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vendredi 31 janvier 2014

Yeux bleus et peau foncée pour un homme préhistorique

L’analyse du génome d’un chasseur-cueilleur qui a vécu en Espagne il y a 7000 ans révèle son apparence.


MÉSOLITHIQUE. L’analyse du premier génome complet d’un individu ayant vécu dans l’Europe mésolithique, il y a environ 7000 ans, est publiée cette semaine dans la revue Nature. Elle révèle que ce chasseur-cueilleur avait la peau foncée et les yeux bleus.

Avant la transition agricole

Surnommé La Brana-1, l’homme dont l’ADN a été extrait à partir d’une dent, vivait au Nord-Ouest de l’Espagne. Son squelette a été retrouvé en 2006 dans un réseau de grottes de la Cordillère Cantabrique, en compagnie d’un deuxième : tous deux étaient exceptionnellement bien conservés. L’analyse effectuée par une équipe de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone livre de nombreuses informations sur l’équipement génétique des humains d’avant la transition agricole.

DIGESTION. L’étude révèle ainsi L'homme était probablement intolérant au lactose et digérait mal les féculents (dont l’amidon des céréales), soutenant ainsi l’hypothèse que ces adaptations ont été engendrées par l’adoption de l’agriculture quelques siècles plus tard.

C’est en effet au Néolithique (il y a 5000 ans) que le régime alimentaire des européen a radicalement changé avec l’introduction d’une plus grande quantité de glucides (céréales) dans le menu quotidien. L’agriculture, avec la proximité des animaux, a également favorisé la transmission de nouveaux pathogènes. Curieusement, les variants génétiques associés à la résistance à ces pathogènes sont déjà présent chez l'homme de La Brana, ce qui suggère qu’ils ne représentent pas une adaptation évolutive.

Peau sombre, yeux bleus

"Toutefois, la plus grande surprise a été de découvrir que cet individu possédait des versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation, ce qui indique qu'il avait la peau sombre, même si nous ne pouvons pas connaître la nuance exacte" signale Carles Lalueza-Fox, un des auteurs de l’étude. "Et encore plus surprenant nous avons constaté qu'il possédait les variations génétiques qui produisent les yeux bleus chez les européens actuels, entraînant un phénotype unique qui n’existe pas dans les populations européennes contemporaines" rajoute-t-il.

BAIKAL. Certains variants indiquent néanmoins une proximité génétique entre l’homme de La Brana et les populations d’Europe du Nord, comme la Suède et la Finlande.

D’autres montrent aussi qu’il partage un ancêtre commun avec des peuplades qui vivaient il y a plus de 10 000 ans près du lac Baïkal, en Sibérie, dont le génome a été extrait il y a quelques mois, signalent les auteurs. "Ces données indiquent qu’il y a une continuité génétique entre les populations d’Eurasie centrale et les populations occidentales" conclut Carles Lalueza-Fox.


Source : Sciences et Avenir du 28/01/2014

mardi 28 janvier 2014

Un homme préhistorique à la peau foncée et aux yeux bleus

Des chercheurs ont réussi l'exploit de décrypter les gènes d'un chasseur-cueilleur qui vivait il y a 7000 ans.

Il avait 30 à 35 ans au moment de sa mort, il y a quelque 7000 ans. Il vivait dans ce qui est aujourd'hui le nord-ouest de l'Espagne. Grâce à une analyse fine de son ADN et à une reconstitution faciale à partir de son crâne, les chercheurs ont pu établir un véritable portrait-robot de cet homme préhistorique. Et en couleur puisque ses gènes ont parlé: il devait avoir la peau foncée, les cheveux bruns et… les yeux bleus.

C'est ce qu'une équipe internationale de 24 chercheurs (espagnols, américains, danois, australiens, hollandais), sous la houlette de l'Espagnol Carles Lalueza-Fox (Institut de biologie évolutive, Barcelone) vient de rendre publique dans la revue Nature .

Les chercheurs ont réussi à obtenir la séquence ADN quasi complète de Brana-1 (son appellation) à partir d'une dent très bien conservée. Il avait été trouvé en 2006 dans la grotte de La Brana-Arintero, dans la province de Leon, en compagnie d'un deuxième squelette masculin. À cette époque (nommée mésolithique, entre le paléolithique et le néolithique, la plus proche de nous), les hommes vivaient de leur chasse et de la cueillette de végétaux. Premier résultat des analyses, ces chasseurs-cueilleurs ibériques étaient génétiquement éloignés des populations européennes actuelles. Mais ils étaient cependant plus proches des Européens du Nord (Suédois ou Finlandais par exemple).

La séquence ADN quasi-complète de Brana-1 a été obtenue à partir d'une dent très bien conservée.

«Ses gènes montrent qu'il devait avoir la peau et les cheveux foncés, ce qui est une première surprise, mais il possède aussi des gènes qui, chez l'humain moderne, engendrent des yeux bleus, explique Carles Lalueza-Fox. Cette combinaison génétique n'existe pas dans les populations européennes modernes.» On pensait jusqu'ici que le teint de peau de ces hommes préhistoriques devait être plus clair. Le changement s'est donc fait plus tard. Les chercheurs ont également comparé l'ADN séquencé de Brana-1 à d'autres ADN anciens, comme celui d'un fossile humain vieux de 23.000 ans, découvert en Sibérie, près du lac Baïkal. «Il y a clairement une signature génétique commune entre eux», estime Carles Lalueza-Fox. «Ce qui montre qu'il y a une continuité génétique dans ce laps de temps entre l'Eurasie occidentale et l'Eurasie centrale.»

Les chercheurs ont également pu explorer les gènes du système digestif de ce chasseur-cueilleur. Il s'avère qu'il était intolérant au lactose et mal «équipé» pour digérer l'amidon (céréales ou pommes de terre). Les chercheurs estiment donc que c'est au sortir du mésolithique, il y a 5000 ans, et à l'entrée au néolithique, que le chasseur-cueilleur, devenu agriculteur et éleveur, a changé au fil du temps, privilégiant les individus pouvant boire du lait et assimiler les céréales.

Résistance à certains agents pathogènes et à certaines maladies

«Le travail de Carles Lalueza-Fox est remarquable, estime Philippe Charlier, médecin légiste et spécialiste de l'ADN ancien. Le connaissant, s'il suggère que tous ces caractères étaient vraisemblablement présents, il a sans nul doute raison.» L'autre squelette, Brana-2, pourrait-il confirmer le tableau? «Nous y travaillons très fort, nous a confirmé Carles Lalueza-Fox. Mais pour le moment, nous n'avons pas pu trouver un vraiment bon échantillon à partir de ce fossile. Peut-être que ce second squelette a été plus exposé à l'eau, ce qui a affecté la préservation de l'ADN.»

D'autres caractères génétiques de cet homme préhistorique ont été repérés, comme la résistance à certains agents pathogènes et à certaines maladies, variations génétiques encore présentes chez l'homme moderne. «Il est clair, affirme Carles Lalueza-Fox, que nous pouvons maintenant, grâce aux progrès techniques, étudier la génétique des hommes de la préhistoire à partir d'échantillons anciens. Et je prédis que l'archéo-génétique va révolutionner notre point de vue sur cette période et va entraîner de grands changements, générant ainsi un tableau plus complexe et fin du passé.»

Source : Le Figaro du 27/01/2014

lundi 27 janvier 2014

Préhistoire : les premiers Européens étaient bruns aux yeux bleus

Une équipe espagnole a séquencé le premier génome complet d'un chasseur-cueilleur européen. Il y a 7000 ans, il avait probablement la peau et les cheveux foncés mais les yeux bleus.

A quoi ressemblaient nos ancêtres ? L'analyse d'une l'équipe de recherche Espagnole, publiée dimanche par la revue Nature, permet de dessiner le portrait d'un Européen du Mésolithique, période de la Préhistoire intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique, où la subsistance était encore assurée par la chasse et la cueillette.

Elle livre également des indices sur les changements apportés à la physiologie humaine par l'introduction progressive en Europe, au Néolithique, de l'agriculture et de la domestication.

L'équipe a analysé l'ADN d'une dent d'un des deux squelettes masculins découverts en 2006 dans la grotte de La Brana-Arintero, dans la province de Leon (nord-ouest de l'Espagne).

Les ossements, préservés dans de bonnes conditions, sont datés approximativement de 7.000 ans, soit la période correspondant au Mésolithique (10.000 à 5.000 ans).

L'étude montre que le chasseur-cueilleur de la péninsule ibérique était génétiquement éloigné des populations européennes actuelles, mais était cependant plus proche des Européens du Nord d'aujourd'hui (Suédois et Finlandais par exemple).

La pigmentation de la peau de l'individu de La Brana était probablement foncée, et ses cheveux bruns. Mais il était également porteur d'une mutation qui chez l'humain moderne engendre les yeux bleus.

"Ce phénotype rare n'existe pas dans les populations européennes contemporaines", a souligné Carles Lalueza-Fox, directeur de la recherche.

"Jusqu'à maintenant, on considérait que la couleur de peau claire avait évolué assez tôt en Europe, au Paléolithique supérieur, en lien avec les faibles rayonnements UV à haute latitude", a-t-il expliqué. "Mais ce n'est clairement pas le cas. Cette évolution est intervenue beaucoup plus tard, probablement au Néolithique", a-t-il poursuivi. Elle pourrait être liée au changement de régime alimentaire et à la diminution de l'apport en vitamine D chez l'éleveur par rapport au chasseur.

Il ne digérait ni le lait ni les féculents

Les généticiens ont également montré que l'individu de La Brana était porteur de la variation génétique ancestrale produisant une intolérance au lactose. De même l'homme n'était pas génétiquement armé pour avoir un régime riche en amidon.

"Ces résultats suggèrent que le chasseur-cueilleur de La Brana avait de médiocres capacités à digérer le lait et l'amidon, étayant l'hypothèse que ces facultés ont été acquises plus tard, avec l'introduction de l'agriculture", déclarent les chercheurs.

Source : Sud-Ouest du 26/01/2014