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jeudi 30 août 2018

Des hominiens en Chine il y a plus de deux millions d’années ?

L’une des pentes du plateau de Loess, en Chine, contenait des pierres taillées. Leurs âges poussent à faire reculer dans le temps la date de la première sortie d’Afrique. Mais de qui ?

Les membres du genre Homo sont sortis trois fois d’Afrique. La première sortie, censée être celle d’Homo erectus, était jusqu’ici datée à 1,8 million d’années à cause de l’âge des fossiles et des outils lithiques de type erectus du site de Dmanisi, en Géorgie. Or voilà que l’équipe de Zhaoyu Zhu, de l’académie chinoise des sciences, a découvert en Chine des outils de pierre bien plus anciens que les vestiges de Dmanisi.

Entre 2014 et 2017, les chercheurs ont recherché des traces d’occupation sur une colline située dans le plateau de Lœss à Shangchen (à environ quatre kilomètres de là où a été trouvé l’« homme de Lantian », un Homo erectus vieux de 600 000 ans). Là, entre les épaisses couches de ce fin sédiment éolien qu’est le loess, ils ont découvert 11 strates anciennes de sol ayant été occupées par des tailleurs de pierre. Épaisse de 39 mètres, cette séquence couvre une période débutant il y a 2,12 millions d’années et se terminant il y a 1,26 million d’années. Les dizaines de choppers (galets taillés), éclats, grattoirs et autres perçoirs découverts ont été obtenus soit par percussion sur enclume (on frappe un galet sur une enclume pour détacher des éclats), soit par percussion bipolaire sur enclume (on frappe avec un percuteur un galet posé sur une enclume).

"11 strates ont été constituées au cours de périodes chaudes par l'érosion sur le plateau de Loess. C'est dans ces couches qu'ont été découvertes des pierres taillées dont l'âge varie de 1,26 à 2,12 millions d'années."

Ces 82 outils portent tous des cônes de percussion et des traces de retouches, qui les distinguent clairement d’éventuels géofacts, c’est-à-dire de pierres façonnées par des processus géologiques. Quant aux divers blocs de quartzite utilisés pour produire les outils, ils semblent provenir des monts Qinling, distants de 5 kilomètres. Par ailleurs, les 11 paléosols dont proviennent les artefacts correspondent à des périodes d’incursion du climat tropical humide au-delà des monts Qinling, climat auquel étaient adaptés nos ancêtres.

Dès lors, lesquels de ces ancêtres ont séjourné à Shangchen ? Si l’on pense à Homo, il importe de se rappeler que le plus ancien fossile réputé humain – la mandibule LD 350-1 trouvée à Ledi-Geraru, en Éthiopie – date de 2,8 millions d’années. Homo n’a donc pu se répandre en Eurasie qu’après.

Toutefois, depuis la découverte à Lomekwi, au Kenya, de pierres taillées d’époque australopithèque (3,3 millions d’années), la sortie d’Afrique d’hominiens préhumains devient aussi envisageable. Or il existe des indices allant dans ce sens. Il en est ainsi de la découverte, dans la grotte de Longgupo, dans la municipalité de Chongqing (dans le Sichuan, sur le Yang-Tsé), de dents d’un hominidé mal identifié associées à de nombreux outils taillés. Leur datation vers 2,5 millions d’années a longtemps suscité la controverse. En 2017, une équipe franco-chinoise dont fait partie Éric Boëda, de l’université de Nanterre, a soigneusement réétudié et redaté le site et confirmé cette date.

De son côté, sur le site de Masol, dans le nord de l’Inde, Anne Dambricourt-Malassé, du CNRS, a découvert avec son collègue indien Mukesh Singh des os portant des traces de découpe, dont la datation vers 2,6 millions d’années a aussi été controversée parce qu’indirecte. La situation a changé depuis : les chercheurs ont aussi mis au jour un chopper incrusté dans une strate directement datée à plus de 2,6 millions d’années. Dès lors, les constatations de Masol, de Longgupo et de Shangchen peuvent fort bien s’expliquer par la sortie d’Afrique, relativement tôt, d’hominiens préhumains tailleurs de pierre.

Alors, les tailleurs de Shangchen étaient-ils humains ou préhumains ? Pour le moment, les chercheurs en savent trop peu pour trancher.

Source : Pour la Science du 29/08/2018

lundi 23 juillet 2018

Des outils vieux de 2,1 millions d’années montrent comment les humains ont conquis la Chine

La migration des humains hors d’Afrique a débuté très tôt, il y a plus de 2 millions d’années, confirme la découverte d’outils très anciens en Chine, sur le plateau de Loess.

Des outils vieux de 2,1 millions d'années ont été découverts en Chine, annoncent des géochimistes et des paléontologues de l'Académie des sciences chinoise et de l'université d'Exeter (Grande Bretagne). Ces pierres taillées de quartzite, exhumées à Schangchen, sur le plateau de Loess, au nord-est du pays, témoignent que cette partie de l'Asie a été peuplée très tôt par des Homo, possiblement des Homo erectus. Des incisives appartenant à ces homininés et vieilles de 1,7 million d'années ont d'ailleurs été décrites à Yuanmou, dans le sud de la Chine. Un crâne d'Homo erectus exhumé à Lantian, dans le Shaanxi, au centre du pays, a aussi récemment été daté de 1,67 million d'années.


L'âge des outils de Schangchen ne surprend absolument pas les spécialistes. La question d'une présence très ancienne en Chine est passionnément discutée et considérée comme plausible depuis plus d'une décennie. Contre les idées dominantes, des chercheurs français assuraient il y a plus de 15 ans que le pays avait été peuplé il y a plus de 2 millions d'années par des hommes au savoir technique original. Des choppers, datés aux alentours de 2 millions d'années, ont ainsi été trouvés à Longgupo, par le chercheur français Eric Boeda (Lire Sciences et Avenir, avril 2006 ) de l'Université Paris X-Nanterre qui a repris la fouille de ce site mythique dont le nom signifie " le versant aux os de dragons " dans les années 2000. La datation de dents de mammifères (chassés ?) découvertes sur ce site laisse penser qu'il a pu être occupé dès il y a 2,48 millions d'années, selon un article paru en 2017. Renzidong, plus à l'est du pays, est un site de boucherie animale qui a été fréquenté par des humains il y a peut-être plus longtemps encore.Toutefois, ces découvertes sont encore sujettes à controverse et discussion.

Dédaignant les travaux menés à Longgupo et Renzidong, Zhaoyu Zhu, de l'Académie des sciences chinoise et Robin Dennel, de l'université d'Exeter, qui ont daté les outils de Schangchen par paléomagnétisme assurent qu'il s'agit des plus anciens vestiges d'occupation humaine découverts hors d'Afrique à ce jour. Ils ont en tout cas 200.000 ans de plus que les pierres et crânes découverts à Dmanisi, en Georgie, aux portes de l'Europe.

Quoiqu'il en soit, les plus anciens outils restent africains : datés de 3,3 millions d'années, ils ont été mis au jour par la française Sonia Harmand sur le site de Lomekwi, à l'est du Kenya. C'est toujours sur le continent africain qu'ont été découverts les plus vieux membres du genre Homo et plus précisément à Ledi Geraru, dans l'afar Ethiopien dont le site a livré une mandidule datée de 2,8 millions d'années. Ce qui suggère que le berceau de l'humanité reste bien l'Afrique.

Source : Sciences et Avenir du 19/07/2018

vendredi 20 juillet 2018

Chine : la découverte d'outils en pierre repousse l'arrivée de nos ancêtres sur le continent

De nouvelles fouilles révèlent que nos ancêtres auraient quitté le continent africain plus tôt que ce que les chercheurs estimaient.

Une étude publiée mercredi dernier dans la revue Nature révèle que nos ancêtres auraient quitté l'Afrique plus tôt que ce qui était avancé par les chercheurs jusqu'alors. Un chapitre clef de l'histoire de l'humanité doit donc être révisé.

Une centaine d'outils en pierre ont été mis au jour sur le site de Shangchen, en Chine centrale. Ils révèlent que nos ancêtres les hominidés auraient quitté l'Afrique environ 250 000 ans avant ce qui était précédemment estimé.

Les fabricants de ces outils ont vécu par intermittence pendant 800 000 ans à Shangchen il y a 2,1 à 1,3 millions d'années, laissant derrière eux des outils qui n'avaient jusqu'alors jamais été mis au jour hors d'Afrique. Ces derniers auraient 300 000 ans de plus que les plus vieux fossiles d'Homo erectus, mis au jour sur le site de Dmanisi en Géorgie et qui datent d'il y a 1,8 million d'années.

« En tant que paléantologue, c'était vraiment formidable de mettre au jour des objets datant de deux millions d'années et qui sont donc les plus vieux au monde hors d'Afrique », a confié Robin Dennell, co-auteur de l'étude et professeur à l'Université d'Exeter, au Royaume-Uni.

« Il y a plus de personnes ont réussi l'ascension de l'Everest que de gens qui ont mis au jour des outils en pierre aussi vieux. »

« J'ai toujours dit qu'une fois que les paléontologues chinois se donneraient les mêmes moyens pour faire des fouilles qu'en Afrique, leurs actions paieraient ! », s'est exclamé Gerrit van den Bergh, paléontologue à l'Université de Wollongong qui n'a pas prit part à l'étude.

« Cette découverte montre que nous ignorons encore beaucoup de choses sur nos ancêtres ».

Les premiers hominidés à quitter l'Afrique ?

Les hommes modernes d'aujourd'hui, les Homo sapiens, ont quitté le continent africain il y a environ 60 000 ans. Ce n'était pas la première fois que les hommes modernes et même les hominidés migraient hors d'Afrique. En effet, des ossements d'Homo erectus ont été mis au jour de la Géorgie en passant par Java, tandis que des ancêtres de l'Homme de Néandertal se sont rendus en Europe il y a environ 500 000 ans. Quant aux premiers hominidés, ils sont parvenus à traverser le Pacifique sud d'une manière ou d'une autre pour s'établir sur les îles il y a 700 000 ans, ce qui s'est traduit par l'apparition de l'Homo floresiensis, dit le « hobbit », et d'autres fabricants d'outils insulaires.

Mais les hominidés seraient arrivés encore plus tôt en Asie. Dans les années 1980, des paléontologues ont mis au jour des outils en pierre au Pakistan datant de deux millions d'années. En 2004, dans le bassin de Nihewan, situé dans le nord de la Chine, des chercheurs chinois ont découvert des outils en pierre fabriqués il y a 1,66 million d'années. Enfin, en 2015, le crâne d'un Homo erectus vieux d'1,6 million d'années a été mis au jour à moins de cinq kilomètres de Shangchen.

Zhaoyu Zhu, auteur principal de la nouvelle étude et géologue à l'Académie chinoise des sciences, était convaincu que la Chine recelait d'autres sites plus anciens. En 2004, il décide de débuter des fouilles à Shangchen.

En juillet 2007, l'un des collègues de Zhaoyu Zhu remarqua une pierre dans un affleurement escarpé. Il s'agissait en réalité d'un outil façonné par un hominidé. En 2017, l'équipe du géologue avait creusé à plus de 73 mètres de profondeur dans le sol de Shangchen, révélant 17 strates dans lesquelles se trouvaient des outils en pierre.

« Mes collègues et moi étions surexités », se souvient le géologue. »

Pour dater ces outils, l'équipe de Zhaoyu Zhu a mesuré le champ magnétique de chaque strate où se trouvaient des objets.

Lorsqu'une strate se forme, les minéraux présents dans le sol à ce moment conservent la direction du champ magnétique de la Terre. La polarité du champ magnétique s'inverse parfois. Lorsque c'est le cas, les sédiments présents dans une strate subissent cette inversion à l'échelle planétaire.

Zhaoyu Zhu a pu dater avec précision chacune des strates de Shangchen en les comparant avec celles déjà datées en Afrique et qui présentent les mêmes inversions magnétiques. Sur les 96 outils mis au jour, six se trouvaient dans une strate datant de 2,12 millions d'années.

Qui a fabriqué ces outils ?

Aucun fossile d'hominidés n'a été mis au jour sur le site de Shangchen où ont été découverts les outils. Par conséquent, les scientifiques ignorent qui les a fabriqués.

Les soupçons portent sur l'Homo erectus, l'ancêtre de l'Homme moderne qui est déjà à l'origine des outils mis au jour à Dmanisi. On sait déjà que l'Homo erectus était capable de fabriquer des outils et qu'il avait la carrure et l'habilité de marcher pour traverser les continents. Sauf que les plus vieux fossiles de cet ancêtre de l'Homme datent d'il y a 1,8 million d'années. Ils sont donc bien plus récents que les plus vieux outils mis au jour à Shangchen.

« Même s'il est tout à fait possible que l'Homo erectus ait vécu en Chine à cette époque, l'âge du site et l'éventualité de mettre au jour des objets encore plus anciens indiquent qu'un autre membre du genre Homo a pu être présent en Asie à ces dates, comme un ancêtre semblable à l'Homo habilis », a expliqué Michael Petraglia, paléoanthropologue à l'Institut Max Planck qui étudie les anciens outils provenant d'Asie.

María Martinón-Torres, directrice du Centre national d'étude de l'évolution humaine en Espagne (CENIEH), une référence mondiale en termes de fossiles d'hominidés asiatiques, a déclaré qu'il fallait même étudier à nouveau certains fossiles d'hominidés mis au jour en Chine qui avaient été identifiés comme appartenant à des Homo erectus.

« Il est temps d'accepter que tous les hominidés mis au jour en Asie ne sont pas des Homo erectus, une espèce dans laquelle ont été placés de nombreux fossiles », a-t-elle déclaré. « Je pense que nous n'avons pas encore la réponse à la question relative à l'identité des premiers hominidés asiatiques. »

En tout cas, le cerveau des fabricants des outils mis au jour à Shangchen était trois fois plus petit que le nôtre. Si la taille du cerveau ne compte pas toujours, les spécialistes sont surpris de constater que ces premiers hominidés au petit cerveau ont été capables de quitter l'Afrique pour la Chine il y a deux millions d'années.

Des études supplémentaires seront nécessaires pour découvrir qui étaient ces mystérieux hominidés. Robin Dennell a indiqué qu'il souhaitait étudier des sédiments de plus de 2,1 millions d'années. Toutefois, cela ne sera pas possible à Shangchen car ces derniers se trouvent sous des terres agricoles. D'autres découvertes aussi incroyables sont tout sauf garanties ailleurs en Asie.

« Pendant de nombreuses années, [la] communauté scientifique a relégué l'Asie au second plan, derrière l'Afrique en ce qui concerne des épisodes importants de notre évolution », a confié María Martinón-Torres. « Je suis sûre que nous aurons d'autres surprises si nous menons plus de fouilles en Asie ».

Source : National Geographic du 19/07/2018

samedi 14 juillet 2018

Les plus anciennes preuves de lignées humaines hors d’Afrique découvertes en Chine

Des outils âgés de 2,1 millions d’années suggèrent que de lointains ancêtres des hommes sont arrivés en Asie encore plus tôt qu’on ne le pensait.

“Vous imaginez marcher 14 000 kilomètres ? Traverser à pied d’immenses savanes, suivre le lit des rivières, passer des chaînes de montagnes et découvrir un paysage entièrement nouveau peuplé de plantes et d’animaux inconnus ?”, interroge Quartz.

C’est bien ce qu’ont fait nos ancêtres en quittant l’Afrique pour rejoindre l’Asie. Et cette longue excursion a eu lieu encore plus tôt qu’on ne le pensait. Plusieurs outils taillés dans la pierre, pour certains âgés de 2,12 millions d’années, ont été excavés à Shangchen, sur le plateau de Lœss en Chine, révèle une étude parue dans Nature le 11 juillet.

“Ils constituent la preuve la plus ancienne à ce jour de l’existence d’êtres humains ou de leurs proches parents en dehors de l’Afrique”, souligne Nature dans un article grand public. Jusqu’à présent, les fossiles d’hominidés et les outils découverts hors du continent africain laissaient penser que nos ancêtres avaient quitté leur ‘berceau’ il y a 1,85 million d’années au plus tôt. On estime que les hominidés sont apparus en Afrique il y a plus de six millions d’années.

En revanche, le site chinois n’a pas encore livré tous ses mystères. Par exemple, aucun os humain n’y a été trouvé. Et “aucun des ossements d’animaux découverts à proximité ne portait de marques ou d’entailles causées par une pierre taillée qui auraient laissé penser que ces gens s’attaquaient aux ruminants à haut potentiel comestible de Shangchen”, précise Ars Technica. Selon Robin Dennell, archéologue britannique qui a participé à l’étude :

Trouver ce genre de preuve exigerait des fouilles beaucoup plus importantes.”

Source : Courrier International du 13/07/2018

mercredi 11 juillet 2018

Des outils trouvés en Chine repoussent la présence de l'homme en Asie

La mise au jour en Chine d'outils en pierre, vieux de 2,12 millions d'années, repousse d'au moins 270.000 ans la présence de l'homme sur le continent asiatique, selon une étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Jusqu'à aujourd'hui, les plus anciennes traces humaines "non-africaines" dataient de 1,8 million d'années. Il s'agissait de restes humains mis au jour dans le Caucase, sur le site de Dmanissi, en Géorgie.

Ces outils ont été découverts par une équipe de chercheurs menée par Zhaoyu Zhu de l'académie chinoise des sciences à Shangchen, dans le sud du plateau de Loess en Chine. Ils ont été mis au jour avec des fragments d'os animal.

"Cette découverte implique que les homininés (le groupe de l'homme et du chimpanzé, ndlr) ont quitté l'Afrique plus tôt que ne l'indiquaient les preuves de Dmanissi", explique à l'AFP Robin Dennell, du département d'Archéologie de l'université britannique d'Exeter, coauteur de l'étude.

La datation des outils du site de Shangchen a été obtenue grâce au paléomagnétisme: en tenant compte des variations de l'orientation du champ magnétique terrestre au fil des millénaires, parfaitement datées, les chercheurs peuvent déterminer l'âge des vestiges.

Une méthode irréfutable selon Robin Dennell qui considère que le sujet est tellement polémique que les preuves doivent être "à l'épreuve des bombes".

Selon un communiqué de l'Université d'Exeter, les pierres ont été intentionnellement façonnées. "L'objectif principal de ces pierres écaillées était de produire des éclats tranchants utilisables pour couper ou trancher", explique Robin Dennell. "C'est une technologie simple mais efficace qui a été développée il y a 2,6 millions d'années en Afrique de l'Est", ajoute-t-il.

Les hommes qui ont laissé ces traces étaient "probablement une forme précoce de notre propre genre Homo", considère Robin Dennell.

Les plus vieux fossiles de genre Homo, genre auquel appartient l'homme moderne (c’est à dire Homo sapiens, notre propre espèce), remontent à 2,8 millions d'années. Il s'agit d'une mandibule avec des dents trouvée dans la région de l'Afar, en Ethiopie, en 2013.

Source : Science et Avenir du 11/07/2018

jeudi 1 mai 1997

Shangchen

Shangchen est un site archéologique du Paléolithique inférieur dans le plateau de Lœss en Chine centrale. Les outils en pierre trouvés sur le site, datés de 2,12 millions d'années pour les plus anciens, permettent de penser que les homininés ont quitté l'Afrique plus tôt que ne l'indiquaient les fossiles humains de Dmanissi en Géorgie, datés de 1,8 Ma, et qui constituaient les plus anciennes preuves de présence d'hominines hors d'Afrique jusqu'à la découverte des traces de boucherie de Masol (Inde, au moins 2,6 Ma) et des artéfacts de Longgupo (ou Homme de Whushan, 2,5 Ma). Les artefacts de Shangchen confirment donc le très ancien peuplement de l'Asie et de la Chine en particulier.

Le site, connu depuis 1964, a été fouillé entre 2004 et 2017 ; lors de la dernière campagne de fouilles, le sol a été creusé à 73 mètres de profondeur afin de dégager les 17 strates où étaient enfouis les artefacts. Les résultats ont été publiés en 2018 dans la revue Nature. Le lieu faisant l'objet d'une exploitation industrielle, il est impossible actuellement de creuser à de plus grandes profondeurs à la recherche d'éventuels vestiges plus anciens.

Datation

Le site de Shangchen manquant de minéraux volcaniques, l'étude a daté les sédiments en utilisant la méthode du paléomagnétisme. La plus ancienne couche contenant des artefacts sur le site est datée de 2,12 millions d'années (loess L28), tandis que la plus récente est datée de 1,26 million d'années (paléosol S15), indiquant que le site a été occupé pendant 850 000 ans, mais pas nécessairement de manière continue. Certains des outils ont été trouvés avec des fragments d'os d'animaux, notamment de cerfs et des bovidés ; les auteurs de l'étude n'évoquent pas d'éventuelles traces de percussion laissées par sur les os par des hominines . Des scientifiques n'ayant pas participé à l'étude jugent les dates convaincantes. Des vestiges encore plus anciens peuvent ne pas avoir été découverts : les couches les plus profondes de Shangchen sont inaccessibles depuis 2018 car la zone est « activement exploitée ».

La date de 2,12 Ma est antérieure de 300 000 ans à celle attribuée aux plus anciens fossiles connus d'humains archaïques en Eurasie (Homo georgicus, 1,8 Ma). Elle est également antérieure à celle attribuée au plus ancien fossile d'hominine trouvé en Asie de l'Est, l'Homme de Yuanmou, daté de 1,7 million d'années.

Description des artefacts

Une séquence d'une épaisseur de 39 mètres. a livré 96 outils en pierre. L'analyse de ces artefacts montre qu'il ne s'agit pas de pierres façonnées par des processus naturels, mais bien de galets taillés portant des traces de percussion et de retouches. Les pierres de quartzite qui ont servi à la fabrication des outils ont été transportées probablement depuis les monts Qinling, situés à 5 kilomètres.

Les auteurs de l'étude soulignent le fait que l'origine naturelle des artefacts revendiqués est exclue car Shangchen et ses environs immédiats n'ont pas de rivières anciennes connues, qui pourraient avoir sculpté des formes semblables à des outils. « L’objectif principal de ces pierres écaillées était de produire des éclats tranchants utilisables pour couper ou trancher. C’est une technologie simple mais efficace qui a été développée il y a 2,6 millions d’années en Afrique de l’Est » explique un coauteur de l'étude, Robin Dennell.

Hypothèses

Les fabricants d'outils

Aucun fossile d'hominine associé aux outils n'ayant été découvert sur le site, il est difficile de savoir qui a taillé ces pierres. Les scientifiques supposent que les fabricants des outils étaient des Homo erectus, ou des ancêtres d'Homo erectus. Cependant, selon María Martinón-Torres, directrice du Centre national d'étude de l'évolution humaine en Espagne (CENIEH), « nous n'avons pas encore la réponse à la question relative à l'identité des premiers hominidés asiatiques » de Shangchen. William Jungers, paléoanthropologue (Université de Stony Brook, New York), n'exclut pas que les artisans du site de Shangchen soient des australopithèques, un genre connu jusqu'à présent uniquement en Afrique. Les plus anciens outils lithiques jamais découverts, situés à Lomekwi, au Kenya, et datés de 3,3 millions d’années, sont l'oeuvre d'australopihèques. Le plus ancien outil lithique d'Asie en stratigraphie et également associé à des traces de boucherie découverts à Masol (Inde sous-himalayenne) est daté de plus 2,6 Ma par le géomagnétisme de la couche en place. Son attribution à un homininé n'exclut pas Homo habilis. Si l'hypothèse Homo erectus paraît également plausible, celle de pré-humains n'est pas écartée.

Les routes

«Pendant longtemps on a pensé qu'Homo erectus était passé par la Géorgie avant de se rendre en Asie, les choses ne se sont sûrement pas faites de manière aussi linéaire. Il y a sans doute eu plusieurs sorties et peut-être par plusieurs espèces qui ont pu emprunter des chemins différents.», déclare Hermine Xhauflair chercheuse à l'institut d'Archéologie de l'Université de Cambridge. Les outils de Schangchen ont pu être rapprochés de découvertes antérieures en Asie, comme celle de dents d’un hominine mal identifié associées à des outils lithiques dans la grotte de Longgupo en Chine, datés de 2,5 millions d'années par le géomagnétisme des couches en place ; la datation et l'attribution de ce fossile à une espèce précise ont été cependant controversées.

Les artisans de Shangchen descendent de populations qui ont dû effectuer un trajet entre l’Afrique de l’Est de l’Asie de l'Est d’environ 14 000 kilomètres. Cette distance a pu être parcourue en 1000 à 3000 ans «avec une vitesse migratoire de 5 à 15 kilomètres par an» selon John Kappelman (Université du Texas) . La découverte de Shangchen fait reculer de 10 000 générations environ la sortie d'Afrique des hominines telle qu'estimée antérieurement.

Source : Wikipedia