lundi 31 janvier 2011

L'homme moderne serait sorti d'Afrique il y a 125.000 ans

La découverte d'outils archaïques au nord des Emirats arabes unis pourrait faire reculer plusieurs dizaines de milliers d'années le moment où l'Homo sapiens a quitté l'Afrique pour gagner le reste du monde.

L'Homo sapiens est apparu en Afrique de l'est il y a environ 200.000 ans. Selon le scénario le plus en vogue dans la communauté des paléontologues, notre ancêtre direct serait alors sorti du continent pour coloniser le monde entier. Cette théorie, baptisée «out of Africa», comporte encore de nombreuses inconnues. A commencer par la date à laquelle l'homme aurait entamé sa grande migration. On pensait jusqu'alors que celle-ci devait avoir débuté il y a environ 60.000 ans. D'après une équipe internationale de chercheurs, il faudrait désormais reculer ce curseur de plus de 60.000 ans. Des outils découverts dans le nord de la péninsule arabique seraient en effet la preuve du passage dans la région de l'homme moderne il y a 125.000 ans.


Les outils mis au jour par les chercheurs sur le site de Djebel Faya, au nord des Emirats arabes unis, sont des pierres taillées. «La combinaison des technologies utilisées indiquent clairement une origine est-africaine », explique Anthony Marks, anthropologue à l'université de Dallas et co-auteur de la publication parue dans Science. Selon lui, ces outils seraient donc l'œuvre de l'Homo sapiens. La preuve que l'homme moderne a quitté le continent africain plus tôt qu'on ne le pensait, estiment les chercheurs. A cette époque, la sortie d'Afrique est possible. Le climat est en effet en pleine transition. Pendant un court moment, le niveau de la mer lié à la glaciation précédente (- 200 000 / - 130 000 ans) reste relativement bas alors que le désert d'Arabie entre dans une phase d'humidification qui le rend moins hostile. L'homme aurait donc été capable de traverser la vaste étendue désertique puis la mer Rouge qui ne faisait, à ce moment précis, que quatre kilomètres de large au niveau du détroit de Bab-el-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen (d'une largeur de 30 kilomètres aujourd'hui).

Des outils taillés par Néandertal ?

Mais pour Francesco d'Errico, archéologue à l'université de Bordeaux, l'origine de ces outils n'est pas si claire. «On ne peut pas en faire la preuve de LA sortie d'Afrique, explique-t-il au figaro.fr. Ils ne représentent qu'un épisode dans un processus de peuplement encore très mal connu.» Paul Mellars, professeur à l'université de Cambridge, ne pense pas que les outils découverts correspondent aux techniques d'Afrique de l'Est. Les auteurs de la découverte n'excluent d'ailleurs pas totalement une fabrication par des hommes de Néandertal voire des Homo erectus, deux espèces primitives cousines de l'homme moderne qui auraient pu se trouver dans la région.

Dans l'hypothèse où ces outils seraient bien d'origine sapiens, «ce serait une lignée archaïque dont rien ne prouve qu'elle aurait elle-même migré plus au Nord ou à l'Est», poursuit d'Errico. La découverte en Israël de sépultures ayant 120.000 ans avait déjà soulevé les mêmes interrogations. Les paléontologues avaient finalement montré que cette lignée proche-orientale s'était vraisemblablement éteinte 80.000 ans plus tard sans s'être étendue.

Le simple fait que deux lignées archaïques d'hommes modernes aient pu effectuer une sortie d'Afrique pose toutefois de nouvelles questions. «Si leur hypothèse est correcte, cela voudrait dire qu'un homme anatomiquement moderne mais technologiquement archaïque pouvait quitter le continent», note d'Errico. Or on pensait jusqu'à présent que l'Homo sapiens avait besoin d'un niveau élevé de développement, notamment culturel, pour quitter son environnement africain. La théorie «Out of Africa» d'une sortie massive et quasi-simultanée reposait en grande partie sur cette hypothèse. Pourtant, «les auteurs ont soigneusement évité cette question», conclut d'Errico.

Source : Le Figaro du 28/01/2011

Sortie d'Afrique : une nouvelle route s'ouvre en Arabie

Des hommes modernes, quittant l’Afrique de l’Est il y a plus de 100.000 ans, auraient-ils emprunté un "raccourci" par la péninsule arabique avant de poursuivre leur route vers l’Asie? C’est le scénario défendu par une équipe internationale d’anthropologues aujourd’hui dans la revue Science.

Le sud de la péninsule arabique aurait été peuplée plus tôt qu’on ne pensait, il y a plus de 100.000 ans, d’après de nouvelles découvertes archéologiques.

Des outils taillés vieux de 95.000 à 125.000 ans ont été découverts aux Emirats Arabes Unis, sur le site montagneux de djebel Faya.

Sur le site du djebel Faya, situé aux Emirats Arabes Unis à quelques dizaines de kilomètres du Golfe Persique et du détroit d’Ormuz, l’équipe de Hans-Peter Uerpmann (Université de Tübingen, Allemagne) a mis au jour des traces d’une occupation humaine, de l’âge des métaux, du néolithique (période des premiers agriculteurs-éleveurs) et du paléolithique. La datation par luminescence stimulée optiquement a permis de déterminer que les strates du paléolithique, qui recèlent de nombreux outils taillés, remontent entre 100.000 et 125.000 ans.

Cette découverte témoigne donc d’une présence plus ancienne qu’on ne pensait en Arabie, expliquent Uerpmann et ses collègues britanniques, américains et émiratis. Selon ces chercheurs, les bifaces, grattoirs et perforateurs du djebel Faya ressemblent à ceux que fabriquaient les hommes modernes en Afrique de l’Est. Ce sont donc des hommes modernes –dont l’anatomie est similaire à la nôtre- qui auraient habité près de cette montagne il y a 100.000 ans.

La route de la côte

Au Moyen-Orient, des sépultures découvertes à Skhul et Qafzeh (en Israël) attestent de la présence d’Homo sapiens vers 100.000 ans. Selon la théorie de l’Out of Africa, ces hommes seraient sortis d’Afrique –où l’homme moderne est apparu il y a environ 200.000 ans- en remontant le long des rives du Nil avant de suivre la côte vers l’Est.

Selon Hans-Peter Uerpmann, Simon Armitage (University of London, GB) et Anthony Marks (Southern Methodist University, USA), un autre chemin aurait été emprunté plus au sud, depuis l’Est de l’Afrique via le détroit de Bab el-Mendeb, près de Djibouti. Profitant de périodes où le niveau de la mer était bas, des hommes auraient traversé la mer Rouge et gagné la péninsule arabique, qui n’était pas à cette période un désert aride mais une savane.

Des hommes modernes?

Plusieurs vagues d’hominidés sont sorties d’Afrique, et ce dès il y a -2 millions d’années.. Si le scénario d’une migration par l’Arabie est plausible, l’identité de ces voyageurs âgés d’une centaine de milliers d’années ne fait pas l’unanimité. Réagissant aux travaux d’Uerpmann, certains spécialistes remettent en question la parenté entre les outils de Faya et ceux des hommes modernes d’Afrique, demandant plus d’éléments avant d’affirmer que les artisans du djebel étaient bien des hommes modernes.

Cette carte permet de situer le site de Faya (point rouge), ceux de Qafzeh et Skhul, ainsi que le point de passage supposé du détroit de Bab el-Mandeb (carré noir).

Source : Sciences et Avenir du 28/01/2011

dimanche 30 janvier 2011

Les premiers hommes auraient quitté l'Afrique beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait

Leur migration serait liée à des facteurs environnementaux et non à des innovations technologiques...

Les premiers hommes ont sans doute quitté le continent africain à destination de la péninsule arabique 65.000 ans plus tôt qu'on ne le pensait. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus des scientifiques, dont les recherches ont été publiées jeudi.

Celles-ci laissent penser que les populations ont émigré directement vers l'Arabie, sans transiter par la vallée du Nil ou par le Proche-Orient comme le laissaient penser de précédentes études.

Datation par la luminescence

Cette équipe internationale de chercheurs a étudié des outils préhistoriques exhumés sur le site archéologique de Djebel Faya aux Emirats arabes unis. «Nos conclusions devraient inciter à réexaminer les moyens par lesquels, nous, homo sapiens, sommes devenus une espèce mondiale», explique Simon Armitage, de l'Université de Londres, qui a travaillé à cette étude.

En utilisant une méthode de datation par la luminescence -technique utilisée pour déterminer quand des échantillons minéraux ont été exposés à la lumière du jour pour la dernière fois-, ils ont établi que les outils en pierre retrouvés à Djebel Faya dataient de 100.000 à 125.000 ans.

Un franchissement du détroit de Bab al Mandab

Les outils en question, déclare Hans-Peter Ürpmann, de l'université Eberhard Karls de Tübingen, en Allemagne, qui a dirigé les recherches, ressemblent à ceux des premiers hommes de l'Afrique de l'Est, ce qui laisse penser qu'«aucun bouleversement culturel n'a été nécessaire pour que les humains quittent l'Afrique».

Ces recherches, publiées dans la revue Science, laissent ainsi penser que les facteurs environnementaux ont été plus importants que les innovations technologiques pour que cette migration devienne possible. Il se pourrait, d'après les recherches, que le niveau des mers ait baissé voici 130.000 ans -la dernière période interglaciaire- entre l'Arabie et la corne de l'Afrique, au niveau du détroit de Bab al Mandab, permettant un franchissement par les humains.

Source : 20 mn du 28/01/2011

L'émigration de l'homme moderne d'Afrique daterait d'au moins 100.000 ans

L’homme moderne a émigré d'Afrique pour conquérir le monde il y a au moins cent mille ans selon des outils de pierre découverts dans la Péninsule arabique, soit bien avant qu'on ne le pensait, indiquent des travaux publiés jeudi qui révèlent le rôle joué par le climat.

La présence de l'homme moderne dans la Péninsule arabique pourrait même remonter à 125.000 ans, estime cette équipe internationale de recherche dirigée par Hans-Peter Uerpmann de l'Université Eberhard Karls à Tübingen en Allemagne.

Cette dernière découverte fait l'objet d'une communication dans la revue américaine Science du 28 janvier.

La période à laquelle l'Homo Sapiens a commencé à émigrer du continent africain, où il est apparu il y a environ 200.000 ans, et la chronologie de sa dispersion autour de la Méditerranée et le long des côtes d'Arabie, fait l'objet d'un débat de longue date.

Toutefois, la plupart des vestiges et traces découverts jusqu'alors dataient cette migration à environ 60.000 ans.

Les chercheurs, dont le principal auteur est Simon Armitage de Royal Holloway à l'Université de Londres, ont découvert cet ensemble d'outils sur le site archéologique du djebel Faya aux Emirats arabes unis. Il s'agit notamment de silex bifaces, taillés sur les deux faces pour couper, creuser et racler, de haches sans manche et de grattoirs.

Ils ont commencé l'excavation en 2003, mettant au jour d'abord des artefacts datant de l'âge du fer, du bronze et du Néolithique, avant de trouver ces outils qui remontent au Paléolithique moyen, période s'étendant de 300.000 à 30.000 ans.

Ces archéologues ont recouru à une technique de luminescence par stimulation optique qui permet de mesurer depuis quand des matériaux n'ont pas été exposés à la lumière.

Ils ont ainsi déterminé que ces outils de pierre devaient remonter à une période allant de 100.000 à 125.000 ans.

Selon eux, ces outils montrent que les techniques utilisées pour les fabriquer ressemblent à celles auxquelles recouraient les premiers hommes modernes d'Afrique de l'Est, berceau de l'humanité.

Ces chercheurs ont aussi déterminé que cette migration s'est faite à la faveur d'un changement climatique.

"Le site de djebel Faya ouvre une fenêtre fascinante vers le passé, révélant les migrations de l'homme moderne hors d'Afrique beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait. Ces migrations ont été favorisées par des fluctuations du niveau de la mer et des changements climatiques dans la Péninsule arabique", résume Simon Armitage.

L'apparition de l'homme moderne en Afrique il y a 200.000 ans et ce jusqu'à 130.000 ans correspond à une période glaciaire durant laquelle le niveau des océans dans les deux hémisphères a fortement diminué.

Durant la transition entre la glaciation et le réchauffement, le niveau de la Mer Rouge est resté jusqu'à cent mètres inférieur à ce qu'il est aujourd'hui rendant le détroit de Bab-al-Mandab entre l’Arabie et la corne de l’Afrique suffisamment étroit pour rendre possible une traversée, ont déterminé ces chercheurs.

L'homme moderne serait ainsi sorti d'Afrique pour accéder directement à l’Arabie puis au Croissant fertile avant d'aller en Inde et en Australie, selon eux.

De plus, la Péninsule arabique était bien plus humide et verdoyante à cette époque qu’aujourd’hui grâce à la mousson de l'océan Indien qui s'étendait alors plus au nord.

Mais tous les archéologues ne sont pas convaincus par les conclusions de ces chercheurs.

Paul Mellars, de l'Université de Cambridge (Grande-Bretagne), ne pense pas que les outils de djebel Faya correspondent aux techniques d'Afrique de l'Est et soulignent que les auteurs de la découverte n'ont pas totalement exclu qu'ils auraient pu être fabriqués par des hommes de Neandertal voire des Homo erectus, d'anciens cousins de l'homme moderne.

Source : Le Nouvel Obs du 27/01/2011

samedi 29 janvier 2011

Quand nos ancêtres ont-ils quitté l’Afrique ?

Quand sommes-nous partis d’Afrique ? L’analyse d’objets rapportés de récentes fouilles dans la Péninsule arabique suggère que l’homme moderne a quitté son berceau est-africain bien plus tôt qu’on le pensait.

L’homme moderne est apparu il y a 200 000 ans, si l’on en croit les plus vieux ossements retrouvés. Selon la théorie communément admise, il a quitté l’Afrique de l’Est il y a environ 60 000 ans. Mais, d’après les résultats des travaux d’une équipe pluridisciplinaire, publiés aujourd’hui dans Science, des hommes modernes ont franchi la mer Rouge il y a 125 000 ans.

Des outils caractéristiques de l’homme moderne. Sur le site de Jebel Faya, aux Émirats Arabes Unis, des archéologues ont trouvé des outils en pierre taillée. Quand on considère un tel outil, la technique utilisée est caractéristique de l’espèce et de l’”époque”.

La technique employée pour façonner les bifaces retrouvés dans la strate correspondant à 125 000 ans “indique une très probable origine est-africaine”, a indiqué l’archéologue américain Anthony Marks, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, peu avant la publication des travaux.

Auraient-ils pu être fabriqué par d’autres espèces ? En effet, les autres espèces d’hommes ont migré à travers ces régions avant l’homme moderne. Anthony Marks cite le cas d’hommes de la période acheuléenne qui ont disparu 400 000 avant que les outils de Jebel Faya n’aient été fabriqués. Donc l’hypothèse d’une “origine est-africaine” est confortée, les outils ayant été datés avec précision grâce à le technique de datation par luminescence.

Comment l’homme moderne a franchi la mer Rouge ? Il y a environ 130 000 ans s’achevait une ère glaciaire. Pendant cette ère, le niveau de la mer était très bas et les grands déserts étaient en expansion, poussant les populations vers l’est de l’Afrique. Quand elle a pris fin, explique Adrian Parker de l’Université d’Oxford, “les moussons sont remontées au nord apportant de la pluie sur la Péninsule arabique” qui était jusque-là aride.

Pendant une courte période, le niveau de la mer est resté très bas (voir tableau ci dessous). Les hommes ont pu, pendant cette petite fenêtre, traverser la mer Rouge sans mal et trouver sur l’autre rive un climat propice. Selon les scientifiques, à l’endroit le plus étroit, la mer Rouge ne faisait que quatre kilomètres. D’après Hans Pedro Ortun, un des co-auteurs de l’étude, la traversée était possible à marée basse, mais ils auraient aussi pu “utiliser des embarcations qu’ils avaient très certainement la capacité de fabriquer”.

Avec cette nouvelle hypothèse, c’est tout le déroulement de la sortie d’Afrique qu’il faut repenser, comme le souligne Hans Pedro Ortun :

“Jusqu’à présent, nous pensions que c’étaient les développements culturels qui donnaient aux peuples l’opportunité de se déplacer hors d’Afrique. A la lumière de ces recherches, je pense désormais que c’est la modification du climat et de l’environnement qui est primordiale.

Le passage d’une ère glaciaire à une ère inter-glaciaire a ouvert d’autres voies pour quitter l’Afrique. C’est arrivé une fois, ça a pu se produire à d’autres occasions pendant le quaternaire.”

Source : En quête de sciences du 27/01/2011

Quand les humains sont-ils sortis d'Afrique ?

Les humains modernes pourraient avoir quitté l'Afrique des milliers d'années plus tôt qu'on ne le croyait, virant à droite et traversant la mer Rouge pour rejoindre l'Arabie plutôt qu'en suivant le Nil vers le nord, selon une équipe de chercheurs internationaux.

Des outils de pierre découverts aux Émirats arabes unis révèlent que les humains modernes s'y trouvaient il y a de 100 000 à 125 000 ans, affirme une étude rendue publique jeudi par le magazine Science.

Si les scientifiques acceptent généralement que les humains ont vu le jour en Afrique, les antropologues cherchent depuis longtemps à déterminer quel trajet ils ont emprunté pour se rendre en Asie, en Europe et en Extrême-Orient.

Précédemment, des indices laissaient croire qu'ils avaient colonisé la vallée du Nil et le Moyen-Orient il y a environ 60 000 ans.

«Il n'y a pas plusieurs sorties en Afrique. On peut soit sortir» par le désert du Sinai au nord de la mer Rouge, soit en traversant les détroits à la pointe méridionale de la mer Rouge, a dit le chercheur Hans-Peter Uerpmann, du Centre pour l'archéologie scientifique de l'université Eberhard-Karls de Tuebingen, en Allemagne.

«Notre découverte ouvre une deuxième voie qui, à mon avis, est plus plausible que la voie du nord pour un déplacement massif (de population)», a-t-il dit lors d'une conférence téléphonique.

Puisque le climat était différent à cette époque, l'Arabie aurait été une prairie humide et riche en proies, a-t-il ajouté.

De plus, le niveau plus faible des mers signifie qu'à la pointe étroite de la partie septentrionale de la mer Rouge, l'Afrique et l'Arabie n'aurait été séparée que par un maximum de trois kilomètres. M. Uerpmann estime que la traversée aurait été facile pour des gens habitués aux lacs et rivières d'Afrique sur lesquels ils naviguaient déjà.

Les techniques utilisés pour fabriquer les outils qui ont été retrouvés dans l'émirat de Sharjah indiquent qu'ils avaient été fabriqués par des étrangers, a dit Anthony E. Marks, de l'université Southern Methodist, avant d'ajouter que des outils similaires étaient fabriqués au même moment en Afrique orientale.

«Si ces outils n'ont pas été fabriqués par des humains modernes, qui peut les avoir fabriqués?, a-t-il demandé. Est-ce que les Néanderthaliens pourraient les avoir fabriqués?»

Les outils ont été examinés par luminescence stimulée optiquement, une technique qui peut déterminer à quel moment les grains de sable à la surface des outils ont été exposés à la lumière pour la dernière fois, a dit Simon J. Armitage de l'université de Londres.

Pour sa part, G. Philip Rightmire, un chercheur de l'université Harvard qui n'a pas participé à cette étude, estime que cette découverte «témoigne de manière convaincante de la propagation des (humains anatomiquement modernes) le long d'une voie septentrionale, de l'Afrique orientale vers l'Arabie septentrionale».

M. Rightmire ajoute qu'il est «raisonnable de croire que l'Arabie a représenté un centre distinct d'expansion de la population, en plus du corridor levantin vers le nord. Cette hypothèse doit encore être démontrée, au fur et à mesure que seront compilés de nouveaux éléments».

Source : Metro du 27/01/2011

vendredi 28 janvier 2011

L'Homo sapiens hors d'Afrique il y a au moins 100.000 ans

L'homme moderne, l'Homo sapiens, a apparemment émigré d'Afrique il y a au moins cent mille ans selon des outils de pierre découverts aux Emirats arabes unis, soit bien plus tôt que les archéologues l'estimaient généralement, révèlent des travaux publiés jeudi.

La présence de l'homme moderne dans la péninsule arabique pourrait même remonter à 125.000 ans, estime l'équipe internationale de recherche dirigée par Hans-Peter Uerpmann de l'université Eberhard Karls à Tübingen en Allemagne. Cette dernière découverte fait l'objet d'une communication dans la revue américaine Science datée du 28 janvier. La période à laquelle les hommes modernes ont commencé à émigrer du continent africain et la chronologie de leur dispersion autour de la Méditerranée ou le long des côtes de la péninsule arabique fait l'objet d'un débat de longue date. Toutefois, la plupart des vestiges et traces découverts jusqu'alors datent cette migration à environ 60.000 ans. Les chercheurs, dont le principal auteur est Simon Armitage du Royal Holloway de l'université de Londres, ont découvert cet ensemble d'outils sur le site archéologique du djebel Faya. Il s'agit notamment de silex taillés sur les deux faces pour couper, creuser et racler, de haches à main (sans manche) et de grattoirs. Ils ont commencé l'excavation en 2003 mettant au jour tout d'abord des artefacts datant de l'âge du fer, du bronze et du Néolithique avant de trouver ces outils qui remontent au Paléolithique moyen, période s'étendant de 300.000 à 30.000 ans. Ces archéologues ont recouru à la technique dite de luminescence par stimulation optique. Ils ont ainsi déterminé que ces outils de pierre devaient remonter à une période allant de 100.000 à 125.000 ans.

Source : RTL info du 27/01/2011

«Tous les Hommes viennent d'Afrique»

Le paléoanthropologue Antoine Balzeau fait un point sur l’état des connaissances actuelles en paléontologie…

Qui est Cro-Magnon?

C’est le premier homo sapiens fossile que l’Homme a découvert. Il a été trouvé en 1868 sur le site de Cro-Magnon, en Dordogne. Imaginez la surprise que cela a dû être de tomber sur un homme fossile avec la même tête que nous. A cette époque on l’a catalogué comme notre ancêtre, du coup on a gardé le terme de Cro-Magnon pour tous les hommes fossiles de cette époque.

Ce qui est un raccourci…

Cro-Magnon a 26.000 ans, on sait maintenant que l’Homo sapiens en a 200.000, donc oui. Ce que l’on sait aujourd’hui c’est qu’Homo sapiens est apparu en Afrique, il y a environ 200.000 ans donc, puis qu’il s’est ensuite dispersé au Proche-Orient vers 100.000 ans, et peut-être en l’Asie, puis en Australie et en Europe vers 40.000-50.000 ans.

A cette époque Néendertal est déjà installé en Europe. Les deux espèces vont-elles se croiser?

Les Néendertaliens ont vécu jusqu’à 30.000 ans. Il y a donc une période où il est possible que les deux se croisent. Mais rien n’est certain : il faut garder en tête qu’à cette époque, il n’y a que quelques dizaines de milliers d’hommes sur la terre…

Homo sapiens n’a pas été le seul homme à exister. Combien d’espèces connaît-on?

On connaît quatre espèces d’hommes : Homo sapiens, Néendertal, Homo erectus et Homo floresiensis (découvert sur l’ile de Flores au début des années 2000). Les Dénisoviens, dont un petit doigt fossile a été découvert en 2008 dans la grotte de Dénisova au Sud de la Sibérie, pourraient constituer la cinquième espèce. Il existait donc plusieurs espèces d’hommes il y a encore 50.000 ans, ce qui n’est pas si loin que cela. Mais si l’on remonte encore plus loin il y a eu jusqu’à neuf espèces d’hominidés il y a environ 2 millions d’années, époque où l’homme commence à sortir d’Afrique.

Et l’homme le plus ancien est daté de quelle époque?

Cela dépend ce que l’on appelle homme. Si l’on prend l’ensemble des hominidés, c’est-à-dire les espèces qui se sont tenues debout, les plus anciens sont Orrorin et Toumaï, datés d’il y a environ 6-7 millions d’années. Si l’on ne prend que le genre homo, c’est-à-dire que l’on exclut les Australopithèques, alors le plus ancien est homo habilis, vieux de 3 millions d’années environ.

Tous les hommes viennent-ils d’Afrique?

Oui, tous les fossiles datés entre 7 et 2 millions d’années ont été trouvés en Afrique. L’Homme commence à sortir de ce continent il y a 2 millions d’années.

Va-t-on en découvrir de nouvelles espèces?

Sans doute. La paléontologie n’existe que depuis 150 ans, et depuis 30 ans nous connaissons une explosion du nombre de découvertes.

A lire : La préhistoire, d'Antoine Balzeau et Sophie A. de Beaune (2009). L'ouvrage dresse l'état des lieux de la connaissance actuelle sur la période comprise entre - 7 millions d'années et - 30.000 ans.

Source : 20 mn du 26/01/2011

jeudi 27 janvier 2011

L'homme préhistorique avait un plus gros cerveau que nous

En 30.000 ans, le cerveau humain s’est... rétréci. «Le volume du cerveau a diminué de 15 à 30%. Il est plus court, plus bas, comprimé au niveau des lobes frontaux et occipitaux, alors que les lobes temporaux et le cervelet se sont élargis» affirme Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d’histoire naturelle et au CNRS. Il vient d’achever avec une équipe de chercheurs la première étude sur les modifications du cerveau au cours de l’évolution de notre espèce depuis 30.000 ans. Les scientifiques ont pour cela comparé les endocrânes (empreintes laissées par le cerveau sur la surface interne du crâne) de quinze fossiles Homo sapiens et cent cinquante endocrânes d’hommes actuels. Il présentera cette étude jeudi 27 janvier lors des Journées de la société d’anthropologie de Paris.

«L’homme préhistorique n’était «pas moins intelligent» que nous

Les raisons qui ont conduit à cette modification sont «multiples». D’abord la taille du crâne a elle-même diminué. Le «changement de régime alimentaire» serait aussi à l’origine de cette diminution du cerveau.

Cette étude montre «la plasticité de notre cerveau.» Elle écarte également tout lien entre la taille du cerveau et l’intelligence. «A l’inverse rien ne permet de dire qu’Homo sapiens était moins intelligent. Il vivait de la même manière que nous, possédait des techniques de chasse compliquées, avec de l’outillage incroyable. Il enterrait ses morts. Et les productions artistiques il y a 30.000 ans n’ont pas rien à envier à l’ensemble de l’art d’aujourd’hui...»

Antoine Balzeau s’est d’abord appuyé sur la reproduction en 3D, puis sous forme de moulage, du cerveau de Cro-Magnon I, prouesse qu’il avait lui-même réalisée l’année dernière. Pour cela il avait ressorti des collections du Musée de l’Homme le plus complet des trois crânes fossiles de Cro-Magnon que l’établissement possède. Ces fossiles avaient été découverts en 1868 dans la grotte de Cro-Magnon, en Dordogne.

Les travaux sur l’endocrâne de Cro-Magnon ont mis en lumière «l’absence d’asymétries du cerveau existantes aujourd’hui et, à l’inverse, la présence d’asymétries n’existant plus chez l’homme actuel».

Il a ensuite été comparé à tous les endocrânes d’Homo sapiens fossiles bien conservés, datés d’il y a environ 30.000 ans. Eux-mêmes ont été confrontés à un échantillon d’hommes actuels. «Nous avons la chance de posséder tout ce matériau préhistorique au Muséum, ce qui nous a permis de mener cette étude.»

Source : 20 mn du 26/01/2011

mercredi 19 janvier 2011

Découverte en Erythrée d’un nouvel hominidé

Une équipe de chercheurs franco-italiens a découvert de nouveaux restes humains fossiles datant d’environ 1 million d’années en décembre 2010 en Erythrée (Afrique orientale). Cette découverte confirme le rôle central du bassin sédimentaire de Buya pour la reconstruction d'une phase tout à fait particulière de l’histoire naturelle du genre Homo. Ce bassin est situé dans la dépression dite "dancalienne" de l'Afar -du nom de sa région septentrionale située sous le niveau de la mer.

Le 13 décembre dernier, l’équipe a confirmé la richesse de ce gisement fossilifère du Pléistocène inférieur grâce à la découverte de plusieurs fragments d'un crâne adulte.

Le site est toujours intact et, grâce à des fouilles systématiques, les prochaines campagnes de terrain permettront une meilleure connaissance des contextes chronologiques et environnementaux et, vraisemblablement, la découverte de nouveaux restes humains.

Le Muséum national d'Histoire naturelle explique que cette découverte jette une nouvelle lumière et ouvre des nouvelles perspectives sur une période fondamentale mais souvent méconnue de l’évolution humaine.

Les restes humains de cette époque et disponibles à ce jour sont très rares

Si les chemins évolutifs qui ont abouti à l’apparition de nos ancêtres directs et, finalement, à l'émergence de la forme Homo sapiens, trouvent leurs racines dans cette période, malheureusement, les restes humains de cette époque et disponibles à ce jour sont très rares même en Afrique et, à l’exception de ceux de Buya et du crâne de Daka (en Ethiopie), ils sont souvent très fragmentaires.

Depuis deux siècles les découvertes d'hominidés se succèdent et s'accélèrent... Le site Hominidés retrace une chronologie des différentes découvertes effectuées depuis 1856. Des restes d'Hominidés vieux de plus de 3.000.000 d'années ont été découverts dans les dépôts périlacustres à la base de la formation d'Hadar, en Afar (cf.site en anglais Scientific Commons)

Source : RFI du 18/01/2011

Le faciès de Néandertal : ce n’était pas une adaptation au froid

Une étude publiée dans le Journal of Human Evolution, faite par des chercheurs britanniques et allemands, montre que les sinus de l’homme de Néandertal n’étaient pas plus adaptés au froid de la période glaciaire que les nôtres. En découle une nouvelle hypothèse sur les raisons de sa disparition.

En comparant, à l’aide de scans en 3D et de rayons X, les crânes fossilisés de Néandertaliens à ceux d’Homo sapiens, le Dr Todd Rae, anthropologue à l’Université Roehampton de Londres, aidé de collègues allemands, a constaté que les sinus des deux espèces étaient très similaires, et réfute donc la théorie selon laquelle le faciès "bestial" de Néandertal était dû à une conformation nasale lui permettant de réchauffer l’air glacial inhalé.

Le chercheur va plus loin : notre cousin d’évolution, non adapté au froid car ayant évolué dans une Eurasie tempérée avant la période glaciaire - devait, comme nos propres ancêtres, vivre dans des régions suffisamment chaudes. Le continent ayant ensuite été soumis à une période glaciaire, il s’est réfugié dans des poches de territoire restreintes et éparses, au microclimat plus clément. Une vision que corrobore de récentes recherches, montrant un homme de Néandertal largement végétarien, très différent du chasseur de gros gibier des steppes glacées qu’on imaginait auparavant.

Conséquence possible, d’après le Dr Rae : confinées et isolées dans les rares endroits tempérés, ses populations, trop morcelées, auraient décliné peu à peu, facteur essentiel de sa disparition. Une alternative à l’explication selon laquelle ses grosses proies habituelles auraient peu à peu disparu à cause du réchauffement progressif du vieux continent.

Source : MaxiSciences du 18/01/2011

mardi 18 janvier 2011

Un nouveau crâne d'Homo ergaster découvert en Erythrée

De nouveaux restes fossilisés d’un hominidé vieux d’environ 1 million d’années ont été mis au jour en Erythrée le mois dernier par une équipe de chercheurs italiens, érythréens et français. Ces fragments, une partie de l’os du front et de l’arcade sourcilière, auraient appartenu à un représentant de l’espèce Homo ergaster.
Vues antérieure et supérieure du fragment frontal humain découvert à Mulhuli-Amo.

C’est dans le bassin de Buya, situé dans la vallée de l’Afar, que ces fossiles ont été découverts par le paléontologue Massimo Delfino et ses collègues, précise le communiqué du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, dont deux chercheurs participent à ces fouilles.

Le torus supraorbitaire lors de sa découverte sur le site le 13 décembre 2010.

Dans la même zone de Mulhuli-Amo ont déjà été trouvés en 1995 les restes d’un Homo ergaster, version africaine et peut-être ancêtre d’Homo erectus. Des fossiles d’éléphants, d’hippopotames, de rhinocéros, d’antilopes ou de buffles sont également présents en grand nombre dans cette zone fossilifère, témoignant d’un passé humide et tropicale pour cette ancienne région lacustre.

Source : Sciences et Avenir du 14/01/2011

Une cellule familiale chez Néandertal

Les restes de 12 Néandertaliens trouvés dans le même site du Nord de l'Espagne livrent les premiers enseignements sur le comportement familial de cette espèce humaine.

Pour la première fois, l'histoire familiale d'un groupe de Néandertaliens a pu être reconstituée. Carles Lalueza-Fox et ses collègues de l'Institut de biologie évolutive de Barcelone ont étudié les fragments osseux de 12 individus exhumés dans le site karstique d'El Sidrón, dans les Asturies.

D'après l'analyse morphologique des fragments, tous datés d'il y a 49 000 ans, le groupe comprenait trois hommes, trois femmes, trois adolescents, dont au moins deux garçons, et trois enfants de deux à neuf ans, de sexe indéterminé. Les restes présentent en outre des marques de cannibalisme, ce qui signifie probablement que les individus ont été tués simultanément ou successivement puis dépecés par d'autres Néandertaliens (l'homme moderne n'étant pas arrivé dans la région à l'époque).

Les paléoanthropologues ont extrait des fossiles leur ADN mitochondrial, hérité de la mère, et l'ont séquencé, définissant ainsi plusieurs lignées génétiques d'origine maternelle. Ils ont aussi recherché la présence du chromosome Y, hérité du père et propre au sexe mâle. Il ressort que sept individus appartiennent à une même lignée, quatre à une deuxième, et un seul, une femme, à une troisième. Les trois femmes étaient chacune d'une lignée maternelle différente, alors que les trois hommes étaient de la même lignée, ce qui laisse supposer qu'ils étaient peut-être frères, oncles ou neveux. Deux des femmes, non apparentées aux hommes, étaient sans doute leurs partenaires, et l'une d'elles était la mère de deux des enfants. La troisième femme, de la même lignée maternelle que les trois hommes (une sœur ou une nièce ?), aurait mis au monde le troisième enfant.

Des études d'ADN nucléaire seraient nécessaires pour affirmer ces relations de parenté. Quoi qu'il en soit, il semble que le groupe avait un comportement dit patrilocal, commun aujourd'hui : les femmes quittaient leurs clans pour intégrer ceux de leurs conjoints. Enfin, l'âge des deux jeunes frères suggère qu'ils sont nés à trois ans d'intervalle, un écart comparable à celui observé dans les populations de chasseurs-cueilleurs modernes.

Ces conclusions reposent cependant sur l'hypothèse que les individus sont morts en même temps. Cependant, il reste possible qu'ils soient décédés à différentes époques rapprochées, il y a environ 49 000 ans, et que ce soit la géologie qui ait provoqué leur rassemblement dans les sédiments de la galerie, donnant l'apparence d'un seul groupe contemporain. L'étude géologique montre en effet qu'une galerie supérieure où se seraient trouvés les corps s'est effondrée dans la galerie des Ossuaires où ils se trouvent aujourd'hui, les recouvrant alors de terre et de cailloux. Mais C. Lalueza-Fox et ses collègues ne croient guère à cette hypothèse, notant que « l'accumulation récurrente au cours du temps d'individus victimes de cannibalisme et qui étaient apparentés par la lignée maternelle semble moins plausible ».

Source : Pour la Science du 12/01/2011

lundi 17 janvier 2011

Découverte en Erythrée d'un nouvel hominidé par une équipe de chercheurs franco-italienne

De nouveaux restes humains fossiles datant d'environ 1 million d'années ont été découverts en décembre 2010 en Erythrée, en Afrique orientale, par le « Buya International project » durant une campagne de fouilles paléo-anthropologiques et géo-paléontologiques. Cette découverte confirme le rôle central du bassin sédimentaire de Buya, situé dans la dépression dancalienne de l'Afar, pour la reconstruction d'une phase tout à fait particulière de l'histoire naturelle du genre Homo.

Dans la zone de Mulhuli-Amo où furent retrouvés en 1995 les restes bien préservés de Homo erectus-ergaster du spécimen UA-31, une équipe composée de chercheurs du Musée national Erythréen d'Asmara, de l'Université "La Sapienza" de Rome, de l'Université de Florence, de l'Université de Padoue, de l'Université de Turin, du musée national de Préhistoire de Rome, du CNRS et du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, a identifié d'autres restes d'un représentant de la même espèce.

Le 13 décembre dernier, l'équipe a confirmé la richesse de ce gisement fossilifère du Pléistocène inférieur grâce à la découverte de plusieurs fragments d'un crâne adulte composés d'une portion de l'os frontal avec le torus supra-orbitaire et une partie de l'orbite. C'est leur morphologie particulière qui en a permis l'attribution préliminaire au taxon Homo ergaster, la version africaine de Homo erectus.
Le site est toujours intact et, grâce à des fouilles systématiques, les prochaines campagnes de terrain permettront une meilleure connaissance des contextes chronologiques et environnementaux et, vraisemblablement, la découverte de nouveaux restes humains.

Cette découverte jette une nouvelle lumière et ouvre des nouvelles perspectives sur une période fondamentale mais souvent méconnue de l'évolution humaine. En effet, les chemins évolutifs qui ont abouti à l'apparition de nos ancêtres directs et, finalement, à l'émergence de la forme sapiens, trouvent leurs racines dans cette période. Malheureusement, les restes humains de cette époque disponibles à ce jour sont très rares même en Afrique et, à l'exception de ceux de Buya et du crâne de Daka (en Ethiopie), ils sont souvent très fragmentaires.

La zone de Mulhuli-Amo s'est révélée être extrêmement riche en outils lithiques acheuléens, une centaine d'entre eux ayant été trouvés autour du nouveau site. De nombreux restes fossiles d'éléphants, d'hippopotames, de rhinocéros, de buffles, d'antilopes de différentes tailles, de crocodiles, tortues, varans et serpents leur sont associés. Dans son ensemble, ce registre témoigne de la riche biodiversité qui caractérisait cet environnement lorsque les dépôts se sont formés. A l'époque, Homo erectus africain vivait dans un environnement humide subtropical et cette zone aujourd'hui si inhospitalière était alors celle d'une région lacustre.

Le CNRS et le Muséum national d'Histoire naturelle de Paris ont apporté leur soutien financier et humain à la dernière campagne de terrain du « Buya International Project », réalisée dans le cadre des « Grandes Fouilles Archéologiques » de l'Université romaine "La Sapienza".

Source : CNRS du 14/01/2011

dimanche 16 janvier 2011

Ni Néandertal, ni Sapiens, bienvenue aux Dénisoviens !

Le petit doigt vieux de 40 000 ans, trouvé en 2008 dans la grotte de Denisova au sud de la Sibérie, appartenait à une fillette d'une espèce humaine encore inconnue. C'est ce que confirme le séquençage de son génome nucléaire.

Un an de suspens

En mars 2010, l'analyse de l'ADN mitochondrial (l'ADNmt) de ce petit bout de doigt suggérait qu'il pouvait avoir appartenu à une espèce humaine encore inconnue. Une espèce humaine qui aurait côtoyé, au moins en ces lieux et sur une longue période, les deux espèces déjà connues : Neandertal (disparu il y a environ 28 000 ans) et Homo sapiens (notre ancêtre à tous). Retrouvé dans une couche de terre vieille de 40 000 ans, le petit doigt était soupçonné d'appartenir à une lignée âgée de plus d'un million d'années. Du moins c'est ce que laissait entendre la comparaison de son ADN mitochondrial avec celui d'autres spécimens humains déjà étudiés.

Un nom : les Dénisoviens

Pour en avoir le cœur net, restait à interroger l’ADN nucléaire. C’est chose faite. L’équipe conduite par Svante Pääbo, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig, vient en effet d’annoncer ses résultats le 23 décembre dans la revue Nature. Une publication la semaine de Noël pour confirmer la naissance d’une nouvelle lignée humaine. Faute d’un nombre suffisant d’ossements et d’individus, les chercheurs hésitent encore à parler officiellement d’une nouvelle espèce. Mais ils parlent désormais d’un « groupe humain » auquel ils viennent de donner un nom : les Dénisoviens.

Une lointaine sœur de Neandertal

Car l’analyse de l’ADN nucléaire confirme l’originalité du petit doigt de Denisova qui appartient à une fillette de sept ans. Et dresse un arbre généalogique plus précis : la branche des Dénisoviens aurait divergé de celle qui conduit à l’homme moderne il y a 800 000 ans, et de celle qui mène à Neandertal il y a 640 000 ans. Les Dénisoviens seraient donc plus proche de Neandertal que de Sapiens.

Un métissage préhistorique

En comparant l'ADN de Denisova avec celui d'hommes modernes actuels, les chercheurs sont tombés sur un résultat inattendu. Les Papous de Nouvelle-Guinée (Mélanésiens) partageraient 5% de leur génome avec les Dénisoviens. Une affinité génétique que l'on ne retrouve avec aucun autre génome contemporain, qu'ils soient africains ou européens. Après la découverte en mai 2010 de fragments issus de l'ADN de Neandertal dans le patrimoine génétique des Européens et des Asiatiques, ce résultat est une nouvelle preuve que les différentes espèces humaines ayant cohabité il y a plusieurs millénaires sur la planète, ont pu se métisser.

Pour expliquer cette infime parenté des Mélanésiens avec les Dénisoviens, l'équipe de l'Institut Max-Planck dresse l'hypothèse que les Dénisoviens, loin de se cantonner aux seules montagnes de l'Altaï, auraient croisé la route de Sapiens, il y a 55 000 ans, quelque part vers le Proche-Orient. Et que les descendants issus de cette rencontre auraient traversé l'océan pour s'installer en Mélanésie, il y a 45 000 ans.

Source : Science Actualités du 12/01/2011

mercredi 12 janvier 2011

Des traces de Sapiens datant de 400 000 ans

Des archéologues israéliens auraient mis au jour les plus vieux fossiles d’Homo Sapiens. Cette découverte remet en cause la théorie faisant de l’Afrique de l’Est le berceau de l’Homme moderne.

C’est dans la grotte de Qesem, près de Rosh Ha'ayin en Israël, que des archéologues de l’université de Tel Aviv ont découvert huit dents enfouies dans une couche sédimentaire datant de 200 à 400 000 ans.

L’analyse au CT scan et aux rayons X de ces dents indique que leur taille et leur forme sont très similaires à celles de l’Homme moderne, selon les chercheurs qui publient le contenu de leurs travaux dans l’American Journal of Physical Anthropology.

Par ailleurs, les dents de la grotte Qesem sont également semblables à d'autres fossiles d’Homme moderne, datés d’environ 100.000 ans, découverts dans deux autres grottes en Israël.

Selon les chercheurs, les découvertes faites dans la grotte Qesem peuvent renverser la théorie faisant de l’Afrique de l’Est le berceau de l’humanité. Jusqu’à présent les plus vieux fossiles certifiés d’Homo Sapiens ont été retrouvés en Ethiopie, dans la vallée de l’Omo, et leur âge a été estimé à 195.000 ans.

Ces dernières années, des squelettes humains découverts en Espagne et en Chine avaient déjà ébranlé la théorie éthiopienne mais les dents de Qesem, si leur origine est confirmée, la remettraient vraiment en cause. Un des co-auteurs de l’article n’exclut toutefois pas la possibilité que ces dents proviennent d’ancêtres d’Homo Sapiens ou d’hommes de Neandertal.

Le professeur Avi Gopher tenant une dent de Qesem.(AP Images/Oded Balilty)

Selon les auteurs, de nombreux indices indiquent que cette grotte a été occupée à partir de 400 000 ans et que ses occupants ont adopté des comportements novateurs. Dans la grotte les fouilles continuent, les archéologues espèrent y trouver des preuves supplémentaires qui permettront de confirmer leurs résultats et ainsi d’améliorer notre connaissance de l’évolution de l’Homme moderne.

Source : Sciences et Avenir du 31/12/2010

dimanche 2 janvier 2011

L'homme de Denisova en débat chez les paléontologues

Des généticiens affirment avoir découvert un « nouvel » hominidé, ni néandertalien ni homme moderne, mais présentant une petite parenté génétique avec les actuels Mélanésiens

« Out of Africa », et après ? Que s’est-il exactement passé depuis que les hommes préhistoriques ont quitté l’Afrique pour gagner le Moyen-Orient, puis l’Eurasie et, enfin, ont probablement pris des chemins divergents, les uns se dirigeant vers l’Asie, les autres vers l’Europe ?

Les hypothèses vont bon train parmi des paléontologues après la découverte, en 2008, d’une phalange et d’une dent, par les archéologues russes, dans la grotte de Denisova, au sud de la Sibérie, dans les montagnes de l’Altaï.

Ainsi, en mars dernier, les paléogénéticiens emmenés par Svante Pääbo de l’institut Max-Planck d’anthropologie de l’évolution à Leipzig ont-ils annoncé dans la revue Nature la découverte d’un hominidé inconnu, « l’homme de Denisova » (1).

5% de gènes communs avec les Mélanésiens

Ni néandertalien ni homme moderne, d’après le séquençage de l’ADN mitochondrial (ADN uniquement transmis par la mère) d’une phalange, ce spécimen, d’après la datation d’échantillons du sol de la grotte où des fragments de son squelette ont été trouvés, aurait vécu il y a 30 000 à 48 000 ans.


Localisation de Denisova, au sud de la Sibérie.

Surpris, Svante Pääbo avait alors dit qu’il fallait attendre le séquençage de l’ADN du noyau des cellules osseuses (ADN résultant du mélange des patrimoines du père et de la mère) pour affirmer s’il s’agissait d’une nouvelle espèce ou d’un simple lignage différent.

Voilà qui est chose faite, ou presque. Le séquençage du génome des cellules osseuses montre, selon les chercheurs, qu’il s’agit d’une femme et qu’elle présente une parenté avec l’homme de Neandertal. Ce « nouvel » hominidé n’a pas, à la différence des Néandertaliens, contribué au patrimoine génétique des Eurasiens modernes mais a 5% de gènes communs avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Mélanésie. Cela laisse penser qu’il y a eu des croisements. « Le fait que les Denisovans aient été découverts dans le sud de la Sibérie et aient contribué au patrimoine génétique des populations modernes de Nouvelle-Guinée montre que la présence de ce groupe pourrait avoir été étendue en Asie depuis la fin du pléistocène (NDLR : entre –130 000 et –10 000 ans) », selon David Reich, professeur à l’université Harvard (Massachusetts), coauteur de l’étude.

Pour Svante Pääbo, « la combinaison du génome de l’homme de Neandertal et de celui du Denisovan révèle la complexité des interactions génétiques entre nos ancêtres et les différents groupes d’hominidés anciens ».

Cette découverte laisse toutefois perplexe certains préhistoriens. « L’ADN daté de 30 000 à 48 000 ans ne concorde par tout à fait avec les outils de pierre trouvés sur place », observe Marylène Patou-Mathis, préhistorienne spécialiste de Neandertal.

«Nous sommes prudents»

Pour Marcel Otte, préhistorien à l’université de Liège, qui a fouillé la grotte, « la chronologie n’est pas très fiable car le sol de la grotte s’est affaissé et, surtout, on n’a pas encore analysé des milliers de données paléontologiques et archéologiques. L’hominidé de Denisova pourrait être un homme moderne asiatique, mais cette idée est mal considérée par la communauté scientifique occidentale », conclut-il.

En d’autres termes, « sans remettre en cause la pertinence de l’ADN, nous sommes prudents et plaidons pour que la paléontologie humaine reste un domaine pluridisciplinaire et s’appuie davantage sur d’autres éléments, comme d’autres os, humains et animaux, et, surtout, des traces d’activité humaine », insiste Marylène Patou-Mathis.

(1) Pour certains paléogénéticiens, il existe quatre espèces d’hommes : Neandertal, l’homme moderne (Homo sapiens), l’homme de Florès et l’homme de Denisova.

Source : La Croix du 28/12/2010

samedi 1 janvier 2011

Fruits et légumes cuits au menu de Neandertal

A chaque découverte des gratteurs de fossiles, l'homme de Neandertal, notre lointain cousin disparu voilà 30 000 ans, se rapproche un peu plus de nous. Etude après étude, ses oripeaux de rustre mal dégrossi, grand dévoreur de viande aux manières primitives, tombent en lambeaux. Laissant apparaître un homme différent mais, sur bien des plans, pas moins "civilisé" que Sapiens. Auquel, on le sait depuis peu, il a du reste transmis par croisements une petite partie de son patrimoine génétique.

Le travail d'une équipe de paléoanthropologues de Washington et de Panama, publié dans les comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 27 décembre, apporte une nouvelle pierre à cette réhabilitation. Il montre que Neandertal, tout comme l'homme moderne, se nourrissait aussi de plantes et de fruits. Mieux encore, qu'il les cuisait. Et que ces pratiques impliquaient une grande faculté d'adaptation.

Notre parent archaïque a longtemps été réputé avoir une alimentation presque exclusivement carnée, que lui fournissait la chasse des grands mammifères. Il ne goûtait guère, pensait-on, le petit gibier (plus difficile à capturer), les poissons et les coquillages, ni, surtout, les végétaux. Ce régime peu diversifié est l'une des explications parfois avancées pour expliquer pourquoi, après avoir peuplé l'Europe et une partie de l'Asie pendant près de 300 000 ans, il s'est lentement effacé devant l'homme moderne - c'est-à-dire nous -, capable de tirer davantage de calories de son environnement.

Des indices de l'utilisation de végétaux avaient déjà été repérés sur plusieurs sites néandertaliens. Sans que leur présence dans les sédiments puisse être formellement associée à leur consommation.

Cette fois, les chercheurs ont trouvé des témoins irréfutables : sept dents (trois molaires, deux prémolaires, une canine et une incisive) appartenant à trois squelettes retrouvés dans deux dépôts de restes néandertaliens bien connus. Le premier en Irak, dans la grotte de Shanidar, sur les contreforts des monts Zagros. Le second en Belgique, dans la grotte de Spy, dans la province de Namur. Deux sites dont les ossements sont respectivement datés de 46 000 et 36 000 ans.

Ces dents sont couvertes de tartre (ou calcul) et, décrivent les auteurs, ces dépôts calcifiés sont de très efficaces pièges à particules alimentaires microscopiques, parfaitement conservées. De minuscules fragments de ces plaques dentaires ont été prélevés, passés dans une microcentrifugeuse et examinés au microscope. Résultat : ils recèlent des grains d'amidon et des phytolithes (concrétions de cellules végétales) provenant de différentes plantes, graines et fruits. On y trouve notamment des résidus de dattes, de légumineuses, de graminées (dont des variétés proches de l'orge actuel et du sorgho), ainsi que de rhizomes (partie souterraine de la tige) de nénuphars.

"On savait déjà, par les analyses biochimiques, que les néandertaliens - comme d'ailleurs les premiers Sapiens - se nourrissaient principalement de viande, mais pas uniquement. Aucun individu n'a une alimentation à 100 % carnée", commente Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et spécialiste de l'alimentation préhistorique. Mais c'est la première fois qu'est apportée une preuve directe que les végétaux figuraient aussi au régime de ces omnivores.

Ce n'est pas tout. L'inspection dentaire montre que beaucoup de ces résidus ont subi des transformations dues à une cuisson. Les végétaux, pensent les auteurs, devaient être bouillis dans l'eau plutôt que grillés sur les braises.

Pour Marylène Patou-Mathis, il ne s'agit pas d'une surprise : "Neandertal maîtrisait le feu et les ossements animaux retrouvés dans de nombreux foyers attestent qu'il savait cuire la viande", rappelle-t-elle. La démonstration est faite qu'il procédait de même pour l'accompagnement de légumes.

Ces conclusions sont d'autant plus marquantes qu'elles proviennent de deux sites géographiquement très éloignés, aux contextes environnementaux et climatiques différents. Et de deux groupes de néandertaliens bien distincts, l'un proche-oriental, l'autre occidental. Elles appellent bien sûr une certaine prudence, trois individus et sept dents ne constituant pas un échantillon représentatif de toute une population.

Pour les auteurs, il est clair néanmoins que Neandertal faisait preuve de "sophistication" dans son régime et "consacrait du temps et de l'énergie à préparer des aliments à base de végétaux, pour les rendre plus comestibles et améliorer leurs qualités nutritionnelles". La cueillette de ces différentes plantes nécessitait, en particulier, des déplacements saisonniers de campement, comme l'exigeaient aussi les migrations des animaux sauvages. Si bien que "l'exploitation de ces espèces végétales ne serait pas une stratégie nouvelle développée par les premiers hommes modernes, devenus par la suite cultivateurs".

Reste alors, puisque leur alimentation n'est pas en cause, le mystère de la disparition des néandertaliens. Pour Marylène Patou-Mathis, ils auraient été victimes d'une démographie insuffisante pour le vaste territoire qu'ils occupaient. Pacifistes et écologistes avant l'heure, respectueux peut-être d'une "cosmogonie" qui les rendait peu combatifs, ils se seraient repliés devant l'avancée de Sapiens, jusqu'à s'éteindre. Protéines végétales ou pas.

Source : Le Monde du 31/12/2010

Les Dénisovans, lointains cousins de Sibérie

L'homme de Denisova appartient à un groupe qui partage un ancêtre commun avec Neandertal.

La génétique est en train de révolutionner notre connaissance de l'évolution d'Homo sapiens et des homininés (une sous-famille des hominidés, qui, eux, incluent les grands singes). «Dans un avenir proche, quand des génomes plus complets des homininés vont pouvoir être séquencés, on aura une bien meilleure compréhension des relations qu'entretenaient ces différents groupes entre eux», souligne une équipe pilotée par Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck (Nature , 23-30 décembre 2010).

Les chercheurs de cet institut qui ont décrypté cette année une partie du génome de Neandertal fournissent dans le numéro de Nature la preuve de l'extraordinaire efficacité de ce nouvel outil. À partir seulement de l'os d'un doigt découvert dans une grotte en ­Sibérie et datant de 30.000 ans, ils viennent de séquencer le génome d'un homininé aujourd'hui éteint et totalement inconnu jusqu'alors.

Venus de l'est

«Cet homme de Denisova (le nom de la grotte, NDLR) appartient à un groupe qui partage un ancêtre commun avec Neandertal mais dont la population a eu une histoire très différente», expliquent les chercheurs. En Eurasie, selon eux, il aurait existé au moins deux formes distinctes d'homininé archaïque: à l'ouest, Neandertal et, à l'est, Denisovans. Les chercheurs se gardent de parler d'espèces différentes au sens propre du terme. La paléogénomique n'a pas, en effet, les mêmes critères que la paléontologie traditionnelle.

À la différence de Neandertal, les Denisovans n'ont pas contribué au patrimoine génétique des Eurasiens modernes, mais ils partagent un nombre élevé de variations génétiques avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cela laisse évidemment penser qu'il y a eu des croisements entre les Denisovans et les ancêtres des Mélanésiens.

Source : Le Figaro du 30/12/2010

Homo sapiens a-t-il 400.000 ans ?

En Israël, des archéologues ont découvert huit dents semblant appartenir à Homo sapiens dans une couche datée de 200.000 à 400.000 ans. Or, les plus anciens fossiles humains retrouvés jusqu’ici datent de 200.000 ans et se trouvent en Afrique de l’Est...

Depuis plusieurs années, une équipe d’archéologues fouille la grotte Qessem, à l’est de Tel-Aviv, et y a découvert plusieurs dents, la première en 2006. Les chercheurs en ont trouvées depuis plusieurs autres, éparpillées dans une couche de terrain datée de 200.000 à 400.000 ans avant notre ère. Ces huit dents présentent de « fortes affinités » avec celles d'Homo sapiens, d’après l’équipe, co-dirigée par Avi Gopher, de l’Institut d’archéologie de l’université de Tel Aviv, qui vient de publier ses résultats dans la revue American Journal of Physical Anthropology.

De plus, « l'examen des stalagmites et stalactites, ainsi que d'autres matériaux découverts sur place, indiquent que cette caverne a commencé à être utilisée il y a 400.000 ans » a expliqué à l’AFP. Or, les plus anciens fossiles connus de l’espèce Homo sapiens datent de 200.000 et ont été trouvés en Éthiopie.

À confirmer...

La découverte semble donc de première importance et pourrait imposer de revoir notre vision de l’apparition de l’espèce humaine. Mais il reste à confirmer ces résultats, d’abord pour démontrer que ces dents appartiennent bien à des Homo sapiens.

Elles pourraient en effet tout aussi bien provenir d’ancêtres de notre espèce, voire d’une lignée particulière de néandertaliens, comme l’a souligné Rolf Quam, l’un des co-auteurs de l’article scientifique, ajoutant que cette région, à la frontière de l’Afrique et si proche de l’Europe, a vu passer durant de très longues périodes les migrations de la famille humaine.

Source : Futura Sciences du 30/12/2010