jeudi 31 janvier 2013

Le peuplement de la planète et la diversité de notre espèce (2/3)

La France réessaie d’inscrire Chauvet au patrimoine mondial

La démarche a été annoncée par le président de République et le gouvernement. L'examen du dossier va prendre 18 mois mais il y a eu un précédent, 2012.

DOSSIER. Le président de la République François Hollande et le Gouvernement français ont annoncé aujourd’hui avoir « décidé de présenter la candidature de La Grotte Chauvet Pont-d'Arc à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco », alors qu'un fac-simile de la grotte, comme pour Lascaux, est en cours de construction depuis l'automne 2012.

La France n'en est cependant pas à son coup d’essai. En janvier 2012, elle avait déjà déposé un dossier auprès de l'Unesco pour faire reconnaitre la célèbre cavité découverte à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) en décembre 1994, ornée de peintures préhistoriques datant de 25.000 à 37.000 ans. Préparé de longue date, il avait cependant été retiré en catastrophe à la veille de la session annuelle du Patrimoine mondial de l'Unesco, en juillet 2012 à Saint-Pétersbourg (en Russie).

URGENCE. Pour quelle raison la France avait-elle fait machine arrière ? Il semble qu'une demande de « procédure d’urgence » de dernière minute fût à la source du retrait anticipé. C'est que, contre toute attente, ce dossier – avec plusieurs autres cas –, avait été retoqué en première instance par l'Unesco le 1er mars 2012 pour des raisons administratives : il avait été jugé incomplet. Dès lors, l'administration Française avait fait le choix risqué de passer en force en sollicitant un dispositif d'urgence invoquant « les conditions climatiques à l'intérieur de la grotte ».

En mettant en avant la notion de « péril » éventuellement encouru par la cavité, les autorités françaises pouvaient prétendre à cette procédure d'exception telle qu'elle est définie dans les paragraphes 161-162 des Orientations de l'organisme international. « Des concentrations de dioxyde de carbone et de radon » (naturellement présents dans la cavité) ont ainsi été invoqués pour justifier cette requête.

RADON. En mai 2012, un expert de l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites, avait donc été dépêché sur place. Si celui-ci a bien confirmé « la valeur universelle exceptionnelle, l'intégrité et l'authenticité du site [...].» Il n'a pas, en revanche, mis en évidence un quelconque péril, « les concentrations de CO2 et de radon n'étant pas anormales dans une telle grotte [...].» La France a dû alors se résoudre à retirer sa demande d'urgence.

En voulant forcer un simple « goulet » administratif, les Français ne s'étaient-ils pas fourvoyés ? Avaient-ils été mal conseillés par de hauts responsables ? Le choix de la procédure d'urgence était-il opportun ? Toujours est-il que le dossier repart aujourd'hui de zéro. Il va être à nouveau expertisé, ce qui devrait prendre pas moins de 18 mois. Ainsi, le verdict du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas attendu avant l’été 2014.

Source : Sciences et Avenir du 25/01/2013

mercredi 30 janvier 2013

Un ADN de 40.000 ans en Chine lié aux Asiatiques modernes et aux Amérindiens

L'analyse d'ADN extrait de l'os d'une jambe datant de 40.000 ans, retrouvé dans la grotte Tianyuan près de Pékin, révèle un lien entre les hommes qui vivaient à cette époque et nombre d'Asiatiques modernes et d'Améridiens, selon une étude parue aux Etats-Unis.

Le profil génétique de l'un des premiers ancêtres des hommes d'aujourd'hui indique également qu'il avait déjà divergé génétiquement de ceux dont descendent les Européens modernes.

Cette recherche, réalisée par des anthropologues de l'Institut Max Planck de Leipzig en Allemagne et de l'Académie chinoise des sciences, montre que les proportions d'ADN appartenant aux hommes de Néandertal et de Denisovan, trouvées dans cet ancêtre de l'homme moderne, n'étaient pas plus élevées que dans ses descendants vivants aujourd'hui.

Les Néandertaliens et les Denisoviens sont des cousins éteints de l'homme moderne.

L'os de la jambe découvert dans la grotte de Tianyuan en 2003 a été utilisé pour les analyses génétiques ainsi que pour la datation au carbone 14, précisent les auteurs de cette découverte.

Des hommes avec une morphologie similaire à ceux d'aujourd'hui sont apparus dans les fossiles à travers l'Eurasie il y a 40.000 à 50.000 ans, ajoutent-ils.

Les liens génétiques entre ces premiers hommes modernes et les populations d'aujourd'hui n'avaient pas été jusqu'alors établis, soulignent encore ces anthropologues.

"Cet individu de la grotte de Tianyuan vivait à un moment important de la transition dans l'évolution, quand certains hommes modernes partageaient encore des traits physiques avec notamment des Néandertaliens et des Denisoviens", note Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck et principal auteur de l'étude.

"D'autres analyses des hommes modernes à travers l'Eurasie permettront d'affiner notre compréhension de quand et comment ils se sont répandus à travers l'Europe et l'Asie", ajoute-t-il.

Ces travaux paraissent dans la dernière édition des Annales de l'Académie américaine des sciences (PNAS) datées du 21 au 25 janvier.

Source : Voilà Actualités du 23/01/2013

mardi 29 janvier 2013

Le buzz du clonage d’un Néandertalien était un bug

« Cherche femme aventureuse pour donner naissance à un Homme de Néandertal » : censément proposée par George Church, éminent généticien américain, cette annonce en titre d’un article du Daily Mail a eu un succès planétaire. Le scientifique lui-même cherche à faire retomber le soufflé : il n’a jamais dit cela, il s’agirait d’un bug de traduction entre l’allemand et l’anglais.

La petite annonce n’est pas parue sur le site de la Harvard Medical School, où travaille pourtant le généticien George Church, qui en aurait eu l’idée. C’est le Daily Mail qui a titré ainsi un article où est exposée son idée de créer un ADN d’Homme de Néandertal et de l’utiliser pour une expérience de clonage qui irait jusqu’à la naissance d’un bébé néandertalien. « Je cherche désormais une femme aventureuse », explique-t-il dans l’article. Le concept technique est décrit dans son principe : reconstituer l’ADN complet d’un Homme de Néandertal, l’injecter dans les noyaux de cellules souches puis installer celles-ci dans un embryon humain confié à une mère porteuse. Et le tour est joué.

La nouvelle a fait grand bruit... jusqu’au démenti du chercheur. Il est vrai qu’elle arrive dans un contexte favorable. Depuis plusieurs années, le génome de l’Homme de Néandertal fait l’objet d’études, notamment de la part de Svante Pääbo, directeur du département d'anthropologie évolutionnaire à l'Institut Max Planck de Leipzig, en Allemagne. En 2010, son équipe et lui parviennent à peu près au bout du séquençage du génome de Néandertal, et découvrent qu’Homo neanderthalensis est si proche d’Homo sapiens (nous) que les deux espèces pourraient n’en faire qu’une et, même, que des croisements ont pu avoir lieu. Nous serions donc des métisses de H. sapiens et de H. neanderthalensis…

Le fantasme du clonage

Et puis, il y a eu le mammouth. En septembre 2012, l’université fédérale de Yakoutie (Russie) annonçait le prochain clonage d’un mammouth, dont le développement serait assuré par une éléphante jouant la mère porteuse. Déjà, la nouvelle diffusée en langue anglaise s’appuyait sur une erreur de traduction. Début 2011, Akira Iritani, de l’université de Kyoto, projetait lui aussi de faire naître un bébé mammouth.

Et George Church lui-même, en 2011, avait évoqué la possibilité de cloner l’ADN de l’Homme de Néandertal. L’idée était semble-t-il d’abord de mieux connaître son génome pour mieux comprendre le nôtre, et de cerner des origines génétiques de nos maladies. D’après John Sterling, qui rapportait ses propos, George Church estime qu’écouter un Homme de Néandertal nous apprendrait à mieux accepter notre propre diversité.

Mais, non, le généticien n’a jamais lancé d'appel pour trouver une femme volontaire, comme il l’explique au Boston Herald. L’annonce viendrait d’une erreur de traduction de la version anglaise tirée d’une interview qu’il a accordée au journal allemand Der Spiegel. On peut donc seulement continuer à discuter sur la faisabilité d’une telle expérience, dans laquelle les difficultés sont nombreuses et énormes, comme nous l’expliquait Jacques Testart, généticien de l’Inserm, à propos du clonage de mammouth. On peut aussi évoquer, avant même la technique, les implications éthiques et l’épouvantable solitude que l’on infligerait à cet humain…

Source : Futura Sciences du 23/01/2013

lundi 28 janvier 2013

L'Australie a connu une migration depuis l'Inde il y a 4000 ans

L'Australie qu'on pensait avoir été isolée entre l'arrivée des premiers humains il y a 40 000 ans et la venue des Européens au 19e siècle, a connu une vague d'immigration depuis l'Inde il y a environ 4000 ans, selon une analyse génétique publiée lundi aux États-Unis.

Les auteurs de l'étude expliquent que ces immigrants auraient aussi apporté certains outils de pierre de petite taille appelés microlithe ainsi que le dingo, un chien sauvage trouvé en Australie.

Les datations de ces outils et des restes fossilisés de ces animaux, les font remonter à environ 4000 ans, précisent ces scientifiques du Max Planck Institute en Allemagne, auteurs de cette recherche parue dans les Annales de l'Académie américaine des sciences (PNAS) datées du 14-18 janvier.

Ces chercheurs ont comparé certaines variations génétiques des aborigènes d'Australie à celles des populations de Nouvelle-Guinée, d'Asie du Sud-Est et d'Inde.

«Les résultats laissent penser à un flux substantiel de gènes d'Inde vers l'Australie il y a 4.230 ans, bien avant les premiers contacts avec les Européens», explique Irina Pugach du Max Planck Institute et principal auteur de la recherche.

«Cette période coïncide aussi avec de nombreux changements dans les données archéologiques en Australie comme la technologie des outils de pierre et la manière de transformer les plantes», poursuit-elle.

«Dans la mesure où nos détectons le flux de gènes d'Inde vers l'Australie autour de cette même période, il est probable que ces changements et l'apparition du dingo soient liés à cette migration», conclut Irina Pugash.

Cette analyse génétique révèle également une origine commune des populations aborigènes d'Australie, de Nouvelle-Guinée et des Mamanwa, un groupe Negritos des Philippines qui remonte de 35 000 à 45 000 ans.

Durant cette période, l'Australie et la Nouvelle-Guinée ne formaient qu'un seul bloc géographique appelé Sahul.

Selon ces chercheurs, ces trois groupes ont divergé les uns des autres il y a environ 36 000 ans.

«Cette découverte conforte l'hypothèse selon laquelle ces populations descendent d'un premier flux de migration d'Afrique par le Sud tandis que d'autres groupes sont arrivés plus tard», précise Mark Stoneking du Max Planck Institute, un des co-auteurs de l'étude.

Ces données génétiques indiquent également que les aborigènes australiens et les Nouveaux-Guinéens ont divergé plus tôt dans l'histoire du Sahul et non pas quand la Nouvelle-Guinée et l'Australie ont été séparées par la montée du niveau de l'océan il y a environ 8000 ans, relève-t-il.

Source : La Presse du 14/01/2013

vendredi 25 janvier 2013

La marche verticale des pygmées

Les populations humaines de très petite taille ont développé une façon de grimper aux arbres très comparable à celle des chimpanzés.

Au cours de l’évolution, la structure osseuse de la cheville des préhumains est devenue de moins en moins favorable à la flexion du pied. Voilà, brutalement résumée, la logique développée par les paléoanthropologues au cours de leurs études comparatives des os de la cheville des ancêtres des chimpanzés, des gorilles, des orangs-outans, et des humains (des homininés). Or il s’avère que les performances de flexion des chevilles de certains homo sapiens contemporains sont les mêmes que celles des chimpanzés !

Vivek Ventakaran et ses collègues du Darmouth College à Hanover aux Etats-Unis ont étudié l'ascension de chasseurs-cueilleurs de la forêt de l’Ituri au Congo (RDC), qui profitent de leur petite taille pour « marcher » sur des arbres de petit diamètre, comme les chimpanzés. Ils gimpent dans les arbres à la recherche de fruits, de miel ou de proies. Pour réaliser cette ascension, sans aide matérielle, ces pygmées fléchissent leur pieds à plus de 45 degrés, ce dont sont incapables tous les autres homo sapiens, sous peine de blessure. Cette flexion extrême est rendue possible par un allongement des fibres musculaires du mollet, adaptation que l’on retrouve aussi chez les Agta, des chasseurs-cueilleurs philippins de même morphologie que les pygmées (des négritos), qui montent aussi fréquemment aux arbres.

Or tant chez les pygmées que chez les Agta, la structure osseuse de la cheville est strictement identique à celle de tous nos contemporains. On peut en conclure que si nos ancêtres australopithèques ont progressivement développé des chevilles dont la structure osseuse est adaptée à la marche, cela n’interdit pas qu’ils aient pu avoir un mode de vie en partie arboricole. Lucy, qui ne mesurait que de 1,10 à 1,20 mètre de haut et possédait de longs bras, pouvait sans doute « marcher » encore plus facilement sur les arbres que les « géants »pygmées, haut de 1,5 mètre et dotés de simples bras humains.

Source : Pour la Science du 15/01/2013

jeudi 24 janvier 2013

L'émergence de notre espèce, la rencontre avec Néandertal (1/3)

Déterminer la couleur des cheveux et des yeux d’anciens défunts grâce à l’ADN

Décrivant leurs travaux dans la revue Investigative Genetics, des chercheurs polonais et hollandais ont utilisé le procédé génétique médicolégal qu’ils ont mis au point pour révéler la couleur des cheveux et des yeux qu’arboraient des défunts dont la dépouille remonte jusqu’au Moyen Âge.

A quoi ressemblaient nos ancêtres ? Si les études d'ossements permettent aujourd'hui d'évaluer certaines caractéristiques comme la forme du visage, d'autres sont plus difficiles à estimer telles que la couleur des cheveux ou des yeux. Mais il existe aujourd'hui une technique pour cela. Déjà utilisé en médecine légale, le système d’analyse de l'ADN "HIrisPlex" peut en effet aussi être employé sur des restes de dents ou d’os remontant jusqu’à 800 ans.

C'est ce qu'ont montré les chercheurs dirigés par le Dr Wojciech Branicki, de l'Institut de médecine de l’Université Jagellonne de Cracovie (Pologne) et par le Pr Manfred Kayser, de l'Université Erasmus de Rotterdam (Pays-Bas), créateurs de ce procédé. La technique est basée sur la recherche de 24 polymorphismes (variations de l'ADN d'origine naturelle) impliqués dans ces caractéristiques physiques.

"Ce système peut être utilisé pour résoudre des controverses historiques là où les photographies en couleurs ou autres documents font défaut. HIrisPlex a pu confirmer que le général Wladyslaw Sikorski, décédé dans un accident d'avion en 1943, avait les yeux bleus et les cheveux blonds, comme sur les portraits peints des années après sa mort", a ainsi déclaré le Dr Branicki.

Pour les échantillons datant du Moyen Âge, où l'ADN est encore plus dégradé, ce système a été, là encore, en mesure de donner la couleur des yeux et parfois des cheveux. C’est le cas, notamment, pour une femme mystérieuse enterrée dans la crypte de l'abbaye bénédictine de Tyniec, près de Cracovie, quelque part entre le 12ème et le 14ème siècle, et dont la chevelure s’est révélée avoir été châtain-blond.

Source : MaxiSciences du 15/01/2013

mercredi 23 janvier 2013

Quelle était l'apparence de nos ancêtres ?

En utilisant une technique de police scientifique, des chercheurs ont mis au point une méthode permettant de déterminer la couleur des yeux et des cheveux de squelettes vieux de 800 ans.

POLYMORPHISMES. Une équipe de chercheurs de Pologne et des Pays-Bas a récemment développé un système, appelé HIrisPlex, d’analyse génétique utilisé pour fournir des preuves médico-légales lors des enquêtes policières. Ils montrent aujourd’hui que leur produit est suffisamment fiable pour fournir des résultats avec des échantillons dégradés et âgés de restes humains comme des dents ou des os. HIrisPlex permet l’analyse de 24 polymorphismes de l'ADN (des zones de variation) qui peuvent être utilisés pour prédire la couleur des cheveux et des yeux.

« Ce système peut être utilisé pour résoudre des controverses historiques où les photographies en couleurs ou d'autres documents sont manquantes », explique le Dr Wojciech Branicki, de l’université de Cracovie. HIrisPlex a ainsi pu confirmer que le général Wladyslaw Sikorski, décédé dans un accident d'avion en 1943, avait les yeux bleus et les cheveux blonds, et donc qu’il était justement représenté dans les portraits peints plusieurs années après sa mort.

Le système HIrisPlex a pu être utilisé avec succès sur des échantillons remontant jusqu’à 800 ans. Au-delà, l’ADN est trop abîmé pour être exploité avec les techniques actuelles.

Source : Sciences & Avenir du 14/01/2013

mardi 22 janvier 2013

De nouvelles preuves montrent que l'homme de Florès est bien une espèce à part

L'hominidé découvert en Indonésie en 2003 possède un poignet trop différent de celui d'un homo sapiens pour qu'il soit considéré comme un simple homme moderne malformé. Cette articulation était chez eux moins mobile et résistante que chez nous, ce qui devait les gêner pour fabriquer et utiliser des outils. Les preuves continuent donc de s'accumuler pour prouver que les hommes de Florès forment bien d'une espèce à part.

Il y a donc toujours plus d'arguments en faveur de l’émancipation du hobbit, surnom donné à l’homme de Florès. Cet hominidé découvert en 2003 en Indonésie, grâce à un squelette vieux de 18 000 ans, continue néanmoins de diviser les chercheurs. Si divers analyses font pencher la balance en faveur d’une nouvelle espèce, certains scientifiques maintiennent qu’il s’agit simplement d’un homme moderne atteint d’un trouble tel que la microcéphalie. Mais une nouvelle preuve a été publiée la semaine dernière dans le Journal of Human Evolution : les poignets des hommes de Florès ne sont clairement pas ceux d’un homo sapiens.

Grâce à la comparaison avec des ossements d’hommes modernes et d’hommes de Neandertal, l’équipe américaine chargé de l'étude rejette plus encore l’idée que les hobbits ne seraient que des homo sapiens très petits, guère plus d’un mètre de haut. La forme des poignets de deux individus étudiés diffère particulièrement au niveau du carpe, un groupe d’os situé dans la partie de la main la plus proche du poignet. Il est exclu que cela soit d’origine purement pathologique.

Une articulation fragile

Ces différences avaient pour effet de limiter la souplesse des poignets des hommes de Florès et de les empêcher de porter des charges très lourdes. Les problèmes d’arthrite et de fractures devaient d’ailleurs être particulièrement fréquents et, même si les hommes de Florès fabriquaient et utilisaient des outils, leur usage devait être limité.

Les hommes de Florès sont arrivés en Indonésie il y a un million d’année et ont disparu il y a 17 000 ans. Il existe aujourd’hui neuf spécimens connus qui ont d’ailleurs côtoyé des hommes modernes. Relativement peu de scientifiques considèrent encore que les hobbits sont des homo sapiens malformés, mais le débat n’en reste pas moins virulent. En 2004 l’influent chercheur indonésien Teuku Jacob, principal défenseur de cette thèse controversé, a extrait des restes d’homme de Florès d’une manière douteuse autant sur le plan scientifique que légal. Il ne rendra les ossements que quelques mois plus tard, abîmés voire, pour certains, tout simplement brisés lors de tentatives de moulage.

Source : MaxiSciences du 13/01/2013

lundi 21 janvier 2013

Baume Latrone : la petite sœur de Chauvet

La datation d’un charbon de bois issu de la grotte ornée de Baume Latrone, dans le département du Gard, révèle la grande ancienneté de ses étonnantes peintures. C'est la confirmation que l’art paléolithique a été, dès ses origines, il y a près de 40 000 ans, à la fois varié dans ses formes et dispersé géographiquement.

Un grand félin et des mammouths

Il y a 37 000 ans, les tribus de chasseurs-cueilleurs de la période aurignacienne, installés dans le Sud de la France, n’ont pas seulement orné les parois de la grotte Chauvet-Pont d’Arc, dans l’actuel département de l’Ardèche, de centaines d’animaux d’une beauté à couper le souffle. Ils se sont également rendus plus au sud, eux ou leurs proches descendants, empruntant le couloir rhodanien avant de remonter le cours du Gardon, qui serpente dans des gorges calcaires rappelant celles de l’Ardèche. Là, ils ont pénétré dans les entrailles d’une profonde cavité dont le porche surplombait le cours d’eau, pour y exprimer toute l’étendue de leur art : de cet acte créatif nous sont parvenus, à travers les millénaires, vingt-et-un animaux (félins, chevaux, mammouths), six mains et des signes divers. Tous représentés sur les parois et les plafonds de cette grotte en forme de long conduit sinueux, appelée aujourd’hui Baume Latrone. Pour réaliser leurs dessins, les hommes paléolithiques du Gard ont employé une technique très originale, déposant de l’argile sur les parois en se servant de leurs doigts comme autant de pinceaux.

Un charbon de 37 464 ans

jeudi 10 janvier 2013

Le secret ignoré des peintures rupestres

Dans les grottes, les dessins d'animaux sont placés là où il y a beaucoup d'échos et de fortes résonances.

Les hommes du paléolithique ne choisissaient pas au hasard les parois où ils peignaient des mammouths, des aurochs, des cerfs, des chevaux. La plupart des peintures rupestres ont été exécutées là où la cavité amplifie l'intensité et la durée des sons et où il y a de nombreux échos. Des études conduites à la fin des années 1980 par Iegor Reznikoff et Michel Dauvois ont montré que les grottes constituent un univers sonore tout à fait extraordinaire. «Il est illusoire de comprendre le sens de l'art pariétal en le limitant à l'aspect visuel», souligne Iegor Reznikoff, mathématicien, philosophe des sciences et spécialiste de l'art vocal ancien. Pour lui, il n'est pas concevable de regarder les peintures rupestres comme de simples scènes de chasse. Quand elles étaient éclairées à la torche, les voix leur donnaient «une signification rituelle, voire chamanique».

L'association entre le son et l'image dans l'art rupestre vient d'être confirmée en Espagne dans les abris sous roche de la région de Vallorta, au nord de Valence (Journal of Archaeological Science, décembre 2012). Des tests acoustiques utilisant la voix humaine, un sifflet et les battements de main ont montré que là-bas aussi les peintures sont concentrées dans les endroits caractérisés par une forte résonance acoustique et de nombreux échos. Moins célèbre que l'art magdalénien, l'art pariétal levantin est moins ancien (entre -10.000 et -6500 ans) que celui de la grotte Chauvet (-30.000 ans) ou de Lascaux (-18.000 ans). Réalisés par des éleveurs et des agriculteurs, les dessins représentent du bétail - beaucoup de chèvres - et des humains en train de chasser et de se battre, figurés de manière très schématique.

En France, les recherches acoustiques ont été conduites dans les grottes du Portel, Niaux, Oxocelhaya et Isturitz, dans les Pyrénées, ainsi qu'à Arcy-sur-Cure, en Bourgogne. Iegor Reznikoff a utilisé un sonomètre et sa propre voix (des «oh, oh, oh» et des «mmh, mmh», de faible intensité) afin de mieux faire résonner la cavité. Résultat, dans toutes ces grottes, entre 80% et 90% des œuvres se trouvent sur des parois où les sons résonnent beaucoup, ce qui est loin d'être la règle. Ainsi, dans le Salon noir de la grotte de Niaux où sont regroupées la plupart des images d'animaux, la durée de résonance est de cinq secondes alors qu'elle est quasiment nulle dans les autres parties. Dans cette même salle, on compte jusqu'à sept échos.
Un travail de pionnier

Au fil de ses recherches, Iegor Reznikoff s'est aperçu que le son et les images sont indissociables. Dans la grotte du Portel qui a été entièrement cartographiée, il n'y a aucune peinture dans une grande salle aux parois pourtant parfaitement lisses mais sans aucune résonance.

«J'ai mis du temps à me rendre compte que les hommes du paléolithique utilisaient aussi les sons pour se guider dans la grotte», ajoute Iegor Reznikoff. En effet, dans les étroits boyaux où on avance en rampant, il n'était pas question pour eux d'emporter une torche. Une lampe à huile n'éclairant pas assez pour se diriger sur des centaines de mètres plongés dans le noir total, ils émettaient des sons et se guidaient grâce aux échos. «Les hommes préhistoriques avaient une écoute très fine. C'était pour eux une question de survie, ils étaient sur le qui-vive jour et nuit, à l'affût du moindre bruit», analyse Iegor Reznikoff. Seule l'écholocation leur permettait de savoir où ils allaient dans le noir.

Dans le dédale des tunnels, le mathématicien-musicien a eu la surprise de découvrir des traits rouges presque à chaque point de forte résonance. Pour lui, il doit s'agir de marques acoustiques, peut-être des points de repère dans un parcours initiatique.

Il a retrouvé plusieurs de ces traits rouges dans certaines niches proches des peintures. Intrigué, il a voulu tester leur acoustique. «La résonance de ces petites excavations est telle qu'une simple vibration sonore se transforme en beuglement d'aurochs ou en hennissements qui se propagent à l'intérieur de la grotte», se souvient encore Iegor Reznikoff, émerveillé.

Il ne désespère pas un jour de pouvoir explorer Lascaux, même si une partie du sol a été enlevée, ce qui a modifié son acoustique. Il s'est inscrit depuis plusieurs années pour étudier la grotte Chauvet. «Mais on laisse passer d'abord les sommités», regrette-t-il, ajoutant qu'en France ses recherches ont été accueillies avec des grimaces. Les Anglo-Saxons ont salué au contraire son travail de pionnier et ses travaux sont une référence. Les spécialistes en archéoacoustique ont une certitude: les sons jouaient un rôle primordial dans les temps préhistoriques et c'est une piste de recherche que l'on ne peut plus ignorer.

Au printemps prochain, Iegor Reznikoff devrait enregistrer un CD dans la grotte d'Arcy-sur-Cure, lui qui fait régulièrement des concerts de chant chrétien antique dans les églises romanes. «Il faut faire chanter les édifices selon leurs propres lois acoustiques plutôt que de vouloir faire entendre sa petite voix».

Source : Le Figaro du 14/12/2012

mercredi 9 janvier 2013

Afrique : l'évolution humaine pourrait avoir été influencée par le rapide changement climatique

Le changement climatique rapide en Afrique il y a deux millions d'années pourrait avoir obliger l'Homme à évoluer pour survivre, selon une nouvelle étude.

Il y a deux millions d’années, le changement climatique particulièrement rapide en Afrique aurait conduit l’espèce humaine à évoluer. Pour en arriver à une telle conclusion, des chercheurs de l’Université de l'État de Pennsylvanie ont étudié les sédiments lacustres dans les gorges d'Olduvai en Tanzanie du Nord afin de retracer le type de végétation présent à cette époque sur des intervalles de temps très précis. Leur résultats, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences révèlent six transitions en 200.000 ans entre des paysages types forêts et des paysages type plaines.


"Ces changements ont eu lieu très brusquement, chaque transition se produisant sur des période variant à de centaines à quelques milliers d'années" explique Clayton Magill, dans l’étude. Ces nouvelles hypothèses viennent s’opposer aux théories précédentes selon lesquels les changements évolutifs au sein de l’espèce humaine se sont fait progressivement.

"Nos données montrent que l’évolution du continent africain vers un climat sec ne s’est pas faite de manière longue et progressive. Au contraire l'environnement était très variable" souligne Katherine Freeman, membre de l’équipe de recherche. 
"Les premiers humains ont dû passer des arbres aux graminées en seulement 10 à 100 générations, et leur régime alimentaire s’est adapté" poursuit la scientifique. Selon l’étude, les résultat d’une telle transition peut être : "l’augmentation de la taille du cerveau et de la cognition, des changements dans la locomotion et même au niveau social, dans la façon d’interagir".


Katherine Freeman conclut : "Nous montrons que l'environnement a changé radicalement au cours d'une courte période, et cette variabilité coïncide avec une période importante de l’évolution humaine lorsque le genre Homo a d'abord été mis en place et quand il y a eu la première preuve de l'utilisation d’outil".

Source : MaxiSciences du 27/12/2012