mercredi 30 octobre 2013
Première sortie pour Lucienne, l'australopithèque
Lucienne, c’est une australopithèque, découverte en Afrique du Sud, en 2008, et qui représente sans doute un des maillons avant l’évolution vers l’homme moderne.
Comme l’explique le paléobiologiste José Braga, professeur à l’Université de Toulouse, qui se rend régulièrement en Afrique du Sud pour y poursuivre ses recherches : «Lucienne a encore beaucoup à nous apprendre». Lucienne est donc la pièce maîtresse d’une exposition «Afrique du Sud, l’autre pays de la préhistoire», qui a été inaugurée hier en présence du ministre des sciences et de la technologie d’Afrique du Sud, Derek Hanekom. Cette exposition a reçu le label des Saisons Afrique du Sud France 2 012 & 2013,et figure à la programmation officielle de la Saison sud-africaine en Franc. Elle constitue le deuxième volet de la collaboration Muséum de Toulouse - Centre des Origines de Johannesburg qui avait accueilli l’exposition composée au Muséum de Toulouse «Préhistoire
[s] , l’enquête» de novembre 2012 à mars 2013. C’est la première fois en Europe que le squelette reconstitué de Lucienne est présenté. Cette exposition nous permet de voyager dans le temps et de redécouvrir les premiers pas africains de nos ancêtres.
Source : La Dépêche du 29/10/2013
mardi 29 octobre 2013
L'australopithèque Sediba présenté en avant-première au Muséum de Toulouse
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| Vue d'une réplique des fossiles australopithèques Sediba |
Ce sera la première apparition en Europe de Sédiba.
Australopithecus sediba
Australopithecus sediba est une espèce du genre Australopithecus proposée en 2010 par une équipe dirigée par Lee R. Berger à la suite de la découverte de deux nouveaux fossiles en Afrique du Sud. Lors du congrès international d'anthropologie qui s'est tenu en avril 2011 à Minneapolis, Lee R. Berger et ses collègues ont développé leur théorie : Australopithecus sediba, l'espèce définie à partir d'un fossile découvert dans une grotte de Malapa, pourrait représenter une forme intermédiaire entre les premiers australopithèques et le genre Homo.
Découvert par un enfant de 9 ans
L'holotype d’Australopithecus sediba est le squelette, partiellement conservé, Malapa Hominin 1 (MH1), découvert dans la grotte de Malapa, à 40 km à l'ouest de Johannesburg et à 15 km au nord-nord-est des sites célèbres d'hominidés fossiles de Sterkfontein, Swartkrans et Kromdraai. La grotte de Malapa est située dans la zone du Cradle of Humankind (berceau de l'humanité), site inscrit à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le 15 août 2008, Matthew Berger, le fils de Lee Berger âgé de neuf ans, a découvert le premier fossile d'Australopithecus sediba, une clavicule droite enregistrée sous le numéro d'archive UW885.
Inauguration à Toulouse
Lors de l'inauguration officielle, ce lundi, on notera la présence du ministre sud-africain des Sciences et des technologieset du professeur Thackeray, antropomogue de Johannesburg.
Vidéo : le reportage de Luc Truffert et J-Pierre Jauze
Sorce : France3 Midi-Pyrénées du 28/10/2013
lundi 28 octobre 2013
L'australopithèque Sediba, nouvelle star du Muséum
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| L'australopithèque Lucy au milieu de deux spécimens de Sedida |
En 2008, le paléontologue Lee Berger était en train d’examiner des roches provenant justement d’une de ces mines. Mais c’est son fils, Matthew, âgé de 9 ans, qui lui a apporté un drôle de caillou. Lee Berger a immédiatement reconnu dans la roche la forme d’une clavicule. Celle d’un hominidé. Ainsi se réveillait l’Australopithèque Sediba, après un sommeil de deux millions d’années.
«On a trouvé un crâne, des vertèbres, des os, appartenant à des adultes et des adolescents, explique Francis Duranthon, le directeur du Muséum de Toulouse. Et à partir de là, on a pu reconstituer en trois dimensions un squelette qui sera présenté pour la première fois en Europe.»
L'art avant Cro-Magnon
Pendant l’année de la France en Afrique du Sud, le Muséum avait présenté son exposition sur la préhistoire (avec la fameuse tombe de Téviec) au Cap. Là, c’est donc en sens inverse, l’Afrique du Sud qui prête au muséum de Toulouse une précieuse exposition. Du reste, les chercheurs toulousains comme le Pr François Bon, le Pr José Braga, ou Camille Bourdier, maître de conférences, connaissent parfaitement l’Afrique du sud et ses merveilles.
Autre élément étonnant qui sera présenté dans cette exposition : les vestiges découverts dans la grotte de Blombos. Des éléments qui nous laissent à penser que ces hommes, bien avant Cro-Magnon, ont laissé les premières traces artistiques ou symboliques de notre espèce…
Au-delà de cette exposition, les équipes toulousaines en collaboration avec les équipes africaines poursuivent des recherches sur cette période passionnante où les grands primates se cherchent.
«Toutes ces découvertes, précise Francis Duranthon, nous laissent penser que l’évolution n’a pas été aussi linéaire qu’on l’imaginait auparavant. C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus buissonnant.»
Francis Duranthon a aussi un petit sourire : «Quelqu’un a dit que l’Homme africain n’était pas entré dans l’Histoire… Mais la vérité, c’est que l’Homme africain a été le premier de toute notre histoire !»
*Muséum de Toulouse, ouvert du mardi au dimanche, 10h-18h. Tel.05.67.73.84.84.
Une première en Europe
C’est la première fois que le squelette de Sediba est présenté en Europe et c’est au Muséum de Toulouse. Voilà pourquoi, lors de l’inauguration officielle, prévue demain, le ministre Sud-Africain des sciences et des technologies, Derek Hanekom sera présent de même que Francis Thackeray, professeur d’anthropologie à Johannesburg et Nicolas Teyssandier, Chargé de recherches au CNRS à Johannesburg.
Source : La Dépêche du 27/10/2013
mercredi 23 octobre 2013
Tous les Homo sont erectus
Vidons dans la poubelle de la science tous les Homo habilis, Homo ergaster et autres Homo rudolfensis qui ont peuplé l’Afrique et Eurasie il y a 1 à 2 millions d’années selon les manuels en cours. Et ne conservons pour désigner tous ces êtres qu’un seul nom, celui d’Homo erectus, (ou homme érigé qu'est-ce que vous allez imaginer), car ils ne formaient qu’une seule espèce.
Zut de zut ! Et comment inscrire son nom dans l’histoire des sciences vont se demander certains ? Si, désormais, on ne peut plus attacher son patronyme à la création d’une espèce nouvelle, décrite à l’aide de caractères censés la distinguer de ses voisines.
Cette simplification radicale est proposée les chercheurs, sur la base d’une analyse impitoyable de la variété de ces espèces… au regard de la seule variabilité observée dans un seul groupe, de cinq individus, tous dénichés dans une seule grotte, à Dmanisi, en Géorgie. Située à 90 km au sud-ouest de Tbilissi, elle a fait parler d’elle lorsqu’à partir de 1991 et surtout de 1999, on y a découvert des os fossiles d’Homo, datés d’il y a 1,8 million d’années. Des êtres dont les outils de pierre, trouvés par milliers, sont de simples galets percutés pour obtenir un tranchant, typiques de la culture oldowaïenne apparue en Afrique de l’Est.
Genre Homo, mais espèce de quoi ?
Homo, pour le genre, mais Homo quoi pour l’espèce? Leur découvreur, David Lordkipanidze a longtemps hésité entre les noms que la littérature scientifique et ses collègues lui proposaient. Pas franchement convaincu par l’un plutôt que par l’autre. La raison de son hésitation ? Les différences entre les individus qu’il dénichait, aucun ne se rattachant de manière claire et univoque aux canons proposés.
Puis, son équipe découvre en 2005 un crâne entier, superbement conservé, correspondant à une mandibule inférieure déjà trouvée en 2000. Son équipe s’attaque alors à l’étude détaillée de la variabilité morphologique des cinq individus.
Le pot aux roses émerge des statistiques et mesures des volumes des crânes, de la verticalisation des faces, et d’autres paramètres anatomiques. La variabilité interne au groupe se révèle très forte. Car le dernier crâne trouvé - le plus à droite sur l'image ci-contre, un individu aux énormes bourrelets sus-orbitaires et attaches des muscles masticatoires, avec un front très bas - «élargit substantiellement la plage de variation à l’intérieur du groupe de Dmanisi», expliquent les auteurs.
Les Homo de Dmanisi présentent une variabilité si large qu’elle devient similaire à celle qui sépare les autres espèces antérieurement nommées pour cette époque et qu’elle les englobe en grande partie. Du coup, les caractères censés être particuliers et exclusifs à ces espèces ne le sont plus. En outre, remarquent les auteurs, une telle plage de variation se compare à celle des chimpanzés. Voire à celle des humains actuels où le volume du crâne varie d’à peine plus de 800 cm3 chez les bushmen d’Afrique australe, jusqu’aux 2.000 cm3 des grosses têtes… qui n’ont rien de super-intelligents, tandis que l’écrivain Anatole France affichait à peine plus de 1.100 cm3.
Un problème non uniquement classificatoire
Pour José Braga, anthropologue, Université Paul Sabatier de Toulouse, «c’est un article fort intéressant et étonnant, notamment le petit volume de leur cerveau. Cela va à l’encontre d’une évolution linéaire du cerveau à cette époque, mais au contraire une stagnation durant un million d’années».
D’où la question logique, posée par les scientifiques : puisque les frontières tracées entre les espèces d’Homo d’il y a un à deux millions d’années s’effacent, ne s’agit-il pas plutôt d’une seule espèce ? Cela signifierait, alors, qu’il n’y avait pas de barrière génétique à la reproduction croisée entre ces populations. Or, si un(e) Homo rudolfensis peut faire des bébés avec un(e) ergaster, habilis ou georgicus, c’est tout simplement qu’ils sont tous… erectus concluent les chercheurs.
Le problème soulevé n’est pas uniquement classificatoire. Il rejaillit sur la vision de l’évolution de ces ancêtres des humains actuels. L’idée d’un «goulet» d’étranglement génétique, en raison d’une sortie d’Afrique d’un seul petit groupe, donc porteurs d’une partie réduite de la diversité d’origine, ne tient plus guère.
D’autre part, comme le géorgien le plus «archaïque» ressemble fort à l’homme de Java, Homo erectus pourrait bien avoir été un grand voyageur, baladant ses gènes et les échangeant dans toute l’Eurasie mais aussi avec ses congénères restés africains. «Un Homo erectus baladeur, capable de s’adapter à des environnements assez différents», résume Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, qui vient de publier De Darwin à Levi-Strauss, l'homme et la diversité en danger, aux éditions Odile Jacob. Mais pourtant toujours «bas du plafond». Le saut décisif date d’il y a 200.000 ans environ, et produisit le gros cerveau de l’homme moderne. Un gros cerveau avec lequel il invente de premiers ornements il y a plus de 70.000 ans puis des outils de plus efficaces, au point de lui permettre d’aller sur la Lune, il y a peu.
Source : Science2 du 22/10/2013
Comme un seul homme !
À ce jour, les premiers humains – c'est-à-dire les individus appartenant au genre Homo –, ont été divisés en plusieurs espèces : Homo habilis, Homo ergaster, Homo rudolphensis, etc. Les différentes espèces sont parfois difficiles à différencier et leur répartition dans le temps et l’espace a toujours été l’objet d’âpres discussions. Or, selon une étude publiée dans la revue Science du 18 octobre, plusieurs crânes découverts en Géorgie pourraient indiquer qu'une seule espèce d'homme a émergé d'Afrique il y a 2,4 millions d'années avant de se répandre sur les autres continents.
A la croisée des continents
Faisant l’objet de fouilles depuis les années 80, le site de Dmanisi, en Géorgie, s’est révélé très riche en fossiles humains ou animaux, et même en outils de pierre. Le lieu constitue en effet l’un des points de passage quasi obligés lorsqu’on veut rejoindre l’Asie ou l’Europe depuis l’Afrique. Jusqu’à présent, les premiers vestiges humains avaient été attribués à une nouvelle espèce, Homo georgicus.
Récemment, un crâne découvert en 2005 a pu être associé à une mandibule découverte cinq ans plus tôt, formant l’ensemble crânien le plus complet de cette période éloignée.
Cet individu, baptisé Crâne n° 5, date d’environ 1,8 million d’années. Il est caractérisé par une petite boite crânienne, un visage s’allongeant en museau et de très grandes dents. D’autres éléments du squelette de cet homme ont été découverts à proximité et nous permettent d’imaginer un individu d’environ 1,50 m de haut, pesant une cinquantaine de kilos, avec un corps presque semblable à celui d’un homme moderne surmonté d’une tête assez simiesque.
Une variabilité sous-estimée
Quatre autres crânes assez bien conservés ont pu être découverts à proximité de ce premier crâne. Pour David Lordkipanidze, du Musée national de Géorgie, ainsi que pour ses collègues suisses, israéliens et américains, ses crânes issus des mêmes couches géologiques appartiennent de toute évidence à une seule et même espèce. Si bien qu’ils devraient permettre de se faire une idée des variations de taille et d’aspect physique à l’intérieur même de cette espèce humaine.
Or les quatre crânes diffèrent assez nettement du crâne n° 5. Certains présentent une capacité crânienne supérieure ou un museau moins développé… à tel point que s’ils n’avaient pas été trouvés au même endroit, sans doute auraient-ils été classés parmi des espèces différentes.
Pour les chercheurs, la variabilité naturelle des premiers hommes a donc été négligée, une variabilité pourtant très comparable à celle que l’on rencontre aujourd’hui chez l’homme moderne ou chez les chimpanzés. Et il serait donc possible que la demi-douzaine d’espèces d’Homo découverte à ce jour ne soit en fait que des variations d’une seule et même espèce.
Cette hypothèse a le mérite de simplifier l’histoire de l’humanité. Elle permettra, si elle est confirmée, de s’affranchir de nombreuses espèces qui peuvent résulter d’une simple adaptation à des conditions climatiques ou à un biotope particulier.
Source : Sciences Actualités du 18/10/2013
mardi 22 octobre 2013
La découverte d'un crâne pourrait réécrire l'histoire de l'évolution
La théorie de l'évolution en passe d'être bouleversée par la découverte d'un crâne dans les collines géorgiennes. Selon la revue Science, ce fossile parfaitement conservé vieux de 1,8 million d'années semble indiquer que nous descendons d'une seule et même espèce. Jusqu'à présent, deux théories s'opposaient: cette hypothèse-ci et celle selon laquelle nous étions le croisement de plusieurs espèces.
Jamais un fossile de cette période n'avait été retrouvé dans un tel état. Surnommé "Skull 5", ce crâne comprend une petite boite cranienne (deux fois plus petite que la moyenne d'aujourd'hui), un large visage protubérant, et une forte mâchoire avec de longues dents. "Si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques", a indiqué Christoph Zollikofer de l'Institut d'Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte.
Cinq crânes découverts sur un même site
Sur le même site, les scientifiques ont également découvert des restes de quatre autres individus de la même époque. Bien qu'en moins bon état que "Skull 5", les chercheurs ont cependant pu identifier qu'ils appartenaient à un homme âgé dépourvu de dentition, à un autre homme, à une jeune femme et à un adolescent de sexe inconnu. Ils ignorent cependant s'il s'agit de membres d'une même famille.
Les paléonthologues ont dans un premier temps comparé les traits physiques de ces cinq crânes puis ont répété l'opération avec des fossiles de la même époque découverts en Afrique, en Asie et en Europe. "Comme nous observons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d'hominidés africains il est raisonnable de penser qu'il n'y avait qu'une seule espèce à ces périodes en Afrique", a poursuivi le chercheur. "Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d'Afrique, nous pouvons penser qu'ils appartiennent bien tous à la même espèce".
Ils ont cependant noté dans leurs travaux que certaines variations, dues notamment aux conditions climatiques, existaient au sein de cette même espèce.
Des conclusions loin de faire l'unanimité
Néanmoins, certains chercheurs se montrent sceptiques quant à cette découverte. Elle va en effet à rebours d'autres études, notamment celle publiée en 2012 dans la revue Nature. Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont co-existé en Afrique il y a près de deux millions d'années.
Source : L'Express du 18/10/2013
Un crâne qui en révèle plus sur notre histoire
Explications
Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, le nouveau crâne est bien préservé et comprend une petite boîte crânienne, une longue face et de grandes dents.
Selon les chercheurs, ces restes appartiennent à l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain.
Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l'Homo habilis, l'Homo rudolfensis et l'Homo erectus, ne différaient en fait que par leurs apparences.
La mâchoire appartenant au crâne de Dmanisi a été trouvée cinq ans avant le reste du crâne, le plus massif jamais trouvé sur le site de Dmanisi en partie excavé et qui fait dire aux chercheurs qu'il s'agissait d'un mâle.
Au même endroit, les chercheurs ont découvert quatre autres crânes appartenant à des ancêtres humains différents, ainsi que divers animaux et plantes fossilisés, et quelques outils de pierre.
Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période, ce qui a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l'homme moderne qui ont coexisté.
Les chercheurs expliquent que si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes, car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques.
Outre la petite taille de son cerveau, qui correspond à environ un tiers de la taille de celui d'un homme moderne, le crâne découvert avait un grand visage protubérant, une forte mâchoire avec de longues dents et des arcades sourcilières épaisses.
Avec leurs différentes caractéristiques morphologiques, les fossiles de Dmanisi ont été comparés entre eux et à divers autres fossiles d'hominidés trouvés en Afrique remontant à 2,4 millions d'années et à d'autres mis au jour en Asie ou en Europe vieux de 1,8 à 1,2 million d'années.
Une théorie déjà controversée
Cette découverte soulève déjà la controverse parmi les anthropologues sur l'histoire de l'évolution humaine.
Les conclusions de ces paléontologues vont à l'encontre d'autres recherches récentes, dont celle publiée en août 2012 dans la revue Science.
Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d'années.
Pour sa part, le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'Université George Washington, s'est ainsi déclaré « très sceptique » des conclusions de l'analyse du crâne de Dmanisi.
Il remet en question la méthode retenue par les auteurs en affirmant qu'elle ne prend pas en compte d'autres différences importantes entre les spécimens, dont entre autres les mandibules.
Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques pourrait bien être en fait celui d'une nouvelle espèce d'hominidé.
Il faudra donc attendre avant de redessiner notre arbre généalogique.
Le détail de cette découverte est l'objet d'un article publié dans la revue Science.
Source : Huffington Post Québec du 18/10/2013
lundi 21 octobre 2013
L’homme moderne serait issu d’une seule et même lignée
Connu depuis les années 1990, le site de Dmanisi, situé en Géorgie à 90 km au sud-ouest de la capitale Tbilissi et non loin de la frontière arménienne, fait encore parler de lui. De façon iconoclaste d’ailleurs, puisque les paléoanthropologues internationaux qui y travaillent sous la direction de David Lordkipanidze, directeur du musée national de Géorgie à Tbilissi, proposent dans la revue Science une nouvelle hypothèse, quasi révolutionnaire, quant au fameux « arbre », « arbuste », « buisson », ou autre « branche généalogique » dont descendrait l’homme moderne, alias Homme de Cro-Magnon ou Homo sapiens.
Un crâne très bien conservé
Le crâne (uniquement la boîte crânienne) récemment mis au jour à Dmanisi comprend une petite cavité crânienne, une longue face, des arcades sourcilières épaisses et, sur la forte mâchoire supérieure, de grandes dents. Le cerveau est particulièrement petit, puisqu’il n’équivaut qu’à environ un tiers de la taille de celui d’un homme moderne.
« Une observation qui ne va pas dans le sens d’une évolution linéaire de la taille du cerveau à cette époque, mais qui plaide pour une stagnation de sa taille pendant un million d’années », constate José Braga, anthropologue à Toulouse (CNRS-université).
Une mâchoire inférieure (ou mandibule), mise au jour il y a cinq ans, s’emboîte parfaitement à la partie supérieure, selon les chercheurs. Le tout en fait le crâne le plus massif jamais découvert sur la portion fouillée de Dmanisi, un site de sédiments volcaniques exceptionnellement riche. Ce chef fossile, qui serait celui d’un mâle, s’ajoute à quatre autres crânes d’hominidés ainsi que divers animaux (10 000 restes de faune), plantes fossilisées, et quelques outils de pierre.
Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période (– 1,8 million d’années), ce qui permet d’en comparer les traits physiques. « Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d’hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d’un individu », explique David Lordkipanidze.
Une légère variabilité
Une fine étude comparative de la morphologie de ces cinq crânes a révélé l’existence de simples variantes d’un individu à l’autre. Idem avec les crânes des Homo habilis (– 2,4 millions d’années, Afrique subsaharienne), Homo rudolfensis (Afrique de l’Est), Homo ergaster (– 1,8 million d’années, Afrique de l’Est) ou Homo erectus (1,2 million d’années, Afrique, Asie et Europe).
« Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n’excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés », souligne Christoph Zollikofer, de l’Institut d’anthropologie de Zurich, coauteur de l’étude. En clair, les différences étant infimes, les paléontologues concluent que ces sous-genres ne sont que des variations individuelles d’une seule et même lignée, celle d’Homo erectus qui aurait abouti à Homo sapiens. C’est-à-dire à nous-mêmes.
Une hypothèse qui ne fait pas l’unanimité
Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes. Notamment celle menée en comparant la face et des mâchoires inférieures découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya et selon laquelle les espèces Homo habilis et Homo rudolfensis ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d’années. Le paléoanthropologue Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est déclaré « très sceptique » des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui ce crâne « pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé ».
Source : La Croix du 18/10/2013
Nos ancêtres formaient une seule et même espèce
L’INFO. Un simple crâne pourrait bien bouleverser l’idée que les paléontologues se font de nos ancêtres. Ceux-ci appartenaient en effet à une seule et même espèce, affirment des scientifiques dans une étude publiée vendredi par la revue Science. Les chercheurs s’appuient sur un crâne d’1,8 million d’années découvert en Géorgie, l’ancêtre le plus ancien de l’homme découvert hors du continent africain.
Qu’est-ce que c’est que ce crâne ? En 2000, une mâchoire a été découverte sur le site de Dmanisi, au sud de la Géorgie. Cinq ans plus tard, une autre partie du crâne est retrouvé, dans un état de préservation "exceptionnel". Miracle : la mâchoire et la boîte crânienne s’emboîtent parfaitement. Pour les chercheurs, ce crâne à la longue face, aux grandes dents et aux arcades sourcilières épaisses est celui d’un homme. Quant à son cerveau, il faisait environ un tiers de celui d’un homme moderne.
Que nous apprend ce crâne ? Sur le site de Dmanisi, les chercheurs ont aussi eu la chance de découvrir quatre autres crânes d’hominidés, plus petits mais datant de la même période. Ce qui leur a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l’homme ayant coexisté à la même période et au même endroit, un fait sans précédent. Résultat : les "variations morphologiques" entre les cinq crânes de Dmanisi ne sont pas plus importantes que celles que l’on retrouve actuellement entre cinq individus parmi les populations modernes, ou entre cinq chimpanzés. Les fossiles ont également été comparés à d’autres hominidés retrouvés en Afrique, en Asie ou en Europe. "Les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d’Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l’Australopithèque, comme la célèbre Lucy", affirme le professeur Christoph Zollikofer, co-auteur de l’étude. De quoi penser "qu’ils appartiennent bien tous à la même espèce", et non à des sous-genres de l’Homo erectus, l’ancêtre de l’Homo sapiens.
Pourquoi c’est important ? Jusqu’ici, les scientifiques pensaient que plusieurs espèces distinctes d’Homo erectus co-existaient, il y a près de deux millions d’années. Or, ces sous-genres de la classification ne seraient donc "que des variations individuelles d’une seule et unique lignée", explique Le Figaro. Il n’y aurait donc qu’un seul Homo erectus, avec des variations pouvant être due au climat ou à la géographie.
Mais cette théorie ne convainc pas tout le monde. Le paléobiologiste Bernard Wood, de l’Université George Washington, s’est ainsi dit "très sceptique". Pour lui, les auteurs de l’étude ne prennent pas en compte d’autres différences importantes entre les spécimens, comme les mandibules. Et le scientifique d’avancer sa propre hypothèse : le crâne de Dmanisi pourrait être tout simplement celui d’une nouvelle espèce d’hominidé.
Source : Europe1 du 13/10/2013
dimanche 20 octobre 2013
Nos ancêtres formaient une seule espèce, indique un crâne de 1,8 million d’années
Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, ce crâne bien préservé mis au jour à Dmanisi, en Géorgie, comprend une petite boite crânienne, une longue face et de grandes dents, précisent les chercheurs, soulignant qu’il s’agit de l’ancêtre le plus ancien de l’homme découvert hors du continent africain.
Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l’Homo habilis, l’Homo rudolfensis et l’Homo erectus, ne différaient en fait selon les auteurs de ces travaux que par leurs apparences.«Comme nous constatons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d’hominidés africains il est raisonnable de penser qu’il n’y avait qu’une seule espèce à ces périodes en Afrique. Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d’Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l’Australopithèque -la célèbre Lucy-, nous pouvons penser qu’ils appartiennent bien tous à la même espèce», a conclu Christoph Zollikofer de l’Institut d’Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science.
Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes dont celle publiée en août 2012 dans la revue britannique Nature. Le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est ainsi déclaré «très sceptique» jeudi des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques «pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé».
Source : l'Avenir.net du 18/10/13
Un crâne de 1,8 million d'années révolutionne l'histoire de l'évolution
Cela faisait 1,8 million d'années qu'ils attendaient sagement qu'on les trouve, cachés qu'ils étaient au sommet d'une colline géorgienne. Pour qu'ils puissent «parler», raconter leur temps, montrer leurs visages, décrire ce qu'ils mangeaient… Prouver qu'ils faisaient bien partie des tout premiers du genre humain. Et, de plus, obliger les paléontologues du monde entier à revoir leur copie sur ces premiers stades de développement de la lignée des hominidés.
«Les fossiles hominidés de Dmanisi, dans le sud de la Géorgie, sont les représentants les plus anciens du genre Homo hors d'Afrique», n'hésite pas à affirmer le Pr David Lordkipanidze, directeur du muséum national de Géorgie, à Tbilissi, premier signataire de la publication relatant cette découverte dans la revue Science . Et 5 crânes, dont 4 avec mandibule, ont été exhumés depuis plusieurs années. Ainsi, une mâchoire avait été découverte en 2000. Cinq ans plus tard, à deux mètres de là, un crâne magnifiquement conservé, sans les déformations ou fracturations qu'entraîne parfois la fossilisation, était lui aussi mis au jour. Et mâchoire et crâne s'emboîtent parfaitement. «Cette “tête” est remarquable pour plusieurs raisons, estime Marcia Ponce de Leon, de l'université de Zurich, qui a participé aux travaux. Il a un relativement petit volume crânien, 546 cm3, soit un tiers de celui d'un homme moderne. Il a une face large et prognathe, une mâchoire proéminente avec de larges dents, des arcades sourcilières très marquées. La combinaison de tous ces traits n'avait encore jamais été observée et offre donc des informations nouvelles sur ce à quoi ressemblaient les premiers Homo.» Le crâne (les chercheurs affirment qu'ils ne lui ont pas donné de petit nom, il est désigné comme D4500) est si bien conservé qu'une reconstitution de sa tête et de son visage a pu être faite.
«La combinaison de tous ces traits offre des informations sur ce à quoi ressemblaient les premiers Homo» Marcia Ponce de Leon, université de Zurich
Que signifie cette découverte concernant les origines lointaines des Homo ? «Il y a deux façons d'interpréter la diversité des fossiles d'hominidés, explique le Dr Christoph Zollikofer, lui aussi de l'université de Zurich. Soit une origine par une lignée unique, soit par une lignée multiple avec des ramifications dont certaines se sont éteintes.» Une lignée unique aura de fortes variations d'un individu à l'autre alors que cette variation serait moins importante entre représentants d'une même «branche» indépendante. Les différences entre les cinq «Géorgiens», dont il est impossible de dire s'ils proviennent d'une même famille mais uniquement qu'ils étaient contemporains, ne sont pas plus éloignées de celles que l'on peut trouver entre 5 hommes modernes ou 5 chimpanzés. Compte tenu de bien d'autres éléments, les chercheurs estiment, avec beaucoup de prudence, que nombre de sous-genres de la classification (Homo rudolfensis, Homo ergaster ou même Homo habilis) ne sont que des variations individuelles d'une seule et unique lignée. Les auteurs de ces travaux proposent donc de privilégier l'hypothèse d'une lignée unique, avec ses variations individuelles normales, qui pourraient parfois être dues à des isolements temporaires de populations à cause de conditions climatiques ou géographiques.
Encore 50.000 m2 à explorer
«Nous estimons donc que les fossiles de Dmanisi étaient des Homo erectus, conclut Christoph Zollikofer. Et que les différences morphologiques entre les fossiles datés autour de 1,8 million d'années, d'Afrique ou d'ailleurs, reflètent aussi des variations internes aux Homo erectus.» Nul doute que la bataille entre spécialistes sera rude. Heureusement, le site de Dmanisi, avec ses sédiments d'origine volcanique, est d'une exceptionnelle richesse: il a déjà livré, outre ces 5 crânes et quelques autres éléments de squelettes d'hominidés, plus de 10.000 fossiles de la faune de cette époque et des outils utilisés par les premiers hominidés. «Et il reste 50.000 m2 à explorer», se réjouit le Pr Lordkipanidze. Et combien d'autres de par le monde… Car maintenant, la question à résoudre est : que s'est-il passé entre la fin d'Homo erectus et l'arrivée d'Homo sapiens? Les archives fossiles manquent. Avis aux amateurs.
Source : Le Figaro du 18/10/2013
samedi 19 octobre 2013
La diversité génétique des Européens plus précisément retracée
À travers l'étude de l'ADN de 364 squelettes allemands ayant vécu sur une période de 4.000 ans, des scientifiques apportent de nouveaux éléments sur les différentes migrations vers l'Europe centrale au cours du temps. De quoi préciser un peu plus l'origine de la diversité génétique des Européens actuels.
D'où venons-nous ? La réponse à cette question dépend de l'échelle utilisée. Certains expliqueront que tous les êtres vivants de cette Terre descendent d'un seul et même ancêtre commun, ayant vécu il y a plusieurs milliards d'années, et qu'ils ont subi les processus de l'évolution. D'autres commenceront l'histoire il y a environ six millions d’années, quand la lignée qui mène aux Hommes se sépare de celle qui aboutit aux chimpanzés. Les plus pragmatiques narreront l'idylle qui a suivi la rencontre de leurs parents. Il y a donc différents degrés dans le temps.
Ainsi, la National Geographic Society s'est lancée dans un vaste projet depuis quelques années : retracer les grandes migrations humaines pour comprendre la diversité génétique actuelle à travers le projet Genographic. Si là encore on peut rétorquer que le premier Homo sapiens a vu le jour en Afrique, de nombreux rebondissements ont suivi durant ces 200.000 dernières années.
Pour la seule Europe, la préhistoire est encore floue. Si l'on sait que des chasseurs-cueilleurs ont investi le Vieux continent il y a plus de 40.000 ans, que par la suite l'Homme de Néandertal a fini par disparaître, laissant dans notre ADN quelques reliques d'une hybridation ancienne, ce mode de vie ancestral et nomade a commencé à s'effacer il y a environ 7.500 ans. C'est-à-dire quand des populations venant d'Anatolie (actuelle Turquie) ont posé leurs valises et surtout planté leurs graines de céréales pour amener l'agriculture dans le centre de l'Allemagne d'aujourd'hui. Si nomadisme et sédentarité ont coexisté durant deux millénaires, comme cela vient d'être révélé dans Science, ce sont les fermiers qui ont fini par imposer leur mode de vie.
L’ADN mitochondrial fait foi !
D'ailleurs, dans la même édition de la revue états-unienne, d'autres scientifiques ont signé une seconde étude, qui cette fois ambitionne de retracer plus précisément les événements migratoires des derniers millénaires pour tenter de faire la lumière sur la diversité génétique constatée au sein de la population européenne actuelle.
De l'ADN a été récupéré sur les os et les dents de 364 squelettes, enterrés dans 25 sites au centre de l'Allemagne, dans le land de Saxe-Anhalt. La force de cette étude, c'est le nombre : d'ordinaire, les recherches de ce type échantillonnent cinq à dix fois moins de cadavres. Ainsi, les scientifiques ont pu couvrir 4.000 ans de préhistoire, entre l'arrivée des premiers agriculteurs dans la région il y a 7.500 ans, jusqu'à l'âge du bronze, il y a 3.500 ans. Ils disposent alors d'un enregistrement continu, pour observer les changements génétiques presque en « temps réel », à cela près que l'on parle de personnes décédées il y a plusieurs millénaires.
Les auteurs se sont focalisés sur l'ADN mitochondrial (ADNmt), qui renseigne sur la lignée maternelle car celui-ci, niché au cœur des organistes cellulaires fournissant de l'énergie, n'est présent que dans l'ovule au moment de la fécondation, et se transmet systématiquement de la mère à l'enfant.
Une diversité génétique expliquée par les migrations multiples
Ce travail montre que la diversité génétique actuelle ne peut s'expliquer par le seul mélange d'un agriculteur avec une chasseuse-cueilleuse (les mariages ne s'effectuant pas dans l'autre sens). Au cours du temps, de nouvelles vagues migratoires sont venues mélanger encore le patrimoine génétique des populations locales.
Il est intéressant de constater que les changements brusques de l'ADNmt, signes de l'arrivée d'une nouvelle culture, coïncident avec l'émergence de nouveaux objets, révélés par les fouilles archéologiques. Des peuples nouveaux propageaient leurs savoir-faire aussi bien que leurs gènes. Deux d'entre eux, amenant les cultures campaniformes venant d'Europe de l'Ouest il y a environ 4.200 ans, et de la céramique cordée, plus récente et issue de Russie, ont fortement compté. De façon inattendue également, alors que les traces génétiques des premiers fermiers se diluaient au cours du temps, les marqueurs associés aux chasseurs-cueilleurs sont soudainement réapparus. En tout, les individus étudiés par les chercheurs appartenaient à neuf cultures distinctes.
Ces résultats rendent compte de nombreux mouvements migratoires engendrant une multitude de mélanges, à l'origine d'une partie de la diversité actuelle. Car, on le sait plus précisément, l'histoire a une suite, avec de nouvelles migrations, de multiples invasions, conquêtes et reconquêtes, qui ont également modifié le panorama génétique de ces derniers millénaires. Mais au moins, l'arrivée de l'écriture a laissé des traces bien visibles qui permettent de réécrire le scénario avec une meilleure précision.
Source : Futura Planète du 17/10/2013
Un crâne vieux d'1,8 million d'années bouleverse l'histoire de l'espèce humaine
Et si les chercheurs s'étaient trompés au sujet de l'évolution de l'espèce humaine ? Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c'est bel et bien ce que suggère une nouvelle étude publiée par des chercheurs suisses et géorgiens dans la revue Science. A l'origine de ces travaux : un crâne vieux de 1,8 millions d'années découvert en Géorgie, dans un village appelé Dmanisi. Celui-ci est l'un des plus anciens sites connus pour avoir été peuplés par les ancêtres de l'Homme une fois ceux-ci sortis d'Afrique.
Les archéologues ont d'ailleurs déniché à Dmanisi la collection la plus complète d'ossements, crânes et mâchoires, d'Homo erectus. Le nouveau crâne découvert il y a 5 ans maintenant, est le fossile le mieux préservé d'un ancêtre de l'homme connu à ce jour. Baptisé "crâne 5", il a été trouvé à côté des restes de quatre autres crânes, tous associés au même lieu et à la même époque. Toutefois, le fossile a présenté des caractéristiques tout à fait étonnantes, des caractéristiques similaires à ceux de la même époque retrouvés en Afrique.
Or, les scientifiques ne s'attendaient pas à cette ressemblance. En effet, les hommes modernes, ou Homo sapiens, sont actuellement le seul membre en vie de la lignée Homo apparue sur Terre en Afrique il y a quelque 2 millions d'années. Toutefois, avant qu'Homo sapiens ne fasse son apparition, plusieurs autres espèces d'Homo auraient existé tels qu'Homo habilis, Homo rudolfensis, Homo ergaster ou encore Homo erectus.
Plusieurs espèces qui n'en font qu'une ?
C'est du moins ce qu'estime actuellement la majorité des scientifiques au vu des nombreuses découvertes réalisées jusqu'ici. Mais le "crâne 5" bouleverse complètement cette théorie et suggère qu'il n'y aurait pas eu plusieurs hominidés présents à cette époque en Afrique et en Europe, mais une seule et même espèce globale. En effet, les chercheurs ont constaté que le crâne possédait une face longue, une mâchoire massive et de grosses dents, le tout associé à une petite boite crânienne.
D'après l'étude, cette dernière mesurerait environ le tiers de celle retrouvée chez les hommes modernes et ne serait pas plus grosse que celle de la plupart des fossiles primitifs africains. C'est la première fois qu'une telle combinaison de caractéristiques est observée sur un fossile d'Homo. Le niveau de variation d'un fossile à l'autre est normalement utilisé pour définir des espèces séparées. Mais les scientifiques estiment que les différences observées entre le crâne 5 et les quatre autres ne sont pas si importantes.
"Les individus de Dmanisi appartiennent tous à une population d'une espèce unique d'Homo. Les cinq individus de Dmanisi sont sensiblement différents, mais pas plus différents que cinq individus modernes ou cinq chimpanzés d'une population donnée", a expliqué Christoph Zollikofer, de l'institut d'anthropologie de l'université de Zurich.
Homo erectus en Europe et en Afrique
Au cours de leur étude, les scientifiques ont également enquêté sur le niveau de variation existant chez des fossiles d'Homo trouvés en Afrique. Ils ont constaté un niveau de diversité comparable à celui observé chez les fossiles de Dmanisi. D'après les chercheurs, les fossiles ne traduiraient donc pas l'existence de plusieurs espèces différentes vivant dans des habitats propres mais des variants d'une seule lignée qui aurait émergé en Afrique et qui aurait été capable de se spécialiser dans une variété d'habitats.
"Ce que nous pouvons déduire de notre étude à Dmanisi, c'est qu'il y a 1,8 millions d'années, il y avait une autre espèce humaine unique et globale", à l'instar d'Homo sapiens aujourd'hui, a précisé Zollikofer à LiveScience. Mais alors de quelle espèce s'agissait-il ? "Nous pensons qu'il est sensé d'attribuer tous les spécimens à Homo erectus", a encore ajouté le chercheur car les fossiles géorgiens présentent de longues jambes et des hanches étroites qui signent un bipédisme.
Mais les chercheurs restent modérés : ils ne proposent pas d'attribuer tous les fossiles trouvés à Homo erectus. "Nous parlons seulement de la période datant d'il y a 1,8 à 2 millions d'années", a souligné Zollikofer. Homo erectus serait donc apparu il y a deux millions d'années en Afrique. Il se serait ensuite propagé en Eurasie, en passant par la Géorgie, la Chine et Java, où les traces les plus anciennes qui ont été retrouvées remontent à 1,2 million d'années.
Une découverte qui suscite le débat
Sans surprise, cette nouvelle découverte divise les chercheurs. Ian Tattersall, paléoanthropologue interrogé par LiveScience trouve la découverte fantastique mais n'est pas vraiment convaincu. "C'est le spécimen le plus extraordinaire et important" jamais trouvé. Mais "je crois que c'est une erreur d'imposer Homo erectus dans l'intérêt de maintenir une image linéaire de l'évolution humaine. Le spécimen est en réalité très distinct d'un point de vue morphologique, et souligne que l'évolution humaine a impliqué une diversification vigoureuse et une expérimentation du potentiel des hominidés".
Questionné par BBC News, Fred Spoor de l'University College London estime lui que les méthodes d'analyse utilisées pour étudier les crânes n'étaient pas assez efficaces pour assurer qu'ils appartiennent à la même espèce. "Ils ont réalisé une analyse très générale de la forme du crâne qui décrit la forme de la face et de la boite crânienne avec des termes généraux et abusifs", a t-il expliqué. De même, Chris Stringer du Natural History Museum in London émet des doutes quant à l'appartenance à l'espèce Homo erectus.
L'équipe a fait du bon travail avec "ce nouveau crâne remarquable et sa mâchoire énorme", image de la variation naturelle de la population de Dmanisi. Mais classer tous les fossiles sous l'espèce Homo erectus est difficile. "Les créatures ont commencé à utiliser des outils et manger de la viande, et ceci a conduit l'évolution. Mais je pense que cela a aussi généré de la diversité. Le groupe de Dmanisi est un exemple des espèces qui ont émergé de cela et continué ensuite en se disséminant à travers tout le vieux monde".
Source : MaxiSciences du 18/10/2013
Le crâne préhistorique qui bouleverse l'évolution humaine
GÉNÉALOGIE. C'est un sacré bouleversement qui vient de se produire dans la famille des hominidés dont nous autres, Homo sapiens, sommes les derniers représentants.
Jusqu'à présent, les membres les plus anciens du genre Homo qui vivaient il y a un peu plus de 2 millions d'années étaient séparés en plusieurs espèces distinctes, telles que Homo rudolfensis, Homo habilis, Homo ergaster, Homo georgicus...
Les différentes espèces d'hominidés telles qu'on les concevait jusqu'à aujourd'hui.
De subtiles différences morphologiques entre les différents fossiles (à partir des crânes notamment) retrouvés sur les sites de fouilles avaient conduit les paléoanthropologues à penser que toutes ces espèces étaient bien distinctes.
Une seule et même espèce
Toutefois, un article publié vendredi 18 octobre 2013 dans le magazine américain Science remet en cause cette théorie. D'après une équipe internationale de chercheurs, menée par le Muséum National de Géorgie à Tbilisi, ces divisions n'ont plus lieu d'être car tous ces hominidés feraient en fait partie d'une seule et même espèce : l'Homo erectus.
Le nouvel arbre généalogique des hominidés tels que le proposent les chercheurs du Muséum National de Géorgie.
Pour appuyer cette affirmation, l'équipe de chercheurs s'est appuyée sur l'étude approfondie d'un crâne vieux de 1,8 million d'années découvert en 2005 sur le site de Dmanisi en Géorgie.
Le point rouge matérialise la localisation du site de Dmanisi, en Géorgie.
TRÉSORS. Véritable caverne d'Ali Baba, ce site a déjà livré des dizaines de milliers de fossiles de plantes et d'animaux, ainsi que des outils en pierre. Mais on lui doit surtout la découverte de cinq crânes hominidés, dans un excellent état de conservation :
"Skull 5", l'un des crânes découverts sur le site de Dmanisi en 2005.
Et c'est sur ce crâne (dont la mandibule avait été découverte seule cinq ans auparavant) que les chercheurs ont trouvé les indices remettant en cause la classification actuelle des hominidés les plus anciens.
A l'instar de Homo habilis, ce fossile présente en effet une boîte crânienne relativement petite (546 cm3) soit le tiers de celle d'un homme moderne, mais aussi une face allongée et prognathe (comme Homo erectus) avec de grandes dents (comme Homo rudolfensis).
Analyse des caractères morphologiques du crâne découvert en Géorgie et des points communs qu'il partage avec de d'autres crânes identifiés comme appartenant à d'autres espèces d'hominidés.
Ces éléments aurait pu laisser à penser que ce crâne est celui d'un ancêtre des autres espèces du genre Homo dont il porte les caractéristiques. "Si la boîte crânienne et la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes, car ce crâne est le seul à ce jour à réunir de telles caractéristiques", abonde Christoph Zollikofer de l'Institut d'anthropologie de Zürich (Suisse), un des coauteurs de cet article, dans un communiqué.
Mais tel ne fut pas le cas : le crâne et la mâchoire cohabitaient l'un près de l'autre. Et en les associant, les chercheurs ont obtenu "Skull 5", le premier crâne parfaitement conservé d'un hominidé du début du Pléistocène. Un fossile exceptionnel daté de 1,8 million d'années, comme les autres crânes découverts à proximité.
Reconstitution informatique des 5 crânes découverts à Dmanisi.
COMPARAISON. L'équipe s'est donc livrée à une comparaison morphologique des 5 crânes de Dmanisi : le fameux "Skull 5" et les quatre autres découverts sur le site. Puis ils les ont comparés à d'autres fossiles d'hominidés découverts en Afrique, en Asie ou en Europe, tous datés entre 1,8 à 1,2 million d'années.
Leur conclusion : les différences morphologiques que l'on peut observer entre ces fossiles sont grosso modo les mêmes que celles que l'on pourrait observer au sein d'un groupe d'humains ou d'un groupe de chimpanzés aujourd'hui.
Une incroyable variabilité entre les individus
Autrement dit, certains hominidés de l'époque avaient des dents un peu plus grosses, d'autres un visage un peu plus prognathe, et d'autres encore une tête un peu plus grosse ou plus petite que la moyenne.
« Les fossiles trouvés à Dmanisi semblent très différents les uns des autres, et il serait tentant de publier leur découverte sous la forme d'espèces distinctes » explique Christoph Zollikofer. « Nous savons cependant que ces individus venaient du même endroit et de la même période géologique, aussi ils pourraient en principe représenter une seule population d'une seule espèce. » Une espèce qui, partie de l'Est de l'Afrique, se serait répandue sur toute la planète.
Source : Sciences et Avenir du 18/10/2013
Vue d'artiste de ce à quoi pouvait ressembler le propriétaire de "Skull 5". Crédit : J.H. Matternes / NY Times
CONTROVERSE. Toutefois, cette découverte ne fait pas l'unanimité. Interrogé par l'AFP, le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'université George Washington, s'est ainsi déclaré "très sceptique" sur les conclusions de l'analyse du crâne de Dmanisi. S'il juge également très probable que les crânes trouvés sur le site de fouille géorgien appartiennent à une seule et même espèce d'hominidés, il n'est en revanche pas convaincu par l'extrapolation que font les auteurs à l'ensemble des autres espèces d'hominidés.
Les distinctions entre les différentes espèces d'Homo qui avaient cours jusqu'à présent ne sont pas basées que sur la morphologie crânienne, explique-t-il dans un entretien au magazine National Geographic. D'autres éléments tels que la longueur des bras par exemple entrent en ligne de compte pour séparer les différentes espèces. Il n'est donc pas forcément nécessaire de jeter aux orties l'ancienne classification.
"L'analyse de Skull 5, mais aussi des autres crânes et mandibules de Dmanissi montre l’incroyable variabilité morphologique observée sur ces individus datés de 1.8 million d’années et appartenant probablement à une même espèce… bien sûr, ces résultats doivent être validés par des études complémentaires sur les autres ossements de ce gisement qui est loin d’avoir livré tous ses secrets, mais ils posent quand même la question de l’interprétation des caractères morphologiques dans l’attribution des fossiles à une espèce donnée, et dans une plus large perspective dans la compréhension du buisson évolutif de l’Homme " nous explique Dominique Grimaud-Hervé, professeur au département de préhistoire du Muséum d'Histoire Naturelle.
vendredi 18 octobre 2013
Les mains peintes dans les grottes préhistoriques seraient l’œuvre de femmes
Cette estimation repose sur l’étude morphométrique de 32 représentations de mains, un échantillon insuffisant pour en tirer des conclusions définitives selon d’autres archéologues.
Découvertes pour la première fois dès les années 1900, étudiées dans les années 1950, les empreintes de mains, notamment les mains négatives, font encore parler d’elles aujourd’hui. En effet, à qui appartiennent-elles ? À des femmes et des hommes adultes, des adolescents ou bien des enfants ?
Le mystère des mains négatives
On les appelle des mains négatives. Au sein des grottes, l’artiste les représente selon la technique du pochoir, en apposant sa propre main sur la paroi rocheuse puis en crachotant dessus avec sa bouche un mélange coloré à base d’argile rouge. Une fois enlevée, apparaît le détour de la main, à l’instar d’un négatif photographique. Une technique que les préhistoriens ont observée dans des grottes ou des abris situés sur tous les continents habités : Europe, Afrique, Asie (Indonésie), Australie) et Amérique du sud (Argentine).
Une étude morphométrique
Dans la dernière livraison du journal trimestriel American Antiquity, Dean Snow, archéologue à l’université d’Etat de Pennsylvanie, présente l’étude de 32 de ces représentations de mains relevées dans huit grottes de l’époque gravettienne (– 25 000 ans), dont 16 dans la grotte d’El Castillo en Cantabrie (sur la côte nord de l’Espagne), six dans la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées) et cinq dans la célèbre grotte du Pech Merle (Lot).
En se basant sur un algorithme et quatre mesures morphométriques dont l’indice de Manning, un ratio qui établit que l’homme a un annulaire plus long que l’index, tandis que ces deux doigts sont à peu près aussi longs chez la femme, Dean Snow estime que 75 % des mains pariétales sont celles de femmes.
Un échantillonnage trop restreint
« Il faut rester prudent car l’étude se base sur 32 représentations de mains, parmi des centaines disponibles », indique Jean-Michel Geneste, directeur du Centre national de préhistoire des Eyzies (Dordogne) et directeur des recherches de la grotte Chauvet (Ardèche), elle aussi caractérisée par la présence de très belles mains négatives.
En outre il est difficile d’estimer parfaitement la longueur des doigts du fait de déformations ou d’erreurs d’optique lors de la mesure. « Dans la grotte Chauvet, nous poursuivons actuellement une étude analogue et, à ce jour, on a plutôt affaire à des grandes mains, ce qui fait davantage penser à des mains d’homme », ajoute Jean-Michel Geneste.
Un logiciel pour déterminer le sexe à partir des mesures des mains
En 2006, Jean-Michel Chazine (CNRS EHESS université de Provence) et Arnaud Noury (informaticien) ont mis au point un logiciel permettant de déterminer le sexe de l’artiste en se basant, eux aussi, sur l’indice de Manning. Appliquant leur logiciel aux mains négatives de la grotte de Gua Masri II (Bornéo, Indonésie), ils en ont conclu que le panneau de mains avait été réalisé par des hommes et des femmes, les deux sexes ayant toutefois travaillé chacun dans une zone définie de la paroi.
Dans la grotte Cosquer, où certaines mains ont la particularité d’être incomplètes (formées seulement de deux ou trois doigts), le logiciel est inapplicable. En revanche, pour les mains complètes, le logiciel a montré que les mains féminines étaient plus nombreuses que les mains masculines. Les chercheurs sont en train de mettre au point un logiciel amélioré.
Pour Jean-Michel Chazine, « cette étude montre que les femmes ont pu être des artistes préhistoriques, et que ce n’était pas l’apanage des hommes. Une donnée qu’il reste à confirmer mais qui collerait bien avec le symbolisme chamanique et les usages de thérapie magique des tradipraticiens à base d’imposition des mains, de masticage de substances et de souffle projeté. Des pratiques qui, dans bien des sociétés primitives étaient remplies par une chamane femme », conclut l’ethno-archéologue.
Source : La Croix du 17/10/2013
Un crâne d'1,8 million d'années bouleverse la théorie de l'évolution
La découverte du fossile d'un crâne vieux d'1,8 million d'années paraît indiquer que les lointains ancêtres de l'homme appartenaient à une seule espèce, conclut jeudi une recherche qui vient alimenter le débat parmi les paléontologues sur l'histoire de l'évolution humaine.
Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, ce crâne bien préservé mis au jour à Dmanisi, en Géorgie, comprend une petite boite crânienne, une longue face et de grandes dents, précisent les chercheurs, soulignant qu'il s'agit de l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain.
Des différences au niveau de l'apparence
Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l'Homo habilis, l'Homo rudolfensis et l'Homo erectus, ne différaient en fait selon les auteurs de ces travaux que par leurs apparences.
La mâchoire appartenant au crâne de Dmanisi a été trouvée cinq ans avant le reste du crâne, le plus massif jamais découvert sur le site de Dmanisi en partie excavé et qui fait dire aux chercheurs qu'il s'agissait d'un mâle.
Sur ce site, les chercheurs ont aussi mis au jour quatre autres crânes d'hominidés ainsi que divers animaux et plantes fossilisés, et quelques outils de pierre.
Un «état de préservation exceptionnel»
Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période, ce qui a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l'homme moderne qui ont coexisté.
«Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d'hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d'un individu», a expliqué lors d'une conférence de presse téléphonique David Lordkipanidze, directeur du musée national géorgien à Tbilissi.
«Si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques», a souligné Christoph Zollikofer de l'Institut d'Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science.
Un grand visage protubérant
Outre la petite taille de son cerveau, environ un tiers de celle d'un homme moderne, le crâne découvert avait un grand visage protubérant, une forte mâchoire avec de longues dents et des arcades sourcilières épaisses.
Avec leurs différentes caractéristiques morphologiques, les fossiles de Dmanisi ont été comparés entre eux et à divers autres fossiles d'hominidés trouvés en Afrique remontant à 2,4 millions d'années et à d'autres mis au jour en Asie ou en Europe vieux d'1,8 à 1,2 million d'années, précisent ces paléontologues.
«Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n'excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés», souligne le professeur Zollikofer.
Une seule espèce à cette période
«Comme nous constatons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d'hominidés africains il est raisonnable de penser qu'il n'y avait qu'une seule espèce à ces périodes en Afrique», a-t-il poursuivi. «Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d'Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l'Australopithèque --la célèbre Lucy--, nous pouvons penser qu'ils appartiennent bien tous à la même espèce», a-t-il conclu.
Ces conclusions vont à l'encontre d'autres recherches récentes dont celle publiée en août 2012 dans la revue britannique Nature.
Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont co-existé en Afrique il y a près de deux millions d'années.
«Très sceptique»
Le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'Université George Washington, s'est ainsi déclaré «très sceptique» jeudi des conclusions de l'analyse des crânes de Dmanisi.
Il a expliqué à l'AFP que la méthode retenue par les auteurs ne prend pas en compte d'autres différences importantes entre les spécimens, dont entre autres les mandibules.
Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques «pourrait bien être en fait celui d'une nouvelle espèce d'hominidé».
Source : 20 minutes du 18/10/2013











