vendredi 30 septembre 2011

Yves Coppens : le singe découvert "précède la grande bifurcation entre pré-chimpanzés et pré-humains"

On lui doit la découverte de Lucy en 1974. C'est donc tout naturellement qu'Yves Coppens, l'un des plus grands spécialistes de l'évolution humaine, a assisté lundi 19 septembre au Museum national d'Histoire naturelle (MNHN) à la présentation exceptionnelle du crâne d'un grand singe vieux de 20 millions d'années, découvert le 18 juillet 2011 dans la région de Karamoja au Nord-Est de l'Ouganda. Un moment doublement important, puisqu'une ancienne élève, la professeur Brigitte Senut, fait partie de l'équipe qui a découvert le crâne. Entretien.

jeuneafrique.com : pouvez-vous dire aujourd’hui que l’élève Brigitte Senut a  dépassé le maître ? De quelle manière l’avez-vous influencée ?

Yves Coppens : C’est toujours sympa de voir ses élèves travailler sans relâche et faire des découvertes et vous dépasser. Oui c’est ça l’élève a dépassé le maître, il ne faut pas avoir peur de le dire ! Je crois que Brigitte avait été frappée par mes grandes expéditions dans le sud de l’Ethiopie. C’était avant que je découvre Lucy et déjà je lui ai transmis en quelque sorte cette passion de la recherche sur le terrain,

Quel est l’intérêt de cette récente découverte ?

L’intérêt est triple. D’abord, il s’agit d’un crâne presque complet, ce qui est rare. Ensuite, il appartient à un primate et de grande taille de surcroît ! Il est vieux de 20 millions d’années et précède donc la grande bifurcation probable entre les pré-chimpanzés et les pré-humains. C’est un ancêtre commun : africain et tropical. Tout le travail d’analyse reste à faire maintenant, et cela est du ressort des scientifiques.

Le Museum national d’Histoire naturelle vient d’acquérir justement le scanner le plus performant dans le monde des sciences naturelles, que va-t-il apporter ?

Quand j’ai découvert Lucy avec d’autres chercheurs en 1974, il a fallu faire avec les moyens de l’époque ! Nous avions pu identifier qu’il s’agissait d’un australopithèque seulement 4 ans plus tard, en 1978. Le fait d’avoir un tel équipement à disposition permet indéniablement de gagner du temps ! L’analyse d’une tranche virtuelle est tout aussi fiable et beaucoup plus rapide. Ce scanner spécifique permet d’étudier les structures internes sans aucune coupe. A mon époque, j’avais déjà imaginé une sorte de palpeur qui livrerait une somme d’informations indispensables car les ossements sont remplis de mémoire.

Vous avez alors beaucoup à apprendre encore de Lucy. Allez-vous la faire revenir pour de nouvelles analyses  dans ce scanner ultra moderne et performant ?

Oui, il faudra voir avec les autorités éthiopiennes. L’Ethiopie nous avait demandé de la rendre en 1980. Mais effectivement, nous avons encore beaucoup à apprendre de Lucy.

Quels sont vos projets ?

J’ai un chantier en Mongolie, où il reste de homo-sapiens. C’est un chantier important pour l’étude des origines de l’homme moderne. Et aussi une opération internationale en Sibérie avec la fonte du permafrost (dû au réchauffement climatique) ; il y a des bestioles qui remontent à la surface  et j’aimerais trouver un bonhomme ! Un chasseur qui se serait fait prendre dans le sous-sol gelé…ou une chasseresse !

Source : Jeune Afrique du 28/09/2011

Espèce humaine : des retrouvailles de 75 000 ans

Quand, en 1522, le Portugais Cristòvão de Mendonça est le premier Européen à débarquer en Australie, il est loin de se douter que les "sauvages" qu'il rencontre sont ses lointains cousins. Et pourtant, une étude publiée aujourd'hui révèle que cette prise de contact n'est en fait que les retrouvailles entre deux branches de la famille humaine après une séparation de... 75 000 ans !

Oui, voilà 75 millénaires qu'un groupe d'Homo sapiens habitant l'est de l'Afrique ont fait leur baluchon pour se lancer dans la première grande migration humaine qui les mènera jusqu'au cul de la planète, l'Australie ! Qui l'affirme ? Une simple mèche de cheveux ! Celle appartenant à un aborigène mort voilà un siècle dans le sud-ouest de l'Australie et qu'une équipe de généticiens a choisi pour en extraire l'ADN. Avec ce curieux choix, les scientifiques avaient au moins l'assurance de décrypter l'ADN d'un aborigène de pure race, et non pas métissé. Ce génome aborigène a été comparé avec celui de 1 220 individus appartenant à 79 populations européennes et asiatiques. Un long travail fastidieux, mené par plusieurs dizaines de spécialistes, mais qui a permis de dissiper une part du mystère enrobant les premières pérégrinations humaines.

Jusqu'à présent, les spécialistes hésitaient sur la façon dont l'Homo sapiens avait mené sa conquête du monde. Y a-t-il eu une ou plusieurs vagues de migration à partir du berceau natal africain ? Ce qu'ils savaient déjà, d'après de récentes études génétiques, c'est qu'une sortie d'Afrique a eu lieu entre - 34 000 et - 17 000 en direction de l'Europe et de l'Asie. Or les aborigènes ne pouvaient pas avoir fait partie de cet exode, puisque leur présence depuis 50 000 ans en Australie est avérée par des fossiles. La présente étude publiée par la revue Science confirme cette hypothèse, mais fait remonter la date de séparation des premiers Australiens du reste du rameau humain à 75 000 ans.

À la recherche de terrains de chasse

Donc, résumons la situation pour ceux qui ont du mal à suivre : après avoir profité de la bonne vie de sédentaires durant plusieurs dizaines de milliers d'années en Afrique, vers - 75 000, certains Sapiens ont pris la route longeant le Pacifique jusqu'en Australie. Puis, quelque 35 millénaires plus tard, nouveau départ en direction de l'Eurasie. Très vite, ces émigrants se sont séparés en deux groupes, l'un remontant vers l'Europe, l'autre s'enfonçant dans le coeur de l'Asie, trottinant jusqu'en Chine. Puis ce groupe aurait obliqué vers le nord, pénétrant dans l'actuelle Sibérie. De là, une poignée d'hommes auraient franchi le détroit de Béring pour passer en Alaska, il y a 15 000 à 30 000 ans.

Quand on parle de migration, il ne faut surtout pas imaginer des Homo sapiens se réunissant un beau soir devant le feu pour se dire : "Hé ! les gars, si on faisait nos bagages pour s'installer en Australie !" Ces premières migrations ne ressemblent pas à l'avancée des hordes de Huns. Luca Cavalli-Sforza, probablement le plus grand spécialiste mondial de la génétique des populations, expose sa façon de voir les choses dans son dernier ouvrage sorti chez Odile Jacob (1). Pour lui, les premiers hommes constituaient à peine une population d'un millier d'individus, répartis entre l'Éthiopie et le Kenya, vivant de la cueillette et de la chasse. "Quand le territoire commençait à ne plus suffire à ses besoins alimentaires, un groupe se détachait, en quête de nouvelles ressources. Les chasseurs étaient toujours en mouvement pour aller d'un terrain de chasse à l'autre... Ces mouvements étaient d'habitude le fait de groupes de cinq à dix familles - on les appelle les bandes de chasse ; ce fut probablement ces bandes qui, après avoir trouvé un nouveau territoire de chasse très intéressant, même s'il était lointain, s'y établirent et créèrent une nouvelle colonie. Cela se produisit assez souvent, et ce fut, assez certainement, le mécanisme grâce auquel les chasseurs occupèrent le monde dans une période comprise entre il y a 60 000 ans et 10 000 ans." Au gré, bien entendu, des fluctuations climatiques.

Des retrouvailles tragiques

C'est donc ainsi que, un beau jour, des hommes abordent l'Australie et y prospèrent, isolés du reste de l'humanité durant des dizaines de millénaires. Voilà qui fait de la population aborigène, la seule à descendre en ligne droite des premiers hommes nés en Afrique. Car il est utile de le répéter : Blancs, Jaunes ou Noirs, nous sommes tous des Africains. Cet isolement australien aura donc duré jusqu'au débarquement d'un Portugais aventureux. Des retrouvailles qui tournèrent cependant vite au cauchemar quand les Européens se mirent à chasser leurs cousins comme de vulgaires animaux. Et ce, jusqu'au début du XXe siècle. Une des pages les plus noires de l'humanité.

Autre révélation, mais cette fois-ci par les généticiens américains de l'université Cornell dans la revue Nature Genetics : les San d'Afrique septentrionale, plus connus sous le nom de Bushmen, se sont séparés du groupe primitif des Homo sapiens bien avant les aborigènes ! En farfouillant dans le génome complet de ces petits hommes, les chercheurs estiment que leurs ancêtres ont pris le large voilà 130 000 ans. Et non 100 000 ans comme on le pensait précédemment. Soit seulement 70 000 ans après l'apparition de l'Homo sapiens. Moi, j'aimerais bien envoyer l'ADN de ma belle-mère à ces généticiens. Selon toute probabilité, elle s'est séparée de la branche humaine bien avant l'apparition des Sapiens...

(1) L'aventure de l'espèce humaine
 
Source : Le Point du 22/09/2011

jeudi 29 septembre 2011

Le séquençage du génome d'un aborigène australien révèle leurs migrations

Le séquençage du génome d'un aborigène d'Australie révèle que ses ancêtres ont quitté l'Afrique pour s'aventurer sur le continent asiatique bien avant les autres colonisateurs de l'Eurasie, prouvant que l'Asie a été peuplée par plusieurs vagues migratoires.

Selon cette recherche publiée jeudi dans la revue américaine Science datée du 23 septembre, les aborigènes australiens sont les descendants directs d'hommes qui ont émigré d'Afrique -- le berceau de l'humanité-- il y a environ 70.000 ans.

Les ancêtres des populations européennes et asiatiques d'aujourd'hui sont sortis d'Afrique au moins 24.000 ans plus tard, estiment ces chercheurs.

Ce séquençage a été fait à partir d'une mèche de cheveux donnée par un jeune aborigène à un anthropologue britannique au début du XXe siècle. Il indique que les Aborigènes d'Australie pourraient avoir atteint cette destination voilà 50.000 ans.

Ils représentent ainsi l'une des populations qui, hors d'Afrique, vit depuis le plus longtemps sur la même terre.

"Les aborigènes d'Australie descendent des premiers explorateurs humains (...) et ont été les premiers hommes modernes à avoir traversé des territoires inconnus en Asie avant de se rendrent en Australie", explique le professeur Eske Willerslev de l'Université de Copenhague, le principal auteur de ces travaux.

"Ce voyage extraordinaire a dû requérir des talents exceptionnels de survie et un grand courage", poursuit-il, relevant que durant cette période les ancêtres des Européens et des Asiatiques d'aujourd'hui étaient encore en Afrique ou au Proche-Orient attendant d'entreprendre leur conquête de l'Eurasie.

Selon ces chercheurs, les ancêtres des aborigènes australiens ont probablement quitté l'Afrique au moins 24.000 ans avant les peuplades dont descendent les Européens et les Asiatiques d'aujourd'hui.

Le séquençage du génome de cet aborigène permet de déterminer que l'Asie de l'Est a été peuplée par plusieurs vagues migratoires successives et non en une seule migration, une question qui était jusque-là controversée.

Ces chercheurs ont pu comparer le génome aborigène séquencé avec 79 autres génomes d'Asiatiques, d'Européens et d'Africains modernes qui n'a montré aucun apport génétique européen et asiatique direct.

Ils ont aussi séquencé le génome de trois Chinois Han.

Jusqu'alors, selon la théorie la plus communément acceptée parmi les anthropologues, tous les hommes modernes sont issus d'une seule migration d'Afrique vers l'Europe, l'Asie et l'Australie.

Selon ce modèle désormais remis en question, les aborigènes d'Australie seraient une branche descendant de la population asiatique déjà séparée des Européens.

Or cette étude génétique prouve que les ancêtres des aborigènes australiens avaient commencé leur exploration de l'Asie longtemps avant que les premières populations européennes et asiatiques eurent divergé entre 50.000 et 25.000 ans en arrière.

Une recherche séparée publiée jeudi dans l'American Journal of Human Genetics conforte également la théorie de migrations successives de l'Asie.

Selon cette étude génétiques des croisements entre des Denisovians --cousin ancien de l'homme moderne aujourd'hui éteint -- et certaines populations aborigènes d'Asie dont d'Australie remontent à plus de 44.000 ans.

"La présence de la signature génétique des Denisovians dans certaines populations d'Asie du sud-est et pas dans d'autres montre qu'ils vivaient déjà dans cette région", souligne Mark Stoneking, professeur à l'Institut Max-Planck en Allemagne et principal auteur de ces travaux.

L'existence passée des Denisovians a été révélée en 2010 après la découverte en 2008, dans une caverne à Denisova en Russie, de l'os d'un doigt et d'une dent, seuls fossiles connus de ce cousin disparu de l'Homo sapiens.

Source : Libération du 23/09/2011

Les Aborigènes d’Australie, premiers Homo sapiens à être sortis d’Afrique

Publiée le 22 septembre dans la revue Science par une équipe internationale, l’étude du génome d’un Aborigène australien révèle l’origine très ancienne de ce peuple. Leurs ancêtres seraient sortis d’Afrique 24.000 ans avant les premières vagues d’expansion de sapiens connues jusqu’à présent, avant de traverser l’Asie pour finalement coloniser l’Australie dès -50.000 ans.

Au début du 20e siècle, un Aborigène d’Australie donne à un anthropologue britannique une mèche de ses cheveux, donnant ainsi sans le savoir, les clés du peuplement de ce continent aux chercheurs d’aujourd’hui. En l’occurrence, une équipe dirigée par Eske Willerslev, de l'Université de Copenhague, et comprenant des chercheurs de l’Imperial College de Londres, de l’University College de Londres et de l’Université de Cambridge. Séquençant le génome de l’Aborigène - exempt de tout apport génétique européen - à partir de cet échantillon, et le comparant avec les génomes de 79 Asiatiques, Européens et Africains actuels, les scientifiques ont pu confirmer la surprenante ancienneté des origines de ces australiens ‘de souche’, qui était déjà soupçonnée par des éléments archéologiques.

Leurs ancêtres auraient en fait quitté l’Afrique dès -70.000 ans environ, se séparant des autres populations d’Homo sapiens qui ne devaient, à leur tour, sortir de ce continent que quelque 24.000 ans plus tard, pour conquérir peu à peu l’Europe et l’Afrique. Pendant ce temps, les ancêtres de notre Aborigène poursuivaient leur périple, traversant l’Asie – qui a donc connu plusieurs vagues de migration sapiens – puis les mers, pour aborder la patrie des kangourous il y a environ 50.000 ans.

"Ainsi, la science génomique apporte une contribution unique à notre compréhension sur ‘où’ et ‘comment’ les hommes [anatomiquement modernes] on colonisé le monde", conclut le Dr Francois Balloux, de l’Imperial College de Londres.

Source : MaxiSciences du 23/09/2011

mercredi 28 septembre 2011

L'Ugandapithecus : des caractéristiques communes avec des singes asiatiques

Lundi 19 septembre, les scientifiques du Muséum d’Histoire naturelle ont présenté à Paris le crâne d'Ugandapithecus major, un primate fossile, qu’ils ont découvert en juillet en Ouganda, et dans lequel ils ont d’ores et déjà retrouvé des traits physiques que partagent aujourd’hui des singes…  asiatiques.

Si l’espèce était déjà connue des paléontologues, grâce notamment à des fragments déjà découverts au même endroit par la même équipe, qui travaille depuis 25 ans sur ces pentes du volcan Napak, au nord-est de l'Ouganda, Ugandapithecus major n’avait encore jamais offert son crâne à leur curiosité scientifique. C’est désormais chose faite avec le spécimen mis au jour en juillet dernier, présenté en public lundi par Brigitte Senut, du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris (MNHN).

"On sait qu'il s'agit d'un jeune adulte car ses canines sont déjà fortes mais ses molaires ne sont pas encore usées", a précisé la paléontologue, expliquant que les ossements avaient été fossilisés par la lave crachée par le Napak, vraisemblablement situé à l'époque dans un environnement tropical humide et fortement boisé, comme l'attestent les nombreux fossiles de plantes et d'animaux. Les chercheurs ne désespèrent donc pas de trouver le squelette du spécimen lors d'une prochaine campagne de fouilles

De la taille d’un gibbon, ce grand singe arboricole vieux de 20 millions d’années, antérieur à la séparation des lignées homme-grands singes actuels, apportera sa moisson d’informations sur l’évolution de la lignée commune d’avant cette bifurcation. Les chercheurs ont déjà repéré sur ce crâne fossile – pourtant africain – des ‘creux’ caractéristiques des grands singes asiatiques actuels, notamment les orangs-outangs, et non des chimpanzés ou des gorilles. "Mieux connaître le ‘vivier’ qui précède l'histoire de notre famille, c'est particulièrement précieux", a précisé le paléoanthropologue Yves Coppens, qui a assisté à la présentation.

Source : MaxiSciences du 20/09/2011

Ugandapithecus major, un cousin de 20 millions d’années, se découvre

Un crâne remarquablement bien conservé vient d’être présenté au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris : c’est celui d’un primate vieux de 20 millions d’années découvert en Ouganda dans les cendres d’un volcan, parmi d’autres restes de la même espèce.

La découverte ne doit rien au hasard : voilà vingt-cinq ans que l’équipe creuse la lave du volcan Napak, au nord-est de l’Ouganda. Déposées il y a 19 à 20 millions d’années, ces cendres ont conservé les fossiles qui s’y trouvaient, ensevelis au Miocène. L’équipe, c’est celle de Brigitte Senut, du Muséum d’histoire naturelle, et son collègue Martin Pickford, du Collège de France, découvreurs en 2000 des premiers restes d’Orrorin, un hominidé de 6 millions d’années.

Dans cette région, celle de la vallée du grand rift, qui joue un rôle de premier plan dans la théorie dite de l’East Side Story (remise en cause depuis), de nombreux restes d’hominidés ont été découverts, datant du Miocène notamment, c’est-à-dire avant la séparation, il y a 6 millions d'années, entre la lignée conduisant aux humains et celle conduisant aux grands singes actuels (chimpanzés, gorilles, orang-outans). Durant cette Uganda Palaeontology Expedition, menée depuis 1985 avec l’Uganda Museum, les paléontologues ont exhumé de nombreux ossements de grands singes. En 2000, Brigitte Senut a ainsi décrit une nouvelle espèce, baptisée Ugandopithecus major. Ce grand singe, de la taille d’un gibbon et d’abord identifié par des morceaux de fémurs, devait être arboricole et de forme humanoïde.

Histoire de famille

Le 18 juillet dernier, l’équipe a mis au jour des dents puis un crâne très bien conservé, de la taille de celle d’un chimpanzé : U. major commençait à se montrer bien plus généreusement. Ses canines puissantes, qui évoquent plutôt celles du gorille, sont interprétées par l’équipe comme la preuve qu’il s’agissait d’un mâle. Ses molaires sont celles d’un herbivore et leur faible usure montre que l’individu était plutôt jeune.

Les autres fossiles mis au jour sur les différents sites de fouilles des environs montrent que le milieu était alors une forêt tropicale. C’est là qu’évoluait ce singe grimpeur, cousin des hominidés tout autant que des grands singes actuels. L’étude de son squelette se poursuit. Taille et forme du cerveau, alimentation, modes de vie… : voilà des caractéristiques dont on sait mal comment elles se sont transmises dans les différentes lignées. Les paléontologues espèrent ainsi écrire quelques paragraphes supplémentaires de l’histoire complexe des grands primates du Miocène, parmi lesquels figurent les ancêtres des humains.

Source : Futura Sciences du 20/09/2011

mardi 27 septembre 2011

Un très vieux singe découvert en Ouganda

Un crâne fossile vieux de 20 millions d'années a été découvert en Ouganda : il appartenait à un grand singe, lointain cousin des grands singes actuels et des hominidés.

Des fragments de crâne et de mâchoire d’un grand singe vieux de 19 à 20 millions d’années ont été découverts en Ouganda par une équipe franco-ougandaise. C’est Brigitte Senut, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et Martin Pickford, du Collège de France, qui ont présenté le fossile ce lundi au Muséum, en présence de leurs collègues ougandais.

Ce crâne d’Ugandapithecus major a été mis a jour le 18 juillet dernier sur les flancs du volcan Napak, dont les cendres ont permis la conservation de nombreux fossiles. Des fragments de mâchoire inférieure avaient déjà été trouvés sur le site et ils appartiennent sans doute au même individu, précisent les paléontologues. Il s’agit d’un mâle, d’après la taille des canines, adulte mais jeune car la dentition est complète mais peu usée.

Ce très ancien grand singe avait un crâne d’une taille comparable à celle d’un chimpanzé, selon les chercheurs, mais ses dents sont de la taille de celles des gorilles. Et il était probablement plus petit qu’un chimpanzé, plus proche du gibbon en gabarit.

Ugandapithecus major vivait au Miocène, bien avant la séparation entre la lignée des grands singes et celle des hominidés (les pré-humains). Sa découverte va permettre d’en savoir plus sur l’origine des primates anthropoïdes, ancêtres des deux lignées, dont les racines plongent en Afrique mais aussi en Asie, où des fossiles de primates vieux de 30 millions d’années ont été découverts.

Source : Sciences et Avenir du 19/09/2011

Sediba, le « chaînon manquant » entre les Australopithèques et le genre Homo ?

L'étude d'un Australopithèque sud-africain suggère qu'il s'agit d'un stade évolutif précédant de très peu les premières espèces humaines.

Il y a du nouveau sur Australopithecus sediba, un Australopithèque découvert en 2008 dans la grotte de Malapa, en Afrique du Sud. Ses découvreurs viennent de réexaminer de près sa datation et sa physiologie, et en concluent qu'Australopithecus sediba pourrait être le chaînon manquant reliant les Australopithèques aux premiers représentants du genre Homo.

Les deux squelettes d'Au. sediba découverts avaient été datés entre 1,78 et 1,95 million d'années à partir des os d'animaux qui les entouraient. Lee Berger, de l'Université du Witwatersrand, et ses collègues sud-africains et australiens ont soigneusement analysé les strates sédimentaires entourant leurs deux fossiles. Après en avoir daté toutes les couches, ils ont pu restituer comment s'est constitué le « sarcophage sédimentaire » des fossiles : les sédiments entourant directement les deux Au. sediba de Malapa se seraient accumulés pendant une brève inversion du champ magnétique terrestre, laquelle peut être précisément datée ! Ainsi, les deux spécimens de Au. sediba datent de 1,977 million d'années.

Cela implique qu'Au. sediba précède de quelque 80 000 ans les premières espèces du genre Homo au statut humain et à l'ancienneté bien attestés, dont l'apparition est située vers 1,9 million d'années. Or l'examen des caractéristiques d'Au. Sediba lui confère un statut préhumain. Scruté aux rayons X à l'ESRF, le synchrotron européen à Grenoble, l'intérieur de la boîte crânienne du premier squelette, MH-1, un individu de 12 à 13 ans, revèle une grande proximité de forme avec un cerveau humain. Lorsqu'ils ont examiné le bassin de MH-2, une femelle adulte, les chercheurs ont relevé un surprenant mélange de caractéristiques archaïques et humaines. Si le bassin de l'Australopithèque de Malapa n'avait pas encore évolué pour laisser passer des nouveaux-nés au cerveau volumineux, les caractéristiques pelviennes nécessaires se profilaient déjà. De même, une main de MH-2, entièrement conservée, se révèle d'une construction peu adaptée pour l'escalade des arbres, mais facilitant la préhension précise, ce qui suggère que la production d'outils faisait partie du mode de vie d'Au. sediba. Ses pieds sont aussi clairement dotés de tendons d'Achille et d'un début de voûte plantaire – des caractéristiques bien humaines – alors qu'il a des talons simiesques.

Dans l'ensemble, l'impression qui se dégage est que l'Australopithèque de Malapa présente toutes les caractéristiques morphologiques qui, chez Homo rudolfensis et Homo ergaster – deux espèces d'hominidés datant de 1,8 millions d'années –, annoncent l'évolution vers Homo erectus, notre ancêtre probable. Tout cela suggère que les Australopithèques graciles dont l'évolution a produit le genre Homo ressemblaient beaucoup à Au. sediba.

Source : Pour la Science du 19/09/2011

lundi 26 septembre 2011

Le Muséum présente un crâne fossilisé vieux de 20 millions d’années

Il a été découvert en juillet dernier en Ouganda...

Voilà à quoi ressemblaient nos ancêtres: la découverte d’un crâne fossilisé, presque complet, d’un grand singe vieux de 19 à 20 millions d’années, est un événement pour les paléontologues. Lundi, le Muséum national d’histoire naturelle a présenté le crâne de ce lointain cousin des Hominidés, une mine d’informations sur les caractéristiques de son espèce.

Une découverte exceptionnelle sur un site riche en fossiles

Selon l’équipe de paléontologues français et ougandais qui ont découvert le crâne sur le site de fossiles d’Iriri, au nord de l’Ouganda, il aurait appartenu à un jeune mâle adulte: ses canines, de la taille de celles d’un gorille, sont complètement sorties mais peu usées. Le crâne est plutôt de la taille de celui d’un chimpanzé, et appartient vraisemblablement au même individu que celui dont on a retrouvé des fragments de mâchoire inférieure l’année dernière, au même endroit.

C’est la première fois qu’un crâne complet de ce genre est retrouvé, précise le Muséum. Avec la forme de ses orbites, de sa cavité nasale ou de son cerveau, les paléontologues vont apprendre beaucoup de choses sur ses habitudes alimentaires, son mode de vie ou son environnement. Des fragments d’os ont déjà permis de conclure que l’animal était un grimpeur et qu’il vivait dans un milieu forestier.

La région d’Iriri est un trésor à ciel ouvert pour les paléontologues: les cendres volcaniques rejetées par le volcan Napak il y a environ 20 millions d’années ont permis la conservation de nombreux fossiles végétaux et animaux. L’Ouganda est une région clé pour l’étude des grands singes et des ancêtres des hommes: depuis 1985, les scientifiques du Muséum et du Collège de France travaillent dans le pays en accord avec l’Uganda Museum de Kampala et le Geological Survey of Uganda, à Entebbe.

Source : 20 mn du 19/09/2011

Le crâne d’un lointain cousin des hominidés mis au jour

Le crâne presque complet d’un grand singe vivant il y a vingt millions d’années a été trouvé dans le nord-est de l’Ouganda par une équipe franco-ougandaise.

En paléontologie, la persévérance peut être payante. La preuve : chaque année depuis 2007, Brigitte Senut, professeur de paléontologie, et Martin Pickford, maître de conférences (Muséum, Collège de France, CNRS, UPMC), fouillent, en étroite collaboration avec l’Uganda National Council for Science and Technology, un gisement particulièrement fécond.

Situé dans le Karamoja (nord-est de l’Ouganda), il se situe sur les flancs du volcan Napak, actif il y a dix-neuf à vingt millions d’années, dont il reste un piton rocheux et dont les pentes sont recouvertes d’une végétation herbacée. Un élément important, car la nature chimique des cendres volcaniques, ni trop acide ni trop basique, est un excellent conservateur pour les os.

C’est ainsi qu’ils ont mis la main sur le crâne presque complet d’un grand singe. « Au vu de ses imposantes canines peu usées, il s’agit d’un jeune mâle, explique Martin Pickford. Comme nous étions sur la même pente, un peu au-dessus de l’endroit où, l’année dernière, nous avions découvert des fragments de mâchoire inférieure, nous pensons qu’il s’agit du même individu », poursuit-il.

Un Ugandapithecus major

Le crâne étant d’une taille similaire à celle d’un crâne de grand chimpanzé mâle, mais ses dents ayant la taille de celles d’un gorille, il s’agit d’un grand singe intermédiaire, un Ugandapithecus major, lointain cousin des hominidés, dont le premier spécimen a été trouvé par les mêmes auteurs en 2000.

C’est la première fois qu’un crâne complet de ce genre est retrouvé et son étude fournira une mine d’informations sur les caractéristiques de cette espèce : taille de son cerveau, forme de ses orbites et de sa cavité nasale ou encore spécificités de son alimentation.

« L’étude de la boîte crânienne et donc de la taille du cerveau devrait nous indiquer le degré d’encéphalisation de l’animal qui, même s’il a vécu il y a vingt millions d’années, soit bien avant la séparation entre la branche des hommes et celle des grands singes (1), nous renseignera sur l’évolution du cerveau des primates », indique Martin Pickford.

(1) Estimée à quatre millions d’années pour les uns, douze millions pour les autres.

Source : La Croix du 19/09/2011 

vendredi 23 septembre 2011

Si humaine australopithèque

Sédiba, "une espèce de transition" avant les Bipèdes, dotée d'un cerveau évalué.

Son nom pourrait évoquer une princesse orientale. Mais Sédiba n'est qu'un tas d'os de 1,9 million d'années retrouvé en 2008 en Afrique du Sud (Malapa). Qu'ont découvert les scientifiques ? Pour faire simple, ces squelettes éclairent d'un jour nouveau l'arbre "buissonnant" de l'humanité, entre les australopithèques comme Lucy (3,2 millions d'années) et les premiers exemplaires du genre Homo (vers 2 millions d'années). Jusque-là, les chercheurs croyaient que les premiers étaient un peu benêts et ne méritaient pas d'être comparés aux seconds. Bipède, dotée d'un cerveau évolué et possédant des doigts suffisamment longs pour fabriquer des objets, Sédiba serait une "espèce de transition", explique le paléo-anthropologue Pierre Tafforeau. Humaine, trop humaine ?

Source : L'Express du 19/09/2011

Les plus vieux outils en pierre taillée de type bifaces découverts au Kenya

Ces outils en pierre taillée de type biface datent de 1,76 millions d’années et se révèlent les plus anciens au monde.

Des bifaces découverts il y a quelques années dans le nord du Kenya près du lac Turkana par une mission française dirigée par Hélène Roche (CNRS / Université Paris Ouest Nanterre la Défense) viennent de se révéler les plus anciens connus à ce jour. Âgés de 1,76 million d’années, ils remontent 350 000 ans plus loin dans le temps que ceux trouvés précédemment en Ethiopie.

Ces outils en pierre taillée ont pu être précisément datés grâce au paléomagnétisme, une technique basée sur les variations de l'orientation du champ magnétique terrestre dans le temps. Ils sont caractéristiques de l’Acheuléen, une période du Paléolithique inférieur. Cette découverte a donc pour effet de faire démarrer cette époque de la préhistoire plus tôt que ce qu’anticipaient les préhistoriens.

Mais qui a taillé ces pierres ? De très anciens Homo erectus ou des australopithèques robustes ont vécu il y a 1,76 millions d’années sur le site de la découverte. La question reste donc posée.

La Mission Préhistorique au Kenya se compose d'Hélène Roche (UMR 7055-Préhistoire et Technologie, Université de Paris ouest, Nanterre), de Sonia Harmand (UMR 7055-Préhistoire et Technologie, Université de Paris ouest, Nanterre), de Jean-Philippe Brugal (UMR 6636-LAMPEA, MMSH, Aix en Provence), de Pierre-Jean Texier (UMR 5199-PACEA, Université de Bordeaux1, Talence) et d'Arnaud Lenoble (UMR 5199-PACEA, Université de Bordeaux1, Talence).

Source : Plante-techno-sciences du 13/09/2011

jeudi 22 septembre 2011

Les croisements entre sapiens et Néandertal : avérés, mais rares

Publiant leurs travaux dans Proceedings of the National Academy of Sciences, des chercheurs de l’Université de Genève suggèrent qu’au Paléolithique, les croisements entre notre espèce et l’Homme de Néandertal, établis en 2010, devaient toutefois être extrêmement rares ou peu féconds.

Si l’on sait, depuis 2010, que 1 à 4% du patrimoine génétique des eurasiens actuels est d’origine néandertalienne, que cela représente-t-il, plus précisément, en termes de ‘rencontres’ entre nos ancêtres et nos anciens cousins, au cours des quelques 10.000 ans durant lesquels ils ont été contemporains ?

En se penchant sur les génomes de Chinois et de Français d’aujourd’hui, Mathias Currat et Laurent Excoffier, du département d'anthropologie de l'Université de Genève (Suisse), ont simulé, à l’aide de logiciels, la part probable d’ADN néandertalien présente en ceux-ci, en fonction de différents taux de fréquence de tels croisements. Des simulations qu’ils ont ensuite rapprochées des données génétiques réelles. Résultats : une relation ne s'est avérée féconde que tous les 23 à 50 ans, soit un taux de fécondité d’à peine 2%.

Des résultats qui pourraient avoir (au moins) deux causes : soit les rejetons hybrides étaient peu viables mais dans ce cas, nous dit Laurent Excoffier, les traces génétiques néandertaliennes en nous seraient plus variables et plus inégales, soit ces rapports sexuels entre les deux humanités seraient en fait d'une grande rareté.

Source : MaxiSciences du 13/09/2011

Néandertaliens et Homo sapiens : des relations sans lendemain

Les croisements entre Homo sapiens et hommes de Néandertal n'étaient pas courants, estiment des anthropologues suisses.

Les chercheurs Mathias Currat et Laurent Excoffier de l'Université de Genève ont utilisé un modèle informatique afin d'estimer la part de la descendance de l'homme de Néandertal dans l'homme moderne.

En fait, ce modèle simulait des contacts possibles entre les deux groupes après la sortie d'Afrique de l'homme moderne il y a 50 000 ans.

Il faut savoir que les Néandertaliens avaient émigré d'Afrique pour se répandre en Eurasie bien plus tôt et qu'ils se sont éteints il y a environ 30 000 ans.

Pour arriver à établir le degré de contact, l'équipe de recherche a analysé des échantillons actuels d'ADN de Français et de Chinois. Selon leurs conclusions, le « taux de réussite » des accouplements a produit un taux de croisement entre Néandertaliens et Homo sapiens probablement inférieur à 2 %.

Deux possibilités peuvent expliquer ce faible taux :
    le peu d'accouplements entre eux
    le fait que ces rencontres sexuelles avaient un faible taux de reproduction

Ces travaux publiés dans les annales de l'académie américaine des sciences (PNAS) confirment les conclusions d'autres études qui révélaient que de 2 % à 3 % du génome humain non africain provenait de l'homme de Néandertal.

Source : Radio-Canada du 12/09/2011

mercredi 21 septembre 2011

Il y a bel et bien du Néandertalien en nous !

Une partie de notre chromosome X provient de l'homme de Néandertal ! C'est l'étonnante découverte qu'a faite une équipe de chercheurs dirigée par Damian Labuda, professeur au Département de pédiatrie de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et à laquelle ont contribué des laboratoires de plusieurs pays.

Cette découverte vient confirmer les travaux réalisés par le professeur Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, en Allemagne, qui l'année dernière révélaient qu'il y a eu métissage entre Homo sapiens et Néandertaliens. La nouvelle a bouleversé le scénario déjà fort complexe de l'hominisation.

L'haplotype du Néandertalien

Damian Labuda s'intéresse à la génétique des populations pour mieux comprendre les bases génétiques des maladies héréditaires et l'histoire génétique des populations humaines. Il y a une dizaine d'années, il avait remarqué qu'une version d'un petit segment du chromosome X dont il étudiait la variabilité génétique présentait des caractères étranges.

"Cette variante était pauvre en polymorphismes, ce qui veut dire que sa séquence a peu muté au cours de l'évolution par rapport aux autres versions du même fragment observées parmi diverses populations mondiales", explique le professeur.

De plus, cette combinaison génétique se rencontrait chez les populations d'origine européenne, asiatique, australienne et amérindienne, mais était absente chez les Africains. En 2003, son équipe émet l'hypothèse que ce variant génétique de source inconnue devait possiblement provenir d'une population archaïque ayant évolué à l'extérieur de l'Afrique. Même si le génome du Néandertalien n'était pas séquencé à cette époque, les membres de l'équipe ont familièrement baptisé ce segment "haplotype de Néandertal", un haplotype étant une suite des sites polymorphes d'un fragment d'ADN qui contient la signature d'un lignage génétique particulier.

En 2010, on réussit à séquencer le génome néandertalien à plus de 60 %. Le professeur Labuda dispose alors d'un matériel de comparaison lui permettant de vérifier son hypothèse. L'analyse comparative montre que la signature génétique de l'haplotype archaïque en question provient du génome de Néandertal.

Pour le chercheur, il n'y a plus de doute possible: "Des croisements féconds entre Néandertal et Homo sapiens ont bel et bien eu lieu", affirme-t-il convaincu. Cette conclusion est également partagée par des chercheurs qui ont participé au séquençage du génome néandertalien.

Mais se pourrait-il que la même série de mutations se soit produite à la fois chez l'homme de Néandertal et chez l'homme moderne sans qu'il y ait eu de croisements entre les deux? "Ce n'est pas impossible, mais il est hautement improbable qu'une même mutation survienne deux fois au même endroit du génome", répond le chercheur.

Le fait que l'haplotype ne se retrouve pas chez l'Homo sapiens africain indique que ces allèles sont apparus chez le Néandertalien et que c'est ce dernier qui a transmis ces gènes à l'homme moderne.

Au moins deux croisements

Selon l'équipe de l'Institut Max-Planck, de un à quatre pour cent de notre génome proviendraient des Néandertaliens. En outre, de quatre à six pour cent de l'ADN de certaines populations asiatiques, dont les Mélanésiens, proviendraient de l'homme de Denisova, un hominidé très proche de Néandertal et qui a évolué en Asie centrale.

Ces taux sont relativement faibles et montrent que les croisements ont été plutôt rares. Mais étant donné la faible taille des populations à cette époque, les chercheurs estiment qu'il suffirait de 2 Néandertaliennes dans un groupe de 100 Homo sapiens pour laisser une trace dans le génome si l'apport génétique confère des avantages. Les apports positifs mis au jour jusqu'à maintenant touchent entre autres le système immunitaire et le développement des os.

Ces découvertes font tomber les frontières de l'espèce qui séparaient jusqu'ici l'homme de Néandertal et Homo sapiens. Selon la définition classique, on considère que deux individus font partie d'espèces différentes lorsque leur croisement demeure stérile, ce qui n'a manifestement pas été le cas entre Homo sapiens et Néandertaliens.

Les travaux de l'équipe de Damian Labuda, qui ont rapidement fait le tour du monde, étaient publiés dans l'édition de juillet de Molecular Biology and Evolution.

Source : Techno-sciences.net du 12/09/2011

Il s’appelle Sediba et cet australopithèque serait notre plus vieil ancêtre

Cet australopithèque « Australophithecus sediba », découvert en 2008 en Afrique du Sud pourrait être notre plus lointain ancêtre identifié. Il serait à l’origine du genre Homo selon cette série d’études de chercheurs de l’Université de Johannesbourg qui révèle de nouveaux détails sur le cerveau, le pelvis, la main et le pied de cet homininé primitif mais contemporain des premières espèces homo sur Terre. Ces découvertes montrent que Au. sediba possédait des caractéristiques modernes déjà proches de celles des humains et serait aujourd’hui le meilleur candidat parmi nos ancêtres possibles du genre Homo. Publiée dans l’édition du 9 septembre de la revue Science, cette étude jette un doute sur des théories de longue date portant sur l'évolution humaine.

Lee Berger, le directeur du projet, explique : « Les nombreux traits évolués que présentent le cerveau et le corps, ainsi que leur date plus ancienne, font de Au. sediba l'un des meilleurs candidats pour être un ancêtre de notre genre Homo, plus que les découvertes antérieures comme celle d'Homo habilis ». L'âge de ces fossiles a été fixé à il y a environ 1,977 millions d'années soit avant tous les autres fossiles connus, datés d’il y a 1,90 million d'années, le plus souvent attribués à Homo habilis ou Homo rudolfensis. Les ancêtres d’Homo erectus.

Au. sediba pourrait suggérer une nouvelle lignée, encore plus ancienne à l'origine de l’Homo erectus. Cette hypothèse est confirmée par l’étude des différentes parties découvertes en 2008, dans les grottes de Malapa, situées à une cinquantaine de km au nord-ouest de Johannesburg, soit la main la plus complète jamais retrouvée d'un homininé précoce, l'un des pelvis les plus complets jamais découverts et des parties tout à fait nouvelles du pied et de la cheville. Après avoir pu dater ces fossiles, d'il y a environ 1,977 million d'années, les chercheurs ont alors été surpris par des traits visiblement proches de Homo.

·         Le cerveau du jeune australopithèque, qui  devait avoir entre 10 et 13 ans, lors de son décès, scanné par l’installation décrite comme la plus puissante au monde pour les fossiles (l’European Synchrotron Radiation Facility ou ESRF) s’est révélé de forme humaine mais beaucoup plus petit que celui des espèces du genre Homo. Son étude contredit la théorie d'un grossissement progressif du cerveau au cours de la transition du genre Australopithecus à Homo pour appuyer plutôt une réorganisation des des neurones vers un lobe frontal de type plus humain.

·         Sur le pelvis, l’étude contredit l'idée qu'à l'origine le pelvis humain s'est modifié en réponse à une taille accrue du cerveau. Et comme pour la plupart des traits observés chez Au. sediba, le pied et la main de l'homininé montrent une combinaison intéressante d'éléments modernes et primitifs.

·         La main d'Au. sediba possédait un long pouce et des doigts courts, signes d'une préhension précise où la paume n'est pas impliquée, déjà un puissant système de flexion, ce qui suggère un déplacement dans les arbres et des caractéristiques, notent les chercheurs, qui suggèrent que Au. sediba avait déjà commencé à s'exercer à fabriquer des outils simples.

·         Le pied et la cheville révèlent que Au. sediba grimpait parfois aux arbres et avait un mode de locomotion bipède. L'articulation de la cheville est très proche de celle de l'homme estiment les chercheurs, avec la trace d'une voûte de type humaine et un tendon d'Achille bien défini mais en revanche le talon et le tibia sont du type de ceux des grands singes.

Cette combinaison de traits modernes et primitifs évoque l'image d'un ancêtre des espèces du genre Homo il y a deux millions d'années et, en particulier, de la première espèce qui soit reconnue du genre Homo, à savoir Homo erectus.

* homininés : ancêtres de l’Homo dans la lignée humaine depuis la séparation avec les chimpanzés.

Source : Santélog du 11/09/2011

mardi 20 septembre 2011

Les croisements entre Néandertaliens et Homo sapiens étaient rares

Les croisements entre Homo Sapiens et Néandertaliens, un cousin de l'homme moderne éteint il y a plus de 30.000 ans, étaient rares, conclut une étude parue lundi.

Selon celle-ci, cela pourrait s'expliquer par le peu d'accouplements entre eux ou le fait que ces rencontres sexuelles avaient un faible taux de reproduction.

Mathias Currat et Laurent Excoffier, du département d'anthropologie de l'Université de Genève (Suisse), ont utilisé un modèle informatique pour estimer la part de la descendance de l'homme de Neandertal dans l'homme moderne.

Ce modèle simulait des contacts potentiels entre Néandertaliens et humains après la sortie d'Afrique de ces derniers il y a 50.000 ans.

Les Néandertaliens avaient émigré d'Afrique pour se répandre en Eurasie bien plus tôt.

Les auteurs de cette recherche ont étudié des échantillons d'ADN de Français et de Chinois d'aujourd'hui et conclu que le succès des accouplements a produit dans le meilleur des cas un taux de croisement entre Néandertaliens et Homo sapiens probablement inférieur à 2%.

Ces résultats laissent penser que les croisements entre humains et Néandertaliens étaient limités, confirmant les conclusions d'études précédentes qui ont examiné l'ADN, soulignent ces chercheurs dont les travaux paraissent dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 12-16 septembre.

Des études récentes ont révélé que de 2 à 3% du génome humain non-africain proviendraient de l'homme de Neandertal.

Source : 20 mn du 12/09/2011

L'australopithèque de Malapa, un nouvel ancêtre pour Homo erectus ?

Australopithecus sediba pourrait bien être l'ancêtre d'Homo erectus, selon Lee Berger, codécouvreur de cette espèce qui présente des caractéristiques primitives mais aussi des similitudes avec le genre Homo. De quoi chambouler l'arbre phylogénétique des Hominidés.

En 2010, Lee Berger (université de Witwatersrand) et ses collègues annonçaient la découverte d’une nouvelle espèce d’Hominidés suite à des fouilles réalisées en 2008 en Afrique du Sud, dans la grotte de Malapa : Australopithecus sediba. Cette semaine, les analyses de ces ossements font l’objet de cinq articles dans la revue Science. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles suscitent le débat au sein de la communauté des paléontologues.

Il faut dire que les ossements retrouvés en 2008 sont assez particuliers, pour ne pas dire en contradiction avec les paradigmes actuels. Ce qui ne semble pas être discuté en revanche, c’est la datation de ces ossements. Elle a été réalisée en se fondant sur la chaîne de désintégration de l’uranium et sur le paléomagnétisme. Les ossements sont vieux d’un peu moins de 2 millions d’années, ce qui place A. sediba environ 1 million d’années après Lucy (A. afarensis) et le situe comme contemporain d'Homo habilis, le premier Homo. Ce résultat semble faire l’unanimité.

Contradictions de la tête au pied

Ce n’est pas le cas de l’analyse des ossements des pieds, des mains et des bassins qui tous exposent des caractéristiques tout à fait contradictoires, rendant périlleux le placement de cette nouvelle espèce au sein de l’arbre phylogénétique des Hominidés et semant le doute au sein de son organisation globale.


Les mains d'Australopithecus sediba, avec quelques-unes des caractéristiques phénotypiques, dont certaines sont semblables au genre Homo et d'autres aux Australopithèques.

Parmi les 220 ossements retrouvés, appartenant à au moins 5 individus de sexe et âge différents, la trouvaille la plus originale concerne probablement les os du bassin. Les paléontologues sont d’accord pour dire que la largeur du bassin (chez les femelles) est directement corrélée à la taille du cerveau. En effet, difficile pour un fœtus ayant un gros cerveau de passer par un bassin étroit. Mais les ossements de A. sediba semblent contredire cette quasi-certitude : la taille de son cerveau est comparable à celle d’autres Australopithèques tandis que le bassin semble aussi large que celui des Homo.

Bipédie et brachiation ?

Les ossements de la main sont également truffés d’incohérences. En effet, ils indiquent que le pouce est long et musclé, formant une pince avec l’index, ce qui est propice à la création ou à l’utilisation d’outils et rapproche donc A. sediba d'Homo habilis. Mais les ossements dévoilent aussi une capacité à la flexion importante de la main, ce qui est cohérent avec la brachiation (déplacement en s'accrochant aux branches), un caractère archaïque. Cette thèse est également soutenue par la longueur des bras.

Tous ces paradoxes sont confirmés par l’analyse des ossements du pied. Le talon, étroit, est semblable à celui des grands singes, tout comme le tibia. Mais le tendon d’Achille de A. sediba et sa voûte plantaire suggèrent une démarche proche de celle des Homo bipèdes.

Nouvel ancêtre pour Homo erectus ?

Tout indique donc que A. sediba était bipède et qu’il conservait également un mode de vie arboricole. En outre, les rapprochements phénotypiques avec Homo habilis et plus largement l’ensemble du genre Homo, notamment concernant la main, font de A. sediba un candidat très sérieux pour être l’ancêtre d'Homo erectus, comme le propose Lee Berger.

Si certains paléontologues n'osent guère s'avancer jusque là si rapidement, ils conviennent que cette découverte et les contradictions qui l'accompagnent sont intéressantes et nécessitent des analyses plus approfondies pour déterminer la place exacte d'Australopithecus sediba dans l'histoire de l'Homme.


La taille du bassin est normalement corrélée à la taille du cerveau du fœtus, mais les analyses d'Australopithecus sediba semblent montrer le contraire. Ici le bassin d'Australopithecus sediba (à droite) est comparé à celui d'Australopithecus africanus 

Source : Futura Sciences du 10/09/2011

lundi 19 septembre 2011

La plus vieille main humaine a près de 2 millions d'années

Découvert en 2008 en Afrique du Sud, l'Australopithecus sediba pourrait être l’ancêtre direct de l’Homme. Des fossiles vieux de près de 2 millions d'années ont été retrouvés.


L’Australopithecus sediba découvert en 2008 en Afrique du Sud pourrait être l’ancêtre direct de l’Homme. C’est ce qui ressort des travaux réalisés par une équipe de scientifiques dont font partie des chercheurs zurichois, a indiqué jeudi l’Université de Zurich.

Selon Peter Schmid, anthropologue à l’Université de Zurich associé aux fouilles, l’hominidé découvert en 2008 présente des caractéristiques humaines qui font de lui un meilleur candidat qu’»Homo habilis» pour le titre d’ancêtre direct de l’Homme.

Les os fossiles appartiennent à une femme d'une trentaine d'années et à un adolescent d'une dizaine d'années.

Si le cerveau est petit, il est néanmoins moderne et la main, longue, présente un pouce très moderne. Le bassin est humain mais le pied et le talon sont en même temps humains et simiesques.

La main du second squelette est la plus complète jamais trouvée. Ce membre est particulièrement significatif car, au cours de l'évolution, il a évolué d'organe locomoteur, chez les singes, à un outil polyvalent capable de fabriquer d'autres outils. A. sediba a une main plus moderne que Homo abilis - arrivé entre 200'000 et 300'000 plus tard - et considéré comme premier représentant du genre Homo.

Selon Peter Schmid A. sediba a très certainement été capable de fabriquer des outils, tout en pouvant encore grimper dans les arbres. Il doit y avoir eu, à la même période, des hominidés divers avec des mains différentes qui ont pu fabriquer les premiers outils.

Le bassin de A. sediba a des traits ancien et modernes, selon les chercheurs. Ce bassin est surprenant car son aspect moderne diffère de celui du cerveau qui est lui, encore petit.

On est jusqu'ici parti de l'idée que c'est la grandeur du cerveau qui a forcé l'évolution du bassin de manière à ce que ce dernier à laisse peu à peu passer des bébés à la tête de plus en plus grande. Il se peut aussi, toutefois, qu'une branche des ancêtres de l'homme ait présenté des bassins féminins plus larges, favorisant le passage de têtes plus grosses.

Source : Tribune de Genève du 08/09/2011

Notre ancêtre l'Australophithecus sediba

Un australopithèque serait à l'origine du genre Homo, montrent les résultats de cinq études publiés par 80 chercheurs dans la dernière édition du magazine Science.

Les travaux montrent en effet que des fossiles découverts en 2008 dans une grotte de Malapa, située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud, présentent des caractéristiques similaires à celles des hommes modernes.

L'analyse des restes d'un jeune mâle et d'une jeune femelle révèle des détails inconnus à ce jour du cerveau, du pelvis, de la main et du pied de l'Australophithecus sediba, un hominine primitif qui a été contemporain des premières espèces du genre Homo sur Terre.

Selon ces travaux et l'état des connaissances actuelles, l'Australophithecus sediba serait même le meilleur candidat parmi les ancêtres possibles du genre Homo.

L'examen du lieu de la découverte et des os a permis de dater l'origine des spécimens à 1,977 million d'années, soit aux alentours de l'émergence du genre Homo.

Des théories à revoir

Ces nouvelles connaissances pourraient porter un dur coup à certaines théories sur l'évolution humaine, dont notamment l'idée qu'à l'origine le pelvis humain s'est modifié en réponse à une taille accrue du cerveau.

Ces australopithèques avaient un très long pouce et des doigts puissants qu'ils auraient pu utiliser pour fabriquer des outils, malgré le fait que leur cerveau était de la taille de celui d'un grand singe.

Il y a ce long pouce, et de manière surprenante ce pouce est encore plus long que celui que nous voyons chez l'homme moderne.
— Tracy Kivell, Institut Max Planck

Le saviez-vous?
Les anthropologues pensaient, d'après une série d'os de la main retrouvés en Tanzanie et datant de 1,75 million d'années, que le premier hominidé à avoir su fabriquer des outils était l'Homo habilis.


Selon une équipe de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud, cette période précède les premières apparitions de traits spécifiques au genre Homo.

À ce jour, des fossiles datés de 1,90 million d'années étaient attribués à l'Homo habilis ou l'Homo rudolfensis et étaient considérés comme ancestraux à l'Homo erectus, l'ancêtre humain le plus ancien non contesté.

L'âge plus élevé des fossiles de l'Australophithecus sediba soulève maintenant la possibilité d'une lignée distincte et plus ancienne qui serait à l'origine de l'Homo erectus, estiment les chercheurs.

Un cerveau bien à lui

Les chercheurs se sont aussi penchés sur le cerveau (petit, mais évolué) et le bassin (qui témoigne d'une position debout) de ces spécimens pour constater qu'ils combinent les caractéristiques des grands singes et celles de l'homme en un seul ensemble anatomique.

Les ossements fossilisés de deux hominines comprennent :
•la main la plus complète jamais retrouvée;
•l'un des pelvis les plus complets jamais découverts;
•des parties entièrement inconnues du pied et de la cheville.

Petite histoire d'une grande découverte
C'est le professeur américain Lee Berger et son fils de 9 ans qui ont découvert le site de Malapa en 2008. Depuis, plus de 220 ossements provenant d'au moins cinq individus, dont des bébés et des jeunes enfants, ont été découverts.


Source : Radio Canada du 08/09/2011

vendredi 16 septembre 2011

Descendons-nous de l'Australopithecus sediba ?

L’australopithèque Sediba, dont les restes ont été découverts dans les caves de Malapa en Afrique du Sud en 2008, pourrait être un ancêtre direct de l’homme. Découvert par l’universitaire Lee Berger, de l’université du Witwatersrand de Johannesburg, son squelette présente des caractères métissés entre humains et singes, d’après cinq articles publiés par 80 scientifiques dans Science Magazine, rapporte le New York Times.

Cet australopithèque, dont on a retrouvé une main presque complète, un pied et une partie du bassin, aurait vécu il y a plus de 1,9 million d’années. Cette main attire précisément toute l’attention des paléontologues: son pouce, relativement long par rapport aux autres doigts, forme une pince avec son index et devait lui permettre de manipuler précisément des outils comme l’Homo habilis, l’homme habile.

Par ailleurs, la forme des pied retrouvés laisse penser que les deux spécimens exhumés pouvaient marcher debout et ont pu grimper sur des arbres comme des chimpanzés en quête de nourriture et de protection. «Ce mélange de morphologies suggère que l'australopithèque de Malapa employait encore ses mains pour grimper aux arbres, mais avait aussi une dextérité nécessaire à la fabrication d'outils en pierre», précise à l'AFP Tracy Kivell, co-auteure de l’étude.

Enfin, le bassin du spécimen femelle est plutôt large et le cerveau retrouvé, aux caractéristiques modernes, s’avère petit, ce qui contredit l’idée répandue selon laquelle la grandeur du cerveau aurait forcé à l’évolution en largeur du bassin féminin pour l’accouchement. L’Australopithecus sediba devrait-il figurer dans la lignée des ancêtres de l’Homo erectus? Depuis la découverte du site de Malapa par le chercheur Lee Berger et son fils lors d’une promenade, 220 ossements ont été trouvés provenant d’au moins cinq individus.

Le professeur Lee Berger conteste toutefois l’appellation du «chaînon manquant» dans la lignée des hominidés, selon le site sud-africain Business Day: «Nous n’utilisons pas ce terme –car ce n’est pas une découverte capitale mais plutôt quelque chose qui se raccroche à la branche des homo. C’est un fossile de transition avec des traits mixés, des caractères anciens et nouveaux.» Une position également privilégiée par le paléoanthropologiste Ian Tattersall du musée américain d’histoire naturelle à New York.

«C’est plus signifiant de prendre l’australopithèque sediba comme une métaphore de l’évolutionnisme que de le prendre comme preuve d’une ascendance directe.»

Source : Slate du 09/09/2011

Australopithecus sediba : Le chaînon manquant ?

Le squelette d'australopithèque, découvert en 2008 par des paléoanthropologues sud-africains, vient semer le trouble dans la théorie de l'évolution du genre humain.

Aurait-on affaire au « chaînon manquant » entre l'australopithèque et le genre homo ? Selon la communauté scientifique non, mais sans conteste, Australopithecus sediba marque une avancée significative dans la compréhension de l'évolution de notre espèce.

Australopithecus sediba a été découvert en 2008, dans la grotte de Malapa, non loin de Johannesburg en Afrique du Sud. Les fossiles de deux individus y sont retrouvés, une mère et son fils, vraisemblablement victimes d'une chute d'une dizaine de mètres dans l'une des nombreuses failles que compte la cavité calcaire, il y a environ deux millions d'années. Les ossements retrouvés sont en parfait état : crânes partiellement conservés, des dents, bassins, les jambes et les mains.

''Les meilleurs ancêtres potentiels du genre humain''

L'étude de ces fossiles a permis de différencier Australopithecus sediba de ses ancêtres tel australopithecus afarensis, c'est à dire Lucy, plus vieille d'un million d'années. Il est notamment plus grand, 1,30 mètre, et leur cerveau est plus volumineux : environ 440 cm3 à l'âge adulte. Mais là où Australopithecus sediba se distingue, c'est dans son habileté et sa dextérité. Les scientifiques sont en effet convaincus que le squelette (son bassin notamment) de cet australopithèque prouve une bipédie plus affirmée que ses ancêtres lui permettant de courir. Ses mains lui permettaient aussi de manier des outils, mais aussi de grimper aux branchages pour se nourrir.

Pour le paléoanthropologue, Lee Berger, qui a découvert et baptisé Australopithecus sediba, il n'est rien de moins que « le meilleur ancêtres potentiels du genre humain, le genre Homo, bien plus que d'autres découvertes précédentes telles que Homo habilis. »

Source : France Soir du 09/09/2011

jeudi 15 septembre 2011

Australopithèque semeur de trouble

Interview - Le paléoanthropologue Pascal Picq explique comment la découverte d’une équipe sud-africaine rend les débuts du genre humain de plus en plus flous.

Ce matin, la revue Science publie des articles décrivant une nouvelle espèce d’australopithèques découverte en août 2008 dans la région de Malapa, près de Johannesburg, par Lee Berger et Job Kibii de l’université de Witwatersrand, en Afrique du Sud. Les fossiles de deux individus - un jeune mâle d’environ 9 ans et une femelle - gisaient dans une couche géologique datée entre 1,977 et 1,98 million d’années. Les scientifiques ont baptisé cette espèce Australopithecus sediba. Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France (1) commente cette découverte.

- Qu’ont trouvé vos collègues ?
Deux fossiles, un mâle adolescent et une femelle. La qualité des fossiles est remarquable avec des crânes partiellement conservés, des dents, mais aussi mains, jambes, bassins. Le crâne du jeune mâle a été observé à l’aide du synchrotron de Grenoble pour faire des images de sa paroi interne avec des détails de moins de 100 microns afin d’étudier l’anatomie du cerveau.

- A quoi ressemblaient-ils ?
Comparés aux australopithèques plus anciens - d’environ un million d’années comme Lucy ou Australopithecus afarensis - ils sont un peu plus grands, environ 1,30 m. Leur crâne abritait un cerveau plus volumineux que Lucy d’environ 440 cm3 à l’âge adulte. Leur squelette, en particulier les mains et le bassin, montre des caractères prouvant une bipédie plus affirmée et une meilleure dextérité.

- Les auteurs ont hésité entre les genres Homo et Australopithecus pour cette nouvelle espèce. Pourquoi ?
Leur hésitation est compréhensible car ces êtres présentent une mosaïque de caractères dont les uns penchent en faveur du genre Homo et les autres pour Australopithecus. Ainsi, le crâne est certes petit mais les reliefs du cerveau montrent un développement des parties frontales, pariétales et temporales, liées à l’empathie et à la cognition, plus proche du genre Homo. Cela montre qu’il peut y avoir une évolution cognitive sans changement de taille du cerveau. Les parties étudiées de la main montrent d’ailleurs que Sediba a gardé une capacité de locomotion dans les branches d’un arbre mais possédait aussi la précision requise pour fabriquer et manipuler les outils de pierre. Le bassin fait penser qu’ils marchaient beaucoup, voire couraient, dans la savane, avec une démarche moins chaloupée que Lucy.

- Ce mélange de caractères signifie t-il qu’il pourrait s’agir de l’espèce qui a donné naissance aux premiers Homo ?
Les auteurs de la découverte auraient pu la classer dans le genre Homo…

- Cette histoire semble de plus en plus confuse…
Le processus de spéciation est nécessairement «confus» au sens où la séparation claire - et l’infertilité - entre espèce mère et espèce fille n’émerge qu’à la fin du processus. Il y a deux millions d’années, des populations d’australopithèques au sens large, vivant en Afrique, soumises à la sélection naturelle, ont développé des adaptations : une bipédie plus affirmée, un cerveau plus complexe, des mains plus habiles… et ces caractères, à l’inverse de ce qu’on a longtemps cru, ne sont pas spécifiques de la lignée humaine. Et n’apparaissent pas en harmonie à la fois entre «espèces» et chez les individus d’une même lignée : c’est l’évolution en mosaïque. Il est possible qu’on ne puisse jamais trancher entre les différents candidats australopithèques possibles à l’origine du genre Homo. Ce type de controverse se retrouve pour les hominidés plus anciens (Toumaï et Orrorin) il y a 6 ou 7 millions d’années. Le classement des espèces - la systématique - fonctionne bien pour les espèces clairement séparées, mais elle est en difficulté pour saisir les processus de spéciation, lorsque les frontières entre espèces sont nécessairement plus floues. Il faut souligner que le débat autour d’Australopithecus Sediba n’a rien à voir avec notre séparation d’avec les ancêtres des gorilles et des chimpanzés, consommée il y a 6 millions d’années.

- Ces êtres si proches n’ont-ils pas donné naissance à des lignées aux destins radicalement différents ?
Si. Entre 2 millions et 1 million d’années avant nous, on observe d’un côté des espèces qui ont renforcé leur côté australopithèque, ce qui a fini avec les paranthropes, plus robustes, grands, dotés de mâchoires impressionnantes, utilisant des outils… mais avec de gros cerveaux eux aussi. Et de l’autre, la lignée humaine dont la caractéristique principale semble avoir été une grande plasticité comportementale et la bougeotte qui l’a conduit loin de son berceau africain, et, dès il y a 1,85 million d’années au moins, jusqu’en Géorgie (les Homo de Dmanissi). En moins de 100 000 ans, nos ancêtres directs ont creusé l’écart avec leurs cousins australopithèque par leur capacité à s’adapter à une vaste gamme de niches écologiques et à se libérer entièrement de la forêt. En termes évolutionnistes, les Homo ont réussi puisqu’ils existent toujours. Tandis que les australopithèques, qui ont tout de même persisté jusqu’à il y a un million d’années, ont probablement disparu sous la pression de changements dans l’environnement et de la double concurrence des Homo d’un côté et des babouins de l’autre.

(1) Pascal Picq, «Il était une fois la paléoanthropologie», Odile Jacob 2010

Source : Libération du 09/09/2011

L’australopithèque de Malapa savait fabriquer des outils, révèle une étude

L’australopithèque de Malapa grimpait aux arbres comme un singe, mais avait aussi de longs doigts agiles capables de fabriquer des outils, révèle une étude jeudi, alors que jusqu’à présent on pensait que c’était l’Homo habilis qui avait été le premier à en concevoir.


Cette découverte, rendue publique dans la revue américaine Science et à laquelle ont participé quelque 80 scientifiques du monde entier, découle de l’étude minutieuse des deux squelettes fossilisés d’hominidés retrouvés en Afrique du Sud en 2008 et datant de 1,9 million d’années.

Ces nouveaux australopithèques, une femme et un jeune garçon retrouvés dans la grotte de Malapa, avaient un très long pouce et des puissants doigts qu’ils auraient pu utiliser pour fabriquer des outils, et ce malgré le fait que leur cerveau était de la taille de celui d’un grand singe, indique l’étude.

Jusqu’à présent, les scientiques pensaient, d’après une série d’os de la main retrouvés en Tanzanie et datant de 1,75 million d’années, que le permier hominidé à avoir su fabriquer des outils était l’Homo habilis.

Les os des mains des deux australopithèques de Malapa (appelés aussi australopithèques sediba) "révèlent un mélange surprenant de caractéristiques dont nous n’aurions pas imaginé l’existence dans une même main", assure Tracy Kivell de l’Institut allemand d’anthropologie évolutionniste Max Planck, à Leipzig.

"Il y a ce long pouce, et de manière surprenante ce pouce est encore plus long que celui que nous voyons chez l’homme moderne", ajoute Mme Kivell, co-auteur de l’étude.

"Le poignet était aussi plus à même de supporter des poids élevés qu’il aurait pu avoir à soulever au moment de l’utilisation d’outils", et il avait de longs et fins doigts "capables de puissantes prises".

"Ce mélange de morphologies suggère que l’australopithèque de Malapa employait encore ses mains pour grimper aux arbres, mais avait aussi une dextérité nécessaires à la fabrication d’outils en pierre", souligne la chercheuse.

"Si ces ossements n’avaient pas été retrouvés collés les uns aux autres, l’équipe (de chercheurs) aurait pu dire qu’ils appartenaient à des espèces différentes", remarque Bernard Zipfel de l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud.

L’étude s’est aussi penchée sur d’autres parties du corps des australopithèques de Mapala, dont le cerveau —petit mais évolué—, le bassin —qui témoigne d’une position debout—, ainsi que les pieds et les anches, qui "combinent les caractéristiques des grands singes et celles de l’homme en un seul ensemble anatomique", affirme Lee Berger à la tête de l’équipe de chercheurs.

Ce professeur américain de l’université du Witwatersrand et son fils de 9 ans avaient découvert en 2008 le site de Malapa, au nord de Johannesbourg, dans lequel ont depuis été retrouvés plus de 220 ossements provenant d’au moins cinq individus, dont des bébés et des jeunes enfants.

Source : Africa1.com du 08/09/2011

mercredi 14 septembre 2011

Un australopithèque serait à l’origine du genre Homo

Des fossiles d'australopithèque d'Afrique du Sud présentent une combinaison unique de traits modernes.

Des chercheurs révèlent de nouveaux détails sur le cerveau, le pelvis, la main et le pied d'Australophithecus sediba, un hominine primitif qui a été contemporain des premières espèces du genre Homo sur Terre. Ces découvertes montrent que Au. sediba possédait des caractéristiques primitives mais aussi modernes proches des humains. Cette nature "mosaïque" fait que les chercheurs suggèrent maintenant que australopithèque sediba pourrait être le meilleur candidat parmi les ancêtres possibles du genre Homo.

Ces découvertes jettent un doute sur des théories de longue date portant sur l'évolution humaine, dont notamment l'idée qu'à l'origine le pelvis humain s'est modifié en réponse à une taille accrue du cerveau. De nouveaux indices suggèrent aussi que australopithèque sediba a pu fabriquer des outils.

Ces trouvailles, qui incluent la main la plus complète jamais retrouvée d'un hominine précoce, l'un des pelvis les plus complets jamais découverts et des parties entièrement nouvelles du pied et de la cheville, sont détaillées dans cinq études séparées. Cette recherche sur australopithèque sediba présente même un scan à haute résolution du crâne d'un hominine précoce, ainsi qu'un travail qui date à presque 2 millions d'années son site d'origine à Malapa, en Afrique du Sud, soit aux alentours de l'émergence du genre Homo.

Les cinq études paraissent dans l'édition du 9 septembre de Science, revue publiée par l'AAAS, l'association internationale pour la science à but non lucratif.

Lee Berger, le directeur du projet de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud, explique ce que signifient ces nouvelles découvertes pour l'homme moderne. « Les nombreux traits évolués que présentent le cerveau et le corps, ainsi que leur date plus ancienne, font de australopithèque sediba l'un des meilleurs candidats pour être un ancêtre de notre genre Homo, plus que les trouvailles antérieures telles que celle d'Homo habilis ».

L'âge des fossiles a été déterminé à environ 1,977 million d'années, ce qui précède les premières apparitions de traits spécifiques au genre Homo parmi tous les fossiles connus. Jusqu'à présent, les fossiles datés de 1,90 million d'années, le plus souvent attribués à Homo habilis ou Homo rudolfensis, ont été considérés comme ancestraux à Homo erectus, l'ancêtre humain le plus ancien non contesté. L'âge plus élevé de ces fossiles d'australopithèque sediba soulève maintenant la possibilité d'une lignée distincte et plus ancienne à l'origine de Homo erectus.

« Science se réjouit de publier ces travaux qui apportent des données substantielles sur cette espèce qui a vécu à un moment important au cours de l'évolution humaine et qui est présentée pour la première fois dans le numéro du 9 avril 2010 » commente Brooks Hanson, rédacteur à la revue pour les sciences physiques. « Des fossiles d'humains précoces complets et bien préservés sont très rares, et Au. sediba offre maintenant un aperçu détaillé de certaines parties clés de son anatomie telles que la main et le pied qui sont rarement en bon état. »

Les grottes de Malapa, situées à une cinquantaine de km au nord-ouest de Johannesburg, ont fourni depuis des années un riche ensemble de fossiles d'hominines précoces. Elles font partie du site Berceau de l'Humanité reconnu comme un site de l'héritage mondial (World Heritage Site) et distingué pour sa signification à la fois physique et culturelle. L'an passé, Lee Berger et ses collègues avaient annoncé la découverte de vestiges d'un jeune mâle (MH-1) et d'une femelle adulte (MH-2) de Au. sediba retrouvés ensemble dans l'une de ces grottes.

Pour dater l'âge de ces fossiles, les chercheurs se sont tournés vers les sédiments dans lesquels ils ont été si bien conservés. Ces fossiles n'avaient pas bougé depuis leur immobilisation sur place et les chercheurs ont pu isoler des concrétions calcaires au-dessus et au-dessous d'eux. Sur ces roches environnantes, Robyn Pickering de l'Université de Melbourne à Victoria en Australie et ses collègues ont utilisé des techniques avancées de datation basées sur l'uranium et le plomb ainsi que sur le paléo-magnétisme mesurant le nombre d'inversions du champ magnétique terrestre.

« Ceci nous a permis de limiter le dépôt de ces concrétions avec australopithèque sediba à l'un de ces brefs épisodes du champ magnétique, l'évènement pré-Olduvai d'il y a environ 1,977 million d'années » écrit Pickering.

Cet âge élevé des fossiles a quelque peu surpris les chercheurs vu les traits visiblement proches de Homo que présentait déjà australopithèque sediba à l'époque.

Kristian Carlson de l'Université du Witwatersrand et ses collègues ont examiné un crâne partiel de MH-1 et en ont fait un moulage interne de l'espace qu'a occupé son cerveau.

« Le cerveau à l'intérieur du crâne ne se fossilise pas » précise Carlson. « En étudiant les marques portées par la face interne du crâne, les paléontologues ont néanmoins une possibilité de voir à quoi ressemblait la surface du cerveau. En quantifiant le volume contenu par le crâne, ils peuvent aussi estimer la taille du cerveau »

Selon les chercheurs, le jeune australopithèque devait avoir entre 10 et 13 ans, selon les critères de développement humain, lors de son décès.

« Le crâne exceptionnellement bien conservé de MH-1 a été scanné à l'European Synchrotron Radiation Facility, ce qui a permis de révéler son anatomie interne avec la plus grande précision et le plus grand contraste actuellement possibles » poursuit Carlson. « L'ESRF est l'installation la plus puissante au monde pour scanner les fossiles et donne la référence de ce que l'on peut faire au cours d'études non destructive de la structure interne des fossiles. »

Les chercheurs ont trouvé que le cerveau de ce jeune avait une forme de type humaine mais restait beaucoup plus petit que celui des espèces du genre Homo. La région orbito-frontale, celle directement derrière les yeux, montre des signes de réorganisation nerveuse, ce qui indique peut-être, selon les chercheurs, une restructuration vers un lobe frontal de type plus humain. Les résultats obtenus par Carlson remettent en cause la théorie d'un grossissement progressif du cerveau au cours de la transition du genre Australopithecus à Homo. Ils corroborent plutôt l'hypothèse alternative qui propose que la réorganisation des neurones de la région orbitofrontale a permis à australopithèque sediba d'évoluer tout en conservant un petit crâne.

Une autre étude portant sur un pelvis partiel de MH-2 va dans le même sens. Job Kibii de l'Université du Witwatersrand et ses collègues affirment que le pelvis chez le genre Homo n'a pu évoluer en réponse à une extension de la capacité crânienne. En fait, Au. sediba était déjà en train de développer un pelvis avec des caractéristiques modernes de type Homo alors que son crâne et son cerveau restaient petits.

« Il est clair que deux choses ont pu induire une évolution du pelvis dans notre lignée Homo » précise Steven Churchill de l'Université Duke à Durham, en Caroline du Nord, et l'un des co-auteurs de l'article. « La première est la locomotion bipède. Nous la voyons apparaître de plus en plus souvent entre six et deux millions d'années. La seconde est notre cerveau de grande taille. »

« Notre cerveau devait passer au travers du pelvis et des adaptations ont donc dû se faire » poursuit Churchill. « Ce qui est drôlement intéressant chez sediba c'est que son pelvis est déjà différent de celui des autres australopithèques alors qu'il a encore un petit cerveau ; Difficile d'imaginer alors qu'un changement dans la locomotion n'est pas derrière tout cela. »

Et comme pour la plupart des traits observés chez australopithèque sediba, le pied et la main de l'hominine montrent une combinaison intéressante d'éléments modernes et primitifs.

Il ne manque que quelques os au poignet et à la main de MH-2, ce qui en fait le fossile de main le plus complet connu chez un hominine précoce. Tracy Kivell de l'Institut Max Planck pour l'Anthropologie Evolutionniste à Leipzig en Allemagne et ses collègues ont étudié la main femelle d'Au. sediba et découvert qu'elle avait un puissant système de flexion, ce qui suggère un déplacement dans les arbres. La main possède toutefois un long pouce et des doigts courts qui sont le signe d'une préhension précise où la paume n'est pas impliquée. Il est peut-être même possible, notent les chercheurs, que Au. sediba ait déjà commencé à s'exercer à faire des outils.

« La main est l'un des éléments les plus caractéristiques de la lignée humaine et celle des grands singes est très différente » indique Kivell. « Les grands singes ont de longs doigts pour s'agripper aux branches ou pour se déplacer et donc un pouce relativement court qui rend difficile une préhension comme chez l'homme. »

« Au. sediba possède au contraire une main plus humaine avec des doigts plus courts et un très long pouce » poursuit Kivell. « Bien qu'il ait été doté en même temps de muscles très puissants pour la préhension. Notre équipe a considéré que cette main devait être capable de fabriquer et d'utiliser des outils tout en restant utile pour grimper et tout à fait apte à pratiquer une préhension précise de type humain. »

Ces découvertes ne signifient toutefois pas que Au. sediba ait été le seul hominine capable de faire des outils il y a environ deux millions d'années. L'Homo habilis ou « homme habile » était déjà présent mais sa main avait une structure très différente. Ces dernières données montrent cependant que différents hominines dotés de mains avec des morphologies distinctes ont pu co-exister et fabriquer des outils simples.

Finalement, une étude du pied et de la cheville de MH-1 et MH-2 révèle que australopithèque sediba grimpait probablement parfois aux arbres et avait un mode unique de locomotion bipède. Bernhard Zipfel de l'Université du Witwatersrand et ses collègues indiquent que la cheville de MH-2 est l'une des plus complètes jamais trouvées pour un hominine, et aucune cheville n'a en même temps été décrite avec des traits aussi primitifs et avancés.

« ...Si les os n'avaient pas été retrouvés ensemble, l'équipe aurait pu les décrire comme appartenant à des espèces différentes » précise Zipfel.

L'articulation de la cheville est largement comme celle de l'homme estiment les chercheurs, avec la trace d'une voûte de type humaine et un tendon d'Achille bien défini. Le talon et le tibia apparaissent toutefois du type de ceux des grands singes.

Cette combinaison de traits modernes et primitifs évoque l'image d'un hominine qui a permis de faire naître les diverses espèces du genre Homo il y a deux millions d'années. Seul le temps, et plus de recherches, diront exactement dans quelle mesure MH-1 et MH-2 étaient apparentés à notre lignée humaine.

« La confusion règne dans les fossiles des premiers Homo » ajoute Churchill. « De nombreux fossiles sont attribués à différentes espèces d'une manière contestable ou leur datation est très insuffisante ; australopithèque sediba possède plusieurs traits dérivés communs avec ceux du genre Homo. Si l'on devait faire une liste des traits partagés avec habilis, rudolfensis et sediba, celle de sediba serait la plus longue, et il semble donc se présenter comme un bon ancêtre pour la première espèce qui soit reconnue par tout le monde dans le genre Homo, à savoir H. erectus. »

Source : Planet-Techno-Science du 09/09/2011

Nouvelles révélations sur l’Australopithecus sediba, le chainon manquant

De nouvelles études viennent asseoir le statut de « chaînon manquant » de l’Australopithecus sediba, une espèce d’hominidé en partie homme, en partie singe. Les résultats des analyses bouleversent le modèle classique de l’évolution humaine.

Les résultats des cinq études publiées aujourd’hui dans le magazine Science, laissent les paléoanthropologues coi. Le squelette de l’Australopithecus sediba rassemble un panel de caractéristiques piochées chez différentes espèces d’hominidés – de Lucy, une Australopithecus afarensis âgée de 3,2 millions d’années, à nous les Homo sapiens seulement vieux de 200 000 ans.

En 2008, Lee Berger, paléoanthropologue à l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, découvre par hasard la grotte de Malapa (Afrique du Sud) lors d’une promenade avec son fils. Depuis, cinq cadavres de A. sediba ont été excavés. Mais seuls les plus complets ont été analysés : celui d’une femme adulte et d’un enfant mâle d’une dizaine d’années. Un puzzle de 220 os, datés de 1,98 millions d’années.

Le cadavre de A. sediba renvoient des messages contradictoires : son bassin est plus large que celui d’un australopithèque ; les os de ses jambes et de ses chevilles révèlent que l’espèce marchait droite ; et sa cheville s’apparente presque trait pour trait à une cheville humaine. Mais ses long bras, ses pieds et ses tibias soulignent une filiation avec le chimpanzé. Assemblés, ces indices suggèrent que le A. sediba été à la fois bipède et arboricoles.

Cette mosaïque de particularités réserve encore des surprises : attachées à ces bras de forme primate, les mains du squelette “sont les plus humaines découvertes sur un fossile, en dehors de celles de l’Homo sapiens et de l’homme de néanderthal,” précise Berger. Les paléoanthropologues n’ont pas déterrés d’outils près des corps. Mais le A. sediba aurait pu en utiliser, comme l’indique son pouce musclé couplé à un index long et fin, qui fait pince. Son poignet possède aussi la force nécessaire pour soulever des objets lourds. Tout cela bien avant l’Homo habilis, jusqu’ici considéré comme le premier fabricant d’outils.

À l’époque de la trouvaille, Lee berger faisait valoir que A. sediba serait une nouvelle espèce hominidé du genre Homo. Et pas n’importe laquelle : l’ancêtre de l’Homo erectus – par conséquent le nôtre – le chainon manquant entre le genre Homo et les australopithèques.

gamechangeriMais de nombreux chercheurs réfutent déjà le bien fondé de cette hypothèse. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une espèce tardive d’australopithèque.

“C’est ce à quoi il faut s’attendre lorsqu’on découvre une espèce transitoire : 50% des chercheurs affirmeront avoir raison – c’est un australopithèque ! – et l’autre moitié demandera à ce qu’il soit placé dans le genre Homo”, ironisa Berger.

Cette distribution unique des traits hominidés chez une seule espèce désacralise le schéma classique de l’évolution : un fossile peut-il représenter un ancêtre direct de l’homme moderne à lui seul ? Ce puzzle est-il le symptôme d’une évolution sans issue ? Autant de questions auxquelles devront répondre les paléoanthropologues.

“Curieusement, nous estimons que notre morphologie et notre comportement sont si spécifiques qu’ils n’auraient pu évoluer en ce sens qu’une seule fois, chez nos ancêtres, ajoute Bernard Woods, paléoanthropologue à l’université George Washington. Ajoutez à cela les résultats de l’étude sur l’A. sediba, et il sera bien difficile de concevoir l’évolution humaine.”

Source : National Geographic du 09/09/2011

mardi 13 septembre 2011

Les origines de l'homme remises en question

Une découverte primordiale vient dêtre faite dans le monde de la paléontologie. Jusqu'alors, les théories scientifiques s'accordaient à dire que l'Homme descendait directement de l'Australopithèque, lui même descendant du singe. Mais une étude publiée dans le dernier magazine «Science» remet en question cette thèse.

Il y aurait une espèce intermédiaire entre les Australopithecus et les Homo : l'Australopithecus sediba.

Cette avancée survient après la découverte de deux corps fossilisés en 2009 dans une grotte de Malapa, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud. Datant de 1,9 million d'années, ces squelettes appartiennent à une jeune fille d'une vingtaine d'années et à son jeune fils, tous deux victimes d'une chute d'une dizaine de mètres dans une faille de cette formation calcaire.

«C’est un fossile de transition»

En étudiant les mains des spécimens, les scientifiques ont découvert un «mélange surprenant de caractéristiques». «Son pouce est encore plus long que celui que nous voyons chez l'homme moderne. Le poignet était aussi plus à même de supporter des poids élevés qu'il aurait pu avoir à soulever au moment de l'utilisation d'outils», décrit Mme Kivell, co-auteur de l'étude. «Ce mélange de morphologies suggère que l'australopithèque de Malapa employait encore ses mains pour grimper aux arbres, mais avait aussi une dextérité nécessaire à la fabrication d'outils en pierre», souligne la chercheuse.

La forme de leur pied a aussi créé l'étonnement chez les scientifiques. Il laisserait penser que cette espèce pouvait marcher debout mais aussi grimper sur des arbres comme les chimpanzés. L'étude du bassin de la femelle a quant à elle remis en question la théorie selon laquelle la taille importante du cerveau aurait agrandit le bassin féminin pour l’accouchement. Le bassin du spécimen femelle est en effet plutôt large et son cerveau petit.

Le professeur Lee Berger, qui a découvert les squelettes, conteste de son côté l’appellation «chaînon manquant», sur le site sud-africain Business Day : «Nous n’utilisons pas ce terme car ce n’est pas une découverte capitale, il s'agit plus d'une branche de l'Homo. C’est un fossile de transition avec des traits mixés, à la fois anciens et modernes.»

Source : Le Parisien du 09/09/2011

Un petit ancêtre de l'homme doué de la tête et des mains

Le nouvel australopithèque sud-africain remet en cause l'origine du genre humain.

En explorant une grotte près de Johannesburg en 2008 avec son fils Matthew et son chien Taub, le paléoanthropologue sud-africain Lee Berger ne se doutait sûrement pas qu'il allait faire une découverte exceptionnelle qui est en passe de réécrire l'histoire des origines de l'homme. Pris dans la roche et parfaitement conservés depuis près de 2 millions d'années, les ossements découverts par son fils appartiennent à deux individus, probablement une mère et son fils, victimes d'une chute d'une dizaine de mètres dans l'une des nombreuses failles de cette formation calcaire.

D'après Lee Berger, qui les a baptisés Australopithecus sediba, ces deux fossiles étonnamment complets sont rien de moins que «les meilleurs ancêtres potentiels du genre humain, le genre Homo, bien plus que d'autres découvertes précédentes telles que Homo habilis».

Avant la découverte dans cette grotte de Malapa près de Johannesburg, le consensus voulait que le genre humain soit issu de l'évolution des australopithèques il y a plus de 3 millions d'années, dont la plus célèbre représentante est Lucy, codécouverte par Yves Coppens, puis des Homo habilis, capables d'utiliser des outils, pour arriver à l'ancêtre de l'homme moderne, Homo erectus, il y a 1,9 million d'années.

Pour le découvreur sud-africain, ses australopithèques seraient les ancêtres directs des Homo erectus, jetant aux orties des décennies de travail qui avaient installé Homo habilis à cette même place.

Cette idée révolutionnaire est très loin de faire l'unanimité dans la communauté des paléoanthropologues, mais tous les spécialistes reconnaissent l'importance exceptionnelle de la découverte faite par Lee Berger.

«Le problème de l'australopithèque sediba, c'est son âge, résume Jean-Jacques Hublin, professeur à l'institut Max Planck de Leipzig. Il n'a que 1,9 million d'années, ce qui est à peu près le même âge que les premiers Homo erectus qu'il aurait précédés.»

Synchrotron

«Je ne suis pas sûr que sediba soit le meilleur ancêtre potentiel du genre humain, explique Paul Tafforeau, scientifique au synchrotron ESRF de Grenoble qui a participé à l'étude du crâne, mais il reflète parfaitement la forme de transition entre les australopithèques et le genre Homo. Il a notamment de nombreux caractères évolués qui sont plus proches du genre Homo que des australopithèques. Le crâne est de petite taille, 420 cm3, soit proche de celui d'un chimpanzé, mais il montre en revanche une complexification de sa partie avant qui est remarquable.»

Le crâne du jeune mâle, âgé de 10 à 13 ans, est par chance particulièrement bien conservé, il ne manque que la paroi arrière, et grâce aux techniques mises au point ces dernières années par Paul Tafforeau au synchrotron grenoblois, les chercheurs ont pu travailler sans avoir à le dégager de sa gangue rocheuse, ce qui l'aurait immanquablement fragilisé. «Sans fausse modestie, nous avons avec l'ESRF à Grenoble, le meilleur synchrotron au monde pour l'étude des fossiles», précise le chercheur français.

Utiliser des outils

Les puissants faisceaux de rayons X du synchrotron ont permis de réaliser un scan très précis de l'intérieur du crâne, produisant un moulage virtuel du cerveau en 3D avec une résolution aussi fine que la taille d'un cheveu.

Cette empreinte montre que la structure de l'avant du cerveau, siège des pensées abstraites, est plus évoluée et plus complexe que chez les autres australopithèques, et se rapproche de ce côté de la forme des cerveaux humains.

Si le cerveau est plus évolué, l'agilité manuelle et la bipédie de sediba ne sont pas en reste. Les mains et les pieds des deux individus montrent également des caractères très avancés, jamais vus chez les australopithèques. «Les pouces sont plus longs alors que les autres doigts sont plus courts, explique Jean-Jacques Hublin, ce qui aide pour saisir des objets avec une meilleure précision.» Pour les chercheurs, avec ses pouces opposables, les australopithèques sediba étaient capables d'utiliser des outils, une aptitude que l'on pensait être auparavant l'apanage des Homo habilis.

En revanche, les avant-bras puissants et longs montrent que ces petits bipèdes (ils faisaient tout juste 1,27 m) étaient encore à l'aise pour grimper aux branches des arbres.

Pour la marche et la bipédie, c'est également un mélange de caractères avancés et d'autres plus anciens: les pieds ressemblent à ceux des grands singes, mais l'articulation des os de la cheville est proche de celle de l'homme.

«Par de nombreux aspects, l'australopithèque sediba présente une mosaïque de caractères primitifs et de caractères évolués qui le rendent tout à fait unique» , estime Paul Tafforeau.

3 questions à Yves Coppens

- Pourquoi la découverte de cet australopithèque sud-africain est-elle aussi importante ?

C'est tout d'abord une toute nouvelle espèce de préhumains, des anciens hominidés qui vivaient en Afrique du Sud, D'autre part, les deux squelettes découverts, un mâle et une femelle, sont assez jeunes, un peu moins de 2 millions d'années, mais beaucoup plus complets que Lucy, qui avait, elle, 3 millions d'années. Et ils sont extraordinairement bien con­­servés.

- Partagez-vous l'idée du découvreur sud-africain Lee Berger, qui pense qu'il s'agit d'ancêtres du genre humain ?

J'ai beaucoup de respect pour ce chercheur que je connais, ainsi que pour les travaux remarquables qu'il a publiés avec son équipe, mais je ne pense pas qu'il ait besoin d'évoquer une telle hypothèse. Ces deux australopithèques, sont trop jeunes, 2 millions d'années, et ont trop de différences avec les premiers Homo erectus, pour être leurs ancêtres.

- Où faut-il alors replacer cet Australopithecus sediba dans l'arbre des origines de l'homme ?

C'est, à mon sens, une évolution parallèle en Afrique du Sud à celle des premiers hommes, apparus en Afrique de l'Est, ce qui est en soi déjà passionnant. Les hominidés ont dû s'adapter pour faire face à la pression terrible des changements climatiques autour de 3 millions d'années. Des changements qui ont provoqué un très fort assèchement en Afrique et la diminution du nombre d'arbres au profit de la savane. En Afrique de l'Est, l'évolution a pris la forme de l'homme moderne, Homo habilis puis Homo erectus, avec une grosse tête et des mains habiles, et, en Afrique du Sud, l'évolution des australopithèques aurait abouti à ces nouveaux Australopithecus sediba, qui sont à la fois plus doués de la tête et des mains, mais qui n'ont pas eu la chance, à mon sens, de donner naissance au genre humain.

Source : Le Figaro du 09/09/2011