mardi 28 octobre 2014

L'âge de l'ADN d'Homo sapiens le plus ancien jamais déchiffré

Paris (AFP) - C'est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l'espèce humaine: une équipe internationale a séquencé le génome d'un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d'Homo sapiens décodé à ce jour.

Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l'ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l'histoire des débuts de l'Homme moderne hors d'Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans.

Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l'ADN de l'homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d'anthropologie génétique de l'Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu'une petite partie du génome de l'homme d'aujourd'hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans.

Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane "relativement complète" d'un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L'os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d'Ust'-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans.

Au passage, les analyses ont permis d'apprendre qu'une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d'aliments aquatiques, probablement des poissons d'eau douce.

- Rencontre entre 50.000 et 60.000 ans -

Le séquençage du génome de l'individu d'Ust'-Ishim montre qu'il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d'aujourd'hui, non-africains.

Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l'homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d'aujourd'hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d'Asie de l'est et 1,6% à 1,8% pour les Européens).

Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l'existence de l'individu d'Ust'-Ishim.

Jusqu'ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l'Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l'Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie.

Les nouvelles données génétiques fournies par l'individu d'Ust'-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu'elles montrent que le croisement s'était déjà produit il y a 45.000 ans.

D'après la longueur des segments d'ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance.

"Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l'individu d'Ust'-Ishim et les Néandertaliens s'est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans", ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l'expansion de l'Homme moderne hors d'Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l'Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l'étude des ADN anciens, même fortement détériorés.

Le génome de l'Homme moderne d'Ust'-Ishim est loin d'être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d'un an, c'est le génome d'un être humain vieux de 400.000 ans, l'homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d'un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Science et Avenir du 24/10/2014

lundi 27 octobre 2014

L'homme moderne a rencontré Néanderthal il y a 50 à 60.000 ans

L'homme moderne a rencontré Néanderthal il y a 50 à 60.000 ans

ANCÊTRE. C'est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l'espèce humaine : une équipe internationale a séquencé le génome d'un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d'Homo sapiens décodé à ce jour.

Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l'ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l'histoire des débuts de l'Homme moderne hors d'Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans.

Une partie de notre génome provient des Néandertaliens

Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l'ADN de l'homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d'anthropologie génétique de l'Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu'une petite partie du génome de l'homme d'aujourd'hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans.

MATÉRIEL. Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane "relativement complète" d'un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L'os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d'Ust'-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans.

Au passage, les analyses ont permis d'apprendre qu'une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d'aliments aquatiques, probablement des poissons d'eau douce.

Des fragments d'ADN de néanderthalien 3 fois plus long que ceux qui composent notre génome

Le séquençage du génome de l'individu d'Ust'-Ishim montre qu'il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d'aujourd'hui, non-africains.

Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l'homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d'aujourd'hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d'Asie de l'est et 1,6% à 1,8% pour les Européens).

FOURCHETTE. Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l'existence de l'individu d'Ust'-Ishim.

Jusqu'ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l'Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l'Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie.

Les nouvelles données génétiques fournies par l'individu d'Ust'-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu'elles montrent que le croisement s'était déjà produit il y a 45.000 ans.

Un croisement qui s'est produit il y a 50.000 à 60.000 ans

D'après la longueur des segments d'ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance.

"Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l'individu d'Ust'-Ishim et les Néandertaliens s'est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans", ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l'expansion de l'Homme moderne hors d'Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l'Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l'étude des ADN anciens, même fortement détériorés.

Le génome de l'Homme moderne d'Ust'-Ishim est loin d'être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d'un an, c'est le génome d'un être humain vieux de 400.000 ans, l'homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d'un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Science et Avenir du 23/10/2014

samedi 25 octobre 2014

A 45.000 ans, l’Homme d’Ust’-Ishim a l’ADN le plus ancien jamais décodé

C’est une nouvelle pièce du puzzle de la diversité génétique de l’espèce humaine: une équipe internationale a séquencé le génome d’un Homme moderne qui vivait il y a 45.000 ans en Sibérie, le plus vieux génome d’Homo sapiens décodé à ce jour. Menée par le paléogénéticien Svante Pääbo, pionnier de l’ADN ancien, cette étude permet de préciser la période où les Néandertaliens et les Hommes modernes dont nous sommes la descendance se sont croisés.

Cette recherche, publiée dans la revue britannique Nature, fournit également de nouvelles informations sur l’histoire des débuts de l’Homme moderne hors d’Afrique. Notre espèce est apparue en Afrique il y a environ 200.000 ans. Le nom de Svante Pääbo a été cité ces deux dernières années parmi les possibles nobélisables, pour ses travaux sur l’ADN de l’homme de Néandertal.

Le paléogénéticien suédois, directeur du département d’anthropologie génétique de l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), a montré qu’une petite partie du génome de l’homme d’aujourd’hui provient des Néandertaliens, nos plus proches cousins apparus il y a environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans. Cette nouvelle recherche a été menée sur la partie médiane « relativement complète » d’un fémur gauche ayant appartenu à un individu de sexe masculin.

L’os a été découvert par hasard, en 2008, sur les rives de la rivière Irtych, près d’Ust’-Ishim, en Sibérie occidentale. La datation par le carbone 14 lui attribue 45.000 ans. Au passage, les analyses ont permis d’apprendre qu’une part importante de son apport nutritionnel en protéines pouvait provenir d’aliments aquatiques, probablement des poissons d’eau douce.

Rencontre entre 50.000 et 60.000 ans

Le séquençage du génome de l’individu d’Ust’-Ishim montre qu’il appartenait à une population proche des ancêtres des hommes d’aujourd’hui, non-africains. Il comporte un pourcentage de gènes provenant de l’homme de Néandertal légèrement supérieur aux hommes d’aujourd’hui: environ 2,3% (contre 1,7% à 2,1% pour les populations actuelles d’Asie de l’est et 1,6% à 1,8% pour les Européens). Mais son génome contient des segments d’ADN néandertaliens en moyenne trois fois plus longs que les génomes d’humains contemporains. Cela tendrait à montrer que la rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens remonterait seulement entre 232 et 430 générations avant l’existence de l’individu d’Ust’-Ishim.

Jusqu’ici, les scientifiques considéraient que le transfert génétique entre les hommes de Néandertal et l’Homme moderne avait dû se produire entre 37.000 et 86.000 ans, probablement quand les premiers Homo sapiens ont quitté l’Afrique et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se répandre en Eurasie. Les nouvelles données génétiques fournies par l’individu d’Ust’-Ishim permettent de resserrer la fourchette puisqu’elles montrent que le croisement s’était déjà produit il y a 45.000 ans.

D’après la longueur des segments d’ADN néandertaliens présents chez cet individu, il serait survenu entre 7.000 et 13.000 ans avant sa naissance. « Nous estimons que le croisement entre les ancêtres de l’individu d’Ust’-Ishim et les Néandertaliens s’est produit approximativement il y a entre 50.000 et 60.000 ans », ont indiqué les chercheurs. Cela correspond à peu près à la période majeure de l’expansion de l’Homme moderne hors d’Afrique et du Proche-Orient.

Le laboratoire de Svante Pääbo, à l’Institut Max Planck de Leipzig, est réputé pour l’étude des ADN anciens, même fortement détériorés. Le génome de l’Homme moderne d’Ust’-Ishim est loin d’être le génome le plus ancien à être déchiffré. Il y a près d’un an, c’est le génome d’un être humain vieux de 400.000 ans, l’homme de Sima, qui a livré ses secrets, à partir d’un os découvert dans une grotte espagnole.

Source : Metro du 23/10/2014

jeudi 23 octobre 2014

L’Homme d’Ust’-Ishim, un Sibérien vieux de 45000 ans

En 2008, un fragment relativement complet de fémur gauche d’origine humaine était retrouvé par un chasseur d’ivoire de mammouth, pointant hors des alluvions sur les rives de la rivière Irtysh, dans la région d’Omsk, en Sibérie Occidentale. Six ans plus tard, une équipe internationale lève une partie du voile sur l’« Homme d’Ust’-Ishim » – le lieu-dit près duquel ce fossile a été retrouvé. Cet os noirâtre appartenait à un homme moderne, qui vivait là il y a 45 000 ans environ, et l’analyse de son ADN permet de mieux cerner la période durant laquelle ses ancêtres et des Néandertaliens se sont croisés et ont multiplié.

Les chercheurs, sous la direction de Svante Pääbo (Institut Max Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig), publient leurs travaux dans la revue Nature datée du 23 octobre. Ils ont déterminé l’ancienneté du fémur à l’aide de deux datations au carbone 14. Ils ont procédé à une analyse morphologique de l’os qui indiquait qu’on n’avait pas affaire à un Néandertalien. Cette conviction a été confirmée par le séquençage génétique, lequel a montré qu’il s’agissait bien d’un Homo sapiens. L’équipe en conclut donc qu’elle tient là le plus ancien homme moderne précisément daté d’Eurasie – les autres prétendants, en Asie notamment, n’offrant pas un pedigree aussi solide.

our le paléogénéticien Joshua Akey (University de Washington), qui n’a pas participé aux travaux, cette découverte « offre des données incroyablement intéressantes et ouvre une fenêtre fascinante sur cette période de l’évolution humaine ». La comparaison de l’ADN de l’Homme d’Ust’-Ishim avec le génome de Néandertaliens et d’hommes modernes d’aujourd’hui permet en effet d’affiner les horloges moléculaires et de préciser la période pendant laquelle ses ancêtres et des Néandertaliens ont pu concevoir une descendance commune. Rappelons que l’homme de Néandertal, issu d’une première sortie d’Afrique d’hommes archaïques il y a plus de 500 000 ans, avait conquis l’Europe de Gibraltar à l’Altaï, avant de disparaître il y a environ 40 000 ans, sous la pression de l’homme moderne.

Cousin incestueux

Depuis 2010 et le premier séquençage complet du génome d’un Néandertalien, on sait que des tels croisements sapiens-neanderthalensis ont bien eu lieu, et qu’ils ont laissé une trace dans les populations actuelles non africaines : entre 1 et 3 % de leur ADN est hérité de l’homme de Néandertal. Depuis cette révélation, que l’on doit aussi à l’équipe de Leipzig, d’autres génomes néandertaliens ont été séquencés, et l’on continue à affiner la connaissance de ce que l’humanité doit à ce cousin incestueux. Mais les débats se poursuivent sur la date et la région où ces croisements ont eu lieu. En 2012, une étude publiée dans PLoS Genetics estimait que le « mélange » entre Néandertal et hommes modernes était intervenu entre 37 000 ans et 86 000 ans. De quoi accommoder les scénarios les plus divers.

Le fémur sibérien offre un jalon temporel pour mieux estimer le nombre de mutations génétiques qui interviennent au fil des générations, et qui servent d’étalon pour les horloges biologiques proposées par les généticiens. En prenant pour hypothèse que 29 ans séparent chaque génération, le croisement entre Néandertaliens et hommes modernes dont ce Sibérien est le fruit serait intervenu entre 232 et 430 générations avant sa naissance, il y a entre 50 000 et 60 000 ans.

Métissage

Cela ne signifie pas qu’il s’agit du seul métissage de ce type qui soit intervenu dans la préhistoire humaine, ni même que les populations actuelles d’Eurasie en soient les descendantes, souligne Nick Patterson (Broad Institute), qui avait cosigné l’article de 2012 avec Svante Pääbo, mais n’a pas participé à la présente étude : « Un scénario pourrait être qu’un petit groupe d’humains modernes soit parvenu en Sibérie, se soit accouplé avec des Néandertaliens, et se soit ensuite éteint. »

Un scénario qui n’est pas écarté par l’équipe de Pääbo, laquelle souligne qu’on ne retrouve effectivement pas de proximité génétique particulière du Sibérien avec les Européens actuels. Pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin (cosignataire de l’article de Nature), cet indice génétique colle parfaitement avec une hypothèse qu’il avait proposée en se fondant sur des données archéologiques. Entre les industries lithiques et les pratiques funéraires des néandertaliens (le moustérien) et celles clairement attribuées à l’homme moderne (l’aurignacien), rappelle-t-il, il existe, de l’Europe centrale à l’Altaï, des vestiges d’une facture différente, dits du « paléolithique supérieur initial », autour de 45 000 ans. « Avec Ust’- Ishim, estime-t-il, on a probablement un témoin de cette culture-là ».

Colonisation avortée

Celle-ci résulterait d’une première colonisation d’Homo sapiens depuis l’Afrique, la péninsule arabique et l’actuelle Israel « qui n’a pas complètement réussi », avant qu’une deuxième vague n’aboutisse à une percée définitive jusqu’en Europe occidentale, vers 43 500 ans – mais aussi vers l’Asie et l’Océanie. Ces Aurignaciens patentés ont-ils eux aussi fauté avec Néandertal ? C’est très probable. « Ce qui nous manque pour le mesurer, c’est une séquence génétique d’un Aurignacien en Europe occidentale », souligne Jean-Jacques Hublin, qui est confiant dans la résolution de cette énigme : « D’autres individus seront séquencés dans les mois et années qui viennent », prédit-il.

Source : Le Monde du 22/10/2014

vendredi 10 octobre 2014

Un Néandertalien de 200.000 ans en Normandie

Trois os fossiles, du bras gauche, datant d’il y a 200.000 ans, ont été retrouvés le 10 septembre 2010 lors de fouilles près de Rouen, en bord de Seine, font aujourd’hui l’objet d’une publication dans Plos One. Ce matin, au café Le Fumoir en face du Louvre, les archéologues et l’Institut national de recherches et d’archéologie préventive (INRAP) étaient tout heureux de présenter cette découverte «exceptionnelle» explique Bruno Maureille, paléo-anthrolopogue, (CNRS/Université de Bordeaux/MCC). Jour faste pour l’archéologie et la préhistoire puisque ce matin même la revue Nature publie la datation d’une grotte ornée en Indonésie qui affiche… 40.000 ans !

Exceptionnelle car, comme Bruno Maureille le précise sur le site web du CNRS : «En l’espace d’un siècle, ce fragment de bras gauche est seulement le troisième fossile de prénéandertalien recensé pour toute l’Europe du Nord-Ouest. Auparavant, seuls deux crânes avaient été retrouvés en France, à Biache-Saint-Vaast, dans le Nord-Pas-de-Calais. Autrement, la majeure partie des fossiles de la lignée néandertalienne datant de cette période ont été découverts en Angleterre et en Allemagne. La rareté de La fouille archéologique à Tourville © Hervé Paitier, InrapLa fouille archéologique à Tourville © Hervé Paitier, Inrapces découvertes fait de celle de Tourville un événement extrêmement important. Ce sont également les premiers os longs (23 centimètres pour l’humérus) que l’on exhume dans cette aire géographique pour cette période, c’est-à-dire il y a 200 000 ans. Ce spécimen vient donc étoffer les données, extrêmement rares, que l’on possède sur ces fossiles européens. À ce titre, l’individu de Tourville représente une découverte majeure documentant l’histoire de la lignée néandertalienne.»

L’histoire des Néandertaliens reste peu claire aux yeux des paléoanthropologues en raison d’un trop petit nombre de squelettes découverts entre 400.000 ans et leur disparition. Certains chercheurs les voient se «néandertaliser» au fur et à mesure de leur histoire, les derniers étant donc une sorte de «canon». D’autres, comme Bruno Maureille (et Bernard Vandermeerch) voient plutôt une évolution en «mosaïque». Seule la découverte de squelettes fossiles en nombre suffisant pour englober l’ensemble de la variabilité présente aux différentes époques permettrait de trancher un tel débat.
700 fossiles d’animaux 500 silex

La fouille, dirigée par Jean-Philippe Faivre (CNRS, Pacea), à Tourville-la-Rivière avait ciblé un horizon stratigraphique précis, bien connu des préhistoriens pour receler des traces d’activités humaines. Là, près d’une berge de la Seine, adossée à une falaise, un hectare d’une carrière exploitée par Carrières et Ballastières de Normandie, a été fouillé. A l’aide de pelleteuses, maniées de mains de maître par des techniciens capables de racler la terre «centimètre par centimètre» se réjouit Faivre.

Lame Levallois © Hervé Paitier, InrapLame Levallois © Hervé Paitier, InrapL’équipe d’archéologues a découvert près de 700 fossiles animaux, caractéristiques d’un climat tempéré lors d’un interglaciaire: loup, renard, ours, panthère et petits mammifères (chats sauvages, castor et lièvre). Et environ 500 silex (lames, restes de débitages) dont 300 sur un site de taille d’outils et, en fin de fouille, ces trois os humains. L’étude des outils, typiques du débitage dit «Levallois» montre un usage pour le dépeçage d’animaux effectué immédiatement après la taille. Certains os, notamment d’aurochs exhibent des traces de chocs destinés à en extraire la moelle pour la consommation. Toutefois, les restes animaux peuvent provenir soit de chasse —un endroit logique puisque les animaux s’abreuvant sont plus vulnérables aux prédateurs humains souligne Cécile Bemilli— soit d’apport de cadavres par les eaux du fleuve.

Parmi les caractéristiques intéressantes des os fossiles dénichés, un petit relief de l’humérus caractéristique des Néandertaliens montre d’une part un fort développement du muscle deltoïde - celui qui est sollicité lors d’un geste de lancer, éloignant le bras du corps et l’étendant, mais aussi la trace d’un arrachement ligamentaire. L’individu, de taille quasi adulte, mais dont le sexe demeure indéterminé, pouvait donc s’être blessé lors d’un mouvement trop brusque et trop appuyé. «Hypothèse», bien sûr, nuance Bruno Maureille. De là à imaginer un lanceur de javelot, il y a un pas que rien n’interdit de faire tandis que rien ne l’autorise non plus.

L’histoire de ce bras gauche risque de demeurer bien mystérieuse. Aucun autre os humain n’a été trouvé, ce qui peut laisser penser que ce bras est arrivé seul, charrié par la Seine, pas trop longtemps après avoir été détaché de l’épaule de son propriétaire. Avec ou sans main…

Source : Libération du 09/10/2014

Découverte en Normandie d'os humains attribués à la lignée Néandertal

Des os d'un bras humain datés d'environ 200 000 ans ont été mis au jour en France, sur le site préhistorique de Tourville-la-Rivière (Seine-maritime), en Normandie, une découverte majeure en Europe du nord-ouest pour la connaissance de la lignée Néandertal.

Les fossiles humains se composent des trois os longs du bras gauche d'un même individu (humérus, cubitus et radius). La découverte, qui remonte au 10 septembre 2010, a été présentée jeudi au cours d'une conférence de presse à Paris, simultanément à sa publication dans la revue scientifique américaine Plos One.

Il s'agit d'une découverte «exceptionnelle», a souligné un des chercheurs, Bruno Maureille (CNRS, Université de Bordeaux). «Elle documente une partie assez mal connue du peuplement de l'Europe du nord-ouest, où s'est individualisée la lignée néandertalienne», a-t-il expliqué.

L'homme de Tourville-la-Rivière, tel qu'il est désormais nommé, est daté entre 236 000 et 183 000 ans (Pléistocène moyen), correspondant à la fin d'une période interglaciaire. Les chercheurs parlent d'un individu «pré-Néandertalien», situant les Néandertaliens plutôt entre -118 000 et -30 000.

Mais ses caractéristiques morphologiques «annoncent ce qu'on va retrouver chez Néandertal et permettent de faire l'hypothèse qu'il est bien un membre de cette lignée», a souligné Bruno Maureille.

Les os fossiles ne permettent pas de déterminer son sexe, mais les chercheurs estiment qu'il s'agit d'un individu adulte ou grand adolescent.

Il a été découvert par des archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), lors de fouilles en prévision de l'exploitation d'une carrière de sable et de graviers, dans un des méandres de la Seine, à une quinzaine de km en amont de Rouen.

C'est la deuxième découverte de ce type en France, après les deux crânes fragmentaires de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), mis au jour au début des années 80 dans le nord. En Europe du nord-ouest, les rares fossiles humains de cette période proviennent d'une dizaine de sites seulement, en Allemagne et en Angleterre.

TMS préhistorique

Sur le site de fouilles d'un hectare, les archéologues ont mis au jour également un millier de restes d'espèces animales, des grands mammifères (équidés, cerfs, aurochs), des carnivores (loup, panthère) ainsi que de plus petites espèces (chats sauvages, lièvres, castors).

«Des indices permettent d'affirmer que l'homme a chassé ou en tout cas consommé une partie des animaux sur le site», a affirmé Céline Bemilli (Inrap). Des traces de fractures volontaires, pour récupérer la moelle, ont été relevées sur des ossements d'aurochs.

Quelque 700 outils de pierre ont été identifiés, relevant de la technique Levallois, «apparue avec le lignage néandertalien», a ajouté Jean-Philippe Faivre (Inrap, CNRS), responsable scientifique de la fouille.

Selon le scénario retenu par les chercheurs, le bras entier du pré-Néandertalien a été charrié par la Seine avant de se déposer, avec ou sans la main, sur les berges ou sur des bancs de sable au pied de la falaise crayeuse de Tourville-la-Rivière.

Les ossements fossiles sont «extraordinairement fragilisés», a souligné Bruno Maureille, la surface externe est érodée et les zones articulaires ont disparu. Les scientifiques n'ont donc pu y relever aucune trace d'une intervention de carnivores ou même d'autres humains.

En revanche, ils ont mis en évidence une petite curiosité sur l'humérus, un relief inhabituel à l'endroit de l'attache du muscle deltoïde, ainsi qu'un micro-traumatisme au sommet de cette crête, témoin d'un arrachement ligamentaire.

Les chercheurs font l'hypothèse que cette anomalie peut être liée à un mouvement répété d'éloignement du bras de l'axe du corps. Un TMS (trouble musculo-squelettique) préhistorique, en quelque sorte.

Les scientifiques vont maintenant tenter de récupérer de l'ADN ancien pour en apprendre plus sur l'homme -ou la femme- de Tourville-la-Rivière.

Source : LaPresse du 09/10/2014

Une découverte archéologique majeure en Normandie

Un homme prénéandertalien qui vivait dans la vallée de la Seine il y a 200.000 ans a été exhumé sur un site préhistorique près de Rouen. Une avancée qui devrait permettre d'améliorer notre connaissance du peuplement humain du nord-ouest de l'Europe.

Trois os humains, des vestiges d'animaux et une collection de silex. Cela n'a l'air de rien. Mais ces restes trouvés à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), à une quinzaine de kilomètres au sud de Rouen, constituent une «découverte majeure». «C'est aussi rare que celle d'une nouvelle grotte dans le sud-ouest de la France», assure Jean-Philippe Faivre, «lithicien» au CNRS (c'est-à-dire «technologue» des silex). Il a conduit les fouilles, en 2010, pour le compte de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) sur ce lieu préhistorique en Normandie. «C'est aussi rare que la découverte d'un australopithèque en Afrique du Sud», renchérit Bruno Maureille, anthropologue au CNRS à l'université de Bordeaux. Et d'ajouter: «Nous sommes en présence d'un bras gauche d'un individu qui a sans doute été charrié par la Seine.» Associés à des silex, la datation des vestiges humains et de dents d'animaux, trouvés sur le même terrain de 1 hectare, au pied d'une falaise crayeuse, ont permis de dater une occupation humaine dans la vallée de la Seine il y a entre 236.000 et 183.000 années.

Les 3 os longs du bras gauche d'un pré-Néandertalien (en haut) en regard d'un bras moderne retrouvé sur le site de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime) en 2010

Les restes de cette période de la préhistoire, pendant le pléistocène moyen (780.000-128.000 ans), antérieurs aux néandertaliens (de 118.000 à 30.000 ans avant notre ère) sont extrêmement rares en Europe. C'est le douzième site découvert sur le Vieux Continent et le deuxième en France, après des bouts de deux crânes de Biache-Saint-Vaast, près de Lille. Les vestiges du bras permettent aux experts de parler «de l'individu de Tourville-la-Rivière» qui devrait aider à tirer des enseignements sur «la connaissance de cette lignée humaine».

L'étude de la forme et de la longueur des trois os longs du bras du même individu, un grand adolescent ou un jeune adulte, a conduit les chercheurs à les associer à ceux de la lignée de Néandertal, notamment ceux découverts en Israël. Mais ils présentent des spécificités. «Une petite crête totalement anormale a été identifiée sur l'humérus. Ce qui est sans doute lié au mouvement répété de tendre le bras, car il a nécessité une sollicitation du muscle deltoïde», précise Bruno Maureille. Une déformation comparable à celle qui atteint certains sportifs, comme «ceux qui font du base-ball», ajoute l'anthropologue. La raison de cette action n'est pas connue.

Des panthères en Normandie

Le site de Tourville-la-Rivière, «même s'il n'est pas un grand site archéologique, était une fenêtre de vie, un lieu de passage à l'époque du pré-Neandertal, où il y avait des arrêts brefs et répétés», avance Jean-Philippe Faivre. Sur une petite zone de 3 m², creusée seulement entre 50 et 60 cm de profondeur, il a été retrouvé près de 300 silex. Et ils n'ont pas été apportés par la Seine. La preuve? Un silex savamment taillé a été retrouvé à 80 mètres de distance de son nucléus, c'est-à-dire de la roche mère d'où a été extrait l'outil sculpté par des individus préhistoriques. Ils utilisaient leurs silex probablement pour dépecer des animaux, eux aussi apportés par la Seine, ou chassés dans les forêts de la région. Des ossements permettent de certifier la présence de «12 à 15 espèces de grands mammifères, parmi lesquels des chevaux, des loups, des aurochs, des rhinocéros et même des panthères. Ces dernières, jusqu'alors, n'avaient pas été documentées dans la région», ajoute Céline Bémilli, archéozoologue à l'Inrap. Des fractures en spirale, effectuées peu de temps après la mort de l'animal, attestent des gestes d'individus préhistoriques. Une opération effectuée probablement pour consommer la moelle des os.

Pour aller plus loin, les chercheurs espèrent poursuivre leurs investigations sur les os du bras. Ils veulent déterminer, si possible, une présence d'ADN, pour compléter la lignée du Néandertal.

Ces travaux de l'Inrap et du CNRS ont fait l'objet d'une publication, mercredi, dans la revue Plos One, en coopération avec des chercheurs en Australie, en Espagne et aux États-Unis. Parmi eux, Les Kinsley, archéologue à l'université de Canberra (Australie), a cosigné cette semaine un article dans Nature sur des peintures rupestres de 40.000 ans découvertes aux Célèbes (Indonésie).

Source : Le Figaro du 09/10/2014

jeudi 9 octobre 2014

L'art a 40.000 aussi en Asie

Aussi vieux que la grotte Chauvet. Mais en Indonésie. La nouvelle datation d’une grotte ornée indonésienne, publiée ce matin par une équipe australienne, dans la revue Nature, porte le coup de grâce à une théorie, celle de l’invention brusque de l’art et d’une «révolution culturelle», dite aurignacienne, qui serait survenue en Europe, avec l’arrivée de l’Homme anatomiquement moderne (Cro-Magnon), il y a environ 40.000 ans.

Les peintures rupestres, les silhouettes de main réalisées avec la technique du pochoir (l’homme souffle des pigments sur sa main posée sur la paroi de la grotte), de la grotte de Maros, île de Sulawesi, en Indonésie, étaient connues depuis les années 1950. Mais avaient été datées d’il y a 10.000 ans. Très longtemps après, donc, les grottes ornées d’Europe, dont l’une des plus anciennes est la Grotte Chauvet, en Ardèche, dont les peintures remontent à 37.000 ans.

Mais de nouvelles datations bouleversent cette chronologie. Les scientifiques Australiens ont utilisé la méthode uranium thorium pour dater les petites couches minérales qui se sont déposées sur les dessins de la grotte Maros. Et découvert avec stupéfaction qu’elles font remonter à près de 40.000 les dessins les plus anciens de la grotte. D’autres étant datés d’au moins 36.000 ans.

Cette découverte, après d’autres, montre que la théorie d’un surgissement brusque des comportements sophistiqués associés à ces activités qui auraient eu lieu en Europe exclusivement et lors de l’arrivée de l’homme moderne, déjà bien affaiblie, doit définitivement être mise au placard. Cette révolution n’a jamais eu lieu.

Déjà, de nombreuses découvertes d’activités témoignant d’avancées techniques, comme des techniques de taille, mais aussi symboliques, en Afrique et remontant à près de 200.000 ans ont montré que dès l’origine de l’homme anatomiquement moderne ce dernier se signale par sa capacité à inventer et développer des activités sociales nouvelles. Ainsi, une technique particulière que l’on croyait inventée au Solutréen il y a 20.000 ans, était déjà utilisée à Blombos, en Afrique du Sud, il y a 75.000 ans. Des archéologues ont découvert au Proche-Orient, en Afrique, des signes gravés, des ornements, des coquillages percés - autant de caractères attribués auparavant à la révolution aurignacienne - qui remontent jusqu’à il y a 90.000 ans.

L’ancienneté ainsi découverte des dessins de la grotte de Maros montre que ce processus de complexification sociale n’est absolument pas spécifique des populations européennes, mais un caractère partagé par toutes les populations d’hommes anatomiquement modernes, sorties d’Afrique il y a environ 100.000 ans.

Source : Libération du 09/10/2014

Des peintures rupestres découvertes en Indonésie chamboulent les théories

Avec au moins 40.000 ans, certaines peintures d'une grotte de Sulawesi prennent le titre des plus anciennes du monde. Au delà du record, il s'agit d'une preuve que l'art pariétal n'est pas né qu'en Europe.

D'un coup, l'art vient de recevoir un bon nombre de nouvelles bougies et son apparition s‘internationalise. Alors que les traces d’activités artistiques les plus anciennes étaient cantonnées à l’Europe, une découverte révélée cette semaine dans la revue Nature vient tout chambouler : un site indonésien comporterait des dessins vieux d’au moins 40.000 ans.


Cela en fait le plus vieil exemple actuellement connu. Situé sur l’ile de Sulawesi, la grotte en question est connue depuis les années 1950. Les premières estimations de l’époque avaient donné un âge de 10.000 ans à ses diverses peintures préhistoriques. Mais lorsque des techniques de datations plus évoluées ont enfin été disponibles, les chercheurs n’ont pas immédiatement pensé à se pencher à nouveau sur le cas de cette grotte.

Carbone contre uranium

Contrairement à des dessins au charbon, ces peintures ne sont pas datables par carbone 14. Les chercheurs ont donc préféré utiliser la technique dite uranium-thorium. Grâce à la manière dont l’uranium se désintègre en thorium dans le temps, il est possible de dater les couches de carbonate de calcium qui se forment au-dessus de la peinture.

C’est maintenant chose faite et les résultats s’avèrent exceptionnels. Il s’agit non seulement des plus vieilles traces d’art connues au monde, mais elles brisent aussi l’hégémonie des grands sites européens tels que la grotte Chauvet. Ainsi, une peinture de main en négatif aurait au moins 39.900 ans, soit 2.000 de plus que le plus vieux cas en Europe. Une image de babiroussa à quant à elle, au moins 35.400 ans, dans les eaux des plus anciennes représentations d’animaux en Europe.

Mais il s’agit de bien plus que de grappiller quelques milliers d’années, les records peuvent se faire et se défaire assez vite, le principal intérêt de ce site est qu’il montre l’existence ancienne d’art hors de notre continent. "Cela nous éloigne de l’idée que l’Europe serait spéciale", a expliqué à Nature Maxime Aubert, l’archéologue qui dirige l’équipe à l’université Griffith du Queensland, Australie.

Des origines trop "eurocentriques"

"Il y avait ce cliché que les anciens Européens étaient plus conscients d’eux-mêmes et de leur entourage. Nous pouvons maintenant dire que c’est faux", a ajouté le spécialiste. "On nous montre ici que notre vision a été trop "euro-centrique" au sujet de l'origine des peintures rupestres", a indiqué Alistair Pike, archéologue à l'Université de Southampton repris par le National Geographic.

"Cela change absolument notre vue et cela va nous poser un grand nombre de questions au sujet des causes plutôt que les origines de l'art pariétal", a t-elle précisé. Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'ici, la découvert suggère que l'art aurait pu être quelque chose d'universel parmi les hommes modernes, y compris ceux qui ont quitté l'Afrique pour se rendre sur la péninsule arabe, en Indonésie et en Australie.

D'après les auteurs de l'étude, l'art pariétal pourrait être né en Afrique, les premiers hommes modernes l'auraient alors emmené avec eux durant leur migration. Autre possibilité : l'art aurait pu naître de façon indépendante au sein de différentes groupes. Si les hypothèses restent à confirmer, les chercheurs n'excluent pas la possibilité de trouver des peintures encore plus anciennes en Asie.

Source : MaxiSciences du 09/10/2014

En Asie aussi, les premiers humains ont décoré les grottes

Certaines peintures découvertes en Indonésie datent de 40.000 ans, elles figurent parmi les plus vieilles jamais découvertes.

SULAWESI. C’est au sud de l'île de Sulawesi, une grande île à l’est de Bornéo, en Indonésie, dans la région de Maros, que ces peintures ont été découvertes. Elles ornent les parois de plusieurs grottes calcaires et pourraient être bien plus anciennes que les dessins de Lascaux.

Des peintures découvertes il y a 25 ans

Les sites préhistoriques de Sulawesi sont connus depuis plusieurs années, de même que les peintures qui ornent ces grottes. Mais la revue Nature publie pour la première fois une étude concernant leur datation.

"POP-CORN". Les scientifiques ont déterminé l'âge des peintures en mesurant le rapport des isotopes d’uranium et de thorium dans de petites excroissances en "pop-corn" qui se sont formées sur les images et sont semblable à des stalactites. Quatorze échantillons ont été prélevés pour les analyses.

En utilisant cette méthode de haute précision, connue sous le nom de U-séries, l’âge des peintures est établi à 39.900 ans pour la plus ancienne et 17.400 ans pour les plus récentes. Le plus vieux motif pariétal est une main en négatif ; une représentation d’un babiroussa (cochon-cerf) est datée de 35.400 ans, ce qui en fait l'une des plus anciennes images figuratives.

Une héritage d’un passé lointain ?

Ces résultats suggèrent que les premiers humains ont produit de l’art rupestre il y a environ 40.000 ans à des extrémités opposées du monde eurasien. Les plus vieilles peintures d’Europe sont en Espagne, dans la grotte d'El Castillo, et leur âge est d’environ 40.800 ans. Celles de la grotte de Lascaux sont bien plus récentes, datée d’environ 17.000 à 18.000 ans.

"ORIGINE". "L’art rupestre aurait émergé de façon indépendante et à la même époque en Europe et en Asie du sud-est. Il semble qu’il ait été largement pratiqué par les premiers hommes modernes qui ont quitté l’Afrique des milliers d’années plus tôt. Si c'est le cas, alors l'art rupestre pourrait avoir des origines beaucoup plus profondes" estime Anthony Dosseto de l’université Wollongong en Australie, co-auteur de l’étude.



POCHOIRS. Il y a plus de 90 sites d'art rupestre dans la région de Maros, selon Muhammad Ramli et Budianto Hakim, deux chercheurs indonésien qui co-signent l’étude.

Nombre s'entre eux sont ornés de peintures ou de pochoirs pouvant avoir des dizaines de milliers d’années et qui sont très peu étudiés. Des mesures de protection de ces oeuvres primitives sont en cours et les sites de Sulawesi sont candidats à l’inscription au patrimoine mondial de l'Unesco.

Source : Sciences et Avenir du 09/10/2014

Préhistoire: L'art pariétal n'est pas né (que) en Europe

Révolution dans l'histoire (très lointaine) de l'art. Il y a 40.000 ans, en Asie, des hommes ornaient déjà leurs grottes de peintures comme en Europe. Une découverte qui bouleverse l'idée couramment admise selon laquelle l'art pariétal serait apparu d'abord en Europe de l'Ouest.

En étudiant les grottes calcaires de Maros, sur l'île indonésienne de Sulawesi, une équipe de scientifiques australiens et indonésiens a établi qu'une main humaine peinte en négatif avec une technique de pochoir datait d'il y a 39.900 ans au moins.

Une autre oeuvre, la représentation très réaliste d'un cochon «babirusa», avec ses petites pattes et sa queue, peinte avec des pigments rouges dans la même caverne, est âgée d'au moins 35.400 ans. On sait qu'il s'agit d'une femelle car elle ne porte pas les grandes canines recourbées du «babirusa» mâle, surnommé le «cochon-cerf». Cette datation en fait l'une des premières peintures figuratives au monde.
Nouvelle méthode de datation

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs, qui publient mercredi leur étude dans la revue britannique Nature, ont utilisé la méthode de datation par l'uranium-thorium. «On considère souvent que l'Europe a été au centre de la première explosion de créativité humaine, particulièrement avec l'art des cavernes, il y a environ 40.000 ans», souligne l'un des auteurs de l'étude, Maxime Aubert, de l'université australienne Griffith. «Mais nos datations de l'art pariétal de Sulawesi montrent qu'à peu près au même moment, à l'autre bout du monde, des hommes réalisaient des peintures d'animaux aussi remarquables que celles des grottes de France et d'Espagne pendant l'Age de glace», ajoute-t-il.

La première oeuvre d'art connue au monde est la peinture d'un disque rouge découverte dans la grotte d'El Castillo dans le nord de l'Espagne et datée d'au moins 40.800 ans. Une main au pochoir trouvée sur ce même site a au moins 37.300 ans. La peinture figurative la plus ancienne retrouvée en Europe est un rhinocéros de la grotte Chauvet (France) qui aurait entre 35.300 et 38.800 ans.

Situées au sud de l'île, les cavernes ornées du karst de Maros sont connues depuis les années 1950. Mais on a longtemps cru que leurs peintures avaient moins de 10.000 ans en raison de l'érosion rapide dans cette région tropicale qui laissait penser qu'elles ne pouvaient pas être très anciennes. De fait, elles sont beaucoup moins bien préservées qu'en Europe et elles se dégradent désormais à grande vitesse.
Différents scénarios

«Il est possible que l'art des cavernes soit apparu de façon indépendante à peu près au même moment aux deux extrémités de la répartition géographique des premiers hommes modernes», relève l'étude.

Un scénario alternatif serait que «l'art pariétal était largement pratiqué par le premier Homo Sapiens à quitter l'Afrique des dizaines de milliers d'années auparavant». Les animaux peints retrouvés dans les cavernes de Maros et la grotte Chauvet «puiseraient alors leurs origines profondes hors d'Europe et d'Indonésie», ajoutent les chercheurs. Dans ce cas, il faut s'attendre à de nouvelles découvertes dans d'autres régions du monde, notamment en Australie, selon eux.

Source : 20 minutes du 08/10/2014