Chaque jour se précisent les conditions dans lesquelles serait apparu l'homme moderne, Homo Sapiens, entre - 600.000 ans et – 60.000 approximativement, selon la définition que l'on se donne dudit H. sapiens.
Deux grandes phases peuvent être distinguées, avant et après les Néandertaliens. Ceux-ci, qu'ils appartiennent ou non à l'espèce Homo, peuvent en effet être considérés comme les véritables précurseurs de l'H. Sapiens, tant par leur morphologie, leurs gènes que par leurs cultures.
Section 1
Avant les Néandertaliens. Des Australopithèques aux Homo Erectus
Rappelons que les Australopithèques, vivants en Afrique entre, approximativement – 5 et – 1, 5 millions d'années, sont généralement considérés comme des ancêtres des humains, pour différentes raisons dont l'une tient au fait que leurs générations récentes utilisaient apparemment des outils plus travaillés que ceux employés par diverses espèces animales. C'est le cas notamment de l'Australopithécus boisei et l'Australopithecus robustus ayant vécu jusque vers - 1 million d'années, sans mentionner l'encore discuté Australopithecus sediba. Ce dernier, plus ancien, serait plus proche des Homo que les Australopithèques plus récents.
On considère généralement que les Australopithèques, avant de disparaître, avaient coexisté, voire même avaient donné naissance, aux Paranthropes présentés comme les premiers des hominidés dont les Homo modernes seraient descendus. Concernant ces Paranthropes ont longtemps régné beaucoup d'incertitudes. Au moins trois grandes espèces avaient été identifiées: H. habilis, H. rudolfensis et H. erectus. L'on ignorait si et comment ces espèces avaient cohabité. On considère généralement que n'étaient pas apparues des filières d'espèces bien définies et différentes. On parle d'une évolution « en mosaïque », des espèces différentes échangeant des caractères différents et formant ainsi des populations hybrides.
Cependant, la découverte en 2005, en Georgie, à Dmanisi, du crâne bien préservé d'un hominidé vivant il y a 1,8 million d'années, suivie de celle de quatre autres en moins bon état, accompagnés d'outils de pierre et d'ossements d'animaux, ont conduit les chercheurs, après analyses comparées, à une hypothèse de plus en plus prise au sérieux: tous les restes attribués depuis vingt ans à différentes espèces d'Homo, étaient sans doute des variantes de la même espèce, H. Erectus. Celle-ci ne s'était diversifiée que sur des points secondaires, selon les habitats et les époques, comme aujourd'hui l'Esquimau s'est diversifié du Papou de Nouvelle Guinée tout en continuant à appartenir à l'espèce H. sapiens sapiens.
D'autres chercheurs doutent du fait que sur un continent aussi vaste que l'Afrique, et sur plusieurs millions d'années, une seule espèce ait pu s'imposer alors même qu'elle avait été précédée par de nombreuses espaces d'Australopithèques. Alors aussi qu'il s'agissait de populations très peu nombreuses (sans doute quelques centaines d'individus par génération au plus) ce qui ne facilitait pas les rencontres nécessaires à des fusions entre génomes.
Les restes fossiles aujourd'hui découverts sont trop peu nombreux pour trancher entre ces deux points de vue. Il reste admis cependant qu'au fil du temps, une seule espèce, définissant l'H erectus standard, si l'on peut dire, se soit imposée. Ce serait donc elle qui aurait par la suite émigré d'Afrique et donné naissance aux successeurs, H. Neandertalensis notamment mais aussi peut-être à de vértables prédécesseurs de l'H. Sapiens, encore mal identifiés aujourd'hui., comme les petits « hobbits » découverts récemment dans l'Ile de Flores.
Section 2
Des Néandertaliens aux Homo Sapiens
Des génomes appartenant à des Néandertaliens avaient été analysés ces dernières années. Ceci afin de caractériser cette espèce mais aussi de rechercher les points communs avec les génomes de l'homme moderne. Y avait-il eu non des interfécondations? Comme il ne s'agissait que de génomes mal conservés et donc incomplets, les conclusions sur ce point restaient difficiles. Nous ne partageons avec l'Homme du Néandertal que quelques séquences génétiques.
Cependant, récemment, la découverte dans la grotte de Denisova d'une phalange bien conservée ayant appartenu à une Néandertalienne a permis à l'équipe du généticien Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck de Leipzig, de préciser ses travaux antérieurs sur ce sujet. De plus, sur le même site, un autre ossement différent à été découvert et analysé. Il a été attribué à une espèce proche des Néandertaliens mais distincte, dite depuis les Denisoviens. (image: reconstitution)
Dans les deux cas, il s'agit d'os minuscules. Il faut admirer d'une part l'acuité de l'oeil des fouilleurs, mais aussi la nouvelle précision acquise ces derniers mois, par le séquença génétique
A la suite de ces découvertes, on admet aujourd'hui que des populations vivant en Eurasie, il y a environ – 500.000 à -400.000 ans, les Néandertaliens et un groupe plus ancien, les Denisoviens, moins bien connu, s'étaient répandus, s'y étaient mélangés et adaptés. Les Néandertaliens avaient évolué dans des climats froids, du type alpin, les Dénisoviens en Asie et en Océanie. Lorsque les premiers Homo sapiens, descendants lointaines des Homo erectus décrits dans la section précédente, étaient sortis d'Afrique entre – 100.000 et- 50.000 ans, ils avaient rencontré les Néandertaliens et Denisoviens, les avaient refoulés et finalement éliminés dans des conditions demeurant imprécises. Rien n'interdit de penser par ailleurs que Néandertaliens et Denisoviens avaient eux-aussi eu comme prédécesseurs des Homo erectus.
Cette sortie d'Afrique ne s'est pas faite en une seule vague, mais en plusieurs, au moins trois. A chaque fois, des « mariages » ont eu lieu, des gènes se sont échangés, ainsi, très probablement, que des échanges culturels. Il est indéniable cependant que les gènomes de l'Homo sapiens se sont multipliés, pour des raisons encore imprécises mais qu'il serait bon d'essayer de préciser. Ils devaient comporter des mutations permettant une plus grande adaptativité et une plus grande créativité à leurs détenteurs. De telles mutations sont aujourd'hui activement recherchées, pour des raisons faciles à justifier.
Nous avons fait pour notre part l'hypothèse dite anthropotechnique selon laquelle ce furent les symbioses entre les organismes humains et les outils et technologies utilisés par eux qui ont rendu les espèces plus ou moins compétitives. 1) Ceci dès les premiers australopithèques. Ce mouvement général est loin d'être terminé. Disons même qu'il explose aujourd'hui de façon dramatique. Depuis quelques décennies, les homo sapiens sont en train d'acquérir de véritables cerveaux artificiels, bien plus performants dans de nombreux domaines que les cerveaux humains restant à l'écart de ce mouvement d'artificialisation. Peut-être est-ce, non plus une sortie d'Afrique, mais une sortie de la Terre qui se préparerait à cette occasion.
Source : Mediapart du 19/12/2013
samedi 28 décembre 2013
jeudi 26 décembre 2013
Le petit doigt qui révèle l'histoire mouvementée du genre humain
La génétique raconte que les néandertaliens, les homo sapiens et d'autres groupes humains archaïques ont eu, ensemble, beaucoup d'enfants.
À la fin de la préhistoire, les néandertaliens et d'autres mystérieux groupes humains croisaient nos ancêtres homo sapiens physiquement, et parfois sexuellement, dans des cavernes de Sibérie ou d'Europe. On ignore s'ils vécurent heureux, mais on sait qu'ils eurent beaucoup d'enfants. Et même si tous sont éteints, une partie de leur héritage génétique survit encore aujourd'hui en nous. Cette histoire, c'est un petit doigt qui l'a dit. Plus précisément un petit bout de doigt de pied ayant appartenu à une dame Néandertal qui vivait voici 50 000 ans dans une caverne des monts de l'Altaï.
Des généticiens, lancés depuis 2006 sur les traces des néandertaliens, sont parvenus à lire l'ADN de l'os et à reconstituer le génome de cette femme. Leurs résultats, d'une précision sans précédent, éclairent d'un jour nouveau l'histoire des humains primitifs disparus, mais aussi le melting pot génétique dont nous autres, humains modernes, sommes les héritiers. À l'exception des Africains, tous les humains modernes ont ainsi dans leur génome 1,5 % à 2,1 % d'ADN légué par les néandertaliens, selon ces nouvelles estimations. Quant aux populations asiatiques et aux Amérindiens, environ 0,2 % de leur génome a pour origine un lointain cousin de Néandertal, l'homme de Denisova. Une proportion qui monte à quelque 6 % pour les aborigènes d'Australie, les Papous de Nouvelle-Guinée et certaines îles d'Océanie.
Publiée mercredi dans la revue Nature, "l'étude montre à quel point l'histoire des humains et des hominines (leurs cousins disparus, NDLR) était compliquée à l'époque", résume l'un des auteurs, Montgomery Slatkin. "Nous savons qu'il y avait beaucoup de croisements, et il y en a probablement eu d'autres que nous n'avons pas encore découverts", explique-t-il dans un communiqué diffusé par l'université de Californie, à Berkeley. Néandertaliens et dénisoviens pouvaient aussi s'accoupler entre eux : le premier a donné au moins 0,5 % de son ADN à la lignée du second. L'analyse ADN a aussi révélé la présence d'un quatrième larron dans cet imbroglio familial : le génome de l'homme de Denisova contient 2,7 à 5,8 % du génome d'un humain "archaïque", vieux d'au moins un million d'années, jusqu'alors inconnu au bataillon!
L'essence génétique de l'homo sapiens
"Cette ancienne population d'hominines existait avant que les néandertaliens, les dénisoviens et les humains modernes ne se séparent", indique Kay Prüfer, de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne), auteur principal de l'étude. "Il est possible que cet humain inconnu soit l'homo erectus que l'on connaît par ses fossiles. D'autres études seront nécessaires pour confirmer ou infirmer cette éventualité", précise le chercheur.
En poussant plus loin la comparaison, les généticiens pensent même être parvenus à identifier les séquences génétiques propres aux humains modernes, à l'exclusion de tous les autres primates, grands singes, dénisoviens ou néandertaliens. L'essence génétique de l'homo sapiens tiendrait dans une liste "relativement courte" (87 gènes spécifiques et quelques milliers de variantes), selon Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et pionnier de l'ADN ancien. "C'est un catalogue de traits génétiques qui différencient les humains actuels de tous les autres organismes, qu'ils soient vivants ou éteints. Je crois qu'à l'intérieur se cachent certaines choses qui ont rendu possible l'énorme expansion des populations humaines, de leur culture et de leur technologie, au cours des 100 000 dernières années", dit-il. "On ne peut pas pointer un gène du doigt et dire voilà ce qui est responsable du langage ou d'un autre trait dont les humains modernes ont l'exclusivité", précise Montgomery Slatkin. "Mais cette liste de gènes va nous renseigner sur les changements que la lignée humaine a connus, même si ces changements seront probablement très subtils".
Voilà pour la grande histoire de l'humanité. Pour la petite histoire, la propriétaire néandertalienne de l'orteil était peut-être le fruit d'une liaison incestueuse. L'étude démontre en effet que ses parents partageaient le même sang : demi-frère et demi-soeur issus d'une même mère, oncle et nièce, tante et neveu ou doubles cousins germains... Cela n'est pas forcément la preuve de moeurs dissolues, mais plutôt le signe que la densité de population chez les néandertaliens et les dénisoviens était très faible, ce qui aboutissait à des unions consanguines plus fréquentes qu'aujourd'hui.
Source : Le Point du 20/12/2013
À la fin de la préhistoire, les néandertaliens et d'autres mystérieux groupes humains croisaient nos ancêtres homo sapiens physiquement, et parfois sexuellement, dans des cavernes de Sibérie ou d'Europe. On ignore s'ils vécurent heureux, mais on sait qu'ils eurent beaucoup d'enfants. Et même si tous sont éteints, une partie de leur héritage génétique survit encore aujourd'hui en nous. Cette histoire, c'est un petit doigt qui l'a dit. Plus précisément un petit bout de doigt de pied ayant appartenu à une dame Néandertal qui vivait voici 50 000 ans dans une caverne des monts de l'Altaï.
Des généticiens, lancés depuis 2006 sur les traces des néandertaliens, sont parvenus à lire l'ADN de l'os et à reconstituer le génome de cette femme. Leurs résultats, d'une précision sans précédent, éclairent d'un jour nouveau l'histoire des humains primitifs disparus, mais aussi le melting pot génétique dont nous autres, humains modernes, sommes les héritiers. À l'exception des Africains, tous les humains modernes ont ainsi dans leur génome 1,5 % à 2,1 % d'ADN légué par les néandertaliens, selon ces nouvelles estimations. Quant aux populations asiatiques et aux Amérindiens, environ 0,2 % de leur génome a pour origine un lointain cousin de Néandertal, l'homme de Denisova. Une proportion qui monte à quelque 6 % pour les aborigènes d'Australie, les Papous de Nouvelle-Guinée et certaines îles d'Océanie.
Publiée mercredi dans la revue Nature, "l'étude montre à quel point l'histoire des humains et des hominines (leurs cousins disparus, NDLR) était compliquée à l'époque", résume l'un des auteurs, Montgomery Slatkin. "Nous savons qu'il y avait beaucoup de croisements, et il y en a probablement eu d'autres que nous n'avons pas encore découverts", explique-t-il dans un communiqué diffusé par l'université de Californie, à Berkeley. Néandertaliens et dénisoviens pouvaient aussi s'accoupler entre eux : le premier a donné au moins 0,5 % de son ADN à la lignée du second. L'analyse ADN a aussi révélé la présence d'un quatrième larron dans cet imbroglio familial : le génome de l'homme de Denisova contient 2,7 à 5,8 % du génome d'un humain "archaïque", vieux d'au moins un million d'années, jusqu'alors inconnu au bataillon!
L'essence génétique de l'homo sapiens
"Cette ancienne population d'hominines existait avant que les néandertaliens, les dénisoviens et les humains modernes ne se séparent", indique Kay Prüfer, de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne), auteur principal de l'étude. "Il est possible que cet humain inconnu soit l'homo erectus que l'on connaît par ses fossiles. D'autres études seront nécessaires pour confirmer ou infirmer cette éventualité", précise le chercheur.
En poussant plus loin la comparaison, les généticiens pensent même être parvenus à identifier les séquences génétiques propres aux humains modernes, à l'exclusion de tous les autres primates, grands singes, dénisoviens ou néandertaliens. L'essence génétique de l'homo sapiens tiendrait dans une liste "relativement courte" (87 gènes spécifiques et quelques milliers de variantes), selon Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et pionnier de l'ADN ancien. "C'est un catalogue de traits génétiques qui différencient les humains actuels de tous les autres organismes, qu'ils soient vivants ou éteints. Je crois qu'à l'intérieur se cachent certaines choses qui ont rendu possible l'énorme expansion des populations humaines, de leur culture et de leur technologie, au cours des 100 000 dernières années", dit-il. "On ne peut pas pointer un gène du doigt et dire voilà ce qui est responsable du langage ou d'un autre trait dont les humains modernes ont l'exclusivité", précise Montgomery Slatkin. "Mais cette liste de gènes va nous renseigner sur les changements que la lignée humaine a connus, même si ces changements seront probablement très subtils".
Voilà pour la grande histoire de l'humanité. Pour la petite histoire, la propriétaire néandertalienne de l'orteil était peut-être le fruit d'une liaison incestueuse. L'étude démontre en effet que ses parents partageaient le même sang : demi-frère et demi-soeur issus d'une même mère, oncle et nièce, tante et neveu ou doubles cousins germains... Cela n'est pas forcément la preuve de moeurs dissolues, mais plutôt le signe que la densité de population chez les néandertaliens et les dénisoviens était très faible, ce qui aboutissait à des unions consanguines plus fréquentes qu'aujourd'hui.
Source : Le Point du 20/12/2013
mardi 24 décembre 2013
lundi 23 décembre 2013
jeudi 19 décembre 2013
“La prochaine grande espèce qui disparaîtra ? Probablement nous !”
Pascal Picq est paléoanthropologue au Collège de France. Il est spécialiste de l’évolution de l’Homme et des grands singes. Des théories qu’il applique... à l’entreprise et à l’économie. Il s’inquiète aussi fortement de la perte de la biodiversité sur Terre. C’est ce qu’il explique dans son ouvrage "De Darwin à Lévi-Strauss : l’Homme et la diversité en danger" (Odile Jacob 2013). Dans ce cadre, il sera l’orateur des Grandes conférences liégeoises, ce soir.
Vous insistez sur le fait que Darwin est plus que jamais d’actualité. Notamment en raison de la disparition actuelle de la biodiversité ?
En effet. La théorie de l’évolution, qui est une théorie du changement dans la nature, montre que les espèces n’évoluent pas seules. Il y a coévolution. La biodiversité est la fille naturelle de l’évolution et, sans diversité, pas d’évolution. Moins il y a de diversité, moins les espèces peuvent s’adapter : c’est la règle d’or. La biodiversité se construit dans le tissu des relations entre les espèces d’une même communauté écologique, avec toutes les formes de parasitismes et toutes les sortes de compétition, de prédation, d’entraide …etc. L’Homme fait partie de ces diversités. Mais depuis plusieurs milliers d’années et, avec une brutalité inouïe depuis un siècle, notre espèce fait disparaître des espèces sauvages et domestiques a un rythme effarant et, aussi, des langues et des cultures humaines. En agissant ainsi, nous mettons en danger le devenir de notre espèce.
Alors, la prochaine grande espèce qui disparaîtra, c’est nous ?
Si on ne prend pas rapidement conscience des désastres en cours, c’est probable. Depuis que je suis né (1954) la population mondiale a été multipliée par trois ! A cela, vous ajoutez une consommation d’énergie multipliée en moyenne par cinquante par individu. La Terre ne peut plus le supporter. Cependant, la vraie question n’est pas la survie de l’homme en tant qu’espèce, mais celle de tous nos enfants. Nous assistons à une concentration phénoménale de l’urbanisation. Bientôt, 70% de la population mondiale vivra dans des mégapoles. Imaginez – et cela arrivera – qu’un agent pathogène débarque dans le Bénélux, une des régions les plus densément peuplée de la Terre ? Même si la médecine moderne a accompli des progrès fantastiques, nous ne sommes jamais sortis des mécanismes de la coévolution et de la sélection naturelle. Par exemple, il faut réapprendre à vivre avec des maladies que nous savons soigner mais qui nous protègent d’autres sources pathogènes avec lesquelles nous n’avons pas coévolué. Donc voilà le paradoxe de l’humanité actuelle : nous sommes plus de 7 milliards – quel succès !- mais si nous ne comprenons pas les enjeux des diversités, il y a de fortes chances que dans un avenir plus ou moins lointain, les populations qui assureront le devenir de notre espèce soient celles que nous méprisons et que certains appellent “primitives”. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles participent de notre diversité et qu’elles continuent à vivre avec leurs communauté écologiques ; une véritable assurance vie de notre espèce.
Pour vous, Darwin est partout … Même dans l’entreprise selon vous ! Parce que l’entreprise est une jungle ?
Vous savez, une mauvaise compréhension de l’évolution conduit à une mauvaise économie. La loi du plus fort, la survie du plus apte, la compétition à outrance … ce sont des clichés que l’on retrouve en biologie et en économie, comme le “gène égoïste” à l’époque du libéralisme débridé des années Thatcher et Reagan. La sélection naturelle explique comment certains individus laissent une plus grande descendance que d’autres, et cela passe par une grande diversité de mécanisme comme la prédation, la compétition, mais aussi l’entraide et la coévolution (coopétition par exemple). Les entreprises sont comme des espèces, avec des individus différents apportant différentes contribution au succès à l’adaptation.
Un exemple concret ?
La vie innove et s’adapte depuis plus de 3 milliards d’années et il est utile de connaître ces mécanismes dans une économie mondialisée de l’innovation. Mon intérêt et mon travail actuel sur ces question vient d’un constat : pourquoi l’Europe continentale n’est pas capable de faire émerger des GAFAT (Google, Apple, Facebook, Amazon, Tweeter) ? Parce que nos pays restent imprégnés par la pensée du grand Jean-Baptiste de Lamarck. L’innovation se comprend comme une réaction active à un changement d’environnement. C’est la parabole de la girafe qui allonge son cou pour attraper des feuilles. Traduction dans nos entreprises : le marché impose d’innover pour survivre et pour cela on mobilise notre créativité. Donc, nous somme bon pour nous adapter à un marcher préexistant. Par contre, nous sommes incapables de voir ce qui va changer le marcher (“change the world” selon Steve Jobs). En d’autres termes, si nous savons développer des filières existantes, nous sommes mauvais pour en faire émerger de nouvelles. Et c’est bien une question de culture, donc d’anthropologie et de vision du monde.
Quelle serait “l’entreprise darwinienne”, alors ?
L’innovation lamarckienne vise à améliorer les produits, les services …. L’innovation darwinienne s’articule en trois temps : variation, sélection, développement. Dans la nature, nos gènes font de la variation, puis l’environnement sélectionne. Toutes les entreprises les plus innovantes (Google, 3M, Facebook …) suscitent de la variation de la part de leurs agents. Comme chez Darwin, elles ont compris que toute personne dans l’entreprise peut être capable d’innover car toute différence est une potentialité pour l’adaptation de l’espèce. Mais entendez-moi bien : il ne s’agit de copier telle ou telle espèce ou entreprise. Il faut mettre en place des mécanismes universels de l’innovation et de l’adaptation qui, évidemment, donneront des résultats qui dépendent des histoires de chacune et de leurs contextes.
Source : La Libre du 12/12/2013
Vous insistez sur le fait que Darwin est plus que jamais d’actualité. Notamment en raison de la disparition actuelle de la biodiversité ?
En effet. La théorie de l’évolution, qui est une théorie du changement dans la nature, montre que les espèces n’évoluent pas seules. Il y a coévolution. La biodiversité est la fille naturelle de l’évolution et, sans diversité, pas d’évolution. Moins il y a de diversité, moins les espèces peuvent s’adapter : c’est la règle d’or. La biodiversité se construit dans le tissu des relations entre les espèces d’une même communauté écologique, avec toutes les formes de parasitismes et toutes les sortes de compétition, de prédation, d’entraide …etc. L’Homme fait partie de ces diversités. Mais depuis plusieurs milliers d’années et, avec une brutalité inouïe depuis un siècle, notre espèce fait disparaître des espèces sauvages et domestiques a un rythme effarant et, aussi, des langues et des cultures humaines. En agissant ainsi, nous mettons en danger le devenir de notre espèce.
Alors, la prochaine grande espèce qui disparaîtra, c’est nous ?
Si on ne prend pas rapidement conscience des désastres en cours, c’est probable. Depuis que je suis né (1954) la population mondiale a été multipliée par trois ! A cela, vous ajoutez une consommation d’énergie multipliée en moyenne par cinquante par individu. La Terre ne peut plus le supporter. Cependant, la vraie question n’est pas la survie de l’homme en tant qu’espèce, mais celle de tous nos enfants. Nous assistons à une concentration phénoménale de l’urbanisation. Bientôt, 70% de la population mondiale vivra dans des mégapoles. Imaginez – et cela arrivera – qu’un agent pathogène débarque dans le Bénélux, une des régions les plus densément peuplée de la Terre ? Même si la médecine moderne a accompli des progrès fantastiques, nous ne sommes jamais sortis des mécanismes de la coévolution et de la sélection naturelle. Par exemple, il faut réapprendre à vivre avec des maladies que nous savons soigner mais qui nous protègent d’autres sources pathogènes avec lesquelles nous n’avons pas coévolué. Donc voilà le paradoxe de l’humanité actuelle : nous sommes plus de 7 milliards – quel succès !- mais si nous ne comprenons pas les enjeux des diversités, il y a de fortes chances que dans un avenir plus ou moins lointain, les populations qui assureront le devenir de notre espèce soient celles que nous méprisons et que certains appellent “primitives”. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles participent de notre diversité et qu’elles continuent à vivre avec leurs communauté écologiques ; une véritable assurance vie de notre espèce.
Pour vous, Darwin est partout … Même dans l’entreprise selon vous ! Parce que l’entreprise est une jungle ?
Vous savez, une mauvaise compréhension de l’évolution conduit à une mauvaise économie. La loi du plus fort, la survie du plus apte, la compétition à outrance … ce sont des clichés que l’on retrouve en biologie et en économie, comme le “gène égoïste” à l’époque du libéralisme débridé des années Thatcher et Reagan. La sélection naturelle explique comment certains individus laissent une plus grande descendance que d’autres, et cela passe par une grande diversité de mécanisme comme la prédation, la compétition, mais aussi l’entraide et la coévolution (coopétition par exemple). Les entreprises sont comme des espèces, avec des individus différents apportant différentes contribution au succès à l’adaptation.
Un exemple concret ?
La vie innove et s’adapte depuis plus de 3 milliards d’années et il est utile de connaître ces mécanismes dans une économie mondialisée de l’innovation. Mon intérêt et mon travail actuel sur ces question vient d’un constat : pourquoi l’Europe continentale n’est pas capable de faire émerger des GAFAT (Google, Apple, Facebook, Amazon, Tweeter) ? Parce que nos pays restent imprégnés par la pensée du grand Jean-Baptiste de Lamarck. L’innovation se comprend comme une réaction active à un changement d’environnement. C’est la parabole de la girafe qui allonge son cou pour attraper des feuilles. Traduction dans nos entreprises : le marché impose d’innover pour survivre et pour cela on mobilise notre créativité. Donc, nous somme bon pour nous adapter à un marcher préexistant. Par contre, nous sommes incapables de voir ce qui va changer le marcher (“change the world” selon Steve Jobs). En d’autres termes, si nous savons développer des filières existantes, nous sommes mauvais pour en faire émerger de nouvelles. Et c’est bien une question de culture, donc d’anthropologie et de vision du monde.
Quelle serait “l’entreprise darwinienne”, alors ?
L’innovation lamarckienne vise à améliorer les produits, les services …. L’innovation darwinienne s’articule en trois temps : variation, sélection, développement. Dans la nature, nos gènes font de la variation, puis l’environnement sélectionne. Toutes les entreprises les plus innovantes (Google, 3M, Facebook …) suscitent de la variation de la part de leurs agents. Comme chez Darwin, elles ont compris que toute personne dans l’entreprise peut être capable d’innover car toute différence est une potentialité pour l’adaptation de l’espèce. Mais entendez-moi bien : il ne s’agit de copier telle ou telle espèce ou entreprise. Il faut mettre en place des mécanismes universels de l’innovation et de l’adaptation qui, évidemment, donneront des résultats qui dépendent des histoires de chacune et de leurs contextes.
Source : La Libre du 12/12/2013
samedi 14 décembre 2013
Les cousins américains de l'enfant de Mal'ta
Le séquençage du génome d'un enfant qui vécut il y a quelque 24 000 ans en Sibérie centrale suggère que les Européens et les Amérindiens sont apparentés.
Apparentés aux Européens, les Sibériens du Paléolithique supérieur préglaciaire (35 000 à 10 000 ans avant notre ère) ont fortement contribué à la population amérindienne. C’est à cette conclusion qu’est parvenue une équipe internationale menée par Maanasa Raghavan, du Muséum national d’histoire naturelle du Danemark, après avoir séquencé le génome d’un enfant de la culture de Mal’ta.
Tirant son nom d'un site se trouvant le long d'une rivière près du village de Mal’ta, non loin du lac Baïkal, cette culture paléolithique découverte dans les années 1920 a fasciné les préhistoriens, qui n’imaginaient pas rencontrer en Sibérie une culture préhistorique aussi complexe que celles d’Europe. La culture de Mal’ta est aussi connue pour ses tentes en peau semi enterrés, soutenues par des os de mammouth, des bois de cerfs et des pierres, et pour ses nombreuses vénus (figurines féminines) en ivoire et autres jouets d’enfants, dont le style est très proches des objets européens de la même époque.
En 2009, les chercheurs ont prélevé au musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg 0,15 gramme de l'os d'un enfant retrouvé dans l’une des tombes de la culture de Mal’ta. La datation au radiocarbone indique un âge d’environ 24 000 ans, antérieur au dernier maximum glaciaire (autour de -18 000 ans). Il s’est avéré que cet os contenait assez de restes d’ADN pour permettre de séquencer le génome mitochondrial (contenu dans les mitochondries, des organites cellulaires) avec une marge d'erreur presque nulle, et le chromosome Y du génome nucléaire avec une fiabilité moindre.
Les chercheurs ont ainsi établi que l'haplotype du génome mitochondrial de l’enfant de Mal’ta est de type U (l'haplotype est l'ensemble des allèles caractéristiques d’une population, car transmissibles). Or l'haplotype U est aussi caractéristique du génome mitochondrial des chasseurs européens du Paléolithique supérieur et du Mésolithique (10 000 à 5 000 ans). Il est en outre fréquent chez les Européens actuels, mais rare chez les Hans (chinois) et autres peuples d'Extrême Orient.
L'équipe de M. Raghavan a ensuite séquencé 5,8 millions de bases du chromosome Y, établissant avec une fiabilité suffisante son appartenance à l’haplotype R, répandu quant à lui en Eurasie occidentale, dans l’Altaï (Mongolie) et en Sibérie du Sud, mais pas chez les asiatiques d’Extrême Orient. Or l’haplotype R est proche de la base génétique à partir de laquelle l’haplotype Q, dominant chez les Amérindiens, a évolué.
Ainsi, les gens de la Culture de Mal’ta sont reliés génétiquement à la fois aux Européens et aux Amérindiens. Pour s'en assurer, les chercheurs ont réalisé une analyse dite en composantes principales à partir d’une large bibliothèque de gènes issus de la population mondiale, qui confirme que l’enfant de Mal’ta est génétiquement plus proche des populations européenne et amérindienne que de toute autre.
Il semble donc que les populations paléolithiques préglaciaires apparentées aux populations européennes actuelles ont été plus présentes dans le Nord-Est de l’Eurasie que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Sans doute étaient-elles répandues jusqu’à la Sibérie orientale, et qu'une partie d’entre eux est passée en Amérique du Nord par le détroit de Béring pendant le dernier maximum glaciaire, il y a quelque 20 000 ans, lorsque le nivau des océans était plus bas de 120 mètres. Ces populations auraient alors contribué au fond génétique précolombien. Selon les estimations de l’équipe de M. Raghavan, un flux de gènes issu de la population europoïde de Sibérie aurait fourni entre 14 et 38 pour cent des gènes amérindiens actuels.
Ce résultat pourrait expliquer la proximité génétique étonnante constatée entre certaines ethnies amérindiennes (Algonquins, Sioux, Ojibwa,...) et les Européens, ainsi que le caractère europoïde de certains crânes amérindiens anciens. Cette proximité est aussi archéologique, puisque la ressemblance frappante entre l’industrie lithique des Solutréens – une culture européenne remontant au maximum glaciaire, soit vers - 18 000 ans – et la culture Clovis – une culture américaine apparue vers - 12 000 ans – a poussé certains archéologues à imaginer que des membres de la culture solutréenne se sont rendus en Amérique pendant le maximum glaciaire en passant le long d'une banquise recouvrant l’Atlantique nord. Certains linguistes sont ensuite venus à l’appui de cette surprenante théorie en repérant de possibles similitudes entre les langues algonquines et la langue… basque (qui passe pour avoir une origine européenne préglaciaire).
Que conclure ? D’abord qu’il existe une explication alternative à celle d'une migration solutréenne vers l’Amérique pour expliquer les caractéristiques génétiques, physiques voire culturelles des Amérindiens anciens : le passage en Amérique de contingents europoïdes à travers le détroit de Béring. Ensuite, que nos ancêtres europoïdes ont emprunté l’autoroute de la toundra périglaciaire depuis l’Europe de l’Ouest jusqu’à la Sibérie orientale. Or si une chose caractérisait cette immense région prisée des mammouths, c’est le froid qui y régnait ! Cela suggère que les membres de la culture de Mal’ta, les ancêtres europoïdes des Européens et des Amérindiens actuels, étaient extrêmement bien adaptés au froid, ce qui n’était vraisemblablement pas le cas des ancêtres des Mongoloïdes qui les ont remplacés ou absorbés dans toute l’Asie du Nord-Est.
Source : Pour la Science du 11/12/2013
Apparentés aux Européens, les Sibériens du Paléolithique supérieur préglaciaire (35 000 à 10 000 ans avant notre ère) ont fortement contribué à la population amérindienne. C’est à cette conclusion qu’est parvenue une équipe internationale menée par Maanasa Raghavan, du Muséum national d’histoire naturelle du Danemark, après avoir séquencé le génome d’un enfant de la culture de Mal’ta.
Tirant son nom d'un site se trouvant le long d'une rivière près du village de Mal’ta, non loin du lac Baïkal, cette culture paléolithique découverte dans les années 1920 a fasciné les préhistoriens, qui n’imaginaient pas rencontrer en Sibérie une culture préhistorique aussi complexe que celles d’Europe. La culture de Mal’ta est aussi connue pour ses tentes en peau semi enterrés, soutenues par des os de mammouth, des bois de cerfs et des pierres, et pour ses nombreuses vénus (figurines féminines) en ivoire et autres jouets d’enfants, dont le style est très proches des objets européens de la même époque.
En 2009, les chercheurs ont prélevé au musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg 0,15 gramme de l'os d'un enfant retrouvé dans l’une des tombes de la culture de Mal’ta. La datation au radiocarbone indique un âge d’environ 24 000 ans, antérieur au dernier maximum glaciaire (autour de -18 000 ans). Il s’est avéré que cet os contenait assez de restes d’ADN pour permettre de séquencer le génome mitochondrial (contenu dans les mitochondries, des organites cellulaires) avec une marge d'erreur presque nulle, et le chromosome Y du génome nucléaire avec une fiabilité moindre.
Les chercheurs ont ainsi établi que l'haplotype du génome mitochondrial de l’enfant de Mal’ta est de type U (l'haplotype est l'ensemble des allèles caractéristiques d’une population, car transmissibles). Or l'haplotype U est aussi caractéristique du génome mitochondrial des chasseurs européens du Paléolithique supérieur et du Mésolithique (10 000 à 5 000 ans). Il est en outre fréquent chez les Européens actuels, mais rare chez les Hans (chinois) et autres peuples d'Extrême Orient.
L'équipe de M. Raghavan a ensuite séquencé 5,8 millions de bases du chromosome Y, établissant avec une fiabilité suffisante son appartenance à l’haplotype R, répandu quant à lui en Eurasie occidentale, dans l’Altaï (Mongolie) et en Sibérie du Sud, mais pas chez les asiatiques d’Extrême Orient. Or l’haplotype R est proche de la base génétique à partir de laquelle l’haplotype Q, dominant chez les Amérindiens, a évolué.
Ainsi, les gens de la Culture de Mal’ta sont reliés génétiquement à la fois aux Européens et aux Amérindiens. Pour s'en assurer, les chercheurs ont réalisé une analyse dite en composantes principales à partir d’une large bibliothèque de gènes issus de la population mondiale, qui confirme que l’enfant de Mal’ta est génétiquement plus proche des populations européenne et amérindienne que de toute autre.
Il semble donc que les populations paléolithiques préglaciaires apparentées aux populations européennes actuelles ont été plus présentes dans le Nord-Est de l’Eurasie que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Sans doute étaient-elles répandues jusqu’à la Sibérie orientale, et qu'une partie d’entre eux est passée en Amérique du Nord par le détroit de Béring pendant le dernier maximum glaciaire, il y a quelque 20 000 ans, lorsque le nivau des océans était plus bas de 120 mètres. Ces populations auraient alors contribué au fond génétique précolombien. Selon les estimations de l’équipe de M. Raghavan, un flux de gènes issu de la population europoïde de Sibérie aurait fourni entre 14 et 38 pour cent des gènes amérindiens actuels.
Ce résultat pourrait expliquer la proximité génétique étonnante constatée entre certaines ethnies amérindiennes (Algonquins, Sioux, Ojibwa,...) et les Européens, ainsi que le caractère europoïde de certains crânes amérindiens anciens. Cette proximité est aussi archéologique, puisque la ressemblance frappante entre l’industrie lithique des Solutréens – une culture européenne remontant au maximum glaciaire, soit vers - 18 000 ans – et la culture Clovis – une culture américaine apparue vers - 12 000 ans – a poussé certains archéologues à imaginer que des membres de la culture solutréenne se sont rendus en Amérique pendant le maximum glaciaire en passant le long d'une banquise recouvrant l’Atlantique nord. Certains linguistes sont ensuite venus à l’appui de cette surprenante théorie en repérant de possibles similitudes entre les langues algonquines et la langue… basque (qui passe pour avoir une origine européenne préglaciaire).
Que conclure ? D’abord qu’il existe une explication alternative à celle d'une migration solutréenne vers l’Amérique pour expliquer les caractéristiques génétiques, physiques voire culturelles des Amérindiens anciens : le passage en Amérique de contingents europoïdes à travers le détroit de Béring. Ensuite, que nos ancêtres europoïdes ont emprunté l’autoroute de la toundra périglaciaire depuis l’Europe de l’Ouest jusqu’à la Sibérie orientale. Or si une chose caractérisait cette immense région prisée des mammouths, c’est le froid qui y régnait ! Cela suggère que les membres de la culture de Mal’ta, les ancêtres europoïdes des Européens et des Amérindiens actuels, étaient extrêmement bien adaptés au froid, ce qui n’était vraisemblablement pas le cas des ancêtres des Mongoloïdes qui les ont remplacés ou absorbés dans toute l’Asie du Nord-Est.
Source : Pour la Science du 11/12/2013
vendredi 13 décembre 2013
Le plus vieil ADN humain connu livre ses secrets
Une séquence génétique tirée d'un Européen datant de 400.000 ans montre des liens inattendus avec un hominidé sibérien.
C'est un témoin clé de l'histoire de l'humanité, rendu un peu plus bavard par des techniques d'interrogatoire poussées, qui vient de livrer une partie de son histoire. Il attendait ce moment depuis quelque 400.000 ans. Une équipe internationale (Allemands, Chinois, Espagnols) a réussi le tour de force de réussir à lire de l'ADN d'un hominidé qui vivait au pléistocène moyen. Le plus vieil ADN de la lignée humaine jamais reconstitué (travaux publiés dans la revue Nature).
Il vivait à la préhistoire dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'Espagne, plus précisément dans la Sierra de Atapuerca. Là se trouve un site archéologique exceptionnel, baptisé Sima de los Huesos («le gouffre des os»), possédant des conditions de conservation exceptionnelles. D'innombrables os, venant de 28 individus, certains presque complets, y ont été exhumés. Ils datent de plus de 300.000 ans. Matthias Meyer, de l'institut Max Planck d'anthropologie de l'évolution à Leipzig (Allemagne), a développé une technique novatrice, bien plus performante que les précédentes, pour extraire (à partir de prélèvements de 1,95 g dans un fémur), décrypter les bouts d'ADN ainsi isolés (longs d'au moins 45 «lettres») et reconstituer une séquence complète d'ADN mitochondrial longue de 30.000 «lettres». «C'est tout à fait extraordinaire, estime Jean-Jacques Hublin, professeur de paléoanthropologie et collègue de Matthias Meyer à l'institut Max Planck de Leipzig. Obtenir une séquence complète sur un ADN aussi vieux est une vraie performance technique. Vu les caractéristiques très particulières du site de Sima de los Huesos, on peut d'ailleurs se demander si une telle découverte a des chances de se renouveler ailleurs.»
Vives discussions
Que nous apprend cette séquence d'ADN ? C'est là que cela se corse. L'un des scénarios classiques de l'histoire des hominidés est que, après leur sortie d'Afrique, ils ont progressivement colonisé l'Europe et l'Eurasie, se scindant en deux groupes il y a entre 300.000 et 350.000 ans. Pour le groupe d'Asie, l'un des témoins principaux est représenté par une phalange d'auriculaire d'un enfant de 7 ans, plus quelques dents datant d'il y a 50.000 à 80.000 ans (homme de Denisova, trouvé en Sibérie). La même équipe avait séquencé l'ADN de cette phalange en 2010.
À la grande surprise des chercheurs, l'«Espagnol» d'il y a 400.000 ans et le Denisovien sont proches, beaucoup plus proches que l'on pouvait s'y attendre. «Les discussions vont être vives sur les hypothèses proposées par les auteurs pour expliquer ce résultat, reconnaît Jean-Jacques Hublin. Aucune ne peut être entièrement validée à l'aune de nos connaissances. J'ai quelques préférences, comme celle de considérer qu'ils ont tous deux conservé des bribes d'un génome plus ancien. Mais il y a encore du pain sur la planche pour le prouver.» Si on ne peut plus parler de «chaînon manquant», ce nouveau témoin clé de l'évolution de la branche Homo nous apprend que toutes les pièces du puzzle ne sont peut-être pas dans le bon ordre.
Source : Le Figaro du 04/12/2013
C'est un témoin clé de l'histoire de l'humanité, rendu un peu plus bavard par des techniques d'interrogatoire poussées, qui vient de livrer une partie de son histoire. Il attendait ce moment depuis quelque 400.000 ans. Une équipe internationale (Allemands, Chinois, Espagnols) a réussi le tour de force de réussir à lire de l'ADN d'un hominidé qui vivait au pléistocène moyen. Le plus vieil ADN de la lignée humaine jamais reconstitué (travaux publiés dans la revue Nature).
Il vivait à la préhistoire dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'Espagne, plus précisément dans la Sierra de Atapuerca. Là se trouve un site archéologique exceptionnel, baptisé Sima de los Huesos («le gouffre des os»), possédant des conditions de conservation exceptionnelles. D'innombrables os, venant de 28 individus, certains presque complets, y ont été exhumés. Ils datent de plus de 300.000 ans. Matthias Meyer, de l'institut Max Planck d'anthropologie de l'évolution à Leipzig (Allemagne), a développé une technique novatrice, bien plus performante que les précédentes, pour extraire (à partir de prélèvements de 1,95 g dans un fémur), décrypter les bouts d'ADN ainsi isolés (longs d'au moins 45 «lettres») et reconstituer une séquence complète d'ADN mitochondrial longue de 30.000 «lettres». «C'est tout à fait extraordinaire, estime Jean-Jacques Hublin, professeur de paléoanthropologie et collègue de Matthias Meyer à l'institut Max Planck de Leipzig. Obtenir une séquence complète sur un ADN aussi vieux est une vraie performance technique. Vu les caractéristiques très particulières du site de Sima de los Huesos, on peut d'ailleurs se demander si une telle découverte a des chances de se renouveler ailleurs.»
Vives discussions
Que nous apprend cette séquence d'ADN ? C'est là que cela se corse. L'un des scénarios classiques de l'histoire des hominidés est que, après leur sortie d'Afrique, ils ont progressivement colonisé l'Europe et l'Eurasie, se scindant en deux groupes il y a entre 300.000 et 350.000 ans. Pour le groupe d'Asie, l'un des témoins principaux est représenté par une phalange d'auriculaire d'un enfant de 7 ans, plus quelques dents datant d'il y a 50.000 à 80.000 ans (homme de Denisova, trouvé en Sibérie). La même équipe avait séquencé l'ADN de cette phalange en 2010.
À la grande surprise des chercheurs, l'«Espagnol» d'il y a 400.000 ans et le Denisovien sont proches, beaucoup plus proches que l'on pouvait s'y attendre. «Les discussions vont être vives sur les hypothèses proposées par les auteurs pour expliquer ce résultat, reconnaît Jean-Jacques Hublin. Aucune ne peut être entièrement validée à l'aune de nos connaissances. J'ai quelques préférences, comme celle de considérer qu'ils ont tous deux conservé des bribes d'un génome plus ancien. Mais il y a encore du pain sur la planche pour le prouver.» Si on ne peut plus parler de «chaînon manquant», ce nouveau témoin clé de l'évolution de la branche Homo nous apprend que toutes les pièces du puzzle ne sont peut-être pas dans le bon ordre.
Source : Le Figaro du 04/12/2013
Paranthropus boisei : un homininé fossile plus robuste qu’on ne le pensait
Une équipe internationale de chercheurs a étudié de nouveaux ossements fossilisés d’un préhumain d’une espèce déjà connue, Paranthropus boisei. Ils ont ainsi précisé les caractéristiques de cette espèce jusqu’alors mal connue à cause du caractère fragmentaire des précédents fossiles.
Découvert lors de fouilles menées en 2010-2011 dans les gorges d’Olduvaï, en Tanzanie, haut lieu de la paléontologie humaine, ce squelette partiel d’un Paranthropus boisei adulte est une mine d’informations pour les scientifiques américains, tanzaniens et espagnols qui l’ont étudié. Il comprend en effet des os du bras, de la main, de la jambe et du pied, alors qu’on connaissait surtout, jusqu’à présent, le crâne et la mâchoire de cette espèce.
L'homininé est apparu il y a 2,3 millions d'années et descend probablement de certains australopithèques. Décrit dans la revue PLoS ONE, le nouveau fossile, qui date de 1,34 million d'années, est sans doute celui d’un des derniers représentants de l’espèce. "C'est la première fois que nous trouvons des os suggérant que cette créature - combinant locomotion terrestre bipède et certains comportements arboricoles - était bâtie de façon plus robuste que nous ne l’avions pensé".
"Elle semble avoir les muscles de l'avant-bras bien formés, utiles pour le grimper, la manipulation fine [d’objets] et toutes sortes de comportements", explique l’anthropologue Charles Musiba, de l'Université du Colorado à Denver.
Un individu très fort
La découverte permet de mieux comprendre la physiologie de cette espèce et comment elle était adaptée à la nature de son habitat. "Nous savions [déjà] quel type de nourriture elle mangeait - elle était omnivore, avec une préférence pour les aliments végétaux - mais nous savons maintenant […] comment elle se déplaçait, et [notamment] qu'elle grimpait aux arbres".
"Nous savons [aussi] qu'elle était très forte. C'est une chose sans précédent de voir combien cet individu était fort", précise le chercheur. Le squelette fossilisé sera exposé, à partir de 2014, au Musée national de Dar es Salaam, en Tanzanie, dans le cadre d'une grande exposition sur les origines de l’Homme.
"C'est une autre branche de notre arbre d'ascendance. [P. boisei] est apparu plus tard que les autres homininés, et la question est maintenant : que lui est-il arrivé ? Nous allons faire d’autres recherches sur sa biomécanique pour voir ce que cette créature pouvait faire d’autre. Plus nous trouvons de ces fossiles, plus nous en apprenons sur l'histoire de ces espèces", conclut Musiba.
Source : Maxi Sciences du 07/12/2013
Découvert lors de fouilles menées en 2010-2011 dans les gorges d’Olduvaï, en Tanzanie, haut lieu de la paléontologie humaine, ce squelette partiel d’un Paranthropus boisei adulte est une mine d’informations pour les scientifiques américains, tanzaniens et espagnols qui l’ont étudié. Il comprend en effet des os du bras, de la main, de la jambe et du pied, alors qu’on connaissait surtout, jusqu’à présent, le crâne et la mâchoire de cette espèce.
L'homininé est apparu il y a 2,3 millions d'années et descend probablement de certains australopithèques. Décrit dans la revue PLoS ONE, le nouveau fossile, qui date de 1,34 million d'années, est sans doute celui d’un des derniers représentants de l’espèce. "C'est la première fois que nous trouvons des os suggérant que cette créature - combinant locomotion terrestre bipède et certains comportements arboricoles - était bâtie de façon plus robuste que nous ne l’avions pensé".
"Elle semble avoir les muscles de l'avant-bras bien formés, utiles pour le grimper, la manipulation fine [d’objets] et toutes sortes de comportements", explique l’anthropologue Charles Musiba, de l'Université du Colorado à Denver.
Un individu très fort
La découverte permet de mieux comprendre la physiologie de cette espèce et comment elle était adaptée à la nature de son habitat. "Nous savions [déjà] quel type de nourriture elle mangeait - elle était omnivore, avec une préférence pour les aliments végétaux - mais nous savons maintenant […] comment elle se déplaçait, et [notamment] qu'elle grimpait aux arbres".
"Nous savons [aussi] qu'elle était très forte. C'est une chose sans précédent de voir combien cet individu était fort", précise le chercheur. Le squelette fossilisé sera exposé, à partir de 2014, au Musée national de Dar es Salaam, en Tanzanie, dans le cadre d'une grande exposition sur les origines de l’Homme.
"C'est une autre branche de notre arbre d'ascendance. [P. boisei] est apparu plus tard que les autres homininés, et la question est maintenant : que lui est-il arrivé ? Nous allons faire d’autres recherches sur sa biomécanique pour voir ce que cette créature pouvait faire d’autre. Plus nous trouvons de ces fossiles, plus nous en apprenons sur l'histoire de ces espèces", conclut Musiba.
Source : Maxi Sciences du 07/12/2013
jeudi 12 décembre 2013
Un ADN humain vieux de 400 000 ans livre de nouveau secrets sur l'origine de l'homme
Des chercheurs sont parvenus à reconstituer l'ADN d'un être humain vieux de 400.000 ans à partir d'un os. Cette première mondiale pourrait permettre de mieux retrouver les traces des ancêtres de l'homme. Pourtant, elle plonge un peu plus les scientifiques dans la perplexité...
Un grand pas pour l'humanité ? Enfin, c'est surtout un grand pas dans le passé ! Jusqu’à présent, le plus ancien génome humain séquencé était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans. Il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne.
Seulement voilà, l’ADN d’os retrouvés dans le Sima de los Huesos (le "Gouffre des os"), le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen vieux de 500.000 à 120.000 ans, en Espagne, a lui aussi pu être étudié. Pour cela, il aura fallu attendre que l’Allemand Matthias Meyer et son équipe d'anthropologie évolutionniste de l'Institut Max Planck, à Leipzig, mettent au point une nouvelle technique pour exploiter l’ADN d’ossements détériorés ou considérés comme trop vieux pour être analysés.
Après de nombreuses études menées sur l'ADN retrouvé sur ce site, les scientifiques se sont rendus compte que les échantillons dataient en vérité de 400.000 ans, éclipsant complétement l'ancien record.
Des os datant de Mathusalem ?
Au moins 28 squelettes d'hominidés ont été découverts par Juan-Luis Arsuaga et son équipe dans le "Gouffre des os". Ils appartiennent à des Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. "Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe", explique Juan-Luis Arsuaga, auteur de l'étude et directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.
En travaillant conjointement avec le chercheur, les spécialistes allemands ont commencé, dès 2010, à tester des restes d'ours des cavernes. Ceux-ci se sont révélés être vieux de 300.000 ans. Ils se sont ensuite penchés sur le cas des ossements humains. Grâce à deux grammes de poudre d'os fémoral, ils ont pu reconstituer l'ADN mitochondrial, transmis par la mère, très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps. Ce sont ces résultats qui ont permis d'estimer que l'hominidé était vieux de 400.000 ans, rapporte la revue Nature.
"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Denisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", commente Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et expert mondialement reconnu dans ce domaine.
Un imbroglio génétique
De plus, en comparant cet échantillon unique avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates, les scientifiques ont constaté que cet ADN de "l'homme de Sima", était plus que complexe. En effet, s'il partage bien des traits avec les Denisoviens, il s’en est également éloigné il y a maintenant 700.000 ans.
De quoi poser de nombreux questionnements aux scientifiques et d'ouvrir de nouvelles voies aux études génétiques de l'homme. "J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertaliens et Denisoviens de l'autre", conclut ainsi Juan-Luis Arsuaga repris par l'AFP.
Source : Maxi Sciences du 05/12/2013
Un grand pas pour l'humanité ? Enfin, c'est surtout un grand pas dans le passé ! Jusqu’à présent, le plus ancien génome humain séquencé était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans. Il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne.
Seulement voilà, l’ADN d’os retrouvés dans le Sima de los Huesos (le "Gouffre des os"), le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen vieux de 500.000 à 120.000 ans, en Espagne, a lui aussi pu être étudié. Pour cela, il aura fallu attendre que l’Allemand Matthias Meyer et son équipe d'anthropologie évolutionniste de l'Institut Max Planck, à Leipzig, mettent au point une nouvelle technique pour exploiter l’ADN d’ossements détériorés ou considérés comme trop vieux pour être analysés.
Après de nombreuses études menées sur l'ADN retrouvé sur ce site, les scientifiques se sont rendus compte que les échantillons dataient en vérité de 400.000 ans, éclipsant complétement l'ancien record.
Des os datant de Mathusalem ?
Au moins 28 squelettes d'hominidés ont été découverts par Juan-Luis Arsuaga et son équipe dans le "Gouffre des os". Ils appartiennent à des Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. "Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe", explique Juan-Luis Arsuaga, auteur de l'étude et directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.
En travaillant conjointement avec le chercheur, les spécialistes allemands ont commencé, dès 2010, à tester des restes d'ours des cavernes. Ceux-ci se sont révélés être vieux de 300.000 ans. Ils se sont ensuite penchés sur le cas des ossements humains. Grâce à deux grammes de poudre d'os fémoral, ils ont pu reconstituer l'ADN mitochondrial, transmis par la mère, très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps. Ce sont ces résultats qui ont permis d'estimer que l'hominidé était vieux de 400.000 ans, rapporte la revue Nature.
"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Denisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", commente Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et expert mondialement reconnu dans ce domaine.
Un imbroglio génétique
De plus, en comparant cet échantillon unique avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates, les scientifiques ont constaté que cet ADN de "l'homme de Sima", était plus que complexe. En effet, s'il partage bien des traits avec les Denisoviens, il s’en est également éloigné il y a maintenant 700.000 ans.
De quoi poser de nombreux questionnements aux scientifiques et d'ouvrir de nouvelles voies aux études génétiques de l'homme. "J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertaliens et Denisoviens de l'autre", conclut ainsi Juan-Luis Arsuaga repris par l'AFP.
Source : Maxi Sciences du 05/12/2013
Le plus vieil ADN humain du monde a été séquencé
Vieux de 400.000 ans et récupéré sur un os découvert dans une grotte espagnole, il montre des liens génétiques étonnants entre nos lignées d'ancêtres.
PERFORMANCE. C'est un record qui vient d'être littéralement pulvérisé. Jusqu'à présent, le plus ancien génome humain séquencé jusqu'alors était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans : il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne, qui ont transmis certains de leurs gènes aux habitants actuels de l'Asie du sud-est, en particulier aux Papous.
A partir d'un fémur...
Mais une équipe internationale de chercheurs est parvenue à extraire et à analyser de l'ADN vieux de 400 000 ans sur un fémur trouvé dans le Sima de los Huesos (le "gouffre des os" d'Atapuerca, nord de l'Espagne). Un gisement censé abriter des ossements des formes les plus primitives d'hommes de Néandertal (dont les descendants ont colonisé l'Europe il y a 30 000 ans), voire de leur ancêtre Homo heidelbergensis.
L'analyse génétique a révélé tout autre chose. L'ADN extrait de ce vieil ossement est apparenté non pas à celui des Néandertaliens, dont les squelettes exhumés dans la grotte possèdent pourtant de nombreux traits distinctifs, mais s'avère être proche de celui des Dénisoviens. Une lignée d'hominidés plus récente qui a vécu dans le Sud-Ouest de la Sibérie.
"Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe. J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertals et les Dénisoviens de l'autre", souligne dans un communiqué l'un des auteurs de l'étude, Juan-Luis Arsuaga, directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.
Situé à trente mètres sous la surface, saturé d'humidité et bénéficiant d'une température quasi-constante de 10,6°C, le "gouffre des os" constitue le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen, vieux de 500.000 à 120.000 ans environ. Outre des ossements d'animaux, il a livré au moins 28 squelettes d'hominidés mis au jour par Juan-Luis Arsuaga et son équipe.
De l'ADN extrait des mitochondries
Ces fossiles humains sont classés par les spécialistes parmi les Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. Et jamais auparavant les chercheurs n'avaient réussi à exploiter leur ADN, beaucoup trop vieux.
Jusqu'à ce que Matthias Meyer et son équipe de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne, ne développent des techniques pour exploiter l'ADN ancien fortement détérioré.
Unissant leurs forces avec Juan-Luis Arsuaga, les experts allemands ont commencé en 2010 par tester, avec succès, leur trouvaille sur des restes d'ours des cavernes trouvés sur le site de Sima de los Huesos, vieux de plus de 300.000 ans.
Ils se sont ensuite attaqués aux humains qui gisaient aux côtés de la bête. Grâce à deux grammes de poudre d'os provenant d'un fémur, ils ont pu reconstituer l'ADN de la mitochondrie, "moteur" fournissant l'énergie aux cellules.
Principal atout de cet ADN mitochondrial pour les généticiens : il existe en grande quantité (car il y a plus d'un millier de mitochondries dans une cellule). On en trouve donc de nombreuses copies, contrairement à l'ADN du noyau qui, lui, n'existe qu'en un seul exemplaire dans chaque cellule. Autre avantage de cet ADN mitochondrial : il se transmet exclusivement par la lignée maternelle, ce qui est très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps.
Lignées maternelles
Il ne restait dès lors plus qu'à comparer cet ADN maternel avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates.
L'absence des mutations les plus récentes dans ce génome a permis d'estimer que l'hominidé avait foulé le sol espagnol voici environ 400.000 ans, indique l'étude publiée mercredi dans Nature.
Et s'il partage bien des traits avec les Dénisoviens, "l'homme de Sima" en a divergé quelque 700.000 ans avant notre ère, souligne-t-elle.
"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Dénisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", résume Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et mondialement connu pour ses travaux sur la génétique des hominidés.
Source : Sciences et Avenir du 05/12/2013
Des fouilles dans la grotte de Sima de los Huesos cave en Espagne.
PERFORMANCE. C'est un record qui vient d'être littéralement pulvérisé. Jusqu'à présent, le plus ancien génome humain séquencé jusqu'alors était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans : il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne, qui ont transmis certains de leurs gènes aux habitants actuels de l'Asie du sud-est, en particulier aux Papous.
A partir d'un fémur...
Mais une équipe internationale de chercheurs est parvenue à extraire et à analyser de l'ADN vieux de 400 000 ans sur un fémur trouvé dans le Sima de los Huesos (le "gouffre des os" d'Atapuerca, nord de l'Espagne). Un gisement censé abriter des ossements des formes les plus primitives d'hommes de Néandertal (dont les descendants ont colonisé l'Europe il y a 30 000 ans), voire de leur ancêtre Homo heidelbergensis.
L'analyse génétique a révélé tout autre chose. L'ADN extrait de ce vieil ossement est apparenté non pas à celui des Néandertaliens, dont les squelettes exhumés dans la grotte possèdent pourtant de nombreux traits distinctifs, mais s'avère être proche de celui des Dénisoviens. Une lignée d'hominidés plus récente qui a vécu dans le Sud-Ouest de la Sibérie.
Arbre généalogique humain.
"Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe. J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertals et les Dénisoviens de l'autre", souligne dans un communiqué l'un des auteurs de l'étude, Juan-Luis Arsuaga, directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.
Le fémur vieux de 400 000 ans dont a été extrait l'ADN.
Situé à trente mètres sous la surface, saturé d'humidité et bénéficiant d'une température quasi-constante de 10,6°C, le "gouffre des os" constitue le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen, vieux de 500.000 à 120.000 ans environ. Outre des ossements d'animaux, il a livré au moins 28 squelettes d'hominidés mis au jour par Juan-Luis Arsuaga et son équipe.
De l'ADN extrait des mitochondries
Ces fossiles humains sont classés par les spécialistes parmi les Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. Et jamais auparavant les chercheurs n'avaient réussi à exploiter leur ADN, beaucoup trop vieux.
Jusqu'à ce que Matthias Meyer et son équipe de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne, ne développent des techniques pour exploiter l'ADN ancien fortement détérioré.
Unissant leurs forces avec Juan-Luis Arsuaga, les experts allemands ont commencé en 2010 par tester, avec succès, leur trouvaille sur des restes d'ours des cavernes trouvés sur le site de Sima de los Huesos, vieux de plus de 300.000 ans.
Ils se sont ensuite attaqués aux humains qui gisaient aux côtés de la bête. Grâce à deux grammes de poudre d'os provenant d'un fémur, ils ont pu reconstituer l'ADN de la mitochondrie, "moteur" fournissant l'énergie aux cellules.
Principal atout de cet ADN mitochondrial pour les généticiens : il existe en grande quantité (car il y a plus d'un millier de mitochondries dans une cellule). On en trouve donc de nombreuses copies, contrairement à l'ADN du noyau qui, lui, n'existe qu'en un seul exemplaire dans chaque cellule. Autre avantage de cet ADN mitochondrial : il se transmet exclusivement par la lignée maternelle, ce qui est très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps.
Lignées maternelles
Il ne restait dès lors plus qu'à comparer cet ADN maternel avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates.
L'absence des mutations les plus récentes dans ce génome a permis d'estimer que l'hominidé avait foulé le sol espagnol voici environ 400.000 ans, indique l'étude publiée mercredi dans Nature.
Et s'il partage bien des traits avec les Dénisoviens, "l'homme de Sima" en a divergé quelque 700.000 ans avant notre ère, souligne-t-elle.
"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Dénisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", résume Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et mondialement connu pour ses travaux sur la génétique des hominidés.
Source : Sciences et Avenir du 05/12/2013
mercredi 11 décembre 2013
L’Homme de Denisova s'est-il hybridé avec une espèce humaine inconnue ?
Une analyse plus précise du génome de l’Homme de Denisova révèle qu’il se serait métissé avec une population humaine plus archaïque. Mais qui est donc cet inconnu mystérieux ?
Fini le temps où l’on voyait l’évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l’histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l’Homme de Florès dans l’arbre évolutif humain ? Quid de l’Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.
D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu’une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.
Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d’ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n’avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d’un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome.
Les Dénisoviens ont les dents larges
Repartons des connaissances actuelles pour tenter de bien comprendre. Que sait-on de l’Homme de Denisova ? Pour l’heure, on estime que cette lignée humaine s’est distinguée de la nôtre voilà environ 800.000 ans (une étude très récente suggère que cela pourrait être moins ancien), tandis que celle menant aux Néandertaliens s’est séparée il y a environ 400.000 ans. La phalange et les quelques dents retrouvées dans la grotte sibérienne éponyme semblent indiquer que ces homininés présentaient des caractères plus anciens que leurs cousins disparus et que nos ancêtres directs, leurs quenottes étant relativement larges par exemple. Cette étude génétique en apporterait-elle la justification ?
La découverte place les scientifiques devant un nouveau mystère. Avec qui les Dénisoviens se sont-ils hybridés ? Est-ce un groupe jamais identifié ou bien une espèce déjà décrite ? Impossible de répondre avec fermeté, mais le débat qui a suivi l’annonce montre que les scientifiques penchent pour cette seconde hypothèse.
Les premières traces d’ADN de nos ancêtres
La piste la plus sérieuse serait celle d’Homo heidelbergensis, qui a quitté l’Afrique il y a environ un million d’années et notamment migré vers l’Asie. Des individus auraient pu se trouver sur le chemin migratoire des Dénisoviens, arrivés bien des millénaires plus tard. Homo erectus figure également parmi la liste des suspects, car il avait une aire de répartition géographique plus vaste et vivait même à Java.
Pour trancher, il faudrait retrouver des traces d’ADN de ces espèces et les comparer avec les séquences observées chez l’Homme de Denisova. Malheureusement, la performance est bien plus simple à évoquer qu’à réaliser. Alors que les Dénisoviens vivaient dans des régions froides et sèches où la molécule peut surmonter l’épreuve du temps, les fossiles de leurs cousins sont retrouvés dans des zones géographiques plus chaudes et humides, facilitant la dégradation de l’acide nucléique. Le mystère reste donc entier.
Cependant, de manière indirecte, nous disposons d’un fragment d’ADN de ce groupe humain inconnu. Une base de travail pour peut-être construire progressivement une image génétique plus précise de nos ancêtres !
Source : Futura Sciences du 22/11/2013
Fini le temps où l’on voyait l’évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l’histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l’Homme de Florès dans l’arbre évolutif humain ? Quid de l’Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.
D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu’une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.
Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d’ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n’avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d’un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome.
Les Dénisoviens ont les dents larges
Repartons des connaissances actuelles pour tenter de bien comprendre. Que sait-on de l’Homme de Denisova ? Pour l’heure, on estime que cette lignée humaine s’est distinguée de la nôtre voilà environ 800.000 ans (une étude très récente suggère que cela pourrait être moins ancien), tandis que celle menant aux Néandertaliens s’est séparée il y a environ 400.000 ans. La phalange et les quelques dents retrouvées dans la grotte sibérienne éponyme semblent indiquer que ces homininés présentaient des caractères plus anciens que leurs cousins disparus et que nos ancêtres directs, leurs quenottes étant relativement larges par exemple. Cette étude génétique en apporterait-elle la justification ?
La découverte place les scientifiques devant un nouveau mystère. Avec qui les Dénisoviens se sont-ils hybridés ? Est-ce un groupe jamais identifié ou bien une espèce déjà décrite ? Impossible de répondre avec fermeté, mais le débat qui a suivi l’annonce montre que les scientifiques penchent pour cette seconde hypothèse.
Les premières traces d’ADN de nos ancêtres
La piste la plus sérieuse serait celle d’Homo heidelbergensis, qui a quitté l’Afrique il y a environ un million d’années et notamment migré vers l’Asie. Des individus auraient pu se trouver sur le chemin migratoire des Dénisoviens, arrivés bien des millénaires plus tard. Homo erectus figure également parmi la liste des suspects, car il avait une aire de répartition géographique plus vaste et vivait même à Java.
Pour trancher, il faudrait retrouver des traces d’ADN de ces espèces et les comparer avec les séquences observées chez l’Homme de Denisova. Malheureusement, la performance est bien plus simple à évoquer qu’à réaliser. Alors que les Dénisoviens vivaient dans des régions froides et sèches où la molécule peut surmonter l’épreuve du temps, les fossiles de leurs cousins sont retrouvés dans des zones géographiques plus chaudes et humides, facilitant la dégradation de l’acide nucléique. Le mystère reste donc entier.
Cependant, de manière indirecte, nous disposons d’un fragment d’ADN de ce groupe humain inconnu. Une base de travail pour peut-être construire progressivement une image génétique plus précise de nos ancêtres !
Source : Futura Sciences du 22/11/2013
lundi 9 décembre 2013
mercredi 4 décembre 2013
L’homme de Néandertal avait des salles à manger, des séjours et des chambres à coucher
ARCHÉOLOGIE – Contrairement aux idées reçues, il n’habitait pas des gites immondes…
S’il vous arrive de dîner d’un plateau-repas dans votre lit ou de dormir parfois sur le sofa de votre salon, sachez que l’homme de Néandertal, lui, n’en faisait rien. Une récente fouille archéologique menée dans un abri sous-roche en Italie a mis au jour un habitat néandertalien fortement structuré.
Dans cette grotte, les archéologues ont découvert trois niveaux distincts. Le premier, le plus haut, servait à dépecer les animaux chassés, à couper la viande, à tanner les fourrures. Une sorte de cuisine en somme.
Une cuisine américaine et une cheminée dans le salon
Le second niveau, le plus large, était le lieu de vie sociale. C’est aussi là que se déroulait la confection des outils de chasse et que se trouvait le foyer. Dans un espace secondaire de niveau, les habitants mangeaient. Une sorte de cuisine américaine ouverte sur un salon, donc.
Enfin, dans le dernier niveau étaient aménagées des couchettes. La chambre à coucher, évidemment.
La grotte, située à Riparo Bombrini, a fait l’objet de plusieurs études. Pour Julien Riel-Salvatore, un des auteurs de la plus récente étude, ce site démontre que «Néandertal utilisait une forme de logique pour organiser ses espaces de vie. Si on définit l’homme moderne selon la capacité à ordonnancer les lieux de vie, alors il faut alors considérer Néandertal comme l’un d’entre eux.»
Source : 20 minutes du 03/12/2013
S’il vous arrive de dîner d’un plateau-repas dans votre lit ou de dormir parfois sur le sofa de votre salon, sachez que l’homme de Néandertal, lui, n’en faisait rien. Une récente fouille archéologique menée dans un abri sous-roche en Italie a mis au jour un habitat néandertalien fortement structuré.
Dans cette grotte, les archéologues ont découvert trois niveaux distincts. Le premier, le plus haut, servait à dépecer les animaux chassés, à couper la viande, à tanner les fourrures. Une sorte de cuisine en somme.
Une cuisine américaine et une cheminée dans le salon
Le second niveau, le plus large, était le lieu de vie sociale. C’est aussi là que se déroulait la confection des outils de chasse et que se trouvait le foyer. Dans un espace secondaire de niveau, les habitants mangeaient. Une sorte de cuisine américaine ouverte sur un salon, donc.
Enfin, dans le dernier niveau étaient aménagées des couchettes. La chambre à coucher, évidemment.
La grotte, située à Riparo Bombrini, a fait l’objet de plusieurs études. Pour Julien Riel-Salvatore, un des auteurs de la plus récente étude, ce site démontre que «Néandertal utilisait une forme de logique pour organiser ses espaces de vie. Si on définit l’homme moderne selon la capacité à ordonnancer les lieux de vie, alors il faut alors considérer Néandertal comme l’un d’entre eux.»
Source : 20 minutes du 03/12/2013
vendredi 29 novembre 2013
Les Indiens d’Amérique seraient en partie originaires d’Europe
Qui étaient les premiers êtres humains à conquérir l’Amérique ? Si l’on admet depuis longtemps qu’ils sont issus de populations ayant vécu en Extrême-Orient, ils seraient le fruit d’une union avec un autre groupe d’humain, venu d’Europe. C’est du moins ce que révèle un génome vieux de 24.000 ans.
L’une des particularités de notre espèce est qu’elle a colonisé le monde entier, à l’exception des terres (ou plutôt des glaces) trop inhospitalières de l’Antarctique. Si les Hommes sont nés en Afrique, ils n’y sont pas tous restés. Certains ont migré, à la découverte de mondes nouveaux, et sont devenus des pionniers, ou ont parfois rencontré des populations humaines déjà présentes avant eux, avec lesquelles ils se sont mélangés.
Tant bien que mal, les paléoanthropologues arrivent partiellement à reconstruire certains de ces mouvements migratoires, surtout grâce à l’ADN, lorsqu’ils peuvent en récupérer des échantillons. Et Eske Willerslev, chercheur à l’université de Copenhague (Danemark), s’est rendu en 2009 au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg (Russie), pour y récolter un échantillon d’ADN depuis les restes fossilisés d’un enfant mort à Mal’ta, en Sibérie, il y a 24.000 ans. Il s’agit des plus anciennes traces de génome des Hommes modernes. Que peut-on en tirer ?
L’analyse du scientifique et de son équipe révèle des informations probablement importantes pour expliquer la conquête de l’Amérique depuis le détroit de Béring par l’Homme. Dans Nature, ils lèvent le voile sur un mystère qui intriguait les scientifiques depuis longtemps en expliquant que certains des ascendants de ces populations ayant colonisé le Nouveau Monde venaient en fait d’Europe, et pas seulement d’Extrême-Orient.
Le garçon de Mal’ta, un Européen à la croisée des chemins
Jusqu’à présent, les scientifiques étaient un peu dans le flou. L’histoire veut que les premiers Américains, ancêtres des Indiens d’Amérique, aient traversé le détroit de Béring à pied, il y a environ 15.000 ou 16.000 ans, avant de se répandre progressivement sur tout le continent. L’hypothèse la plus plausible considère que cette population pionnière venait de l’Asie de l’est. Mais les analyses génétiques ne semblent pas aussi formelles : s’il existe inéluctablement un lien, les Amérindiens portent également les traces caractéristiques des Européens. Une anomalie que certains scientifiques veulent expliquer en imaginant une migration à travers l’Atlantique depuis le Vieux continent, hypothèse jugée par d’autres comme un peu trop fantasque…
Le garçon de Mal’ta pourrait détenir la clé du problème. Les analyses de son ADN mitochondrial, permettant de retracer la lignée maternelle, montrent qu'il était porteur de ce que les scientifiques appellent l’haplogroupe U, caractéristiques des populations d’Europe, du nord de l’Afrique et d’Asie méridionale. En revanche, on n’en avait jamais retrouvé les traces jusqu’aux rives du lac Baïkal, où l’on pensait que seules des peuplades extrême-orientales avaient pu vivre. L’échantillon était-il contaminé ?
Eske Willerslev l’a cru, et a même mis ses résultats de côté durant une année. Puis il s’est intéressé au chromosome Y de l’enfant de Mal’ta, qui retrace quant à lui la lignée paternelle. À sa grande surprise, les résultats confirment les précédents. Plus fort encore : les scientifiques ont même retrouvé des marqueurs génétiques caractéristiques des populations amérindiennes, déjà présentes avant le débarquement de Christophe Colomb et des conquistadors après lui.
Les premiers Américains n’ont-ils que 15.000 ans ?
Pour les auteurs, le verdict est clair : la lignée de cet enfant s’est mélangée, et à plusieurs reprises, avec une population d’Extrême-Orient, et ce sont leurs descendants qui sont partis conquérir l’Amérique. L’idée est la suivante : des peuples d’Asie orientale seraient remontés vers le Nord, où ils auraient croisé des groupes humains venus d’Europe ou d’Asie occidentale.
C’est une hypothèse qui se tient. Mais il reste à déterminer s’il y a eu un seul ou plusieurs mouvements migratoires de l’Asie vers l’Amérique. La question reste en suspens.
D’autre part, une étude tout juste publiée dans Proceeding of Royal Society B pourrait remettre à plat toute l’histoire. Ce travail s’est focalisé sur des fossiles de paresseux géants datés d’il y a 30.000 ans, et semble révéler des marques d’agressions humaines sur les squelettes retrouvés. Des Hommes auraient-ils vécu au Nouveau Monde depuis si longtemps ? Les auteurs le pensent, et suggèrent même une migration directement depuis l’Afrique, dans des temps plus anciens encore, sur des bateaux qui auraient tenté leur chance vers l’ouest, et quelques-uns d’entre eux, portés par les vents et les courants, auraient pu atteindre les côtes du Brésil. Il se pourrait donc qu’il reste encore beaucoup de mystères à révéler.
Source : Futura Sciences du 23/11/2013
L’une des particularités de notre espèce est qu’elle a colonisé le monde entier, à l’exception des terres (ou plutôt des glaces) trop inhospitalières de l’Antarctique. Si les Hommes sont nés en Afrique, ils n’y sont pas tous restés. Certains ont migré, à la découverte de mondes nouveaux, et sont devenus des pionniers, ou ont parfois rencontré des populations humaines déjà présentes avant eux, avec lesquelles ils se sont mélangés.
Tant bien que mal, les paléoanthropologues arrivent partiellement à reconstruire certains de ces mouvements migratoires, surtout grâce à l’ADN, lorsqu’ils peuvent en récupérer des échantillons. Et Eske Willerslev, chercheur à l’université de Copenhague (Danemark), s’est rendu en 2009 au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg (Russie), pour y récolter un échantillon d’ADN depuis les restes fossilisés d’un enfant mort à Mal’ta, en Sibérie, il y a 24.000 ans. Il s’agit des plus anciennes traces de génome des Hommes modernes. Que peut-on en tirer ?
L’analyse du scientifique et de son équipe révèle des informations probablement importantes pour expliquer la conquête de l’Amérique depuis le détroit de Béring par l’Homme. Dans Nature, ils lèvent le voile sur un mystère qui intriguait les scientifiques depuis longtemps en expliquant que certains des ascendants de ces populations ayant colonisé le Nouveau Monde venaient en fait d’Europe, et pas seulement d’Extrême-Orient.
Le garçon de Mal’ta, un Européen à la croisée des chemins
Jusqu’à présent, les scientifiques étaient un peu dans le flou. L’histoire veut que les premiers Américains, ancêtres des Indiens d’Amérique, aient traversé le détroit de Béring à pied, il y a environ 15.000 ou 16.000 ans, avant de se répandre progressivement sur tout le continent. L’hypothèse la plus plausible considère que cette population pionnière venait de l’Asie de l’est. Mais les analyses génétiques ne semblent pas aussi formelles : s’il existe inéluctablement un lien, les Amérindiens portent également les traces caractéristiques des Européens. Une anomalie que certains scientifiques veulent expliquer en imaginant une migration à travers l’Atlantique depuis le Vieux continent, hypothèse jugée par d’autres comme un peu trop fantasque…
Le garçon de Mal’ta pourrait détenir la clé du problème. Les analyses de son ADN mitochondrial, permettant de retracer la lignée maternelle, montrent qu'il était porteur de ce que les scientifiques appellent l’haplogroupe U, caractéristiques des populations d’Europe, du nord de l’Afrique et d’Asie méridionale. En revanche, on n’en avait jamais retrouvé les traces jusqu’aux rives du lac Baïkal, où l’on pensait que seules des peuplades extrême-orientales avaient pu vivre. L’échantillon était-il contaminé ?
Eske Willerslev l’a cru, et a même mis ses résultats de côté durant une année. Puis il s’est intéressé au chromosome Y de l’enfant de Mal’ta, qui retrace quant à lui la lignée paternelle. À sa grande surprise, les résultats confirment les précédents. Plus fort encore : les scientifiques ont même retrouvé des marqueurs génétiques caractéristiques des populations amérindiennes, déjà présentes avant le débarquement de Christophe Colomb et des conquistadors après lui.
Les premiers Américains n’ont-ils que 15.000 ans ?
Pour les auteurs, le verdict est clair : la lignée de cet enfant s’est mélangée, et à plusieurs reprises, avec une population d’Extrême-Orient, et ce sont leurs descendants qui sont partis conquérir l’Amérique. L’idée est la suivante : des peuples d’Asie orientale seraient remontés vers le Nord, où ils auraient croisé des groupes humains venus d’Europe ou d’Asie occidentale.
C’est une hypothèse qui se tient. Mais il reste à déterminer s’il y a eu un seul ou plusieurs mouvements migratoires de l’Asie vers l’Amérique. La question reste en suspens.
D’autre part, une étude tout juste publiée dans Proceeding of Royal Society B pourrait remettre à plat toute l’histoire. Ce travail s’est focalisé sur des fossiles de paresseux géants datés d’il y a 30.000 ans, et semble révéler des marques d’agressions humaines sur les squelettes retrouvés. Des Hommes auraient-ils vécu au Nouveau Monde depuis si longtemps ? Les auteurs le pensent, et suggèrent même une migration directement depuis l’Afrique, dans des temps plus anciens encore, sur des bateaux qui auraient tenté leur chance vers l’ouest, et quelques-uns d’entre eux, portés par les vents et les courants, auraient pu atteindre les côtes du Brésil. Il se pourrait donc qu’il reste encore beaucoup de mystères à révéler.
Source : Futura Sciences du 23/11/2013
mercredi 27 novembre 2013
Génétique: trois plongées dans la préhistoire
En une semaine, trois annonces préhistoriques avec un point commun: les gènes de nos lointains ancêtres deviennent de plus en plus intrigants.
Un enfant de trois ans, mort en Sibérie il y a 24 000 ans, dont la famille pourrait être l’ancêtre des Amérindiens... mais qui porte en lui une lignée ancestrale européenne. Un Dénisovien qui porte en lui une lignée génétique inconnue. Et un virus du Néandertal en nous.
La course Europe-Asie-Amérique
Les cartes géographiques illustrant les déplacements de nos ancêtres Homo Sapiens contiennent généralement une flèche qui, partie d’Afrique il y a 100 000 ans, traverse le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine puis, par la Sibérie et l’Alaska, entre en Amérique il y a 12 à 20 000 ans. Si la génétique a récemment renforcé l’hypothèse voulant que les Amérindiens tirent leurs origines de groupes venus de Sibérie, il n’en demeure pas moins que plusieurs questions restent en plan : d’où venaient ces groupes ? Quand sont-ils arrivés en Sibérie? Et ont-ils laissé une descendance là-bas ?
Le garçon de 24 000 ans, de même qu’un second fossile de 17 000 ans, obligeront l’ajout d’une nouvelle flèche : selon la recherche publiée dans Nature le 20 novembre et dirigée par le paléogénéticien Eske Willerslev, du Musée d’histoire naturelle de Copenhague, un groupe d’Homo sapiens est d’abord passé par l’Europe il y a 40 000 ans, où il a laissé une descendance, puis certains d'entre eux ont progressé vers l’Est jusqu’à ce qu’ils rejoignent, en pleine ère glaciaire il y a 15 000 ans, un autre groupe d’Homo sapiens déjà arrivé en Asie. Formant ainsi un groupe «hybride» dont une partie aurait colonisé les Amériques.
Au passage, ce garçon est le plus ancien humain (excluant une poignée de Néandertaliens) à avoir eu son génome décodé. Mais peut-être pas le dernier, ce qui laisse présager d’autres surprises.
Le mystère du Dénisovien
De fait, les allers et retours entre les populations humaines ou même pré-humaines sont au coeur de la deuxième étude. L’auteur principal, l’Américain David Reich, a soutenu lors d’un congrès sur «l’ADN ancien» tenu la semaine dernière, avoir identifié des fragments d’ADN jusqu’ici inconnus dans le génome du Dénisovien, une lignée humaine dont on ne connaît encore que peu de choses.
Le Dénisovien est un cas à lui tout seul : depuis 2010, on ne connaît son génome que grâce à deux dents et un doigt, vieux d’environ 40 000 ans et trouvés dans une caverne située non loin de la Mongolie. Mais son génome s’est révélé si différent de ses deux cousins de l’époque —l’Homo sapiens et le Néandertalien— que les paléogénéticiens se sont empressés d’en faire une «lignée distincte».
Ces fragments jusqu’ici inconnus pourraient être les restes d’une sous-espèce encore non-identifiée ou, plus simplement, les restes de groupes plus anciens, comme l’Homo erectus, connus par leurs ossements mais trop anciens pour qu’on ait pu jusqu’ici décoder leurs génomes.
Un virus néandertalien
Quant à la troisième étude, parue le 18 novembre dans la revue Current Biology, elle ouvre la porte sur une portion inédite du passé. En 2012, une équipe du Collège de médecine Albert Einstein, à New York, avait identifié des séquences génétiques de virus au milieu des génomes d’un Néandertalien et de cet unique Dénisovien. Or, voilà que la moitié de ces séquences génétiques (7 sur 14) ont été également identifiées chez certains d’entre nous.
Il s’agit plus précisément de rétrovirus, ceux qui ne se contentent pas d’envahir nos cellules, mais s’insèrent dans notre ADN. Selon le New Scientist, ce type de séquence génétique formerait jusqu’à 8% du génome humain et a parfois été confondu avec «l’ADN-poubelle» parce qu’elle ne semble pas contribuer au bon (ou au mauvais) fonctionnement de notre organisme.
L’équipe de Robert Belshaw et Gkikas Magiorkinis, des universités britanniques de Plymouth et d’Oxford, émet comme hypothèse que ces rétrovirus ont probablement infecté nos ancêtres il y a un demi-million d’années, soit avant la division qui a conduit à la lignée des Néandertaliens et des Dénisoviens.
Quelques dates :
6 millions d’années : divergence des ancêtres chimpanzés et humains
1,5 million d’années : Homo erectus s’aventure hors d’Afrique
1 million d’années : Divergence des ancêtres du Dénisovien et de nous
Environ 500 000 ans : Divergence des ancêtres Néandertaliens et de nous
300 à 500 000 ans : l’ancêtre des Néandertaliens hors d’Afrique
Moins de 100 000 ans : Homo sapiens hors d’Afrique
50 000 ans: plus anciens Homo sapiens connus en Europe
Source: Sciencepresse du 25/11/2013
Un enfant de trois ans, mort en Sibérie il y a 24 000 ans, dont la famille pourrait être l’ancêtre des Amérindiens... mais qui porte en lui une lignée ancestrale européenne. Un Dénisovien qui porte en lui une lignée génétique inconnue. Et un virus du Néandertal en nous.
La course Europe-Asie-Amérique
Les cartes géographiques illustrant les déplacements de nos ancêtres Homo Sapiens contiennent généralement une flèche qui, partie d’Afrique il y a 100 000 ans, traverse le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine puis, par la Sibérie et l’Alaska, entre en Amérique il y a 12 à 20 000 ans. Si la génétique a récemment renforcé l’hypothèse voulant que les Amérindiens tirent leurs origines de groupes venus de Sibérie, il n’en demeure pas moins que plusieurs questions restent en plan : d’où venaient ces groupes ? Quand sont-ils arrivés en Sibérie? Et ont-ils laissé une descendance là-bas ?
Le garçon de 24 000 ans, de même qu’un second fossile de 17 000 ans, obligeront l’ajout d’une nouvelle flèche : selon la recherche publiée dans Nature le 20 novembre et dirigée par le paléogénéticien Eske Willerslev, du Musée d’histoire naturelle de Copenhague, un groupe d’Homo sapiens est d’abord passé par l’Europe il y a 40 000 ans, où il a laissé une descendance, puis certains d'entre eux ont progressé vers l’Est jusqu’à ce qu’ils rejoignent, en pleine ère glaciaire il y a 15 000 ans, un autre groupe d’Homo sapiens déjà arrivé en Asie. Formant ainsi un groupe «hybride» dont une partie aurait colonisé les Amériques.
Au passage, ce garçon est le plus ancien humain (excluant une poignée de Néandertaliens) à avoir eu son génome décodé. Mais peut-être pas le dernier, ce qui laisse présager d’autres surprises.
Le mystère du Dénisovien
De fait, les allers et retours entre les populations humaines ou même pré-humaines sont au coeur de la deuxième étude. L’auteur principal, l’Américain David Reich, a soutenu lors d’un congrès sur «l’ADN ancien» tenu la semaine dernière, avoir identifié des fragments d’ADN jusqu’ici inconnus dans le génome du Dénisovien, une lignée humaine dont on ne connaît encore que peu de choses.
Le Dénisovien est un cas à lui tout seul : depuis 2010, on ne connaît son génome que grâce à deux dents et un doigt, vieux d’environ 40 000 ans et trouvés dans une caverne située non loin de la Mongolie. Mais son génome s’est révélé si différent de ses deux cousins de l’époque —l’Homo sapiens et le Néandertalien— que les paléogénéticiens se sont empressés d’en faire une «lignée distincte».
Ces fragments jusqu’ici inconnus pourraient être les restes d’une sous-espèce encore non-identifiée ou, plus simplement, les restes de groupes plus anciens, comme l’Homo erectus, connus par leurs ossements mais trop anciens pour qu’on ait pu jusqu’ici décoder leurs génomes.
Un virus néandertalien
Quant à la troisième étude, parue le 18 novembre dans la revue Current Biology, elle ouvre la porte sur une portion inédite du passé. En 2012, une équipe du Collège de médecine Albert Einstein, à New York, avait identifié des séquences génétiques de virus au milieu des génomes d’un Néandertalien et de cet unique Dénisovien. Or, voilà que la moitié de ces séquences génétiques (7 sur 14) ont été également identifiées chez certains d’entre nous.
Il s’agit plus précisément de rétrovirus, ceux qui ne se contentent pas d’envahir nos cellules, mais s’insèrent dans notre ADN. Selon le New Scientist, ce type de séquence génétique formerait jusqu’à 8% du génome humain et a parfois été confondu avec «l’ADN-poubelle» parce qu’elle ne semble pas contribuer au bon (ou au mauvais) fonctionnement de notre organisme.
L’équipe de Robert Belshaw et Gkikas Magiorkinis, des universités britanniques de Plymouth et d’Oxford, émet comme hypothèse que ces rétrovirus ont probablement infecté nos ancêtres il y a un demi-million d’années, soit avant la division qui a conduit à la lignée des Néandertaliens et des Dénisoviens.
Quelques dates :
6 millions d’années : divergence des ancêtres chimpanzés et humains
1,5 million d’années : Homo erectus s’aventure hors d’Afrique
1 million d’années : Divergence des ancêtres du Dénisovien et de nous
Environ 500 000 ans : Divergence des ancêtres Néandertaliens et de nous
300 à 500 000 ans : l’ancêtre des Néandertaliens hors d’Afrique
Moins de 100 000 ans : Homo sapiens hors d’Afrique
50 000 ans: plus anciens Homo sapiens connus en Europe
Source: Sciencepresse du 25/11/2013
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Homo denisovensis,
Homo neanderthalensis,
Homo sapiens
samedi 9 novembre 2013
Toumaï: le Tchad fait don à l’UNESCO
Il sera remis le 11 novembre prochain à la Directrice générale, Mme Irina Bokova, par le président tchadien Idriss Déby Itno
Durant la 37ème session de la Conférence Générale de l’UNESCO qui s’est ouverte ce 5 novembre à Paris, un moulage du crâne de Toumaï, le plus vieil hominidé à ce jour, daté d’environ 7 millions d'années sera remis, à Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’organisation onusienne. La cérémonie de donation se tiendra le lundi 11 novembre prochain sous la houlette de Son Excellence M. Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad. Le moulage sera disposé sur une stèle en pierre taillée de la vallée de l’Homme en Dordogne, symbolisant l’immuabilité, rappelant les origines de l’humanité, et soulignant l’importance de la préservation du patrimoine mondial.
Cet événement est donc d’une grande importance, à la fois symbolique et historique pour l’UNESCO et ses partenaires. Ce moulage offrira également une portée pédagogique, transmettant ainsi de nouveaux éléments pour les théories paléoanthropologiques des origines de l’Homme, et offrant une contribution à l’Histoire générale de l’Afrique et de l’humanité. L’UNESCO, à travers la Directrice, est honorée de la contribution de la République du Tchad à l’effort mutuel de préservation du patrimoine mondial de l’humanité. Ce geste marquera la continuité de la bonne coopération entre l’Organisation et la République du Tchad, et ce depuis l’entrée de ce pays à l’UNESCO en 1960.
En marge de cet événement, la Délégation permanente de la République du Tchad organisera une exposition de pièces fossiles paléoanthropologiques. Celle-ci sera précédée, les 6 et 7 novembre, en partenariat avec le Secteur de la Culture, d’un colloque scientifique sur la découverte du crâne et ses contributions historiques. Ce colloque réunira une quinzaine d’experts internationaux qui discuteront de l’état actuel des recherches paléoanthropologiques, et posera les bases d’un plus grand évènement se déroulant en 2014 à N’Djamena au Tchad dans le cadre de la préparation du 9ème volume de l’Histoire générale de l’Afrique. Il est par ailleurs prévu que Son Excellence Monsieur Idriss Deby intervienne devant la Conférence générale de l’UNESCO.
La découverte du crâne de Toumaï a eu lieu le 19 juillet 2001, lorsqu’Ahounta Djimdoumalbaye, un des membres de la mission paléoanthropologique franco-tchadienne - dirigée par le paléontologue français Michel Brunet, ici assisté par Alain Beauvilain -, découvre le crâne d'un hominidé qui vivait, il y a 7 millions d'années au miocène supérieur, et est donc le plus vieil hominidé jamais découvert. Toumaï est unique en son genre, scientifiquement il s'agit d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce: Sahelanthropus tchadensis.
Source : Journal du Tchad du 05/11/2013
Durant la 37ème session de la Conférence Générale de l’UNESCO qui s’est ouverte ce 5 novembre à Paris, un moulage du crâne de Toumaï, le plus vieil hominidé à ce jour, daté d’environ 7 millions d'années sera remis, à Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’organisation onusienne. La cérémonie de donation se tiendra le lundi 11 novembre prochain sous la houlette de Son Excellence M. Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad. Le moulage sera disposé sur une stèle en pierre taillée de la vallée de l’Homme en Dordogne, symbolisant l’immuabilité, rappelant les origines de l’humanité, et soulignant l’importance de la préservation du patrimoine mondial.
Cet événement est donc d’une grande importance, à la fois symbolique et historique pour l’UNESCO et ses partenaires. Ce moulage offrira également une portée pédagogique, transmettant ainsi de nouveaux éléments pour les théories paléoanthropologiques des origines de l’Homme, et offrant une contribution à l’Histoire générale de l’Afrique et de l’humanité. L’UNESCO, à travers la Directrice, est honorée de la contribution de la République du Tchad à l’effort mutuel de préservation du patrimoine mondial de l’humanité. Ce geste marquera la continuité de la bonne coopération entre l’Organisation et la République du Tchad, et ce depuis l’entrée de ce pays à l’UNESCO en 1960.
En marge de cet événement, la Délégation permanente de la République du Tchad organisera une exposition de pièces fossiles paléoanthropologiques. Celle-ci sera précédée, les 6 et 7 novembre, en partenariat avec le Secteur de la Culture, d’un colloque scientifique sur la découverte du crâne et ses contributions historiques. Ce colloque réunira une quinzaine d’experts internationaux qui discuteront de l’état actuel des recherches paléoanthropologiques, et posera les bases d’un plus grand évènement se déroulant en 2014 à N’Djamena au Tchad dans le cadre de la préparation du 9ème volume de l’Histoire générale de l’Afrique. Il est par ailleurs prévu que Son Excellence Monsieur Idriss Deby intervienne devant la Conférence générale de l’UNESCO.
La découverte du crâne de Toumaï a eu lieu le 19 juillet 2001, lorsqu’Ahounta Djimdoumalbaye, un des membres de la mission paléoanthropologique franco-tchadienne - dirigée par le paléontologue français Michel Brunet, ici assisté par Alain Beauvilain -, découvre le crâne d'un hominidé qui vivait, il y a 7 millions d'années au miocène supérieur, et est donc le plus vieil hominidé jamais découvert. Toumaï est unique en son genre, scientifiquement il s'agit d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce: Sahelanthropus tchadensis.
Source : Journal du Tchad du 05/11/2013
vendredi 8 novembre 2013
Un visage venu de la préhistoire, les yeux dans les yeux
À l’écart des grands sites préhistoriques de la vallée de la Vézère, bien connus des touristes, il en existe de plus secrets, tout aussi riches, et qui réservent d’autres émotions.
On se rappelle l’histoire de la grotte de Lascaux, redécouverte au milieu du XXe siècle par des enfants à la recherche de leur chien tombé dans un trou. Dans cette même vallée périgourdine, aux falaises de calcaire toutes percées de cavités, et habitées depuis la préhistoire, s’égrène une litanie de sites, gouffres, cavernes, abris sous roche, villages troglodytiques, fouillés au fil des XIXe et XXe siècles… Les Eyzies-de-Tayac, devenu le siège d’un pôle international de la préhistoire, et d’un musée national flambant neuf, attire des millions de touristes du monde entier. Au point que Lascaux, asphyxiée par de trop nombreux visiteurs, a été fermée au public et doublée d’une copie, Lascaux II ; avant Lascaux III, sa version virtuelle en trois dimensions.
Mais d’autres grottes moins célèbres se visitent aussi, où l’histoire de nos lointains ancêtres continue de s’écrire, au fil des trouvailles et des travaux des préhistoriens. Sans publicité, sans parkings aménagés, sans billetterie ni buvette.
Ainsi, à quelques kilomètres des Eyzies, la grotte ornée de Bernifal. Ses peintures, gravures et sculptures, plus d’une centaine expertisées à ce jour, sont datées de l’ère magdalénienne (autour de – 15 000 ans avant notre ère) contemporaines de celles de Lascaux. Bernifal appartient aux 15 « sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère » classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Mais elle se mérite ! Perdue au fond des bois, propriété d’une famille d’agriculteurs qui habite depuis toujours à proximité, elle a été explorée dès le début du XXe siècle par les premiers archéologues, puis est restée en l’état. Sans doute à peu près telle que l’ont connue les hommes de la préhistoire. Il y a à peine vingt-cinq ans, Gilbert Pémendrant, l’actuel maître des lieux, et son frère, ont pratiqué une porte, et charrié les quelques centaines de mètres cubes de calcaire stérile, issu des couches profondes de la forêt, pour rendre accessible le sol escarpé. Sous la stricte égide cependant des Monuments historiques.
sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions
Depuis, il gère « sa » grotte, à sa manière, avec passion, hors de tout circuit commercial. Muni seulement d’une torche de sa fabrication – l’électricité n’arrive pas jusqu’ici – et d’un téléphone portable, pour communiquer avec les visiteurs qui font l’expédition. Soit quelques groupes de passionnés, préhistoriens et spéléologues, des écoles, et durant la belle saison quelques dizaines de curieux par jour.
Sur la départementale qui relie les Eyzies à Sarlat, un panneau signalétique officiel indique Bernifal. Mais l’aventure commence après que l’on s’est garé en contrebas, dans la petite vallée où coule la Beune. Il faut alors, suivant des indications écrites à la main sur un morceau de carton ondulé, s’enfoncer à pied dans les bois, longeant une roche trouée d’anciens abris troglodytiques. Quelques flèches disséminées, un demi-kilomètre de marche sur un tapis de feuilles mortes sans rencontrer âme qui vive, et voici une porte de tôle pratiquée dans un repli du terrain.
Frappez, Monsieur Pémendrant, septuagénaire bon pied, bon œil, vous ouvrira. Du moins si vous montrez patte blanche et avez pris rendez-vous.
On franchit donc la porte qui se referme derrière nous, et on s’enfonce dans l’obscurité la plus complète, guidés par l’unique torche de notre guide, et son chaleureux accent occitan.
Interdiction de toucher les murs
À coups de pinceaux de lumière, Gilbert Pémendrant dévoile les contours d’une première « salle », sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions, stalactites et stalagmites. La grotte est toujours « active », c’est-à-dire animée par l’écoulement naturel de l’eau contre ses parois, selon une musique qui varie avec les saisons, gouttelettes ou ruissellement. Il y a là, nous dira-t-il, 120 mètres de galeries s’enfonçant sous la terre, réparties en trois salles principales.
Interdiction de toucher les murs, injonction de regarder où on met les pieds, et obligation de se placer dans les angles de vision définis par notre truculent cicérone. Ses ordres sonnent clair et net ; ainsi perdus dans l’obscurité la plus complète, en équilibre sur la roche suintante et glissante, nous sommes tout prêts à obéir !
À mesure que nous progressons, dans les ronds de lumière successifs, apparaît un bestiaire fantastique : deux mammouths au plafond, un petit âne, un bouquetin, un poisson aux nageoires striées, un aurochs dessiné au manganèse, un bison qui épouse les formes de la roche… Et puis encore une étoile à six branches, unique en son genre explique-t-il, des dessins « tectiformes », c’est-à-dire en forme de toit de maison, mais pour lesquels il n’existe actuellement aucune explication convaincante ; et puis des mains dessinées, gravées, ou peintes « en négatif », selon une technique dite de la peinture soufflée.
Plus étonnant encore : un petit équidé, dit « le cheval bridé de Bernifal », parce qu’on voit nettement les traits d’une bride autour des naseaux et du chanfrein. Il a été gravé à une époque où l’homme était censé ne pas avoir domestiqué l’animal… Dans un interstice, un silex taillé en couteau, long d’une vingtaine de centimètres, a été oublié là et s’est calcifié avec le temps, pour l’éternité.
Des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal
Ces points, ces traits, ces coups de silex dans la roche, il faut être expert pour y voir la main de l’homme, et se risquer à les interpréter. Et quelquefois un peu d’imagination pour suivre les traits de la lampe électrique qui danse dans le noir, dessinant des formes, pointant des reliefs improbables. Plus tard, on se tournera vers Gilles et Brigitte Delluc, les spécialistes du paléolithique qui ont publié une étude de référence sur la grotte de Bernifal. Ils confirment, au moins pour l’essentiel !
Alors, on peut se laisser aller à l’émotion, tout en regardant toujours où l’on met les pieds, étant donné la déclivité humide des salles successives. Émotion en particulier lorsque l’on se retrouve face à face avec des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal. À hauteur de notre regard, sur une paroi bombée, un fin visage aux yeux bien dessinés, étonnamment contemporain, semble nous regarder, et depuis si longtemps… On peine à détacher les yeux, comme une impolitesse envers l’hôte de ces lieux.
Et encore un profil humain, à la fois sculpté et gravé dans la pierre, dont il utilise le relief. Il faut pour l’apercevoir entrer un par un dans un « diverticule », petite galerie adjacente, s’accroupir et braquer la lumière en oblique, à partir d’une « cheminée » haute et étroite. C’est la fierté du propriétaire, qui l’a découvert par hasard en 2009. Depuis, elle a été authentifiée. Car, précise Gilbert Pémendrant, « je ne vous montre pas tout, seulement ce qui a été expertisé ! » On paye en remontant à l’air libre, dans tous les sens du terme. Un prix aussi modique que variable, si on est content de la visite !
Ensuite, rien n’empêche de retrouver la civilisation, les parkings où l’on fait la queue, pour voir les mêmes merveilles, avec des éclairages, et des explications, mieux calibrées et plus scientifiques.
***
« Le dernier paysanpréhistorien »
La réalisatrice Sophie Cattoire vient de consacrer un film à ce « dernier paysan préhistorien ». Au-delà du personnage truculent, de sa ferme et de ses trésors préhistoriques, on y trouvera le témoignage de la vie autarcique des petits agriculteurs périgourdins, dans ces maisons troglodytiques accrochées à la falaise et perdues dans les bois. De très belles images, et un mode de vie venu du fond des âges, depuis les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, aujourd’hui en voie de disparition.
Ce film, primé dans de nombreux festivals – prix du meilleur film pour la recherche créative au festival Icronos de Bordeaux, prix du jury du festival de Nyon en Suisse – est sélectionné pour le festival Arkhaios aux États-Unis.
Il vient de paraître en DVD : avec sous-titres en anglais, 52 mn, 20 € sur commande à Ferrassie TV, 24260 Savignac-de-Miremont.
Source : La Croix du 29/10/2013
On se rappelle l’histoire de la grotte de Lascaux, redécouverte au milieu du XXe siècle par des enfants à la recherche de leur chien tombé dans un trou. Dans cette même vallée périgourdine, aux falaises de calcaire toutes percées de cavités, et habitées depuis la préhistoire, s’égrène une litanie de sites, gouffres, cavernes, abris sous roche, villages troglodytiques, fouillés au fil des XIXe et XXe siècles… Les Eyzies-de-Tayac, devenu le siège d’un pôle international de la préhistoire, et d’un musée national flambant neuf, attire des millions de touristes du monde entier. Au point que Lascaux, asphyxiée par de trop nombreux visiteurs, a été fermée au public et doublée d’une copie, Lascaux II ; avant Lascaux III, sa version virtuelle en trois dimensions.
Mais d’autres grottes moins célèbres se visitent aussi, où l’histoire de nos lointains ancêtres continue de s’écrire, au fil des trouvailles et des travaux des préhistoriens. Sans publicité, sans parkings aménagés, sans billetterie ni buvette.
Ainsi, à quelques kilomètres des Eyzies, la grotte ornée de Bernifal. Ses peintures, gravures et sculptures, plus d’une centaine expertisées à ce jour, sont datées de l’ère magdalénienne (autour de – 15 000 ans avant notre ère) contemporaines de celles de Lascaux. Bernifal appartient aux 15 « sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère » classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Mais elle se mérite ! Perdue au fond des bois, propriété d’une famille d’agriculteurs qui habite depuis toujours à proximité, elle a été explorée dès le début du XXe siècle par les premiers archéologues, puis est restée en l’état. Sans doute à peu près telle que l’ont connue les hommes de la préhistoire. Il y a à peine vingt-cinq ans, Gilbert Pémendrant, l’actuel maître des lieux, et son frère, ont pratiqué une porte, et charrié les quelques centaines de mètres cubes de calcaire stérile, issu des couches profondes de la forêt, pour rendre accessible le sol escarpé. Sous la stricte égide cependant des Monuments historiques.
sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions
Depuis, il gère « sa » grotte, à sa manière, avec passion, hors de tout circuit commercial. Muni seulement d’une torche de sa fabrication – l’électricité n’arrive pas jusqu’ici – et d’un téléphone portable, pour communiquer avec les visiteurs qui font l’expédition. Soit quelques groupes de passionnés, préhistoriens et spéléologues, des écoles, et durant la belle saison quelques dizaines de curieux par jour.
Sur la départementale qui relie les Eyzies à Sarlat, un panneau signalétique officiel indique Bernifal. Mais l’aventure commence après que l’on s’est garé en contrebas, dans la petite vallée où coule la Beune. Il faut alors, suivant des indications écrites à la main sur un morceau de carton ondulé, s’enfoncer à pied dans les bois, longeant une roche trouée d’anciens abris troglodytiques. Quelques flèches disséminées, un demi-kilomètre de marche sur un tapis de feuilles mortes sans rencontrer âme qui vive, et voici une porte de tôle pratiquée dans un repli du terrain.
Frappez, Monsieur Pémendrant, septuagénaire bon pied, bon œil, vous ouvrira. Du moins si vous montrez patte blanche et avez pris rendez-vous.
On franchit donc la porte qui se referme derrière nous, et on s’enfonce dans l’obscurité la plus complète, guidés par l’unique torche de notre guide, et son chaleureux accent occitan.
Interdiction de toucher les murs
À coups de pinceaux de lumière, Gilbert Pémendrant dévoile les contours d’une première « salle », sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions, stalactites et stalagmites. La grotte est toujours « active », c’est-à-dire animée par l’écoulement naturel de l’eau contre ses parois, selon une musique qui varie avec les saisons, gouttelettes ou ruissellement. Il y a là, nous dira-t-il, 120 mètres de galeries s’enfonçant sous la terre, réparties en trois salles principales.
Interdiction de toucher les murs, injonction de regarder où on met les pieds, et obligation de se placer dans les angles de vision définis par notre truculent cicérone. Ses ordres sonnent clair et net ; ainsi perdus dans l’obscurité la plus complète, en équilibre sur la roche suintante et glissante, nous sommes tout prêts à obéir !
À mesure que nous progressons, dans les ronds de lumière successifs, apparaît un bestiaire fantastique : deux mammouths au plafond, un petit âne, un bouquetin, un poisson aux nageoires striées, un aurochs dessiné au manganèse, un bison qui épouse les formes de la roche… Et puis encore une étoile à six branches, unique en son genre explique-t-il, des dessins « tectiformes », c’est-à-dire en forme de toit de maison, mais pour lesquels il n’existe actuellement aucune explication convaincante ; et puis des mains dessinées, gravées, ou peintes « en négatif », selon une technique dite de la peinture soufflée.
Plus étonnant encore : un petit équidé, dit « le cheval bridé de Bernifal », parce qu’on voit nettement les traits d’une bride autour des naseaux et du chanfrein. Il a été gravé à une époque où l’homme était censé ne pas avoir domestiqué l’animal… Dans un interstice, un silex taillé en couteau, long d’une vingtaine de centimètres, a été oublié là et s’est calcifié avec le temps, pour l’éternité.
Des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal
Ces points, ces traits, ces coups de silex dans la roche, il faut être expert pour y voir la main de l’homme, et se risquer à les interpréter. Et quelquefois un peu d’imagination pour suivre les traits de la lampe électrique qui danse dans le noir, dessinant des formes, pointant des reliefs improbables. Plus tard, on se tournera vers Gilles et Brigitte Delluc, les spécialistes du paléolithique qui ont publié une étude de référence sur la grotte de Bernifal. Ils confirment, au moins pour l’essentiel !
Alors, on peut se laisser aller à l’émotion, tout en regardant toujours où l’on met les pieds, étant donné la déclivité humide des salles successives. Émotion en particulier lorsque l’on se retrouve face à face avec des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal. À hauteur de notre regard, sur une paroi bombée, un fin visage aux yeux bien dessinés, étonnamment contemporain, semble nous regarder, et depuis si longtemps… On peine à détacher les yeux, comme une impolitesse envers l’hôte de ces lieux.
Et encore un profil humain, à la fois sculpté et gravé dans la pierre, dont il utilise le relief. Il faut pour l’apercevoir entrer un par un dans un « diverticule », petite galerie adjacente, s’accroupir et braquer la lumière en oblique, à partir d’une « cheminée » haute et étroite. C’est la fierté du propriétaire, qui l’a découvert par hasard en 2009. Depuis, elle a été authentifiée. Car, précise Gilbert Pémendrant, « je ne vous montre pas tout, seulement ce qui a été expertisé ! » On paye en remontant à l’air libre, dans tous les sens du terme. Un prix aussi modique que variable, si on est content de la visite !
Ensuite, rien n’empêche de retrouver la civilisation, les parkings où l’on fait la queue, pour voir les mêmes merveilles, avec des éclairages, et des explications, mieux calibrées et plus scientifiques.
***
« Le dernier paysanpréhistorien »
La réalisatrice Sophie Cattoire vient de consacrer un film à ce « dernier paysan préhistorien ». Au-delà du personnage truculent, de sa ferme et de ses trésors préhistoriques, on y trouvera le témoignage de la vie autarcique des petits agriculteurs périgourdins, dans ces maisons troglodytiques accrochées à la falaise et perdues dans les bois. De très belles images, et un mode de vie venu du fond des âges, depuis les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, aujourd’hui en voie de disparition.
Ce film, primé dans de nombreux festivals – prix du meilleur film pour la recherche créative au festival Icronos de Bordeaux, prix du jury du festival de Nyon en Suisse – est sélectionné pour le festival Arkhaios aux États-Unis.
Il vient de paraître en DVD : avec sous-titres en anglais, 52 mn, 20 € sur commande à Ferrassie TV, 24260 Savignac-de-Miremont.
Source : La Croix du 29/10/2013
jeudi 7 novembre 2013
Quatre sites de la préhistoire reconstitués en 3D
Le ministère de la culture vient de lancer un site très riche sur les abris sous-roche sculptés au cours du Magdalénien, il y a 15 000 ans.
Une période marquée par un foisonnement artistique et symbolique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La Renaissance ? La Révolution industrielle ? Il s’agit en fait du Magdalénien, dernière grande époque du Paléolithique supérieur, qui s’étend entre 15 000 et 9 000 avant Jésus-Christ. Lors du Magdalénien moyen (15 500-13 500 av. J.-C.), les abris sous-roche situés au pied des falaises sont occupés par des hommes dont l’ingéniosité technique a permis de dégager des surfaces aptes à accueillir les sculptures. Considéré comme le « Lascaux de la sculpture », le site du Roc-aux-Sorciers, à Angles-sur-l’Anglin (Vienne), en constitue un exemple significatif. Des sculptures pariétales monumentales peuvent être observées sur plus de 50 mètres.
Afin de mettre en valeur ce patrimoine méconnu, le ministère de la culture vient de mettre en ligne un site Internet très riche et instructif sur ce type d’abris sous-roches ornés de sculptures pariétales représentant chasseurs, formes féminin et animales (bouquetins, bisons, etc.). Hormis le Roc-Aux-Sorciers, trois autres gisements ont été modélisés en images de synthèse en 3D afin d’offrir aux internautes une spectaculaire visite virtuelle de ces lieux mystérieux : la Chaire-à-Calvin, à Mouthiers-sur-Boëme (Charente), Reverdit, à Sergeac (Dordogne), le Cap Blanc, à Marquay (Dordogne).
Sens des œuvres peut-être lié à la fonction des sites
Un bouton situé en haut de la page permet d’afficher les contours des sculptures pariétales et d’afficher le détail de chacune d’elles. Un panneau latéral, situé à gauche de l’écran, permet de resituer le contexte de l’époque : vie quotidienne, climat, développement technique, etc.
« Le sens des œuvres, dont le sens nous échappe encore, est probablement lié à la fonction des sites qu’elles ornent (occupations, « sanctuaires ») », explique le site Internet, réalisé en partenariat avec le musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Pour les réaliser, différentes techniques ont été employées : la gravure, fine ou profonde, la peinture et la sculpture.
Près de 300 grottes ou abris ornés sont connus à ce jour, répartis essentiellement en France, Espagne et Italie.
Source : La Croix du 29/10/2013
Une période marquée par un foisonnement artistique et symbolique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La Renaissance ? La Révolution industrielle ? Il s’agit en fait du Magdalénien, dernière grande époque du Paléolithique supérieur, qui s’étend entre 15 000 et 9 000 avant Jésus-Christ. Lors du Magdalénien moyen (15 500-13 500 av. J.-C.), les abris sous-roche situés au pied des falaises sont occupés par des hommes dont l’ingéniosité technique a permis de dégager des surfaces aptes à accueillir les sculptures. Considéré comme le « Lascaux de la sculpture », le site du Roc-aux-Sorciers, à Angles-sur-l’Anglin (Vienne), en constitue un exemple significatif. Des sculptures pariétales monumentales peuvent être observées sur plus de 50 mètres.
Afin de mettre en valeur ce patrimoine méconnu, le ministère de la culture vient de mettre en ligne un site Internet très riche et instructif sur ce type d’abris sous-roches ornés de sculptures pariétales représentant chasseurs, formes féminin et animales (bouquetins, bisons, etc.). Hormis le Roc-Aux-Sorciers, trois autres gisements ont été modélisés en images de synthèse en 3D afin d’offrir aux internautes une spectaculaire visite virtuelle de ces lieux mystérieux : la Chaire-à-Calvin, à Mouthiers-sur-Boëme (Charente), Reverdit, à Sergeac (Dordogne), le Cap Blanc, à Marquay (Dordogne).
Sens des œuvres peut-être lié à la fonction des sites
Un bouton situé en haut de la page permet d’afficher les contours des sculptures pariétales et d’afficher le détail de chacune d’elles. Un panneau latéral, situé à gauche de l’écran, permet de resituer le contexte de l’époque : vie quotidienne, climat, développement technique, etc.
« Le sens des œuvres, dont le sens nous échappe encore, est probablement lié à la fonction des sites qu’elles ornent (occupations, « sanctuaires ») », explique le site Internet, réalisé en partenariat avec le musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Pour les réaliser, différentes techniques ont été employées : la gravure, fine ou profonde, la peinture et la sculpture.
Près de 300 grottes ou abris ornés sont connus à ce jour, répartis essentiellement en France, Espagne et Italie.
Source : La Croix du 29/10/2013
mercredi 6 novembre 2013
Qui était l'homme de Denisova ?
Le séquençage du génome d'un bout de phalange découvert dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, au sud de la Sibérie confirme qu'il y a 30.000 ans vivaient dans cette région des humains d'une espèce encore inconnue. Yves Coppens s'interroge sur les origines de ces lointains "dénisoviens".
Dans l'histoire de la lignée humaine, on sait aujourd'hui que nos ancêtres les plus lointains sont nés en Afrique, et ont donné naissance à de nombreuses espèces.Homo Habilis ,Homo erectus, Homo sapiens...
Toutes ces espèces ont quitté l'Afrique et se sont répandues dans le monde entier. Si Homo erectus est sorti d'Afrique il y a près de 2 millions d'années, Homo sapiens (notre espèce) il y a quelques dizaines de milliers d'années seulement rencontrait sur son chemin celui que nous appelons l'homme de Néanderthal.
En 2010, une publication de l'analyse génétique d'un morceau de phalange découvert dans la grotte de Denisova, par l'équipe russe du paléo-généticien Svante Pääbo, montre l'existence il y a environ 30.000 ans d'une espèce humaine n'appartenant ni aux sapiens, ni aux néanderthaliens : les dénisoviens. Pour en comprendre l'origine, Yves Coppens retrace pour nous l'histoire des migrations humaines.
Source : France Info du 03/11/2013
mardi 5 novembre 2013
La préhistoire
"Les fossiles hominidés de Dmanisi dans le sud de la Géorgie, sont les représentants les plus anciens du genre Homo hors d'Afrique" affirme le professeur Lordkipanidze, directeur du muséum national de Géorgie, à Tbilissi, premier signataire de la publication relatant cette découverte dans la revue Science.
Michel Serres et Michel Polacco parlent de la préhistoire alors que la découverte en Géorgie d'un crâne complet vieux de 1,8 million d'année bouleverse la vision de nos origines.
Source : France Info du 27/10/2013
lundi 4 novembre 2013
Les longues marches d’Homo sapiens
L’homme, le genre Homo, apparaît en Afrique vers 2 millions d’années. Longtemps, on a pensé - moi compris - que seuls des grands hommes nantis de cerveaux développés et artisans d’outils complexes avaient été capables de s’affranchir du monde des forêts et d’investir de nouveaux territoires loin des arbres. Une étude publiée cette semaine sur les restes fossiles du site de Dmanisi, en Géorgie - aux portes de l’Europe et de l’Asie -, montre que les premiers conquérants à l’aube de l’humanité n’étaient pas très corpulents, et leurs cerveaux pas si gros que cela. Ce qui ne les a pas empêchés de s’installer dans d’autres écosystèmes, tâche difficile pour toute espèce. Et début de la longue marche du genre Homo sur la Terre.
Mais, chemin faisant, Homo piétine ses frères africains les plus proches de lui, comme les descendants de Lucy. Alors il se déploie et, au fil des millénaires, le rameau africain s’étend sur trois continents, avec les hommes de Neandertal au nord de la Méditerranée, Homo sapiens au sud (nous), les hommes (femmes) de Denisova en Asie centrale, d’autres en Asie orientale au statut encore incertain, d’autres encore à Java et aussi les controversés petits hommes de Florès. Que d’hommes sur l’Ancien Monde il y a à peine 100 000 ans !
Puis se met en place la longue marche de notre espèce Sapiens depuis l’Afrique, entre 100 000 et 50 000 ans. Les ancêtres immédiats de toutes les femmes et les hommes d’aujourd’hui se lancent comme une traînée d’ocre sur les vieux continents, d’abord sur les franges méridionales de l’Asie, puis vers l’Europe. Chemin faisant, ils contribuent à la disparition des autres espèces d’hommes tandis qu’ils atteignent les nouveaux mondes par voie d’eau : Australie, Amériques et Océanie. Dans une interprétation aussi sinistre qu’erronée de Darwin, quel succès ! D’un point de vue réellement darwinien, ces pertes de la diversité humaine révèlent que notre espèce est la seule survivante d’une lignée jadis florissante. Aujourd’hui, l’expansion démographique est une affaire d’hommes à hommes au sein de notre espèce.
L’homme est le plus formidable bipède jamais créé par l’évolution. Ses plus grandes avancées politiques et intellectuelles se sont faites avec ses pieds. Sa liberté vient du talon et des orteils de son pied. C’est un péripatéticien dans l’âme et, navré de le constater, les penseurs bien en chaire, trop installés sur leur séant et leurs certitudes, n’ont jamais changé le monde. Au contraire, ils s’opposent aux mouvements du monde. Rien de pire que les corps et les pensées immobiles.
Je pense au héros de Romain Gary dans « Les Racines du ciel » qui, via une longue marche dans le bush, fait prendre conscience au monde de la disparition des éléphants au mitan du XXe siècle. Je pense à Schaller qui, à la même époque, traverse les savanes durant des semaines pour montrer que ce n’est pas un enfer ravagé par les griffes et les crocs des prédateurs et des charognards.
Quand les femmes et les hommes s’insurgent contre des malédictions, le malheur, l’incompréhension et l’ignorance, ils processionnent. Quand ils recherchent le salut ou la sagesse, ils vont en pèlerinage. Quand ils espèrent un retour en politique, ils traversent des déserts, réels ou médiatiques. Quand ils protestent contre les décisions des puissants ou les diktats de l’économie, ils manifestent.
Les chemins de la liberté se font pas à pas, comme la marche de Martin Luther King pour les droits civiques des Noirs en 1963 avec, à l’arrivée, Barack Obama. Celle des Beurs en 1983 qui, partis à une trentaine de Marseille à pied - et sans ballon - arrivèrent une centaine de milliers à Paris… mais si peu occupent des positions politiques majeures. Même si les pays du Maghreb ont donné de beaux coureurs de fond à la France, la course n’est pas finie.
Revenons à la fin de la préhistoire des Homo sapiens. À pied, en bateau, ils vont conquérir presque tous les écosystèmes de la Terre, ce que n’a jamais fait aucune espèce. Aujourd’hui, des Sapiens fuient la misère, la tyrannie et le changement climatique vers des pays figés par la crise et le vieillissement de leurs populations. Mais ils meurent d’épuisement en chemin ou se noient.
L’écrivain voyageur Bruce Chatwin a écrit qu’un gros cerveau sert à marcher en chantant dans le désert. Hélas, les chants des pistes disparaissent avec les derniers Aborigènes, et ainsi s’achève le temps du rêve par-delà l’horizon : « I have a dream. »
Pascal picq
paléoanthropologue
au collège de France
Source : Sud-Ouest du 19/10/2013
Mais, chemin faisant, Homo piétine ses frères africains les plus proches de lui, comme les descendants de Lucy. Alors il se déploie et, au fil des millénaires, le rameau africain s’étend sur trois continents, avec les hommes de Neandertal au nord de la Méditerranée, Homo sapiens au sud (nous), les hommes (femmes) de Denisova en Asie centrale, d’autres en Asie orientale au statut encore incertain, d’autres encore à Java et aussi les controversés petits hommes de Florès. Que d’hommes sur l’Ancien Monde il y a à peine 100 000 ans !
Puis se met en place la longue marche de notre espèce Sapiens depuis l’Afrique, entre 100 000 et 50 000 ans. Les ancêtres immédiats de toutes les femmes et les hommes d’aujourd’hui se lancent comme une traînée d’ocre sur les vieux continents, d’abord sur les franges méridionales de l’Asie, puis vers l’Europe. Chemin faisant, ils contribuent à la disparition des autres espèces d’hommes tandis qu’ils atteignent les nouveaux mondes par voie d’eau : Australie, Amériques et Océanie. Dans une interprétation aussi sinistre qu’erronée de Darwin, quel succès ! D’un point de vue réellement darwinien, ces pertes de la diversité humaine révèlent que notre espèce est la seule survivante d’une lignée jadis florissante. Aujourd’hui, l’expansion démographique est une affaire d’hommes à hommes au sein de notre espèce.
L’homme est le plus formidable bipède jamais créé par l’évolution. Ses plus grandes avancées politiques et intellectuelles se sont faites avec ses pieds. Sa liberté vient du talon et des orteils de son pied. C’est un péripatéticien dans l’âme et, navré de le constater, les penseurs bien en chaire, trop installés sur leur séant et leurs certitudes, n’ont jamais changé le monde. Au contraire, ils s’opposent aux mouvements du monde. Rien de pire que les corps et les pensées immobiles.
Je pense au héros de Romain Gary dans « Les Racines du ciel » qui, via une longue marche dans le bush, fait prendre conscience au monde de la disparition des éléphants au mitan du XXe siècle. Je pense à Schaller qui, à la même époque, traverse les savanes durant des semaines pour montrer que ce n’est pas un enfer ravagé par les griffes et les crocs des prédateurs et des charognards.
Quand les femmes et les hommes s’insurgent contre des malédictions, le malheur, l’incompréhension et l’ignorance, ils processionnent. Quand ils recherchent le salut ou la sagesse, ils vont en pèlerinage. Quand ils espèrent un retour en politique, ils traversent des déserts, réels ou médiatiques. Quand ils protestent contre les décisions des puissants ou les diktats de l’économie, ils manifestent.
Les chemins de la liberté se font pas à pas, comme la marche de Martin Luther King pour les droits civiques des Noirs en 1963 avec, à l’arrivée, Barack Obama. Celle des Beurs en 1983 qui, partis à une trentaine de Marseille à pied - et sans ballon - arrivèrent une centaine de milliers à Paris… mais si peu occupent des positions politiques majeures. Même si les pays du Maghreb ont donné de beaux coureurs de fond à la France, la course n’est pas finie.
Revenons à la fin de la préhistoire des Homo sapiens. À pied, en bateau, ils vont conquérir presque tous les écosystèmes de la Terre, ce que n’a jamais fait aucune espèce. Aujourd’hui, des Sapiens fuient la misère, la tyrannie et le changement climatique vers des pays figés par la crise et le vieillissement de leurs populations. Mais ils meurent d’épuisement en chemin ou se noient.
L’écrivain voyageur Bruce Chatwin a écrit qu’un gros cerveau sert à marcher en chantant dans le désert. Hélas, les chants des pistes disparaissent avec les derniers Aborigènes, et ainsi s’achève le temps du rêve par-delà l’horizon : « I have a dream. »
Pascal picq
paléoanthropologue
au collège de France
Source : Sud-Ouest du 19/10/2013
mercredi 30 octobre 2013
Première sortie pour Lucienne, l'australopithèque
Depuis hier soir, la nouvelle star du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, c’est Lucienne. Lucienne, c’est un petit nom un peu rétro, mais cette brave dame a près de deux millions d’années, ce qui est un âge respectable !
Lucienne, c’est une australopithèque, découverte en Afrique du Sud, en 2008, et qui représente sans doute un des maillons avant l’évolution vers l’homme moderne.
Comme l’explique le paléobiologiste José Braga, professeur à l’Université de Toulouse, qui se rend régulièrement en Afrique du Sud pour y poursuivre ses recherches : «Lucienne a encore beaucoup à nous apprendre». Lucienne est donc la pièce maîtresse d’une exposition «Afrique du Sud, l’autre pays de la préhistoire», qui a été inaugurée hier en présence du ministre des sciences et de la technologie d’Afrique du Sud, Derek Hanekom. Cette exposition a reçu le label des Saisons Afrique du Sud France 2 012 & 2013,et figure à la programmation officielle de la Saison sud-africaine en Franc. Elle constitue le deuxième volet de la collaboration Muséum de Toulouse - Centre des Origines de Johannesburg qui avait accueilli l’exposition composée au Muséum de Toulouse «Préhistoire
[s] , l’enquête» de novembre 2012 à mars 2013. C’est la première fois en Europe que le squelette reconstitué de Lucienne est présenté. Cette exposition nous permet de voyager dans le temps et de redécouvrir les premiers pas africains de nos ancêtres.
Source : La Dépêche du 29/10/2013
Lucienne, c’est une australopithèque, découverte en Afrique du Sud, en 2008, et qui représente sans doute un des maillons avant l’évolution vers l’homme moderne.
Comme l’explique le paléobiologiste José Braga, professeur à l’Université de Toulouse, qui se rend régulièrement en Afrique du Sud pour y poursuivre ses recherches : «Lucienne a encore beaucoup à nous apprendre». Lucienne est donc la pièce maîtresse d’une exposition «Afrique du Sud, l’autre pays de la préhistoire», qui a été inaugurée hier en présence du ministre des sciences et de la technologie d’Afrique du Sud, Derek Hanekom. Cette exposition a reçu le label des Saisons Afrique du Sud France 2 012 & 2013,et figure à la programmation officielle de la Saison sud-africaine en Franc. Elle constitue le deuxième volet de la collaboration Muséum de Toulouse - Centre des Origines de Johannesburg qui avait accueilli l’exposition composée au Muséum de Toulouse «Préhistoire
[s] , l’enquête» de novembre 2012 à mars 2013. C’est la première fois en Europe que le squelette reconstitué de Lucienne est présenté. Cette exposition nous permet de voyager dans le temps et de redécouvrir les premiers pas africains de nos ancêtres.
Source : La Dépêche du 29/10/2013
mardi 29 octobre 2013
L'australopithèque Sediba présenté en avant-première au Muséum de Toulouse
Mardi, le Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse présentera au public une exposition consacrée à l'Afrique du Sud. A cette occasion sera proposée la reconstitution de l'australopithèque Sédiba.
Ce sera la première apparition en Europe de Sédiba.
Australopithecus sediba
Australopithecus sediba est une espèce du genre Australopithecus proposée en 2010 par une équipe dirigée par Lee R. Berger à la suite de la découverte de deux nouveaux fossiles en Afrique du Sud. Lors du congrès international d'anthropologie qui s'est tenu en avril 2011 à Minneapolis, Lee R. Berger et ses collègues ont développé leur théorie : Australopithecus sediba, l'espèce définie à partir d'un fossile découvert dans une grotte de Malapa, pourrait représenter une forme intermédiaire entre les premiers australopithèques et le genre Homo.
Découvert par un enfant de 9 ans
L'holotype d’Australopithecus sediba est le squelette, partiellement conservé, Malapa Hominin 1 (MH1), découvert dans la grotte de Malapa, à 40 km à l'ouest de Johannesburg et à 15 km au nord-nord-est des sites célèbres d'hominidés fossiles de Sterkfontein, Swartkrans et Kromdraai. La grotte de Malapa est située dans la zone du Cradle of Humankind (berceau de l'humanité), site inscrit à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le 15 août 2008, Matthew Berger, le fils de Lee Berger âgé de neuf ans, a découvert le premier fossile d'Australopithecus sediba, une clavicule droite enregistrée sous le numéro d'archive UW885.
Inauguration à Toulouse
Lors de l'inauguration officielle, ce lundi, on notera la présence du ministre sud-africain des Sciences et des technologieset du professeur Thackeray, antropomogue de Johannesburg.
Vidéo : le reportage de Luc Truffert et J-Pierre Jauze
Sorce : France3 Midi-Pyrénées du 28/10/2013
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| Vue d'une réplique des fossiles australopithèques Sediba |
Ce sera la première apparition en Europe de Sédiba.
Australopithecus sediba
Australopithecus sediba est une espèce du genre Australopithecus proposée en 2010 par une équipe dirigée par Lee R. Berger à la suite de la découverte de deux nouveaux fossiles en Afrique du Sud. Lors du congrès international d'anthropologie qui s'est tenu en avril 2011 à Minneapolis, Lee R. Berger et ses collègues ont développé leur théorie : Australopithecus sediba, l'espèce définie à partir d'un fossile découvert dans une grotte de Malapa, pourrait représenter une forme intermédiaire entre les premiers australopithèques et le genre Homo.
Découvert par un enfant de 9 ans
L'holotype d’Australopithecus sediba est le squelette, partiellement conservé, Malapa Hominin 1 (MH1), découvert dans la grotte de Malapa, à 40 km à l'ouest de Johannesburg et à 15 km au nord-nord-est des sites célèbres d'hominidés fossiles de Sterkfontein, Swartkrans et Kromdraai. La grotte de Malapa est située dans la zone du Cradle of Humankind (berceau de l'humanité), site inscrit à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le 15 août 2008, Matthew Berger, le fils de Lee Berger âgé de neuf ans, a découvert le premier fossile d'Australopithecus sediba, une clavicule droite enregistrée sous le numéro d'archive UW885.
Inauguration à Toulouse
Lors de l'inauguration officielle, ce lundi, on notera la présence du ministre sud-africain des Sciences et des technologieset du professeur Thackeray, antropomogue de Johannesburg.
Vidéo : le reportage de Luc Truffert et J-Pierre Jauze
Sorce : France3 Midi-Pyrénées du 28/10/2013
lundi 28 octobre 2013
L'australopithèque Sediba, nouvelle star du Muséum
Mardi s’ouvrira au Muséum de Toulouse une exposition consacrée à l’Afrique du Sud. Avec, pour sa première apparition en Europe, la reconstitution de l’australopithèque Sediba.
L’Afrique du Sud est aussi un pays de gruyère… Mais il s’agit des trous, des galeries, des tunnels que les hommes ont creusés dans ce pays qui fut longtemps le premier producteur d’or et de diamants. Mais ce sous-sol africain contient un autre trésor : les origines de l’Humanité !
En 2008, le paléontologue Lee Berger était en train d’examiner des roches provenant justement d’une de ces mines. Mais c’est son fils, Matthew, âgé de 9 ans, qui lui a apporté un drôle de caillou. Lee Berger a immédiatement reconnu dans la roche la forme d’une clavicule. Celle d’un hominidé. Ainsi se réveillait l’Australopithèque Sediba, après un sommeil de deux millions d’années.
«On a trouvé un crâne, des vertèbres, des os, appartenant à des adultes et des adolescents, explique Francis Duranthon, le directeur du Muséum de Toulouse. Et à partir de là, on a pu reconstituer en trois dimensions un squelette qui sera présenté pour la première fois en Europe.»
L'art avant Cro-Magnon
Pendant l’année de la France en Afrique du Sud, le Muséum avait présenté son exposition sur la préhistoire (avec la fameuse tombe de Téviec) au Cap. Là, c’est donc en sens inverse, l’Afrique du Sud qui prête au muséum de Toulouse une précieuse exposition. Du reste, les chercheurs toulousains comme le Pr François Bon, le Pr José Braga, ou Camille Bourdier, maître de conférences, connaissent parfaitement l’Afrique du sud et ses merveilles.
Autre élément étonnant qui sera présenté dans cette exposition : les vestiges découverts dans la grotte de Blombos. Des éléments qui nous laissent à penser que ces hommes, bien avant Cro-Magnon, ont laissé les premières traces artistiques ou symboliques de notre espèce…
Au-delà de cette exposition, les équipes toulousaines en collaboration avec les équipes africaines poursuivent des recherches sur cette période passionnante où les grands primates se cherchent.
«Toutes ces découvertes, précise Francis Duranthon, nous laissent penser que l’évolution n’a pas été aussi linéaire qu’on l’imaginait auparavant. C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus buissonnant.»
Francis Duranthon a aussi un petit sourire : «Quelqu’un a dit que l’Homme africain n’était pas entré dans l’Histoire… Mais la vérité, c’est que l’Homme africain a été le premier de toute notre histoire !»
*Muséum de Toulouse, ouvert du mardi au dimanche, 10h-18h. Tel.05.67.73.84.84.
Une première en Europe
C’est la première fois que le squelette de Sediba est présenté en Europe et c’est au Muséum de Toulouse. Voilà pourquoi, lors de l’inauguration officielle, prévue demain, le ministre Sud-Africain des sciences et des technologies, Derek Hanekom sera présent de même que Francis Thackeray, professeur d’anthropologie à Johannesburg et Nicolas Teyssandier, Chargé de recherches au CNRS à Johannesburg.
Source : La Dépêche du 27/10/2013
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| L'australopithèque Lucy au milieu de deux spécimens de Sedida |
En 2008, le paléontologue Lee Berger était en train d’examiner des roches provenant justement d’une de ces mines. Mais c’est son fils, Matthew, âgé de 9 ans, qui lui a apporté un drôle de caillou. Lee Berger a immédiatement reconnu dans la roche la forme d’une clavicule. Celle d’un hominidé. Ainsi se réveillait l’Australopithèque Sediba, après un sommeil de deux millions d’années.
«On a trouvé un crâne, des vertèbres, des os, appartenant à des adultes et des adolescents, explique Francis Duranthon, le directeur du Muséum de Toulouse. Et à partir de là, on a pu reconstituer en trois dimensions un squelette qui sera présenté pour la première fois en Europe.»
L'art avant Cro-Magnon
Pendant l’année de la France en Afrique du Sud, le Muséum avait présenté son exposition sur la préhistoire (avec la fameuse tombe de Téviec) au Cap. Là, c’est donc en sens inverse, l’Afrique du Sud qui prête au muséum de Toulouse une précieuse exposition. Du reste, les chercheurs toulousains comme le Pr François Bon, le Pr José Braga, ou Camille Bourdier, maître de conférences, connaissent parfaitement l’Afrique du sud et ses merveilles.
Autre élément étonnant qui sera présenté dans cette exposition : les vestiges découverts dans la grotte de Blombos. Des éléments qui nous laissent à penser que ces hommes, bien avant Cro-Magnon, ont laissé les premières traces artistiques ou symboliques de notre espèce…
Au-delà de cette exposition, les équipes toulousaines en collaboration avec les équipes africaines poursuivent des recherches sur cette période passionnante où les grands primates se cherchent.
«Toutes ces découvertes, précise Francis Duranthon, nous laissent penser que l’évolution n’a pas été aussi linéaire qu’on l’imaginait auparavant. C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus buissonnant.»
Francis Duranthon a aussi un petit sourire : «Quelqu’un a dit que l’Homme africain n’était pas entré dans l’Histoire… Mais la vérité, c’est que l’Homme africain a été le premier de toute notre histoire !»
*Muséum de Toulouse, ouvert du mardi au dimanche, 10h-18h. Tel.05.67.73.84.84.
Une première en Europe
C’est la première fois que le squelette de Sediba est présenté en Europe et c’est au Muséum de Toulouse. Voilà pourquoi, lors de l’inauguration officielle, prévue demain, le ministre Sud-Africain des sciences et des technologies, Derek Hanekom sera présent de même que Francis Thackeray, professeur d’anthropologie à Johannesburg et Nicolas Teyssandier, Chargé de recherches au CNRS à Johannesburg.
Source : La Dépêche du 27/10/2013
mercredi 23 octobre 2013
Tous les Homo sont erectus
Un choc de simplification. Ayrault et Hollande en ont rêvé. Une équipe de préhistoriens l’a fait. C’est annoncé ce matin par la revue Science, dans un article retentissant dont le premier auteur est David Lordkipanidze, du Muséum de Tbilissi en Géorgie. Soyons «parcimonieux», proclament les huit signataires.
Vidons dans la poubelle de la science tous les Homo habilis, Homo ergaster et autres Homo rudolfensis qui ont peuplé l’Afrique et Eurasie il y a 1 à 2 millions d’années selon les manuels en cours. Et ne conservons pour désigner tous ces êtres qu’un seul nom, celui d’Homo erectus, (ou homme érigé qu'est-ce que vous allez imaginer), car ils ne formaient qu’une seule espèce.
Zut de zut ! Et comment inscrire son nom dans l’histoire des sciences vont se demander certains ? Si, désormais, on ne peut plus attacher son patronyme à la création d’une espèce nouvelle, décrite à l’aide de caractères censés la distinguer de ses voisines.
Cette simplification radicale est proposée les chercheurs, sur la base d’une analyse impitoyable de la variété de ces espèces… au regard de la seule variabilité observée dans un seul groupe, de cinq individus, tous dénichés dans une seule grotte, à Dmanisi, en Géorgie. Située à 90 km au sud-ouest de Tbilissi, elle a fait parler d’elle lorsqu’à partir de 1991 et surtout de 1999, on y a découvert des os fossiles d’Homo, datés d’il y a 1,8 million d’années. Des êtres dont les outils de pierre, trouvés par milliers, sont de simples galets percutés pour obtenir un tranchant, typiques de la culture oldowaïenne apparue en Afrique de l’Est.
Genre Homo, mais espèce de quoi ?
Homo, pour le genre, mais Homo quoi pour l’espèce? Leur découvreur, David Lordkipanidze a longtemps hésité entre les noms que la littérature scientifique et ses collègues lui proposaient. Pas franchement convaincu par l’un plutôt que par l’autre. La raison de son hésitation ? Les différences entre les individus qu’il dénichait, aucun ne se rattachant de manière claire et univoque aux canons proposés.
Puis, son équipe découvre en 2005 un crâne entier, superbement conservé, correspondant à une mandibule inférieure déjà trouvée en 2000. Son équipe s’attaque alors à l’étude détaillée de la variabilité morphologique des cinq individus.
Le pot aux roses émerge des statistiques et mesures des volumes des crânes, de la verticalisation des faces, et d’autres paramètres anatomiques. La variabilité interne au groupe se révèle très forte. Car le dernier crâne trouvé - le plus à droite sur l'image ci-contre, un individu aux énormes bourrelets sus-orbitaires et attaches des muscles masticatoires, avec un front très bas - «élargit substantiellement la plage de variation à l’intérieur du groupe de Dmanisi», expliquent les auteurs.
Les Homo de Dmanisi présentent une variabilité si large qu’elle devient similaire à celle qui sépare les autres espèces antérieurement nommées pour cette époque et qu’elle les englobe en grande partie. Du coup, les caractères censés être particuliers et exclusifs à ces espèces ne le sont plus. En outre, remarquent les auteurs, une telle plage de variation se compare à celle des chimpanzés. Voire à celle des humains actuels où le volume du crâne varie d’à peine plus de 800 cm3 chez les bushmen d’Afrique australe, jusqu’aux 2.000 cm3 des grosses têtes… qui n’ont rien de super-intelligents, tandis que l’écrivain Anatole France affichait à peine plus de 1.100 cm3.
Un problème non uniquement classificatoire
Pour José Braga, anthropologue, Université Paul Sabatier de Toulouse, «c’est un article fort intéressant et étonnant, notamment le petit volume de leur cerveau. Cela va à l’encontre d’une évolution linéaire du cerveau à cette époque, mais au contraire une stagnation durant un million d’années».
D’où la question logique, posée par les scientifiques : puisque les frontières tracées entre les espèces d’Homo d’il y a un à deux millions d’années s’effacent, ne s’agit-il pas plutôt d’une seule espèce ? Cela signifierait, alors, qu’il n’y avait pas de barrière génétique à la reproduction croisée entre ces populations. Or, si un(e) Homo rudolfensis peut faire des bébés avec un(e) ergaster, habilis ou georgicus, c’est tout simplement qu’ils sont tous… erectus concluent les chercheurs.
Le problème soulevé n’est pas uniquement classificatoire. Il rejaillit sur la vision de l’évolution de ces ancêtres des humains actuels. L’idée d’un «goulet» d’étranglement génétique, en raison d’une sortie d’Afrique d’un seul petit groupe, donc porteurs d’une partie réduite de la diversité d’origine, ne tient plus guère.
D’autre part, comme le géorgien le plus «archaïque» ressemble fort à l’homme de Java, Homo erectus pourrait bien avoir été un grand voyageur, baladant ses gènes et les échangeant dans toute l’Eurasie mais aussi avec ses congénères restés africains. «Un Homo erectus baladeur, capable de s’adapter à des environnements assez différents», résume Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, qui vient de publier De Darwin à Levi-Strauss, l'homme et la diversité en danger, aux éditions Odile Jacob. Mais pourtant toujours «bas du plafond». Le saut décisif date d’il y a 200.000 ans environ, et produisit le gros cerveau de l’homme moderne. Un gros cerveau avec lequel il invente de premiers ornements il y a plus de 70.000 ans puis des outils de plus efficaces, au point de lui permettre d’aller sur la Lune, il y a peu.
Source : Science2 du 22/10/2013
Vidons dans la poubelle de la science tous les Homo habilis, Homo ergaster et autres Homo rudolfensis qui ont peuplé l’Afrique et Eurasie il y a 1 à 2 millions d’années selon les manuels en cours. Et ne conservons pour désigner tous ces êtres qu’un seul nom, celui d’Homo erectus, (ou homme érigé qu'est-ce que vous allez imaginer), car ils ne formaient qu’une seule espèce.
Zut de zut ! Et comment inscrire son nom dans l’histoire des sciences vont se demander certains ? Si, désormais, on ne peut plus attacher son patronyme à la création d’une espèce nouvelle, décrite à l’aide de caractères censés la distinguer de ses voisines.
Cette simplification radicale est proposée les chercheurs, sur la base d’une analyse impitoyable de la variété de ces espèces… au regard de la seule variabilité observée dans un seul groupe, de cinq individus, tous dénichés dans une seule grotte, à Dmanisi, en Géorgie. Située à 90 km au sud-ouest de Tbilissi, elle a fait parler d’elle lorsqu’à partir de 1991 et surtout de 1999, on y a découvert des os fossiles d’Homo, datés d’il y a 1,8 million d’années. Des êtres dont les outils de pierre, trouvés par milliers, sont de simples galets percutés pour obtenir un tranchant, typiques de la culture oldowaïenne apparue en Afrique de l’Est.
Genre Homo, mais espèce de quoi ?
Homo, pour le genre, mais Homo quoi pour l’espèce? Leur découvreur, David Lordkipanidze a longtemps hésité entre les noms que la littérature scientifique et ses collègues lui proposaient. Pas franchement convaincu par l’un plutôt que par l’autre. La raison de son hésitation ? Les différences entre les individus qu’il dénichait, aucun ne se rattachant de manière claire et univoque aux canons proposés.
Puis, son équipe découvre en 2005 un crâne entier, superbement conservé, correspondant à une mandibule inférieure déjà trouvée en 2000. Son équipe s’attaque alors à l’étude détaillée de la variabilité morphologique des cinq individus.
Le pot aux roses émerge des statistiques et mesures des volumes des crânes, de la verticalisation des faces, et d’autres paramètres anatomiques. La variabilité interne au groupe se révèle très forte. Car le dernier crâne trouvé - le plus à droite sur l'image ci-contre, un individu aux énormes bourrelets sus-orbitaires et attaches des muscles masticatoires, avec un front très bas - «élargit substantiellement la plage de variation à l’intérieur du groupe de Dmanisi», expliquent les auteurs.
Les Homo de Dmanisi présentent une variabilité si large qu’elle devient similaire à celle qui sépare les autres espèces antérieurement nommées pour cette époque et qu’elle les englobe en grande partie. Du coup, les caractères censés être particuliers et exclusifs à ces espèces ne le sont plus. En outre, remarquent les auteurs, une telle plage de variation se compare à celle des chimpanzés. Voire à celle des humains actuels où le volume du crâne varie d’à peine plus de 800 cm3 chez les bushmen d’Afrique australe, jusqu’aux 2.000 cm3 des grosses têtes… qui n’ont rien de super-intelligents, tandis que l’écrivain Anatole France affichait à peine plus de 1.100 cm3.
Un problème non uniquement classificatoire
Pour José Braga, anthropologue, Université Paul Sabatier de Toulouse, «c’est un article fort intéressant et étonnant, notamment le petit volume de leur cerveau. Cela va à l’encontre d’une évolution linéaire du cerveau à cette époque, mais au contraire une stagnation durant un million d’années».
D’où la question logique, posée par les scientifiques : puisque les frontières tracées entre les espèces d’Homo d’il y a un à deux millions d’années s’effacent, ne s’agit-il pas plutôt d’une seule espèce ? Cela signifierait, alors, qu’il n’y avait pas de barrière génétique à la reproduction croisée entre ces populations. Or, si un(e) Homo rudolfensis peut faire des bébés avec un(e) ergaster, habilis ou georgicus, c’est tout simplement qu’ils sont tous… erectus concluent les chercheurs.
Le problème soulevé n’est pas uniquement classificatoire. Il rejaillit sur la vision de l’évolution de ces ancêtres des humains actuels. L’idée d’un «goulet» d’étranglement génétique, en raison d’une sortie d’Afrique d’un seul petit groupe, donc porteurs d’une partie réduite de la diversité d’origine, ne tient plus guère.
D’autre part, comme le géorgien le plus «archaïque» ressemble fort à l’homme de Java, Homo erectus pourrait bien avoir été un grand voyageur, baladant ses gènes et les échangeant dans toute l’Eurasie mais aussi avec ses congénères restés africains. «Un Homo erectus baladeur, capable de s’adapter à des environnements assez différents», résume Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, qui vient de publier De Darwin à Levi-Strauss, l'homme et la diversité en danger, aux éditions Odile Jacob. Mais pourtant toujours «bas du plafond». Le saut décisif date d’il y a 200.000 ans environ, et produisit le gros cerveau de l’homme moderne. Un gros cerveau avec lequel il invente de premiers ornements il y a plus de 70.000 ans puis des outils de plus efficaces, au point de lui permettre d’aller sur la Lune, il y a peu.
Source : Science2 du 22/10/2013
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