vendredi 31 janvier 2014

Yeux bleus et peau foncée pour un homme préhistorique

L’analyse du génome d’un chasseur-cueilleur qui a vécu en Espagne il y a 7000 ans révèle son apparence.


MÉSOLITHIQUE. L’analyse du premier génome complet d’un individu ayant vécu dans l’Europe mésolithique, il y a environ 7000 ans, est publiée cette semaine dans la revue Nature. Elle révèle que ce chasseur-cueilleur avait la peau foncée et les yeux bleus.

Avant la transition agricole

Surnommé La Brana-1, l’homme dont l’ADN a été extrait à partir d’une dent, vivait au Nord-Ouest de l’Espagne. Son squelette a été retrouvé en 2006 dans un réseau de grottes de la Cordillère Cantabrique, en compagnie d’un deuxième : tous deux étaient exceptionnellement bien conservés. L’analyse effectuée par une équipe de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone livre de nombreuses informations sur l’équipement génétique des humains d’avant la transition agricole.

DIGESTION. L’étude révèle ainsi L'homme était probablement intolérant au lactose et digérait mal les féculents (dont l’amidon des céréales), soutenant ainsi l’hypothèse que ces adaptations ont été engendrées par l’adoption de l’agriculture quelques siècles plus tard.

C’est en effet au Néolithique (il y a 5000 ans) que le régime alimentaire des européen a radicalement changé avec l’introduction d’une plus grande quantité de glucides (céréales) dans le menu quotidien. L’agriculture, avec la proximité des animaux, a également favorisé la transmission de nouveaux pathogènes. Curieusement, les variants génétiques associés à la résistance à ces pathogènes sont déjà présent chez l'homme de La Brana, ce qui suggère qu’ils ne représentent pas une adaptation évolutive.

Peau sombre, yeux bleus

"Toutefois, la plus grande surprise a été de découvrir que cet individu possédait des versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation, ce qui indique qu'il avait la peau sombre, même si nous ne pouvons pas connaître la nuance exacte" signale Carles Lalueza-Fox, un des auteurs de l’étude. "Et encore plus surprenant nous avons constaté qu'il possédait les variations génétiques qui produisent les yeux bleus chez les européens actuels, entraînant un phénotype unique qui n’existe pas dans les populations européennes contemporaines" rajoute-t-il.

BAIKAL. Certains variants indiquent néanmoins une proximité génétique entre l’homme de La Brana et les populations d’Europe du Nord, comme la Suède et la Finlande.

D’autres montrent aussi qu’il partage un ancêtre commun avec des peuplades qui vivaient il y a plus de 10 000 ans près du lac Baïkal, en Sibérie, dont le génome a été extrait il y a quelques mois, signalent les auteurs. "Ces données indiquent qu’il y a une continuité génétique entre les populations d’Eurasie centrale et les populations occidentales" conclut Carles Lalueza-Fox.


Source : Sciences et Avenir du 28/01/2014

jeudi 30 janvier 2014

Il y a encore 1 à 3% de gènes néandertaliens en nous

SCIENCE - Dans les populations modernes non-africaines, ce cousin disparu de l'Homme a laissé sa trace...

L'ADN de l'homme de Néandertal, retrouvé chez l'homme d'aujourd'hui, notamment dans les gènes influençant les caractéristiques de la peau, a pu aider à sa survie, montrent deux nouvelles études publiées mercredi.

De précédentes études ont établi que les humains modernes d'origine européenne et asiatique ont hérité en moyenne de 1 à 3% du génome de l'homme de Néandertal, un cousin du genre Homo apparu il y a environ 400.000 ans en Eurasie et éteint voilà 30.000 ans. Les humains d'ascendance africaine n'ont, eux, que peu ou pas d'ADN de Néandertal parce qu'il n'y a pas eu de croisement entre leurs ancêtres Homo sapiens et l'homme de Néandertal, qui vivait en Europe et en Asie.

L'héritage peut sembler mince ramené à l'échelle individuelle, mais selon une nouvelle étude publiée ce mercredi dans la revue américaine Science, ce serait au total 20% du génome néandertalien qui subsisterait globalement dans les populations modernes d'Europe et d'Asie. Cette étude a été réalisée par Benjamin Vernot et Joshua Akey (Département des Sciences du Génome, Université de Washington) à partir du génome de 379 Européens et 286 personnes d'Asie de l'est.

Les éléments nuisibles des gènes néandertaliens évacués

La revue britannique Nature publie de son côté une autre étude sur l'héritage de Néandertal, menée par David Reich (Faculté de médecine de l'Université Harvard, Boston). Avec ses collègues, dont Svante Pääbo, directeur du département d'anthropologie génétique de l'Institut Max Planck, il a analysé les variations génétiques de 846 personnes d'ascendance non-africaine, 176 personnes d'Afrique sub-saharienne et d'un Néandertalien vieux de 50.000 ans, dont la séquence du génome a été publiée en 2013.

Malgré des travaux séparés et des méthodes différentes, les deux équipes ont trouvé de grandes régions du génome moderne non-africain dépourvues d'ADN néandertalien, et d'autres au contraire où l'héritage de l'homme de Néandertal était plus riche que prévu. Selon les chercheurs, cette répartition serait le résultat de la sélection naturelle: l'homme moderne aurait évincé de son patrimoine génétique les éléments de l'homme de Néandertal qui lui étaient nuisibles. En revanche, l'héritage génétique qui subsiste de l'homme de Néandertal a dû lui apporter un avantage adaptatif.

Les deux études citent en particulier l'hérédité de l'homme de Néandertal sur les gènes qui influencent les caractéristiques de la peau. «C'est tentant de penser que les Néandertaliens étaient déjà adaptés à un environnement non-africain et ont transmis cet avantage génétique à l'Homme», a indiqué David Reich.
Néandertal mieux adapté au froid

Son équipe a ainsi montré que l'hérédité de l'homme de Néandertal est plus marquée dans les gènes liés à la kératine, une protéine fibreuse qui confère sa résistance à la peau, aux cheveux et aux ongles et permet une meilleure protection dans des environnements plus froids.

Selon l'équipe de David Reich, des mutations génétiques connues pour être associées à des caractères spécifiques chez l'Homme moderne pourraient aussi trouver une origine chez l'homme de Néandertal. Ce serait le cas pour des maladies à composante génétique, comme le diabète ou la maladie de Crohn, mais aussi pour certains comportements.

Les chercheurs ont en revanche identifié deux régions du génome, impliquées dans les testicules et le chromosome X, où l'homme de Néandertal n'a pas laissé son empreinte. Selon eux, cet apport génétique aurait représenté une menace pour la fertilité masculine et a donc dû être effacé par un processus de sélection naturelle.

Source : 20 minutes du 29/01/2014

mercredi 29 janvier 2014

Préhistoire


Quelle est l'origine de ce mot ? Comment a-t-il évolué au fil du temps ?

Souce : CNDP - les fondamentaux

mardi 28 janvier 2014

Un homme préhistorique à la peau foncée et aux yeux bleus

Des chercheurs ont réussi l'exploit de décrypter les gènes d'un chasseur-cueilleur qui vivait il y a 7000 ans.

Il avait 30 à 35 ans au moment de sa mort, il y a quelque 7000 ans. Il vivait dans ce qui est aujourd'hui le nord-ouest de l'Espagne. Grâce à une analyse fine de son ADN et à une reconstitution faciale à partir de son crâne, les chercheurs ont pu établir un véritable portrait-robot de cet homme préhistorique. Et en couleur puisque ses gènes ont parlé: il devait avoir la peau foncée, les cheveux bruns et… les yeux bleus.

C'est ce qu'une équipe internationale de 24 chercheurs (espagnols, américains, danois, australiens, hollandais), sous la houlette de l'Espagnol Carles Lalueza-Fox (Institut de biologie évolutive, Barcelone) vient de rendre publique dans la revue Nature .

Les chercheurs ont réussi à obtenir la séquence ADN quasi complète de Brana-1 (son appellation) à partir d'une dent très bien conservée. Il avait été trouvé en 2006 dans la grotte de La Brana-Arintero, dans la province de Leon, en compagnie d'un deuxième squelette masculin. À cette époque (nommée mésolithique, entre le paléolithique et le néolithique, la plus proche de nous), les hommes vivaient de leur chasse et de la cueillette de végétaux. Premier résultat des analyses, ces chasseurs-cueilleurs ibériques étaient génétiquement éloignés des populations européennes actuelles. Mais ils étaient cependant plus proches des Européens du Nord (Suédois ou Finlandais par exemple).

La séquence ADN quasi-complète de Brana-1 a été obtenue à partir d'une dent très bien conservée.

«Ses gènes montrent qu'il devait avoir la peau et les cheveux foncés, ce qui est une première surprise, mais il possède aussi des gènes qui, chez l'humain moderne, engendrent des yeux bleus, explique Carles Lalueza-Fox. Cette combinaison génétique n'existe pas dans les populations européennes modernes.» On pensait jusqu'ici que le teint de peau de ces hommes préhistoriques devait être plus clair. Le changement s'est donc fait plus tard. Les chercheurs ont également comparé l'ADN séquencé de Brana-1 à d'autres ADN anciens, comme celui d'un fossile humain vieux de 23.000 ans, découvert en Sibérie, près du lac Baïkal. «Il y a clairement une signature génétique commune entre eux», estime Carles Lalueza-Fox. «Ce qui montre qu'il y a une continuité génétique dans ce laps de temps entre l'Eurasie occidentale et l'Eurasie centrale.»

Les chercheurs ont également pu explorer les gènes du système digestif de ce chasseur-cueilleur. Il s'avère qu'il était intolérant au lactose et mal «équipé» pour digérer l'amidon (céréales ou pommes de terre). Les chercheurs estiment donc que c'est au sortir du mésolithique, il y a 5000 ans, et à l'entrée au néolithique, que le chasseur-cueilleur, devenu agriculteur et éleveur, a changé au fil du temps, privilégiant les individus pouvant boire du lait et assimiler les céréales.

Résistance à certains agents pathogènes et à certaines maladies

«Le travail de Carles Lalueza-Fox est remarquable, estime Philippe Charlier, médecin légiste et spécialiste de l'ADN ancien. Le connaissant, s'il suggère que tous ces caractères étaient vraisemblablement présents, il a sans nul doute raison.» L'autre squelette, Brana-2, pourrait-il confirmer le tableau? «Nous y travaillons très fort, nous a confirmé Carles Lalueza-Fox. Mais pour le moment, nous n'avons pas pu trouver un vraiment bon échantillon à partir de ce fossile. Peut-être que ce second squelette a été plus exposé à l'eau, ce qui a affecté la préservation de l'ADN.»

D'autres caractères génétiques de cet homme préhistorique ont été repérés, comme la résistance à certains agents pathogènes et à certaines maladies, variations génétiques encore présentes chez l'homme moderne. «Il est clair, affirme Carles Lalueza-Fox, que nous pouvons maintenant, grâce aux progrès techniques, étudier la génétique des hommes de la préhistoire à partir d'échantillons anciens. Et je prédis que l'archéo-génétique va révolutionner notre point de vue sur cette période et va entraîner de grands changements, générant ainsi un tableau plus complexe et fin du passé.»

Source : Le Figaro du 27/01/2014

lundi 27 janvier 2014

Préhistoire : les premiers Européens étaient bruns aux yeux bleus

Une équipe espagnole a séquencé le premier génome complet d'un chasseur-cueilleur européen. Il y a 7000 ans, il avait probablement la peau et les cheveux foncés mais les yeux bleus.

A quoi ressemblaient nos ancêtres ? L'analyse d'une l'équipe de recherche Espagnole, publiée dimanche par la revue Nature, permet de dessiner le portrait d'un Européen du Mésolithique, période de la Préhistoire intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique, où la subsistance était encore assurée par la chasse et la cueillette.

Elle livre également des indices sur les changements apportés à la physiologie humaine par l'introduction progressive en Europe, au Néolithique, de l'agriculture et de la domestication.

L'équipe a analysé l'ADN d'une dent d'un des deux squelettes masculins découverts en 2006 dans la grotte de La Brana-Arintero, dans la province de Leon (nord-ouest de l'Espagne).

Les ossements, préservés dans de bonnes conditions, sont datés approximativement de 7.000 ans, soit la période correspondant au Mésolithique (10.000 à 5.000 ans).

L'étude montre que le chasseur-cueilleur de la péninsule ibérique était génétiquement éloigné des populations européennes actuelles, mais était cependant plus proche des Européens du Nord d'aujourd'hui (Suédois et Finlandais par exemple).

La pigmentation de la peau de l'individu de La Brana était probablement foncée, et ses cheveux bruns. Mais il était également porteur d'une mutation qui chez l'humain moderne engendre les yeux bleus.

"Ce phénotype rare n'existe pas dans les populations européennes contemporaines", a souligné Carles Lalueza-Fox, directeur de la recherche.

"Jusqu'à maintenant, on considérait que la couleur de peau claire avait évolué assez tôt en Europe, au Paléolithique supérieur, en lien avec les faibles rayonnements UV à haute latitude", a-t-il expliqué. "Mais ce n'est clairement pas le cas. Cette évolution est intervenue beaucoup plus tard, probablement au Néolithique", a-t-il poursuivi. Elle pourrait être liée au changement de régime alimentaire et à la diminution de l'apport en vitamine D chez l'éleveur par rapport au chasseur.

Il ne digérait ni le lait ni les féculents

Les généticiens ont également montré que l'individu de La Brana était porteur de la variation génétique ancestrale produisant une intolérance au lactose. De même l'homme n'était pas génétiquement armé pour avoir un régime riche en amidon.

"Ces résultats suggèrent que le chasseur-cueilleur de La Brana avait de médiocres capacités à digérer le lait et l'amidon, étayant l'hypothèse que ces facultés ont été acquises plus tard, avec l'introduction de l'agriculture", déclarent les chercheurs.

Source : Sud-Ouest du 26/01/2014

vendredi 24 janvier 2014

La fin de Neandertal

C'est Homo sapiens qui a gagné la course à l'évolution. Mais pourquoi Neandertal a-t-il disparu ? Les explications de spécialiste Marylène Patou-Mathis.



Source : Sciences et Avenir du 12/01/2014

lundi 6 janvier 2014

La commune de Montignac cherche une "autre" grotte ornée comme Lascaux

En Dordogne, des révélations sur une cavité qui aurait été obstruée dans les années 1960 par ses découvreurs ont lancé la quête d'une autre grotte abritant de l'art rupestre.



REVELATIONS. La commune de Montignac (Dordogne), abritant le joyau d'art rupestre de Lascaux, explore l'hypothèse, encore ténue, d'une autre grotte ornée, après des révélations sur une cavité qui aurait été obstruée dans les années 1960 par ses découvreurs, a indiqué le maire lundi.

"Nous n'avons aucune certitude, on est encore loin d'avoir les éléments nécessaires pour confirmer l'existence d'une autre grotte ornée", a déclaré à l'AFP le maire Laurent Mathieu, qui a toutefois précisé que des investigations ont été réalisées depuis les révélations, en août, d'une habitante.

Cette septuagénaire, sur l'insistance de ses enfants, est venue raconter au maire comment son époux et son beau-frère, aujourd'hui décédés, avaient découvert au début des années 1960 à Montignac un orifice donnant sur une cavité ou ils ont vu des fresques, et l'avaient rebouchée, "pour ne pas être embêtés", où se faire saisir le terrain, a expliqué le maire.

Un site qui pourrait-être à 4km de Lascaux

Initialement, M. Mathieu a indiqué n'avoir "pas du tout pris l'histoire au sérieux", mais des recoupements ont permis de disposer de suffisamment d'informations pour justifier des investigations plus poussées, et délimiter une zone "relativement précise", sur une propriété privée qui a depuis changé de mains.

Cette zone, précise-t-il, se situe de l'autre côté de la rivière Vézère, à environ 4 km à vol d'oiseau de la grotte originale, et de Lascaux II, sa réplique, qui accueille quelque 250.000 visiteurs par an.

Une "nouvelle" grotte serait "évidemment une bonne chose pour Montignac, si du moins l'existence d'une grotte ornée est confirmée", tempère le maire, qui évalue les chances de découvrir une nouvelle Lascaux, "de l'ordre de 3 sur 10".

Les espoirs, ou mythes, sur l'existence d'un "autre Lascaux" tue par ses découvreurs, sont un serpent de mer à Montignac, où il est généralement admis que des hommes ont pu peindre dans d'autres cavités que celle découverte en 1940 et considérée comme la "Chapelle sixtine" de la Préhistoire.

La mairie et la Direction régionale des Affaires culturelles doivent établir en 2014 "un protocole pour avancer dans les recherches", a ajouté le maire, qui ne souhaite ni "étouffer l'affaire", ni "un emballement médiatique".

D'ici là, un secteur de quelque 10 hectares va faire l'objet d'une discrète protection, avec l'aide de la gendarmerie, pour éviter que ne s'y aventurent des enthousiastes armés de pelles et pioches, avides de découvrir un "nouveau Lascaux".

Source : Sciences et Avenir du 31/12/2013

dimanche 5 janvier 2014

Néandertal était il capable de parler comme un homme moderne ?

Après plusieurs analyses sur l'os hyoïde fossilisé d'un Néandertalien, des scientifiques sont parvenus à la conclusion que cette espèce d'hominidés pouvait être capable de parler. Plus surprenant encore, elle aurait peut-être pu s'exprimer de la même façon que les hommes modernes.

Les Hommes de Neandertal auraient-ils été capables de tenir de longues conversations avec vous ? Cette hypothèse, suspectée depuis la découverte de l'os hyoïde d'un Néandertalien en 1989, semble devenir de plus en plus crédible. L'os hyoïde retrouvé est étrangement similaire à celui des hommes modernes et possède comme ce dernier une structure en forme de fer à cheval.

Désormais, les modèles informatiques ont permis aux chercheurs d'en savoir un peu plus sur l'utilité de cet os, en particulier. Selon de nouveaux résultats publiés dans la revue PLoS ONE, son utilisation par les Néandertal était peut-être similaire à celle des humains modernes. Une conclusion qui suggère que les Néandertaliens possédaient un langage complexe, précisent les scientifiques, cités par la BBC.

Un os bavard

L'os hyoïde est vital, chez les hommes, pour le langage puisqu'il soutient les racines de la langue. Toutefois, chez les primates non-humains, l'os n'est pas placé à la bonne position, les empêchant de s'exprimer comme les hommes. Une équipe internationale de chercheurs a donc décidé d'analyser, de façon plus poussée, le fossile d'os hyoïde de Néandertal découvert grâce à des modèles informatique à rayons X en 3D.

Ces derniers ont ainsi permis aux scientifiques d'étudier le comportement de l'os, situé dans la gorge, avec les autres os l'entourant. "C'est une avancée significative. Cela montre que l'hyoïde de Kebrara 2, retrouvé dans une grotte en Israël, ne ressemble pas juste à celui des hommes modernes. Il était sûrement utilisé d'une manière très similaire", explique Stephen Wroe, de l'Université de New England en Australie, rapporte Discovery News.

Selon lui, cette découverte ne ferait pas avancer la compréhension que de l'Homme de Néandertal mais aussi de l'homme moderne. "De nombreuses personnes estiment que notre capacité à parler est l'une des caractéristiques les plus fondamentales qui font de nous des humains. Si les Néandertaliens pouvaient aussi parler, alors ils étaient vraiment humains aussi", argue-t-il.

Uniquement chez les hommes modernes ?

Il est habituellement accepté que les langages complexes ne sont apparus qu'il y a environ 100.000 ans. Par conséquent, les hommes modernes seraient les seuls à posséder un discours parlé complexe. Toutefois, cette affirmation a rapidement été remise en cause avec la découverte d'un os hyoïde de Néandertal fossilisé en 1989. Retrouvé dans la grotte Kebara, en Israél, ce dernier était particulièrement similaire à celui des hommes modernes.

Des os hyoïdes bien plus vieux ont également été récemment mis au jour, en Espagne. Vieux de plus de 500.000 ans, ils appartiendraient à un parent des Hommes modernes et de Néandertal, l'Homo heidelbergensis. Ces derniers doivent encore être intégrés au modèle informatique, mais le Professeur Wroe estime, d'ores et déjà, qu'ils seront similaires à ceux des humains et Néandertaliens. Cela pourrait donc repousser encore plus loin la date de l'origine des langages complexes.

En revanche, le chercheur prévient : son étude pourrait bien ne pas être acceptée comme une preuve que les Néandertaliens étaient doués de la parole. "Nous avons bien vérifié à ne pas suggérer que nous avions indubitablement prouvé quelque chose. Mais je pense que cela aidera à convaincre un grand nombre de spécialistes", précise-t-il.

Une utilité mécanique

D'après de nombreuses études et observations, les Hommes de Néandertal étaient plus petits et plus trapus que les hommes modernes, avec un très petit menton et un front remontant plus vers l'arrière. Généralement, ils ne sont pas considérés comme des ancêtres directs des humains. Néanmoins, des analyses ADN ont révélé qu'entre 1 et 4% du génome des humains d'Eurasie provient des Néandertals.

Récemment, Dan Dediu du Max Plank Institute for Psycholinguistics, suggérait déjà que l'Homme de Néandertal et les humains modernes partageaient des caractéristiques communes, notamment au niveau du langage. Il affirme que cette nouvelle étude apporte plus de poids à ses conclusions que "les Néandertaliens possèdent un os hyoïde similaire au nôtre, pas seulement dans la forme mais aussi au niveau de ses propriétés mécaniques".

"Les auteurs, eux-mêmes, sont très prudents avant de tirer de fortes conclusions. Mais je pense que leur travail soutient clairement la théorie selon laquelle le langage est une ancienne caractéristique de notre lignée qui remonte au moins au dernier ancêtre que nous partageons avec l'Homme de Néandertal", affirme Dan Dediu. Toutefois, de nombreuses autres études, notamment sur les primates vivants, seront nécessaires pour mieux comprendre les variations parmi les différents hominidés.

Source : MaxiSciences du 27/12/2013

samedi 4 janvier 2014

L'homme de Néandertal inhumait bien ses morts

De nouvelles découvertes mettent fin à un débat qui remonte au début du siècle dernier.

DEBAT. Avec la découverte de sépultures néandertaliennes sur le site de La Chapelle-aux-Saints, il y a plus d'un siècle, un débat autour des pratiques funéraires et notamment celle de l'inhumation chez les Néandertaliens faisait rage au sein de la communauté scientifique. De nouvelles fouilles archéologiques sur ce site d'Europe occidentale et un réexamen des restes humains découverts au début du XXème siècle prouvent l'existence d'une sépulture néandertalienne et permettent de mettre fin au débat.

Un comportement moderne face à la mort

De récents travaux avaient remis en question l’hypothèse selon laquelle l’homme de Néandertal pratiquait des inhumations. En cause : les techniques de fouille du début du 20ème siècle jugées inadaptées pour soutenir une telle interprétation.

D'un autre côté ces dix dernières années les scientifiques penchent de plus en plus pour l’existence d’un comportement symbolique chez cet hominidé, notamment avec l'utilisation intensive de pigments ou la collecte de coquillages et de plumes décoratives. Dans ce contexte, il était essentiel de reconsidérer le comportement de l'homme de Néandertal face à la mort.

CAVITE. Une équipe française du CNRS associée à la société Archéosphère et au service régional de l'archéologie du Limousin a mené de nouvelles fouilles archéologiques sur le site de La Chapelle-aux-Saints, alliées à un réexamen des restes humains découverts au début du XXème siècle.

Les travaux ont démontré que la cavité dans laquelle a été découvert le premier squelette néandertalien considéré comme témoignant d'une sépulture (appelée la bouffia Bonneval) faisait partie d'un complexe de sept grottes le long d'une même ligne de falaises. La reprise des fouilles dans cette cavité a permis de retrouver la fosse dans laquelle le squelette avait été découvert et d'établir qu’elle a bien été creusée par l’homme.

PROTECTION. L'étude des restes osseux humains atteste également d'une protection rapide du cadavre alors que d'autres vestiges animaux semblent avoir été exposés assez longtemps à la surface du sol. Ces deux arguments, associés à l'existence de connexions anatomiques confirment ainsi l'hypothèse d'une inhumation volontaire.

Par ailleurs, au cours de la fouille, les restes de trois nouveaux Néandertaliens, deux enfants et un second adulte, ont été identifiés, suggérant une occupation assez longue du site par des groupes familiaux. Ces travaux prouvent l'existence d'une sépulture néandertalienne et témoignent également de l'émergence d'une pensée symbolique complexe au sein des populations en Europe.

Source : Sciences et Avenir du 26/12/2013

vendredi 3 janvier 2014

Consanguinité chez les Néandertaliens

Le séquençage du génome d’une Néandertalienne de Sibérie a révélé que ses géniteurs étaient de proches parents. Une pratique sans doute courante, faut de rencontre entre groupes !


Cette phalange d'orteil, retrouvée dans la grotte sibérienne de Denisova, a appartenu à une Néandertalienne adulte.

Ils sont doubles cousins, c'est-à-dire cousins à la fois du côté maternel et paternel ; ils conçoivent une fille ; 50 000 ans plus tard, l’ADN d’une phalange de son orteil est séquencé. Voilà ce qui vient peut-être de se passer, puisqu'une équipe internationale a constaté une forte consanguinité dans le génome d'une néandertalienne sibérienne après l'avoir entièrement séquencé.

Grâce à un nouveau protocole d’une efficacité inégalée, Kay Prüfer de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne) et ses collègues ont extrait de l’ADN de l’orteil d’une Néandertalienne retrouvée dans la grotte de Denisova (dans le massif de l'Altaï, au Sud de la Sibérie), dans la strate n° 11, datant de 50 300 ans (à 2 200 ans près). Ils ont ainsi obtenu le génome néandertalien le plus fiable jamais séquencé : chacun des quelque trois milliards de nucléotides du génome nucléaire a été identifié 52 fois sur l’un des fragments d’ADN, séquencé et comparé avec un génome néandertalien déjà connu. Grâce à ce nouveau génome, les chercheurs ont pu estimer plus précisément le taux de métissage entre les Néandertaliens et les hommes modernes, désormais estimé à environ 2 pour cent des bases de l’ADN pour tous les non-Africains.

Ces résultats sont d’autant plus spectaculaires que la grotte de Denisova est déjà célèbre pour la découverte de traces (une phalange de doigt et quelques dents) d’une espèce humaine archaïque inconnue : les Denisoviens. Or le séquençage de leur ADN a révélé leur différence, mais aussi un léger métissage avec les Néandertaliens. Ces derniers sont connus pour être surtout Européens, mais un ou plusieurs groupes sont manifestement parvenus jusqu’à Denisova.

La présence de Néandertaliens indique que le territoire exploité par Homo neanderthalensis s’est étendu jusqu’en Sibérie. Or selon diverses estimations, dans une zone de cette ampleur, le nombre de Néandertaliennes en âge de procréer n'a jamais dépassé la dizaine de milliers, soit une population totale de l'ordre de 50 000 individus. Si l’on approxime la superficie du territoire néandertalien par celle de l’Europe (10 millions de kilomètres carrés), moins la partie septentrionale non habitable (environ 4 millions de kilomètres carrés), on parvient à une densité de population maximale de Néandertaliens de l’ordre de 8 habitants pour 1 000 kilomètres carrés, soit un maximum de l’ordre de 4 000 individus sur une superficie de l'ordre de la France métropolitaine.

Une telle dissémination a une conséquence démographique : la réduction du flux de gènes entre les groupes. En termes plus concrets, on peut s’imaginer que, les Néandertaliens vivant en groupes d'une vingtaine de personnes, dont une dizaine d'adultes, un maximum de 200 groupes vivaient sur une surface comme celle de la France, chacun exploitant typiquement 3 000 kilomètres carrés, soit près de 30 fois la surface de Paris. Ces ordres de grandeur expliquent d’une part que les Néandertaliens avaient besoin d’être très mobiles (au point d'aller jusqu’en Sibérie), d'autre part que la rencontre d’un autre groupe était un événement rare. Quand cela se produisait, peut-être les individus en profitaient-ils pour avoir des relations sexuelles avec les membres de l'autre groupe (chez les Inuits, l'hospitalité traditionnelle suppose de mettre sa fille à disposition du voyageur…), que celui-ci ait été formé de néandertaliens ou pas. Cela expliquerait en partie les métissages entre Néandertaliens et Denisoviens, comme celui de ces deux espèces humaines avec les hommes modernes, Homo sapiens.

Le reste du temps, quand aucun échange n’était possible, il fallait bien se reproduire en famille... C’est ce qu’illustre le cas de la Néandertalienne de Denisova dont la phalange vient d’être séquencée : d'après K. Prüfer et ses collègues, le taux de consanguinité qui la caractérise ne peut s’expliquer que si elle a été conçue par un couple formé d'un demi-frère et une demi-sœur, ou de doubles cousins (le cas envisagé au début de cet article), ou d'un oncle et une nièce (ou une tante et un neveu), ou, moins probable, d'un grand-père et sa petite-fille (ou une grand-mère et son petit-fils)…

Source : Pour la Science du 19/12/2013

jeudi 2 janvier 2014

Les hommes de Néandertal prenaient soin de leurs anciens

Un vieil homme de Néandertal édenté et pouvant à peine marcher a été pris en charge par son groupe avant d'être enterré avec soin, révèle lundi une étude confirmant le respect qu'accordaient les Néandertaliens à leurs anciens et leurs morts.

Ces conclusions sont l'aboutissement de travaux menés pendant 13 ans sur le site de sépulture de La Chapelle-aux-Saints, situé en Corrèze, dans le sud de la France, initialement découvert en 1908.

Au cours des années, des analyses plus détaillées de ce lieu de sépulture vieux de 50 000 ans ainsi que la découverte d'autres tombes de Néandertaliens ailleurs en Europe a suggéré que ces cousins disparus des hommes étaient plus sophistiqués qu'on ne le pensait.

Les chercheurs ont désormais écarté la possibilité que cette fosse ait résulté d'une formation géologique, indiquant au contraire qu'elle a du être creusée, soulignent ces travaux parus dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

Les restes de trois autres individus, deux enfants et un adulte, ont également été mis au jour à proximité du squelette du vieil homme de Néandertal. Mais les chercheurs ne savent pas s'il s'agissait de membres de la même famille ou même s'ils sont contemporains, a observé William Rendu, un paléontologue de l'Université de New York, principal auteur de l'étude.

Le trou dans lequel les ossements reposaient était formé de calcaire mou et d'argile, précise-t-il, soulignant que dans la nature ces formations sont toujours horizontales alors que sous le corps du morts, les couches étaient verticales.

«Cette fosse ne peut avoir aucune origine naturelle (...) et la seule explication ne peut être que la main de l'homme», insiste le paléontologue.

Mais ces chercheurs n'ont pas réussi à déterminer qui était le vieil homme de Néandertal, estimant toutefois qu'il devait être important tout au moins pour le groupe avec lequel il vivait. Sans dent, d'autres devaient probablement écraser la nourriture pour qu'il puisse l'avaler et avec la hanche droite bloquée et plusieurs vertèbres fracturées et soudées entre elles, il était incapable de se déplacer seul, relève William Rendu.

«Ses compagnons, non seulement ont pris soin de son corps après sa mort, mais ils se sont aussi bien occupé de lui de son vivant surtout dans les derniers mois de sa vie», explique-t-il à l'AFP. «Si le groupe avait juste voulu se débarrasser de son corps, ils auraient pu simplement l'abandonner dans la nature où des animaux l'auraient rapidement dévoré», relève-t-il.

«Au lieu de cela, ils ont creusé une fosse de plus d'un mètre de profondeur avec les outils rudimentaires dont ils disposaient alors comme des pierres, des morceaux de bois ou d'ossements», ajoute le chercheur.

Le bon état de conservation des ossements suggère qu'il a été enterré rapidement, note-t-il précisant que les sédiments tassés autour de la tombe ont demandé beaucoup de temps pour être excavés. Ceci indique qu'il a fallu beaucoup d'effort et de temps au groupe pour creuser la tombe et entasser la terre autour du corps, selon lui.

«Tout cela montre qu'ils ont consacré beaucoup de temps à une tâche qui n'était pas essentielle à la survie du groupe et dont le seul but était de protéger le corps de leur défunt», souligne le professeur Rendu.

Sorce : La Presse du 16/12/2013

mercredi 1 janvier 2014

Montignac émet l'hypothèse d'une «autre» grotte ornée près de Lascaux

La commune de Dordogne envisage l'existence d'une autre cavité préhistorique qui aurait été obstruée par ses découvreurs dans les années 1960.

Ce n'est pour l'instant qu'une hypothèse. Il existerait une seconde grotte ornée (c'est-à-dire comportant des témoignages de l'art préhistorique) près de Lascaux. Selon le maire de la commune de Montignac en Dordogne, où se trouve «la chapelle Sixtine de la préhistoire», cette seconde cavité aurait été rebouchée par ceux qui l'ont découverte en 1962.

En août dernier, une septuagénaire, sur l'insistance de ses enfants, est venue raconter au maire comment son époux et son beau-frère, aujourd'hui décédés, avaient découvert un orifice donnant sur une cavité. Ils ont éclairé le trou de leur lampe torche et y ont vu des fresques. «Pour ne pas être embêtés», où se faire saisir le terrain, ils ont préféré reboucher la cavité a expliqué le maire. Cette découverte n'est jamais sorti de la famille en 51 ans.

«Nous n'avons aucune certitude, on est encore loin d'avoir les éléments nécessaires pour confirmer l'existence d'une autre grotte ornée», a déclaré prudemment le maire Laurent Mathieu, précisant que des investigations ont été réalisées depuis les révélations de l'habitante.

Située à 4 kilomètres de Lascaux

Au départ, l'élu n'avait «pas du tout pris l'histoire au sérieux», mais des recoupements ont permis de disposer de suffisamment d'informations pour justifier des investigations plus poussées. Une zone «relativement précise» a pu être délimitée sur la propriété privée qui a, depuis, changé de mains. Cette zone, précise-t-il, se situe de l'autre côté de la rivière Vézère, à environ 4 kilomètres à vol d'oiseau de la grotte originale et de Lascaux II, sa réplique.

Une «nouvelle» grotte serait «évidemment une bonne chose pour Montignac, si du moins son existence est confirmée», tempère le maire, qui évalue les chances de découvrir une nouvelle Lascaux, «de l'ordre de 3 sur 10». Lascaux II (reconstitution partielle de la cavité d'origine) attire 250.000 visiteurs par an et 400.000 touristes sont attendus pour Lascaux IV, la réplique intégrale de la grotte dont les travaux devraient bientôt commencer.

La mairie et la Direction régionale des Affaires culturelles doivent établir en 2014 «un protocole pour avancer dans les recherches», a ajouté le maire, qui ne souhaite ni «étouffer l'affaire» ni «un emballement médiatique». D'ici là, un secteur de 10 hectares environ va faire l'objet d'une discrète protection, avec l'aide de la gendarmerie, pour éviter que ne s'y aventurent des enthousiastes armés de pelles et pioches, avides de découvrir un «nouveau Lascaux».

Source : Le Figaro du 31/12/2013