lundi 28 juin 2021

Nous sommes tous Neandertal

Qui a posé le premier regard sur ce far-west de l'Europe qu'est la France ? Des pionniers dont on retrouve la trace dans notre génome.

Ce sont les premiers humains connus à fouler le sol français. Ceux qui ont découvert ses paysages, emprunté pour la première fois les bords de la Creuse, ramassé les coquillages sur les plages du nord de la Bretagne, admiré l'arrière-pays héraultais, apprécié la douceur de la Champagne berrichonne, arpenté les coteaux du Loir, admiré la mer depuis le majestueux cirque de Roquebrune-Cap-Martin…

C'est dans l'Hérault, sur le site de Bois-de-Riquet, que l'on trouve les premières traces d'occupation : des galets aménagés pour couper. Les plus anciens ont plus de 1,2 million d'années, mais aucun fossile n'indique qui les a utilisés. Certes, il y a eu une première vague humaine archaïque. Mais l'histoire de la génétique française, elle, débute vraiment avec Homo heidelbergensis, des humains arrivés d'Afrique il y a près de 800 000 ans, probablement par les Balkans.

La richesse des vestiges archéologiques témoigne que ces ancêtres se sont particulièrement plus en France.

Ils ont aussi laissé, sur la côte Nord de la Bretagne, une de leurs plus fameuses inventions : le briquet. Plus exactement, un nodule ferreux que l'on percutait avec un silex pour produire des étincelles. Il date de 400 000 ans, période où les premiers humains ont domestiqué le feu, et a été retrouvé dans une grotte occupée par Homo heidelbergensis à Menez Dregan.

Mais c'est à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, que l'on trouve les premiers ossements humains qui témoignent de sa présence et l'identifient avec certitude. Ils affichent entre 570 et 400 000 ans. Et décrivent des humains de taille moyenne (1,65 m pour les hommes, 1,55 m pour les femmes), vivant de charognage, de chasse et de cueillette. Au menu : rhinocéros laineux, chevaux, mouflons, bœufs musqués, bisons, rennes… avec peut-être une touche de cannibalisme.

Sous-estimé puis réhabilité

Alors, ces pionniers, qui étaient-ils pour nous ? La réponse est venue du Max-Planck Institute for Evolutionary Anthropology, fondé à Leipzig par Svante Pääbo, ce biologiste suédois considéré comme le père de la paléogénétique. En 2016, il analysait pour la première fois le plus ancien génome d' Homo heidelbergensis. Et montrait qu'il était l'ancêtre de l'homme de Neandertal.

La France fut le cœur du domaine des Néandertaliens. C'est là que l'on retrouve le plus grand nombre de sites avec des fossiles de cette espèce dans toute l'Eurasie. Le plus ancien date de 210 000 ans et fut identifié en 2010 à Tourville-la-Rivière, en Normandie.

L'homme de Neandertal fascine, c'est la seule autre lignée humaine avec laquelle les humains modernes ont cohabité sur le territoire français. C'est lui qui a "accueilli", il y a environ 40 000 ans, nos ancêtres Homo sapiens arrivés d'Afrique. Ces derniers ont-ils remarqué que ces hommes étaient plus trapus, leur front fuyant, les orbites plus saillantes, le menton moins marqué ? À quel point ont-ils reconnu chez eux des congénères ? Si on a longtemps vu les Néandertaliens comme des "sous-hommes", l'archéologie nous a montré qu'il n'en était rien.

C'est en France, notamment, que notre cousin a acquis ses lettres de noblesses. En 2021, une enquête menée sur un fossile d'enfant Neandertal découvert en 1973 en Dordogne concluait qu'il s'agissait d'une sépulture. La couche de sédiments sur laquelle le petit corps reposait affiche en effet 20 000 ans de plus que lui : le corps a été déposé dans un trou creusé dans le sol. Une inhumation en bonne et due forme, qui révèle une spiritualité très humaine.

Premiers Européens. Homo heidelbergensis, d'origine africaine, arrive en Europe il y a 800 000 ans environ. Il est l'ancêtre des Néandertaliens, présents en Europe et notamment en France.

Et la génétique atteste que nos ancêtres Homo sapiens ne s'y sont pas trompés. Quand ils sont arrivés en France, après avoir franchi les Alpes ou longé la Méditerranée, ils se sont retrouvés face à face avec ces petits groupes humains, qu'ils ont reconnus comme des semblables. C'est Svante Pääbo qui l'a démontré, en 2010, en séquençant l'ADN de Néandertaliens. Il concluait que les Français, comme tous les Européens, portent 1 à 3 % de génome néandertalien : des traces d'amour entre deux lignées humaines finalement pas si différentes.

Que nous a-t-il légué ? Parmi les séquences génétiques néandertaliennes présentes chez les humains actuels, il y a notamment des gènes associés à la formation de filaments de kératine, que l'on retrouve dans la peau et les poils. Difficile de dire en quoi exactement la peau et les poils des Néandertaliens étaient différents de ceux des premiers Homo sapiens. Peut-être étaient-ils mieux adaptés au froid…

Mais à l'époque où Homo sapiens pénètre en France, l'homme de Neandertal est sur le déclin. "En combinant différentes approches démographiques, nous avons évalué sa population européenne entre 5 000 et 70 000 individus", précise Anna Degioanni, paléoanthropologue à l'université d'Aix-Marseille. Puis il disparaît, il y a 40 000 ans. Mais pas totalement : il vit encore en nous.

Source : Sciences & Vie du 21/06/2021

samedi 26 juin 2021

La découverte en Israël d'une nouvelle espèce d'homme préhistorique remet en cause la théorie de Néandertal

Des fouilles archéologiques près de Tel Aviv viennent de dévoiler l’existence d’une branche de l’évolution humaine inconnue jusqu’à présent : une nouvelle variété d’homme préhistorique, qui ébranle des certitudes.

Cette variété a été baptisée Nesher Ramla, du nom de la petite ville de Ramla, proche de Tel Aviv où les fouilles ont été réalisées. C’est tout près de l’aéroport Ben Gourion. L’équipe de chercheurs, composée principalement d’Israéliens, mais aussi d’Italiens, d’Espagnols, de Suisses, d’Américains a publié ses résultats vendredi 25 juin dans la revue Science.

Leur conclusion principale suscite l’approbation de la communauté scientifique : ils ont bien découvert une nouvelle espèce d’hominidés. Les ossements mis au jour datent en moyenne de 125 000 ans avant notre ère. Ils ont d’ailleurs été découverts dans un site à ciel ouvert, contrairement à toutes les trouvailles préhistoriques précédentes en Israël, effectuées dans des grottes.

L’Homo Nesher Ramla possède déjà des techniques élaborées pour l’époque. Il possède des outils en pierre, chasse du gibier, cuit ou rôtit de la viande. Des quantités importantes d’ossements d’animaux et de restes d’outils de chasse ont été trouvées par 8 m de profondeur. Cela dit Nesher Ramla n’est pas encore l’homme "moderne" dont les dents sont plus petites, et le menton plus prononcé. Ce n’est pas l’Homo Sapiens, mais il a coexisté avec lui, à la même époque. C’est donc un chainon supplémentaire dans l’évolution humaine.

Néandertal européen ou proche-oriental ?

Une question agite les chercheurs. Peut-il s’agir des origines du célèbre homme de Néandertal qui peuplait l’Europe ? C’est la deuxième conclusion de l’étude parue dans Science. Mais celle-ci est très controversée. Pour les chercheurs israéliens, Nesher Ramla possède de vraies similitudes avec l’homme de Néandertal : la forme du crâne, la mâchoire. Ils émettent donc l’hypothèse que Nesher Ramla est la source, l’origine des premiers Néandertal, ce serait un bouleversement.

La thèse généralement acceptée, jusqu’à présent, est que l’homme de Néandertal est apparu en Europe, en particulier en Europe Occidentale, avant de migrer vers le Sud, la Méditerranée, le Proche-Orient. L’équipe de Tel Aviv renverse la perspective : et si l’homme de Néandertal était apparu d’abord au Proche-Orient avant de peupler ensuite l’Europe et l’Asie. C’est un changement complet de paradigme. Les chercheurs soulignent que ces terres aujourd’hui appelées Israël ou Palestine, ont toujours été un carrefour, un corridor, un passage entre l’Afrique (terre des premiers hominidés) et l’Europe. Mais il y a quand même un problème de dates dans leur théorie, le Nesher Ramla remonte à seulement 125 000 ans, là où des traces de Néandertal ont été découvertes en Europe il y a près de 400 000 ans.

Une controverse aux sous-entendus politiques

Il y a presque une dimension politique dans ce débat. Le sous-entendu, c’est d’où vient l’homme moderne ? Et en Israël en particulier, le débat n’est pas neutre. Comme toujours quand on touche à l’Histoire sur cette terre trois fois sainte. Pour Rachel Sarig, l’une des chercheuses de l’équipe de Tel Aviv, "cette découverte démontre que la terre d’Israël a servi de creuset, où différentes populations se sont mélangées, avant de se répandre plus tard dans tout le Vieux Monde". C’est presque une façon de dire qu’Israël a donné l’Homme à la terre entière. Le religieux n’est pas loin. Et là, on bascule dans l’interprétation sujette à controverse.

Source : France Info du 25/06/2021

Une grotte « préhistorique » découverte en Normandie ?

Des retraités pensent avoir identifié une cavité ayant été habitée il y a 14 000 ans. Les archéologues restent dubitatifs. Explications.

Une nouvelle grotte recelant de nombreuses gravures datant de l'Azilien [une période s'étendant entre 12 000 et 10 000 ans avant notre ère, NDLR] vient d'être découverte en Normandie orientale. » L'information, publiée en mai dernier dans le numéro 22 du bulletin du Centre de recherches archéologiques de Haute-Normandie, a mis en émoi bien des préhistoriens.

Rendue publique par un article cosigné par un spéléologue, Jean-Claude Staigre, et par l'ancien conservateur du musée du Havre Jean-Pierre Watté, la découverte a, il est vrai, de quoi séduire. Les signataires de l'article n'écrivent-ils pas avoir identifié des dessins en chevron, des représentations animales (cervidé, cheval, mammouth, lion et saumon) mais aussi, et surtout, de multiples figures anthropomorphiques (visages, silhouettes, femmes sans tête correspondant au type Lalinde-Gönnersdorf) ?

Une expertise en cours

Contactés, les auteurs de cet article n'ont pas donné suite à notre demande d'entretien. Mais Le Point a reconstitué le film de cette « découverte ». C'est Jean-Claude Staigre, qui cartographie depuis plusieurs décennies les sous-sols de la Normandie, qui a repéré les motifs mentionnés, dans une cavité dont la localisation précise n'a pas été communiquée afin d'éviter toute dégradation avant que le Service régional de l'archéologie ait pu prendre les mesures conservatoires indispensables.

Contactés, les services préfectoraux se refusent aujourd'hui à confirmer la nouvelle. Ils semblent même embarrassés à l'idée qu'elle soit relayée dans la presse. Craignent-ils que des archéologues amateurs ne perturbent le travail scientifique en se mettant en quête du lieu ? Ou, comme cela se murmure dans la communauté des préhistoriens, redoutent-ils un scénario semblable à celui de Chauvet, où un long contentieux avec les découvreurs de cette grotte, aux parois couvertes de peintures rupestres, avait donné lieu à une succession de procès ? Les deux sites n'ont pourtant pas grand chose à voir.

La direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Normandie, sollicitée, se refuse à répondre à nos questions. Une expertise est en cours dans la grotte et les services de l'État semblent attendre ses conclusions pour se prononcer. Selon nos informations, c'est Jean-Michel Geneste, ancien conservateur général du patrimoine et ex-directeur du Centre national de la préhistoire, qui serait responsable de cette enquête scientifique. En attendant qu'il rende son avis, les spécialistes de la période ne dissimulent cependant pas une forme de scepticisme face à cette « découverte ».

Empreintes humaines ou griffures animales ?

« Les clichés des gravures rupestres que j'ai vus ne me permettent pas d'affirmer qu'ils sont bien d'une main humaine », énonce ainsi le préhistorien Boris Valentin, professeur à la Sorbonne, qui croit plutôt y voir des griffures de blaireaux. « Il y a quelque chose de louche dans la manière dont les découvreurs ont orchestré leur communication », énonce un autre archéologue, sous le couvert de l'anonymat.

Si la plupart des grottes ornées identifiées à ce jour ont surtout été découvertes plus au sud (en Dordogne ou en Ardèche), la Normandie a pourtant bien été habitée à l'époque préhistorique. Depuis la découverte de la grotte de Gouy, en 1881, où une belle tête de cheval a été retrouvée, à une dizaine de kilomètres de Rouen, plusieurs sites paléolithiques ont ainsi été identifiés dans la région.

En 2012, des fouilles intervenues au Rozel, dans le département de la Manche, ont ainsi révélé plus de 250 empreintes de pieds vieilles de 80 000 ans. Dominique Cliquet, conservateur du patrimoine au service régional de l'archéologie de Normandie, a publié en septembre 2019 les premiers résultats de son étude sur le site. Pour les paléoanthropologues et les archéologues, ces empreintes de pas fossilisées ouvrent « une fenêtre inespérée sur de brefs moments de vie d'espèces disparues ». D'autant que les empreintes de pieds attribuées aux néandertaliens sont extrêmement rares. Dominique Cliquet, qui est également associé à l'expertise sur les gravures retrouvées par M. Staigre, n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Source : Le Point du 25/06/2021

vendredi 25 juin 2021

Néandertal détrôné ? Homo longi alias « Dragon Man » serait notre plus proche cousin

Le crâne fossile du Dragon Man appartenant à une nouvelle espèce d'Homo bouscule la phylogénie de la lignée humaine et ébranle la position de Néandertal en tant que plus proche cousin de l'Homme moderne

Il était entreposé depuis 90 ans au Musée de Géosciences de l'Université Hebei GEO, en Chine. Il s'agit d'un crâne fossile découvert dans les années 1930 dans la ville de Harbin, au nord-est de la Chine. Ce crâne humain est connu comme celui d'une nouvelle espèce d'hominine que les chercheurs de trois articles publiés dans The Innovation nomment scientifiquement Homo longi et plus couramment Dragon Man.

Selon le professeur de paléontologie Qiang Ji de l'Université Hebei GEO, le fossile de Harbin présente une conservation exceptionnelle et constitue l'un des restes crâniens d'Homme fossile les plus complets ayant jamais été trouvés. En cela, ce fossile contient donc de précieux détails morphologiques qui contribuent à la compréhension de l'évolution du genre Homo ainsi que de l'origine de H. sapiens.

Une nouvelle espèce : Homo longi

Le crâne de Harbin pouvait en effet contenir un cerveau dont la taille serait comparable à celle du cerveau des humains actuels. Il présente en revanche des orbites plus grandes, presque carrées, d'épaisses arcades sourcilières et de très grandes dents. Il partage des caractères à la fois ancestraux et dérivés du genre humain mais leur ensemble n'a pas permis aux chercheurs de l'attribuer à une espèce précédemment définie, c'est la raison pour laquelle ils définissent la nouvelle espèce H. longi.

Reconstruction virtuelle du crâne de Harbin

Le crâne aurait appartenu à un homme d'une cinquantaine d'années et ayant vécu dans un environnement forestier et de plaine inondable, au sein d'une petite communauté. D'après ces données et la grande taille estimée de H. longi, l'équipe de recherche suggère que les membres de cette espèce devaient être adaptés à des environnements difficiles, ce qui leur a permis de se disperser à travers l'Asie. Selon le primatologue et paléoanthropologue Xijun Ni, H. longi avait, sous certains aspects, un mode de vie similaire à celui de H. sapiens puisqu'il chassait des mammifères et des oiseaux et récoltait des fruits et des légumes.

Notre plus proche cousin ?

Des analyses géochimiques ont permis de déterminer que le crâne du Dragon Man date d'il y a au moins 146.000 ans, une période propice aux migrations humaines. Les auteurs des études indiquent qu'il est donc probable que H. longi et H. sapiens se soient rencontrés au cours de cette ère. Jusqu'à aujourd'hui, les estimations des paléoanthropologues indiquaient que Néandertal était notre plus proche cousin au sein de la lignée humaine. Or, de nouvelles reconstructions de la phylogénie humaine suggèrent que H. neanderthalensis et H. sapiens auraient divergé il y a un million d'années, soit 400.000 ans plus tôt que ce qui est établi dans la littérature. La place de plus proche cousin de H. sapiens attribuée jusqu'ici à Néandertal pourrait donc revenir à H. longi.

Vue d'artiste du Dragon Man dans son environnement

L'examen du crâne du Dragon Man promet de reconsidérer les relations d'évolution entre les espèces et populations humaines. De multiples interrogations restent néanmoins en suspens au sujet de H. longi, parmi lesquelles celles concernant la durée d'existence de cette espèce ainsi que les potentielles interactions qu'elle a eues avec H. sapiens, qui ont pu impacter notre histoire.

Source : Futura du 25/06/2021

Découverte de deux nouvelles espèces d’Homo en Israël et en Chine

Alors que des paléoanthropologues israéliens prétendent avoir trouvé l’ancêtre de Néandertal, des Chinois revendiquent l’origine des sapiens.

Commençons par la trouvaille du paléoanthropologue Israël Hershkovitz. C'est déjà lui qui, en 2018, annonçait la découverte d'un fragment de mâchoire appartenant à un Homo sapiens primitif vieux de quelque 200 000 ans, faisant ainsi sortir d'Afrique l'homme moderne 100 000 ans plus tôt qu'on ne le croyait jusque-là.

Cette fois, il annonce dans la prestigieuse revue Science la découverte d'ossements fossiles appartenant, d'après lui, à une nouvelle espèce humaine. Celle-ci pourrait être, ni plus ni moins, à l'origine des Néandertaliens, eux qu'on croyait être apparus en Europe ! La fouille s'est déroulée dans une carrière située près de la ville de Ramla sous la direction de l'archéologue Yossi Zaidner de l'Université hébraïque. Au fond d'un trou de huit mètres de profondeur, son équipe est tombée sur de très nombreux ossements d'animaux et d'humains, ainsi que sur beaucoup d'outils en pierre.

Morphologie inédite

Dès le premier coup d'œil, la morphologie des ossements humains est apparue inédite. Ceux-ci appartiendraient-ils à une nouvelle espèce humaine ? Les dents et les mâchoires rappellent les Néandertaliens, tandis que la forme du crâne évoque plutôt les sapiens primitifs. En revanche, l'absence de menton et la présence de grandes dents étonnent. Toutes ces caractéristiques inédites rassemblées chez un même individu ayant vécu entre 140 000 et 120 000 ans avant nous font penser à Hershkovitz et à Zaidner qu'ils ont trouvé un nouvel Homo, baptisé illico Homo Nesher Ramla. Et d'émettre l'hypothèse que cette espèce serait l'ancêtre à la fois des Néandertaliens d'Europe et d'une population archaïque d'Homo en Asie.

Grande importance scientifique

Selon nos deux lascars, cette nouvelle espèce d'Homo serait apparue dans la région il y a 400 000 ans, avant d'être rejointe 200 000 ans plus tard par les premiers sapiens primitifs sortis d'Afrique. Il s'ensuit une longue cohabitation de 100 000 ans. Puis les sapiens, ayant des fourmis dans les jambes, auraient profité d'un réchauffement du climat pour envahir l'Europe.

Les deux Israéliens pavoisent : « La découverte d'un nouveau “type d'Homo” est d'une grande importance scientifique. Cela nous permet de donner un nouveau sens aux fossiles humains précédemment trouvés, d'ajouter une autre pièce au puzzle de l'évolution humaine et de comprendre les migrations des humains dans l'ancien monde. Même s'ils vivaient il y a si longtemps, à la fin du Pléistocène moyen, entre 474 000 et 130 000 ans, le peuple Nesher Ramla peut nous raconter une histoire fascinante, révélant beaucoup de choses sur l'évolution et le mode de vie de leurs descendants », déclare Israël Hershkovitz. Le Dr Yossi Zaidner renchérit : « Les découvertes archéologiques associées aux fossiles humains montrent que Nesher Ramla Homo possédait des technologies de production d'outils avancées et a très probablement interagi avec l'Homo sapiens local. »

N'ont-ils pas trop fait mousser leur découverte ?

Pour autant, il reste encore à convaincre leurs collègues paléoanthropologues. Ces deux-là n'ont-ils pas fait mousser leur découverte ? Professeur au Collège de France, et certainement celui au monde qui connaît le mieux l'histoire humaine, Jean-Jacques Hublin émet quelques doutes : « Les restes sont très fragmentaires et, de mon point de vue, surinterprétés compte tenu de leur état de conservation. Le meilleur diagnostic, c'est celui concernant la denture, qui indique clairement une forme apparentée aux Néandertaliens. Mais on est loin de l'Europe et, comme c'est généralement le cas au Proche-Orient, les Néandertaliens s'éloignent des standards habituels. Le pariétal semble effectivement plutôt primitif, mais s'il a 140 000 ans… De là à faire de cet homme l'origine des Néandertaliens européens, je ne vois pas trop la logique. On connaît en Europe des formes un peu comparable vieilles de 400 000 ans. »

Découverte d'un paysan chinois

Quasiment le même jour, c'est une équipe chinoise associée au paléoanthropologue anglais bien connu Chris Springer qui annonce dans une revue scientifique plus confidentielle avoir identifié une espèce très proche d'Homo sapiens, nommée Homo longi. L'histoire est amusante. Tout part d'un crâne découvert par un paysan chinois dans les années 1930. La Chine étant alors occupée par les Japonais, l'homme planque sa découverte au fond d'un puits. Sur son lit de mort, il apprend à son fils l'existence de ce crâne. Finalement, celui-ci prévient des archéologues, qui le repêchent en 2018. Ils le datent de 146 000 ans. Mais « sans garanti du gouvernement » car son long séjour dans un puits a probablement faussé les mesures. Quoi qu'il en soit, les auteurs de l'article font de leur bonhomme le plus proche parent des Homo sapiens. Une fois de plus, on n'est pas loin de la vieille obsession des Chinois à vouloir faire naître notre espèce dans leur pays !

Le crâne d'un Denisovien

Là encore Jean-Jacques Hublin émet de gros doutes sur cette hypothèse. « L'arbre généalogique qu'ils font des Homo est complètement discordant avec les résultats de dix ans d'études paléogénétiques. Pour ma part, je pense que ce fameux crâne est celui d'un Denisovien, l'espèce sœur de Néandertal qui a peuplé l'Asie. »

Ces deux annonces simultanées doivent donc être prises avec des pincettes. Il est tellement plus valorisant de prétendre avoir trouvé une nouvelle espèce d'Homo qu'un os quelconque ! Et puis cela aide à trouver une publication dans une revue scientifique.

Source : Le Point du 25/06/2021

Israël : Une nouvelle espèce d'homme préhistorique récemment découverte

HOMO NESHER RAMLA Les restes humains préhistoriques découverts n’ont pu être attribués à une espèce Homo connue

Pas de menton et de très grandes dents. Voilà le portrait synthétique de la nouvelle espèce d'homme préhistorique récemment découverte en Israël. Une trouvaille qui questionne la thèse privilégiée selon laquelle l'homme de Neandertal a émergé en Europe avant de migrer vers le sud, ont annoncé jeudi des chercheurs israéliens.

Lors de fouilles archéologiques près de la ville de Ramla, dans le centre d’Israël, l’équipe du Dr. Yossi Zaidner, du département d’archéologie de l’Université hébraïque de Jérusalem, a découvert des restes humains préhistoriques qu’elle n’a pu attribuer a aucune espèce Homo connue.

Pas de menton et de grandes dents

Dans une étude publiée dans la revue Science, une équipe d’anthropologues de l’Université de Tel-Aviv et l’équipe du Dr. Zaidner ont défini un nouveau type du genre Homo, le « Nesher Ramla », du nom du site où il a été trouvé.

Les ossements humains découverts dateraient de 140.000 à 120.000 ans avant notre ère, selon les scientifiques. Ils partagent des caractéristiques communes avec l’Homme de Neandertal au niveau des dents et de la mâchoire notamment, mais aussi avec d’autres types homo archaïques au niveau du crâne.

Ils diffèrent cependant de l’Homme moderne par l’absence de menton, la structure du crâne et la présence de très grandes dents, précise l’étude. Les auteurs affirment avoir également trouvé, à huit mètres de profondeur, une quantité importante d’ossements animaux, de chevaux, de daims et d’aurochs ainsi que des outils en pierre.

Une pièce au puzzle de l’évolution

Pour le Dr. Zaidner, cela « montre que l’homo Nesher Ramla possédait des technologies avancées de production d’outils en pierre et interagissait très probablement avec l'Homo sapiens local ». « Cette découverte est particulièrement spectaculaire car elle nous montre qu’il y avait plusieurs types d’Homo vivant au même endroit et au même moment à ce stade ultérieur de l’évolution humaine », poursuit-il.

Selon l’étude, plusieurs autres fossiles découverts précédemment en Israël et qui présentent des caractéristiques similaires pourront être attribués à ce nouveau type homo. La découverte du Nesher Ramla questionne la thèse privilégiée de l’émergence du Neandertal en Europe qui aurait ensuite migré vers le sud.

« Les fossiles de Nesher Ramla nous font remettre en question cette théorie, suggérant que les ancêtres des Néandertaliens européens vivaient déjà au Levant il y a 400.000 ans, explique le Professeur Israel Hershkovitz, de l’Université de Tel-Aviv. En fait, nos découvertes impliquent que les célèbres Néandertaliens d’Europe occidentale ne sont que les restes d’une population beaucoup plus importante qui vivait ici au Levant – et non l’inverse. »

Mieux comprendre les migrations humaines

De petits groupes du type Homo Nesher Ramla ont migré vers l’Europe, où ils ont évolué pour devenir les Néandertaliens « classiques » que nous connaissons bien, et aussi en Asie, où ils sont devenus des populations archaïques avec des caractéristiques semblables à celles de Neandertal, explique le Dr. Rachel Sarig de l’université de Tel-Aviv, une des autrices de l’étude.

« Carrefour entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, la terre d’Israël a servi de creuset où différentes populations humaines se sont mélangées avant de se répandre plus tard dans tout le Vieux Monde », explique-t-elle.

La découverte d’un nouveau type d’Homo est d’une grande importance scientifique, conclut le professeur Hershkovitz, car elle permet d’ajouter une autre pièce au puzzle de l’évolution humaine et de comprendre les migrations des humains dans l’ancien monde.

Source : 20 minutes du 25/06/2021

jeudi 24 juin 2021

Des groupes d'Hommes ont échangé des connaissances il y a 140 000 ans

La découverte et la fouille d’un site en Israël a révélé l’existence d’échanges culturels entre populations.

Le site de Nesher Ramla est situé au centre d'Israël, près de la ville de Ramla. Il a été découvert durant des travaux publics en 2010 et une fouille de sauvegarde y a été organisée. Elle a révélé, dans ce bassin en forme de cuvette, la présence de très nombreux restes d’animaux, de milliers de pierres taillées et le fossile d’un Homme archaïque qui l’a fréquenté il y a entre 140.000 ans et 120.000 ans environ.

Une population inconnue à cette époque

“Mais les milliers de fragments de silex et de restes d’animaux retrouvés sur le site témoignent d’une présence humaine durable qui couvre une période allant de 140.000 ans à 90.000 ans. En revanche ce n’est que dans le niveau 6, le plus profond, qu’ont été découverts des os humains” détaille Marion Prévost, de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Ces os, une portion de voûte crânienne et un fragment de mandibule, ont été virtuellement reconstruits afin d'être comparés avec d'autres fossiles d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Les résultats indiquent qu'ils présentent des caractéristiques qui les distinguent de ceux des humains modernes et des néandertaliens qui vivaient à la même époque en Europe. Pour lsrael Hershkovitz et ses confrères qui publient un premier article dans la revue Science, ce squelette appartient à un des derniers représentants d’une population locale d’Homme archaïque inconnue jusqu'ici qui s’est développée au Moyen-Orient durant le Pléistocène moyen (entre -781 000 et -126 000 ans).

Des fossiles plus anciens et possédant une combinaison de caractéristiques observées à la fois chez les Néandertaliens et les humains modernes découverts dans la région seraient également liés à cette population. Ils témoignent d’une histoire évolutive complexe des humanités dans cette zone située au carrefour de trois continents et où les échanges génétiques entre peuplades et les migrations ont certainement étaient nombreux. Cette découverte remet notamment en question l'hypothèse dominante selon laquelle les Néandertaliens seraient originaires d'Europe, suggérant qu'au moins certains des ancêtres des Néandertaliens venaient en réalité du Levant.

Boucherie et taille des pierres

Mais revenons à notre Homme de Nesher Ramla. Il a donc été découvert autour de très nombreuses pierres taillées qui sont très particulières “puisqu’elles sont produites avec les mêmes silex et les mêmes méthodes de taille, celles du Levallois centripète, qui sont normalement retrouvés sur les sites propres à Homo sapiens” révèle Marion Prévost. Cela signifie que des échanges culturels ont eu lieu entre son peuple et des tribus de sapiens dont la trace est retrouvée entre 50 et 100 km de Nesher Ramla, à la même période. “On ne peut plus dire qu’une technologie ou une méthode de taille est associée à un groupe d'humains en particulier puisqu’on observe qu’il y a eu des interactions entre eux, du moins au Levant, avec des échanges de connaissances” souligne l’archéologue. Une découverte qui fait l’objet d’un second article également publié par la revue Science.

Silex de Nesher Ramla taillé selon la méthode Levallois centripète

Ces silex servaient à la découpe de la viande. Le site de Nesher Ramla n’est en effet pas le lieu d’un habitat mais un site spécialisé dans la taille de pierre et la boucherie. “Les Hommes devaient parfois y rester plusieurs jours, voire semaines, mais sans doute pas de façon permanente comme dans un site de résidence”, estime Marion Prévost. Sur place, ils traitaient de la viande d’auroch, de bouquetin sauvage, de gazelle, de cheval et d’autres mammifères plus petits ainsi que des tortues. Des indices permettent de supposer que certains végétaux étaient aussi travaillés et des foyers, des os et silex brulés, ont été mis au jour indiquant leur maitrise du feu. Quelques 80.000 objets lithiques ont été extirpés de Nesher Ramla, de quoi occuper les scientifiques pendant de nombreuses années. Gageons qu’ils nous réservent encore quelques surprises...

Source : Sciences et Avenir du 24/06/2021

La découverte d'un nouvel Homo interroge les origines de Néandertal

À huit mètres de profondeur, sur le site préhistorique de Nesher Ramla en Israël, le Dr. Zaidner ne s'attendait probablement pas à faire une découverte qui révolutionnerait notre connaissance de l'origine de Néandertal.

Lors de fouilles près de la ville de Ramla, des chercheurs ont trouvé des restes humains préhistoriques qu'ils n'ont pu attribuer à une espèce du genre Homo déjà définie. Dans un article publié dans la revue Science, une équipe d'anthropologues de l'Université de Tel Aviv et une équipe d'archéologues de l'Université hébraïque de Jérusalem définissent donc un nouveau type du genre Homo, le type Nesher Ramla. Il s'agit du premier décrit en Israël et il est nommé d'après le site dans lequel il a été découvert. Les restes humains, qui consistent en une partie de la voûte crânienne et une mandibule, ont appartenu à un individu qui aurait vécu entre 140.000 à 120.000 ans avant notre ère.

La morphologie de ces os est remarquable en cela que certains des caractères dentaires et de la mâchoire sont communs avec ceux de Néandertal, alors que ceux du crâne sont partagés avec des individus archaïques du genre Homo. Par ailleurs, le type Homo de Nesher Ramla diffère de l'Homme moderne en raison de sa structure crânienne, du fait de son absence de menton (qui est une caractéristique propre à H. sapiens) et de la présence de très grandes dents.

Les auteurs indiquent également que le fossile de l'Homme de Nesher Ramla a été trouvé en association avec des os de chevaux, de daims et d'aurochs ainsi que des outils attestant d'une technologie avancée de taille des pierres. Les auteurs rappellent que ce fossile de l'Homme de Nesher Ramla n'est pas le seul dont la classification a déconcerté les anthropologues. Plusieurs fossiles humains précédemment découverts en Israël présentaient des caractéristiques morphologiques similaires et pourront sans doute à présent être attribués à ce nouveau type du genre Homo.

Homo Nesher Ramla : la population « manquante » ?

La découverte du type humain de Nesher Ramla ébranle l'hypothèse jusqu'alors privilégiée d'une émergence de Néandertal en Europe qui aurait ensuite migré par petits groupes vers le sud pour échapper à la formation des glaciers et qui aurait atteint Israël il y a 70.000 ans. Le fossile suggère plutôt que l'ancêtre de Néandertal en Europe vivait au Proche-Orient il y a 400.000 ans et qu'il a migré à plusieurs reprises jusqu'en Europe et en Asie.

Restes osseux appartenant à Homo Nesher Ramla et découverts en Israël

Cette population « manquante » dans le registre fossile à laquelle appartient maintenant Homo Nesher Ramla serait la population source à partir de laquelle la plupart des humains du Pléistocène se seraient développés. Ceci implique donc que les Néandertaliens d'Europe de l'Ouest ne constitueraient qu'une population résiduelle d'un plus grand ensemble originaire du Proche-Orient.

Morphologies crâniennes de plusieurs homininés

Les auteurs de l'étude suggèrent de plus que des individus du type Nesher Ramla se seraient reproduits avec des Homo sapiens, arrivés il y a 200.000 ans au Proche-Orient. La localisation spatio-temporelle du fossile de Nesher Ramla permettrait donc d'expliquer comment des gènes de H. sapiens se sont retrouvés dans la population européenne de Néandertaliens longtemps avant l'arrivée de l'Homme moderne en Europe. Cependant, le fossile de l'Homme de Nesher Ramla ne contient pas d'ADN et bien que son appartenance à une population « source » du genre Homo soit aujourd'hui favorisée par les auteurs, elle demeure en suspens.

Source : Futura du 24/06/2021

mercredi 23 juin 2021

Cette grotte dans laquelle l'Homme de Denisova et Neandertal auraient cohabité

Une chronologie de l’occupation d'une grotte où l’on a découvert une nouvelle espèce d’hominines a pu être établi grâce à l’analyse de sédiments.

L’Homme de Denisova dont l’existence a bouleversé les anthropologues depuis sa découverte en 2010, dans la grotte du même nom située dans les montagnes de l’Altaï (au sud de la Sibérie), a peut-être été le premier à s’y installer. Ce sont ensuite succédé des néandertaliens, un hybride de ces deux espèces et finalement des Hommes modernes.

De l'ADN de différentes espèces d'Hommes extrait de sédiments

Des analyses antérieures de l'ADN extrait de fossiles trouvés dans la grotte de Denisova avaient déjà révélé cette occupation multi-espèce de cette grotte qui devait vraiment apparaître accueillant aux yeux de tout ce monde ! Mais l’ordre dans lequel il a été habité n’était jusqu’à présent pas très clair. Pour résoudre ce problème, Elena Zavala et ses collègues de l’Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste, avec Michael Shunkov de l'Académie des sciences de Russie, ont collecté plus de 700 échantillons de sédiments, représentant une période couvrant d'il y a 300.000 à 20.000 ans. De ces sédiments, ils ont pu extraire de l'ADN, qui provient de la matière organique fragmentée qui s'y est glissée.

Leur analyse, qui fait l'objet d'une publication dans la revue Nature, a révélé du matériel génétique de plusieurs animaux dans 685 échantillons de sédiments et 175 échantillons contenaient aussi des éléments appartenant aux différentes espèces d'Hommes qui ont choisi cette grotte pour abri. Le plus ancien correspond à celui de l'Homme de Denisova qui fut sans doute le premier résident du lieu, il y a environ 250.000 ans comme l'indique la datation d'outils de pierre trouvés non loin. La plus ancienne trace du passage d'un Homme de Neandertal date, elle, d'environ 170.000 ans.

Des animaux aussi variés

Après cette période, il semble que dénisoviens et néandertaliens ont tour à tour vécu dans la grotte et probablement même qu'ils s'y sont croisés comme en atteste la découverte en 2018 de "Denny", dont seul un minuscule fragment d'os a été retrouvé. Il appartenait à une fille âgée de 13 ans environ à sa mort, il y a 50.000 ans, dont le génome contient des chromosomes qui lui ont été légués par une néandertalienne et un dénisovien. Une preuve que les deux espèces s'accouplaient. Pour les auteurs, les deux tribus allaient et venaient dans la grotte en fonction des variations climatiques. L'alternance de peuplement de Denisova se retrouve aussi chez les animaux : selon les périodes, on retrouve la trace de chiens, d'ours ou même de chevaux. Deux grands changements dans la composition de la faune ont été identifiés. Le premier, il y a 190.000 ans correspond au passage d'une période interglaciaire à un climat bien plus froid et ensuite entre il y a 130.000 et 100.000 ans quand le climat s'est à nouveau réchauffé. Au cours de cette période, les dénisoviens étaient absents et les populations animales ont à nouveau changé.

Aucun fossile de sapiens n'a été retrouvé dans la grotte et seule l'ADN retrouvé dans les sédiments atteste de leur passage : les premières traces humaines datent d'il y a environ 45.000 ans. Pour les néandertaliens et les dénisoviens, leurs restes se limitent à huit petits fragments d'os et de dents. Ces travaux prouvent donc que la recherche de matériel génétique dans l'environnement des lieux d'occupation peut compléter les informations fournies par les fossiles macroscopiques et permettre de mieux comprendre l'histoire évolutive des Hommes.

Source : Sciences et Avenir du 23/06/2021

lundi 21 juin 2021

Evolution : l'ordinateur remet dans le droit chemin la théorie de Darwin

Avec des méthodes d'intelligence artificielles, imbattables quand le nombre de données est titanesque, des chercheurs ont prouvé la fausseté d'une idée admise sur les extinctions de masse des espèces... et découvert une nouvelle idée.

Les Italiens diraient "Se non è vero, è ben trovato", si ce n'est vrai, c'est bien trouvé. Voilà donc 161 ans que la Théorie de l'évolution a vu le jour sous la plume du Britannique Charles Darwin (De l'origine des espèces, 1859) et une idée-force s'est immiscé dans cette science au cours de son histoire.

Cette idée dit, très logiquement, qu'une extinction massive d'espèces permet à d'autres d'évoluer et se diversifier de manière aussi massive.

Le cas emblématique souvent cité est l'extinction massive du Crétacé-Paléogène d'il y a environ 66 millions d'années, qui a eu raison d'entre 50 % et 70 % des espèces vivantes, dont les dinosaures.

Alors, les mammifères, peu nombreux et petits, auraient bénéficié d'un environnement sans prédateurs, propice pour évoluer, se différentier... et envahir la Planète - surtout sous la forme d'Homo sapiens.

L'évolution des mammifères serait donc l'effet direct de l'extinction. Et plus généralement, une extinction massive provoquerait une "radiations massive" - ainsi qu'on désigne cet élan de créativité de la nature.

Or une étude vient de paraître qui, grâce à l'analyse d'un énorme volume de données sur les fossiles par des méthodes d'intelligence artificielle, montre que l'idée est rarement vraie statistiquement. Autant dire que cela remet totalement en question le lien causal "évident" qu'on admettait.

Une mise au point qui rappelle - si besoin est - qu'en sciences aussi des préjugés circulent en sous-main. Le doute systématique, cher à Descartes, est alors le seul moyen de les débusquer.

Distances entre espèces

L'idée de base des chercheurs a été de se servir de l'ordinateur pour calculer des "distances" statistiques entre données de fossiles répertoriés dans une base de donnée - comme on calcule des distances entre gènes ou entre mots d'un langage codé.

Ici, ce sont des millions de données portant sur 1 273 254 fragments fossiles représentant 171 231 espèces préhistoriques datées de ces derniers... 550 millions d'années.

Plus concrètement l'algorithme d'IA, relativement simple, a appris à évaluer la probabilité qu'une espèce (possédant plusieurs fossiles étalés dans le temps) ait pu être colocataire de la Terre avec une autre (possédant également ses fossiles) durant un certain temps - on parle de la probabilité de co-occurrence temporelle.

L'ordinateur a dressé le tableau complet de ces liens probabilistes entre les fossiles dans un espace à 16 dimensions (mathématique), mais les chercheurs y ont débusqué des phénomènes bien étonnants, grâce à la visualisation des résultats suivant de nombreux points de vue graphiques - la dataviz.

D'abord, l'ordinateur à classé naturellement, sans connaissance préalable, les cinq grandes extinctions de masse connues aujourd'hui dans le top 5% des périodes les plus perturbées pour la vie terrestre depuis 550 millions d'années (Ma) - s'il ne l'avait pas fait, il n'aurait pas valu grand-chose.

Un parcours de vie semé d'extinctions

En effet, il y a environ 550 Ma, les microbes et algues qui peuplaient la Terre depuis plus de 3 milliards d'années ont laissé place, sans disparaître, aux animaux et végétaux - qui ont laissé des fossiles, contrairement aux microbes. On parle d'"explosion du Cambrien".

Mais à partir de là, la course à aujourd'hui ne s'est pas faite en montée régulière : voici 445 Ma environ, 85 % des espèces, toutes marines, ont disparu (peut-être à cause d'une glaciation). Puis entre 380 et 360 Ma, 75 % des espèces marines ont disparu (à cause d'une chute de l'oxygène dans l'eau océanique ou d'une explosion d'étoile).

Entre 252 et 245 Ma, 95 % des espèces marines et 70 % des vertébrés terrestres ont disparu. Puis en 201 Ma, 75 % des marines et 35 % des terrestres. Enfin, il y a 66 Ma, c'est entre 50% et 70% d'extinction globale.

L'idée qui a fait long feu

De fait, l'algorithme a repéré 7 autres extinctions de masse, 15 radiations de masse, et seulement 2 évènements combinant temporellement extinction et radiation de masses.

Surtout, les chercheurs ont constaté que les extinctions et radiations les plus comparables en intensité (nombre d'espèce, de familles d'espèces, etc. apparues et disparues) étaient majoritairement découplées dans le temps. L'idée d'un tel lien, ou thèse de la "destruction créatrice" a fait long feu.

Mais les chercheurs en ont découvert une nouvelle, la "création destructrice". En effet, le calcul a montré qu'une radiation de masse peut impacter sur l'environnement et le dégrader, conduisant à une extinction plus ou moins massive.

L'idée antérieure, celle de la destruction créatrice, était belle, logique. Mais les fossiles ont parlé à travers l'ordinateur. Tant pis pour la théorie, c'est le terrain qui dicte la loi.

Source : Sciences et Vie du 21/06/2021