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vendredi 19 juin 2020

Découverte des plus anciennes traces d’utilisation d’arcs et flèches hors d’Afrique

De premières preuves d’usage d’arc et flèches par des hommes préhistoriques hors du continent africain ont été attestées dans les forêts tropicales du Sri Lanka, en Asie du Sud. Elles remonteraient à 48 000 ans.

A plus d’un jet de flèche… C’est à l’ouest de l’île du Sri Lanka, l’ancienne Ceylan, dans l’Océan Indien, que les plus anciens témoignages de chasse à l’arc identifiés en dehors de l’Afrique, auraient été mis au jour dans la grotte de Fa Hien Lena. Dans une étude publiée dans la revue Science Advances, une équipe internationale de chercheurs de l'Institut Max Planck pour la science de l'histoire humaine (MPI-SHH) en Allemagne, de l'Université Griffith en Australie et du Département d'archéologie du gouvernement du Sri Lanka, ont ainsi apporté les preuves d’une utilisation précoce d’arc et flèche avec la découverte de pointes taillées sur os, retrouvées aux côtés d’une abondante quantité de vestiges - perles colorées d’ocre, outils pour traiter des peaux pour confectionner des vêtements, ou tresser des filets - tous retrouvés dans des niveaux archéologiques remontant à 45-48 000 ans.

Célèbre depuis les années 1980 pour recéler la présence de fossiles humains du Pléistocène supérieur, la vaste cavité du district de Kalutara, un des plus importants sites archéologiques d’Asie du Sud, fait ainsi de nouveau parler d’elle. Entre 2009 et 2012, les archéologues y auraient en effet collecté, près de 130 pointes de projectiles montrant des traces d’impact et de fractures "compatibles avec des dommages de chasse", explique Michelle Langley, co-auteur des recherches. Des encoches et usures mises en évidence lors d’examens réalisés à l’aide de microscopes, sur ces pointes de flèches taillées sur os de sanglier, de cerf ou encore de primates.

L’invention de l’arc et de la flèche a été une des grandes innovations technologiques des sociétés de chasseurs du Paléolithique. Elle a permis aux humains d’atteindre toutes sortes de proies, sans avoir à s’en approcher de trop près. En particulier, lorsqu’il s’agissait d’attraper de gros animaux terrestres ou aquatiques, où d’autres arboricoles, plus petits, à l’instar des singes dans les zones tropicales. Sans compter les oiseaux, souvent hauts perchés dans la canopée. Une arme utilisée pour se nourrir mais aussi pour faire la guerre. Quand a-t-elle été inventée ? A quelle époque ? Ces questions sont toujours débattues.

A ce jour, les plus anciennes preuves d’utilisation d’arc et flèches proviennent de la grotte de Sibudu, en Afrique du Sud, où elles sont datées d’environ 64 000 ans. En dehors de ce continent, des flèches avec des fragments d’arc, ont également été trouvées en Europe, en particulier dans des tourbières. C’est ainsi que des vestiges de ces armes âgées de 12 000 ans ont été exhumés à Stelmoor, en Allemagne, mais malheureusement détruits pendant la Seconde guerre mondiale. Plus anciennes, remontant à l’époque Gravétienne (29 000 à 22 000 ans), de petites pointes de pierre taillées, appelées microlithes, rencontrées en abondance, pourraient être des survivances d’arcs et flèches. Certains ont même été préservés entiers. Ainsi, en France, un arc de 4600 ans avant notre ère, taillé dans de l’if, a été retrouvé sur les quais de Seine, lors des fouilles du site de Bercy, en 1991.

Quoiqu’il en soit, parce que ces armes sont principalement fabriquées à partir de matériaux périssables (bois, tendons, fibres), les petites pointes osseuses de Fa-Hien Lena constituent une découverte importante. Aujourd’hui, de très nombreux groupes humains continuent à utiliser des arcs et flèches pour chasser, particulièrement en Amazonie, en Afrique du Sud, ou en Asie du Sud et du Sud-Est.

Source : Sciences et avenir du 18/06/2020

mercredi 17 juin 2020

Le tir à l’arc pourrait remonter à 48 000 ans en Asie du Sud

Des chercheurs annoncent la découverte de pointes de flèches vieilles de plus de 48 000 ans au Sri Lanka. Ce sont, à ce jour, les plus anciens témoignages de cette technologie de chasse hors Afrique. Et ce n’est pas tout.

Le Sri Lanka, au sud du sous-continent indien, abrite les premiers fossiles de notre espèce en Asie du Sud. L’île préserve également des preuves d’occupation humaine dans ces forêts tropicales. La question de savoir comment ces ancêtres obtenaient au départ leurs ressources dans cet environnement très dense et humide, peuplé de proies agiles et rapides, n’était pas encore très bien comprise.

Une équipe de chercheurs de l’Institut Max Planck en Allemagne, de l’Université Griffith en Australie, et du Département d’archéologie du gouvernement du Sri Lanka, nous livre aujourd’hui la réponse.

Les scientifiques expliquent en effet avoir trouvé plusieurs pointes de flèches (taillées dans des os) dans la grotte de Fa-Hien Lena, considérée comme l’un des sites archéologiques les plus importants d’Asie du Sud depuis les années 1980. Datées à environ 48 000 ans, elles sont à ce jour les plus anciennes retrouvées hors Afrique. Mais ce n’est pas tout.

Un réseau social humain complexe et précoce

Les chercheurs expliquent en effet avoir isolé d’autres outils. Certains semblent avoir été associés à la pêche en eau douce dans les cours d’eau tropicaux, et d’autres au travail de la fibre pour fabriquer des filets ou des vêtements.

« Nous avons également trouvé des preuves évidentes de la production de perles colorées à partir d’ocre minérale, et de la fabrication raffinée de perles de coquillage commercialisées depuis la côte, à un âge similaire à d’autres matériaux de “signalisation sociale” trouvés en Eurasie et en Asie du Sud-Est il y a environ 45 000 ans », explique Michelle Langley, co-auteure de ces travaux.

Ces découvertes, explique-t-elle, « révèlent un réseau social humain complexe et précoce dans les tropiques de l’Asie du Sud ». De quoi bouleverser nos idées traditionnelles sur la façon dont certaines innovations humaines sont liées à des exigences environnementales spécifiques.

Considérer les régions “oubliées”

Les produits culturels européens (art rupestre, sculptures ou autres outils et vêtements sur-mesure) ont souvent été présentés comme l’apogée du développement culturel humain du Pléistocène supérieur.

Avant cela, les découvertes d’anciennes technologies de chasse et de comportements artistiques dans les prairies ouvertes ou les zones côtières en Afrique ont défini la savane et les environnements marins comme les principaux moteurs des premières chasses et expériences culturelles de nos ancêtres.

elon Patrick Roberts, co-auteur de cette nouvelle étude, « ces orientations ont fait que d’autres parties de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australasie et des Amériques ont souvent été mises de côté dans les discussions sur les origines du matériel (outils de chasse et innovations culturelles) ».

Néanmoins, nous savons depuis quelques années que les humains du Pléistocène occupaient et s’adaptaient également à d’autres environnements, parfois extrêmes. On pense aux déserts, ou aux plateaux de haute altitude. Mais n’oublions pas non plus les forêts tropicales, comme celles du Sri Lanka.

Pour les chercheurs, il convient alors de ne plus lier les développements technologiques, symboliques ou culturels de notre espèce à une seule région ou un seul environnement.

« Les preuves sri-lankaises montrent que l’invention des arcs et des flèches, des vêtements et de la signalisation symbolique s’est produite plusieurs fois et à plusieurs endroits différents. Y compris dans les forêts tropicales humides d’Asie », conclut Michael Petraglia, co-auteur de l’étude.

Si en Europe on confectionnait à cette époque des vêtements pour se protéger du froid, les vêtements pourraient ici avoir permis de se protéger contre les moustiques tropicaux. « Et au lieu de simplement chasser les grands mammifères des prairies, ajoute l’archéologue Noel Amano, les arcs et les flèches ont probablement aidé les humains à chasser des petits primates, et autres rongeurs arboricoles ».

Source : Sciencepost du 15/06/2020

mardi 2 juin 2020

Une arme de jet vieille de 300 000 ans découverte en Allemagne

Un bâton de jet en bois vieux de 300 000 ans a récemment été mis au jour dans le nord de l’Allemagne. Une arme probablement utilisée par Homo heidelbergensis pour chasser de petites proies à distance.

La localité de Schöningen est connue des archéologues et anthropologues. Et pour cause, il est possible d’y trouver une vingtaine de sites datant du pléistocène moyen sous lesquels ont notamment été excavés plusieurs bâtons de jet longs de 1,80 m à 2,50 m entre 1994 et 1998. Toutes ces armes ont probablement appartenu aux derniers représentants de l’espèce Homo heidelbergensis. Pour rappel, ces ancêtres présumés de Neandertal ont fréquenté la région il y a entre 700 000 et 300 000 ans.

La plus ancienne arme de jet

Plus récemment, sur le même site (Schöningen 13 II-4) a été retrouvée une nouvelle arme de jet, elle aussi en très bon état, vieille de 300 000 ans. C’est accessoirement la plus ancienne jamais mise au jour. Une découverte exceptionnelle qui vient de faire l’objet d’une publication dans la revue Nature Ecology & Evolution.

“Les chances de trouver des artefacts paléolithiques en bois sont normalement nulles“, explique Nicholas Conard du Département de préhistoire de l’Université de Tübingen. “Mais Schöningen, avec sa conservation exceptionnelle, regroupe de loin la plus large et la plus importante collection d’outils en bois et équipements de chasse du Paléolithique“.

Cette lance, taillée dans le bois d’un épicéa, mesure 64,5 cm de long et pèse 264 grammes. Une analyse de l’usure de l’artefact faite avec un microscope stéréoscopique a également permis de constater que son fabricant a utilisé des outils en silex pour couper la branche de l’arbre avant d’en lisser la surface et d’en épointer les deux extrémités.

Ces analyses ont également révélé des “fractures d’impact” et autres dommages “conformes à ceux trouvés sur des exemples ethnographiques et expérimentaux de lancer de bâtons“, peut-on lire dans l’étude.

Deux vues du bâton de jet de 300.000 ans. Arme de chasse utilisée par Homo heidelbergensis.

Chasser de petites proies à distance

Les chercheurs émettent l’hypothèse que les anciens chasseurs utilisaient ces armes pour chasser principalement des oiseaux aquatiques. “Des ossements de cygnes, de canards ont été recueillis dans les mêmes niveaux archéologiques que le bâton de jet“, explique en effet à Science & Avenir Veerle Rots, archéologue du laboratoire Tracéolab de l’Université de Liège. Ces bâtons étaient sans doute également utilisés pour chasser du petit gibier, comme les lapins ou les lièvres.

Selon des documents ethnographiques, ces armes étaient tenues par la pointe lorsqu’elles étaient lancées. Elles tournoyaient alors jusqu’à atteindre leur cible située à plusieurs dizaines de mètres de distance. À titre d’information, le bâton de jet le plus “abouti” reste aujourd’hui le boomerang, dont les propriétés de vol assurent normalement un retour à l’envoyeur.

Source :SciencePost du 01/06/2020

samedi 5 mai 2018

Il y a 61.000 ans, Sapiens bandait déjà son arc

Une équipe internationale de chercheurs a démontré l'utilisation d'arcs et de flèches il y a 61.000 pour chasser, alors que la plus vielle trace d'utilisation d'une telle technologie datait jusqu'alors d'il y a à peine 10.000 ans.

Il y a environ 61.000 ans, les Homo sapiens qui peuplaient l'Afrique du Sud chassaient déjà à l'aide d'un arc et de flèches. C'est ce que démontre une équipe internationale d'anthropologues dans un article publié dans Antiquity. Jusqu'à aujourd'hui, la plus ancienne trace connue d'une telle technologie datait de la fin du Paléolithique récent en Europe (il y a 10.000 ans).

Ce sont des petits os de 5 cm retrouvés dans la grotte de Sibudu, en Afrique du Sud, qui ont mis les chercheurs sur la piste. L'étude de ces ossements a révélé des fissures relevant plus d'une arme que de l'utilisation d'outils domestiques. Afin de comparer ces fissures, l'équipe a reconstitué sept flèches, en s'appuyant sur les pratiques du peuple Kalahari San de Namibie. Après avoir fait tirer ces flèches par un chasseur San dans une carcasse de chèvre à 8 mètres de distance, l'équipe a pu comparer les flèches reconstituées aux flèches préhistoriques. Résultats: dans les deux cas les fissures montrent qu'un arc a bien été utilisé.

Ces petits morceaux d'os ont donc bel et bien servi au bout d'une flèche, avant d'être ramenés dans la grotte, et d'y être oubliés. Là, ils ont souffert d'une légère combustion, mais pas de carbonisation complète, sans quoi ce premier exemple de chasse à l'arc n'aurait jamais été trouvé.

Les arcs n'étaient sûrement pas aussi travaillés que ceux retrouvés 50.000 ans plus tard, «les chasseurs de l'époque devaient sûrement se contenter de tendre une corde, a priori des tendons d'élans (les plus grosses gazelles d'Afrique du Sud - NDLR), entre deux morceaux de bois souple» explique Francesco d'Errico coauteur de l'article et chercheur au laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux). «La portée n'était pas très grande.»

Une technologie qui caractérise l'homme moderne

L'arme n'était sans doute pas assez puissante pour causer seule la mort du gibier. Ce sont des pointes très fragiles, le but était sûrement de blesser l'animal et de lui administrer du poison. L'utilisation d'arcs et de flèches est un marqueur d'un comportement complexe qui caractérise l'homme moderne. Est-ce surprenant de retrouver cette technique si loin dans le passé? «Pas tant que ça», juge Francesco d'Errico. «C'est évidemment une technique évoluée, mais pour nous, ce n'est pas si surprenant. Nous savions déjà qu'à cette époque, l'homme maîtrisait un niveau élevé de technologie.»

En effet, si l'utilisation d'un tel propulseur est une première, les pointes et les lances sont des armes courantes pour Homo sapiens. Les plus vieux projectiles avec des pointes de pierre attachées datent d'il y a 500.000 ans. La plus vieille flèche en bois a été retrouvée en Allemagne et est datée d'il y a 400.000 ans. L'utilisation des os pour en faire des pointes était d'ailleurs une pratique assez répandue en Afrique il y a 60.000 ans. Maintenant, il s'agit de comprendre pourquoi aucune trace d'un arc propulseur n'a pu être trouvée avant la fin du paléolithique récent (10.000 ans).

Source : Le Figaro du 04/05/2018

vendredi 27 août 2010

Découverte des premières pointes de flèches

Des archéologues ont trouvé en Afrique du Sud des pointes en pierre vieilles de 64 000 ans qui pourraient être les premières pointes de flèches utilisées par l'humain.

La découverte de pointes de flèches, en Afrique du Sud, fait remonter de 20 000 ans l'apparition de la technologie de l'arc.

Des traces de colle, sur les pointes en pierre taillée datées d'environ 64 000 ans, montrent qu'Homo sapiens savait déjà à cette époque concevoir des outils complexes, qui demandent un certain développement cognitif.

Les pointes proviennent de sédiments de la grotte de Sibudu, située près la côte est de l'Afrique du Sud.

Des analyses au microscope, effectuées par l'équipe de Marlize Lombard, archéologue à l'Université de Johannesburg, ont révélé la présence de résidus de sang et d'os collés aux pointes, ce qui laisse entendre qu'elles ont été utilisées pour la chasse.

En localisant les lieux d'impacts sur les pointes et la façon dont elles ont été endommagées, les archéologues ont été en mesure de déterminer qu'elles étaient probablement des pointes de projectiles, plutôt que des pointes de lances tenues en main. Les détails des travaux ont paru dans la revue Antiquity.

Selon les chercheurs, c'est sans doute à ce moment charnière, il y a 60 000 ou 70 000 ans, que nos ancêtres ont commencé à penser de façon semblable aux humains d'aujourd'hui.

Les archéologues soulignent toutefois qu'il faut attendre plusieurs millénaires avant de constater l'utilisation généralisée de l'arc et de la flèche dans les restes archéologiques d'Homo sapiens.

Source : Radio Canada du 26/08/2010