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samedi 15 octobre 2022

vendredi 14 octobre 2022

mercredi 5 janvier 2022

La vie sur Terre aurait émergé il y a 3,42 milliards d’années

Une équipe de géologues aurait découvert le plus ancien microfossile de microbe et producteur de méthane prélevé dans la ceinture des roches vertes de Barberton en Afrique du Sud. D’après eux, des formes de vie capables de métaboliser le méthane pourraient avoir existé au fond des océans il y a 3,42 milliards d’années, en l’absence d’oxygène.

L’origine de l’émergence de la vie sur Terre est toujours débattue. Aurait-elle été amenée par les météorites ou les comètes, comme le propose la théorie de la panspermie ? Une autre hypothèse, la biogenèse, suggère qu’elle serait apparue dans la soupe primitive des premiers océans ou encore autour des profondes cheminées hydrothermales océaniques nommées fumeurs. Mais à quand remonte l’apparition de cette vie ?

Difficile de trancher. En effet, les conditions géochimiques terrestres il y a 4 milliards d’années sont assez mal connues. «L’environnement était probablement très hostile au développement de la vie», expliqueLaurence Lemelle, directrice de recherche au CNRS et au laboratoire de Géologie de l’ENS Lyon. «Mais dès 3,2 milliards d’années, on sait qu’il y avait une croûte océanique et des milieux marins peu profonds, donc on peut imaginer le développement d’une vie dans cet environnement. Pas celle des procaryotes qui poussent à 37 degrés dans nos laboratoires, mais peut-être comme celle des procaryotes qui vivent dans des milieux extrêmes».

«L’autre difficulté pour trouver les plus anciennes traces de vie fossile, c’est que plus on remonte dans le temps vers 4 milliards d’années, moins on trouve de surface terrestre ayant connu cette époque à cause de la tectonique des plaques, et plus les traces de vie sont effacées», complète son collègue Alexandre Simionovici, chercheur à l’Institut desSciences de la Terre et professeur à l’université de Grenoble.

La ceinture des roches vertes de Barbertonen Afrique du Sud constitue justement un terrain idéal pour rechercher des traces de vie ancienne, car il a connu peu de transformations métamorphiques fortes depuis la période géologique de l’Archéen (de 4 à 2,5 milliards d'années avant). Ce sont dans ces roches sédimentaires qu’une équipe de paléontologues et de géologues, dont font partieLaurence Lemelle et Alexandre Simionovici, a découvert les plus anciens microfossiles méthanogènes (producteurs de méthane) âgés d’environ 3,42 milliards d’années, très bien préservés et provenant de veines hydrothermales des fonds marins.

De quelle forme de vie s'agit-il ?

L’équipe s’est intéressée à une forme de vie dans un milieu hydrothermal de subsurface (une centaine de mètres sous la surface), une zone qui bénéficie de la lumière et d’un peu d’air. Il y a 3,42 milliards d’années, l’air contenait principalement de l'azote, du dioxyde de carbone et du méthane, mais pas d’oxygène. Quant à la température de l’eau, elle devait se situerautour de 30 degrés.

C’est dans cet environnement où une forme de vie aurait pu se développer, que les fossiles ont été découverts. Ces derniers prennent la forme de filaments d’une largeur d’un peu moins de 1 micron, commente Laurence Lemelle. «On observe ces formes filamentaires individuellement dans la roche, mais aussi sous des formes radiaires, ce qui évoque la formation de colonies microbiennes. Il pourrait bien s’agir d’une colonie de procaryotes.»

Mais comment être certain que ces objets filamentaires sont les fossiles de micro-organismesméthanogènes qui se développent sans oxygène ?

Une importante concentration en nickel

Les chercheurs se sont intéressés aux traces de métaux dans les filaments. En effet, les micro-organismes possèdent un panel de métaux de transition qui leur permettent de fonctionner, dont le nickel et le fer font partie. Ces métaux sontcontenus dans les protéines qui catalysent les réactions biochimiques.

Or, les micro-organismes dits méthanogènes se caractérisent par un excès de nickel par rapport aux autres. L’équipe s’est donc focalisée sur la détection de ce métal dans les fossiles, en s’appuyant sur la nano-spectroscopie d'absorption XANES (X-ray Absorption Near Edge Structure). Le spectre du nickel a été obtenu par fluorescence aux rayons X, qui permet d’avoir la composition atomique.

Résultat : les chercheurs ont découvert des niveaux de nickel très proches des cellules méthanogéniques actuelles, impliquées dans le métabolisme du méthane en l’absence d’oxygène. «Le nickel favorise en effet ce genre de chimie riche qui permet de donner de l’énergie pour entretenir ou donner la vie dans un environnement anaérobie », expliqueAlexandre Simionovici. Par ailleurs, «si nous nous sommes penchés sur la piste des micro-organismes méthanogéniques, c’est parce que nous savons qu’ils font partie des types de métabolisme les plus anciens», complète Laurence Lemelle.

En outre, d’autres exemples de micro-organismes producteurs de méthane et prenant la forme de filaments minces et courbés sont déjà connus, précise l’étude qui rapporte cette découverte dans la revue Science Advances. Cependant, il est difficile d’assurer que ces fossiles constituent une trace de vie ancienne, tant les roches et les matières organiques ont subi de transformations depuis l’Archéen. Toutefois, les nombreux indices laissent penser que cette hypothèse pourrait être la bonne.

«En dehors des rayons X, nous avons analysé notre échantillon à l’aide de plusieurs méthodologies -dont la microspectroscopie Raman qui est une méthode d’observation non destructive également utilisée sur Mars- et nous pouvons affirmer que nos résultats sont fiables», souligne le chercheur. «Mais comme à chaque fois dans le domaine de la paléobiologie, dès que l’on recule l’origine de la vie de quelques millions d’années, cela créé un débat chez les scientifiques !»

La quête de traces de vie ancienne sur Terre pourrait aussi aider la recherche dans l’exobiologie, notamment sur Mars. Les deux planètes ont connu un début d’histoire commun lorsqu’il y avait de l’eau sur la planète rouge, il y a environ 3,5 milliards d’années. Ainsi, lorsque les premiers échantillons martiens seront apportés sur Terre en 2030, ils pourront être analysés de la même manière que le sont actuellement les microfossiles terrestres: à l’aide notamment de rayons X, qui permettent de traverser les roches sans les détruire. «C’est dans ce cadre que s’inscrivent nos développements méthodologiques» conclut la chercheuse.

Source : Sciences et Vie du 04/01/2022

lundi 21 juin 2021

Evolution : l'ordinateur remet dans le droit chemin la théorie de Darwin

Avec des méthodes d'intelligence artificielles, imbattables quand le nombre de données est titanesque, des chercheurs ont prouvé la fausseté d'une idée admise sur les extinctions de masse des espèces... et découvert une nouvelle idée.

Les Italiens diraient "Se non è vero, è ben trovato", si ce n'est vrai, c'est bien trouvé. Voilà donc 161 ans que la Théorie de l'évolution a vu le jour sous la plume du Britannique Charles Darwin (De l'origine des espèces, 1859) et une idée-force s'est immiscé dans cette science au cours de son histoire.

Cette idée dit, très logiquement, qu'une extinction massive d'espèces permet à d'autres d'évoluer et se diversifier de manière aussi massive.

Le cas emblématique souvent cité est l'extinction massive du Crétacé-Paléogène d'il y a environ 66 millions d'années, qui a eu raison d'entre 50 % et 70 % des espèces vivantes, dont les dinosaures.

Alors, les mammifères, peu nombreux et petits, auraient bénéficié d'un environnement sans prédateurs, propice pour évoluer, se différentier... et envahir la Planète - surtout sous la forme d'Homo sapiens.

L'évolution des mammifères serait donc l'effet direct de l'extinction. Et plus généralement, une extinction massive provoquerait une "radiations massive" - ainsi qu'on désigne cet élan de créativité de la nature.

Or une étude vient de paraître qui, grâce à l'analyse d'un énorme volume de données sur les fossiles par des méthodes d'intelligence artificielle, montre que l'idée est rarement vraie statistiquement. Autant dire que cela remet totalement en question le lien causal "évident" qu'on admettait.

Une mise au point qui rappelle - si besoin est - qu'en sciences aussi des préjugés circulent en sous-main. Le doute systématique, cher à Descartes, est alors le seul moyen de les débusquer.

Distances entre espèces

L'idée de base des chercheurs a été de se servir de l'ordinateur pour calculer des "distances" statistiques entre données de fossiles répertoriés dans une base de donnée - comme on calcule des distances entre gènes ou entre mots d'un langage codé.

Ici, ce sont des millions de données portant sur 1 273 254 fragments fossiles représentant 171 231 espèces préhistoriques datées de ces derniers... 550 millions d'années.

Plus concrètement l'algorithme d'IA, relativement simple, a appris à évaluer la probabilité qu'une espèce (possédant plusieurs fossiles étalés dans le temps) ait pu être colocataire de la Terre avec une autre (possédant également ses fossiles) durant un certain temps - on parle de la probabilité de co-occurrence temporelle.

L'ordinateur a dressé le tableau complet de ces liens probabilistes entre les fossiles dans un espace à 16 dimensions (mathématique), mais les chercheurs y ont débusqué des phénomènes bien étonnants, grâce à la visualisation des résultats suivant de nombreux points de vue graphiques - la dataviz.

D'abord, l'ordinateur à classé naturellement, sans connaissance préalable, les cinq grandes extinctions de masse connues aujourd'hui dans le top 5% des périodes les plus perturbées pour la vie terrestre depuis 550 millions d'années (Ma) - s'il ne l'avait pas fait, il n'aurait pas valu grand-chose.

Un parcours de vie semé d'extinctions

En effet, il y a environ 550 Ma, les microbes et algues qui peuplaient la Terre depuis plus de 3 milliards d'années ont laissé place, sans disparaître, aux animaux et végétaux - qui ont laissé des fossiles, contrairement aux microbes. On parle d'"explosion du Cambrien".

Mais à partir de là, la course à aujourd'hui ne s'est pas faite en montée régulière : voici 445 Ma environ, 85 % des espèces, toutes marines, ont disparu (peut-être à cause d'une glaciation). Puis entre 380 et 360 Ma, 75 % des espèces marines ont disparu (à cause d'une chute de l'oxygène dans l'eau océanique ou d'une explosion d'étoile).

Entre 252 et 245 Ma, 95 % des espèces marines et 70 % des vertébrés terrestres ont disparu. Puis en 201 Ma, 75 % des marines et 35 % des terrestres. Enfin, il y a 66 Ma, c'est entre 50% et 70% d'extinction globale.

L'idée qui a fait long feu

De fait, l'algorithme a repéré 7 autres extinctions de masse, 15 radiations de masse, et seulement 2 évènements combinant temporellement extinction et radiation de masses.

Surtout, les chercheurs ont constaté que les extinctions et radiations les plus comparables en intensité (nombre d'espèce, de familles d'espèces, etc. apparues et disparues) étaient majoritairement découplées dans le temps. L'idée d'un tel lien, ou thèse de la "destruction créatrice" a fait long feu.

Mais les chercheurs en ont découvert une nouvelle, la "création destructrice". En effet, le calcul a montré qu'une radiation de masse peut impacter sur l'environnement et le dégrader, conduisant à une extinction plus ou moins massive.

L'idée antérieure, celle de la destruction créatrice, était belle, logique. Mais les fossiles ont parlé à travers l'ordinateur. Tant pis pour la théorie, c'est le terrain qui dicte la loi.

Source : Sciences et Vie du 21/06/2021

lundi 26 avril 2021

L'Homme avait déjà modifié les trois quarts de la planète il y a 12.000 ans

Le mythe de la nature vierge où les petits oiseaux s'épanouiraient hors de toute présence humaine a du plomb dans l'aile. Une nouvelle étude rapporte que 72,5 % de l'espace terrestre avait déjà été façonné d'une manière ou d'une autre par l'Homme alors qu'il n'était encore qu'un chasseur-cueilleur. Mais à la différence de la période actuelle, son empreinte sur la nature n'avait pas tous les effets néfastes que l'on connaît aujourd'hui.

Déforestation, artificialisation des sols, contamination aux pesticides, assèchement des lacs et de rivières... Partout où l'Homme passe, il semble provoquer des catastrophes environnementales en série. Il y aurait d'un côté la « bonne » nature complètement vierge, et de l'autre la nature qui serait en quelque sorte « dénaturée » par l'Homme. Mais selon les auteurs d'une nouvelle étude parue dans la revue PNAS, cette vision est trop simpliste.

90 % des forêts tropicales étaient occupées par l’Homme avant le Néolithique

Erle Ellis et ses collègues ont comparé des cartes des populations humaines et de l'utilisation des terres au cours des 12.000 dernières années avec des données sur la biodiversité mondiale, et ont constaté que l'impact de l'Homme sur la nature est loin d'être nouveau. « Il y a déjà 12.000 ans, près des trois quarts de la surface terrestre (72,5 %) étaient habités et donc façonnés par des sociétés humaines, dont plus de 95 % des forêts tempérées et 90 % des forêts tropicales », atteste Erle Ellis. Une différence minime avec la situation actuelle puisqu'on estime que 80 % de la biosphère terrestre a été transformée à des degrés divers par les populations humaines en 2017.

"Ce n'est pas l’utilisation des terres elle-même qui entraîne une perte de biodiversité, c'est la façon dont elles sont utilisées"

Autrefois, la nature colonisée par l'Homme présentait une mosaïque de paysages diversifiés favorables à la biodiversité. « Les chasseurs-cueilleurs, les premiers agriculteurs et les éleveurs partageaient souvent des paysages régionaux, pratiquant un large éventail d'activités de subsistance comme la chasse, la transhumance, la mobilité résidentielle, la polyculture ou la jachère », détaille Erle Ellis.

Monoculture et mondialisation

Mais aujourd'hui, la présence humaine se traduit par une homogénéisation de l'espace, la monoculture intensive, l'utilisation de pesticides à grande échelle, une irrigation massive et l'extraction de ressources naturelles non renouvelables. « L'émergence et la diffusion de sociétés de plus en plus mondialisées et industrielles n'ont fait qu'accélérer cette tendance vers des habitats écologiquement homogènes, où des espèces sont transportées intentionnellement ou non intentionnellement sur les différents continents ». Qu'est-ce qui différencie aujourd'hui un champ de maïs en Alsace d'un autre champ de maïs dans l'Indiana ? Un lapin de garenne de Roumanie d'un lapin australien ?

Quand l’Homme a un impact positif sur la biodiversité

Paradoxalement, les terres que nous considérons aujourd'hui comme « sauvages », comme la forêt amazonienne ou la savane africaine, ont une très riche biodiversité en raison d’une présence humaine passée, avancent également les chercheurs. « Nos données montrent que la richesse de vertébrés et en espèces menacées était plus grande dans les zones habitées jusqu'à 1.500 ans avant notre ère », relate l'étude. Puis la tendance s'est inversée et l'Homme a commencé à avoir un impact négatif.

L'instauration de zones protégées ne doit donc pas consister à chasser toute présence humaine du paysage. « Travailler avec les communautés locales et traditionnelles est essentiel si nous voulons préserver la biodiversité », concluent les auteurs. Qui mieux que le chef indien Raoni pour défendre ses territoires contre la déforestation ?

Source : Futura du 25/04/2021

vendredi 16 avril 2021

Systema Naturae

Le livre Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis (Système de la nature, en trois règnes de la Nature, divisés en classes, ordres, genres et espèces, avec les caractères, les différences, les synonymes et les localisations) (titre de la 10e édition de 1758) est l’œuvre majeure du médecin et botaniste suédois Carl von Linné (1707-1778).

Présentation

Entièrement rédigé en latin, Systema naturæ, paraît à Leyde en 1735 dans une première édition, sous la forme d'un opuscule ne comprenant que onze pages, dans lequel il expose sa méthode de classification de la nature. Durant trente-cinq ans, elle sera constamment revue et augmentée, bientôt répartie en trois tomes (un par règne). Les éditions s’enrichissant au fur et à mesure des nouvelles espèces découvertes par ses collaborateurs et des remaniements de sa classification. Si bien qu'en 1770, la treizième édition atteignait les 3 000 pages.

Pour la sixième édition, publiée à Stockholm en 1748, le titre est légèrement modifié en Systema naturæ sistens regna tria naturæ, in classes et ordines, genera et species redacta tabulisque æneis illustrata, mettant l'accent sur l'ampleur prise par les tables et les illustrations, mais les éditions suivantes rétabliront le titre initial.

On oublie parfois qu'il s'agit d'une œuvre collective, notamment dans sa partie descriptive. Si Linné est l'auteur du texte principal, il a laissé à d'autres naturalistes le soin d’illustrer et d'identifier les espèces.

Le système linnéen : ordre et langage

Quoi qu'il en soit, la classification de Linné représentera un modèle pour plusieurs générations de naturalistes, gagnant peu à peu les opposants les plus farouches, comme les disciples de Buffon.

C'est en effet dans cet ouvrage qu'il développe sa conception de l'ordre hiérarchique des espèces, qui sera « le premier essai de classification systématique » des trois règnes de la nature (deux règnes du monde vivant et un règne du monde inorganique), et qui va profondément bouleverser et inspirer l'histoire naturelle. Jusqu'alors et pendant deux siècles, les naturalistes avaient réuni une foule d’informations qu'il était nécessaire d'ordonner. Pour réorganiser ces connaissances suivant un ordre rigoureux et élaborer son système de classification, Linné s'inspire du concept d'espèce de John Ray : « ensemble d’individus qui engendrent, par la reproduction, d’autres individus semblables à eux-mêmes. »

Le Systema Naturae est fondé sur la découverte de la sexualité des plantes annoncée par le De sexu plantarum epistola de Camerer en 1694 et le Sermo de structura florum de Sébastien Vaillant en 1718. Linné tenait en estime les travaux de Césalpin.

À partir de la dixième édition (1758), il généralise le fameux système de nomenclature binominale des espèces, qui reste à la base de la taxinomie et de la nomenclature scientifique moderne.

Trois règnes de création divine

Les trois règnes de la nature tels que les conçoit Linné sont (dans l'ordre ethnocentrique) le règne animal, le règne végétal et le règne minéral.

C’est surtout la classification des plantes qui est bouleversée. Linné, s'inspirant du français Sébastien Vaillant base sa systématique sur les organes reproducteurs des végétaux, qui réunit les espèces ayant le même nombre d’étamines dans les mêmes groupes. Cette classification, qui ne lui a pas survécu, reste néanmoins le premier essai du genre. Linné révise sa nomenclature botanique dans Species Plantarum publié en 1753.

La partie zoologique de Systema naturæ, qui répartit les animaux en six groupes (Quadrupèdes, Oiseaux, Amphibiens, Poissons, Insectes et Vers), établis selon des caractères anatomiques (dents, becs, nageoires ou ailes), fera également l’objet de nombreux amendements. Ainsi, les êtres humains seront, pour la première fois, classés avec les primates. Dans la dixième édition, il transfère les baleines des poissons aux mammifères.

Derrière l’ambition d’imposer un système descriptif rationnel et universel, le crédo de Linné est fondé sur une certitude immuable : la fixité des espèces. Linné considérait en effet qu’il ne faisait que décrire et classer les créations divines et qu’il pouvait en mener à terme l'inventaire avant sa mort. Aujourd’hui, une telle ambition n'est évidemment plus concevable, notamment après l'avènement des théories du transformisme puis de l'évolution, mais aussi ne serait-ce que parce que le nombre d’espèces connues a considérablement augmenté.

Source : Wikipedia

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nom :
âge :
découverte : Carl Linnaeus
lieu :
date : 1735
espèce :

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Comme beaucoup d'hommes dans l'Europe du 18e siècle, Linné a été préparé pour une carrière dans l'église protestante. Bien qu'il finisse par devenir botaniste plutôt que pasteur, ses théories scientifiques sont guidées par des enseignements religieux. Pendant son temps en tant qu'étudiant à l'Université d'Uppsala en Suède, Linnaeus a cherché à développer un système de classification des plantes plus organisé que ce qui existait à l'époque.

Il a été inspiré par le travail d'Aristote théorisant une échelle hiérarchique (latinisée en scala naturae , plus tard appelée la grande chaîne de l'être) où toute matière et tous les organismes vivants étaient disposés sur un continuum basé sur l'avancement, avec les humains au sommet suivis par d'autres mammifères, vertébrés, invertébrés, insectes, plantes, roches et minéraux. Les chrétiens médiévaux ont ajouté des «êtres spirituels» à l'échelle, plaçant Dieu au sommet, suivis des anges, des humains, etc.

Ce cadre soutenait la vision européenne populaire de la nature qui séparait les humains des animaux. Linné, lui aussi, suivit cette logique dans son schéma de classification, décidant que l'ordre scientifique le plus naturel était un ordre hiérarchique, où les organismes étaient classés selon leur intelligence, comme il pensait que Dieu l'avait voulu.

E n 1735, la première édition de Systema Naturae de Linnaeus a été publiée. Le texte présentait une classification fonctionnelle de la matière et des organismes vivants, y compris les humains. Linné, suivant l'idée d'Aristote selon laquelle «l'homme est un animal», a créé la classe «Anthropomorpha», qu'il a subdivisée en trois genres: Homo (humain), Simia (qui signifie singe et aussi quelques singes) et Bradypus (paresseux). (Contrairement à la tradition, Linné n'a pas été le premier penseur à relier les humains aux singes. Le savant musulman du XIIe siècle Nidhami Arudi a établi des liens similaires, mais son travail a souvent été négligé par les Européens et reste méconnu aujourd'hui.)

Cette partie du cadre de Linné a fini par être plutôt controversée; l'idée que les humains, les singes et les paresseux appartiennent tous au même ordre allait à l'encontre des enseignements de l'église. Le pape a interdit l'utilisation de ses livres et Linné a été largement critiqué. Ses pairs se moquaient de lui pour s'être imaginé « un second Adam », en référence à l'Adam biblique, qui aurait nommé des animaux dans le jardin d'Eden.

A ien beaucoup se moquaient, certains de ses pairs et les étudiants ( appelés « apôtres » Linné ) le considérait toujours comme l'expert avant tout sur la classification botanique au cours de sa vie. Cependant, peu de temps après sa mort en 1778, l'héritage de Linné était presque oublié. Cela est resté vrai jusqu'à ce que le nationalisme suédois se développe au 19ème siècle, et Linné a été récupéré de l'histoire et est devenu l'icône du pays.

Dans la première édition, Linnaeus a inventé le terme Homo et a divisé les humains en quatre variétés : Europaeus albus (gens d'Europe), Americanus rubescens (gens des Amériques), Asiaticus fuscus (gens d'Asie) et Africanus niger (gens d'Afrique ). (En science, les noms de genre et d'espèce, tels que Homo sapiens, sont en italique; aucune des classifications originales des humains de Linnaeus n'est considérée comme des noms d'espèces valides aujourd'hui, donc ils ne sont pas en italique ici.)

Le fait qu'il y ait quatre variétés humaines reflète une tendance dans la philosophie naturelle européenne à diviser le monde en ensembles de quatre: les quatre fleuves du jardin d'Eden; les quatre continents (connus); les quatre éléments universels (terre, air, feu et eau); et les quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire et flegme) qui régissaient la santé humaine.

L inné y a vu un lien: la géographie a influencé le climat, et ensemble, le climat et les humeurs ont fourni une caractéristique observable chez les humains: la couleur de la peau. Ainsi, dans la 10e édition de Systema Naturae (1758), Linné a formellement fait ce lien, en disant que les gens d'Europe étaient gouvernés par le flegme blanc humour, donc ils avaient la peau blanchâtre, tandis que les gens des Amériques étaient gouvernés par l'humour sang et avait la peau rougeâtre.

Dans cette édition, Linnaeus a également remplacé «Anthropomorpha» par «Primates» et a nommé les humains Homo sapiens , révisant sa définition taxonomique de l'espèce. Il a changé les noms des variétés en Homo americanus, Homo europaeus, Homo asiaticus et Homo africanus. Linnaeus a également suggéré deux nouvelles variétés: Homo ferus (enfants sauvages) et Homo monstrosus, ou des individus qu'il considérait anormalement façonnés par leur environnement, comme ceux des hautes montagnes («nains alpins», «géants de Patagonie»), le « Hottentots »et les femmes européennes à la taille artificiellement contrainte.

L inné a fondé ces variétés sur des caractéristiques physiques telles que la couleur de la peau et la couleur des cheveux; position géographique; et les comportements perçus. Par exemple, Homo americanus était défini comme ceux qui avaient «les cheveux raides, noirs et épais; narines béantes… menton imberbe »et comportement« inflexible, joyeux et libre ». Les Homo europaeus étaient ceux qui avaient «beaucoup de cheveux jaunes; yeux bleus »et étaient« légers, sages, inventeurs ». Homo asiaticus avait «les cheveux noirâtres, les yeux foncés» et était «sévère, hautain, gourmand». Les Homo africanus étaient ceux qui avaient «les cheveux noirs, avec de nombreuses tresses torsadées; peau soyeuse; nez plat; lèvres enflées »et étaient« sournoises, lentes, négligentes ».

Dans la première édition de Systema Naturae , «Europaeus» a été classé au sommet de la hiérarchie Homo . Linnaeus a révisé cela plus tard, plaçant «Asiaticus» au sommet. À la 10e édition, «Americanus» est passé au sommet, peut-être parce qu'il était guidé par l'idée du « noble sauvage », qui, au 18e siècle, était utilisé pour décrire les peuples autochtones qui étaient «libres de péché, d'appétit, ou le concept du bien et du mal. »

N otably, « Africanus » est resté en permanence au bas de la hiérarchie, et la description de Linné de « Africanus » était la plus détaillée et la plus négative. À peu près au même moment où Linné écrivait, la Suède était impliquée dans l'esclavage des Africains, et il aurait donc été dans l'intérêt du pays de dépeindre les Africains comme inférieurs .

Le fait que Linné ait aligné des traits physiques comme la couleur de la peau avec des caractéristiques variables telles que le comportement, les vêtements et la politique signifiait qu'il n'était pas intéressé par l' identification de «types discrets et stables ». Selon cette logique, Linné n'a pas directement suggéré l'existence de «races» humaines distinctes. Surtout, le concept de «race» comme signifiant la division des humains sur la base de traits physiques n'a apparemment pas été utilisé au 18ème siècle. Cependant, la traduction anglaise de 1792 de Systema Naturae a présenté les variétés humaines de Linné comme des «sous-espèces», ce qui a probablement conduit à l'hypothèse ultérieure que Linné lui-même croyait aux races humaines.

R egardless, il est juste de dire que, comme la première tentative sérieuse pour l' homme de se subdivisent en catégories à l' échelle mondiale, Linné système formel de l' homme de commande et de classement plus tard conduit à des catégories raciales.

L inné reste certainement un personnage historique important, et ses idées taxonomiques continueront probablement d'être enseignées dans les écoles du monde entier. Cependant, il ne faut pas oublier que lorsque son travail est salué comme une réalisation scientifique majeure, son héritage profondément problématique est également célébré.

W ien il est vrai, que de nombreux chercheurs affirment que Linné n'a pas favorisé l'idée d'espèces humaines distinctes, ses concepts de classification humaine a ouvert la voie à des idées pseudoscientifiques sur diversité biologique humains terribles conséquences qui se font encore sentir aujourd'hui.

Source : Source

jeudi 25 février 2021

Chronologie de l'évolution humaine : moments clés de l'émergence de notre espèce

Le long voyage évolutif qui a créé les humains modernes a commencé par un seul pas - ou plus exactement - avec la capacité de marcher sur deux jambes. L'un de nos premiers ancêtres connus, Sahelanthropus, a commencé la lente transition d'un mouvement ressemblant à des singes il y a environ six millions d'années, mais Homo sapiens ne se manifestait pas avant plus de cinq millions d'années. Pendant cette longue période, une ménagerie de différentes espèces humaines a vécu, évolué et s'est éteinte, se mélangeant et parfois se reproduisant en cours de route. Au fil du temps, leur corps a changé, tout comme leur cerveau et leur capacité à penser, comme en témoignent leurs outils et leurs technologies.

Pour comprendre comment l' Homo sapiens a finalement évolué à partir de ces anciennes lignées d'hominidés, le groupe comprenant les humains modernes et nos plus proches parents et ancêtres éteints, les scientifiques déterrent d'anciens os et outils en pierre, creusant dans nos gènes et recréant les environnements changeants qui ont contribué à façonner nos ancêtres. 'monde et guider leur évolution.

Ces éléments de preuve indiquent de plus en plus que H. sapiens est originaire d'Afrique, mais pas nécessairement en un seul moment et en un seul lieu. Au lieu de cela, il semble que divers groupes d'ancêtres humains vivaient dans des régions habitables autour de l'Afrique, évoluant physiquement et culturellement dans un isolement relatif, jusqu'à ce que les changements climatiques des paysages africains les incitent à mélanger et à échanger de manière intermittente tout, des gènes aux techniques d'outils. Finalement, ce processus a donné naissance à la constitution génétique unique des humains modernes.

«L'Afrique de l'Est a été un lieu de fomente - propice aux migrations à travers l'Afrique pendant la période où l' Homo sapiens est apparu», déclare Rick Potts , directeur du programme des origines humaines du Smithsonian. «Cela semble avoir été un cadre idéal pour le mélange de gènes provenant de populations migrantes largement répandues à travers le continent. L'implication est que le génome humain est né en Afrique. Tout le monde est africain, et pourtant pas d'une seule partie de l'Afrique.»

Les nouvelles découvertes ajoutent toujours des points de cheminement clés à la carte de notre voyage humain. Cette chronologie d'Homo sapiens présente certaines des meilleures preuves documentant notre évolution.

lundi 15 février 2021

Marche du Progrès

Marche du Progrès, en anglais March of Progress, est une illustration de vulgarisation représentant l'histoire évolutive des homininés sous la forme d'une file indienne de plusieurs figures de plus en plus humanoïdes en marche de gauche à droite. Conçue par l'artiste Rudolph Zallinger pour un ouvrage de Francis Clark Howell paru en 1965, elle correspond à une vision scaliste anthropocentrique de l'évolution humaine, qui fait obstacle au développement de la connaissance relative à la vision phylogénétique des êtres vivants. Elle est depuis devenue une représentation archétypale de l'évolution et une icône de la culture populaire abondamment détournée.

Jusque dans les années 1990, la présentation de la lignée humaine via cette image devenue iconique a véhiculé l'implicite finalité de l'évolution. Même si l'on retrouve souvent cette représentation sur les couvertures de livres de vulgarisation ou sur Internet où elle fait l'objet de nombreuses parodies, elle n'est en rien scientifique. Elle est un apriori qui veut que l'évolution soit linéaire allant du plus simple au plus complexe et est désormais infirmée par de nombreuses données archéologiques. Dans Le mythe du progrès, Stephen Jay Gould met en lumière l'idée reçue qui entoure cette représentation. La complexité de l'homme est rare par rapport à la globalité de la vie dans laquelle les structures restent simple. Le progrès n'est pas la finalité de la vie ou même une fatalité.

Source : Wikipedia

samedi 13 février 2021

Homo sapiens, homo destructor ?

Tigres à dents de sabre ou marsupiaux géants ont disparu de la surface de la Terre au moment où Sapiens l'a colonisée. Coïncidence ? Non, affirment de nombreux scientifiques, qui accusent l'homme moderne de détruire son environnement… depuis toujours.

Pyromane, viandard et destructeur. Voilà le portrait peu reluisant qui émerge des travaux de paléontologie les plus récents. Homo sapiens n’a jamais été en paix avec son environnement. Pire, alors qu’il en dépend pour sa survie, il le violente depuis ses origines. "L’espèce humaine a deux caractéristiques principales, détaille Jean-Jacques Hublin, professeur au Collège de France. Elle s’attaque à des animaux plus gros qu’elle, et s’oriente de préférence vers des proies jeunes – ce qui n’est pas le cas des autres prédateurs." Il n’existe pas de meilleur moyen d’éradiquer une espèce occupant le haut de la chaîne alimentaire que de tuer ses jeunes. Les plus gros animaux se reproduisent peu, en effet : les gestations sont longues, très espacées dans le temps, et ne donnent naissance qu’à un ou deux petits à la fois. Qu’une génération s'affaiblisse, et toute l'espèce est menacée. Or, la colonisation de la planète par l'Homme, à partir de la dernière sortie d'Afrique (- 70.000 ans), coïncide avec la disparitions en quelques milliers d'années de la mégafaune : tigres à dent de sabre, marsupiaux géants, ours des cavernes… les victimes ?

La question divise la communauté scientifique depuis plus de soixante ans… sans être tranchée. Les uns, comme Stephen Wroe de l'université de Sydney (Australie), estiment que la principale cause de ces extinctions est le changement climatique, et notamment la remontée des températures du début de l'Holocène il y a 11.500 ans, après un maximum glaciaire particulièrement froid. Impossible, selon eux, que le peu d'hommes peuplant alors la Terre - les estimations de la population européenne lors de ce dernier maximum glaciaire oscillent entre 11.000 et 28.000 individus ! - puissent être responsables de la disparition de dizaines de milliers de grands mammifères. L'inadaptation de cette mégafaune à l'élévation des températures, l'incapacité de changer de diète alors que le couvert végétal se modifie paraissent être des explications plus raisonnables.

Les ancêtres des Aborigènes utilisaient des armes à manche pour chasser il y a 50.000 ans

D'autres chercheurs désignent Homo sapiens comme le coupable idéal… avec des arguments plutôt convaincants. Ils soulignent, d'une part, que certaines espèces ont disparu bien avant le réchauffement du climat, d'autre part, que les sites archéologiques montrent que l'Homme se nourrissait bel et bien de ces animaux. Les preuves les plus convaincantes sont à chercher du côté de l'Australie et de l'Amérique du Nord, là où l'extinction de la mégafaune coïncide parfaitement avec l'arrivée des premiers hommes. Ailleurs, et notamment en Europe, le rôle de Sapiens n'est pas établi.

Alors que les estimations précédentes le voyaient débarquer sur l'île-continent il y a 40.000 ans, les plus récentes stipulent que notre grand ancêtre a posé le pied en Australie autour de -50.000. C'est la première information sensationnelle livrée lors de sa découverte, au début des années 2010, par le gisement archéologique de Warratyi, une grotte située dans le centre-est de l'Australie : 4300 objets divers, 200 fragments d'os issus de 16 mammifères différents et d'un reptile. Mieux, dans un article paru dans Nature en novembre 2016, l'archéologue Giles Hamm, de l'université de La Trobe à Melbourne, montre que ces ancêtres des Aborigènes utilisaient déjà des outils et des armes à manche pour chasser. Des os de diprotodon ou wombat géant, un marsupial de trois mètres de long pour deux de haut, ont été retrouvés sur le site, ainsi que des coquilles d'œufs d'un oiseau immense. Cette découverte assoit les convictions des tenants d'une Blitzkrieg - la destruction, en moins d'un millier d'années, d'une mégafaune australienne sans défense face à un nouveau prédateur - sans pour autant convaincre toute la communauté scientifique ! Stephen Wroe réfute cette hypothèse, estimant qu'elle "repose sur des interprétations simplistes de phénomènes biogéographiques et anthropologiques complexes".

Réexaminant les outils découverts sur les sites archéologiques, les données paléoclimatiques, les connaissances sur la végétation de ces époques, les chercheurs les plus sceptiques concluent que "ni les premiers Australiens, ni leurs descendants immédiats n'ont chassé la mégafaune avec l'efficacité requise pour provoquer une extinction de masse aussi rapide". Et de déplorer que ce débat scientifique ait été instrumentalisé au sein du monde politique comme une preuve que les Aborigènes actuels ne sont pas les défenseurs de la nature qu'ils revendiquent être.

jeudi 11 février 2021

Une chronologie évolutive d'Homo Sapiens

Le long voyage évolutif qui a créé les humains modernes a commencé par un seul pas - ou plus précisément - avec la capacité de marcher sur deux jambes. L'un de nos premiers ancêtres connus, Sahelanthropus, a commencé la lente transition d'un mouvement ressemblant à des singes il y a environ six millions d'années, mais Homo sapiens ne se manifestait pas avant plus de cinq millions d'années. Pendant cette longue période, une ménagerie de différentes espèces humaines a vécu, évolué et s'est éteinte, se mélangeant et parfois se reproduisant en cours de route. Au fil du temps, leur corps a changé, tout comme leur cerveau et leur capacité à penser, comme en témoignent leurs outils et leurs technologies.

Pour comprendre comment l'Homo sapiens a finalement évolué à partir de ces anciennes lignées d'hominidés, le groupe comprenant les humains modernes et nos plus proches parents et ancêtres éteints, les scientifiques déterrent d'anciens os et outils en pierre, creusant dans nos gènes et recréant les environnements changeants qui ont contribué à façonner nos ancêtres. 'monde et guider leur évolution.

Ces éléments de preuve indiquent de plus en plus que H. sapiens est originaire d'Afrique, mais pas nécessairement en un seul moment et en un seul lieu. Au lieu de cela, il semble que divers groupes d'ancêtres humains vivaient dans des régions habitables autour de l'Afrique, évoluant physiquement et culturellement dans un isolement relatif, jusqu'à ce que les changements climatiques des paysages africains les incitent à mélanger et à échanger de manière intermittente tout, des gènes aux techniques d'outils. Finalement, ce processus a donné naissance à la constitution génétique unique des humains modernes.

«L'Afrique de l'Est a été un lieu de fomente - propice aux migrations à travers l'Afrique pendant la période où l' Homo sapiens est apparu», déclare Rick Potts, directeur du programme des origines humaines du Smithsonian. «Cela semble avoir été un cadre idéal pour le mélange de gènes provenant de populations migrantes largement répandues à travers le continent. L'implication est que le génome humain est né en Afrique. Tout le monde est africain, et pourtant pas d'une seule partie de l'Afrique. »

Les nouvelles découvertes ajoutent toujours des points de cheminement clés à la carte de notre voyage humain. Cette chronologie d' Homo sapiens présente certaines des meilleures preuves documentant notre évolution.

dimanche 24 janvier 2021

Le métissage, cet accélérateur de l'évolution humaine

Le brassage des populations permet d'acquérir des mutations génétiques avantageuses en quelques générations seulement. Corollaire : à notre époque de grandes migrations, l'être humain n'en a pas fini avec l'évolution !

Oui, l'être humain évolue toujours, et bien plus vite qu'on pourrait le croire ! En général, l'évolution est un processus lent, très lent… Elle se fait à travers des mutations génétiques qui surviennent au hasard dans l'ADN et sont soumises à la pression de sélection propre au milieu où vivent les individus. Si elles donnent un quelconque avantage, facilitant la survie ou la reproduction, elles finissent par être conservées et se répandent dans toute la population. Mais cela peut prendre des millénaires ! Heureusement, un accélérateur évolutif nous permet de nous adapter bien plus rapidement à de nouveaux environnements : le métissage.

Car il permet d'acquérir, en à peine quelques générations, des traits avantageux ayant déjà remporté haut la main ce processus de sélection naturelle. Pour mieux comprendre, imaginons deux personnes vivant dans des environnements très dissemblables, la jungle et le désert, par exemple. L'une sera équipée génétiquement pour résister aux moustiques, l'autre au soleil brûlant. Voilà qu'un beau jour, le nomade du désert décide d'aller s'installer dans la jungle, histoire de voir à quoi ressemblent ces moustiques dont il a tellement entendu parler. Ces insectes se révèlent moins attirants qu'il ne le pensait, mais l'habitante de la jungle est agréable, et ce qui devait arriver arrive : ils se marient et ont beaucoup d'enfants. Par le hasard du jeu reproductif, certains d'entre eux recevront des gènes immunitaires de l'habitante de la jungle, adaptés aux maladies transmises par le moustique. Ces enfants survivront et se reproduiront à leur tour et, au bout de quelques générations, tous les descendants du natif du désert seront protégés de ces pathologies. "Du point de vue évolutif, pour s'acclimater à un milieu, il est beaucoup plus rapide de se croiser avec des personnes déjà adaptées à cet environnement que d'attendre que la sélection naturelle nous prépare à ce nouveau contexte !" , résume Lluis Quintana-Murci, généticien des populations à l'institut Pasteur e t professeur au Collège de France.

lundi 14 décembre 2020

mardi 11 février 2020

Les grandes découvertes d’hominidés

1856 Dans la vallée de Néander, en Allemagne, on trouve des ossements et un crâne… Mais l’espèce ne sera pas identifiée tout de suite : Homo neanderthalensis.

1868 Aux Eyzies-de-Tayac, dans le Périgord, les fouilles d'un abri sous roche permettent d'exhumer les premiers restes de l'Homme de Cro-Magnon.

1921 Dans la région de Zhoukoudian, les premiers restes de sinanthropes ont été découverts par J. Gunnar Andersson.

1925 Raymond Dart décrit une nouvelle espèce :Australopithecus africanus, qu'il assimile même à un sorte de « chaînon manquant »… qui aurait vécu il y a 3 millions d’années.

1974 Découverte d’un fossile très bien conservé d’australopithèque par Maurice Taieb et Yves Coppens. La célèbre Lucy va se voir décerner provisoirement le titre de grand-mère de l’humanité : Australopithecus afarensis…

2000 En Georgie, à Dmanisi, tout un groupe humain a laissé ses traces. Plusieurs crânes ont permis de définir une nouvelle espèce : Homo georgicus.

2000 Brigitte Senut découvre un fémur et des dents qui ne correspondent à rien de connu. C’est donc une nouvelle espèce qui est décrite : Orrorin tugenensis. C’est un bipède très ancien, 6 millions d’années.

2002 Au Tchad, une équipe de chercheurs, sous la direction de Miche Brunet, découvre le crâne d’un hominidé de 7,5 millions d’années : Sahelanthropus tchadensis. C’est pour l’instant le plus ancien hominidé.

2004 En Indonésie, sur l’île de Flores, des ossements d’une « petite femme » sont découverts dans une grotte. Homo floresiensis est né ! Il vivait ici il y a 50 000 ans.

2010 En cherchant à quelle espèce un petit bout de doigt appartenait, les généticiens ont découvert une nouvelle espèce : l’Homme de Denisova. Il parcourait les plaines de l’Altaï il y a 50 000 ans.

2016 Dans une grotte en Afrique du Sud, est mis au jour les restes de plusieurs individus qui amènent à la création d’une nouvelle espèce, Homo naledi. Un peu plus tard les fossiles ont pu être datés de 120 000 ans…

2017 Les plus vieux fossiles d’Homo sapiens sont retrouvés au Maroc à Djebel Irhoud, ils ont 300 000 ans. Cela repousse de 100 000 ans les origines de cette espèce…

2019 En asie, aux Philipines, un nouvel homininé est découvert sur l'ile de Luçon. Homo luzonensis vivait il y à 50 000 ans. C'est donc un contemporain de Néandertal et Sapiens.

Source : Hominidés.com

samedi 8 février 2020

Les découvertes majeures en paléontologie

1856 Découverte de restes de néandertaliens dans la vallée de Neander (Allemagne)

1868 Homo sapiens moderne. Cro-Magnon (France). 30 000 ans. Premiers Homo sapiens fossiles identifiés

1891 Homo erectus. Trinil (Indonésie). 500 000 ans. Découverte d'une nouvelle espèce dans l'île de Java

1908 Homo neanderthalensis. La Chapelle-aux-Saints (France). 60 000 ans. Premier squelette complet de l'espèce

1924 Australopithecus africanus. Taung (Afrique du Sud). 2 500 000 ans. Enfant de Taung, premier hominine ancien découvert

1929 Homo erectus. Zhoukoudian (Chine). 780 000 ans. Découverte du sinanthrope. Aujourd'hui un Homo erectus

1934 Homo sapiens moderne. Qafzeh (Israël). 100 000 ans. Une des plus anciennes traces d'Homo sapiens hors d'Afrique

1961 Homo sapiens archaïque. Djebel Irhoud (Marox). 300 000 ans. Plus anciens Homo sapiens fossiles à ce jour

1964 Homo habilis. Olduvai (Tanzanie). 2 400 000-1 400 000 ans. Premiers Homo habilis identifiés

1968 Paranthropus boisei, Homo habilis, Homo erectus. Koobi-Fora (Kenya). 1 900 000-1 500 000 ans. Site attestant de la diversité des hominines anciens

1974 Australopthecus afarensis. Hadar (Ethiopie). 3 200 000 ans. Lucy, considérée comme ancêtre de tous les hominines ultérieurs

1984 Homo erectus. Nariokotome (Kenya). 1 600 000 ans. Le "garçon de Turkana", squelette le plus complet pour cette période

1984 Homo neanderthalensis. Sima de lus Huesos (Espagne). 430 000 ans. Spectaculaire série de néandertaliens anciens

2001 Sahelanthropus tchadensis. Désert du Djurab (Tchad). 7 000 000 ans. Toumaï, plus ancien hominine bipède connu à ce jour

2003 Homo floresiensis. Ile de Florès (Indonésie). 800 000-50 000 ans. Forme naine à petit cerveau

2013 Homo naledi. Rising Star (Afrique du Sud). 335 000-236 000 ans. Mélange de caractères très archaïques et modernes

2015 Homo luzonensis. Grotte de Callao (Philippines). 67 000-50 000 ans. Dernière espèce découverte

mardi 28 janvier 2020

Les grandes dates

7 000 000 Apparition des premiers hominines bipèdes en Afrique
7 000 000 Première forme humaine (Toumai) en Afrique
3 400 000 Apparition des outils en Afrique
3 300 000 Invention des premiers outils de pierre taillée en Afrique
v 2 000 000 Arrivée des Homo erectus d'Afrique en Eurasie
1 900 000 Carnivorie accrue, première sortie d'Afrique des Homo erectus
1 800 000 Première présence humaine avérée en Europe (Homo georgicus, Géorgie)
1 700 000 Prémices du langage
1 500 000 Traces d'usage du feu en Afrique
1 300 000 Premières traces d'un usage du feu en Afrique
500 000 Plus ancien témoignage d'art (coquillage gravé de traits, Indonésie)
500 000 Coquillage gravé de traits, plus ancien témoignage d'art (Indonésie)
430 000 Sépultures attribuées à des prénéandertaliens (Espagne)
430 000 Biface Excalibur, première offrande funéraire supposée (Espagne)
400 000 Aménagements de foyers prouvant la maîtrise du feu en Europe
400 000 Foyers prouvant la maîtrise du feu en Europe
350 000 Début de l'évolution des néandertaliens à partir de Homo heidelbergensis en Europe
230 000 Age de la supposée figurine de Berekhat (Israël)
v 200 000 Homo sapiens sort d'Afrique
v 200 000 Présence attestée des Homo erectus en Eurasie
200 000 Plus ancien lit découvert à Border Cave (Afrique du Sud)
180 000 Apparition des premiers vêtements déduite de la divergence génétique du pou
v 175 000 Premières traces d'Homo sapiens hors d'Afrique (Israël)
120 000 Expansion des Homo sapiens modernes au Proche-Orient
100 000 Arrivée des Homo sapiens en Eurasie. Confection de parures
100 000 Arrivée des premiers Homo sapiens en Eurasie
100 000 Plus ancien atelier de fabrication de pigments découvert à ce jour (Afrique)
73 000 Motif géométrique gravé sur un bloc d'ocre. Premier objet symbolique dû à Homo sapiens (Blombos, Afrique du Sud)
70 000 Les hommes ont probablement acquis le langage
60 000 Début du peuplement de l'Australie
61 000 Premières pointes de flèches en os (grotte de Sibudu, Afrique du Sud)
50 000 Présence de fleurs dans une tombe néandertalienne (Irak)
48 000 Peintures de la Serra de Capivara (Brésil). Datation encore controversée
43 000 Première oeuvre figurative (grotte de Sipong, Indonésie)
43 000 Premier instrument de musique (grotte de Geissenklosterie, Allemagne)
v 40 000 Disparition des derniers hommes de Neandertal en Eurasie
v 40 000 Extinction des néandertaliens pleinement évolués
v 40 000 Premiers instruments de musique (flûtes)
v 38 000 Age du plus ancien homme moderne retrouvé en Europe
v 37 000 Première phase de décoration de la grotte Chauvet (Ardèche)
37 000 Première espèce domestiquée par l'homme, à partir du loup : le chien
v 36 000 Réalisation des premières statuettes animales et humaines
35 000 Preuve de l'utilisation du "briquet" (sulfure de fer percuté sur du silex)
35 000 Développement de l'art pariétal figuratif. Grotte Chauvet (Ardèche)
35 000 Développement de l'art pariétal dans le sud de la France (Grotte Chauvet)
35 000 Grotte Chauvet (Ardèche). Un millier de peintures et gravures
v 35 000 Apparition des figurines féminines (dites "vénus paléolithiques")
30 000 Extinction d'Homo floresiensis, espèce vivant en Indonésie
30 000 Pratique de la navigation attestée
v 30 000 Ornements dans les cavernes profondes en Australie. Date minimale de l'arrivée des Homo sapiens en Amérique
30 000 Date minimale de l'arrivée des Homo sapiens en Amérique
v 30 000 Pratique du chamanisme à partir du paléolithique supérieur
v 28 000 Invention de la céramique en Europe de l'Est
v 26 000 Invention de la céramique par des chasseurs-cueilleurs (Europe de l'Est)
24 000 Usage attesté du propulseur (arme de jet)
20 000 Statuettes féminines en ivoire de mammouth de Malta et Bouret (Sibérie)
19 000 Date supposée de l'invention de la poterie en Chine
19 000 Invention probable de la poterie en Chine
16 000 Hypothèse d'une domestication du chien en Europe
v 15 000 Premiers foyers d'invention de la poterie (Extrême-Orient)
12 000 Domestication du chien avérée en Europe et au Proche-Orient
11 000 Premiers villages, caractérisés par l'agglomération de maisons semi-enterrées dans des fosses rondes
v 10 000 Néolithisation du Proche-Orient. Apparition de l'outillage agricole
v 10 000 Début de la sédentarisation du Proche-Orient. Apparition de l'outillage agricole
v 10 000 Développement des religions agropastorales à partir du néolithique
9 500 Plus ancien lieu de culte, le temple de Gobekli Tepe (Turquie)
8 800 Domestication du mouflon, de la chèvre égagre, de l'auroch et du sanglier au Proche-Orient
8 000 Début du boom démographique dû à l'invention de l'agriculture
6 500 Développement de foyers agricoles en Asie, en Amérique et en Afrique
6 000 Apparition de cultures irriguées en Mésopotamie
6 000 Apparition du nomadisme pastoral au Proche-Orient
4 300 Fondation des villes d'Ourouk et de Suse au Proche-Orient
4 000 Domestication de l'âne en Afrique du Nord-Est
4 000 Naissance des civilisations mésopotamienne et égyptienne
3 500 Domestication du cheval dans les steppes eurasiennes
3 400 Invention de l'écriture à Ourouk par les Sumériens
3 400 3 300. Invention de l'écriture à Ourouk (actuel Irak) par les Sumériens
3 200 Généralisation de l'usage de l'écriture à Sumer
v 3 000 Adoption du polythéisme par les sociétés dotées d'Etat
v 3 000 Unification des royaumes de Haute-Egypte et de Basse-Egypte
v 3 000 Adoption du polythéisme par les sociétés dotées d'Etat et, souvent d'écriture
2 800 Imhotep, premier architecte à construire en pierre (Saqqarah, Egypte)
2 750 2 000. Epoque des cités Etats suméro-akkadiennes et des cités de l'Indus
2 600 Mise par écrit des premiers mythes et textes religieux
2 600 Mise par écrit des tout premiers textes religieux
2 300 Ecriture des épopées sumériennes des rois d'Ourouk. Première évocation de Gilgamesh
2 200 Apparition de la première écriture cursive en Egypte
2 000 Domestication du dromadaire dans le sud de l'Arabie
1 900 1 500. Culture d'Erlitou, première capitale chinoise
v 1 600 Papyrus Edwin Smith, traité égyptien de pathologie chirurgicale
1 520 Hatshepsout, autoproclamée pharaon, représentée en homme
v 1 500 Apparition du grand nomadisme pastoral monté en Asie centrale
v 1 400 Composition en Inde du Rigveda, ensemble d'hymnes sacrés
v 1 400 Composition des textes de la religion védique en Inde
1 200 Apparition de la civilisation olmèque en Méso-Amérique
1 200 Existence du peuple des Amazones selon la mythologie grecque
v 1 050 Manuel de diagnostic du Babylonien Esagi-kin-apli
1 000 Domestication du renne en Sibérie
800 Emergence des cités-Etats en Grèce et de Rome dans la péninsule italique
800 Emergence des cités-Etats en Grèce
800 Fondation légendaire de Rome dans la péninsule italique
v 650 Apparition en Lydie de monnaies frappées en électrum
600 Apparition des religions universalistes avec la formation des empires
v 450 Apogée de la cité précolombienne de Teotihuacan ("lieux où sont créés les dieux")
420 370. Rédaction du canon d'Hippocrate, attribué au médecin grec
400 Pratique de la polyandrie mentionnée dans le Mahabharata
400 Début probable de la mise par écrit du Rigveda, jusqu'alors transmis oralement
400 Population d'Athènes : plus de 50 % d'esclaves
v 30 De architectura, de Vitruve, plus ancien traité d'architecture qui soit arrivé jusqu'à nous

vendredi 1 novembre 2019

Le Botswana, un nouveau berceau de l’humanité très contesté

Dans la dernière livraison de «Nature», des chercheurs avancent avoir localisé la «patrie» des premiers hommes dans le pan de Makgadikgadi, en Afrique australe, grâce à l’étude de l’ADN des habitants de cette région. Leurs conclusions sont toutefois discutées.

Le berceau de l’humanité est incontestablement – du moins sans preuve du contraire – africain. Il y a entre 315 000 et 200 000 ans, Homo sapiens, à savoir l’homme moderne, est en effet apparu à divers endroits du continent : au Maroc, où les plus vieux restes humains connus à ce jour ont été exhumés (des dents et des os crâniens) ces dernières années, en Afrique du Sud, où l’on a retrouvé un crâne préhistorique de 260 000 ans, et en Ethiopie, où les fossiles d’Omo Kibish ont longtemps plaidé pour une origine est-africaine de notre espèce. Ces découvertes paléoanthropologiques majeures ont alors permis d’appuyer la théorie la plus couramment admise aujourd’hui, «out of Africa», à savoir la sortie d’Afrique de l’homme moderne il y a environ 180 000 ans à la conquête du monde.

Pourtant, l’histoire de nos origines sur le continent même est très loin d’avoir été reconstituée, et en particulier l’émergence de notre espèce. A ce propos, deux hypothèses cohabitent et sont débattues : nos premiers ancêtres sont-il nés dans un «jardin d’Eden» est ou sud-africain avant de migrer et de coloniser peu à peu le reste du continent ? Ou alors, plusieurs groupes humains ont-ils émergé en plusieurs points d’Afrique au Pléistocène moyen, avant de co-évoluer au gré de leurs rencontres et de leurs métissages ? Cette dernière piste, que l’on dit «multirégionale» en raison de la diversité morphologique des tout premiers Homo sapiens, a d’ailleurs de nos jours les faveurs de la plupart des paléoanthropologues (1). A moins d’un pavé dans la mare, comme cette étude publiée lundi dans Nature, affirmant avoir identifié la patrie originelle de l’«homme anatomiquement moderne», en Afrique australe, dans le nord de l’actuel Botswana.

Que disent en substance ses auteurs, emmenés par la généticienne Vanessa Hayes de l’université de Sidney ? Qu’au sud du Zambèze, il y a 200 000 ans, le désert de sel du pan de Makgadikgadi, les restes d’un très vieux lac dans le bassin du Kalahari, aurait été le berceau de notre espèce – il s’agissait alors d’une région marécageuse, verdoyante et fertile. A la faveur de conditions climatiques nouvelles, et de «corridors verts», 70 000 ans plus tard, ses occupants, nos ancêtres donc, auraient ensuite migré vers le nord-ouest, puis le sud-est jusqu’à sortir d’Afrique. Et toute cette histoire, disent-ils, on peut la raconter grâce à l’analyse génétique, notamment de l’ADN mitochondrial, en retraçant la généalogie des lignées maternelles d’habitants actuels, les Khoïsan (un peu plus de 1 000 personnes), de cette région peu étudiée d’Afrique australe et porteurs du très vieux marqueur «L0».

Insuffisances méthodologiques

Suffisant méthodologiquement parlant ? Depuis la publication de l’étude en début de semaine, c’est de fait sur ce point très précis que se cristallisent les très nombreuses critiques des généticiens, paléoanthropologues et archéologues du monde entier, à l’instar de Jean-Jacques Hublin, Christopher Brian Stringer ou Eleanor Scerri. Si certains d’entre eux reconnaissent l’intérêt pour notre «connaissance de la diversité génétique humaine» des résultats avancés par Vanessa Hayes, notamment dans cette région du sud de l’Afrique, la plupart s’étonnent néanmoins de conclusions qui ne prennent pas du tout en compte les travaux les plus récents, comme les découvertes de vieux os ou d’outils anciens antérieurs. «Ils ignorent les sites archéologiques et les fossiles, soulève par exemple le paléoanthropologue Aurélien Mounier, spécialiste de l’histoire évolutive du genre Homo. Même si coupler leur analyse génétique avec une modélisation paléoenvironnementale précise est une bonne chose. De manière générale, et comme à chaque nouvelle découverte en paléoanthropologie, il faut savoir rester prudent quant à la portée réelle de ces résultats.»

Un avis partagé par le paléoarchéologue Francesco d’Errico, de l’université de Bordeaux. «Ils disent apporter des preuves archéologiques, déplore le scientifique du CNRS. Mais s’ils voulaient effectivement utiliser l’archéologie pour étayer leur scénario, ils devraient se demander si les présumées migrations ont laissé des traces archéologiques sur les deux possibles voies migratoires qu’ils proposent, ce qu’ils ne font pas.» «Il y a peu de remise en contexte : l’article compare très peu ses données avec celles d’autres études déjà publiées et incluant des populations d’autres régions voisines de celle étudiée, souligne quant à lui le généticien des populations humaines Paul Verdu, chercheur au CNRS rattaché au Musée de l’homme. Il est donc difficile de savoir si l’histoire ici racontée ne changerait pas radicalement si on prenait en compte l’histoire mitochondriale des populations congolaises, mozambicaines, angolaises, kenyanes, etc.»

Autre critique, et pas des moindres : le choix de Vanessa Hayes et ses acolytes de se focaliser uniquement sur l’ADN mitochondrial. Certes, cela à l’avantage de la facilité car cela permet de remonter facilement un lignage, mais ce n’est qu’une toute petite partie du génome des humains, donc forcément partiel en l’absence d’ADN ancien par ailleurs. «Pour faire simple, une mère transmet son ADN mitochondrial à tous ses descendants, et l’a reçu de sa mère, explique encore le généticien Paul Verdu. Donc vous avez quatre arrière-grands-mères biologiques qui ont donné naissance à vos grands-parents, etc. Vous ne portez que l’ADN mitochondrial d’une seule de ces quatre arrière-grands-mères. En regardant l’ADN mitochondrial seulement, on n’étudie qu’une partie de votre histoire génétique. Il reste donc encore beaucoup à étudier sur le chromosome Y [qui serait apparu chez les premiers sapiens il y a plus de 300 000 ans au Cameroun, ndlr] et l’ADN des autosomes [les chromosomes autres que X et Y], pour effectivement pouvoir parler de l’histoire évolutive et génétique de ces populations dans leur ensemble.» Et d’ajouter : «Penser, a priori, que les populations échantillonnées sont les descendants génétiques directs des populations présentes au même endroit il y a 100 000 à 200 000 ans est un peu… ambitieux lorsqu’il s’agit d’Homo sapiens, connu pour être un très grand voyageur à toutes les époques.» Et pour l’instant, un migrant à la patrie originelle contestée.

Source : Libération du 31/10/2019

dimanche 20 octobre 2019

Les protagonistes

Du genre homo

Homo sapiens


Homo sapiens, l'homme moderne, est né il y a environ 300 000 ans, sur le continent africain. Il est aujourd'hui le seul représentant du genre Homo et le seul à avoir conquis tous les continents.

Homo neanderthalensis


Découvert au milieu du XIXe siècle, l'homme de Néandertal occupait une bonne partie de l'Eurasie avant de disparaître il y a 35 000 ans sans que l'on ne connaisse la cause exacte de son extinction. Notre plus proche cousin a cependant légué une part de son patrimoine génétique (2 à 3%) à notre espèce, avec laquelle il a cohabité.

Homo denisovensis


Identifié en 2010 dans une grotte des montagnes russes de l’Altaï, au sud-ouest de la Sibérie, l’homme de Denisova a légué une part de son patrimoine génétique aux populations inuites actuelles de l’Arctique et de Papouasie. Il aurait disparu il y a 50 000 ans.

Homo luzonensis


Découvert aux Philippines, Homo luzonensis est le dernier à rejoindre la famille humaine. Des restes de ce contemporain d'Homo sapiens (sept dents et quatre phalanges de trois individus) ayant vécu il y a au moins 50 000 ans ont été trouvés en 2011 dans la grotte de Callao, au nord de l'île de Luçon. Il était très petit – un trait lié à l’endémisme insulaire.

Homo floresiensis


On le compare souvent abusivement à un «hobbit». L'homme de Florès (Homo floresiensis), dont les restes de neuf spécimens ont été découverts en 2003 dans une grotte de l'île de Florès en Indonésie, est un hominine du genre Homo remarqué pour sa très petite taille – jusqu'à 1,10 m. L'espèce s'est éteinte il y a 60 000 ans, et serait née il y a 190 000 ans.

Homo naledi


Exhumé dans la grotte de Rising star en Afrique du Sud, Homo naledi, élancé, a une petite tête, de grandes mains pour grimper dans les arbres et de longues jambes pour marcher longtemps. Il aurait vécu il y a entre 236 000 et 335 000 ans et pourrait donc avoir croisé Homo sapiens, suggère une datation en 2017. Son statut d'espèce à part entière est controversé.

Homo heidelbergensis


Homo heidelbergensis est un vieil Européen : on l'a découvert depuis le début du XXe siècle à Mauer (Allemagne), Tautavel (France), Petralona (Grèce)… On le dit prénéandertalien, car il a foulé le continent il y a entre 800 000 et 300 000 ans. Robuste, il pouvait atteindre 1,70 m.

Homo antecessor


Homo antecessor est le plus vieux représentant du genre Homo dont la présence est attestée en Europe. Exhumés en 1994 sur un site préhistorique espagnol, ses restes – 86 fragments osseux de six individus dont un pré-adolescent – datent d'envrion 820 000 ans. Cependant, son statut d'espèce reste discuté.

Homo erectus


D'abord surnommé pithécanthrope («homme-singe») après la découverte d'une mandibule et d'une calotte crânienne en 1891 à Java, Homo erectus, «l'homme dressé», peuplait l'Asie il y a 140 000 ans à 1,6 million d'années. Prognathe, ce chasseur-cueilleur d'1,60 m confectionnait des outils de pierre et a appris à maîtriser le feu il y a un peu plus de 400 000 ans.

Homo georgicus


Peu connu du grand public, Homo georgicus est considéré comme le premier hominine à avoir foulé le territoire européen, il y a 1,8 million d'années. Les fossiles de cette nouvelle espèce supposée d'hominine, notamment des crânes et des mandibules, ont été découverts entre 1991 et 2005 sous un village médiéval géorgien. Mais son statut est toujours débattu.

Homo ergaster


Bipède et longiligne, Homo ergaster peuplait l'Afrique il y a entre 1 et 1,9 million d'années. Mais son statut d'espèce à part entière concédé en 1991 n'est pas acquis : certains scientifiques continuent de considérer ce bon marcheur comme un représentant d'Homo erectus en raison de sa parenté étroite avec son cousin asiatique, malgré des caractères plus «primitifs».

Homo rudolfensis


Contemporain d'Homo habilis et aussi vieux que lui, Homo rudolfensis a été décrit en 1986 à partir de restes découverts près du lac Turkana au Kenya. Il vivait en Afrique de l'est avant de disparaître il y a 1,8 million d'années.

Homo habilis


Il est à ce jour le plus vieux représentant du genre Homo. Décrit dans les années 60, après la découverte de fossiles en Tanzanie, Homo habilis aurait vécu en Afrique de l'est il y a entre 1,5 et 2,3 millions d'années. Ce bipède d'1,30 à 1,40 mètre fabriquait, selon la technique de l'Oldaway, des outils en pierre rudimentaires (galets taillés et éclats tranchants).

Australopithéques

Paranthropus robustus


Australopithèque ou paranthrope ? Paranthropus robustus, dont les restes fossiles ont principalement été découverts en Afrique du Sud, est à ce jour inclassable.

Australopithecus sediba


Est-ce l'ancêtre des premiers Homo ? Découvert en 2008 en Afrique du Sud, l'Australopithecus sediba est tout cas le symbole de l'évolution en mosaïque de la lignée humaine. A la bipèdie affirmée, cette nouvelle espèce, ayant vécu il y a environ 1,9 million d'années, présente à la fois des caractères dits «modernes» et d'autres «primitifs».

Australopithecus africanus


C'est le premier des australopithèques à avoir été découvert et décrit dans Nature en 1925. En Afrique du Sud, où tous ses restes fossiles ont été trouvés, Australopithecus africanus a vécu il y a entre 2,5 et 3,5 millions d'années. Ce bipède est un ancêtre potentiel du genre Homo ou de celui contesté des paranthropes.

Australopithecus afarensis


Son plus digne représentant est Lucy, un fossile découvert en 1974 par Yves Coppens dans la région de l'Afar, en Ethiopie. Présent en Afrique de l'est, il y a entre 3 et 4,1 millions d'années, Australopithecus afarensis présentait un fort prognathisme et un cerveau relativement réduit. Il a longtemps été considéré comme un de nos ancêtres potentiels avant d'être détrôné.

Australopithecus prometheus


Son plus illustre représentant, «Little Foot», âgé de 3,67 millions d'années, est aussi le fossile d'australopithèque le plus complet. Décrit en 1948, Australopithecus prometheus a d'ailleurs gagné son statut d'espèce grâce à ce fossile sud-africain. Autrefois, on le rattachait à l'australopithèque africanus.

Australopithecus garhi


Il présente des traits distincts de tous les autres australopithèques. Vieux de 2,6 millions d'années, Australopithecus garhi a été identifié après des fouilles en Ethiopie. Il pourrait être un candidat potentiel d'ancêtre des premiers Homo, apparus 300 000 ans plus tard, ou des paranthropes selon les points de vue.

Australopithecus anamensis


C'est le plus vieux du genre. Décrit en 1995 à partir d'une vingtaine de fossiles est-africains, Australopithecus anamensis vivait vraisemblablement dans un environnement boisé il y a entre 3,9 et 4,2 millions d'années. Ce bipède est, suppose-t-on, l'ancêtre de Lucy.

Australopithecus bahrelghazali


Exhumé en 1995 au Tchad par l'équipe du paléoanthropologue Michel Brunet, l'australopithèque bahrelghazili est le premier du genre à avoir été découvert à l'ouest de la vallée du rift. Ce contemporain de l'australopithèque afarensis, l'espèce de Lucy, y aurait vécu il y a entre 3 et 3,5 millions d'années.

Les plus anciens hominines

Kenyanthropus platyops


Ce n'est ni un australopithèque ni un paranthrope. Vieux de 3,2 à 3,5 millions d'années, Kenyanthropus platyops, le seul spécimen de son genre, a été découvert au nord du Kenya en 1999. Il possédait une face plate mais les déformations subies par ses restes – un crâne et des molaires - font douter certains scientifiques.

Orrorin


Ses fossiles aujourd'hui disparus (cachés dans le coffre-fort d’une banque à Nairobi, ou perdus) prouveraient qu'Orrorin tugenensis est un ancêtre bipède des humains plus direct que Lucy et bien antérieur. Il a vécu il y a 6 millions d'années au Kenya, où vingt fragments d'os et dents ont été exhumés entre 2000 et 2007.

Toumaï


Aussi petit qu'un chimpanzé, mais avec des traits beaucoup plus évolués, notamment une dentition qui le rapproche de l'homme… Découvert en 2001 par Michel Brunet, dans le désert de Djourab, au Tchad, Toumaï est à ce jour le plus vieux représentant de la lignée humaine connu. Ses restes, un crâne et des dents, sont vieux de 7 millions d'années.

Source : Libération du 17/10/2019