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vendredi 17 septembre 2021

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans à Tautavel, vers une découverte majeure ?

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans ont été trouvées dans la Caune de l'Arago. Si ces dernières proviennent d'une utilisation humaine, il s'agirait d'une découverte majeure.

Une découverte historique vient-elle de se produire à Tautavel ? Cette semaine, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a officialisé qu’une équipe de recherche a récemment découvert des traces de feu veilles de 560 000 ans au sein de la célèbre grotte de la « Caune de l’Arago ».

Utilisation humaine ou incendie ?

Première certitude, « cette découverte recule de 160 000 ans l’âge des plus anciennes traces déjà connues dans cette grotte des Pyrénées-Orientales », confirme le CNRS. Les précédentes recherches avaient permis d’établir des traces de feu anciennes de 400 000 ans au sein de la « Caune de l’Arago ». Il s’agit donc d’une première avancée importante pour le site.

Mais cette dernière pourrait aussi s’avérer majeure à une autre échelle. Si les chercheurs prouvent que les traces de feu à Tautavel proviennent de l’Homme, une avancée considérable pourra être établie. « La communauté scientifique estime que les premières traces de la domestication du feu par l’Homme en Europe remontent à 400 000 ans », rappelle le CNRS.

Si la date de la maîtrise du feu par l’Homme, fixée à environ 400 000 ans donc, aura du mal à être remise en cause, il se pourrait que l’on découvre que ce dernier ait réussi à utiliser le feu 160 000 ans plus tôt, sans le maîtriser, en se servant sur un foyer déjà allumé. C’est ce qu’explique Christian Perrenoud, ingénieur d’études au muséum d’histoire naturel et rattaché à l’EPCC de Tautavel.

Tautavel pourrait être l'un des rares sites au monde où des traces de feu plus anciennes préservées peuvent être associées à de la présence humaine. Peut-être qu'avant de maîtriser le feu, de le fabriquer lui-même il y a 400 000 ans, l'Homme a pu profiter ponctuellement de feux naturels allumés par la foudre pour en ramener quelques éléments sur son site.
Christian Perrenoud, Ingénieur d'études au muséum d'histoire naturel

Des prochains mois décisifs

Ces nouvelles découvertes mettent en avant les récentes techniques utilisées. « Pour mettre au jour ces très anciennes traces de feu, les chercheurs ont appliqué des méthodes de susceptibilité magnétique », explique plus spécifiquement le CNRS dans son communiqué.

« Le fait que ce soit l’homme qui soit à l’origine de ces traces est la prochaine étape de notre travail. Il peut s’agir d’un reste d’incendie rapporté par le vent. Mais ce qui a intrigué, c’est que ces traces sont au niveau d’une occupation humaine. Nous devons caractériser si nous retrouvons d’autres traces de micro charbons de bois autour des premières, et si elles sont aussi associées à des occupations humaines », précise Christian Perrenoud.

Les recherches vont se poursuivre dans ce sens du côté de la « Caune de l’Arago » de Tautavel, où les prochains mois pourraient être décisifs dans cette possible découverte majeure.

Source : Actu Perpignan du 16/09/2021

samedi 1 février 2020

Question de la semaine : pourquoi l'Homme cuit-il ses aliments ?

Pourquoi cuisons-nous nos aliments ? C'est notre question de la semaine, posée par un lecteur sur la page Facebook de Sciences et Avenir.

"Pourquoi cuisons-nous nos aliments ? Alors qu'à l'origine, l'Homme était un cueilleur et mangeait ses aliments crus", nous demande Nordine Khoufache sur la page Facebook de Sciences et Avenir. Chaque semaine, nous sélectionnons une question de lecteur pour lui apporter une réponse. Merci pour votre insatiable curiosité.

L'utilisation du feu par l'Homme pour cuire ses aliments remonterait à un million d'années, d'après des analyses menées dans la grotte de Wonderwerk en Afrique du Sud en 2012. Michael Chazan, de l'Université de Toronto (Canada), et ses collègues ont en effet découvert il y a près de dix ans des traces de combustion datant d'un million d'années dans cette grotte (où les signes d'occupation humaine remontent à 2 millions d'années). L'œuvre d'un Homo erectus - ou d'un autre homininé vivant il y a un million d'années. Ce n'est pas la première fois que des traces anciennes de feu sont ainsi associées à la présence humaine. Et à chaque fois, le doute demeure : s'agit-il vraiment d'un feu contrôlé ou d'un feu sauvage ? Les cendres ont-elles été transportées ou ont-elles été produites in situ ?
L'utilisation du feu, un tournant dans l’histoire de l’évolution humaine

Même si ce mystère subsiste, les scientifiques s'accordent à dire que l'utilisation du feu est un tournant dans l'histoire de l'évolution humaine. La viande cuite fournit plus d'énergie que la crue. La mastication est plus facile, la taille de la mâchoire peut régresser au profit de celle de la boîte crânienne… Selon l'anthropologue britannique Richard Wrangham, les changements morphologiques observés à partir d'Homo erectus sont liés à la consommation d'aliments cuits. Son hypothèse remet en question l'idée longtemps admise que l'humain n'a utilisé le feu pour cuisiner qu'il y a 500.000 ans environ.
"Les Hommes du Paléolithique étaient plus carnivores que nous"

Alors, que faisait cuire nos ancêtres ? "Les Hommes du Paléolithique étaient plus carnivores que nous", expliquait le paléoanthropologue Antoine Balzeau dans un précédent article de Sciences et Avenir. On sait que Sapiens mangeait la viande de gros herbivores comme le cheval ou le renne, mais aussi du petit gibier, des oiseaux, des coquillages et sans doute du poisson, du saumon en particulier. "Cependant, on a trouvé des pollens, des restes de végétaux et des pierres chauffées indiquant qu'ils mangeaient des plantes, et pas seulement crues. Pour les faire cuire à l'eau, comme ils n'avaient pas de récipients allant au feu, ils plongeaient des pierres brûlantes dans le liquide pour le réchauffer", ajoutait le spécialiste. Dans la grotte de Wonderwerk, Michael Chazan et ses collègues ont découvert des vestiges de cendres contenant des plantes et des bouts d'os carbonisés.

Il y a 170.000 ans, nos ancêtres faisaient également cuire des racines pour les consommer, comme l'a montré une étude publiée en janvier 2020. "Cela montre bien que les chasseurs-cueilleurs d'il y a 170.000 ans essayaient déjà d'avoir une alimentation équilibrée", concluait Francesco d'Errico, un des archéologues à l'origine de cette découverte.

Source : Sciences et Avenir du 31/01/2020

mardi 21 juin 2016

Les traces du premier feu de camp européen auraient été retrouvées en Espagne

Une équipe d’archéologues affirme avoir retrouvé les traces d’un feu de camp, le tout premier d’Europe, dans une grotte du sud-est de l’Espagne. Celui-ci daterait de 800 000 ans....

Si la science est d’accord pour affirmer que nos ancêtres préhistoriques ont découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu il y a au moins un million d’années, une capacité qui a plus tard été transmise au Proche-Orient et en Europe, des archéologues ont, semble-t-il, retrouvé les traces du premier feu de camp en Europe, un feu qui daterait de 800 000 ans.

C’est dans la grotte espagnole de Cueva Negra del Estrecho del Rio Quipar, au sud-est de l’Espagne, que ces traces ont été découvertes par une équipe d’archéologues, lesquels ont découvert sur le site plus de 165 pierres et autres instruments présentant des traces de brûlure. Ce qui montre qu’il s’agissait d’un feu de camp, à savoir un feu « contrôlé », c’est la présence sur le même site de 2 300 os d’animaux. Leur analyse microscopique et chimique a montré que ceux-ci ont été chauffés entre 400°C et 600°C, signifiant qu’ils sont passés par les flammes.

Les archéologues ne sont cependant pas tous d’accord sur la datation de ce feu de camp, certains estimant qu’il serait 200 000 ans plus jeune. Mais si tel était le cas, il s’agirait tout de même du plus ancien feu de camp découvert en Europe, comme l’affirment ces chercheurs dans la revue Antiquity. À titre de comparaison, les traces du premier feu de camp dans le monde, composé également de fragments d’os d’animaux brûlés et d’outils en pierre, ont été découvertes dans la grotte de Wonderwerk, située dans le nord de l’Afrique du Sud. Celles-ci sont datées à environ un million d’années.

Cette maîtrise du feu, son contrôle, a été une étape essentielle dans l’évolution de l’Homo Erectus, lui permettant non seulement de varier son alimentation, mais aussi de devenir actif la nuit.

Source : Sciencepost du 14/06/2016

mardi 10 avril 2012

Evolution : l'homme ancien, bien plus évolué que prévu

Nos certitudes sur l’évolution humaine, notamment le moment du passage à un niveau de développement compatible avec l’utilisation de symboles, d’outils et le feu domestique, semblent devoir être remises en cause.

Habituellement, on place l’avènement de l’écriture, en tant que méthode de communication non verbale utilisant des symboles, à l’établissement de sociétés agraires il y a environ 6.000 ans. Bien avant cela, les “hommes des cavernes” peignaient les murs de leurs cavernes mais n’y laissaient point de textes. Vraiment ? Car une “revisitation” minutieuse des grottes de Rouffignac, Chauvet, et Lascaux a permis un inventaire de signes, autres que les classiques dessins figuratifs, qui pourraient bien constituer une forme d’alphabet utilisé par ces humains voici… 30.000 ans !

Un travail de recensement de 200 grottes en France et en Espagne par Geneviève von Petzinger et April Nowell, de la University of Victoria, British Columbia, fait état de 26 signes spécifiques que l’on retrouve un peu partout dans ces grottes. Non seulement on retrouve ces signes mais, surtout, ils figurent sous forme de combinaisons récurrentes. La marque d’une forme d’écriture qui aurait été utilisée par Cro-Magnon.

Des éléments frappants

Rien n’est encore certain et les travaux continuent mais certains éléments de ces recherches sont particulièrement frappants : Von Petzinger décrit un set de cinq symboles particulièrement communs, apparaissant sur les murs. Cela fait écho à un motif récurrent mais également découvert, à Saint-Germain-de-la-Rivière, sur le collier d’une femme enterrée là voici 15.500 ans.

Sur son collier en dents de cerf rouge, trois dents sont gravées. La première avec les deux premiers symboles du set récurrent, la seconde avec le troisième symbole, et la dernière avec les deux derniers signes. Les cerfs rouges n’existant pas dans cette région à cette époque, il semble probable que le collier soit venu d’Espagne, peut être un élément de troc.

On ignore si la gravure eut lieu avant ou après ce présumé échange. Mais dans le premier cas, cela pourrait indiquer une forme de langue écrite permettant à des groupes distincts de communiquer. Et si Homo Sapiens possédait cette forme d’écriture en Europe voici 30.000 ans, l’a-t-il inventée ici ou importée d’ailleurs, notamment d’Afrique? Trouvera-t-on un jour une écriture africaine vielle de 70.000 ans ?

Deux écoles en lutte

Ici, deux écoles s’affrontent : les anthropologues d’un côté ; les paléontologues de l’autre. Pour les premiers, tel Richard Klein de la Stanford University, notre capacité à utiliser des symboles complexes, la création artistique et l’usage d’outils est apparue voici 35.000 ans au moment du “grand bond en avant” de la créativité humaine. C’est à cette époque que l’on retrouve les premiers instruments de musique, bateaux et objets religieux (terme englobant tout ce dont on ignore l’usage), peut être via une mutation génétique apparaissant au moment où Sapiensconquiert l’Europe au détriment, d’ailleurs, de Néanderthal.

Côté paléontologues, tel Peter Mitchell à Oxford, on pense que Sapiens avait atteint son potentiel intellectuel bien avant de quitter l’Afrique pour l’Europe. De fait, on découvre en Afrique du Sud des pointes de flèches, des bijoux et divers objets artistiques datant de 70.000 à 90.000 ans. Pour Mitchell, l’idée d’un “grand bond en avant” est du n’importe quoi eurocentrique.

A titre personnel, je partage tout-à-fait le point de vue des paléontologues d’autant que, d’après von Petzinger, on retrouve certains de ces 26 signes dans la grotte Blombos en Afrique du Sud. Pour elle, les “scribes” Cro-Magnon d’Europe maîtrisaient un art déjà ancestral dont les ébauches les plus anciennes furent sans doute effectuées sur des matières périssables, donc perdues à jamais. Pour Nowell, les gens qui peignaient et “écrivaient” à Chauvet avaient le même niveau de créativité artistique que vous et moi.

Un autre élément central de l’évolution humaine est la domestication du feu. Aujourd’hui, la première utilisation attestée et irréfutable du feu domestique remonte à 400.000 ans, selon des traces découvertes en Chine et en France. D’autres traces plus controversées découvertes en Israël feraient remonter cette première utilisation à 700.000 ou 800.000 ans. Mais une toute récente étude spectrométrique de sédiments provenant de la grotte de Wonderwerk en Afrique du Sud, récemment publiée dans PNAS, suggère une utilisation du feu domestique voici 1 million d’années, à l’époque d’Homo erectus !

Homo erectus maîtrisait le feu

Est-ce vraiment si étonnant ? Ce qui est aujourd’hui notre plus ancien ancêtre humain (dans le genre Homo) est vieux de 1,98 millions d’années et ne fut découvert qu’en 2010, en Afrique du Sud toujours (Malapa Caves). Nommé Australopithecus sediba, sa main possédait la même dextérité que la nôtre, et se révèle plus apte à l’utilisation d’outils que celle de Homo habilis. Selon Lee Berger, découvreur de Au. sediba et chef de projet à l’Université de Witwatersrand à Johannesbourg, “le niveau de développement de nombreux éléments du crâne et du corps ainsi que sa datation, en font sans doute le meilleur candidat pour l’ancêtre du genre Homo, meilleur encore que Homo habilis.”

Selon ce que l’on pense savoir de l’évolution humaine, ces êtres fort similaires à nous-mêmes remontent à quasiment deux millions d'années, capables de survivre aux changements climatiques, de migrer de part le monde et, probablement, de confectionner des outils. Seule notre ignorance arrogante de Sapiens Sapiens nous permet de penser que l’homme ancien ne créait rien de nature artistique ou symbolique, mangeait cru et ne communiquait que par grognements !

Je ne serais pas surpris que les découvertes futures, grâce à une technologie de plus en plus fine et un peu de chance, finissent par nous dépeindre un monde ancien tout aussi conscient de lui-même que le nôtre.

dimanche 8 avril 2012

Le premier feu de camp daterait d'il y a un million d'années

Le premier feu de camp daterait d'il y a un million d'années, soit trois cent mille ans plus tôt qu'estimé jusqu'à présent. C'est ce qu'affirment des chercheurs qui ont examiné à la loupe des traces de foyer dans une caverne sud-africaine.

Jusqu'ici, les anthropologues n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur l'époque à laquelle nos ancêtres préhistoriques avaient découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu afin de chauffer des aliments et de se protéger du froid, selon une étude parue dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Des indices de telles activités avaient été trouvés en Afrique, en Asie et en Europe, tandis que les premières preuves admises à ce jour étaient des morceaux de récipients calcinés recueillis en Israël et datés d'il y a sept cent mille ou huit cent mille années. Des fragments d'os d'animaux brûlés et d'outils en pierre qui semblent encore plus vieux ont été découverts dans des sédiments à l'intérieur de la caverne Wonderwerk, dans le centre-nord de l'Afrique du Sud, où des fouilles antérieures avaient déjà révélé d'importantes traces de présence humaine.

Des chercheurs ont trouvé "des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments", ce qui laisse supposer l'existence de petits foyers près de l'entrée de la caverne, indiquent les auteurs de l'étude.

Certains fragments font apparaître une décoloration de la surface, effet typique d'un feu contrôlé et non d'un feu d'origine naturelle ou d'un autre phénomène du même genre. "L'analyse recule de trois cent mille ans le moment de l'utilisation du feu par l'homme, ce qui suggère que les ancêtres de l'homme, déjà du temps d'Homo erectus, pouvaient avoir adopté le feu dans leur mode de vie", a dit un anthropologue de l'université de Toronto, Michael Chazan, codirecteur du projet.

Homo erectus est l'un des plus anciens bipèdes ancêtres d'Homo sapiens. Avec de longues jambes et un gros cerveau, il aurait peuplé la Terre il y a 1,8 million d'années environ, bien avant le Néandertalien. "La maîtrise du feu pourrait avoir été un tournant majeur dans l'évolution de l'homme", a ajouté M. Chazan. "L'impact de la nourriture cuite est bien établi, mais l'impact de la maîtrise du feu pouvait toucher tous les éléments de la société humaine. Les contacts sociaux autour d'un feu de camp pourraient être un aspect essentiel de ce qui nous rend humains", a-t-il poursuivi.

L'équipe internationale qui a produit l'étude comprend des experts de l'université de Boston, de l'Académie des sciences de Heidelberg, en Allemagne, de l'université hébraïque de Jérusalem, de l'université du Witwatersrand, à Johannesburg, et de l'université de Toronto, au Canada.

Source : Le Monde du 03/04/2012

samedi 7 avril 2012

L'homme faisait-il griller la viande il y a un million d'années ?

L'utilisation du feu par l'homme pour cuire ses aliments remonterait à un million d'années, selon de nouvelles observations. De quoi renforcer l'idée selon laquelle la viande grillée a joué un rôle primordial dans l'évolution !

Un Homo erectus mangeait-il sa viande crue ou cuite? D’après de nouvelles analyses menées dans une grotte en Afrique du Sud, un H. erectus -ou un autre homininé vivant il y a un million d’années- aurait utilisé le feu, probablement pour cuire ses aliments, bien avant la date admise pour la domestication du feu. Michael Chazan (University of Toronto, Canada) et ses collègues ont en effet découvert des traces de combustion datant d’un million d’années dans la grotte de Wonderwerk, où les signes d’occupation humaine remontent à 2 millions d’années.

La grotte de Wonderwerk, en Afrique du sud, est un long tube de 140 m de long. C'est à une trentaine de mètres de l'entrée que les paléontologues ont découvert les cendres, dans une couche sédimentaire de 1 million d'années.

L’utilisation du feu est un tournant dans l’histoire de l’évolution humaine. La viande cuite fournit plus d'énergie que la crue, comme le confirmait une étude récente (Du rôle de la cuisson dans l'évolution). La mastication est plus facile, la taille de la mâchoire peut régresser au profit de celle de la boîte crânienne… Selon l’anthropologue britannique Richard Wrangham, les changements de morphologie observés à partir d’Homo erectus sont liés à la consommation d’aliments cuits. Son hypothèse remet en question l’idée longtemps admise que l’humain n’a utilisé le feu pour cuisiner qu’il y a 500.000 ans environ.

Dans la grotte de Wonderwerk, Michael Chazan et ses collègues ont découvert des vestiges de cendres contenant des plantes et des bouts d’os carbonisés. Les angles bien marqués des particules de cendres indiquent qu’elles n’ont pas été transportées par de l’eau ou du vent, expliquent aujourd'hui les chercheurs dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. La combustion –essentiellement des matériaux légers comme de l’herbe, des petites branches ou des feuilles- aurait donc bien eu lieu in situ.

Ces cendres ne sont pas directement liées à la présence de l’homme. Cependant, la grotte ayant été habitée par des homininés, les chercheurs suggèrent qu’ils en ont été les artisans. Ils auraient pu profiter d’un feu naturel pour allumer un foyer et cuire leurs aliments.

Ce n’est pas la première fois que des traces de feu anciennes sont ainsi associées à la présence humaine. Sur le site de Gesher Benot Ya’aqov, en Israël, des vestiges de foyers de 700.000 à 800.000 ans ont été découverts. A Swartkrans, en Afrique du sud, ce sont des os carbonisés de 1 à 1,5 million d’années qui ont été identifiés. Des traces de feu vieilles de 1,5 million d’années environ ont été annoncées dans plusieurs sites en Ethiopie et au Kenya.

Cependant, pour tous ces sites très anciens, le doute demeure : s’agit-il vraiment d’un feu contrôlé ou d’un feu sauvage? Les cendres ont-elles été transportées ou ont-elles été produites in situ? Il est plus difficile de conclure pour des cendres que pour un outil ou des os fossiles. Seuls des sites plus récents, comme Menez Dregan en Bretagne (Finistère), attestent de façon certaine de l’utilisation du feu par l’homme. Les origines de la cuisine gardent leur part de mystère..

Source : Sciences et Avenir du 03/04/2012

vendredi 6 avril 2012

Il y a un million d'années, l'Homo erectus jouait déjà avec le feu

Les ancêtres de l'homme auraient domestiqué le feu il y a un million d'années. Une équipe de scientifiques en a trouvé la preuve dans la grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud. Elle publie cette semaine ses résultats dans la revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). L'équipe internationale (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Israël et Afrique du Sud) a découvert des vestiges de combustion associés à ceux d'un aménagement articifiel, qui auraient servi à faire des feux.

La grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud, où ont été découvertes des traces de combustion.

Comment les chercheurs ont-il procédé ?

"Des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements, déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments", ont été découverts dans la grotte de Wonderwerk, selon Radio Canada. C'est en étudiant "la texture, le magnétisme, la couleur, la disposition de résidus d'os, de végétaux et de cailloux", selon Le Figaro, que les scientifiques ont pu affirmer que leurs résultats "fournissent, sans ambiguïté, la preuve que le feu était utilisé dans cette grotte il y a quelque 1 million d'années". Avant cela, des traces de combustion existaient déjà, mais rien ne prouvait que qu'il s'agissait de feux volontaires.

Que prouve cette découverte exactement ?

"Jusqu'ici, il était admis que la domestication du feu datait de 300 000 à 400 000 ans", rapporte Le Figaro. Radio Canada précise par ailleurs que "des fragments de récipients calcinés avaient été trouvés en Israël et datés d'il y a 700 000 ou 800 000 ans". La présence, dans la grotte de Wonderwerk, de restes d'aménagements artificiels, comme des petits foyers, confirme que l'Homo erectus maîtrisait le feu bien avant l'homme de Neandertal et l'Homo sapiens, l'homme moderne.

Comment et pourquoi l'Homo erectus utilisait-il le feu ?

Les chercheurs précisent dans leur étude que ces éléments indiquent que "des petits foyers ont été en activité près de l'entrée de la caverne". Ils ignorent encore si l'Homo erectus savait lui même allumer un feu ou simplement le conserver, à partir d'incendies naturels, liés notamment à la foudre. Des questions subsistent également concernant l'usage de ces flammes entretenues volontairement. Etait-ce pour s'éclairer et se protéger des animaux, se chauffer, ou bien déjà pour s'alimenter ? Selon Le Figaro, "les auteurs de cette dernière étude placent résolument leurs résultats dans le cadre de la théorie du chercheur américain Richard Wrangham, qui affirme que c'est la cuisine et l'utilisation du feu qui ont permis à l'homme moderne d'émerger".

Source : Francetvinfo du 03/04/2012

jeudi 5 avril 2012

Le feu déjà utilisé il y a un million d'années

Une équipe internationale d'archéologues et préhistoriens a découvert, dans une grotte d'Afrique du Sud, des traces prouvant qu'Homo erectus a su se servir du feu, bien avant sapiens et Néandertal.

C'est une question que les archéologues et préhistoriens se posent depuis très longtemps: quand les humains ont-ils domestiqué le feu? L'affaire est cruciale dans l'évolution humaine, car elle a des conséquences importantes sur la morphologie même des hommes et sur leur capacité de survie. Et de plus en plus d'études indiquent que l'utilisation de la flamme est bien plus ancienne qu'on ne le pensait.

La dernière en date, menée par une équipe internationale (États-Unis, Canada, Allemagne, Israël et Afrique du Sud), fait ainsi remonter cette domestication à plus d'un million d'années ( PNAS , 3 avril 2012). Les chercheurs ont passé au crible de leurs appareils (dont un microspectromètre très performant) les sédiments présents dans un site archéologique connu, la grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud.

«Sans ambiguïté»

En étudiant la texture, le magnétisme, la couleur, la disposition de résidus d'os, de végétaux et de cailloux, ils affirment que leurs résultats «fournissent, sans ambiguïté, la preuve que le feu était utilisé dans cette grotte il y a quelque 1 million d'années». D'autres études avaient déjà donné des résultats datant de plus d'un million d'années mais sans que l'on puisse exclure qu'ils aient résulté d'incendies naturels.

Jusqu'ici, il était admis que la domestication du feu datait de 300.000 à 400.000 ans et avait été effectuée par Homo sapiens et Néandertal. Ce nouveau résultat les détrône et décerne les honneurs des premières utilisations du feu à son prédécesseur, Homo erectus.

Des traces de charbon de bois trouvées en 1999

Bien sûr, il n'est pas possible sur la base de ces recherches d'affirmer qu'H. erectus ait su faire autre chose que conserver le feu recueilli après un incendie par exemple, comme le racontait, au début du XXe siècle, J.-H. Rosny aîné dans La Guerre du feu. Même si l'on sait maintenant que ce qu'il décrivait de la vie des hommes il y a 100.000 ans n'était pas conforme à la réalité.

Mais les auteurs de cette dernière étude placent résolument leurs résultats dans le cadre de la théorie du chercheur américain Richard Wrangham, qui affirme que c'est la cuisine et l'utilisation du feu qui ont permis à l'homme moderne d'émerger. Wrangham et ses collègues avaient publié dès 1999 des résultats de fouilles présentant des traces de charbon de bois sur des sites d'H. erectus. Mais impossible de prouver que ce dernier l'utilisait pour se chauffer ou cuisiner.

Plus de calories

Richard Wrangham s'est donc demandé quelles conséquences auraient eu un changement de régime alimentaire, principalement de passer du cru au cuit. Outre les améliorations gustatives et nutritionnelles (plus de calories facilement utilisables) apportées par la cuisson, le chercheur estime que la facilité de mastication des aliments cuits peut avoir «sélectionné» des individus aux mâchoires moins proéminentes, permettant par voie de conséquence un développement de la boîte crânienne et donc du volume du cerveau. Ce qui lui permit, plus tard, d'inventer le briquet et les allumettes.

Source : Le Figaro du 03/04/2012

mercredi 4 avril 2012

L'homme aurait su faire du feu il y a un million d'années

Les ancêtres de l'homme auraient appris à faire un feu de camp il y a un million d'années, soit peut-être 300.000 ans plus tôt qu'estimé jusqu'à présent, ont affirmé lundi des chercheurs ayant examiné des traces de foyer dans une caverne sud-africaine.

Jusqu'à présent, les anthropologues n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur l'époque à laquelle nos ancêtres préhistoriques avaient découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu afin de chauffer des aliments et se protéger du froid, selon une étude parue dans la publication hebdomadaire américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Des indices de telles activités avaient été trouvés en Afrique, en Asie et en Europe, tandis que les premières preuves admises jusqu'à présent étaient des morceaux de récipients calcinés recueillis en Israël et datés d'il y a 700.000 ou 800.000 années.

Des fragments d'os d'animaux brûlés et d'outils en pierre qui semblent encore plus vieux ont été découverts dans des sédiments à l'intérieur de la caverne Wonderwerk dans le centre-nord de l'Afrique du Sud, où des fouilles antérieures avaient déjà révélé d'importantes traces de présence humaine. Des chercheurs ont trouvé «des cendres de substances végétales bien préservées et des fragments d'ossements, déposés sur des surfaces bien délimitées et mélangés aux sédiments», ce qui laisse supposer l'existence de petits foyers près de l'entrée de la caverne, indiquent les auteurs de l'étude. Certains fragments font apparaître une décoloration de la surface, effet typique d'un feu contrôlé et non d'un feu d'origine naturelle ou d'un autre phénomène du même genre.

«L'analyse recule de 300.000 ans le moment de l'utilisation du feu par l'homme, ce qui suggère que les ancêtres de l'homme, déjà du temps de l'homo erectus, pouvaient avoir adopté le feu dans leur mode de vie», a dit un anthropologue de l'Université de Toronto, Michael Chazan, co-directeur du projet.

L'Homo erectus est l'un des plus anciens bipèdes ancêtres d'Homo sapiens. Avec de longues jambes et un gros cerveau, il aurait peuplé la Terre il y a 1,8 million d'années environ, bien avant le Néandertalien.

«La maîtrise du feu pourrait avoir été un tournant majeur dans l'évolution de l'homme», a ajouté Michael Chazan. «L'impact de la nourriture cuite est bien établi, mais l'impact de la maîtrise du feu pouvait toucher tous les éléments de la société humaine. Les contacts sociaux autour d'un feu de camp pourraient être un aspect essentiel de ce qui nous rend humains», a-t-il poursuivi.

L'équipe internationale ayant produit l'étude comprend des experts de l'Université de Boston, de l'Académie des Sciences de Heidelberg en Allemagne, de l'Université Hébraïque de Jérusalem, de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg et de l'Université de Toronto au Canada.

Source : 20 minutes du 02/04/2012

jeudi 25 août 2011

Homo erectus cuisait déjà ses repas

L'Homo erectus, ancêtre éteint de l'homme moderne ayant vécu il y a 1,9 million d'années, cuisait déjà ses aliments, révèle une recherche publiée aujourd'hui.

Unique parmi les animaux, l'homme consomme beaucoup d'aliments cuits et ses ancêtres ont, grâce ce régime alimentaire, absorbé davantage de calories, lui donnant plus de forces et une espérance de vie plus longue, selon des travaux parus dans les Annales de l'académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 22 au 26 août.

Mais le moment à partir duquel la cuisson des aliments a commencé à faire une différence biologique notable sur les ancêtres de l'Homo sapiens restait incertain jusqu'à présent, observent les chercheurs de cette étude.

Recourant à une technique phylogénique --étude des parentés entre différents êtres vivants pour en comprendre l'évolution-- les auteurs de cette étude, dont Chris Organ, un biologiste de l'Université de Harvard (Massachusetts, nord-est), ont pu déterminer le temps que l'homme et les autres primates ont passé respectivement à se nourrir.
"Nous avons déterminé que l'homme moderne consacre moins de temps à se nourrir, à savoir 4,7% de ses activités quotidiennes, que les autres primates avec 48%", a-t-il dit.

Cette différence laisse penser qu'un changement rapide dans l'évolution des habitudes alimentaires s'est produit dans la branche humaine après la séparation avec les chimpanzés il y a quelque six millions d'années.

Ainsi, parmi les ancêtres éloignés de l'homme moderne, l'Homo erectus montre une forte réduction de la taille de ses molaires qui s'est poursuivi, bien qu'irrégulièrement, chez l'Homo sapiens.

"Nous avons pu montrer que la réduction de la taille des molaires des premiers ancêtres de l'homme --l'Homo habilis et l'Homo rudolfensis-- s'expliquait seulement par l'évolution et la taille du corps", écrivent les chercheurs.

Source : Le Figaro du 22/08/2011

mercredi 6 avril 2011

Les Européens n'ont maîtrisé le feu qu'il y a 400 000 ans

Publiée dans les Proceedings de l'Académie des sciences américaine, une étude qu'a co-écrite une chercheuse du laboratoire PACEA (de la Préhistoire à l'Actuel, Cultures, Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre...), Anthropologie, UMR5199 CNRS-université de Bordeaux I-ministère de la culture) montre, à partir de l'analyse de plus d'une centaine de sites préhistoriques, que les premiers homininiens arrivés en Europe (L’Europe est considérée comme un continent ou une partie de l’Eurasie (péninsule occidentale), voire de l’Eurafrasie, selon le point de vue. Elle est parfois qualifiée de « Vieux Continent » (ou d’« Ancien Monde »), par opposition au « Nouveau Monde » (Amériques).) il y a plus d'un million d'années ne disposaient pas du feu et qu'ils l'ont domestiqué il y a 300000 à 400000ans. Ce travail prouve aussi que Néandertal maîtrisait parfaitement le feu.

De nombreux archéologues ont tendance à penser que la conquête de l'Europe par les ancêtres de l'homme moderne n'a pu se faire sans l'usage maîtrisé du feu étant donné les hivers rigoureux qui règnent parfois sous nos latitudes. Cependant, l'analyse à grande échelle des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) archéologiques réalisée dans cette étude (141 sites allant de -1,2million d'années à -35000ans) montre que les plus anciennes traces avérées de foyers remontent à environ 400000ans sur deux sites: Beeches Pit en Angleterre et Schöningen en Allemagne. Il n'existe pas de preuve de maîtrise du feu pour les quelque 700millénaires d'occupation de l'Europe qui ont précédé, même s'il n'est pas exclu qu'à l'occasion d'événements naturels (foudre, volcanisme, combustions spontanées), les hommes préhistoriques aient pu occasionnellement se servir du feu. Ces résultats concordent assez bien avec ce que l'on sait de l'apparition du feu en Asie et en Afrique, à l'exception toutefois du site de Gesher Benot Ya'aqov, en Israël, qui semble recéler des traces d'usage du feu remontant à 780000ans.

Non seulement ce travail pose la question de savoir comment les premiers Européens ont pu, sans la chaleur des flammes, affronter les hivers ainsi que les périodes glaciaires, mais il montre que c'est Néandertal et ses contemporains qui ont intégré le feu dans l'arsenal technologique de la lignée humaine. Les foyers leur servaient à se chauffer, à cuire leur nourriture, à avoir de la lumière (La lumière désigne les ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 0,38 à 0,78 micron (380 nm à 780 nm ; le symbole nm désigne le nanomètre). La lumière est intimement liée à la notion de couleur. C'est Newton qui propose pour la première...) une fois la nuit tombée, mais aussi à produire de nouveaux matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.), comme des adhésifs nécessaires à coller des pierres taillées sur des manches. Une nouvelle preuve que l'homme de Néandertal, qui a disparu il y a 30000ans, était bien éloigné de l'image d'être archaïque qu'on lui a longtemps attribuée.

Source : Techno-Science-net du 04/04/2011

mardi 22 mars 2011

Néandertal maîtrisait le feu, contrairement à ses prédécesseurs

Publiée lundi 14 mars dans Proceedings of the National Academy of Sciences, une étude américano-néerlandaise passant en revue de nombreux sites archéologiques, montre chez l'homme de Néandertal une utilisation soutenue et habile du feu, que ne pratiquaient pas les espèces humaines qui l'ont précédé en Europe.

Paola Villa, conservatrice au Muséum d'histoire naturelle de l'Université du Colorado, et le Pr Wil Roebroeks, de l'Université de Leiden, aux Pays-Bas, ont visité des dizaines de sites néandertaliens, écumé les bibliothèques d'Europe et des États-Unis et pris contact avec d'autres chercheurs pour mener une enquête sur la domestication du feu chez les anciens hommes préhistoriques du Vieux continent.

Ils ont répertorié 141 sites de l'Europe d'il y a 1,2 million d'années à 35.000 ans, présentant potentiellement des traces de foyer, et les ont ensuite classés selon leur pertinence, s'appuyant sur des indices comme la présence de charbon de bois, d'objets en pierre chauffée ou d'os brûlés, ainsi que sur de multiples méthodes de datation.

Résultats : aucune trace d'utilisation du feu chez les premiers hominidés - tels Homo heidelbergenis - à avoir peuplé l'Europe avant - 400.000 ans environ, malgré le climat rigoureux qui y régnait. En revanche, l'étude confirme une utilisation quotidienne et avisée du feu chez Néandertal à partir de cette période, avec notamment des traces de cuisine et la fabrication d'une colle destinée à fixer les lames de pierre sur des manches ou des hampes en bois, élaborée à partir d'écorce de bouleau chauffée.

Source : MaxiSciences du 16/03/2011

samedi 1 janvier 2011

Fruits et légumes cuits au menu de Neandertal

A chaque découverte des gratteurs de fossiles, l'homme de Neandertal, notre lointain cousin disparu voilà 30 000 ans, se rapproche un peu plus de nous. Etude après étude, ses oripeaux de rustre mal dégrossi, grand dévoreur de viande aux manières primitives, tombent en lambeaux. Laissant apparaître un homme différent mais, sur bien des plans, pas moins "civilisé" que Sapiens. Auquel, on le sait depuis peu, il a du reste transmis par croisements une petite partie de son patrimoine génétique.

Le travail d'une équipe de paléoanthropologues de Washington et de Panama, publié dans les comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 27 décembre, apporte une nouvelle pierre à cette réhabilitation. Il montre que Neandertal, tout comme l'homme moderne, se nourrissait aussi de plantes et de fruits. Mieux encore, qu'il les cuisait. Et que ces pratiques impliquaient une grande faculté d'adaptation.

Notre parent archaïque a longtemps été réputé avoir une alimentation presque exclusivement carnée, que lui fournissait la chasse des grands mammifères. Il ne goûtait guère, pensait-on, le petit gibier (plus difficile à capturer), les poissons et les coquillages, ni, surtout, les végétaux. Ce régime peu diversifié est l'une des explications parfois avancées pour expliquer pourquoi, après avoir peuplé l'Europe et une partie de l'Asie pendant près de 300 000 ans, il s'est lentement effacé devant l'homme moderne - c'est-à-dire nous -, capable de tirer davantage de calories de son environnement.

Des indices de l'utilisation de végétaux avaient déjà été repérés sur plusieurs sites néandertaliens. Sans que leur présence dans les sédiments puisse être formellement associée à leur consommation.

Cette fois, les chercheurs ont trouvé des témoins irréfutables : sept dents (trois molaires, deux prémolaires, une canine et une incisive) appartenant à trois squelettes retrouvés dans deux dépôts de restes néandertaliens bien connus. Le premier en Irak, dans la grotte de Shanidar, sur les contreforts des monts Zagros. Le second en Belgique, dans la grotte de Spy, dans la province de Namur. Deux sites dont les ossements sont respectivement datés de 46 000 et 36 000 ans.

Ces dents sont couvertes de tartre (ou calcul) et, décrivent les auteurs, ces dépôts calcifiés sont de très efficaces pièges à particules alimentaires microscopiques, parfaitement conservées. De minuscules fragments de ces plaques dentaires ont été prélevés, passés dans une microcentrifugeuse et examinés au microscope. Résultat : ils recèlent des grains d'amidon et des phytolithes (concrétions de cellules végétales) provenant de différentes plantes, graines et fruits. On y trouve notamment des résidus de dattes, de légumineuses, de graminées (dont des variétés proches de l'orge actuel et du sorgho), ainsi que de rhizomes (partie souterraine de la tige) de nénuphars.

"On savait déjà, par les analyses biochimiques, que les néandertaliens - comme d'ailleurs les premiers Sapiens - se nourrissaient principalement de viande, mais pas uniquement. Aucun individu n'a une alimentation à 100 % carnée", commente Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et spécialiste de l'alimentation préhistorique. Mais c'est la première fois qu'est apportée une preuve directe que les végétaux figuraient aussi au régime de ces omnivores.

Ce n'est pas tout. L'inspection dentaire montre que beaucoup de ces résidus ont subi des transformations dues à une cuisson. Les végétaux, pensent les auteurs, devaient être bouillis dans l'eau plutôt que grillés sur les braises.

Pour Marylène Patou-Mathis, il ne s'agit pas d'une surprise : "Neandertal maîtrisait le feu et les ossements animaux retrouvés dans de nombreux foyers attestent qu'il savait cuire la viande", rappelle-t-elle. La démonstration est faite qu'il procédait de même pour l'accompagnement de légumes.

Ces conclusions sont d'autant plus marquantes qu'elles proviennent de deux sites géographiquement très éloignés, aux contextes environnementaux et climatiques différents. Et de deux groupes de néandertaliens bien distincts, l'un proche-oriental, l'autre occidental. Elles appellent bien sûr une certaine prudence, trois individus et sept dents ne constituant pas un échantillon représentatif de toute une population.

Pour les auteurs, il est clair néanmoins que Neandertal faisait preuve de "sophistication" dans son régime et "consacrait du temps et de l'énergie à préparer des aliments à base de végétaux, pour les rendre plus comestibles et améliorer leurs qualités nutritionnelles". La cueillette de ces différentes plantes nécessitait, en particulier, des déplacements saisonniers de campement, comme l'exigeaient aussi les migrations des animaux sauvages. Si bien que "l'exploitation de ces espèces végétales ne serait pas une stratégie nouvelle développée par les premiers hommes modernes, devenus par la suite cultivateurs".

Reste alors, puisque leur alimentation n'est pas en cause, le mystère de la disparition des néandertaliens. Pour Marylène Patou-Mathis, ils auraient été victimes d'une démographie insuffisante pour le vaste territoire qu'ils occupaient. Pacifistes et écologistes avant l'heure, respectueux peut-être d'une "cosmogonie" qui les rendait peu combatifs, ils se seraient repliés devant l'avancée de Sapiens, jusqu'à s'éteindre. Protéines végétales ou pas.

Source : Le Monde du 31/12/2010

mercredi 29 décembre 2010

L'homme de Neandertal cuisait ses aliments et mangeait aussi des végétaux

L'homme de Neandertal cuisait sa nourriture et consommait des végétaux tout comme son cousin l'homme moderne, selon une étude qui remet en question la théorie selon laquelle les Néandertaliens n'étaient que carnivores, cause avancée de leur disparition il y a 30.000 ans.

Apparu en Europe et au Proche-Orient quelque 300.000 ans avant notre ère, l'homme de Neandertal a co-existé environ 10.000 ans avec l'humain anatomiquement moderne, l'Homo sapiens, avant de s'éteindre pour des raisons qui font toujours l'objet d'un débat.

Selon une hypothèse avancée par des travaux précédents, l'Homo sapiens a pu survivre en s'adaptant mieux à d'autres sources de nourriture, à savoir en consommant des végétaux et aussi des poissons et fruits de mer selon l'endroit où il se trouvait.

Cette nouvelle étude publiée lundi dans les Annales de l'Académie américaine des Sciences (PNAS) datées du 27-31 décembre, fait apparaître les cousins disparus de l'homme sous un nouveau jour.

L'étude a été effectuée à partir d'analyses de particules de nourriture enfermées dans des plaques de tartre sur des dents fossilisées de Néandertaliens découvertes sur des sites archéologiques en Irak et en Belgique.

Les chercheurs, menés par Dolores Piperno du département d'Anthropologie du musée d'histoire naturelle américain Smithsonian, ont découvert des grains d'amidon provenant de nombreuses plantes dont une herbe sauvage, différents légumes, des racines et des tubercules.

Un grand nombre de ces aliments ont subi des modifications physiques correspondant à la cuisson, notamment des grains d'amidon, ce qui laisse penser que l'homme de Neandertal maîtrisait le feu à l'instar des premiers humains modernes.

Ses dents contenaient également des particules de datte et de l'amidon provenant de beaucoup d'autres végétaux que les chercheurs tentent encore d'identifier.

Des objets en pierre n'indiquent toutefois pas que les Néandertaliens utilisaient des outils pour broyer les graines. Dès lors, ils ne pratiquaient probablement pas l'agriculture.

Mais "ces indices montrent que les Néandertaliens consacraient du temps et des efforts à rendre leurs aliments plus comestibles et a en accroître la valeur nutritionnelle", jugent ces chercheurs.

"Toutes ces données montrent que l'homme de Neandertal était sophistiqué dans sa façon de recueillir et préparer sa nourriture que ce soit pour chasser des animaux de grande taille ou récolter et préparer des aliments à base de végétaux", ajoutent-ils.

Selon ces anthropologues, les adaptations majeures dans l'acquisition et la préparation de la nourriture chez les hominidés, à savoir la cuisson des aliments à base de végétaux qui a ouvert la voie à l'agriculture, étaient déjà en route dès la fin du Paléolithique moyen, il y a environ 50.000 ans.

De ce fait, "l'exploitation de ces variétés de végétaux pour produire des aliments n'était pas une nouvelle stratégie développée par les premiers hommes modernes précurseurs des agriculteurs", concluent les auteurs de l'étude.

Ces chercheurs ont collecté des échantillons de tartre sur sept dents fossilisées de Néandertaliens, trois qui provenaient du site archéologique irakien de Shanidar 3 et quatre des cavernes de Spy 1 et Spy 2 en Belgique.

Source : 20 mn du 27/12/2010

L'homme de Neandertal cuisait sa nourriture

Eteint il y a environ 30 000 ans, l'homme de Neandertal ne se nourrissait pas exclusivement de viande mais aussi de végétaux et cuisait sa nourriture, à l'instar de son cousin l'homme moderne, selon une étude publiée lundi 27 décembre dans les Annales de l'Académie américaine des sciences.
Selon de précédentes recherches, les Néandertaliens étaient surtout des chasseurs carnivores, ce qui aurait précipité leur extinction. Les premiers hommes modernes avec lesquels ils ont coexisté pendant quelque 10 000 ans ont pu survivre, selon l'hypothèse avancée jusqu'à présent, en s'adaptant mieux à d'autres sources de nourriture que la viande, c'est-à-dire en consommant des aliments à base de végétaux, mais aussi des poissons et des fruits de mer selon l'endroit où ils se trouvaient.

La nouvelle étude publiée dans les Annales a été effectuée à partir d'analyses de particules de nourriture enfermées dans des plaques de tartre provenant de dents fossilisées de Néandertaliens découvertes sur des sites archéologiques en Irak et en Belgique. Des chercheurs y ont découvert des grains d'amidon provenant de nombreuses plantes, dont une herbe sauvage, des traces de différents légumes, de racines et de tubercules.

PAS D'AGRICULTURE

Un grand nombre de ces aliments ont subi des modifications physiques correspondant à la cuisson, notamment des grains d'amidon, ce qui laisse penser que l'homme de Neandertal maîtrisait le feu, comme les premiers hommes modernes. Ces dents contenaient également des traces de particules de datte et de l'amidon provenant de beaucoup d'autres végétaux sur lesquels les chercheurs continuent à travailler pour les identifier.

Aucun artefact de pierre n'indique toutefois que les Néandertaliens utilisaient des outils pour broyer les graines, ce qui conduit à penser qu'ils ne pratiquaient probablement pas l'agriculture.

Source : Le Monde du 27/12/2010

mardi 28 décembre 2010

Neandertal cuisait ses aliments

L'homme de Neandertal cuisait sa nourriture et consommait des végétaux tout comme son cousin l'homme moderne, selon une étude qui remet en question la théorie selon laquelle les Néandertaliens n'étaient que carnivores, cause avancée de leur disparition il y a 30.000 ans.

Apparu en Europe et au Proche-Orient quelque 300.000 ans avant notre ère, l'homme de Neandertal a co-existé environ 10.000 ans avec l'humain anatomiquement moderne, l'Homo sapiens, avant de s'éteindre pour des raisons qui font toujours l'objet d'un débat.
Selon une hypothèse avancée par des travaux précédents, l'Homo sapiens a pu survivre en s'adaptant mieux à d'autres sources de nourriture, à savoir en consommant des végétaux et aussi des poissons et fruits de mer selon l'endroit où il se trouvait.
Cette nouvelle étude publiée lundi dans les Annales de l'Académie américaine des Sciences (PNAS) datées du 27-31 décembre, fait donc apparaître les cousins disparus de l'hommes sous un nouveau jour.

L'étude a été effectuée à partir d'analyses de particules de nourriture enfermées dans des plaques de tartre sur des dents fossilisées de Néandertaliens découvertes sur des sites archéologiques en Irak et en Belgique.

Source : Le Figaro du 27/12/2010