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jeudi 7 avril 2011

Des archéologues découvrent en Grèce le plus vieux texte écrit en Europe

Une plaquette d'argile cuite vieille de plus de 3 000 ans, considérée comme le plus vieux texte écrit et déchiffrable en Europe, a été découverte dans une ancienne "décharge" du Péloponnèse, a indiqué mardi à l'AFP un archéologue, enseignant à l'Université de Missouri (USA). Mise au jour lors de fouilles sur une colline d'Iklena, un petit village du département de Messène, à 300 km au sud-ouest d'Athènes, cette plaquette est apparemment "un document financier" en provenance d'une ancienne ville mycénienne, a expliqué l'archéologue, Michael Cosmopoulos.

La tablette d'argile cuite a un siècle de plus que les précédentes découvertes similaires mises au jour jusqu'ici. "Il s'agit de la plus ancienne plaquette découverte en Grèce, donc la plus ancienne en Europe", a déclaré Michael Cosmopoulos dans un e-mail. "Sur l'une des faces de la plaquette figurent des noms et des chiffres et sur l'autre un verbe qui renvoie au verbe confectionner", a-t-il précisé. L'inscription sur la plaquette est en linéaire B, une écriture utilisée par les Mycéniens de l'Âge de bronze (1600 avant notre ère), l'époque de la guerre de Troie décrite dans l'Iliade de Homère.

Les fouilles, supervisées par l'École d'archéologie d'Athènes et financées en partie par la National Georgraphic Society, avaient commencé en 2006 et avaient mis au jour les ruines d'une grande structure avec des murailles immenses, des fresques et un système de drainage avancé, datant de 1550-1440 avant notre ère. Selon Michael Cosmopoulos, qui dirige les fouilles, le site avait probablement été détruit aux alentours de 1400 avant notre ère avant d'être envahi par le royaume proche de Pylos, dont le roi Nestor est mentionné dans l'Iliade. "La mise au jour de la plaquette suggère que l'écriture était beaucoup plus ancienne que ce que l'on croyait jusqu'ici", estime cet universitaire. L'École d'archéologie d'Athènes doit prochainement consacrer une publication à la découverte, déjà publiée par National Geographic, tandis que la plaquette sera présentée au public par Cynthia Shelmerdine, une spécialiste de l'écriture mycénienne de l'Université d'Austin (Texas), qui est la première à l'avoir déchiffrée, selon Michael Cosmopoulos.

Source : Le Point du 05/04/2011

samedi 20 mars 2010

L'énigme de l'écriture « préhistorique » de la Drôme

A Moras-en-Valloire, des tessons de poterie vieux de près de 3000 ans portent des signes inconnus qui pourraient former l'une des plus anciennes écritures d'Europe occidentale.

Des personnages et des animaux stylisés, des lignes géométriques, des chevrons, des pomtillés... Ces dessins insolites datés de 950 à 800 avant J-C., ont été retrouvés gravés sur des centaines de fragments de céramiques exhumés lors de fouilles à Moras-en-Valloire, dans le nord de la Drôme, en 1968, par un étudiant en archéologie, Alain Nicolas. A l'époque de cette découverte, Alain Nicolas, devenu par la suite conservateur en chef du Patrimoine, et Jean Combier, directeur des Antiquités préhistoriques de la région Rhône-Alpes, avaient émis une théorie tout à fait novatrice loin d'être de simples décors imaginés par les potiers de la fin de l'âge du bronze, ces dessins représentaient pour ces deux spécialistes une tentative d'écriture primitive ! « Nous [ne sommes] pas face à des ornements, mais des motifs volontairement organisés », affirmaient-ils sans ambages, avançant ainsi l'idée que les populations d'agriculteurs et de chasseurs qui peuplaient alors cet « Extrême-Occident » méditerrané en B avaient tenté de communiquer autrement que par forai Las ! cette théorie ne reçut pas, à l'époque, l'écho attendu. Seuls quelques spécialistes la conservèrent dans un coin de leur mémoire. Jusqu'à ce que, quarante ans plus tard, à l'automne dernier, les deux chercheurs ne se décident à la remettre à l'ordre du jour en publiant à nouveau leurs résultats, révélés par le magazine La Recherche. « Nous avons voulu ouvrir à un public moins restreint les conclusions d'une recherche peu courante dans le paysage français [ ...], ces vases couverts de signes formant un ensemble unique en Europe, à ce jour encore peu ou pas interprété », explique Alain Nicolas. Première surprise : ces « signes » gravés sur céramique ne sont pas les seuls à avoir été exhumés sur le territoire que les Romains appelleront Gaule à partir du IVe siècle avant J.-C. Ainsi, à Chazelles, en Charente, 250 vases brisés ont été retrouvés « dont 3 % étaient gravés de ces mêmes symboles », confirme José Gomez de Soto, directeur de recherches au CNRS, au Centre de recherche archéologie, archéosciences et histoire de Rennes. Dans le Sud-Ouest, des groupes de signes rythmés en « métopes » (intervalles) étaient aussi séparés les uns des autres par des doubles barres verticales, à l'instar des séquençages observés sur les poteries de Moras-en-Valloire. Deux archéologues célèbres des années 1930 à 1960, Odette et Jean Taffanel, avaient eux aussi exhumé un grand nombre de tessons de céramique décorés de ces signes « énigmatiques ». Ces objets figuraient dans des sépultures à incinérations mises au jour dans la nécropole du Moulin, dans l'Aude. « Ces plats et vaisselles incisés de motifs ont surtout été dégagés à Mailhac dans les années 1950, précise Jean Guilaine, professeur au Collège de France. Plusieurs sites méditerranéens s'étirant de la région de Gérone, de l'autre côté des Pyrénées, jusqu'à la Basse-Provence et à la vallée du Rhône, ont également livré ces poteries incisées. Les céramiques ne sont d 'ailleurs pas les seuls supports attestant ces graphismes. » Ainsi, dans le sud-ouest de la péninsule ibérique comme à Buoux, dans le Vaucluse, ou à Substantion, dans l'Hérault, des stèles datées du Xe-VIIIe siècle avant J.-C. étaient recouvertes pour certaines de motifs identiques à ceux de Moras-en-Valloire : des personnages filiformes, des chars, des oiseaux, des chevrons... « Ce qui m'a toujours intrigué, c'est de comprendre pourquoi, à cette époque charnière entre l'âge du bronze et l'âge du fer, des populations se sont subitement mises à utiliser ce foisonnement de signes », s'interroge Jean Guilaine.