Affichage des articles dont le libellé est Mata Menge. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mata Menge. Afficher tous les articles

vendredi 19 août 2016

L’ancêtre de l’Homme de Florès retrouvé

Des restes vieux de 700 000 ans retrouvés en Indonésie éclairent les origines de l’Homme de Florès, notre mystérieux « petit cousin » d’Asie.

On dit souvent que chaque famille recèle un aïeul excentrique. Parmi les espèces qui composent la grande famille humaine, ce parent est sans aucun doute Homo floresiensis. Surnommé le « hobbit » en référence aux petits personnages aux pieds velus de l’œuvre de Tolkien, cette créature mesurait à peine plus d’un mètre, avait de courtes jambe, de grands pieds et un cerveau de la taille d’un pamplemousse – autant de traits primitifs associés à nos ancêtres d'il y a plusieurs millions d’années. Pourtant, H. floresiensis vivait encore sur l’île de Florès, en Indonésie, il y a à peine 60 000 ans, alors que des espèces humaines avec une anatomie et un cerveau aux proportions modernes (Homo sapiens et Néandertal) étaient déjà établies partout dans le monde.

Comment les Hommes de Florès en sont-ils arrivés à ces caractéristiques anatomiques dépassées ? Les scientifiques se posent la question depuis que les étranges fossiles ont été trouvés en 2004 dans la grotte de Liang Bua, à l’ouest de l’île de Florès. Mais de nouvelles découvertes viennent d'être faites sur un autre site de l’île. Selon leurs auteurs, ces nouveaux fossiles, vieux de 700 000 ans, mettent en lumière les origines mystérieuses de l’Homme de Florès. Tous les chercheurs n’en sont cependant pas convaincus.

Jusqu’à aujourd’hui, les paléoanthropologues se sont principalement concentrés sur deux hypothèses concurrentes à propos de l’évolution de Homo floresiensis. D’après la première, il descendrait de Homo erectus, une espèce plus grande et au cerveau plus volumineux qui fut le premier membre de la famille humaine à quitter l’Afrique pour se répandre de par le monde. Dans ce scénario, le corps et le cerveau plus petits de H. floresiensis sont le résultat d’une adaptation aux ressources limitées disponibles sur l’île de Florès. Un tel rapetissement, qualifié de « nanisme insulaire » est bien connu chez d’autres espèces de mammifères ayant colonisé des îles, comme certains membres de la famille des éléphants, mais n’avait jamais été observé chez les humains.

Selon la seconde hypothèse, H. floresiensis descend d’un ancêtre plus primitif qui était lui même de petite taille et avait aussi un petit cerveau, peut-être Homo habilis ou un membre du genre Australopithecus. Dans ce scénario, H. floresiensis était déjà petit avant son arrivée sur l’île de Flores, ayant conservé ces caractéristiques primitives de ses ancêtres directs (ainsi que d’autres, visibles dans les os du bras, du poignet, de la main et du pied). Mais des formes humaines aussi primitives n’ont jamais été découverts en dehors d’Afrique.

Il existe un troisième scénario, défendu par une petite mais bruyante minorité. Selon celui-ci, les restes découverts ne seraient pas représentatifs d’une espèce distincte, mais appartiendraient à des individus H. sapiens ayant eu des problèmes de développement.

L’absence de tout fossile humain à Florès antérieur à ceux de Liang Bua empêchait de tester ces hypothèses, jusqu’à aujourd’hui. Dans deux publications de parues le 9 juin dans la revue Nature, Gerrit van den Bergh et Adam Brumm, de l’Université de Wollongong en Australie, et leurs collègues, ont annoncé avoir découvert une collection de fossiles humains vieux de 700 000 ans sur un site du centre de Florès, Mata Menge. Les chercheurs ont provisoirement associé ces fossiles (un morceau de petite mâchoire inférieure et six petites dents individuelles provenant d’au moins trois individus différents) à H. floresiensis et suggèrent qu’ils représentent les ancêtres directs des petits hommes de Liang Bua.

L'examen de la nouvelle mâchoire et des dents a montré qu’elles sont similaires à leurs homologues de Liang Bua en termes de taille et de forme, bien que moins spécialisées, ce qui est attendu pour des formes plus anciennes. Les auteurs notent qu’un autre indice appuie le lien étroit entre les deux groupes : les outils de pierre trouvés sur les deux sites de Mata Menge et Liang Bua présentent de grandes similitudes. L’équipe a également comparé la mâchoire et les dents du site de Mata Menge avec celles d’autres espèces humaines, y compris Australopithecus et H. habilis. Ils en ont conclu que leurs restes fossiles ont des caractéristiques plus proches de celles de H. erectus. Ainsi, selon eux, ces résultats appuient l’hypothèse selon laquelle H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus plutôt que d’un ancêtre humain plus primitif.

Les restes du site de Mata Menge laissent à penser que ce rapetissement s’est produit étonnamment vite. Les plus vieilles traces connues de présence humaine sur l’île de Flores – une série d’outils en pierre du site de Wolo Sege – datent d’environ un million d’années. Aucun reste humain associé à ces outils n’a été retrouvé, mais s’ils ont été fabriqués par les ancêtres, plus grands, des petits individus de Mata Menge ayant vécu il y a 700 000 ans, cela signifierait que leur taille a évolué en seulement 300 000 ans. Ce rapetissement éclair contraste fortement avec le rythme évolutif observé chez d’autres fossiles humains. « La taille du corps et du cerveau humain a augmenté pendant le Pléistocène (entre -2,6 million et -11 600 ans), mais l’île de Florès nous montre que ça n’a pas été à sens unique», a expliqué Van den Bergh lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier.

Des fossiles d’animaux trouvés sur le site montrent que les Hommes de Mata Menge vivaient dans un habitat de type savane formé de prairies et de points d’eau. Des rongeurs, des crocodiles, des stégodons – cousins disparus de l’éléphant – des dragons de Komodo et un éventail d’oiseaux partageaient leur environnement. Les Hommes de Florès mangeaient-il certains de ces animaux ? Les chercheurs l’ignorent : leurs outils en pierre auraient pu servir à découper de la viande, mais aucune trace n’a été décelée sur les ossements animaux.

Des paléoanthropologues extérieurs à l'équipe jugent ces découvertes importantes. « Ils ont mis en évidence de solides preuves » d’un lien entre les fossiles de Mata Menge et ceux de Liang Bua, estime Fred Grine, spécialiste en fossiles de dents humaines à l’université Stony Brook à New York. Ce dernier soutient que la petite taille des nouveaux spécimens suffit à établir la relation ; leurs similitudes morphologiques renforçant d’autant plus cette hypothèse. Fred Grine partage l’avis de l’équipe selon lequel ces restes prouvent que H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus. Il ajoute que ces nouveaux fossiles rendent caduque l’hypothèse selon laquelle les « hobbits » seraient simplement des individus H. sapiens ayant souffert d’une pathologie. Pour lui, « il est difficile de soutenir cela, maintenant que nous connaissons un site plus ancien avec le même type de matériel ».

Toutefois, d’autres chercheurs sont plus réservés sur les déclarations de Gerrit van den Bergh et Adam Brumm. Selon Shara Bailey, de l’Université de New York, également spécialiste en fossiles de dents humaines, rien chez les spécimens de Mata Menge ne permet de les lier à H. floresiensis du site de Liang Bua à part, peut-être, la petite taille de la mâchoire inférieure. La forme des dents trouvées à Mata Menge ne démontre pas de lien mais n’en exclut pas non plus. Pour S. Bailey, la découverte d’une troisième prémolaire inférieure (P3 dans le langage des anatomistes) sur le site de Mata Menge aiderait à régler le problème. En effet, chez H. floresiensis de Liang Bua, cette dent avait une forme particulière. « Je ne serai convaincue que s’ils trouvent une P3 inférieure qui ressemble à la P3 de Liang Bua », explique-t-elle.

Adam van Arsdale, du Wellesley College dans le Massachussetts, spécialiste en fossiles de mâchoire humaine, exprime des doutes similaires sur l'attribution des restes de Mata Menge aux ancêtres directs des Hommes de Liang Bua. « Je ne suis pas convaincu que la morphologie des spécimens découverts soit suffisante pour exclure un lien entre les restes de Mata Menge et d’autres lignées humaines. » déclare-t-il. En d’autres termes, les récentes découvertes ne permettent pas d’écarter d’autres possibilités pour placer l' Homme de Florès dans l’arbre généalogique humain.

Des fossiles plus indiscutables seront peut-être bientôt mis au jour. Adam Brumm et ses collègues sont désormais en train de fouiller des sédiments vieux de 900 000 ans à Mata Menge ainsi que sur d’autres sites plus anciens de la région du bassin de Soa, sur l’île de Flores. En haut de sa liste de vœux : « des jambes et des bras, des poignets et des pieds, bref, les os où les étranges caractéristiques de floresiensis se manifestent le plus clairement ».

Source : Pour la Science du 18/06/2016

jeudi 1 septembre 2005

Mata Menge

Mata Menge est un site préhistorique du début du Pléistocène moyen sur l'île de Florès, en Indonésie, dans le bassin de So'a. Des fossiles d'hominines datés de 700 000 ans avant le présent y ont été mis au jour en 2014. Le site a livré également des artefacts en pierre et des restes d'animaux.

Sur la même île de Florès, dans la grotte de Liang Bua distante de 50 km de Mata Menge avaient été découverts en 2003 les fossiles d'humains attribués à une nouvelle espèce, Homo floresiensis, datés d'environ 95 000 ans. La question se pose pour les scientifiques de savoir si les hominines de Mata Menge, dont le genre demeure inconnu, sont des ancêtres de Homo floresiensis (ou Homme de Florès). Les fouilles entreprises à Mata Menge avaient pour objectif de « dénouer le mystère de l'origine du Hobbit » - le Hobbit étant le surnom donné familièrement à Homo floresiensis en raison de sa de petite taille. Les hypothèses relatives à l'ancêtre du Hobbit évoquaient possiblement un Homo habilis, un Homo erectus, un Homo sapiens atteint de dégénérescence, ou un Australopithèque.

L'idée selon laquelle l'occupation de l'île par des hominidés est plus ancienne que l'âge de l'Homme de Florès avait commencé à s'imposer à la suite de la découverte dans les années 1960 d'assemblages lithiques datés de 840 000 ans dans le même bassin de Soa' où se trouve Mata Menge, à une distance de 70 km de la grotte de Liang Bua.

Historique

En 1970, Theodor Verhoeven et Johannes Maringer avaient déjà fouillé plusieurs sites de Florès, dont Mata Menge ; ils sont les premiers à associer des restes de Stegodon florensis (une espèce éteinte d'éléphants nains) à des assemblages lithiques, et à voir dans ces objets en pierre la preuve d'une migration précoce d'hominines vers l'île de Florès, qui suppose une traversée maritime (la confirmation de leur statut d'artefacts est intervenue dans les années 1990).

Des fouilles entreprises en 1994 ont permis de récupérer 45 éléments lithiques, principalement constitués de basalte et de chaille, dont plusieurs ont été classés comme artefacts. Les restes fossiles de Stegodon florensis, de Hooijeromys nusatenggara, de crocodiles et de mollusques d'eau douce ont également été découverts, et datés d'environ 730 000 ans avant le présent.

Les fouilles de 2004-2006 ont permis de récupérer 487 artefacts lithiques.

En 2010, Mike Morwood engage des fouilles à Mata Menge, dans la formation Ola Bula ; il en avait conçu le projet quelques semaines après la mise au jour des fossiles de l'Homme de Florès (dont il est un des découvreurs) ; il espérait identifier les premiers hominines migrateurs arrivés dans l'île. Il a fallu près de cinq ans de fouilles pour trouver des fossiles de ces fabricants d'outils dont on supposait l'existence depuis les années 1960 ; une étudiante indonésienne en paléontologie et Mika R. Puspaningrum (un doctorant), membres de l'équipe de Mike Morwood (mort en 2013), ont extrait du grès les restes conservés dans une ancienne coulée de boue volcanique.

Fossiles d'hominines

Description

En octobre 2014, les restes fossiles d'hominines - un fragment de mâchoire inférieure et six dents - ont été découverts. Ils appartiennent à au moins trois individus distincts et sont datés d'environ 700 000 ans avant le présent ; ce sont les fossiles d'hominines les plus anciens jamais découverts sur l'île de Florès. Les trois individus sont un adulte et deux jeunes enfants (il y a deux dents de lait).

Il est impossible de dire comment ces hominines ont traversé la mer pour parvenir jusqu'à l'île de Florès.

La couche contenant les fossiles d'hominines a livré aussi 47 artefacts lithiques, dont le niveau de sophistication est décrit comme étant « simple », ainsi que des restes de Stegodon florensis (Hooijeromys nusatenggara, en néerlandais), de dragon de Komodo et de crocodile.

Comparaison avec des espèces connues

Ressemblances

Les fossiles de Mata Menge sont similaires par leur forme à Homo floresiensis, mais sont plus petits, en particulier la mâchoire inférieure. L'Homme de Florès ne mesurait déjà que 1,06 m. « Le fragment de mâchoire de Mata Menge est celui d’un adulte 21 % plus petit que le plus minuscule Hobbit de Liang Bua ». Ces fossiles sont plus primitifs (moins spécialisés) que ceux du Hobbit.

Une molaire ressemble par sa forme aux molaires de Homo erectus, quoiqu'elle soit de plus petite taille - plus qu'elle ne ressemble à celles de Homo habilis ou d'Australopithecus.

Ces similitudes avec l'une et l'autre espèce fondent l'hypothèse selon laquelle Homo floresiensis serait à l'origine un Homo erectus arrivé à Florès où il aurait connu par la suite une diminution de taille, processus appelé nanisme insulaire, qui affecte de nombreuses espèces dans les îles du fait que les ressources y sont plus limitées que sur le continent.

Les artefacts lithiques à Mata Menge présentent également des affinités culturelles avec ceux associés à Homo floresiensis dans la grotte de Liang Bua, fait qui corrobore l'idée que les hominines de Mata Menge sont probablement des ancêtres d' H. floresiensis.

Lors de la découverte de l'Homme de Florès, certains avaient supposé qu'il pouvait descendre d'un Homo sapiens ; la seule datation des fossiles de Mata Menge (700 000 ans) infirme cette hypothèse si l'on admet le lien entre l'Homme de Florès et les fossiles de Mata Menge, lien qui n'est pas établi avec certitude.

Doutes

Selon Shara Bailey (Université de New York), spécialiste en dents fossiles, «la forme des dents trouvées à Mata Menge ne démontre pas de lien avec Homo floresiensis mais n’en exclut pas non plus». De même Adam van Arsdale (Wellesley College, Massachussetts), spécialiste en mâchoires fossiles, déclare : « Je ne suis pas convaincu que la morphologie des spécimens découverts soit suffisante pour exclure un lien entre les restes de Mata Menge et d’autres lignées humaines » que Homo floresiensis.

Paléoenvironnement

Il y a 700 000 ans, le bassin de So’a était couvert de prairies avec des points d'eau. Des Stegodon florensis insularis, des dragons de Komodo, des rongeurs et des oiseaux peuplaient cette savane tropicale.

Source : Wikipedia

- - - - -

nom :
âge : 700 ka
découverte :
date : 2014
espèce :