jeudi 3 juin 2010
Ardi : un ancêtre incertain
Ardi, ou Ardipithecus ramidus, c’est du sérieux. Il a fallu 17 longues années à ses découvreurs, dirigés par Tim White de l’Université de Californie, pour le reconstituer et leurs conclusions, également parues dans Science en octobre, faisaient de cette femelle de 1 m 20 un pré-humain plus près de l’australopithèque (comme la célèbre Lucy, vieille de 3 millions d’années). Mais selon une équipe de géochimistes et d’anthropologues, les échantillons de sol à cet endroit révèlent plutôt la présence d’une forêt plus dense qu’on ne le pensait, ce qui serait incompatible, selon eux, avec la marche debout attribuée à Ardi. L’équipe de Tim White n’en démord pas et réplique dans Science. Le débat est lancé...
Source : Agence Science Presse du 01/06/2010
mardi 1 juin 2010
"Ardi" est-il vraiment un ancêtre de l'homme ?
Des chercheurs contestent aujourd'hui son appartenance à la branche humaine de l'évolution des espèces. Leurs travaux sont publiés dans la revue "Science".
Selon l'étude initiale, publiée par la même revue en octobre, Ardi, diminutif d'Ardipithecus ramidus, vivait il y a 4,4 millions d'années, et était une créature de sexe féminin mesurant 1,20m et pesant 50kg. Ses ossements ont été découverts entre 1992 et 1994 dans la région de l'Afar en Ethiopie.
Ardi a vécu un million d'années avant Lucy -l'un des plus célèbres fossiles du monde, découvert en 1974 et longtemps considéré comme le plus vieil hominidé connu. Sa découverte a été présentée en octobre dernier comme un éclairage nouveau sur l'évolution du genre humain. Les chercheurs avaient conclu qu'Ardi marchait debout et vivait dans un habitat arboré (bois, forêts).
Dans la nouvelle étude, Esteban Sarmiento, de la Fondation sur l'évolution humaine d'East Brunswick (New Jersey), se dit sceptique sur l'appartenance d'Ardi à la branche de l'évolution qui a conduit à l'homme moderne. Selon lui, les caractéristiques anatomiques citées par l'étude initiale n'apportent pas de preuves convaincantes sur ce point. Certaines de ces caractéristiques, affirme-t-il, indiquent au contraire qu'Ardi est apparu avant que les humains ne se séparent de la lignée des grands singes africains.
Deux autres experts interrogés par l'Associated Press estiment toutefois qu'il est trop tôt pour dire quelle place occupe Ardi dans l'histoire de l'évolution. Will Harcourt-Smith, du Muséum américain d'histoire naturelle, dit ne pas être ne mesure de se prononcer sur l'opinion de M. Sarmiento. "Nous n'en sommes qu'au début" de l'analyse d'Ardi, souligne-t-il.
Pour M. Harcourt-Smith, "tant que nous n'aurons pas une description plus complète du squelette, il faut être prudent sur l'interprétation des analyses initiales dans un sens comme dans l'autre." Mais il n'est pas d'accord avec l'argument de M. Sarmiento selon lequel Ardi est probablement trop vieux pour appartenir à la branche humaine de l'évolution.
Rick Potts, du Muséum d'histoire naturelle de la Smithsonian Institution, note qu'Ardi a vécu dans une période mal connue de l'évolution, au cours de laquelle "beaucoup d'expérimentations" ont pu survenir. "Je pense qu'il est trop tôt" pour se prononcer sur son lien de parenté avec l'homme.
L'autre critique porte sur l'environnement d'Ardi. L'hypothèse d'un habitat arboré avancée l'an dernier va à l'encontre de l'idée selon laquelle les premiers ancêtres de l'homme auraient commencé à marcher debout parce qu'ils vivaient dans des plaines herbeuses et des savanes.
Dans la nouvelle étude, le géochimiste Thure Cerling, de l'université d'Utah, et d'autres chercheurs estiment qu'Ardi a vécu dans un environnement de savane ne comprenant pas plus de 25% de forêt. Leur théorie se fonde sur l'analyse de sédiments anciens, de dents d'animaux retrouvés sur le site des fouilles et de minuscules grains de silices découverts dans des plantes.
Le débat autour d'Ardi ne surprend pas Tim White, de l'université de Californie, l'un des auteurs de l'étude publiée l'an dernier. "C'était totalement prévisible", dit-il. "Chaque fois que vous avez quelque chose d'aussi différent qu'Ardi, vous allez probablement en avoir un."
Dans "Science" et dans un entretien à l'AP, M. White défend l'étude présentée l'an dernier. "Les preuves sont très claires que chez l'Ardipithecus, il y a des caractéristiques partagées seulement par les hominidés apparus plus tard (...) et les humains." S'il reconnaît la présence de savane dans l'environnement d'Ardi, il assure que tout indique qu'Ardi préférait vivre dans les zones boisées. Reste que le débat est loin d'être clos...
Source : Yahoo Actualités du 28/05/2010
lundi 1 février 2010
La nouvelle histoire de l'Homme
Depuis une quinzaine d'années, régulièrement, nous interrogions Tim White, de l'université de Californie : présenterait-il bientôt les fossiles exceptionnels d'hominidés qu'il avait découverts, avec son équipe, en Ethiopie ? Accepterait-il d'en parler ? Ces paléoanthropologues avaient en effet créé en 1995 l'espèce Ardipithecus ramidus, à partir de fragments osseux et de dents datés de 4,4 millions d'années. C'était à l'époque le plus ancien hominidé connu. Et, dans les années suivantes, l'information avait diffusé dans le cercle des spécialistes : la même équipe avait également retrouvé un squelette très complet de la même espèce. Mais, imperturbablement, Tim White répondait à chaque fois que les restes étaient très fragmentés, très fragiles, que son équipe devait encore travailler, et qu'il était trop tôt pour en dire quoi que ce soit.
Notre patience a été récompensée : dans le numéro de février de La Recherche, Tim White et ses collègues présentent Ardi, le squelette d'hominidé ancien le plus complet connu. Le crâne et sa denture, les avant-bras, les mains, le bassin, une jambe et les pieds : il est plus complet que la célèbre Lucy, trouvée en 1974 à Hadar, 75 kilomètres plus au Nord. Trois mois après la publication scientifique pour les spécialistes, dans un épais dossier de la revue scientifique américaine Science, il nous a en effet semblé nécessaire de refaire le point sur ce que nous savons (et sur ce que nous ne savons pas) de l'histoire de l'homme et de ses ancêtres.
Car les informations apportées par l'analyse du squelette d'Ardi, des restes de 36 de ses congénères retrouvés dans le même secteur et de tous les éléments de faune et de végétation fossiles qui les accompagnaient obligent les paléontologues à reconsidérer les premières étapes de l'histoire des hominidés. Ardi, en particulier, apporte un éclairage nouveau sur l'émergence de la bipédie. Celle-ci aurait été favorisée par le comportement social, les mâles transportant de la nourriture afin de la partager avec les femelles, plus que par l'environnement, comme beaucoup le pensaient.
Source : La Recherche du 25/01/2010
jeudi 31 décembre 2009
Découverte scientifique de l'année
Pas moins de quinze années auront été nécessaires pour extraire et étudier à la loupe les 125 ossements particulièrement friables et fragiles de la belle Ardi, de son vrai nom Ardipithecus ramidus. Cette nouvelle espèce d’hominidé, dont la première trace fossile - une simple dent - a été exhumée en décembre 1992, toujours dans l’Afar, par un membre de l’équipe du paléontologue américain Tim White, bouscule ce que l’on croyait connaître sur les ancêtres des grands singes (chimpanzé, gorille…) et de la lignée humaine. Ardi n’est en effet ni une australopithèque, comme Lucy, ni une représentante du genre Homo. Elle offre un mélange inédit de traits primitifs hérités de ses ancêtres et de traits modernes que l’on retrouve chez des hominidés plus récents. Résultat : il faudra remonter au moins deux millions d’années en arrière pour espérer retrouver l’ancêtre commun aux hommes et aux grands singes.
Source : Le Figaro du 31.12.2009
dimanche 1 novembre 2009
Ardi n'était ni chimpanzé ni humain
Elle crapahutait en Afrique de l'Est, près d'un million d'années avant Lucy l'australopithèque... Bienvenue à «Ardi» l'ardipithèque, une femelle hominidé datée de -4,4 millions d'années, riche d'informations médites, grâce à son squelette, le plus ancien connu pour un hominidé. De Tournai'(-7 millions d'années) on ne connaît en effet que le crâne, d'Orrorin (-6 Ma), trois fémurs, un humérus et quelques dents. Ardipithecus ramidus (son nom savant), autrement plus complet, «ne ressemble à rien de ce à quoi nous nous attendions», selon son découvreur éthiopien Gen Suwa. Avec sa mise au jour en 1992, les chercheurs ont pensé tenir l'ancêtre des Homo, ou celui des grands singes, voire le «graal» de la paléontologie humaine : l'ancêtre commun aux deux lignées... Patatras ! après dix-sept ans d'analyses et l'exhumation de 36 individus au total, Ardi a été classée dans un genre nouveau, éloigné, situé sur une lignée voisine de celle des australopithèques : «Ni chimpanzé ni humain, elle nous rapproche comme jamais auparavant de l'ancêtre commun aux singes et à l'homme et nous permet vraiment d'imaginer ses traits», assure le paléoanthropologue américain Tim White (université de Californie, Berkeley).
Portrait.1,20 m pour 50 kilos
- Une petite tête : le volume de sa boîte crânienne, 300 à 350 cm3, est comparable à celui d'un bonobo, plus petit que celui d'un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3pour Y Homo sapiens actuel).
- Un régime varié : ses dents à l'émail peu épais suggèrent un régime frugivore et omnivore, à l'exclusion des aliments coriaces et abrasifs (comme les noix).
- Une locomotion bipède et arboricole : son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un bipède, mais elle était incapable de courir, ses voûtes plantaires n'étant pas arquées. Elle progressait aussi sous le couvert forestier grâce à ses paumes et à ses pieds aux pouces opposables. Au vu de ses bras et poignets, elle ne pouvait ni se suspendre dans les arbres, comme les orangs-outangs, ni marcher sur les phalanges de la main, comme les chimpanzés. De tels traits, loin d'être primitifs, seraient donc des adaptations apparues plus tardivement chez les grands singes.
- Enfin, des moeurs paisibles : il n'y a pas de différence marquée entre les femelles et les mâles ardipithèques, ces derniers étant même dépourvus de canines surdéveloppées, comme les chimpanzés. Le dimor- phisme sexuel, aiguisé par la compétition et la sélection sexuelle, serait donc apparu plus tard.
Source : Sciences et Avenir de novembre 2009
vendredi 23 octobre 2009
Le plus vieil hominidé livre une partie de ses secrets
Ils ont mis le paquet et ont pris leur temps : 47 chercheurs, américains, éthiopiens, japonais, français, anglais et canadiens, publient aujourd'hui, dans la prestigieuse revue Science, les résultats de quinze années de recherche. Avec pas moins de onze articles consacrés à Ardipithecus ramidus, un hominidé qui vivait il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le rift de l'Afar, en Éthiopie. Même s'il existe quelques rares fossiles d'hominidés plus anciens, le squelette presque complet que l'équipe a reconstitué est le plus vieux jamais découvert et étudié à ce jour. Et il bouscule quelque peu ce que l'on croyait connaître des ancêtres des primates et de la lignée humaine.
L'histoire commence le 17 décembre 1992. Gen Suwa, étudiant dans l'équipe du paléoanthropologue Tim White, de l'université de Californie, découvre dans le désert, près du village d'Aramis, en Éthiopie, une dent fossilisée. Qui est très rapidement identifiée comme une molaire d'hominidé. L'équipe passe le site au peigne fin, le nez dans la poussière. Et trouve d'autres restes d'hominidés.
1,20 m pour un poids de 50 kg
Mais il faudra attendre 1995 pour qu'un étudiant éthiopien de l'équipe de Tim White, Yohannes Hailé Selassié, découvre deux os appartenant à une main. Qui seront suivis d'os du pelvis, de la jambe, de la cheville, du pied… Finalement, un squelette presque complet est déterré. Qui sera surnommé Ardi, son nom provenant des mots afars signifiant «racine» et «terre».
En tout, moins d'une demi-douzaine de squelettes de plus d'un million d'années ont été retrouvés à ce jour. Le plus ancien (40 % du squelette complet) était jusqu'à présent celui de Lucy (3,2 millions d'années), l'australopithèque découverte en 1974 par Donald Johanson, Maurice Taïeb et Yves Coppens, à 75 kilomètres du lieu où Ardi l'a été vingt ans plus tard. L'histoire se répète puisque Ardi est également de sexe féminin. La belle mesurait 1,20 m pour un poids de 50 kg. Les reconstitutions effectuées, avec beaucoup de difficultés car les os fossiles étaient très fragiles et friables, montrent qu'elle avait un cerveau assez petit, plus encore qu'une australopithèque, de l'ordre de celui d'un singe bonobo. Qu'elle avait un museau prononcé, faisant effectivement penser aux singes, mais qu'elle avait des traits différents d'eux. Ardi était, selon les chercheurs, capable de se balancer de branche en branche avec ses quatre membres, mais également de marcher debout sur ses «jambes».
«Pour la première fois, on voit qu'il y a un nouveau type d'hominidé, qui n'est ni Australopithecus, ni Homo», assure Michel Brunet, du Collège de France. Ardi présente un mélange des traits «primitifs» de ses ancêtres et de traits «dérivés» que l'on retrouve chez les hominidés ultérieurs. On pensait, jusqu'à Ardi, que le chimpanzé et les autres grands singes modernes étaient plus proches que nous de nos ancêtres communs. Il semble qu'il n'en soit rien. Les hominidés et les singes africains ont suivi des chemins évolutifs distincts. Et il faudra remonter encore d'au moins deux millions d'années en arrière pour trouver l'ancêtre commun aux hommes et aux autres primates.
Ardi n'est pas le seul «succès» de ces fouilles. En plus de ce squelette et de 110 os fossiles provenant d'au moins 36 autres individus Ardipithecus, 150 000 spécimens provenant d'animaux et de plantes datant de cette époque ont été exhumés. Dont 29 espèces d'oiseaux, étudiées par des chercheurs français, qui ont trouvé des espèces encore inconnues. Tout comme de petits mammifères, avec une vingtaine de nouvelles espèces de chauves-souris, de rongeurs et d'autres petits carnivores.
Source : Le Figaro du 23/10/2009
vendredi 16 octobre 2009
Ardi, nouvel ancêtre de l'homme
Les grands singes actuels comportent les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés, et les humains. Ces derniers ont un ancêtre commun avec les chimpanzés, à partir duquel divergent les hominidés, dont Toumaï (7 millions d'années), et les australopithèques (dont Lucy, 3,2 millions d'années), parmi lesquels une lignée gracile aurait donné le genre Homo, auquel appartient notre espèce. Or une équipe internationale d'une cinquantaine de chercheurs (dont cinq Français), coordonnée par Tim White, de l'Université de Berkeley, vient de publier une série d'études sur les caractéristiques et le mode de vie d'un nouvel hominidé, intermédiaire entre Toumaï et les australopithèques.
Des premiers fragments d'un squelette d'Ardipithecus ramidus avait été découverts par le Japonais Gen Suwa en 1992 près du village éthiopien d'Aramis. Puis l'Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié y a mis au jour une main – celle du squelette quasi complet d'«Ardi», une femelle, patiemment dégagé ensuite entre 1994 et 1997. La couche de silt qui contenait ces fossiles s'est déposée il y a 4,4 millions d'années, ce qui a été établi par l'analyse de radio-isotopes contenus dans les couches de tufs et de cendres volcaniques qui l'entourent. Cette découverte clef a été suivie de nombre d'autres ; aujourd'hui, l'équipe internationale qui étudie Ardipithecus ramidus dispose de 110 spécimens issus de 36 individus.
Les chercheurs ont tenté de reconstituer le mieux possible la biologie, l'environnement et le mode de vie d'Ardi. Le portait d'un hominidé parfaitement bipède, mais toujours arboricole, s'est dessiné. Si la partie inférieure du pelvis d'Ardi accueille les insertions des muscles puissants nécessaires pour grimper, sa partie supérieure montre qu'elle pouvait marcher droite sur ses deux jambes. Mais pour marcher, elle devait en quelque sorte faire rouler sur le sol la paume de ses pieds en forme de mains, c'est-à-dire des pieds dotés de pouces opposables. Quant aux mains, elles étaient conformées pour la flexion, ce qui traduit une adaptation à l'escalade et au déplacement dans les arbres ; leur structure suggère cependant qu'Ardi ne pouvait se suspendre à une branche durant plusieurs minutes par un seul bras, ce que font couramment les chimpanzés.
Cette description anatomique fait d'Ardi un animal intermédiaire dans la chaîne alimentaire de son milieu, à savoir des forêts claires. Ce milieu comporte de gros animaux – rhinocéros, bovidés, hyènes, etc. – et des petits – oiseaux, rongeurs, insectes, etc. Manifestement, Ardi et ses congénères pouvaient être chassés par des superprédateurs ou leur servir de charognes : certains des os retrouvés par les chercheurs portaient les traces de dents de tels prédateurs.
La dentition de l'ardipithèque suggère un régime omnivore. Comme tous les arboricoles, Ardi et ses congénères consommaient des fruits, mais ne pas négligeaient probablement pas les insectes, les graines, voire certaines feuilles... Et sans doute tentaient-ils à l'occasion de capturer un paon : Antoine Louchart, de l'École normale supérieure de Lyon, a déterminé que les paons représentaient 15 pour cent des oiseaux présents dans l'environnement d'Ardi, tandis que les perroquets en représentaient plus de 30 pour cent.
On peut aussi imaginer qu'Ardi et ses congénères mangeaient des charognes, mettant en œuvre des stratégies collectives pour repousser les hyènes, voire des prédateurs plus gros, comme le font les babouins aujourd'hui. Du reste, l'absence de canines hyper-développées chez les ardipithèques mâles montre que, contrairement aux gorilles ou aux chimpanzés, ils n'en avaient pas besoin pour affronter leurs concurrents. Cette constatation suggère fortement que l'organisation sociale des groupes d'Ardipithecus ramidus était davantage coopérative que fondée sur la hiérarchie entre mâles dominants.
Source : Pour la Science du 16-10-2009
mardi 6 octobre 2009
Ardi, plus vieille que Lucy, éclaire les origines de l'Homme
Dix-sept ans de travail, quarante-sept scientifiques de dix pays différents, plus de cent individus extraits du sable du désert et onze publications dans Science ont fini par permettre la description complète d'un des plus vieux représentants connus de la lignée humaine, Ardipithecus ramidus. La découverte initiale date de 1992 quand une équipe du Middle Awash Project a repéré des ossements dans la vallée du Rift, en Ethiopie. Fragiles et souvent en miettes, ces restes étaient très difficiles à extraire et il a fallu un patient labeur de grattage, puis de reconstruction, parfois sur ordinateur.
Le travail valait cette peine. Le gisement était exceptionnel par la quantité de restes fossilisés et par leur âge. Le premier squelette complet d'une femelle, baptisée Ardi, date de 4,4 millions d'années. C'est elle qui vient de faire l'objet d'une publication exhaustive dans la revue Science, laquelle met également en ligne une galerie de photos et même un site Web dédié à Ardipithecus, où sont compilés les onze articles qui lui sont consacrés (les résumés seuls sont librement accessibles).
Nettement plus vieille que Lucy l'australopithèque, exhumée en 1974 dans la même région, et qui vivait il y a 3,2 millions d'années, Ardy n'est cependant pas le plus ancien hominidé connu (Ardipithecus kadabba est daté de 5,8 à 5,2 millions d'années). Mais son squelette est de loin le plus complet et cette petite femelle, haute de 1,20 mètre pour probablement une cinquantaine de kilogrammes, donne de nouveaux indices pour résoudre une ancienne énigme. La question était de savoir si les ancêtres communs aux hommes et à nos plus proches cousins actuels, les chimpanzés et les bonobos (les panidés), ressemblaient davantage à des singes.
Pas plus près des singes actuels que de nous
Dans l'affirmative, la branche humaine aurait évolué en acquérant des caractères propres tandis que la lignée des grands singes aurait été plus conservatrice. Comme un écho à la vieille idée du chaînon manquant, l'australopithèque, dont Lucy, était vu comme un intermédiaire entre un ancêtre ressemblant beaucoup aux grands singes actuels et l'homme moderne, Homo sapiens. Pour éclairer cette zone de l'histoire de nos ancêtres, il manquait des fossiles, d'humains mais aussi des ancêtres des chimpanzés.
Ardi vient donner un élément de réponse. Elle ne ressemblait pas plus à un chimpanzé qu'à un homme moderne. Avec ses longs bras, elle devait être à l'aise dans les arbres mais son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un marcheur. Cependant, sa voûte plantaire n'étant pas arquée, Ardi ne devait pas pouvoir courir et les pouces étaient opposables, comme chez les chimpanzés et à la différence de Lucy.
Avec ses mains plus fines que celles des chimpanzés, Ardi devait avoir des gestes plus précis et, les paléontologues en sont sûrs, ne s'appuyait pas sur ses phalanges pour marcher à quatre pattes, comme le font les grands singes. Par ailleurs, ses canines étaient déjà petites alors qu'on pensait ce caractère plus récent dans la lignée humaine. Conclusion des auteurs, les caractères propres aux panidés et qui n'existent pas dans la lignée humaine ne sont pas nécessairement des reliques mais des adaptations apparues après la séparation des deux branches, il y a environ 6 millions d'années, chacune ayant évolué de son côté.
Le tableau final montre un animal moins bien adapté que les chimpanzés à la vie arboricole. Ardi vivait dans mais aussi autour des arbres, qui devaient être pour elle un refuge contre les prédateurs et une chambre à coucher où elle faisait peut-être des nids, à la manière des chimpanzés actuels. Avec une dentition adaptée à un régime varié, Ardy et ses compagnons vivaient dans une région arborée, comme en témoigne l'étude conjointe des sols où ont été retrouvés les fossiles, mais pas une savane.
Ils disposaient de leurs caractères propres (comme les dents moins résistantes que celles des australopithèques) mais avaient déjà les habitudes conservées par la suite chez tous les hominidés, comme la bipédie et une tendance à la grosse tête, avec un cerveau plus volumineux que les chimpanzés (entre 400 et 550 cm3, contre 350 environ).
Source : Futura-Sciences du 06/10/2009
vendredi 2 octobre 2009
Portrait-robot d'un nouvel hominidé
« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.
Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.
Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.
La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.
Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»
Source : La Recherche du 02/10/2009
jeudi 1 octobre 2009
Premier portrait en pied d’Ardi, plus âgée que Lucy
Le premier fossile d’Ardipithecus ramidus a été découvert en 1992 en Éthiopie, dans la vallée du Rift, près du village d’Aramis. Les paléoanthropologues Tim White, Gen Suwa et leurs collaborateurs du Middle Awash Project ont gratté le sol désertique de cette région de l’Afar pendant des années pour en sortir finalement plus de 100 spécimens d’Ardipithecus ramidus, dont un squelette quasi complet, baptisé Ardi, une femelle qui vivait il y a 4,4 millions d’années.
Très fragiles, très difficiles à extraire, les os fossilisés d’Ardipithecus ramidus ont demandé des années de travail aux chercheurs, sur le terrain puis dans les laboratoires. Le crâne d’Ardi, par exemple, était en miettes et des centaines d’heures ont été nécessaires pour le reconstituer et le scanner.
Pas moins de 47 chercheurs ont collaboré pour dresser un portrait complet de cet hominidé, le fruit très attendu de 17 ans de recherches publié aujourd’hui par la revue Science.
A la fois bipède et arboricole
Première évidence : Ardi, 50 kilos pour 1,20 mètre, est un être plus primitif que Lucy (3,2 millions d’années) et ses congénères australopithèques. Ardipithecus ramidus est capable de marcher sur ses deux pieds mais il passe plus de temps dans les arbres.
- son bassin est adapté à la marche mais aussi à l’escalade dans les branches;
- le bas de son dos est plus souple que celui des grands singes;
- son pied possède un pouce opposable (comme les chimpanzés), qui permet de bien s’accrocher dans les arbres. En revanche son pied est plus rigide que celui des grands singes, facilitant la bipédie;
- sa main : première certitude, Ardi ne marchait pas sur ses phalanges comme le font les grands singes africains lorsqu’ils se déplacent sur quatre pattes au sol. Le poignet est assez souple, permettant une manipulation plus fine pour que les chimpanzés.
Globalement, Ardipithecus ramidus est moins agile que les grands singes actuels dans les arbres, il ne se balance pas de branche en branche au bout de ses mains. Au sol il est capable de se déplacer sur deux jambes mais pas de parcourir de longues distances ou de courir (il lui manque une voûte plantaire arquée).
Une petite tête
L’étude du site d’Aramis et des ossements d’animaux qui ont été retrouvés suggèrent qu’Ardi vivait non pas dans une savane mais dans une zone arborée, entourée de palmiers, de figuiers, en compagnie de nombreux animaux, oiseaux, mammifères de petite et grande taille (rongeurs, singes, antilopes, éléphants, girafes, ours etc..).
Que mangeait Ardipithecus ramidus? Un peu de tout, y compris des fruits, mais ses dents, dont l’émail n’est pas aussi épais que chez Lucy, ne lui permettaient sans doute pas de mâcher des aliments trop résistants.
Quant à sa tête, elle est petite. Le volume de sa boîte crânienne est de 300 à 350 cm3, taille comparable à celle d’un chimpanzé ou d’un bonobo, plus petite que celle d’un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3 pour l’Homo sapiens actuel).
Que nous apprend Ardi sur l’évolution des hominidés ? Les grandes questions restent ouvertes. Ardipithecus ramidus nous rapproche un peu plus de l’ancêtre commun entre notre branche (celle des Homo) et la branche des panidés (chimpanzés et bonobos), qui auraient divergé il y a environ 6 millions d’années.
Le portrait d’Ardi, qui ne ressemble pas plus à un humain qu’à un chimpanzé, suggère que cet ancêtre commun n’est pas forcément proche des grands singes actuels, analysent Tim White et ses collègues. Les particularités des chimpanzés (notamment la marche sur les phalanges) auraient évolué après la séparation des deux branches.
Source : Sciences et Avenir du 01/10/2009
mardi 1 janvier 2002
Ardi
Ardi est le surnom donné à un squelette d'hominidé datant de 4,4 millions d'années (Pliocène). Ce fossile, répertorié sous le numéro ARA-VP-6/500, correspondrait à un individu féminin et a été découvert par Tim D. White, Gen Suwa et Berhane Asfaw lors de fouilles qui se sont déroulées de 1992 à 1994 en Éthiopie. Il a été rattaché à l'espèce Ardipithecus ramidus. Il s'agit du plus ancien squelette d'hominidé retrouvé. En effet, de celui de Toumaï il ne reste que le crâne et d'Orrorin quelques fémurs, un humérus et des dents.
Le 2 octobre 2009, des travaux parus dans la revue Science annoncent qu'Ardi serait le plus ancien fossile actuellement connu de la branche humaine sur l'arbre phylogénétique de la famille des primates.
Morphologie
Doté d'un museau et de mains fines lui permettant sûrement des gestes précis, Ardi avait une petite tête puisque le volume de sa boîte crânienne entre 300 et 350 cm3 est comparable à celle d'un bonobo. Ses dents recouvertes d'émail peu épais laissent penser à un régime frugivore et omnivore. Incapable de courir à cause de ses pieds plats, Ardi était néanmoins bipède comme le laissent à penser son bassin et ses pieds rigides équipés de pouces opposables. Incapable de se suspendre dans les arbres et de marcher sur les phalanges de sa main comme les chimpanzés, Ardi se déplaçait sûrement sous le couvert forestier sur ses paumes et ses pieds. Sur le plan morphologique, aucune différence n'a pu être remarquée entre mâles et femelles.
Source : Wikipedia







