mercredi 25 mars 2020

Russie : découverte d'une étrange structure en os de mammouths

Après plusieurs années de travail, la structure composée d'os de plusieurs dizaines de mammouths s'impose toujours comme un mystère, raconte CNN.


Impossible, pour l'heure, de comprendre pourquoi. Pourquoi, il y a 25 000 ans, des chasseurs-cueilleurs ont rassemblé les os d'une soixantaine de mammouths pour former une structure circulaire qui se dresse aujourd'hui devant les archéologues. Découverte en 2014 en Russie, la structure a pu être dégagée après plusieurs années de travail afin d'être étudiée de près.

Comme le rapporte CNN, ce n'est pas la première fois qu'une « maison de mammouth » est découverte en Russie, mais il s'agit là de la plus importante. Elle est longue d'une douzaine de mètres et est également la plus ancienne. Sur la base de précédentes recherches, les archéologues pensent que ces structures pourraient avoir été construites pour servir de maisons, d'abri pendant les hivers très rudes.

Il serait pourtant surprenant qu'un groupe de chasseurs-cueilleurs, qui ne passaient jamais très longtemps au même endroit, aient investi le temps nécessaire à la construction d'une structure faite avec les os de plusieurs dizaines de mammouths. Les crânes de 64 spécimens différents ont été identifiées par les chercheurs et aucune potentielle entrée ne se détache particulièrement au sein du cercle.

Une forme de rituel

Les recherches récentes, publiées dans la revue Antiquity, évoquent également des preuves que du bois a été brûlé à l'intérieur, mais rien ne laisse penser à une habitation de longue durée. Les archéologues ont finalement estimé que la structure n'a pas servi d'abri pendant l'hiver, ce qui laisse toujours planer le doute sur la fonction de ce type de construction si massive. « Cela avait clairement un sens et de l'importance pour ceux qui l'ont construite, estime un chercheur. Il y avait probablement une part de rituel même si la structure avait au bout du compte une utilisation pratique ».

Les traces découvertes sur place n'ont d'ailleurs pas seulement prouvé la présence d'un feu. Elles ont prouvé que du bois était bien présent dans la zone et que les os de mammouth sont un matériau délibérément utilisé par les constructeurs de l'époque. Selon une récente hypothèse, il pourrait donc s'agir d'un endroit destiné à stocker de la nourriture pendant l'hiver, mais le mystère reste intense.

Source : Le Point du 18/03/2020

jeudi 19 mars 2020

Découverte d’une incroyable structure construite avec les os de 60 mammouths

En Russie, des paléontologues ont identifié une structure circulaire de douze mètres de large construite avec les os d’au moins soixante mammouths laineux. Une découverte exceptionnelle qui soulève de nombreuses questions.

Il y a environ 25 000 ans, près de l’actuel village de Kostenki, dans le sud-ouest de la Russie, des chasseurs-cueilleurs ont rassemblé les os, parfois encore frais, d’une soixantaine de mammouths laineux. Ils les ont ensuite soigneusement disposé de manière à bâtir une structure circulaire d’une douzaine de mètres de large. Pour quoi faire ? Les chercheurs l’ignorent encore, mais ils proposent quelques pistes.

Un abri permanent ? Probablement pas

De toute évidence, beaucoup de temps et d’efforts ont été consacrés à la construction de cette structure. Elle était donc évidemment importante aux yeux de ses bâtisseurs, mais était également censée durer.

Les chercheurs ne pensent pas que les chasseurs-cueilleurs à l’origine de cette construction vivaient à l’intérieur de manière permanente. Des structures de ce type, composées d’os de mammouth, ont en effet été trouvées à travers l’Europe de l’Est. Cependant, toutes étaient plus petites et présentaient à l’intérieur des ossements d’autres animaux comme des rennes ou des chevaux, dont nos ancêtres consommaient la viande. Or, la structure est ici bien plus grande et donc beaucoup plus difficile à couvrir.

Par ailleurs, si les chercheurs ont effectivement retrouvé des traces de foyers à l’intérieur, ils n’ont identifié que quelques restes de légumes, dont les tissus semblent similaires à ceux trouvés dans les racines et les tubercules modernes. Autrement dit, ils n’ont pas retrouvé d’ossements d’autres animaux, à part ceux des mammouths.

Un abri pour transformer la viande ?

Mais alors, si ces gens ne vivaient pas dans cette structure, pourquoi ont-ils fait du feu à l’intérieur ? S’agissait-il d’un lieu de cérémonie ? Était-ce un abri dans lequel s’installer lorsque les conditions environnementales l’exigeaient ? C’est possible, mais les chercheurs pensent à autre chose.

En effet, plusieurs fosses contenant des os de mammouth supplémentaires ont été identifiées non loin de cette construction circulaire. Il est donc possible que ces anciens chasseurs-cueilleurs y enterraient de la nourriture. “De toute évidence, vous obtenez beaucoup de viande d’un mammouth“, explique en effet Alexander Pryor, archéologue à l’Université d’Exeter (Royaume-Uni). “Donc l’idée qu’il y ait eu des activités de stockage des aliments sur le site est quelque chose que nous voulons approfondir“.

Ce que soupçonnent donc les chercheurs, c’est que ces feux ont été allumés à l’intérieur de la structure pour faire sécher la viande de mammouth qui était ensuite stockée autour du site.

D’autres interrogations

Le fait d’avoir identifié tant d’ossements soulève également d’autres questions : d’où venaient ces mammouths ? Ont-ils été chassés ? Difficile d’imaginer des chasseurs-cueilleurs, aussi doués soient-ils, venir à bout de soixante pachydermes en même temps. Ces animaux sont-ils alors tous morts naturellement ? Et dans ce cas-là, pour quelle raison ?

Il faut également souligner que certains os ont été amenés sur le site alors que les tissus mous (peau, muscle et tendons) étaient encore attachés. Autrement dit, ils ont été transportés avant que les carnivores n’aient eu la chance de les nettoyer. Cela implique que les chasseurs-cueilleurs ont eu un accès rapide aux restes de mammouths.

Pour le moment, les paléontologues n’ont donc aucune certitude. C’est pourquoi les recherches se poursuivent. Ce que nous savons en revanche, c’est qu’il y a 25 000 ans, les conditions étaient très rudes dans la région. Visiblement, nos ancêtres ont fait preuve d’imagination pour s’adapter.

Source : Sciencepost du 17/03/2020

mardi 10 mars 2020

Qui sont nos aïeux ?

Toumaï, Lucy, Florès... vous connaissez leur nom, mais savez-vous exactement qui est qui ?
Découvrez-le dans cette galerie de portraits.

Toumaï

7 millions d'années (Ma). Découvert au Tchad en 2001, Sahelanthropus tchadensis, alias Toumaï, est notre plus vieil ancêtre connu à ce jour. Sa capacité crânienne (350 cm3) est encore proche du chimpanzé, mais il était déjà probablement en partie bipède.

Lucy

3,2 Ma. Retrouvée en Ethiopie en 1974, Lucy (A. afarensis) est une australopithèque, bipède, mais n'ayant pas tous les caractères du genre Homo. Les médias ont fait d'elle la grand-mère de l'humanité, mais notre généalogie montre que ce n'est pas le cas.

Habilis

2,5 à 1,8 Ma. Avec sa boîte crânienne qui atteint les 600 cm3 (contre 450 pour Lucy), Homo habilis est traditionnellement considéré comme le premier hominidé du genre Homo et le premier à avoir fabriqué des outils.

Ergaster

2,2 à 1 Ma. Avec leur grande taille (1,85 m) et leurs arcades sourcilières peu proéminentes, les fossiles d'Homo ergaster retrouvés en Afrique ressemblent plus à des hommes modernes qu'aucun de leurs contemporains. Sont-ils des H. erectus africains, des ancêtres d'H. erectus ou bien des cousins ? Cela reste à ce jour un mystère.

Erectus

De 1,9 Ma à 120 000 ans. Homo erectus serait le premier Homo à sortir d'Afrique. Avec un cerveau de 1 000 cm3, il colonise l'Europe, le Proche-Orient et enfin l'Asie. Il utilise le feu, c'est certain, mais savait-il l'allumer ?

Flores

De 95 000 à 50 000 ans. Avec leur petit mètre de hauteur, un cerveau de 380 cm3 (un tiers du nôtre) et leurs grands pieds, les fossiles retrouvés sur l'île de Flores (Indonésie) sont des contemporains d'Homo sapiens. Comme lui, ils fabriquent des outils, chassent... Leur taille serait due à une adaptation à la vie insulaire.

Neandertal

De 300 000 à 28 000 ans. Avec son front fuyant, ses pommettes proéminentes et son corps trapu, le néandertalien paraît un peu fruste. Pourtant, il fabrique des outils, crée des bijoux, inhume ses morts... Sa branche aurait divergé de celle d'Homo sapiens il y a 500 000 à 700 000 ans, mais les analyses ADN montrent que les deux espèces ont eu des contacts plus que rapprochés...

Sapiens

Depuis plus de 200 000 ans. Les fossiles, vieux de 35 000 ans, retrouvés dans la grotte de Cro-Magnon, en Dordogne, constituent le plus célèbre représentant européen d'Homo sapiens, autrement dit l'homme moderne. Né il y a 200 000 ans en Afrique, Homo sapiens la quitte il y a 100 000 ans pour coloniser la planète entière. Il est le seul du genre Homo à avoir survécu.

jeudi 5 mars 2020

Homo antiquus


Le crâne d'Homo antiquus Ferguson, 1984, représenté par les restes crâniens d'un squelette fossilisé, A.L.288-1, du Plio / Pléistocène d'Hadar en Ethiopie.

Source :

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Walter W. Ferguson (1984) soutient que la découverte de plusieurs fossiles d'hominoïdes à Hadar, Ethopia fait partie d'une nouvelle espèce, Homo antiquus.

Hadar ou la zone du projet de recherche Hadar est le nom largement accepté pour le site archéologique situé à environ 300 km (180 miles) au nord-est d'Addis-Abeba dans le système de rift Afar de la vallée du Rift en Afrique. L'écologie Hadar est celle de la construction des montagnes, des failles et des volcans. La formation de Hadar est une région majeure de la géographie physique en Afrique et a environ 3,4 millions à 3 millions d'années (Wiley-Blackwell Encyclopedia of Human Evolution, 2011).

La grande majorité des hominidés trouvés à Hadar ont été attribués à Australopithecus afarensis sur la base de leurs similitudes dentaires et gnathiques avec des spécimens de Laetoli. Un petit nombre de fossiles d'hominidés trouvés à Hadar ont été attribués à Homo habilis (Wiley-Blackwell Encyclopedia of Human Evolution, 2011). Morphologiquement, le Hadar Homo désigne un stade pré-habilis de la dentition hominiae qui se distingue par sa petite taille et ses caractéristiques plésiomorphes. Puisque Hadar Homo antiquus peut ainsi être distingué de l' Australiopithecus afarensis et du Hadar Homo sur cette base. Positionné sur le buisson phylogénique entre Australopithecus afarensis et Homo habilis et à côté d'Australopithecus africanus , cette nouvelle espèce est estimée à entre 2,3 millions et 3 millions d'années (Carroll, 2003). Après avoir publié ses résultats pour la première fois, Ferguson a mis à jour ses recherches pour inclure la découverte d'une sous-espèce nouvelle et antérieure d'Homo antiquus définie comme Homo antiquus praegens (Ferguson, 1989).

Le travail de Ferguson n'est pas tellement controversé qu'il n'est pas largement soutenu. Le magazine Smithsonian en décembre 2012 a classé Homo antiquus comme l'un des 4 ancêtres humains les plus susceptibles d'être ignorés. Pourtant, la science derrière l'évolution humaine pendant l'ère du Plio / Pléistocène est pleine de théories, de lacunes et de connaissances et d'hypothèses libérales. La tentative de Ferguson de combler le buisson phylogénétique pourrait être interprétée comme une «folie» aujourd'hui mais pourrait être réinterprétée comme une «découverte» s'il y a des preuves supplémentaires trouvées dans Hadar pour étayer son affirmation.

Références :

  • Ferguson, WW 1984 «Révision des mâchoires d'hominidés fossiles du Plio / Pléistocène de Hadar, en Ethiopie, y compris une nouvelle espèce du genre Homo (Hominodea: Homininae) chez les primates 25 (4): 519-29.
  • Ferguson, WW 1989 «Statut taxonomique de la mandibule hominidée KNM-ER TI 13150 du Pliocène moyen de Tabarin, au Kenya. Dans Primates 30 (1): 69-89.

Source : Source

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En 1984, le paléoanthropologue américain Walter Ferguson a décrié Australopithecus afarensis comme une espèce. A l'époque, les fossiles connus d'Au. afarensis provenait de sites en Ethiopie et en Tanzanie.

On pensait généralement que la variation considérable des os de cette collection combinée était due aux différences de taille entre les membres mâles et femelles de l'espèce. Mais Ferguson pensait que les os appartenaient à plus d'une espèce. Sur la base de la taille et de la forme des molaires, Ferguson a conclu que certaines des plus grandes mâchoires correspondaient à celles de Au. africanus, tandis que les plus petites mâchoires avaient des dents homo plus petites et plus étroites. Les fossiles vieux de 3 millions d'années étaient trop vieux pour s'adapter à n'importe quel Homo connu, alors Ferguson a nommé une nouvelle espèce: H. antiquus.

La division des espèces de Ferguson avait une implication plus grande: si Australopithecus et Homo vivaient côte à côte pendant des centaines de milliers d'années, il était peu probable que les australopithèques soient les ancêtres directs d'Homo.

Si mérité soit-il, le travail de Ferguson n’a pas convaincu le consensus. Au. afarensis existe toujours, alors que peu d'entre eux ont déjà entendu parler de H. antiquus.

Source : Source

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Homo antiquus : En 1984, Walter Ferguson de l'université israélienne de Tel Aviv a déclaré que l'australopithèque n'était pas une vraie forme. À l'époque, les fossiles connus d'A. Afarensis provenaient du site de Hadar en Ethiopie et de Laetoli en Tanzanie. Il y avait beaucoup de variations physiques entre les os de cette collection combinée, mais de nombreux anthropologues pensaient que la diversité était simplement due aux différences de taille entre les membres mâles et femelles de l'espèce. Ferguson, cependant, pensait que les os représentaient en fait plus d'une espèce. Sur la base de la taille et de la forme des molaires, Ferguson a conclu que certaines des plus grandes mâchoires d'Hadar correspondaient à celles d'Australopithecus, une espèce qui n'avait été trouvée qu'en Afrique du Sud. Les autres mâchoires de la collection avaient des dents plus petites et plus étroites de type humain, a-t-il déclaré. Les fossiles vieux d'environ trois millions d'années étaient trop anciens pour correspondre à l'un des membres du genre Homo précédemment décrits, alors Ferguson a créé un nouveau nom d'espèce-H. antiquus. La division de l'apparence de Ferguson avait une implication plus grande : si Australopithecus et Homo avaient vécu côte à côte pendant des centaines de milliers d'années, il était peu probable que les australopithèques soient les ancêtres directs de l'homme. Le travail de Ferguson ne doit pas avoir été convaincant. Près de 30 ans plus tard, A. afarensis est toujours là et peu de gens ont jamais entendu parler de H. antiquus.

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mercredi 4 mars 2020

Homo kanamensis

Homo kanamensis : De nombreuses découvertes de Louis Leakey ont résisté à l’épreuve du temps. H. kanamensis n'en fait pas partie. Au début des années 1930, Leakey a déterré une mâchoire inférieure d'hominidé sur le site de Kanam, au Kenya. La mâchoire ressemblait à celles des gens modernes à bien des égards, mais était plus épaisse à certains endroits. Leakey a déterminé que la mâchoire devrait avoir son propre nom : H. kanamensis. À environ un demi-million d'années, l'espèce était le membre le plus ancien d'Homo jamais trouvé - sauf que le fossile n'était pas vraiment si ancien. Des études géologiques ultérieures à Kanam ont révélé que la mâchoire n'avait que quelques dizaines de milliers d'années. Et l'épaisseur inhabituelle de la mâchoire était due à une croissance anormale, suggérant que H. kanamensis n'était rien de plus qu'un Homo sapiens malade.

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mardi 3 mars 2020

Homo capensis

Homo capensis : Au début des années 1910, deux agriculteurs sont tombés sur des fossiles d'hominidés, y compris des morceaux de crâne, près de Boskop, en Afrique du Sud. Les os ont été transmis à de nombreux anatomistes - dont Raymond Dart, qui a découvert plus tard le premier fossile d'australopithèque - avant de se retrouver entre les mains du paléontologue Robert Broom. Broom a estimé la taille du cerveau du crâne : un énorme 1 980 centimètres cubes (le cerveau d'une personne moderne typique mesure environ 1 400 centimètres cubes). Broom a déterminé que le crâne devrait être appelé H. capensis, également connu sous le nom de Boskop Man. D'autres spécimens d'Afrique du Sud ont été ajoutés à l'espèce, et certains scientifiques sont devenus convaincus que l'Afrique australe abritait autrefois une race de personnes au gros cerveau et au petit visage. Mais dans les années 1950, les scientifiques remettaient en question la légitimité de H. capensis. L'un des problèmes était que l'épaisseur du crâne d'origine rendait difficile l'estimation de la taille réelle du cerveau. Et même s'il faisait 1 980 centimètres cubes, c'est toujours dans la plage normale de variation pour le cerveau des gens modernes, l'anthropologue et blogueur John Hawks a expliqué en 2008. Un autre problème, a souligné Hawks, était que les scientifiques choisissaient de préférence des crânes plus grands à inclure dans H. capensis en ignorant les crânes plus petits qui ont été trouvés en association avec les plus gros spécimens. Aujourd'hui, les fossiles autrefois classés comme H. capensis sont considérés comme des membres de H. sapiens.

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lundi 2 mars 2020

Des indices sur le passé des populations africaines

Le séquençage de quatre génomes africains datant de 8 000 et 3 000 ans raconte une histoire inattendue.

Dans les années 1990, l’équipe de Pierre de Maret, de l’université libre de Bruxelles, découvrait 18 fossiles humains dans la grotte de Shum Laka, au Cameroun. Bien plus tard, ces chercheurs se sont rendu compte que cette grotte, située au frais derrière une chute d’eau et à 1 600 mètres d’altitude, pouvait avoir rendu possible quelque chose de presque impossible : la conservation, sous un climat tropical humide, d’ADN ancien. Ils ont alors invité des généticiens de l’université Harvard à en rechercher dans les squelettes de Shum Laka. Et c’est ainsi que, tout récemment, quatre génomes vieux de 8 000 et de 3 000 ans ont pu être séquencés.

Ce très rare ADN africain ancien est d’autant plus sensationnel que Shum Laka se trouve dans les Grassfields, région du nord-ouest du Cameroun où la linguistique historique situe l’origine des cultures paysannes bantoues qui, à partir d’il y a 3 000 ans, ont colonisé les deux tiers de l’Afrique. Les causes et le déroulement de cet événement majeur de l’histoire humaine étant énigmatiques, les chercheurs ont espéré identifier enfin un échantillon génétique des premiers Bantous. En fait, ils avaient tout autre chose…

Ces génomes vieux de 3 000 ans sont ceux d’un garçonnet et d’une fillette apparentés, âgés de 8 et 4 ans. Ils se révèlent beaucoup plus proches de ceux des chasseurs-cueilleurs actuels d’Afrique centrale (les pygmées Baka, Bakola ou Bedzan du Cameroun, les Mbutis de République centrafricaine) et même de ceux des chasseurs-cueilleurs d’Afrique australe (les Sans), qu’ils ne le sont des génomes bantous actuels. Il en va de même des génomes datant de 8 000 ans, appartenant à un garçonnet et à un adolescent apparentés âgés de 4 et 15 ans : curieusement, même si 5 000 ans les séparent, ils sont de lointains cousins des deux premiers. Ainsi, les gènes de Shum Laka sont manifestement issus du vieux fond génétique d’Afrique de l’Ouest, qui préexistait à la séparation des chasseurs-cueilleurs africains et des Bantous.

En comparant statistiquement les génomes entiers, les chercheurs ont simulé, à partir des souches humaines connues, le mélange de gènes à l’origine des génomes de Shum Laka. Ce travail suggère que la souche ancienne dont ils font partie avec les pygmées est la première de quatre lignées qui, il y a entre 200 000 et 25 000 ans, ont divergé au sein de la population archaïque d’Homo sapiens. Parmi les trois autres, l’une est inconnue, une autre a donné les Sans et la dernière des Africains de l’est, qui ont contribué aux populations bantoues et sont à l’origine des Eurasiens.

Les individus de Shum Laka ont un ADN qui provient à 64 % du vieux fond génétique ouest-africain. Les Bantous ont aussi hérité en partie de ce fond, ce qui expliquerait une étonnante découverte : le chromosome Y de l’ado- lescent porte le rarissime haplotype A00 (un groupe de gènes transmis ensemble), l’un des plus anciens connus de la lignée humaine moderne. Or cet haplotype ne se rencontre aujourd’hui presque que dans les Grassfields, devenus bantous…

Que conclure ? Bien que réduit, l’échantillon d’ADN ancien issu des quatre individus de Shum Laka nous fait apercevoir la diversité génétique de l’Afrique ancienne et nous a permis de reconstruire les très anciennes divergences entre groupes humains qui ont donné naissance à la diversité actuelle.

dimanche 1 mars 2020

Une nouvelle population d’hominidés : les super-archaïques

L’apport d’un ADN d’hominidé a été identifié avant la séparation des Néandertaliens et des Denisoviens.

Une nouvelle étude a été réalisée sur de l’ADN d’hominidés anciens comparé avec de l’ADN contemporain. Cette étude génétique a été menée par Alan Rogers, professeur d'anthropologie à l'Université de l'Utah. L'article a été publié le 20 février 2020 dans la revue Science Advances.

Depuis trois ans, Alan Rogers tente de reconstituer un véritable puzzle évolutif. Il tente de démêler des millions d'années d'évolution humaine en analysant des brins d'ADN d’espèces humaines anciennes et contemporaines. Comme de nombreux généticiens évolutionnistes, Rogers compare les génomes d'homininés à la recherche de modèles génétiques sur le partage des gènes et les mutations. Il développe des méthodes statistiques afin de reconstituer l'évolution des anciennes populations humaines.

A l’origine, une étude remise en cause

En 2017, Rogers a mené une étude qui a révélé que deux lignées d'anciens humains, les Néandertaliens et les Denisoviens, se sont séparées beaucoup plus tôt que prévu. Cela a provoqué des réactions d’autres scientifiques, comme les anthropologues Mafessoni et Prüfer, qui ont soutenu que leur propre méthode d'analyse de l'ADN produisait des résultats différents. Rogers a accepté la controverse, mais il s'est rendu compte qu'aucune des deux méthodes n'expliquait complètement les données génétiques : il manquait un(e) inconnu(e) !

Une population super-archaïque

La nouvelle étude a résolu cet apparent casse-tête et a ainsi pu documenter le premier événement de croisement connu entre des populations humaines très anciennes. En remontant le temps, le généticien a démontré qu’une population eurasienne qualifiée de «super-archaïques» s’est croisée avec un ancêtre commun aux Néandertaliens et aux Denisoviens il y a environ 700 000 ans. L'événement a eu lieu entre deux populations qui étaient très éloignées les unes des autres. Cette population super-archaïque s’était séparée des toutes les autres lignées humaines il y a environ 2 millions d’années… ce qui peut correspondre avec les fossiles humains découverts en Eurasie et datés de 1,85 millions d’années.

Arbre de l'évolution des hominidés proposant plusieurs épisodes d'échange génétiques. Un nouvel événement apparaît, il y a 744 000 ans (orange) suggérant un métissage entre une espèce inconnue, les super-archaïques, et l'ancêtre commun à Néandertal et Denisova en Eurasie.

Les grandes migrations

Avec l’intégration de cette nouvelle population les chercheurs déduisent qu'il y a eu trois vagues de migration humaine en Eurasie.
La première a eu lieu il y a deux millions d'années lorsque les super-archaïques ont migré en Eurasie et se sont multipliés en une grande population.
Pour la deuxième, les ancêtres Néandertaliens-Denisoviens ont émigré en Eurasie il y a 700 000 ans, et se sont rapidement métissés avec les descendants des super-archaïques.
Enfin, il y a 50 000 ans, les hommes modernes se sont étendus à l'Eurasie où nous savons qu'ils se sont croisés avec d'autres humains anciens, y compris avec les Néandertaliens.

Homme de Maludong

Homme de Maludong est le nom donné à plusieurs fossiles du genre Homo, datant de 11 500 à 14 500 ans avant le présent, découverts en Chine dans la grotte de Maludong (ou grotte du Cerf rouge, province du Yunnan) et dans la grotte de Longlin (province du Guangxi). Du nom de la première, on trouve parfois l'appellation « Homme du Cerf rouge ». Selon les auteurs de la première étude qui a été consacrée en 2012 à ces ossements fossiles, ils appartiendraient à une nouvelle espèce humaine, présentant un mélange de caractères archaïques et modernes. Les fouilles ont montré que de grands cerfs rouges avaient été consommés dans la grotte de Maludong, qui ont donné leur nom à la grotte et à ces humains fossiles.

Statut taxonomique

Selon le paléoanthropologue américain Jeffrey Schwartz (Université de Pittsburgh), qui a examiné attentivement les fossiles, cette combinaison de traits unique signe clairement l'existence d'une nouvelle espèce.
Ce point de vue ne suscite pas de consensus à ce jour parmi la communauté scientifique. Chris Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, a suggéré qu'ils pourraient résulter d'une hybridation entre des Dénisoviens et des humains modernes. Les fossiles chinois candidats pour représenter l'Homme de Denisova sont déjà nombreux à ce jour, mais l'Homme de Maludong présente une morphologie différente des autres fossiles connus. D'autres scientifiques demeurent sceptiques, rappelant que les traits physiques observés pourraient se situer dans la variabilité des populations humaines actuelles.

Les tentatives d'extraction d'ADN ont été infructueuses jusqu'à présent. Seul le séquençage de l'ADN des Hommes de Maludong permettrait d'établir avec certitude leur degré de parenté avec les humains modernes.

Source : Wikipedia