mardi 10 avril 2012

Evolution : l'homme ancien, bien plus évolué que prévu

Nos certitudes sur l’évolution humaine, notamment le moment du passage à un niveau de développement compatible avec l’utilisation de symboles, d’outils et le feu domestique, semblent devoir être remises en cause.

Habituellement, on place l’avènement de l’écriture, en tant que méthode de communication non verbale utilisant des symboles, à l’établissement de sociétés agraires il y a environ 6.000 ans. Bien avant cela, les “hommes des cavernes” peignaient les murs de leurs cavernes mais n’y laissaient point de textes. Vraiment ? Car une “revisitation” minutieuse des grottes de Rouffignac, Chauvet, et Lascaux a permis un inventaire de signes, autres que les classiques dessins figuratifs, qui pourraient bien constituer une forme d’alphabet utilisé par ces humains voici… 30.000 ans !

Un travail de recensement de 200 grottes en France et en Espagne par Geneviève von Petzinger et April Nowell, de la University of Victoria, British Columbia, fait état de 26 signes spécifiques que l’on retrouve un peu partout dans ces grottes. Non seulement on retrouve ces signes mais, surtout, ils figurent sous forme de combinaisons récurrentes. La marque d’une forme d’écriture qui aurait été utilisée par Cro-Magnon.

Des éléments frappants

Rien n’est encore certain et les travaux continuent mais certains éléments de ces recherches sont particulièrement frappants : Von Petzinger décrit un set de cinq symboles particulièrement communs, apparaissant sur les murs. Cela fait écho à un motif récurrent mais également découvert, à Saint-Germain-de-la-Rivière, sur le collier d’une femme enterrée là voici 15.500 ans.

Sur son collier en dents de cerf rouge, trois dents sont gravées. La première avec les deux premiers symboles du set récurrent, la seconde avec le troisième symbole, et la dernière avec les deux derniers signes. Les cerfs rouges n’existant pas dans cette région à cette époque, il semble probable que le collier soit venu d’Espagne, peut être un élément de troc.

On ignore si la gravure eut lieu avant ou après ce présumé échange. Mais dans le premier cas, cela pourrait indiquer une forme de langue écrite permettant à des groupes distincts de communiquer. Et si Homo Sapiens possédait cette forme d’écriture en Europe voici 30.000 ans, l’a-t-il inventée ici ou importée d’ailleurs, notamment d’Afrique? Trouvera-t-on un jour une écriture africaine vielle de 70.000 ans ?

Deux écoles en lutte

Ici, deux écoles s’affrontent : les anthropologues d’un côté ; les paléontologues de l’autre. Pour les premiers, tel Richard Klein de la Stanford University, notre capacité à utiliser des symboles complexes, la création artistique et l’usage d’outils est apparue voici 35.000 ans au moment du “grand bond en avant” de la créativité humaine. C’est à cette époque que l’on retrouve les premiers instruments de musique, bateaux et objets religieux (terme englobant tout ce dont on ignore l’usage), peut être via une mutation génétique apparaissant au moment où Sapiensconquiert l’Europe au détriment, d’ailleurs, de Néanderthal.

Côté paléontologues, tel Peter Mitchell à Oxford, on pense que Sapiens avait atteint son potentiel intellectuel bien avant de quitter l’Afrique pour l’Europe. De fait, on découvre en Afrique du Sud des pointes de flèches, des bijoux et divers objets artistiques datant de 70.000 à 90.000 ans. Pour Mitchell, l’idée d’un “grand bond en avant” est du n’importe quoi eurocentrique.

A titre personnel, je partage tout-à-fait le point de vue des paléontologues d’autant que, d’après von Petzinger, on retrouve certains de ces 26 signes dans la grotte Blombos en Afrique du Sud. Pour elle, les “scribes” Cro-Magnon d’Europe maîtrisaient un art déjà ancestral dont les ébauches les plus anciennes furent sans doute effectuées sur des matières périssables, donc perdues à jamais. Pour Nowell, les gens qui peignaient et “écrivaient” à Chauvet avaient le même niveau de créativité artistique que vous et moi.

Un autre élément central de l’évolution humaine est la domestication du feu. Aujourd’hui, la première utilisation attestée et irréfutable du feu domestique remonte à 400.000 ans, selon des traces découvertes en Chine et en France. D’autres traces plus controversées découvertes en Israël feraient remonter cette première utilisation à 700.000 ou 800.000 ans. Mais une toute récente étude spectrométrique de sédiments provenant de la grotte de Wonderwerk en Afrique du Sud, récemment publiée dans PNAS, suggère une utilisation du feu domestique voici 1 million d’années, à l’époque d’Homo erectus !

Homo erectus maîtrisait le feu

Est-ce vraiment si étonnant ? Ce qui est aujourd’hui notre plus ancien ancêtre humain (dans le genre Homo) est vieux de 1,98 millions d’années et ne fut découvert qu’en 2010, en Afrique du Sud toujours (Malapa Caves). Nommé Australopithecus sediba, sa main possédait la même dextérité que la nôtre, et se révèle plus apte à l’utilisation d’outils que celle de Homo habilis. Selon Lee Berger, découvreur de Au. sediba et chef de projet à l’Université de Witwatersrand à Johannesbourg, “le niveau de développement de nombreux éléments du crâne et du corps ainsi que sa datation, en font sans doute le meilleur candidat pour l’ancêtre du genre Homo, meilleur encore que Homo habilis.”

Selon ce que l’on pense savoir de l’évolution humaine, ces êtres fort similaires à nous-mêmes remontent à quasiment deux millions d'années, capables de survivre aux changements climatiques, de migrer de part le monde et, probablement, de confectionner des outils. Seule notre ignorance arrogante de Sapiens Sapiens nous permet de penser que l’homme ancien ne créait rien de nature artistique ou symbolique, mangeait cru et ne communiquait que par grognements !

Je ne serais pas surpris que les découvertes futures, grâce à une technologie de plus en plus fine et un peu de chance, finissent par nous dépeindre un monde ancien tout aussi conscient de lui-même que le nôtre.

dimanche 8 avril 2012

Le premier feu de camp daterait d'il y a un million d'années

Le premier feu de camp daterait d'il y a un million d'années, soit trois cent mille ans plus tôt qu'estimé jusqu'à présent. C'est ce qu'affirment des chercheurs qui ont examiné à la loupe des traces de foyer dans une caverne sud-africaine.

Jusqu'ici, les anthropologues n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur l'époque à laquelle nos ancêtres préhistoriques avaient découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu afin de chauffer des aliments et de se protéger du froid, selon une étude parue dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Des indices de telles activités avaient été trouvés en Afrique, en Asie et en Europe, tandis que les premières preuves admises à ce jour étaient des morceaux de récipients calcinés recueillis en Israël et datés d'il y a sept cent mille ou huit cent mille années. Des fragments d'os d'animaux brûlés et d'outils en pierre qui semblent encore plus vieux ont été découverts dans des sédiments à l'intérieur de la caverne Wonderwerk, dans le centre-nord de l'Afrique du Sud, où des fouilles antérieures avaient déjà révélé d'importantes traces de présence humaine.

Des chercheurs ont trouvé "des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments", ce qui laisse supposer l'existence de petits foyers près de l'entrée de la caverne, indiquent les auteurs de l'étude.

Certains fragments font apparaître une décoloration de la surface, effet typique d'un feu contrôlé et non d'un feu d'origine naturelle ou d'un autre phénomène du même genre. "L'analyse recule de trois cent mille ans le moment de l'utilisation du feu par l'homme, ce qui suggère que les ancêtres de l'homme, déjà du temps d'Homo erectus, pouvaient avoir adopté le feu dans leur mode de vie", a dit un anthropologue de l'université de Toronto, Michael Chazan, codirecteur du projet.

Homo erectus est l'un des plus anciens bipèdes ancêtres d'Homo sapiens. Avec de longues jambes et un gros cerveau, il aurait peuplé la Terre il y a 1,8 million d'années environ, bien avant le Néandertalien. "La maîtrise du feu pourrait avoir été un tournant majeur dans l'évolution de l'homme", a ajouté M. Chazan. "L'impact de la nourriture cuite est bien établi, mais l'impact de la maîtrise du feu pouvait toucher tous les éléments de la société humaine. Les contacts sociaux autour d'un feu de camp pourraient être un aspect essentiel de ce qui nous rend humains", a-t-il poursuivi.

L'équipe internationale qui a produit l'étude comprend des experts de l'université de Boston, de l'Académie des sciences de Heidelberg, en Allemagne, de l'université hébraïque de Jérusalem, de l'université du Witwatersrand, à Johannesburg, et de l'université de Toronto, au Canada.

Source : Le Monde du 03/04/2012

samedi 7 avril 2012

L'homme faisait-il griller la viande il y a un million d'années ?

L'utilisation du feu par l'homme pour cuire ses aliments remonterait à un million d'années, selon de nouvelles observations. De quoi renforcer l'idée selon laquelle la viande grillée a joué un rôle primordial dans l'évolution !

Un Homo erectus mangeait-il sa viande crue ou cuite? D’après de nouvelles analyses menées dans une grotte en Afrique du Sud, un H. erectus -ou un autre homininé vivant il y a un million d’années- aurait utilisé le feu, probablement pour cuire ses aliments, bien avant la date admise pour la domestication du feu. Michael Chazan (University of Toronto, Canada) et ses collègues ont en effet découvert des traces de combustion datant d’un million d’années dans la grotte de Wonderwerk, où les signes d’occupation humaine remontent à 2 millions d’années.

La grotte de Wonderwerk, en Afrique du sud, est un long tube de 140 m de long. C'est à une trentaine de mètres de l'entrée que les paléontologues ont découvert les cendres, dans une couche sédimentaire de 1 million d'années.

L’utilisation du feu est un tournant dans l’histoire de l’évolution humaine. La viande cuite fournit plus d'énergie que la crue, comme le confirmait une étude récente (Du rôle de la cuisson dans l'évolution). La mastication est plus facile, la taille de la mâchoire peut régresser au profit de celle de la boîte crânienne… Selon l’anthropologue britannique Richard Wrangham, les changements de morphologie observés à partir d’Homo erectus sont liés à la consommation d’aliments cuits. Son hypothèse remet en question l’idée longtemps admise que l’humain n’a utilisé le feu pour cuisiner qu’il y a 500.000 ans environ.

Dans la grotte de Wonderwerk, Michael Chazan et ses collègues ont découvert des vestiges de cendres contenant des plantes et des bouts d’os carbonisés. Les angles bien marqués des particules de cendres indiquent qu’elles n’ont pas été transportées par de l’eau ou du vent, expliquent aujourd'hui les chercheurs dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. La combustion –essentiellement des matériaux légers comme de l’herbe, des petites branches ou des feuilles- aurait donc bien eu lieu in situ.

Ces cendres ne sont pas directement liées à la présence de l’homme. Cependant, la grotte ayant été habitée par des homininés, les chercheurs suggèrent qu’ils en ont été les artisans. Ils auraient pu profiter d’un feu naturel pour allumer un foyer et cuire leurs aliments.

Ce n’est pas la première fois que des traces de feu anciennes sont ainsi associées à la présence humaine. Sur le site de Gesher Benot Ya’aqov, en Israël, des vestiges de foyers de 700.000 à 800.000 ans ont été découverts. A Swartkrans, en Afrique du sud, ce sont des os carbonisés de 1 à 1,5 million d’années qui ont été identifiés. Des traces de feu vieilles de 1,5 million d’années environ ont été annoncées dans plusieurs sites en Ethiopie et au Kenya.

Cependant, pour tous ces sites très anciens, le doute demeure : s’agit-il vraiment d’un feu contrôlé ou d’un feu sauvage? Les cendres ont-elles été transportées ou ont-elles été produites in situ? Il est plus difficile de conclure pour des cendres que pour un outil ou des os fossiles. Seuls des sites plus récents, comme Menez Dregan en Bretagne (Finistère), attestent de façon certaine de l’utilisation du feu par l’homme. Les origines de la cuisine gardent leur part de mystère..

Source : Sciences et Avenir du 03/04/2012

vendredi 6 avril 2012

Il y a un million d'années, l'Homo erectus jouait déjà avec le feu

Les ancêtres de l'homme auraient domestiqué le feu il y a un million d'années. Une équipe de scientifiques en a trouvé la preuve dans la grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud. Elle publie cette semaine ses résultats dans la revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). L'équipe internationale (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Israël et Afrique du Sud) a découvert des vestiges de combustion associés à ceux d'un aménagement articifiel, qui auraient servi à faire des feux.

La grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud, où ont été découvertes des traces de combustion.

Comment les chercheurs ont-il procédé ?

"Des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements, déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments", ont été découverts dans la grotte de Wonderwerk, selon Radio Canada. C'est en étudiant "la texture, le magnétisme, la couleur, la disposition de résidus d'os, de végétaux et de cailloux", selon Le Figaro, que les scientifiques ont pu affirmer que leurs résultats "fournissent, sans ambiguïté, la preuve que le feu était utilisé dans cette grotte il y a quelque 1 million d'années". Avant cela, des traces de combustion existaient déjà, mais rien ne prouvait que qu'il s'agissait de feux volontaires.

Que prouve cette découverte exactement ?

"Jusqu'ici, il était admis que la domestication du feu datait de 300 000 à 400 000 ans", rapporte Le Figaro. Radio Canada précise par ailleurs que "des fragments de récipients calcinés avaient été trouvés en Israël et datés d'il y a 700 000 ou 800 000 ans". La présence, dans la grotte de Wonderwerk, de restes d'aménagements artificiels, comme des petits foyers, confirme que l'Homo erectus maîtrisait le feu bien avant l'homme de Neandertal et l'Homo sapiens, l'homme moderne.

Comment et pourquoi l'Homo erectus utilisait-il le feu ?

Les chercheurs précisent dans leur étude que ces éléments indiquent que "des petits foyers ont été en activité près de l'entrée de la caverne". Ils ignorent encore si l'Homo erectus savait lui même allumer un feu ou simplement le conserver, à partir d'incendies naturels, liés notamment à la foudre. Des questions subsistent également concernant l'usage de ces flammes entretenues volontairement. Etait-ce pour s'éclairer et se protéger des animaux, se chauffer, ou bien déjà pour s'alimenter ? Selon Le Figaro, "les auteurs de cette dernière étude placent résolument leurs résultats dans le cadre de la théorie du chercheur américain Richard Wrangham, qui affirme que c'est la cuisine et l'utilisation du feu qui ont permis à l'homme moderne d'émerger".

Source : Francetvinfo du 03/04/2012

jeudi 5 avril 2012

Le feu déjà utilisé il y a un million d'années

Une équipe internationale d'archéologues et préhistoriens a découvert, dans une grotte d'Afrique du Sud, des traces prouvant qu'Homo erectus a su se servir du feu, bien avant sapiens et Néandertal.

C'est une question que les archéologues et préhistoriens se posent depuis très longtemps: quand les humains ont-ils domestiqué le feu? L'affaire est cruciale dans l'évolution humaine, car elle a des conséquences importantes sur la morphologie même des hommes et sur leur capacité de survie. Et de plus en plus d'études indiquent que l'utilisation de la flamme est bien plus ancienne qu'on ne le pensait.

La dernière en date, menée par une équipe internationale (États-Unis, Canada, Allemagne, Israël et Afrique du Sud), fait ainsi remonter cette domestication à plus d'un million d'années ( PNAS , 3 avril 2012). Les chercheurs ont passé au crible de leurs appareils (dont un microspectromètre très performant) les sédiments présents dans un site archéologique connu, la grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud.

«Sans ambiguïté»

En étudiant la texture, le magnétisme, la couleur, la disposition de résidus d'os, de végétaux et de cailloux, ils affirment que leurs résultats «fournissent, sans ambiguïté, la preuve que le feu était utilisé dans cette grotte il y a quelque 1 million d'années». D'autres études avaient déjà donné des résultats datant de plus d'un million d'années mais sans que l'on puisse exclure qu'ils aient résulté d'incendies naturels.

Jusqu'ici, il était admis que la domestication du feu datait de 300.000 à 400.000 ans et avait été effectuée par Homo sapiens et Néandertal. Ce nouveau résultat les détrône et décerne les honneurs des premières utilisations du feu à son prédécesseur, Homo erectus.

Des traces de charbon de bois trouvées en 1999

Bien sûr, il n'est pas possible sur la base de ces recherches d'affirmer qu'H. erectus ait su faire autre chose que conserver le feu recueilli après un incendie par exemple, comme le racontait, au début du XXe siècle, J.-H. Rosny aîné dans La Guerre du feu. Même si l'on sait maintenant que ce qu'il décrivait de la vie des hommes il y a 100.000 ans n'était pas conforme à la réalité.

Mais les auteurs de cette dernière étude placent résolument leurs résultats dans le cadre de la théorie du chercheur américain Richard Wrangham, qui affirme que c'est la cuisine et l'utilisation du feu qui ont permis à l'homme moderne d'émerger. Wrangham et ses collègues avaient publié dès 1999 des résultats de fouilles présentant des traces de charbon de bois sur des sites d'H. erectus. Mais impossible de prouver que ce dernier l'utilisait pour se chauffer ou cuisiner.

Plus de calories

Richard Wrangham s'est donc demandé quelles conséquences auraient eu un changement de régime alimentaire, principalement de passer du cru au cuit. Outre les améliorations gustatives et nutritionnelles (plus de calories facilement utilisables) apportées par la cuisson, le chercheur estime que la facilité de mastication des aliments cuits peut avoir «sélectionné» des individus aux mâchoires moins proéminentes, permettant par voie de conséquence un développement de la boîte crânienne et donc du volume du cerveau. Ce qui lui permit, plus tard, d'inventer le briquet et les allumettes.

Source : Le Figaro du 03/04/2012

mercredi 4 avril 2012

L'homme aurait su faire du feu il y a un million d'années

Les ancêtres de l'homme auraient appris à faire un feu de camp il y a un million d'années, soit peut-être 300.000 ans plus tôt qu'estimé jusqu'à présent, ont affirmé lundi des chercheurs ayant examiné des traces de foyer dans une caverne sud-africaine.

Jusqu'à présent, les anthropologues n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur l'époque à laquelle nos ancêtres préhistoriques avaient découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu afin de chauffer des aliments et se protéger du froid, selon une étude parue dans la publication hebdomadaire américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Des indices de telles activités avaient été trouvés en Afrique, en Asie et en Europe, tandis que les premières preuves admises jusqu'à présent étaient des morceaux de récipients calcinés recueillis en Israël et datés d'il y a 700.000 ou 800.000 années.

Des fragments d'os d'animaux brûlés et d'outils en pierre qui semblent encore plus vieux ont été découverts dans des sédiments à l'intérieur de la caverne Wonderwerk dans le centre-nord de l'Afrique du Sud, où des fouilles antérieures avaient déjà révélé d'importantes traces de présence humaine. Des chercheurs ont trouvé «des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements, déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments», ce qui laisse supposer l'existence de petits foyers près de l'entrée de la caverne, indiquent les auteurs de l'étude. Certains fragments font apparaître une décoloration de la surface, effet typique d'un feu contrôlé et non d'un feu d'origine naturelle ou d'un autre phénomène du même genre.

«L'analyse recule de 300.000 ans le moment de l'utilisation du feu par l'homme, ce qui suggère que les ancêtres de l'homme, déjà du temps de l'homo erectus, pouvaient avoir adopté le feu dans leur mode de vie», a dit un anthropologue de l'Université de Toronto, Michael Chazan, co-directeur du projet.

L'Homo erectus est l'un des plus anciens bipèdes ancêtres d'Homo sapiens. Avec de longues jambes et un gros cerveau, il aurait peuplé la Terre il y a 1,8 million d'années environ, bien avant le Néandertalien.

«La maîtrise du feu pourrait avoir été un tournant majeur dans l'évolution de l'homme», a ajouté Michael Chazan. «L'impact de la nourriture cuite est bien établi, mais l'impact de la maîtrise du feu pouvait toucher tous les éléments de la société humaine. Les contacts sociaux autour d'un feu de camp pourraient être un aspect essentiel de ce qui nous rend humains», a-t-il poursuivi.

L'équipe internationale ayant produit l'étude comprend des experts de l'Université de Boston, de l'Académie des Sciences de Heidelberg en Allemagne, de l'Université Hébraïque de Jérusalem, de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg et de l'Université de Toronto au Canada.

Source : 20 minutes du 02/04/2012

mardi 3 avril 2012

Évolution : Lucy cohabitait avec un cousin arboricole

Tandis qu'elle marchait, Lucy a peut-être observé des cousins batifoler dans les branches. C’est ce que révèle la découverte de huit os appartenant à un pied d’un hominidé indéterminé et datant de 3,4 millions d'années. Avec son gros orteil opposable, il ne pouvait être totalement bipède, mais plutôt adapté à un mode de vie arboricole. L’histoire évolutive de l’Homme n’a pas fini de nous surprendre.

Notre plus vieil ancêtre connu à ce jour, Ardipithecus kadabba, a vécu il y a 5,8 à 5,2 millions d'années. Mais il n’a pas autant marqué les esprits que Lucy ou Ardi. Probablement parce que son squelette est loin d’être complet. Ardi, de son nom scientifique Ardipithecus ramidus, aurait vécu il y a 4,4 millions d’années tandis que les plus anciens ossements d’Australopithecus afarensis (espèce à laquelle appartient Lucy), datent d’environ 3,4 millions d’années. Hormis leur âge, une autre différence de taille sépare ces deux individus : la bipédie.

Lucy se tenait droite sur ses jambes et se déplaçait en marchant sur le sol. Tous ses doigts de pied se situaient donc dans le même plan, avec un gros orteil non opposable. Ardi devait quant à lui être plus à l'aise en hauteur puisqu’il possédait un cinquième doigt mobile et surtout opposable aux quatre autres. De nombreuses espèces d’australopithèques ont été découvertes. Certaines ont vécu en même temps mais leurs fossiles ont été trouvés en des lieux géographiques relativement éloignés. Jusqu’à ce jour, aucune preuve de cohabitation n’a été trouvée pour la période s’étendant de -3 à -4 millions d’années.

Des os appartenant au pied d’un hominidé non déterminé ont été découverts en Éthiopie et viennent bouleverser ces informations. Datant de l’époque de Lucy, ils prouvent que plusieurs espèces d’hominidés préhumains ont cohabité. Ces informations sont présentées dans la revue Nature de ce 29 mars 2012 par Yohannes Haile-Selassie du Cleveland Museum of Natural History (CMNH).

Vue dorsale de tous les éléments squelettiques de l'hominidé découvert à Burtele en 2009, dans la région centrale de l'Afar. Les os du gros orteil sont à gauche. Il date de la même époque que Lucy. 

Différent de Lucy sur base du gros orteil

Les ossements ont été découverts le 15 février 2009 par Stephanie Melillo, près de la localité éthiopienne de Burtele, dans la zone d’étude de Woranso-Mille. Ils se composent de 8 éléments : 3 métatarses complets (orteil n° 1, 2 et 4), 1 métatarse incomplet (orteil n° 3), 3 phalanges proximales et enfin, 1 phalange intermédiaire. Ils appartenaient tous à un pied droit. L’analyse des articulations révèle que le gros orteil était relativement mobile, au point de pouvoir s’opposer aux autres. Il devait très certainement être mieux adapté à une locomotion arboricole, tout comme Ardi.

L’horizon géologique hébergeant les ossements a été daté grâce à la méthode argon-argon (40Ar/39Ar) par le Berkeley Geochronology Center. Il daterait de 3,469 ± 0,008 millions d’années. Ainsi, le possesseur du pied de Burtele vivait à l’époque de Lucy, mais il ne peut appartenir à son espèce. Plusieurs hominidés préhumains ont donc bien cohabité entre 3 et 4 millions d’années avant le présent.

L’environnement de l’époque propice à la cohabitation

L’analyse d’animaux fossiles (poissons, crocodiles et tortues) trouvés à proximité du site de la découverte, en plus de l’étude de paramètres physiques et chimiques des sédiments de l’époque, fournit des indices sur l’environnement qui prospérait il y a 3,4 millions d'années. Il devait ressembler à une mosaïque de milieux, hébergeant à la fois des zones dégagées parcourues par des rivières ou les canaux d’un delta et une forêt ouverte composée d’arbres et d’arbustes. Rien ne s’oppose donc à la coexistence des deux espèces.

En l’absence de crâne ou de dent, le pied de Burtele n’a pas été attribué à une espèce précise. Parmi l’ensemble des groupes d'hominidés préhumains, certains d’entre eux ont choisi de devenir de bons marcheurs en se déplaçant sur leurs deux jambes tandis que d’autres ont gardé un mode de vie plutôt arboricole. Selon Bruce Latimer, un coauteur de l’étude, vous pouvez d’ores et déjà deviner ceux qui ont fait le meilleur choix...

Photographie prise lors de la découverte du premier os de l'hominidé vivant à la même époque que Lucy : un métatarse du quatrième orteil. Il reposait tel quel dans la zone de Woranso-Mille.

lundi 2 avril 2012

Un hominidé inconnu côtoyait Lucy il y a 3,4 millions d’années

Des chercheurs américains ont analysé des os de pied fossilisés vieux de 3,4 millions d’années découvert en 2009 dans l’Arar éthiopien. L'étude, publiée le 29 mars dans Nature, indique qu’un hominidé plutôt arboricole – dont l’espèce reste encore à déterminer – fréquentait cette région en même temps que Lucy, le célèbre Australopithèque.

C’est à Burtele, dans la région de l’Afar, en Éthiopie, que des chercheurs ont découvert, en février 2009, les fossiles fragmentaires d’un pied d’hominidé, dont l’étude vient d’être publiée. La radio-datation du spécimen par la méthode Argon-Argon lui donne un âge de 3,46 millions d'années. Ses caractéristiques le désignent d’une espèce différente – encore non déterminée – de celle de la célèbre Lucy (Australopithecus afarensis), qui fréquentait également le site à cette époque.

"Le pied partiel de Burtele montre clairement qu'il y a 3,4 millions d'années , l’espèce de Lucy, qui marchait sur ses deux jambes, n’était pas la seule espèce d'hominidé vivant dans cette région de l'Éthiopie. Son espèce a coexisté avec des parents proches qui étaient plus aptes à grimper aux arbres", a déclaré le Dr Yohannes Haile-Selassie, anthropologue au Cleveland Museum of Natural History, directeur de l’étude.

"Cette découverte a été un choc. Ces éléments fossiles représentent des os que nous n’avons jamais vus auparavant. Alors que le gros orteil, préhensile, pouvait se déplacer de gauche à droite, il n'y a pas d'expansion, au-dessus de l'articulation, qui permettrait l’amplitude de mouvement nécessaire pour pousser sur le sol lors d’une marche bipède. Cette créature devait probablement avoir une démarche un peu gauche quand elle se déplaçait sur le sol", a précisé le Dr Bruce Latimer, de la Case Western Reserve University (Cleveland, Ohio), co-auteur de l’étude.