseurs pensaient que Paranthropus ne se servait que de ses dents robustes pour manger, mais « voilà qu’on retrouve Paranthropus sur un site en compagnie d’outils de pierre et d’un hippopotame dépecé », s’étonne Thomas Plummer, professeur d’anthropologie au Queens College de l’Université de la ville de New York et auteur principal de l’étude parue le 9 février 2023 dans la revue Science.

Les chercheurs ne peuvent être certains que ces outils ont été fabriqués et utilisés par Paranthropus, car des homininés appartenant à d’autres genres (comme Homo habilis) fréquentaient également la région de Nyayanga. Mais il y a de fortes chances que ce soit le cas.

Les outils et les dents découverts à Nyayanga se trouvaient dans des sédiments vieux de 2,6 à 3 millions d’années. D’après Thomas Plummer, ces outils pourraient avoir été confectionnés il y a 2,9 millions d’années environ, ce qui correspond à la partie haute de cette estimation.

L’imposante roche sur la gauche a servi de matériau de base pour la fabrication d’artefacts oldoweyens. Des homininés ont martelé le corps de la pierre à l’aide de percuteurs afin d’en extraire des copeaux tranchants et d’en faire des outils.

Avant cela, les plus anciens outils oldoweyens connus dataient d’il y a 2,6 millions d’années et provenaient de la région d’Afar, en Éthiopie, à près de 1 300 kilomètres au nord.

Bien que certains outils en pierre encore plus anciens (3,3 millions d’années) aient été mis au jour sur un unique site du nord-ouest du Kenya, la conception d’outils oldoweyens plus petits et plus légers a été une révolution technologique.

Malgré leur apparence abrupte, les outils oldoweyens se sont propagés sur la plupart du continent africain et même en dehors, et des espèces du genre Homo ont continué à en fabriquer et à s’en servir plus d’un million d’années.

« Les outils oldoweyens sont une technologie très importante, affirme-t-il. C’est saillant à la fois dans l’espace et dans le temps. »

Il a bon espoir que de futures découvertes de fossiles Paranthropus scelle pour de bon l’idée selon laquelle cet homininé non Homo a pu fabriquer ces outils. En outre, il va falloir s’intéresser de nouveau à plusieurs sites datant d’époques ultérieures où des fossiles de Paranthropus ont été découverts : Paranthropus pourrait avoir créé ces outils, et non des individus du genre Homo comme on le pensait.

Dépeçage d'hippopotame

Selon Bernard Wood, paléoanthropologue de l’Université George-Washington, à Washington, qui n’a pris part à l’étude, le fait que des homininés dépeçaient des hippopotames à cette époque est un autre aspect intéressant des découvertes réalisées à Nyayanga.

Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que le dépeçage d’animaux aussi imposants n’est intervenu que bien plus tard, après que les homininés sont devenus plus gros et plus doué pour la chasse.

« Personne ne dit qu’ils chassaient ces animaux imposants, mais peut-être qu’il leur arrivait de tomber dessus quand ils mouraient et qu’ils se rendaient compte que la chair et les os pouvaient leur servir, explique-t-il. On a pu spéculer sur la probabilité de ce fait mais là, il y a des preuves archéologiques tangibles. »

Neil Roach, biologiste de l’évolution humaine de l’Université Harvard qui n’a pas pris part aux recherches, ajoute que les grands singes et les singes d’aujourd’hui comme les capucins fabriquent des outils en pierre, et que l’on peut donc s’attendre à ce que des homininés non Homo aient se soient servis de tels objets.

« La vieille idée selon laquelle les outils seraient apparus avec Homo il y a environ deux millions d’années avait déjà fait long feu, et cela permet d’enfoncer encore un peu plus le clou », déclare-t-il.

Source : National Geographic du 15/02/2023

samedi 23 avril 2022

mardi 22 décembre 2020

Bernard Wood : "des preuves potentiellement embarrassantes contre la bipédie de Toumaï "

L'article suggérant que Toumaï n'était pas bipède a été très critiqué. L'anthropologue Bernard Wood défend ici la nécessité de publier ce travail "même préliminaire" suite à l'omerta qui aurait régné jusqu'à présent au sujet de cet os critique.

Toumaï, vieux de 7 millions d'années et découvert au Tchad, était un quadrupède, plus proche du chimpanzé que des grands ancêtres de l’humanité, suggère une étude de son fémur, parue dans le Journal of Human Evolution. Ce travail a suscité de nombreuses critiques, portant notamment sur l’accès que les auteurs ont eu au fossile et même sur la légitimité de leur publication. Le paléoanthropologue Bernard Wood du département anthropologie de l’Université Columbian à Washington (Etats-Unis) y répond.


Le crâne de Toumaï au milieu d'autres fossiles, dont le fémur (os long à droite), connu depuis 2004, vient seulement d'être publié.

Sciences et Avenir : Pourquoi avoir publié cette analyse sur le fémur de Toumaï, sans attendre les résultats définitifs de l’équipe de Poitiers qui s’y est (enfin) attelée ?

Bernard Wood : Qu'il soit un ancêtre humain ou non, Sahelanthropus tchadensis est un taxon d'une importance critique. Toute information supplémentaire, sans même parler des preuves fossiles précieuses sur les membres, qui peuvent nous informer sur sa posture et sa locomotion, est comme de la « poussière d'or ». Ainsi, il a été particulièrement frustrant de savoir que cette précieuse preuve existe, mais que pour une raison quelconque, les chercheurs qui l'ont récupérée ont décidé de ne pas la partager avec la communauté scientifique. Ils ont parfaitement le droit d'être les premiers à le publier, mais ce privilège s'accompagne de l'obligation de le faire en temps opportun.

"Si la nouvelle de l’existence de notre manuscrit n’était peut-être pas parvenue aux chercheurs concernés, la communauté scientifique serait toujours privée d’information"

L’article suggérant que Toumaï n’est pas bipède, et dont vous êtes le dernier signataire, s’appuie largement sur des photos et une pré-analyse conduite par Aude Bergeret en 2004. Est-il légitime selon vous, de publier sans avoir eu accès de nouveau à la pièce ?

Quel est donc le plus grand mal ? Ne pas mettre des preuves importantes, mais potentiellement embarrassantes, à la disposition de la communauté scientifique, et peut-être pénaliser une étudiante (Aude Bergeret, NDLR) pour sa perspicacité… ou rendre les preuves disponibles, bien que non conventionnelles, afin que la communauté scientifique puisse en tenir compte ? Je soupçonne que si nous n’avions pas soumis notre manuscrit à la fin de l’année dernière et que la nouvelle de son existence n’était peut-être pas parvenue aux chercheurs concernés, la communauté scientifique serait toujours privée de toute information sur cette "nouvelle" preuve fossile importante contre la bipédie de Toumaï.

"Ce n'est pas la publication définitive sur Toumaï"

Vous dites que vos preuves sont potentiellement embarrassantes. Mais votre travail ne clôt pas la controverse sur la bipédie de Toumaï ?

Quiconque lit attentivement notre article comprendra que nous n'essayons pas de le faire passer pour la publication définitive de ce spécimen. Nous avons expliqué, au meilleur de nos connaissances, qui l'a trouvé et les circonstances de la découverte. Nous avons également souligné que notre contribution n'était pas définitive. Son but est d'introduire la première preuve postcrânienne de Sahelanthropus tchadensis. Nous devons souligner que nos observations sur la diaphyse fémorale sont préliminaires. Elles sont limitées à ce que nous pouvons glaner dans la littérature, plus un accès limité et bref au fossile original. Nous espérons que les responsables de la conservation du spécimen original mèneront une étude comparative plus détaillée et approfondie, y compris des évaluations des propriétés géométriques transversales et de la structure interne.

Source : Sciences et Avenir du 25/11/2020


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vendredi 27 novembre 2020

Bernard Wood : "des preuves potentiellement embarrassantes contre la bipédie de Toumaï "

L'article suggérant que Toumaï n'était pas bipède a été très critiqué. L'anthropologue Bernard Wood défend ici la nécessité de publier ce travail "même préliminaire" suite à l'omerta qui aurait régné jusqu'à présent au sujet de cet os critique.

Toumaï, vieux de 7 millions d'années et découvert au Tchad, était un quadrupède, plus proche du chimpanzé que des grands ancêtres de l’humanité, suggère une étude de son fémur, parue dans le Journal of Human Evolution. Ce travail a suscité de nombreuses critiques, portant notamment sur l’accès que les auteurs ont eu au fossile et même sur la légitimité de leur publication. Le paléoanthropologue Bernard Wood du département anthropologie de l’Université Columbian à Washington (Etats-Unis) y répond.

Sciences et Avenir : Pourquoi avoir publié cette analyse sur le fémur de Toumaï, sans attendre les résultats définitifs de l’équipe de Poitiers qui s’y est (enfin) attelée ?

Bernard Wood : Qu'il soit un ancêtre humain ou non, Sahelanthropus tchadensis est un taxon d'une importance critique. Toute information supplémentaire, sans même parler des preuves fossiles précieuses sur les membres, qui peuvent nous informer sur sa posture et sa locomotion, est comme de la « poussière d'or ». Ainsi, il a été particulièrement frustrant de savoir que cette précieuse preuve existe, mais que pour une raison quelconque, les chercheurs qui l'ont récupérée ont décidé de ne pas la partager avec la communauté scientifique. Ils ont parfaitement le droit d'être les premiers à le publier, mais ce privilège s'accompagne de l'obligation de le faire en temps opportun.

"Si la nouvelle de l’existence de notre manuscrit n’était peut-être pas parvenue aux chercheurs concernés, la communauté scientifique serait toujours privée d’information"

L’article suggérant que Toumaï n’est pas bipède, et dont vous êtes le dernier signataire, s’appuie largement sur des photos et une pré-analyse conduite par Aude Bergeret en 2004. Est-il légitime selon vous, de publier sans avoir eu accès de nouveau à la pièce ?

Quel est donc le plus grand mal ? Ne pas mettre des preuves importantes, mais potentiellement embarrassantes, à la disposition de la communauté scientifique, et peut-être pénaliser une étudiante (Aude Bergeret, NDLR) pour sa perspicacité… ou rendre les preuves disponibles, bien que non conventionnelles, afin que la communauté scientifique puisse en tenir compte ? Je soupçonne que si nous n’avions pas soumis notre manuscrit à la fin de l’année dernière et que la nouvelle de son existence n’était peut-être pas parvenue aux chercheurs concernés, la communauté scientifique serait toujours privée de toute information sur cette "nouvelle" preuve fossile importante contre la bipédie de Toumaï.

"Ce n'est pas la publication définitive sur Toumaï"

Vous dites que vos preuves sont potentiellement embarrassantes. Mais votre travail ne clôt pas la controverse sur la bipédie de Toumaï ?

Quiconque lit attentivement notre article comprendra que nous n'essayons pas de le faire passer pour la publication définitive de ce spécimen. Nous avons expliqué, au meilleur de nos connaissances, qui l'a trouvé et les circonstances de la découverte. Nous avons également souligné que notre contribution n'était pas définitive. Son but est d'introduire la première preuve postcrânienne de Sahelanthropus tchadensis. Nous devons souligner que nos observations sur la diaphyse fémorale sont préliminaires. Elles sont limitées à ce que nous pouvons glaner dans la littérature, plus un accès limité et bref au fossile original. Nous espérons que les responsables de la conservation du spécimen original mèneront une étude comparative plus détaillée et approfondie, y compris des évaluations des propriétés géométriques transversales et de la structure interne.

Source : Sciences et Avenir du 25/11/2020

samedi 21 novembre 2020

Une étude inattendue suggère que Toumaï marchait à quatre pattes

La controverse sur le fémur de Toumaï rebondit : une analyse parue dans le Journal of Human Evolution suggère que l'espèce découverte en 2001 au Tchad était un quadrupède plus proche du chimpanzé. Le Sahelanthropus du Tchad, vieux de 7 ma, va t-il perdre son statut de plus vieil ancêtre des humains ? L'étude est déjà très critiquée...


 

Après plus d'une décennie dans l'ombre, un fossile crucial de Toumaï, réputé être le grand ancêtre de l'humanité, vient enfin d'être décrit scientifiquement et publié dans la revue Journal of Human Evolution (JHE). Cet os de la jambe suggèrerait que Sahelanthropus tchadensis, vieux de 7 millions d'années, ne marchait pas sur deux jambes et était plutôt apparenté à d'autres singes comme les chimpanzés, selon les auteurs ! Un choc qui vient nourrir la controverse autour de ce crâne superbe découvert par une mission franco-tchadienne dirigée par le paléoanthropologue Michel Brunet en 2002.

L'article scientifique publié par Journal of Human Evolution est signé par le paléoanthropologue Roberto Macchiarelli, de l'Université de Poitiers et du Département Homme & Environnement du CNRS et du Muséum National d'Histoire Naturelle, ainsi que par son ancienne étudiante Aude Bergeret : ils étaient les premiers, en 2004, à avoir repéré l'os de la jambe parmi les restes rapportés du Tchad avec le crâne et s'étonnaient qu'une pièce aussi importante pour déterminer la bipédie, -même si elle est déformée et cassée par endroits-  ne soit pas étudiée ou publiée.

L'article de Roberto Macchiarelli et Aude Bergeret prend de vitesse celui d'une équipe de Poitiers

Las d'attendre, ils ont décidé de publier leur propre analyse qui vient d'être acceptée par une revue de bonne tenue. En s'appuyant sur des photos et une pré-analyse conduite à l'époque... Roberto Macchiarelli admet d'ailleurs n'avoir tenu l'os en main que 3 mn au cours de sa vie avant de ne plus jamais y avoir accès.  Quoiqu'il en soit, l' article du JHE prend de vitesse celui de Frank Guy (CNRS/Université de Poitiers) et ses collègues tchadiens, qui entendent démontrer à l'inverse que le fémur atteste la bipédie de Toumaï, mais est toujours en cours de relecture et de validation par des pairs scientifiques.

Aude Bergeret-Medina et Roberto Macchiarelli  se sont associés au biomécanicien  italien Damiano Marchi , de l'Université de Pise et au célèbre paléontologue britannique Bernard Wood, de l'université Georges Washington (Etats-Unis), pour étudier la morphologie externe de l’os (sa morphologie interne est l’objet d’un article en cours de publication par une équipe de Poitiers).

Une courbure simiesque

Ils soutiennent au final que le fémur n'est pas celui d'un animal bipède. "Le degré de courbure de l’os, très arqué vers l'avant, est plutôt typique des chimpanzés", explique Roberto Macchiarelli. La tête du fémur (qui articule l’os avec la hanche) est liée au corps du fémur par un pont d’os, appelé le col, explique le paléoanthropologue. Le degré de cet "emmanchement" tête-corps du fémur n'est pas le fruit du hasard mais il est corrélé au comportement locomoteur. Pour assurer la transmission verticale des charges mécaniques en garantissant l'équilibre du corps, chez les bipèdes comme les humains actuels, ou encore les australopithèques fossiles, cet "emmanchement" tête-corps du fémur est en moyenne inférieure à 130°" .Une condition retrouvée aussi, selon lui chez Orrorin tugenensis,  très probablement un membre de la lignée humaine âgé de 6 millions d'années découvert au Kenya. Or, chez Sahelanthropus tchadensis, l’angle entre le col et le corps du fémur est très ouvert, approchant, voire dépassant même, les 140°, une condition retrouvée uniquement chez l'orang-outang, un grand singe arboricole.

Le statut d'ancêtre de Toumaï doit-il être révisé ?


Dès lors, c'est le statut d'ancêtre de l'humanité de Toumaï qui doit être révisé estiment les auteurs.

"La forme du fémur, sa morphologie générale ne ressemblent pas à celle d’un bipède", estime également Brigitte Senut au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, France, co-découvreuse d’Orrorin, qui avait écrit dès 2002, à partir de l'analyse du crâne de Toumaï que ce dernier était plutôt à ranger du côté des ancêtres des grands singes.


Des critiques sur la méthode

D'autres scientifiques sont plus circonspects. "Il est difficile de donner un avis sur les aspects scientifiques liés à ce fossile, explique Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme. L'article publié se limite à quelques mesures de zones fragmentées et déformées, comparées avec des échantillons qui ne sont pas équivalents. Le type d'analyse effectuée (des between-groups, méthode décriée) a pour objectif de maximiser les différences entre les groupes. Pourtant, ils restent très proches les uns des autres, le fémur tchadien tombant à chaque fois dans la variabilité des chimpanzés et des humains actuels. Il est impossible d'en conclure quelque chose. D'autant qu'un article bien plus complet, visible en préprint, est en cours d'expertise et qu'il apportera des éléments solides à discuter ". Trancher en l'état parait donc précipité.

Il subsiste également un doute concernant le fémur. "Appartient-il au même individu et à la même espèce que S. tchadensis? " s’interroge Martin Pickford, paléontologue au MNHN. Trouver en surface les restes de deux espèces de grands singes coté à cote, et de même taille me semble improbable. De surcroît, les fossiles ayant été ramassés à la surface (voir photo ci dessus) , il y un doute sur leur âge. Les proboscidiens (proches des éléphants) et suidés (cochons) trouvés dans le même secteur ont en effet entre 10 millions d’années et 4 millions d’années.

Une communauté sous le choc

Concentrée sur son article à paraitre et à peaufiner, l'équipe de Franck Guy  et Guillaume Daver à Poitiers décline tout commentaire pour le moment. Selon plusieurs sources, une partie de la communauté paléoanthropologique est sous le choc et s'interroge sur les conditions dans lesquelles Roberto Macchiarelli et son équipe ont eu accès au précieux fossile ainsi que sur les autorisations qu'ils auraient requises. L'équipe de Poitiers "est d'ailleurs en discussion avec ses tutelles CNRS/Université de Poitiers quand à la conduite à tenir."

"La question de l'accessibilité aux fossiles est d'importance, estime Antoine Balzeau. Ils font partie du patrimoine de l'humanité et résultent du travail minutieux de chercheurs de terrain. Mais cette thématique n'est nullement abordée dans cet article et ne justifie donc aucunement sa publication". 


Source : Science et Avenir du 20/11/2020

lundi 10 février 2020

Homo georgicus (Homme de Dmanissi)

Homo georgicus (« Homme de Géorgie » en latin), ou Homme de Dmanissi, est une espèce éteinte du genre Homo, décrite en 2002 à partir de fossiles découverts à Dmanissi, en Géorgie (Caucase). Ces fossiles sont datés de 1,8 million d'années et appartiennent donc aux premiers représentants du genre Homo attestés à ce jour hors d'Afrique. La position phylogénétique de ces fossiles fait encore l'objet de débats, leur grande diversité morphologique ayant suscité parmi les chercheurs une certaine perplexité sur la variabilité interne de cette nouvelle espèce et sur la validité des différents taxons humains actuellement admis.

Analyses

Les deux crânes découverts en 1999 furent initialement considérés comme proches d'Homo ergaster. Le crâne de 2001 était moins volumineux et présentait certains points communs avec Homo habilis. Toutefois les différents fossiles étaient trop proches pour relever d'espèces distinctes et ils furent tous rapportés à Homo georgicus, dont D2600 est le spécimen type.

Des chercheurs soutiennent l'appartenance des fossiles à Homo habilis. En effet, ils ont effectué la comparaison entre le crâne d'un juvénile presque adulte, D2700, découvert en 2001, et celui de KNM-ER 1813, un Homo habilis adulte découvert au Kenya. Les conclusions ont montré des ressemblances au niveau de la face. Cependant, la face étant probablement la dernière partie qui se met en place chez un individu, cette hypothèse est contestée. Ainsi, pour Fred Spoor, ces fossiles sont simplement des Homo erectus car le neurocrâne de D2700 ressemble fortement à celui d'Homo erectus malgré une taille plus petite.

L'un des découvreurs, David Lordkipanidze, ne tranchait pas, en 2008, entre les différentes attributions possibles, considérant d'une part qu'il y a des ressemblances marquées avec les Homo ergaster / erectus et les Homo habilis, mais d'autre part que les fossiles montrent aussi des mélanges de traits qui leur sont propres.

Pour l'équipe de chercheurs de 2013, l'échantillon de Dmanissi fournit une preuve directe de la grande variabilité morphologique existant à l'intérieur des premières populations d’Homo, aussi bien qu'entre elles. De la comparaison des crânes de Dmanissi et des fossiles de la même période découverts en Afrique et en Asie, ils tirent la conclusion que plusieurs appellations taxonomiques existantes au sein du genre Homo seraient à regrouper.

Bernard Wood, s'il pense probable l'appartenance des différents crânes de Dmanissi à une même espèce, se déclare sceptique devant l'extrapolation de ce résultat à l'ensemble des populations d’Homo de la période : il souligne que les classifications établies ne reposent pas seulement sur la morphologie crânienne et que d'autres critères (par exemple, la longueur des bras) justifient les distinctions taxonomiques actuelles. De même, Fred Spoor considère que l'usage fait de l'analyse morphologique est inadéquat pour la distinction des différentes espèces.

Sa fiche sur Wikipedia

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Qui ?
Espèce créée spécifiquement pour des fossiles découverts dans la grotte de Dmanissi (Caucase), faute de pouvoir les rattacher avec certitude aux Homo ergaster ou habilis.

Quand ?
Il y a 1,8 million d'années.

Taille ?
1,50 mètre avec un cerveau de 750 cm3.

mardi 22 octobre 2013

Un crâne qui en révèle plus sur notre histoire

Le crâne complet d'un homme préhistorique vieux de 1,8 million d'années a été mis au jour près de Dmanisi, en Géorgie. Cette découverte soulève la possibilité que les espèces Homo habilis, Homo erectus, Homo rudolfensis ne seraient pas distinctes, mais ne représenteraient que des variations au sein d'une seule et même grande espèce.

Explications

Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, le nouveau crâne est bien préservé et comprend une petite boîte crânienne, une longue face et de grandes dents.

Selon les chercheurs, ces restes appartiennent à l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain.

Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l'Homo habilis, l'Homo rudolfensis et l'Homo erectus, ne différaient en fait que par leurs apparences.

La mâchoire appartenant au crâne de Dmanisi a été trouvée cinq ans avant le reste du crâne, le plus massif jamais trouvé sur le site de Dmanisi en partie excavé et qui fait dire aux chercheurs qu'il s'agissait d'un mâle.

Au même endroit, les chercheurs ont découvert quatre autres crânes appartenant à des ancêtres humains différents, ainsi que divers animaux et plantes fossilisés, et quelques outils de pierre.

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période, ce qui a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l'homme moderne qui ont coexisté.

Les chercheurs expliquent que si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes, car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques.

Outre la petite taille de son cerveau, qui correspond à environ un tiers de la taille de celui d'un homme moderne, le crâne découvert avait un grand visage protubérant, une forte mâchoire avec de longues dents et des arcades sourcilières épaisses.

Avec leurs différentes caractéristiques morphologiques, les fossiles de Dmanisi ont été comparés entre eux et à divers autres fossiles d'hominidés trouvés en Afrique remontant à 2,4 millions d'années et à d'autres mis au jour en Asie ou en Europe vieux de 1,8 à 1,2 million d'années.

Une théorie déjà controversée

Cette découverte soulève déjà la controverse parmi les anthropologues sur l'histoire de l'évolution humaine.

Les conclusions de ces paléontologues vont à l'encontre d'autres recherches récentes, dont celle publiée en août 2012 dans la revue Science.

Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d'années.

Pour sa part, le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'Université George Washington, s'est ainsi déclaré « très sceptique » des conclusions de l'analyse du crâne de Dmanisi.

Il remet en question la méthode retenue par les auteurs en affirmant qu'elle ne prend pas en compte d'autres différences importantes entre les spécimens, dont entre autres les mandibules.

Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques pourrait bien être en fait celui d'une nouvelle espèce d'hominidé.

Il faudra donc attendre avant de redessiner notre arbre généalogique.

Le détail de cette découverte est l'objet d'un article publié dans la revue Science.

Source : Huffington Post Québec du 18/10/2013

lundi 21 octobre 2013

L’homme moderne serait issu d’une seule et même lignée

En Géorgie, la découverte de cinq crânes vieux de 1,8 million d’années indiquerait que les lointains ancêtres d’Homo sapiens appartenaient à une seule lignée, et non à une lignée multiple avec des branches qui se seraient éteintes.

Connu depuis les années 1990, le site de Dmanisi, situé en Géorgie à 90 km au sud-ouest de la capitale Tbilissi et non loin de la frontière arménienne, fait encore parler de lui. De façon iconoclaste d’ailleurs, puisque les paléoanthropologues internationaux qui y travaillent sous la direction de David Lordkipanidze, directeur du musée national de Géorgie à Tbilissi, proposent dans la revue Science une nouvelle hypothèse, quasi révolutionnaire, quant au fameux « arbre », « arbuste », « buisson », ou autre « branche généalogique » dont descendrait l’homme moderne, alias Homme de Cro-Magnon ou Homo sapiens.

Un crâne très bien conservé

Le crâne (uniquement la boîte crânienne) récemment mis au jour à Dmanisi comprend une petite cavité crânienne, une longue face, des arcades sourcilières épaisses et, sur la forte mâchoire supérieure, de grandes dents. Le cerveau est particulièrement petit, puisqu’il n’équivaut qu’à environ un tiers de la taille de celui d’un homme moderne.

« Une observation qui ne va pas dans le sens d’une évolution linéaire de la taille du cerveau à cette époque, mais qui plaide pour une stagnation de sa taille pendant un million d’années », constate José Braga, anthropologue à Toulouse (CNRS-université).

Une mâchoire inférieure (ou mandibule), mise au jour il y a cinq ans, s’emboîte parfaitement à la partie supérieure, selon les chercheurs. Le tout en fait le crâne le plus massif jamais découvert sur la portion fouillée de Dmanisi, un site de sédiments volcaniques exceptionnellement riche. Ce chef fossile, qui serait celui d’un mâle, s’ajoute à quatre autres crânes d’hominidés ainsi que divers animaux (10 000 restes de faune), plantes fossilisées, et quelques outils de pierre.

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période (– 1,8 million d’années), ce qui permet d’en comparer les traits physiques. « Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d’hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d’un individu », explique David Lordkipanidze.

Une légère variabilité

Une fine étude comparative de la morphologie de ces cinq crânes a révélé l’existence de simples variantes d’un individu à l’autre. Idem avec les crânes des Homo habilis (– 2,4 millions d’années, Afrique subsaharienne), Homo rudolfensis (Afrique de l’Est), Homo ergaster (– 1,8 million d’années, Afrique de l’Est) ou Homo erectus (1,2 million d’années, Afrique, Asie et Europe).

« Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n’excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés », souligne Christoph Zollikofer, de l’Institut d’anthropologie de Zurich, coauteur de l’étude. En clair, les différences étant infimes, les paléontologues concluent que ces sous-genres ne sont que des variations individuelles d’une seule et même lignée, celle d’Homo erectus qui aurait abouti à Homo sapiens. C’est-à-dire à nous-mêmes.

Une hypothèse qui ne fait pas l’unanimité

Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes. Notamment celle menée en comparant la face et des mâchoires inférieures découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya et selon laquelle les espèces Homo habilis et Homo rudolfensis ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d’années. Le paléoanthropologue Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est déclaré « très sceptique » des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui ce crâne « pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé ».

Source : La Croix du 18/10/2013

Nos ancêtres formaient une seule et même espèce

ZOOM - Il n’y aurait eu qu’une seule lignée d’Homo erectus, et non plusieurs espèces, estiment des chercheurs.

L’INFO. Un simple crâne pourrait bien bouleverser l’idée que les paléontologues se font de nos ancêtres. Ceux-ci appartenaient en effet à une seule et même espèce, affirment des scientifiques dans une étude publiée vendredi par la revue Science. Les chercheurs s’appuient sur un crâne d’1,8 million d’années découvert en Géorgie, l’ancêtre le plus ancien de l’homme découvert hors du continent africain.

Qu’est-ce que c’est que ce crâne ? En 2000, une mâchoire a été découverte sur le site de Dmanisi, au sud de la Géorgie. Cinq ans plus tard, une autre partie du crâne est retrouvé, dans un état de préservation "exceptionnel". Miracle : la mâchoire et la boîte crânienne s’emboîtent parfaitement. Pour les chercheurs, ce crâne à la longue face, aux grandes dents et aux arcades sourcilières épaisses est celui d’un homme. Quant à son cerveau, il faisait environ un tiers de celui d’un homme moderne.

Que nous apprend ce crâne ? Sur le site de Dmanisi, les chercheurs ont aussi eu la chance de découvrir quatre autres crânes d’hominidés, plus petits mais datant de la même période. Ce qui leur a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l’homme ayant coexisté à la même période et au même endroit, un fait sans précédent. Résultat : les "variations morphologiques" entre les cinq crânes de Dmanisi ne sont pas plus importantes que celles que l’on retrouve actuellement entre cinq individus parmi les populations modernes, ou entre cinq chimpanzés. Les fossiles ont également été comparés à d’autres hominidés retrouvés en Afrique, en Asie ou en Europe. "Les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d’Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l’Australopithèque, comme la célèbre Lucy", affirme le professeur Christoph Zollikofer, co-auteur de l’étude. De quoi penser "qu’ils appartiennent bien tous à la même espèce", et non à des sous-genres de l’Homo erectus, l’ancêtre de l’Homo sapiens.

Pourquoi c’est important ? Jusqu’ici, les scientifiques pensaient que plusieurs espèces distinctes d’Homo erectus co-existaient, il y a près de deux millions d’années. Or, ces sous-genres de la classification ne seraient donc "que des variations individuelles d’une seule et unique lignée", explique Le Figaro. Il n’y aurait donc qu’un seul Homo erectus, avec des variations pouvant être due au climat ou à la géographie.
Mais cette théorie ne convainc pas tout le monde. Le paléobiologiste Bernard Wood, de l’Université George Washington, s’est ainsi dit "très sceptique". Pour lui, les auteurs de l’étude ne prennent pas en compte d’autres différences importantes entre les spécimens, comme les mandibules. Et le scientifique d’avancer sa propre hypothèse : le crâne de Dmanisi pourrait être tout simplement celui d’une nouvelle espèce d’hominidé.

Source : Europe1 du 13/10/2013

dimanche 20 octobre 2013

Nos ancêtres formaient une seule espèce, indique un crâne de 1,8 million d’années

Cette découverte vient alimenter le débat parmi les paléontologues sur l’histoire de l’évolution humaine.

Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, ce crâne bien préservé mis au jour à Dmanisi, en Géorgie, comprend une petite boite crânienne, une longue face et de grandes dents, précisent les chercheurs, soulignant qu’il s’agit de l’ancêtre le plus ancien de l’homme découvert hors du continent africain.

Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l’Homo habilis, l’Homo rudolfensis et l’Homo erectus, ne différaient en fait selon les auteurs de ces travaux que par leurs apparences.

«Comme nous constatons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d’hominidés africains il est raisonnable de penser qu’il n’y avait qu’une seule espèce à ces périodes en Afrique. Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d’Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l’Australopithèque -la célèbre Lucy-, nous pouvons penser qu’ils appartiennent bien tous à la même espèce», a conclu Christoph Zollikofer de l’Institut d’Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science.

Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes dont celle publiée en août 2012 dans la revue britannique Nature. Le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est ainsi déclaré «très sceptique» jeudi des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques «pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé».

Source : l'Avenir.net du 18/10/13


samedi 19 octobre 2013

Le crâne préhistorique qui bouleverse l'évolution humaine

Ce fossile vieux de 1,8 millions d'années et découvert en Géorgie simplifie considérablement l'arbre généalogique des hominidés.


GÉNÉALOGIE. C'est un sacré bouleversement qui vient de se produire dans la famille des hominidés dont nous autres, Homo sapiens, sommes les derniers représentants.

Jusqu'à présent, les membres les plus anciens du genre Homo qui vivaient il y a un peu plus de 2 millions d'années étaient séparés en plusieurs espèces distinctes, telles que Homo rudolfensis, Homo habilis, Homo ergaster, Homo georgicus...

Les différentes espèces d'hominidés telles qu'on les concevait jusqu'à aujourd'hui.

De subtiles différences morphologiques entre les différents fossiles (à partir des crânes notamment) retrouvés sur les sites de fouilles avaient conduit les paléoanthropologues à penser que toutes ces espèces étaient bien distinctes.

Une seule et même espèce

Toutefois, un article publié vendredi 18 octobre 2013 dans le magazine américain Science remet en cause cette théorie. D'après une équipe internationale de chercheurs, menée par le Muséum National de Géorgie à Tbilisi, ces divisions n'ont plus lieu d'être car tous ces hominidés feraient en fait partie d'une seule et même espèce : l'Homo erectus.

Le nouvel arbre généalogique des hominidés tels que le proposent les chercheurs du Muséum National de Géorgie.

Pour appuyer cette affirmation, l'équipe de chercheurs s'est appuyée sur l'étude approfondie d'un crâne vieux de 1,8 million d'années découvert en 2005 sur le site de Dmanisi en Géorgie.

Le point rouge matérialise la localisation du site de Dmanisi, en Géorgie.

TRÉSORS. Véritable caverne d'Ali Baba, ce site a déjà livré des dizaines de milliers de fossiles de plantes et d'animaux, ainsi que des outils en pierre. Mais on lui doit surtout la découverte de cinq crânes hominidés, dans un excellent état de conservation :

"Skull 5", l'un des crânes découverts sur le site de Dmanisi en 2005.

Et c'est sur ce crâne (dont la mandibule avait été découverte seule cinq ans auparavant) que les chercheurs ont trouvé les indices remettant en cause la classification actuelle des hominidés les plus anciens.

A l'instar de Homo habilis, ce fossile présente en effet une boîte crânienne relativement petite (546 cm3) soit le tiers de celle d'un homme moderne, mais aussi une face allongée et prognathe (comme Homo erectus) avec de grandes dents (comme Homo rudolfensis).

Analyse des caractères morphologiques du crâne découvert en Géorgie et des points communs qu'il partage avec de d'autres crânes identifiés comme appartenant à d'autres espèces d'hominidés.

Ces éléments aurait pu laisser à penser que ce crâne est celui d'un ancêtre des autres espèces du genre Homo dont il porte les caractéristiques. "Si la boîte crânienne et la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes, car ce crâne est le seul à ce jour à réunir de telles caractéristiques", abonde Christoph Zollikofer de l'Institut d'anthropologie de Zürich (Suisse), un des coauteurs de cet article, dans un communiqué.

Mais tel ne fut pas le cas : le crâne et la mâchoire cohabitaient l'un près de l'autre. Et en les associant, les chercheurs ont obtenu "Skull 5", le premier crâne parfaitement conservé d'un hominidé du début du Pléistocène. Un fossile exceptionnel daté de 1,8 million d'années, comme les autres crânes découverts à proximité.

Reconstitution informatique des 5 crânes découverts à Dmanisi.

COMPARAISON. L'équipe s'est donc livrée à une comparaison morphologique des 5 crânes de Dmanisi : le fameux "Skull 5" et les quatre autres découverts sur le site. Puis ils les ont comparés à d'autres fossiles d'hominidés découverts en Afrique, en Asie ou en Europe, tous datés entre 1,8 à 1,2 million d'années.

Leur conclusion : les différences morphologiques que l'on peut observer entre ces fossiles sont grosso modo les mêmes que celles que l'on pourrait observer au sein d'un groupe d'humains ou d'un groupe de chimpanzés aujourd'hui.

Une incroyable variabilité entre les individus

Autrement dit, certains hominidés de l'époque avaient des dents un peu plus grosses, d'autres un visage un peu plus prognathe, et d'autres encore une tête un peu plus grosse ou plus petite que la moyenne.

« Les fossiles trouvés à Dmanisi semblent très différents les uns des autres, et il serait tentant de publier leur découverte sous la forme d'espèces distinctes » explique Christoph Zollikofer. « Nous savons cependant que ces individus venaient du même endroit et de la même période géologique, aussi ils pourraient en principe représenter une seule population d'une seule espèce. » Une espèce qui, partie de l'Est de l'Afrique, se serait répandue sur toute la planète.


Source : Sciences et Avenir du 18/10/2013


Vue d'artiste de ce à quoi pouvait ressembler le propriétaire de "Skull 5". Crédit : J.H. Matternes / NY Times

CONTROVERSE. Toutefois, cette découverte ne fait pas l'unanimité. Interrogé par l'AFP, le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'université George Washington, s'est ainsi déclaré "très sceptique" sur les conclusions de l'analyse du crâne de Dmanisi. S'il juge également très probable que les crânes trouvés sur le site de fouille géorgien appartiennent à une seule et même espèce d'hominidés, il n'est en revanche pas convaincu par l'extrapolation que font les auteurs à l'ensemble des autres espèces d'hominidés.

Les distinctions entre les différentes espèces d'Homo qui avaient cours jusqu'à présent ne sont pas basées que sur la morphologie crânienne, explique-t-il dans un entretien au magazine National Geographic. D'autres éléments tels que la longueur des bras par exemple entrent en ligne de compte pour séparer les différentes espèces. Il n'est donc pas forcément nécessaire de jeter aux orties l'ancienne classification.

"L'analyse de Skull 5, mais aussi des autres crânes et mandibules de Dmanissi montre l’incroyable variabilité morphologique observée sur ces individus datés de 1.8 million d’années et appartenant probablement à une même espèce… bien sûr, ces résultats doivent être validés par des études complémentaires sur les autres ossements de ce gisement qui est loin d’avoir livré tous ses secrets, mais ils posent quand même la question de l’interprétation des caractères morphologiques dans l’attribution des fossiles à une espèce donnée, et dans une plus large perspective dans la compréhension du buisson évolutif de l’Homme " nous explique Dominique Grimaud-Hervé, professeur au département de préhistoire du Muséum d'Histoire Naturelle.

vendredi 18 octobre 2013

Un crâne d'1,8 million d'années bouleverse la théorie de l'évolution

SCIENCES - Le fossile, retrouvé en Géorgie, est l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain...

La découverte du fossile d'un crâne vieux d'1,8 million d'années paraît indiquer que les lointains ancêtres de l'homme appartenaient à une seule espèce, conclut jeudi une recherche qui vient alimenter le débat parmi les paléontologues sur l'histoire de l'évolution humaine.

Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, ce crâne bien préservé mis au jour à Dmanisi, en Géorgie, comprend une petite boite crânienne, une longue face et de grandes dents, précisent les chercheurs, soulignant qu'il s'agit de l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain.

Des différences au niveau de l'apparence

Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l'Homo habilis, l'Homo rudolfensis et l'Homo erectus, ne différaient en fait selon les auteurs de ces travaux que par leurs apparences.

La mâchoire appartenant au crâne de Dmanisi a été trouvée cinq ans avant le reste du crâne, le plus massif jamais découvert sur le site de Dmanisi en partie excavé et qui fait dire aux chercheurs qu'il s'agissait d'un mâle.

Sur ce site, les chercheurs ont aussi mis au jour quatre autres crânes d'hominidés ainsi que divers animaux et plantes fossilisés, et quelques outils de pierre.

Un «état de préservation exceptionnel»

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période, ce qui a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l'homme moderne qui ont coexisté.

«Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d'hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d'un individu», a expliqué lors d'une conférence de presse téléphonique David Lordkipanidze, directeur du musée national géorgien à Tbilissi.

«Si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques», a souligné Christoph Zollikofer de l'Institut d'Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science.

Un grand visage protubérant

Outre la petite taille de son cerveau, environ un tiers de celle d'un homme moderne, le crâne découvert avait un grand visage protubérant, une forte mâchoire avec de longues dents et des arcades sourcilières épaisses.

Avec leurs différentes caractéristiques morphologiques, les fossiles de Dmanisi ont été comparés entre eux et à divers autres fossiles d'hominidés trouvés en Afrique remontant à 2,4 millions d'années et à d'autres mis au jour en Asie ou en Europe vieux d'1,8 à 1,2 million d'années, précisent ces paléontologues.

«Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n'excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés», souligne le professeur Zollikofer.

Une seule espèce à cette période

«Comme nous constatons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d'hominidés africains il est raisonnable de penser qu'il n'y avait qu'une seule espèce à ces périodes en Afrique», a-t-il poursuivi. «Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d'Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l'Australopithèque --la célèbre Lucy--, nous pouvons penser qu'ils appartiennent bien tous à la même espèce», a-t-il conclu.

Ces conclusions vont à l'encontre d'autres recherches récentes dont celle publiée en août 2012 dans la revue britannique Nature.

Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont co-existé en Afrique il y a près de deux millions d'années.

«Très sceptique»

Le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'Université George Washington, s'est ainsi déclaré «très sceptique» jeudi des conclusions de l'analyse des crânes de Dmanisi.

Il a expliqué à l'AFP que la méthode retenue par les auteurs ne prend pas en compte d'autres différences importantes entre les spécimens, dont entre autres les mandibules.

Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques «pourrait bien être en fait celui d'une nouvelle espèce d'hominidé».

Source : 20 minutes du 18/10/2013

lundi 3 septembre 2012

Nouvelles réponses sur l'origine du genre Homo

D'où venons-nous? De nouveaux fossiles découverts au Kenya apportent la preuve de la diversité des premiers représentants du genre Homo, auquel appartient l'Homme moderne, selon une étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature.

Les nouvelles pièces du puzzle - une face, une mâchoire inférieure complète et une partie d'une seconde mâchoire inférieure - ont été découvertes entre 2007 et 2009 à l'est du lac Turkana par le projet de recherche Koobi Fora (KFRP), dirigé par Meave Leakey et sa fille Louise Leakey.

Ces nouveaux fossiles confirment, disent les auteurs de l'étude, qu'ont co-existé sur le continent africain, il y a près de deux millions d'années, deux espèces distinctes d'Homo erectus, Homo habilis et Homo rudolfensis.

«Il est maintenant clair que deux espèces d'Homo ont vécu en même temps qu'H. erectus», a déclaré Fred Spoor (Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste, Leipzig, Allemagne) qui a dirigé les analyses scientifiques.

«L'évolution humaine n'est manifestement pas la ligne droite» qui a pu être tracée par le passé, a-t-il commenté au cours d'une téléconférence.

Le débat sur le nombre des espèces d'Homo présentes au début du Pléistocène a été ouvert en 1972, avec la découverte par le KFRP d'un crâne connu sous l'appellation «KNM-ER 1470», sur le site de Koobi Fora au Kenya. Ce crâne fut originellement daté à 2,8 millions d'années, avant d'être réévalué à 1,9 million d'années.

Sa taxonomie (classification) est restée controversée ces quatre dernières décennies. Il a d'abord été classé parmi les H. habilis, espèce dont Louis Leakey, beau-père de Meave Leakey, est le co-découvreur, puis attribué au genre Australopithecus et fut enfin à l'origine de la création d'une nouvelle espèce, H. rudolfensis (de lac Rodolphe, ancien nom du lac Turkana).

«Enfin des réponses»

La morphologie de KNM-ER 1470 est inhabituelle, mais les comparaisons étaient rendues difficiles du fait qu'il lui manquait la mâchoire inférieure et les dents. De plus, la découverte restait isolée.

Les trois fossiles mis au jour dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la localisation de KNM-ER 1470, qui remontent à entre 1,78 million et 1,95 million d'années, permettent d'en compléter le portrait.

«Ces 40 dernières années, nous avons activement recherché dans la vaste étendue de sédiments autour du lac Turkana des fossiles qui confirment les caractéristiques uniques du visage de KNM-ER 1470 et nous montrent à quoi ses dents et sa mâchoire inférieure auraient ressemblé», a expliqué Meave Leakey. «Nous avons enfin des réponses», a-t-elle ajouté.

«Les nouveaux fossiles vont grandement contribuer à éclairer la manière dont notre branche de l'évolution humaine est apparue et a prospéré il y a près de deux millions d'années», a souligné Fred Spoor.

Des experts estiment que ces résultats montrent bien la complexité de l'évolution humaine, mais restent prudents sur la manière dont ils doivent être interprétés.

Dans un commentaire publié par Nature, Bernard Wood (Université George Washington, Washington, États-Unis) invite à poursuivre les analyses.

«Peut-être ces deux taxons appartenaient-ils à une lignée différente de celle dont H. sapiens est issu ?», s'interroge le paléoanthropologue.

«Ma prédiction est que d'ici à 2064, un siècle après la description par Leakey d'H. habilis, les chercheurs considéreront nos hypothèses actuelles sur cette période de l'évolution humaine comme remarquablement simplistes», conclut-il.

Toutes les espèces du genre Homo sont aujourd'hui éteintes sauf H. sapiens.

Source : La Presse du 09/08/2012

mercredi 15 août 2012

Homo erectus a cohabité avec d'autres espèces humaines en Afrique

De nouveaux fossiles découverts au Kenya prouvent que les premiers représentants du genre Homo, auquel appartient l'Homme moderne, ont coexisté à la même période sur le continent africain.

Des chercheurs ont découvert entre 2007 et 2009, au Kenya, une face, une mâchoire inférieure complète et une partie d'une seconde mâchoire inférieure d’Homo erectus. Or, selon les auteurs de l’étude parue dans la revue Nature, ces nouveaux fossiles confirment que, il y a près de deux millions d'années, sur le continent africain, des Homo habilis et des Homo rudolfensis (deux espèces distinctes d'Homo erectus) ont cohabité.

"Il est maintenant clair que deux espèces d'Homo ont vécu en même temps qu'H. erectus", indique ainsi Fred Spoor (de l’Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste) qui a dirigé les analyses scientifiques. "L'évolution humaine n'est manifestement pas la ligne droite" qui a pu être tracée par le passé, a-t-il encore déclaré au cours d'une téléconférence relayée par l'AFP. En effet, en 1972, le projet de recherche Koobi Fora (KFRP), dirigé par Meave Leakey et sa fille Louise Leakey découvrait un crâne connu sous l'appellation "KNM-ER 1470", sur le site de Koobi Fora au Kenya. C’est ainsi qu’un débat sur le nombre des espèces d'Homo présentes au début du Pléistocène a été ouvert.

Reconstitution du visage d'Homo Rudolfensis ER 1470

Initialement classé parmi les Homo habilis, il fut ensuite attribué au genre Australopithecus avant d’être à l'origine de la création d'une nouvelle espèce, l’Homo rudolfensis (du lac Rodolphe, ancien nom du lac Turkana). Si la morphologie de KNM-ER 1470 est apparue inhabituelle, les comparaisons étaient rendues difficiles du fait qu'il lui manquait la mâchoire inférieure et les dents. Mais grâce aux trois nouveaux fossiles découverts dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la localisation de KNM-ER 1470, il est devenu possible d'en compléter le portrait.

Eclairer l'origine de notre branche de l'évolution humaine

"Ces 40 dernières années, nous avons activement recherché dans la vaste étendue de sédiments autour du lac Turkana des fossiles qui confirment les caractéristiques uniques du visage de KNM-ER 1470 et nous montrent à quoi ses dents et sa mâchoire inférieure auraient ressemblé", a expliqué Meave Leakey. "Nous avons enfin des réponses", se félicite-t-elle ainsi. "Les nouveaux fossiles vont grandement contribuer à éclairer la manière dont notre branche de l'évolution humaine est apparue et a prospéré il y a près de deux millions d'années", a souligné pour sa part Fred Spoor.

Néanmoins, ces résultats montrent combien la complexité de l'évolution humaine et les scientifiques restent prudents sur la manière dont ils doivent être interprétés. Aussi, le paléoanthropologue Bernard Wood estime que les analyses doivent être poursuivies et conclut : "Ma prédiction est que d'ici à 2064, un siècle après la description par Leakey d'H. habilis, les chercheurs considéreront nos hypothèses actuelles sur cette période de l'évolution humaine comme remarquablement simplistes".

Source : MaxiSciences du 10/08/2012