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jeudi 29 février 2024

Le quotidien des Néandertaliens dévoilé grâce à leurs dents sales

À quoi ressemblait une journée typique pour l’Homme de Néandertal ? De l’ADN présent dans la plaque dentaire des Néandertaliens révèle des informations sur leur régime alimentaire, leur santé, leur comportement et même leur culture.

Disparu il y a environ 40 000 ans, l’Homme de Néandertal foulait le sol de ce qu’est aujourd’hui l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Notre vision de cet Homme est souvent peu flatteuse. Il est généralement dépeint comme un être primitif et violent, loin de la sophistication de l’Homo Sapiens ou l’humain moderne. Pourtant, de récentes recherches ont démontré que les Néandertaliens fabriquaient des outils, enterraient leurs morts, faisaient du feu, etc. Ils devaient donc avoir des journées bien remplies.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature apporte des informations plus détaillées sur le quotidien de Néandertal. Ces découvertes proviennent de la plaque dentaire de Néandertal. En effet, les hommes préhistoriques n’avaient pas encore pour habitude de se laver les dents. Les fossiles conservés pendant des dizaines de millénaires avaient donc des dents sales. Cette plaque dentaire comportait de l’ADN précieux pour les chercheurs.

Certains hommes de Néandertal étaient carnivores, mais pas tous

Dans cette étude, les chercheurs ont analysé trois spécimens de Néandertal. Il y avait deux Néandertaliens de la grotte El Sidron en Espagne et un Néandertal de la grotte de Spy en Belgique. Les analyses ont confirmé que les hommes préhistoriques avaient des régimes alimentaires drastiquement différents en fonction de leurs origines. Pour la toute première fois, les chercheurs ont identifié des espèces d’animaux avec lesquelles les Néandertaliens se nourrissaient.

Ainsi, le Néandertal belge était un chasseur de gros gibier. Il mangeait au cours de sa vie du rhinocéros laineux et du mouflon sauvage. Des champignons indigènes que l’on trouve encore en Europe aujourd’hui ont aussi été identifiés. En comparaison, les deux Néandertaliens vivant en Espagne ne mangeaient apparemment pas de viande. En tout cas, aucune trace de viande n’a été détectée dans leur plaque dentaire. À la place, ces hommes préhistoriques consommaient régulièrement de la mousse, de l’écorce d’arbre, des pignons de pins, des champignons et diverses herbes.

Les Néandertaliens avaient donc adapté leur alimentation à l’environnement dans lequel ils vivaient. L’homme préhistorique de Belgique vivait au milieu de plaines herbeuses et de collines qui abritaient des troupeaux de rhinocéros laineux. À l’opposé, le Néandertal d’Espagne évoluait dans une forêt de montagne dense où peu d’animaux pouvaient être chassés.

Les remèdes naturels à la rescousse des maladies préhistoriques

L’analyse de la plaque dentaire des Néandertaliens ne nous a pas simplement permis de mieux comprendre leur régime alimentaire. Et pour cause, l’un des spécimens d’Espagne avait un grave abcès dentaire. L’analyse de son ADN a confirmé qu’il souffrait d’une maladie chronique à cause d’un parasite gastro-intestinal grave qui s’appelle Microsporidia.

Les chercheurs pensent que ce jeune homme savait qu’il était malade et qu’il se soignait avec des remèdes naturels. Des traces de peuplier dont les bourgeons et l’écorce contiennent naturellement de l’acide salicylique, l’ingrédient actif de l’aspirine, ont été trouvées dans ses dents.

Les Néandertaliens se soignaient-ils déjà avec de la pénicilline ?

Encore plus étonnant, cet homme consommait déjà de la moisissure Penicillium. Cette moisissure est à l’origine du premier antibiotique au monde, la pénicilline. Elle n’a d’ailleurs pas été retrouvée sur les restes d’autres hommes préhistoriques en meilleure santé. Nous ne pouvons évidemment pas le confirmer, mais les Néandertaliens utilisaient peut-être déjà des antibiotiques naturels pour se soigner. En tout cas, cela prouve qu’ils possédaient déjà des connaissances approfondies pour se soigner en fonction de la situation.

Source : Science et Vie du 28/02/2024

mercredi 8 mars 2023

Homo erectus était bien un omnivore opportuniste

L’analyse de la concentration de certains éléments chimiques dans l’émail des dents a permis de caractériser précisément le régime alimentaire de ce représentant du genre Homo en Indonésie durant le Pléistocène.

Depuis que Gustav von Koenigswald (1902-1982) y a découvert de spectaculaires restes d’Homo erectus, le dôme de Sangiran, sur l’île de Java, est célèbre. Avec ses collègues, Jülide Kubat, de l’université Paris Cité et de l’institut Senckenberg à Francfort, a comparé le comportement alimentaire d’H. erectus de Sangiran à celui d’autres mammifères de Java pendant le Pléistocène, notamment à celui de cet autre hominidé qu’est l’orang-outan.

Les chercheurs ont mesuré les rapports strontium/calcium (Sr/Ca) et baryum/calcium (Ba/Ca) dans l’émail dentaire, dont les variations enregistrées pendant la croissance traduisent les comportements alimentaires avec une résolution inférieure à la semaine. Pour l’orang-outan, elles revèlent des cycles saisonniers d’environ trois mois marqués par des pics élevés du rapport Sr/Ca, ce qui reflète une consommation contrastée de nourriture végétale entre la période de mousson et la saison sèche.

En revanche, chez H. erectus, les variations intra-annuelles du rapport Sr/Ca sont moins accentuées que chez l’orang-outan. Par ailleurs, le rapport des isotopes stables du carbone (13C/12C) indique une alternance entre un régime à base de plantes en C4 – fournissant davantage d’énergie, car exploitant mieux la photosynthèse, et typiques de la saison de mousson – et un mélange de plante en C4 et de plantes en C3 – fournissant moins d’énergie, car exploitant moins bien la photosynthèse, et plus coriaces, typiques de la saison sèche.

En outre, même si le degré de carnivorie est normalement indiqué par des analyses des isotopes stables de l’azote, le ratio Sr/Ca est aussi un bon indicateur de la position d’un animal dans la chaîne alimentaire. Or les valeurs plutôt basses de ce ratio chez l’H. erectus sont comparables à celles des félidés (carnivores) et des suidés (omnivores), alors que les purs herbivores, tels les cervidés et les rhinocéros, sont caractérisés par des valeurs de Sr/Ca bien plus élevées, comparables à celles de l’orang-outan.

Toutes ces observations vont dans le sens d’un régime omnivore pour H. erectus, incluant non seulement des fruits, des graines et des racines, mais aussi de la viande et des proies aquatiques. Une tendance à l’omnivorie opportuniste qui fut caractéristique de toutes les espèces humaines au cours du Pléistocène (2,58 millions d’années à 11 700 ans avant le présent), c’est-à-dire pendant pratiquement toute la période d’évolution du genre Homo.

Source : Cerveau & Psycho du 08/03/2023

mercredi 19 octobre 2022

Homme de Néandertal était un carnivore invétéré

C’est ce que confirme une nouvelle étude menée par une chercheuse du CNRS, et qui place nos lointains cousins tout en haut de la chaine alimentaire.

Pour parvenir à cette conclusion, Klervia Jaouen et ses collègues ont analysé une molaire appartenant à un(e) Néandertalien(ne) ayant vécu sur le site de Gabasa, dans le nord de l’Espagne, en s’intéressant à un marqueur spécifique : les isotopes du zinc, dont la concentration dans l’émail dentaire est naturellement forte chez les herbivores mais beaucoup plus faible chez les carnivores. Conclusion ? Par rapport aux autres mammifères ayant vécu sur le site à la même époque, l’Homme de Neandertal possède le taux d’isotopes le plus faible. De très loin : même chez le lynx ou le loup, la concentration d’isotopes de zinc est sensiblement plus élevée.

Les mesures extrêmes trouvées chez ce Neandertal pourraient s’expliquer par son régime alimentaire : il consommait probablement beaucoup de viande et de foie, mais pas d’os ni de sang (riches en isotopes de zinc). D’autres analyses montrent qu’il est mort dans la région où il a grandi, et qu’il a été sevré avant ses deux ans.

Paysage de steppes

« Leur alimentation était essentiellement, et presque exclusivement, basée sur la viande », décrypte la scientifique, chargée de recherche au laboratoire Géosciences Environnement Toulouse. Ce n’est pas un scoop, dans la mesure où les chercheurs étaient déjà arrivés à cette conclusion en analysant les isotopes d’azote présents dans le collagène retrouvé dans les os. Mais un doute subsistait quant au régime alimentaire des Néandertaliens ayant vécu sur le site de Gabasa. Aucune trace de collagène n’avait été retrouvée dans leurs ossements, rendant les analyses traditionnelles impossibles, et certaines études avaient même conclu qu’ils étaient quasiment vegan.

Loin de l’Espagne actuelle, la zone de Gabasa était à la fin du Paléolithique moyen (350000 ans à 45000 ans avant le présent) une région froide et aride, recouverte de steppes et de forêts de conifères. Le mammouth, synonyme pour nos ancêtres de viande abondante, était absent du paysage. Les lapins, en revanche, y proliféraient.

Homo Sapiens: un carnivore devenu omnivore très récemment

Et Homo sapiens ? L’homme de Neandertal n’est finalement qu’un lointain cousin, qui a cohabité quelques millénaires avec l’Homme moderne avant de s’éteindre doucement voici environ 40000 ans. Tout indique que Sapiens, jusqu’à une période très récente, était également un carnivore quasi exclusif: c’est la conclusion d’une étude publiée en mars 2021, qui révèle que nos ancêtres ont trôné au sommet de la chaine alimentaire pendant deux millions d’années.

Ils n'ont commencé à diversifier leur régime qu'à partir de 12000 ans avant le présent, devenant progressivement des chasseurs-cueilleurs et finissant par inventer l'agriculture. Mais nous gardons de nombreux indices de ce passé de prédateur dans notre organisme, dont certaines caractéristiques (acidité de l’estomac, structure des cellules graisseuses) nous rapproche plus des grands carnivores que des mammifères omnivores comme l’ours ou même nos cousins primates.

L’étude a été publiée ce lundi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Klervia Jaouen aimerait maintenant utiliser sa méthode pour étudier le régime alimentaire d’hominidés ayant vécu dans d’autres régions du monde, et « remonter le temps » jusqu’à reconstituer le menu de nos grands oncles australopithèques. Contrairement au collagène qui disparait avec le temps à moins d’être préservé par le froid, le zinc présent dans les ossements peut subsister des millions d’années.

Source : Le Progrès du 18/10/2022

jeudi 31 décembre 2020

La chasse et la consommation de viande ont-elles vraiment joué un rôle important dans l’évolution humaine ?

Quels sont les facteurs ayant favorisé l'émergence du genre humain ? La question alimente toujours d'intenses débats entre scientifiques. Si la chasse et la consommation de viande ont largement contribué à l'accroissement du cerveau, d'autres voix s'élèvent pour proposer un processus d'encéphalisation multifactoriel qui se serait, entre autres, développé autour la mise en place du concept d'alloparentalité.

Aujourd'hui, la pratique de la chasse est un débat sociétal majeur. En témoigne l’actualité des dernières semaines autour de la législation de la chasse et de sa pratique. Au-delà de l'activité dite « sportive », la chasse est bien un héritage de nos comportements alimentaires. Ainsi, nous voyons apparaître des régimes tels que le régime « Paléo », enrichis en viande, en partant du postulat que la chasse était au cœur du quotidien des populations préhistoriques et que le régime de nos « ancêtres » était le bon.

Mais d'où vient cette idée ? Que disent réellement les données scientifiques sur la consommation de viande de nos « ancêtres » lointains ? La chasse et la viande ont-elles joué un rôle important dans l'évolution humaine ?

La découverte d’australopithèque

En 1925, l'anatomiste australien Raymond A. Dart publia la description des premiers restes d'australopithèque jamais découverts. Il s'agit d'un petit crâne, presque complet, conservant également l'empreinte négative de l'endocrâne (partie interne du crâne) et provenant d'une grotte d'Afrique du Sud. Il dénomma l'espèce Australopithecus africanus, mais le crâne sera surnommé l'enfant de Taung.

Par cette découverte majeure, le scientifique permit d'apporter la première preuve tangible d'une origine africaine de la lignée humaine. Hypothèse qui fut pour la première fois formulée par Charles Darwin en 1871, dans son célèbre ouvrage « The Descent of Man ». À l'époque, la publication ne fit pas l'unanimité car nombre de chercheurs considéraient que l'origine de la lignée humaine se situait soit en Asie, par la découverte de Pithecanthropus en 1891, ou en Europe, avant que la fraude de l’Homme de Piltdown ne soit révélée.

Les chasseurs de têtes sanguinaires

Malgré les critiques, Dart continua ses recherches en Afrique du Sud et étudia les fossiles d'animaux des sites de Taung et de Makapansgat. Il estimait que ces restes avaient été accumulés par les Australopithèques eux-mêmes. En analysant les modifications visibles sur les ossements ainsi que la représentation squelettique, il définira la « culture ostéodontokératique », signifiant littéralement « os - dent - corne ».

Selon lui, les australopithèques étaient de puissants chasseurs, capables de produire des outils à l'aide des os, des dents mais aussi des cornes des animaux qu'ils abattaient. Ils étaient des « chasseurs de têtes sanguinaires », parfois cannibales. Cette hypothèse, dénommée la « théorie du singe tueur », permettait à Dart de confirmer une seconde idée de Darwin : le processus d'hominisation aurait débuté lorsque nos « ancêtres » adoptèrent une marche bipède, libérant ainsi les mains et permettant la production d'outils et d'armes pour chasser. C'est la « hunting hypothesis » (hypothèse de la chasse), qui considère la chasse comme un comportement majeur dans l'évolution de la taille du cerveau (encéphalisation) au sein de la lignée humaine.

Les chasseurs devenus chassés

Les recherches de Dart firent forte impression, notamment auprès de l'auteur à succès Robert Ardrey qui publiera cinq best-sellers, African Genesis, dans lesquels il développera l'idée que « l'Homme est un prédateur dont l'instinct naturel est de tuer avec une arme ». Cette vision de l'origine de l'humanité fut plus tard reprise par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick lors de la production de la séquence d'ouverture du film 2001 : l'Odyssée de l'espace.

Bien entendu, les travaux de Dart furent sérieusement remis en question. Notamment depuis 1981 et la publication de l'ouvrage The Hunters or the Hunted ? An Introduction to African Cave Taphonomy par le taphonomiste sud-africain C. K. Brain. À travers cet ouvrage de référence, Brain démontra que les hominines anciens (catégorie regroupant l'ensemble des espèces appartenant à la lignée humaine depuis sa séparation avec celle des grands singes, il y a environ 7 millions d'années) étaient plus des proies que des chasseurs. Ils étaient, selon lui, régulièrement les proies de grands carnivores, et particulièrement des grands félins comme le léopard ou les tigres à dents de sabre. Ainsi, il réfuta la théorie du singe tueur et de la « Hunting Hypothesis ».

Cerveau, intestin et locomotion

Dans ce contexte de forte compétition entre les hominines et les carnivores démontrée par Brain, le rôle de la chasse au sein de l'évolution humaine a été fortement nuancé. Toutefois, en 1995, les paléoanthropologues Leslie C. Aiello et Peter Wheeler émettent l'hypothèse selon laquelle les besoins métaboliques d'un cerveau de grande taille sont compensés par une réduction proportionnelle de l'appareil digestif.

Cette réduction de la taille de l'intestin n'est envisageable, selon eux, seulement s'il y a un changement dans le régime alimentaire, incorporant des aliments à forte qualité nutritionnelle, comme la viande. En 2011, cette hypothèse fut remise en question par Ana Navarrete et ses collègues, qui proposèrent que l'encéphalisation a été rendue possible par une combinaison de stabilisation des apports énergétiques et d'une redirection de l'énergie de la locomotion, de la croissance et de la reproduction. En effet, les données prouvent que le coût en énergie de la posture bipède est beaucoup moindre que la brachiation (« arboricolie ») ou la quadrupédie observées chez les autres espèces de primates non-humains.

Enfin, il semble que les êtres humains ont évolué dans l'approvisionnement alloparental de la progéniture (prise en charge des petits par l'ensemble du groupe), en particulier pour le bénéfice des femelles reproductrices. Ces auteurs proposent que des soins allomaternaux extensifs permettent d'augmenter la taille du cerveau, et donc aussi les capacités cognitives, par rapport à leurs parents reproducteurs. Ce qui aurait permis de multiplier par trois environ la taille du cerveau par rapport à leur groupe frère, le genre Pan (chimpanzés) !

L'encéphalisation est donc un processus multifactoriel. Parmi ces facteurs se trouvent l'utilisation d'outils, du feu, l'amélioration des techniques d'approvisionnement en nourriture, le changement de régime alimentaire, la locomotion bipède...

Jusqu'à maintenant, nous avons largement et volontairement recentré notre propos sur l'encéphalisation. Toutefois, il est nécessaire de rappeler que l'augmentation relative de la taille du cerveau n'est pas l'unique caractère anatomique utilisé en paléoanthropologie afin de définir l'espèce humaine. Nous pouvons en effet citer la réduction globale de la taille de la denture ou encore la perte du pouce opposable du pied. Ainsi, même si la chasse (et l'augmentation de la consommation de la viande) peut être un des nombreux facteurs ayant favorisé l'encéphalisation, ce dernier processus n'est pas le seul caractère de l'« humanisation ».

Il est donc aujourd'hui difficile d'affirmer que la chasse et la viande sont les seuls facteurs de l'émergence du genre humain et du processus d'encéphalisation. Bien qu'il semble qu'elles aient joué un rôle à un moment donné de notre histoire évolutive. Le débat reste encore ouvert parmi la communauté scientifique, notamment sur le rôle de la chasse comparée à celui du charronnage... Affaire à suivre.

Source : Futura Planete du 30/12/2020

dimanche 23 février 2020

Il y a 10 000 ans dans le Sahara, on mangeait beaucoup de poissons

Des chercheurs ont découvert de nombreux restes de poissons (et d’autres animaux) vieux de 10 000 ans au sud-ouest de la Libye, dans le désert du Sahara.

Entre 2003 et 2006, Savino di Lernia et son équipe de l’Université Sapienza de Rome sont venus étudier un abri sous roche appelé Takarkori, retrouvé dans le sud-ouest de la Libye. Ils savaient qu’il y a peu plus de 5 500 ans en arrière, cette grotte de 140 mètres carrés se plaçait encore près d’un étang, autorisant une possible occupation humaine.

“Durant cette période, le Sahara central était beaucoup plus humide qu’aujourd’hui. C’était un environnement semblable à la savane qui subvenait aussi aux besoins de grands animaux comme des éléphants, des hippopotames et des rhinocéros“, explique le chercheur.

Sur place, ils ont examiné des restes d’animaux datant de 10 200 à 4 650 ans, que la grotte a permis de conserver. Le passé de la région ayant été humide, ils s’attendaient alors à trouver du poisson… mais pas autant.

80% de poissons

Dans leur étude, publiée dans la revue PLOS One, Savino di Lernia et son équipe détaillent en effet la découverte de restes de 18 000 spécimens individuels, dont près de 80% étaient des poissons, tous datés à environ 10 000 ans. La plupart étaient des poissons-chats et des tilapias.

“Bien que cela ne soit pas rare dans les premiers contextes de l’Holocène en Afrique du Nord, la quantité de poisson étudiée est sans précédent dans le Sahara central“, souligne le chercheur.

Le reste des échantillons était principalement constitué de mammifères (19%). Les oiseaux, reptiles, mollusques et amphibiens complétaient les vestiges.

S’adapter pour survivre

Des marques de coupe et des signes de brûlure laissent à penser que tous ces restes sont des déchets alimentaires humains. Cela a des implications importantes, suggérant que le poisson était finalement un aliment très important pour les habitants de la région à cette époque.

Au fil du temps, la zone s’est peu à peu asséchée et de ce fait, les plans d’eau ont eu de plus en plus de mal à se maintenir.

Comme le souligne d’ailleurs cette étude, si environ 80% de tous les restes d’animaux datant de 10 200 à 8 000 ans étaient des poissons, ces derniers ne représentaient plus que 40% des restes datés d’il y a 5 900 à 4 650 ans. À cette époque, les habitants semblaient consommer davantage de moutons, de chèvres et de bovins.

Cet environnement changeant a donc forcé les chausseurs-pêcheurs-cueilleurs qui comptaient autrefois sur le poisson à modifier leur alimentation pour pouvoir survivre.

“Ce n’est qu’une pièce du puzzle, mais une pièce importante alors que nous nous efforçons de comprendre comment les gens peuvent s’adapter aux formes extrêmes du changement climatique“, concluent les chercheurs.

Source : Sciencepost du 21/02/2020

samedi 1 février 2020

Question de la semaine : pourquoi l'Homme cuit-il ses aliments ?

Pourquoi cuisons-nous nos aliments ? C'est notre question de la semaine, posée par un lecteur sur la page Facebook de Sciences et Avenir.

"Pourquoi cuisons-nous nos aliments ? Alors qu'à l'origine, l'Homme était un cueilleur et mangeait ses aliments crus", nous demande Nordine Khoufache sur la page Facebook de Sciences et Avenir. Chaque semaine, nous sélectionnons une question de lecteur pour lui apporter une réponse. Merci pour votre insatiable curiosité.

L'utilisation du feu par l'Homme pour cuire ses aliments remonterait à un million d'années, d'après des analyses menées dans la grotte de Wonderwerk en Afrique du Sud en 2012. Michael Chazan, de l'Université de Toronto (Canada), et ses collègues ont en effet découvert il y a près de dix ans des traces de combustion datant d'un million d'années dans cette grotte (où les signes d'occupation humaine remontent à 2 millions d'années). L'œuvre d'un Homo erectus - ou d'un autre homininé vivant il y a un million d'années. Ce n'est pas la première fois que des traces anciennes de feu sont ainsi associées à la présence humaine. Et à chaque fois, le doute demeure : s'agit-il vraiment d'un feu contrôlé ou d'un feu sauvage ? Les cendres ont-elles été transportées ou ont-elles été produites in situ ?
L'utilisation du feu, un tournant dans l’histoire de l’évolution humaine

Même si ce mystère subsiste, les scientifiques s'accordent à dire que l'utilisation du feu est un tournant dans l'histoire de l'évolution humaine. La viande cuite fournit plus d'énergie que la crue. La mastication est plus facile, la taille de la mâchoire peut régresser au profit de celle de la boîte crânienne… Selon l'anthropologue britannique Richard Wrangham, les changements morphologiques observés à partir d'Homo erectus sont liés à la consommation d'aliments cuits. Son hypothèse remet en question l'idée longtemps admise que l'humain n'a utilisé le feu pour cuisiner qu'il y a 500.000 ans environ.
"Les Hommes du Paléolithique étaient plus carnivores que nous"

Alors, que faisait cuire nos ancêtres ? "Les Hommes du Paléolithique étaient plus carnivores que nous", expliquait le paléoanthropologue Antoine Balzeau dans un précédent article de Sciences et Avenir. On sait que Sapiens mangeait la viande de gros herbivores comme le cheval ou le renne, mais aussi du petit gibier, des oiseaux, des coquillages et sans doute du poisson, du saumon en particulier. "Cependant, on a trouvé des pollens, des restes de végétaux et des pierres chauffées indiquant qu'ils mangeaient des plantes, et pas seulement crues. Pour les faire cuire à l'eau, comme ils n'avaient pas de récipients allant au feu, ils plongeaient des pierres brûlantes dans le liquide pour le réchauffer", ajoutait le spécialiste. Dans la grotte de Wonderwerk, Michael Chazan et ses collègues ont découvert des vestiges de cendres contenant des plantes et des bouts d'os carbonisés.

Il y a 170.000 ans, nos ancêtres faisaient également cuire des racines pour les consommer, comme l'a montré une étude publiée en janvier 2020. "Cela montre bien que les chasseurs-cueilleurs d'il y a 170.000 ans essayaient déjà d'avoir une alimentation équilibrée", concluait Francesco d'Errico, un des archéologues à l'origine de cette découverte.

Source : Sciences et Avenir du 31/01/2020

dimanche 5 janvier 2020

Que cuisinaient les humains il y a 170 000 ans ?

Des chercheurs ont identifié les restes de légumes-racines vieux de 170 000 ans dans une grotte sud-africaine. Une découverte qui suggère que le régime de nos ancêtres était plus équilibré qu’on ne le pensait.

Il y a quatre ans Lyn Wadley, de l’Université de Witwatersrand (Afrique du Sud), est tombée sur plusieurs morceaux de charbon de bois logés dans une couche de cendres dans la Border Cave (littéralement, “la grotte de la Frontière”) en Afrique du Sud. Il s’agissait des restes de feux alimentés par des humains il y a environ 170 000 ans.

Des analyses faites au microscope au cours des années suivantes ont finalement permis d’identifier à l’intérieur de ces morceaux de charbon la présence de rhizomes – tiges souterraines – d’une plante du genre Hypoxis.

Un régime plus équilibré qu’on ne le pensait

Selon la chercheuse, il s’agit des plus anciens légumes-racines jamais cuisinés. Une découverte rare dans la mesure où les restes de plantes sont moins susceptibles de survivre que les os d’animaux.

Ces nouvelles informations suggèrent également que le “régime paléo” comprenait en réalité beaucoup de légumes grillés riches en glucides.

« Cette découverte est beaucoup plus ancienne que les rapports précédents pour la cuisson de plantes similaires et elle donne un aperçu fascinant des pratiques comportementales des premiers humains modernes en Afrique australe, explique la chercheuse. Je pense que les gens avaient une alimentation très équilibrée, avec une combinaison de glucides et de protéines. Cela implique également qu’ils utilisaient des bâtons en bois pour extraire les plantes du sol ».

Les rhizomes d’Hypoxis sont des aliments nutritifs avec une valeur énergétique d’environ 500 KJ / 100g. Bien qu’ils soient comestibles crus, ces légumes-racines sont fibreux et ont une résistance à la rupture très élevée. Le fait des les cuisiner permet de les peler et de les digérer plus facilement.

« Ils pouvaient alors en consommer beaucoup plus et en tirer des avantages nutritionnels plus importants », poursuit la chercheuse.

Il existe aujourd’hui une espèce d’Hypoxis communément appelée “la pomme de terre africaine (Hypoxis hemerocallidea). Mais les rhizomes jaunes de cette plante sont très amers. C’est pourquoi ils sont davantage utilisés à des fins médicales plutôt que comme nourriture.

Les habitants de la Border Cave mangeaient probablement une espèce à chair blanche, comme Hypoxis angustifoli, suggère la chercheuse. Ces rhizomes sont en effet beaucoup plus agréables au goût.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science.

Source : Sciencepost du 03/01/2020

jeudi 23 mars 2017

La plaque dentaire des Néandertaliens lève le voile sur leurs repas… et leurs baisers

L’analyse de la plaque dentaire d’hommes de Neandertal livre un tableau de leur régime alimentaire, de leur médication et d’une possible intimité avec les hommes modernes.

Les Néandertaliens de la grotte d’El Sidrón, dans le nord de l’Espagne, menaient une vie difficile. Mais avant de s’éteindre, il y a quelque 50 000 ans, ils dînaient de champignons, de mousse et de pignons de pin. Un individu pourrait même avoir utilisé des plantes et des moisissures pour traiter ses maladies.

Ce portait intime est dévoilé par l’analyse de l’ADN prélevé sur la plaque dentaire de cinq Néandertaliens. L’étude, co-dirigée par Laura Weyrich, paléomicrobiologiste à l’université d’Adelaïde, en Australie, reconstitue aussi les premiers microbiomes (l’ensemble des génomes des micro-organismes colonisant un organisme) d’une espèce d’homininés éteinte et lève le voile sur l’intimité – peut-être des baisers – entre l’homme moderne et les Néandertaliens. « Cela donne une image différente de qui ils étaient vraiment », explique la chercheuse.

Christina Warinner, archéogénéticienne de l’Institut Max-Planck à Iéna, en Allemagne, s’enthousiasme pour les reconstructions du microbiome réalisées par l’équipe. Le fait que la bouche des hommes de Neandertal semble avoir été colonisée par des microbes rares chez les hommes modernes signifie que « nous n’en sommes encore qu’à gratter la surface du microbiome humain », déclare-t-elle.

Les autres co-auteurs de l’étude, Alan Cooper, de l’université d’Adelaïde, et Keith Dobney, de l’université de Liverpool, avaient tenté il y a plus de deux décennies de séquencer de l’ADN prélevé sur la couche de plaque dentaire calcifiée (le tartre) d’ancêtres de l’homme. Ils espéraient en apprendre plus sur l’alimentation et les maladies du passé, mais des traces de contamination avaient réduit à néant ces tentatives d’identifier d’anciens microbes ou aliments.

Cependant, des progrès dans l’analyse de l’ADN ancien ont depuis rendu possible l’identification de séquences contaminantes et ont conduit à une multitude d’études sur la plaque dentaire ancienne.

Rhinocéros laineux

Dans une étude de 2013, le séquençage de l’ADN préservé dans de la plaque dentaire par une équipe dirigée par Alan Cooper avait révélé des bouleversements du microbiome buccal humain après des changements de diète majeurs, notamment la forte augmentation de la place de l’amidon lors de l’essor de l’agriculture, il y a quelque 10 000 ans, et l’introduction de farines transformées et de sucre au cours de la révolution industrielle du XIXe siècle.

L’équipe de Weyrich a cette fois-ci comparé de l’ADN provenant de la plaque dentaire de Néandertaliens d’El Sidrón et de celle de Néandertaliens de la grotte de Spy, en Belgique. L’analyse révèle que les habitants de la grotte de Spy semblaient consommer du rhinocéros laineux et du mouton sauvage, alors que ceux d’El Sidrón se nourrissaient de plantes. Les deux groupes mangeaient des champignons.

Cependant, Hervé Bocherens, paléobiologiste à l’université de Tübingen, en Allemagne, n’est pas convaincu que l’ADN contenu dans la plaque dentaire suffise à caractériser les différents régimes alimentaires. Les bases de données d’ADN sont lacunaires pour les espèces animales ou végétales disparues que les Néandertaliens auraient pu consommer, et les études précédentes ont suggéré que les deux groupes consommaient de la viande. « Pour le moment, je ne considérerais pas cette conclusion comme solide », dit-il.

Echange de salive

Les Néandertaliens d’El Sidrón utilisaient probablement aussi des plantes pour se soigner. De l’ADN de peuplier (dont les bourgeons contiennent de l’acide salicylique, utilisé dans l’aspirine) et de moisissures de Penicillium (à l’origine de la pénicilline) ont été découverts sur les dents d’un individu. Weyrich soupçonne qu’ils ont servi à traiter un abcès dentaire, toujours visible, et une infection gastrique causée par la bactérie Enterocytozoon bieneusi.

Des traces du génome d’une archéobactérie appelée Methanobrevibacter oralis offrent un autre point de vue, car on la retrouve aussi dans la bouche des hommes modernes. Les comparaisons de génome suggèrent que la lignée actuelle de cette bactérie s’est séparée de celle propre à Neandertal des centaines de milliers d’années après leur dernier ancêtre commun. Ceci suggère donc que l’archéobactérie a été transmise entre Neandertal et Sapiens.

« S’il y a échange de salive entre espèces, il est question de baisers, ou au moins de partage de nourriture, explique Weyrich, ce qui suggèrerait que ces interactions étaient plus amicales et bien plus intimes que quiconque l’avait jamais envisagé. »

Source : Pour la Science du 21/03/2017

lundi 14 mars 2016

Il a mangé de la viande crue, et la face de l'homme en a été changée

Pouvoir manger de la viande crue a entraîné au niveau du visage de nos ancêtres des changements morphologiques importants. Ils auraient été déterminants dans l'amélioration de la parole.

DENTISTE. On sait qu'à l'époque de l'Homo erectus, il y a deux millions d'années, l'introduction de la viande a été cruciale pour l’augmentation du volume du cerveau de nos ancêtres. Mais, paradoxalement, à partir du moment où il devient carnivore, ses dents se font plus petites et les muscles de la mastication plus chétifs. "Si un Homo erectus était allé chez le dentiste, ce dernier aurait vraiment mis du temps à trouver la différence avec l'homme moderne", explique Katherine Zink, de l'Université de Harvard et coauteur de l'étude. Selon l'étude publiée mercredi 9 mars 2016 dans la revue Nature, ce changement au niveau de la mâchoire pourrait facilement s'expliquer si la viande était consommée cuite mais nos ancêtres ne se sont mis aux fourneaux que bien plus tard, il y a 500.000 ans. "Les humains sont incapables de mâcher de la viande crue sans aucun traitement préalable. Si vous donnez à quelqu'un un morceau de viande crue, il mâche et mâche et mâche", explique Katherine Zink.

Onze heures ! c'est long pour manger quelque chose de la taille d'un chat"

Pour élucider ce mystère de l'évolution humaine, Katherine Zink et son collègue Daniel Lieberman ont mesuré l'effort musculaire nécessaire à la mastication pour ce nouveau régime alimentaire à base de viande crue. Résultats ? Mâcher de la viande crue demande bien moins d'effort qu'un gros volume de fibres végétales mais à une condition : qu'elle soit découpée et écrasée à l'aide d'outils. Les dents des chimpanzés sont très semblables aux nôtres mais ce singe est incapable de travailler la nourriture. Il évite de manger de la viande (2/3% de son alimentation) et pour cause : un chimpanzé a été observé passant 11 heures à manger un seul calabus (une espèce de singe). "Onze heures ! c'est long pour manger quelque chose de la taille d'un chat", s'amuse Katherine Zink.

Pour un repas composé d'un tiers de viande de chèvre (tranchée avant dégustation) et d'aliments végétariens préalablement martelés avec des outils de pierre, les chercheurs ont mis en évidence que l'Homo erectus réduisait son temps de mastication de 17 % et la puissance de 26%. Avec une mâchoire qui travaille moins, le visage s'affine, les dents se font plus petites ce qui, selon l'étude, peut avoir favorisé l’émergence d'autres facultés comme l'amélioration la parole.

Source : Sciences et Avenir du 12/03/2016

jeudi 30 juillet 2015

L’agriculture serait-elle apparue il y a 23.000 ans ?

Des plantes céréalières pourraient avoir été cultivées dès moins 23.000 ans, en Israël, reportant de 11.000 ans les prémices de l’agriculture.

MILLÉNAIRES. C’est sur les rives du lac de Tibériade, en Galilée, dans le nord d’Israël, que les hommes auraient, pour la première fois, tenté de cultiver des céréales sauvages il y a 23.000 ans… soit 11.000 ans plus tôt que ne le pensaient jusqu’à lors les archéologues ! Un bon impressionnant dans le temps qui fait reculer de façon spectaculaire l’apparition de l’agriculture… et qui vaudra sans doute la révision de tous les manuels de préhistoire si cette découverte était confirmée.

Le Croissant Fertile au Moyen Orient, a toujours été considéré comme le "berceau de la civilisation". C’est là en effet, au Levant, quelque part entre l’actuelle Turquie, la Syrie, l’Irak et Israël que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés et où sont apparues les premières grandes communautés agricoles, qui ont conduit à ce que les chercheurs appellent la "révolution néolithique" il y a environ 12.000 ans. Mais en fouillant un ancien campement préhistorique de chasseurs-cueilleurs-pécheurs (Ohalo II), un groupe d’archéologues et de botanistes des universités de Bar-Ilan, Haïfa, Tel-Aviv, Ben Gourion (Israël) et de Harvard (Etats-Unis) ont découvert des vestiges d’orge et de blé cultivés il y a 23 000 ans, comme le rapporte la revue PLOS One.

De quoi remettre toute la chronologie en question… Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques menées dans cette région par Dani Nadel, de l’Université d’Haïfa (Israël) y ont en effet mis au jour six abris, une tombe, une importante collection de restes d’animaux, des parures de coquillages, des outils de pierre taillés - dont des lames de faucilles parmi les plus anciennes trouvées à ce jour - et surtout des vestiges de nombreuses plantes comestibles. Ce site, découvert en 1989 à 9 km au sud de l’actuelle ville de Tibériade, avait été mis au jour lors d’une baisse significative du niveau des eaux du lac au cours d’un grave épisode de sécheresse.

Selon le Professeur Ehud Weiss, de l’université Bar Ilan, un des auteurs de la publication, ces restes organiques ont été conservés dans un état exceptionnel, car ils ont été brûlés et scellés par les sédiments lacustres. C’est ainsi que plus de 140 espèces de plantes ont pu être identifiées parmi les milliers de vestiges végétaux recueillis. Une aubaine pour les scientifiques, qui ont pu alors étudier la façon dont ces céréales avaient été semées, récoltées et utilisées. Parmi celles-ci figuraient de nombreuses graines d’amidonnier sauvage (un ancêtre du blé, Triticum), de l’avoine et de l’orge. La présence sur le site d’une meule rudimentaire montre que certains grains ont été broyés pour faire de la farine.

MAUVAISES HERBES. Parmi les céréales étudiées se trouvaient également 13 "proto-mauvaises herbes", ces plantes adventices ancêtres des mauvaises herbes actuelles. Particularité : Elles prospèrent uniquement dans des champs où des plantes sont cultivées, ce qui est pour les botanistes un indice supplémentaire de culture céréalière ayant entraîné une perturbation humaine de l’écosystème naturel environnant Ohalo II.

Une découverte "unique"

Cela signifie-t-il pour autant que l’agriculture a débuté il y a 23.000 ans ?Pour les chercheurs, il convient de rester prudent. "Ce qui a été découvert à Ohalo II est pour l’instant unique, précise Georges Willcox, archéobotaniste, directeur de recherche au CNRS, (Laboratoire Archéorient), spécialiste des restes végétaux du début du Néolithique (entre 11 500 et 10 000 ans avant notre ère). Il s’agit de premières tentatives de cultures de plantes par de petites communautés". L’agriculture à grande échelle se serait bien développée beaucoup plus tard, vers 11 000 ans. Cette invention (avec l’élevage) a modifié tous les comportements humains et a été un des événements les plus décisifs de l’histoire de l’humanité, l’homme commençant alors pour la première fois à vouloir dominer la nature.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015

vendredi 4 juillet 2014

Néandertal mangeait aussi des plantes, ses excréments le prouvent

La croyance populaire veut que les hommes de Néandertal aient été uniquement carnivores. Mais une étude récemment publiée affirme que ces hommes préhistoriques étaient en fait omnivores, comme le prouvent des composants retrouvés dans leurs excréments.

Le régime alimentaire des hommes de Néandertal intrigue depuis longtemps les scientifiques. Ces hominidés étaient-ils vraiment, comme on l’entend souvent, uniquement mangeurs de viande ? Ces dernières années, quelques indices sont venus contrer cette hypothèse, sans jamais pouvoir totalement l’infirmer. Mais une récente étude hispano-américaine vient démontrer que nos cousins préhistoriques avaient bien un régime plus varié que ce que l’on ne pensait.

Ce sont des excréments fossilisés de Néandertaliens qui ont permis aux chercheurs de parvenir à cette conclusion. Vieux de 50.000 ans, ces restes organiques retrouvés sur le site d’El Salt, dans le sud de l’Espagne, contiennent la preuve irréfutable que les hommes de Néandertal consommaient bien de la verdure.

Des substances dérivées de plantes trouvées dans les excréments

L’analyse des matières fécales néandertaliennes a révélé que le régime des Homo neanderthalensis était bien majoritairement composé de viande. Mais ce n’est pas tout : des traces de plantes, sous la forme de phytosterol - un composant des huiles végétales- ont été retrouvées par les scientifiques.

Dans les laboratoires du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Ainara Sistiaga, étudiante à l’Université de La Laguna (Espagne), a utilisé des techniques de biomarquage géochimique pour identifier la composition des excréments. Elle y a retrouvé du coprostanol, un lipide formé lorsque l’intestin métabolise le cholestérol. Il a ensuite fallu déterminer la proportion de coprostanol, produit d’origine animale, et de 5B-stigmastanol, une substance dérivée de la rupture du phytosterol.

Deux échantillons contenaient également des biomarqueurs de plantes. Les hommes de Néandertal consommaient donc bien des baies, des noix et des tubercules. “Nous pensons que les Néandertaliens mangeaient ce qu’ils trouvaient en fonction des situations, des saisons et du climat”, avance Ainara Sastiaga, citée par l'International Business Times.

Enfin des preuves concluantes


Les résultats des recherches, publiés dans la revue Plos One, sont bien plus concluants que ceux des travaux antérieurs visant à détailler le régime alimentaire de ces hominidés. En analysant des fragments de leurs os, des chercheurs étaient parvenus à la conclusion que les hommes de Néandertal consommaient du porc et du boeuf. Mais en ne différenciant pas les protéines animales des protéines végétales, les scientifiques étaient parvenus à la conclusion hâtive que les Néandertaliens ne mangeaient que de la viande.

En 2010, une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences allait un peu plus loin. Arès avoir étudié les microfossiles de plantes coincés dans les dents d’hommes de Néandertal, les scientifiques avaient affirmé alors que ces hommes préhistoriques cuisinaient des plantes en plus de la viande.

Mais pour Ainara Sastiaga, cette découverte est à prendre avec des pincettes : “Parfois, dans les sociétés préhistoriques, on utilisait les dents comme des outils pour couper les plantes, entre autres. On ne peut pas affirmer qu’ils mangeaient réellement ces plantes en se fondant sur des microfossiles retrouvés dans les dents”.

Pour les chercheurs du MIT et de l’Université de La Laguna, les composants retrouvés dans les matières fécales sont bien plus révélateurs, et la définition précise du régime alimentaire des hommes préhistoriques a des enjeux qui dépassent ceux de la connaissance paléontologique ou anthropologique : “Il est important de comprendre tous les aspects qui ont mené l’humanité à dominer la planète comme elle le fait”, conclut le géobiologiste du MIT Roger Summons.

Source : MaxiSciences du 26/06/2014

mercredi 2 juillet 2014

A en croire ses excréments, Neanderthal mangeait aussi des végétaux

Selon des excréments pétrifiés vieux de 50.000 ans, il ne consommait pas que de la viande, mais aussi des tubercules et des fruits à coques.

L'homme de Neanderthal, cousin préhistorique des humains, n'était pas seulement carnivore : il consommait aussi des plantes, comme des tubercules et des fruits à coques, révèle l'analyse d'excréments pétrifiés vieux de 50.000 ans.

Les chercheurs, dont les travaux ont été publiés mercredi 25 juin dans la revue américaine PLOS ONE, ont analysé des traces de coprostanol digéré, version animal du cholestérol, et du phytostérol, un composant des huiles végétales, dans des restes d'excréments trouvés dans des sédiments du site néanderthalien d'El Salt dans le sud de l'Espagne.

Bien que tous les échantillons, analysés dans un laboratoire du Massachusetts Institute of Technology à Boston, contenaient du coprostanol, signature chimique de consommation de viande, deux avaient des traces de phytostérol de plantes. Ces dernières marquent les premiers indices directs que les Néanderthaliens pourraient bien avoir été omnivores comme l'homme moderne, explique Ainara Sistiaga, chercheuse de l'Université de La Laguna en Espagne, principal auteur de ces travaux.

Jusqu'alors les scientifiques n'étaient pas parvenus à reconstituer le régime alimentaire des Néanderthaliens. La plupart des indices, comme ceux trouvés avec l'analyse des isotopes d'azote et de carbone dans des fragments d'ossements, ne permettaient pas d'aboutir à une conclusion.

Des microfossiles coincés dans des dents

D'autres recherches avaient aussi identifié des microfossiles de végétaux coincés dans des dents de Néandertaliens, laissant penser qu'ils récoltaient et faisaient cuire une variété de plantes pour les consommer en plus de la viande des animaux qu'ils chassaient.

Mais les Néeanderthaliens se servaient beaucoup de leurs dents comme d'un outil, mordant ainsi dans des végétaux pour les sectionner mais pas forcément pour les consommer, explique Ainara Sistiaga.

En revanche, les résultats de l'analyse de ces excréments indiquent bien que les Néanderthaliens devaient consommer assez régulièrement des quantités significatives de plantes comme des tubercules, des baies et des fruits à coque, estime-t-elle.
Nous pensons que les Néanderthaliens mangeaient probablement ce qu'ils trouvaient selon les saisons et les climats", conclut la chercheuse.
"Jusqu'alors les paléontologues se concentraient sur l'analyse de résidus trouvés sur des outils et d'autres objets mais 90% de l'archéologie se trouve dans les sédiments", explique-t-elle, ajoutant : "Nous ouvrons une nouvelle fenêtre sur des indices qui sont enfermés dans les sols et sédiments paléolithiques."

Source : Le Nouvel Obs du 26/06/2014

jeudi 27 juin 2013

L'épaule, la raison du succès du genre Homo ?

L'humain est le seul primate à posséder la capacité de lancer des objets avec force et de manière précise, par exemple une balle ou une lance.

Des chercheurs américains de l'Université George Washington ont voulu mieux comprendre cette aptitude en filmant des joueurs de baseball avec une caméra 3D.

Le paléobiologiste Neil Roach et ses collègues ont découvert que la clé de l'énigme se trouve dans notre anatomie et notre faculté à entreposer de l'énergie élastique et de la restituer dans l'épaule à la manière d'un lance-pierre.

Leurs travaux publiés dans la revue Nature montrent que nos ancêtres ont développé cette faculté il y a deux millions d'années. Alors, les meilleurs chasseurs étaient ceux capables d'abattre une proie en lançant un projectile.

L'épaule est donc l'élément-clef de la mécanique du lancer et est l'un des plus beaux succès dans l'évolution de l'espèce humaine, suggèrent les chercheurs.

« Lorsque les humains lancent quelque chose, ils commencent par faire tourner leur bras en arrière par rapport à la cible. C'est durant cette phase d'"armement du bras" que les humains étirent les tendons et les ligaments qui enserrent l'épaule et entreposent ainsi l'énergie élastique. » — Neil Roach

Ainsi, lorsque cette énergie est relâchée, elle accélère le bras vers l'avant, générant le mouvement le plus rapide dont le corps humain soit capable, ce qui produit un lancer très rapide.

De l'épaule au cerveau

Les principales caractéristiques de l'épaule, du bras et du torse sont apparues chez l'Homo erectus, un prédécesseur de l'Homo sapiens, il y a quelque deux millions d'années.

Les anthropologues pensent que les humains et les chimpanzés ont emprunté des chemins différents il y a six millions d'années. Le chimpanzé, notre plus proche parent, est doté d'une force bien supérieure à la nôtre, mais sa capacité de lancer n'atteint même pas celle d'un enfant humain.

L'évolution de l'épaule humaine serait donc l'un des facteurs expliquant comment l'Homo erectus, plutôt lent et faible, dépourvu de toute arme naturelle comme des griffes ou des crocs, a pu survivre et évoluer dans un environnement hostile.

Les preuves fossiles montrent que, malgré ces désavantages physiques, nos ancêtres mangeaient déjà de la viande il y a 2,6 millions d'années, et ils chassaient probablement déjà de gros animaux il y a près de 2 millions d'années.

Les premiers homininés devaient donc fréquemment lancer des projectiles pour obtenir et défendre des carcasses d'animaux.

Lancer une pierre ou un bâton pointu était bien plus efficace et moins dangereux pour tuer une proie que de tenter de la capturer en combat rapproché comme le font les autres singes.

Par ailleurs, M. Roach explique que manger de la viande riche en calories et en graisse a dû permettre à nos ancêtres de développer des cerveaux et des corps plus volumineux, et de coloniser ainsi de nouvelles régions du globe.

Source : Radio Canada du 26/06/2013

jeudi 13 juin 2013

Moins de fruits et de feuilles, plus d’herbe pour les homininés dès - 4 Ma

Publiées le 3 juin dans PNAS, quatre études afro-américaines, basées sur l’analyse isotopique dentaire de plusieurs espèces fossiles, retracent la complexe évolution du régime alimentaire des homininés africains depuis 4 millions d'années.

Pas moins de 104 dents provenant de 91 individus de 8 espèces d'homininés africains ont été récemment analysées par plus de 20 chercheurs américains et africains. Ces derniers ont également utilisé les données issues d’analyses antérieures pour cette vaste étude, laquelle porte au total sur 173 dents issues de 11 espèces d'homininés. Le but : tenter de retracer, par l’analyse des isotopes de carbone contenus dans l’émail de ces dents, l’évolution du régime alimentaire des préhumains et humains depuis 4 millions d'années.

À partir d’échantillons dentaires fossilisés détenus par des musées locaux, une 1ère équipe, dirigée par William Kimbel, de l'Arizona State University, a travaillé sur des homininés du bassin de Hadar Awash, en Éthiopie. Une 2ème équipe, dirigée par Meave Leakey, du Turkana Basin Institute, Thure Cerling et Frank Brown, de l’Université de l’Utah, travaillait elle sur des homininés du bassin du Turkana, au Kenya. Des dents d’anciennes espèces de babouins ont également été analysées.

Globalement, les résultats montrent que vers -3,5 millions d'années environ, les homininés ont complété leur régime ‘simien’ de fruits et de feuilles par une consommation de plus en plus importante de graminées tropicales et de plantes du genre Carex (‘herbes’ et joncs à feuilles coupantes). La méthode isotopique ne permet pas, toutefois, de préciser le mode d’ingestion de ces plantes : directement ou par la consommation d’insectes ou autres animaux eux-mêmes herbivores (ceci est davantage du ressort de l’archéologie préhistorique).

De nouvelles possibilités de régime

"Au final, nous avons un regard sur 4 Ma de l'évolution alimentaire des humains et de leurs ancêtres", dit cependant le géochimiste Thure Cerling, un des auteurs principaux de l’étude. "Pendant longtemps, les primates s’en sont tenu aux anciens aliments - feuilles et fruits - et, vers 3,5 Ma, ils ont commencé à explorer de nouvelles possibilités de régime - graminées tropicales et carex (…). Nous constatons un recours croissant à cette nouvelle ressource par les ancêtres de l'Homme, ressource que la plupart des primates n'utilisent toujours pas aujourd'hui", conclut le chercheur.

Source : MaxiSciences du 08/06/2013

mardi 5 mars 2013

Le déclin de l’Homme de Néandertal lié à des lapins ?

C’est parce qu’il n’a pas su chasser les lapins que l’Homme de Néandertal aurait décliné voilà 30.000 ans ! C’est du moins ce que suggèrent l’étude et le dénombrement de restes de mammifères trouvés dans des grottes du sud de l'Europe (France, Espagne et Portugal).

La disparition de l’Homme de Néandertal suscite toujours de nombreuses interrogations, ce qui a donné naissance à un certain nombre de théories. Les Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens) sont ainsi régulièrement accusés d’avoir causé le déclin de leurs cousins de manière indirecte (par exemple dans le contexte d’une concurrence pour l’espace vital) ou directe (génocide). Ces hypothèses ne satisfont cependant pas tous les spécialistes, à l’image de John Fa du Durrell Wildlife Conservation Trust à Trinity (Royaume-Uni). Pour ce chercheur, c’est le régime alimentaire spécifique de notre cousin qui aurait causé sa perte.

Les Hommes de Néandertal se nourrissaient principalement de grands mammifères capturés lors de chasses. Les cerfs et les mammouths faisaient très bien l’affaire, mais des indices trouvés en 2008 ont également montré que les phoques et les dauphins constituaient parfois des mets de choix. Mais comment opéraient-ils lorsque ces proies venaient à manquer ? Pouvaient-ils se rabattre sur des animaux de plus petite taille ? Vraisemblablement non, selon le chercheur britannique qui vient de publier, en compagnie d’autres collaborateurs, un article à ce sujet dans le Journal of Human Evolution.

L’Homme moderne a su s’adapter et manger du lapin

John Fa a retracé l’évolution de la biomasse (en kg/km2) et du poids moyen (en kg) des grands mammifères ayant vécu sur la péninsule Ibérique et dans le sud de la France sur une période d'environ 50.000 ans, entre la fin du Moustérien et le Mésolithique, il y a une petite dizaine de millénaires. Pour ce faire, il a dénombré et mesuré les restes d’animaux trouvés dans des grottes habitées par des hominidés. D’importantes diminutions ont été soulignées pour les deux critères étudiés voilà 30.000 ans, ce qui soulignerait une importante raréfaction des grands mammifères à cette période.

En revanche, un mammifère plus petit semble s’être porté à merveille à l’époque : le lapin. De plus en plus de restes de lagomorphes ont en effet été trouvés dans les grottes… mais après la disparition des Hommes de Néandertal à la fin de l’époque moustérienne voilà 30.000 ans. Il n’en fallait pas plus à l’auteur pour valider sa théorie : l’Homme de Néandertal aurait disparu à cause de son incapacité à capturer des lapins lorsque le gros gibier s'est raréfié ! Ainsi, il n’aurait pas réussi à adapter ses techniques de chasse et son régime alimentaire.

Cette hypothèse risque de faire polémique, notamment car la viande ne devait pas constituer le seul aliment consommé par les Homo neanderthalensis, comme l’ont déjà souligné certains chercheurs. Il est difficile d’expliquer pourquoi ils n’ont pas su s’adapter. Selon John Fa, cela pourrait résulter d’un manque de coopération entre les individus. Les Hommes de Néandertal utilisaient peut-être encore des lances pour capturer leurs proies quand Homo sapiens s’organisait pour encercler ses cibles avec des feux, de la fumée ou des chiens. Des études isotopiques devraient être réalisées sur des ossements d’hominidés pour confirmer ou infirmer la théorie de John Fa.

Source : Futura Sciences du 04/03/2013

mardi 23 octobre 2012

De la viande au menu des hominidés

Nos ancêtres mangeaient régulièrement de la viande il y a 1,5 million d’années. C’est ce qu’indique un fragment de crâne découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, par une équipe internationale dirigée par Manuel Dominguez-Rodrigo et Travis Pickering. Cet os appartiendrait à un enfant hominidé âgé de deux ans. Il présente des traces d’ostéoporose liée à une anémie. Un manque de viande aurait créé des carences, qui auraient provoqué la maladie chez l’enfant. La viande serait ainsi devenue un élément indispensable du régime alimentaire à cette époque.

Source : Pour la Science du 18/10/2012

vendredi 12 octobre 2012

Les hominidés ont commencé à manger de la viande plus tôt qu'estimé

Publiant leur étude dans PLoS ONE, une équipe internationale de chercheurs attribue l’anémie osseuse qu’elle a observée sur le crâne fossilisé, vieux de 2,5 Ma, d’un très jeune hominidé trouvé en Tanzanie, à une carence en aliments carnés.

C'est dans les gorges d'Olduvai, en Tanzanie qu'une équipe internationale dirigée par Manuel Domínguez-Rodrigo, de l'Université Complutense de Madrida fait une surprenante découverte. Ils y ont mis au jour les fragments de crâne fossilisé d’un hominidé juvénile. Si celui-ci semble remonter à quelque 2,5 millions d'années, sa particularité vient d'un autre élément : selon les chercheurs, ces fragments constitueraient le plus ancien témoignage connu d'une anémie par carence nutritionnelle.

En effet, comme l'ont expliqué les scientifiques, le crâne provient d’un enfant de moins de 2 ans. Mais ces ossements présentent des lésions qui semblent résulter d’une carence en vitamine B. L’âge de l’enfant suggère qu’il est mort durant la période post-sevrage, lorsqu’il a commencé à manger des aliments solides, et que ces derniers manquaient d’éléments carnés ; ou bien qu’il était encore dépendant du lait de sa mère, elle-même, alors, manquant de viande.

Les auteurs pensent que ceci soutient donc l'idée que la consommation de viande était, à l’époque, suffisamment répandue pour que ne pas en consommer puisse conduire à de l'anémie. Loin d’être des charognards occasionnels, "les premiers humains étaient des chasseurs, et avaient une physiologie adaptée à la consommation régulière de viande depuis au moins 1,5 Ma", concluent les auteurs.

Source : MaxiSciences du 06/10/2012

vendredi 17 août 2012

Au menu de nos ancêtres : carcasses, écorces et baies

Ecorces, carcasses d'animaux et baies régalaient nos ancêtres. C'est ce que révèle une équipe de chercheurs français publiée mercredi 8 août par la revue britannique Nature. Elle a reconstitué les tendances alimentaires de trois genres d'hominidés d'Afrique du Sud grâce à l'analyse chimique de dents fossiles.

L'équipe de Vincent Balter, du laboratoire de géologie de Lyon (CNRS/ENS), et José Braga, du laboratoire d'anthropologie moléculaire de Toulouse, s'est penchée sur des australopithèques, paranthropes et Homo.

Trois régimes différents

Les australopithèques, ancêtres communs des paranthropes et Homo, qui ont vécu entre 4 et 2 millions d'années avant notre ère, "étaient beaucoup plus opportunistes", relève Vincent Balter. Ils avaient une alimentation beaucoup plus variée que les deux autres genres d'hominidés. Ils se mettaient sous la dent "ce qu'ils trouvaient dans la nature" : baies, fruits et éventuellement des carcasses d'animaux morts. Une étude de chercheurs allemands et américains, publiée fin juin dans Nature, avait déjà montré qu'Australopithecus sediba (Afrique du Sud) se nourrissait aussi de bois et d'écorce.

Il y a environ 2 millions d'années, les australopithèques ont laissé la place aux paranthropes et aux Homo, chacun étant plus "spécialiste" que leur ancêtre commun. Les paranthropes (environ 2,5 à 1,2 million d'années) consommaient uniquement des végétaux. "On les imagine manger des racines, de l'écorce, des choses assez dures à broyer", commente Vincent Balter.

Les Homo, genre qui réunit l'Homme moderne et les espèces apparentées, apparu il y a environ 2,3 à 2,4 millions d'années, était lui "beaucoup plus 'viandard'". Probablement aidés par leurs outils, ils se nourrissaient principalement de la chasse. "Ils avaient besoin de cette viande pour subvenir aux demandes énergétiques d'un cerveau qui ne cessait de grossir", analyse Vincent Balter.

Des petits trous dans les dents

L'équipe française a mis en évidence ces différents régimes grâce à la mesure d'"éléments traces" prélevés sur des dents fossiles conservées au Muséum du Transvaal (Pretoria, Afrique du Sud) "cassées ou déjà coupées en deux". Elle s'est intéressée à deux éléments chimiques : le strontium et le baryum, tous deux contenus dans l'émail dentaire, mais aussi deux marqueurs de la position des mammifères dans la chaîne alimentaire.

Les chercheurs ont utilisé un laser pour y faire de minuscules trous avant d'analyser la composition chimique de l'émail dentaire. L'utilisation du faisceau-laser a permis de réaliser des "profils" suivant la croissance de l'émail et d'enregistrer, "pour chacune des dents, une tranche de vie et l'évolution du régime alimentaire pendant cette tranche de vie", a expliqué Vincent Balter.

Cette étude vient compléter d'autres travaux sur le régime alimentaire des hominidés, à partir de l'analyse du carbone des dents fossiles, ou encore de l'usure de l'émail dentaire. "On a un schéma qui commence à devenir cohérent avec ce que les anatomistes et les archéologues attendaient", a-t-il ajouté.

Source : Francetvinfo du 08/08/12

lundi 13 août 2012

Comment nos ancêtres se nourrissaient-ils ?

La revue Nature vient de publier une étude de chercheurs français montrant les tendances alimentaires de nos ancêtres. Les analyses de traces d'éléments contenus dans des dents fossiles auraient en effet permis de déterminer que les australopithèques mangeaient de manière variée, tandis que les palanthropes et Homo avaient des goûts plus spécialisés.

Une étude de chercheurs français vient de déterminer le régime alimentaire de trois genres d'hominidés sud-africains : l'australopithèque, le paranthrope et l'Homo. Pour cela, les équipes de Vincent Balter (Laboratoire de Géologie de Lyon (CNRS/ENS)) et José Braga (Laboratoire d'Anthropologie moléculaire de Toulouse) ont quantifié les traces d'éléments présents dans les dents fossiles de nos lointains ancêtres. L'étude est parue ce mercredi 8 août dans la revue Nature.

Les australopithèques ont vécu entre 4 millions et 2 millions d'années avant notre ère. Ce sont des ancêtres communs des paranthropes et des Homo. Mais, ils "étaient beaucoup plus opportunistes qu'eux", d'après les scientifiques. Cela signifie que leur alimentation aurait été largement plus variée que celle de leurs deux successeurs. Ils auraient en effet mangé "ce qu'ils trouvaient dans la nature", que ce soit des fruits, notamment des baies, ou des carcasses d'animaux morts. Une précédente étude de chercheurs allemands et américains, parue fin juin dans Nature, avait déjà montré que l'Australopithecus sediba se nourrissait également de bois et d'écorce.

Des Homo très "viandards"

Les paranthropes, quant-à-eux, ont existé entre 2,5 et 1,2 millions d'années avant notre ère et auraient consommé uniquement des végétaux. "On les imagine manger des racines, de l'écorce, des choses assez dures à broyer", déclare Vincent Balter. Les Homo quant à eux, sont nos ancêtres directs et sont apparus il y a environ 2,4 à 2,3 millions d'années. Mais ils auraient été "beaucoup plus "viandards"" que les paranthropes, d'après les chercheurs. Ils se seraient en effet probablement servis d'outils pour tirer de la chasse leurs principales ressources alimentaires. "Ils avaient besoin de cette viande pour subvenir aux demandes énergétiques d'un cerveau qui ne cessait de grossir", commente Vincent Balter.

Les recherches ont été réalisées sur des dents fossiles conservées au Muséum du Transvaal à Pretoria, "cassées ou déjà coupées en deux". Un laser à été utilisé, permettant de percer de minuscules trous avant d'analyser la composition chimique de l'émail dentaire. Le faisceau-laser avait pour but de tracer des profils suivant la croissance de l'émail et d'enregistrer, "pour chacune des dents, une tranche de vie et l'évolution du régime alimentaire pendant cette tranche de vie", comme l'a expliqué Vincent Balter. C'est la comparaison de ces tranches de vie qui a montré qu'elles étaient "beaucoup plus variables pour les australopithèques".

Le strontium et le baryum contenus dans l'émail dentaire sont deux marqueurs de la position des mammifères dans la chaîne alimentaire. C'est pourquoi les chercheurs ont porté une attention particulière à ces deux éléments. Des analyses isotopiques du carbone présent dans des dents fossiles avaient déjà été effectuées dans une précédente étude, ainsi que l'analyse de l'usure de l'émail dentaire des fossiles. "On a un schéma qui commence à devenir cohérent avec ce que les anatomistes et les archéologues attendaient", a souligné Vincent Balter auprès de l'AFP.

Source : MaxiSciences du 09/08/2012

mardi 10 juillet 2012

Un australopithèque mangeur de bois et d'écorce

Des chercheurs viennent de s'apercevoir qu'Australopithecus sediba avait un régime alimentaire très différent des autres hominidés.

Un petit australopithèque sud-africain, lointain parent de l'homme, s'était concocté un régime à base de bois et d'écorce d'arbres, alors que la plupart des autres hominidés préféraient des feuilles et des plantes bien plus tendres. Ces habitudes alimentaires d'Australopithecus sediba, dont deux spécimens ont été découverts en 2008 dans une caverne proche de Johannesburg, ont été révélées par les dents du primate, soumises à une batterie de tests par une équipe internationale de chercheurs, forts surpris du résultat.

"Australopithecus sediba avait un régime alimentaire très différent de celui des autres hominidés qui ont été étudiés jusqu'à présent. Étant donné que leur morphologie est très similaire, nous nous attendions à ce qu'il ressemble plus ou moins aux autres espèces du genre australopithèque, ou même un peu aux premiers hommes. En réalité, il consommait beaucoup plus de nourriture provenant d'environnements boisés et clos, y compris des aliments durs", explique Amanda Henry, de l'Institut Max Planck d'anthropologie.

Pour parvenir à cette découverte, les chercheurs ont commencé par bombarder les dents de l'australopithèque sud-africain à l'aide d'un laser, pour extraire le carbone piégé dans l'émail. Contrairement aux dents de 81 autres hominidés testées jusqu'alors, qui contenaient une forme de carbone caractéristique de feuilles et d'herbes, celles d'Australopithecus sediba renfermaient du carbone provenant d'arbres et de buissons.

Prélèvement de tartre sur les dents

Pour vérifier ce résultat insolite, les scientifiques ont recouru à une technique inédite : prélever sur les dents un peu de tartre - la plaque dentaire minéralisée bien connue des dentistes modernes - et analyser les minuscules fragments végétaux fossilisés qui y étaient restés piégés depuis deux millions d'années. Il s'agissait bien d'écorce et de bois. Un tel régime alimentaire n'avait jamais été attribué jusqu'alors aux hominidés africains. Pour Paul Sandberg, de l'Université du Colorado Boulder (États-Unis) qui a participé à l'étude publiée dans la revue Nature, Australopithecus sediba se nourrissait d'une manière assez similaire aux chimpanzés de la savane africaine aujourd'hui.

Selon Paul Sandberg, "c'est une découverte importante, car le régime alimentaire est l'un des aspects fondamentaux de l'animal, c'est ce qui dicte son comportement et sa niche écologique". "Il semble qu'il y a environ deux millions d'années, il y avait différentes espèces d'hominidés qui utilisaient différents environnements de différentes façons, chaque espèce étant plutôt focalisée sur son environnement spécifique avec un comportement spécifique", estime la chercheuse. "Pas si longtemps après, on voit arriver l'Homo erectus, une espèce qui était capable de se déplacer et de se débrouiller dans tous ces environnements différents, c'est un grand changement", conclut-elle.

Source : Le Point du 03/07/2012