vendredi 8 septembre 2017

En Crète, des empreintes de pas remettent en cause l'évolution humaine

De mystérieuses empreintes fossilisées datant de 5,7 millions d'années ont été trouvées en Crète. Selon certains chercheurs, il pourrait s'agir de traces d'hominines. Mais, si tel est bien le cas, il faudrait alors totalement repenser l'origine du genre Homo.

Un article publié récemment dans Proceedings of the Geologists' Association par les membres d'une équipe internationale de chercheurs (essentiellement des chercheurs polonais en géosciences) fait quelques vagues dans le petit monde de la paléontologie. Elle porte sur une découverte dont l'interprétation, si elle venait à être avérée, serait fort intéressante, mais peut-être pas aussi révolutionnaire tout de même (quoique) que la découverte d'Homo naledi ou que celle des restes fossilisés d'Homo sapiens primitifs sur le site de Djebel Irhoud, au Maroc.

Tout commença en 2002, lorsque le paléontologue polonais Gerard Gierlinski tomba par hasard sur ce qui semblait être des empreintes fossiles de mammifères dans une couche sédimentaire, lors de ses vacances en Crète. Le chercheur ne revint vraiment sur le site qu'en 2010 ; c'est alors que des recherches plus approfondies débutèrent dans la région de Trachilos, près de la ville de Kissamos, située à l'ouest de l'île. Une véritable piste, avec 29 traces de pas dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, fut finalement découverte. Or, selon les chercheurs, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines, ce qui les rattacherait directement à nous.

Des hominines qui traversent une Méditerranée à sec ?

Les chercheurs ont bien évidemment voulu dater leur trouvaille. Ils ont été aidés en cela par la présence de foraminifères dans la strate sédimentaire portant les empreintes de pas supputées. Il faut savoir que ces micro-organismes marins évoluent avec le temps, ce qui fait d'eux des marqueurs temporels efficaces pour dater une couche dans laquelle ils se trouvent fossilisés. Dans un premier temps, un âge compris entre 8,5 et 3,5 millions d'années fut ainsi obtenu. Ces traces sont donc au moins aussi anciennes que celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d'environ 3,5 millions d'années (très célèbres, elles sont attribuées aux australopithèques).

Mais comment diable des hominines primitifs de cette époque, tout juste en train de développer des outils rudimentaires, auraient-ils bien pu traverser la Méditerranée ? C'est oublier un peu vite la fameuse crise de salinité messinienne, c'est-à-dire un assèchement important, et peut-être même complet, de cette mer du fait de la fermeture temporaire du détroit de Gibraltar, provoquée par les mouvements de la tectonique des plaques. Transitoire, cet assèchement s'est produit pendant le Messinien, à la fin du Miocène, il y a 5,96 à 5,33 millions d'années. Or, justement, les études stratigraphiques montrent que la couche trouvée en Crète est proche d'une couche repère bien connue de cet évènement. Nous savons donc que les bipèdes ayant laissé ces traces devaient vivre il y a environ 5,7 millions d'années. Une bonne partie de la Méditerranée ressemblait alors à la dépression de l’Afar et le Sahara n'était pas un désert mais une savane africaine.

La Crète n'étant alors pas une île, les traces de Trachilos pourraient bien avoir été laissées par des hominines. Mais certains paléoanthropologues le nient sur la base de la structure de ces empreintes qui, hélas, ne sont pas d'une qualité suffisante pour que le débat soit tranché rapidement. Or, jusqu'à présent, les traces d'hominines datant de plus de 2 millions d'années ont toutes été retrouvées en Afrique. Il faudrait donc en conclure que ces hominines auraient pu s'aventurer au-delà plus tôt qu'on ne le pensait. D'ailleurs, c'est bien ce que certains pensent déjà en se basant sur des découvertes de dents appartenant au grécopithèque (Graecopithecus freybergi) qui, bien que cela soit débattu, pourraient faire de lui l'ancêtre du genre Homo, ce qui bouleverserait nos idées sur nos origines.

Ce qu'il faut retenir
  • Une piste, avec ce qui semble être 29 traces de pas, dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, a été découverte en Crète.
  • Selon les chercheurs à l'origine de cette découverte, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d’hominines et pas de singes. D'autres chercheurs ne sont pas d'accord.
  • Si tel est bien le cas, étant âgées d'environ 5,7 millions d'années, ces traces pourraient conduire à repenser la chronologie et la structure de l'arbre des hominines menant à Homo sapiens.

Source : Futura Sciences du 04/09/2017

mardi 5 septembre 2017

Des préhumains ont-ils marché en Crète il y a 5,7 millions d’années ?

Des traces de pas auraient été laissées par un préhumain, il y a 5,7 millions d’années en Méditerranée. Si la découverte se confirme, elle indiquerait que nos grands ancêtres ont occupé une aire biogéographique dépassant la seule Afrique.



Ce ne sont que 29 traces de pas, mais elles pourraient nous obliger à revoir la marche de l'histoire ! Découvertes en 2002 par un géologue polonais sur le site de Trachilos, en Crète (voir la carte ci dessous), elles viennent en effet d'être datées de -5,7 millions d'années et attribuées à un homininé (c'est-à-dire un grand ancêtre des humains) plus jeune que Toumaï, mais bien plus vieux que les australopithèques (lire l'encadré ci dessous). "Cette recherche, publiée dans les Proceedings of the Geologist association prête à controverse, parce qu'elle suggère que les premiers ancêtres des humains vivaient dans le sud de l'Europe aussi bien qu'en Afrique de l'est" conviennent deux des auteurs, Matthew Robert Bennett, professeur de géographie environnementale à l'Université de Bournemouth (Grande Bretagne) et Per Ahlberg, professeur de biologie évolutionnaire à l'Université d'Uppsala (Suède).

Homininés, Hominidés, kesaco ? Selon le vocabulaire en usage chez la majorité des scientifiques, les homininés regroupent les hommes (Homo) et leurs ancêtres fossiles (Toumaï, Orrorin, australopithèques, kenyanthropes et ardipithèques). Les hominidés regroupent l'homme actuel, le chimpanzé, le bonobo, le gorille et l'orang-outan.

Ces traces de pas ont deux millions d'années de plus que celles de Laetoli, jusqu'alors les plus anciennes connues au monde. Elles auraient été faites par "quelqu'un marchant debout sur ses jambes" et chaussant du 35 maximum, puisqu'elles mesurent entre 9,4 cm et 22,3 cm. Leur forme seraient très similaires à celles des humains. "Les autres primates laissent des empreintes très différentes, leur pied ressemble plus à une main, avec un gros orteil écarté comme un pouce", soulignent les auteurs. Dépourvues de griffes, ces pieds seraient également dotés de coussinets proches de ceux des plantes humaines.

Pas de quoi convaincre le paléoanthropologue Zach Throckmorton, professeur d'Université à l'école de médecine de l'université du Michigan (Etats-Unis) : "Les traces de pas ne constituent pas des indicateurs fiables de l'architecture du squelette du pied, conteste t-il. Pour moi, ce gros orteil est un orteil de singe et non d'humain, vu son positionnement. Ou alors, celui qui a laissé l'empreinte souffrait du plus énorme hallux valgus (une déformation du gros orteil appelée oignon) qu'il m'ait été donné de voir ! " précise t-il malicieusement.

il y a 5,6 millions d’années, la Méditerranée était totalement asséchée

Quoiqu'il en soit, les traces ont été laissées sur une bande de sable, proche de l'ancien lit d'une rivière. Leur datation a été faite à partir de l'analyse de foraminifères, des micro-organismes marins fossiles dont l'évolution très rapide, au cours du temps, donne de bons jalons aux préhistoriens et biogéographes. Or, il y a 5,6 millions d'années, la Méditerranée s'est entièrement asséchée. Cet évènement extraordinaire a laissé des sédiments faciles à interpréter.

Les chercheurs situent le berceau de l'humanité en Afrique, là où ont été faites les plus anciennes ou spectaculaires découvertes, de Toumaï aux premiers Homo, en passant par Orrorin, Ardipithecus ou encore les australopithèques (voir l'encadré ci dessous et lire notre Hors série n°183, La Grande Histoire de l'humanité). Mais si la découverte se confirme, il faudra admettre que des homininés arpentaient également les pourtours de la méditerranée il y a 5,7 millions d'années.

Les plus anciens fossiles ou traces de préhumains connus sont Sahelanthropus alias Toumaï (-7 millions d'années) et Orrorin (-6 Ma) auquel s'ajoute l'étrange Graecopithecus (-7,2 Ma), un primate qui vient d'être reclassifié en homininé. Les traces de pas de Trachilos ont -5,7 millions d'années. Ardipithecus Kaddaba a environ le même âge. Les traces de pas de Laeotoli ont seulement 3,8 millions d'années et sont attribuées à des Australopithecus. Crédit GPA.

A l'époque, au miocène tardif, le désert du Sahara n'existait pas, des environnements de savane s'étendaient du nord de l'Afrique l'est de la Méditerranée. De surcroît, la Crète n'était pas encore détachée de la Grèce. "Dans ces conditions, il n'est pas difficile d'imaginer que les premiers homininés avaient une aire de distribution à travers tout le sud de l'Europe et toute l'Afrique et qu'ils ont pu laisser leurs empreintes sur un rivage méditerranéen" souligne Matthew Robert Bennett.

Reste une question : qui a laissé ces empreintes ? On savait déjà que des singes fossiles vivaient au Miocène dans cette région du monde. Mais pourrait-il vraiment s'agir d'un homininé, d'un préhumain ? Une étude vient donner un peu de crédit à l'hypothèse. Par une bienheureuse coïncidence, au début de l'année 2017, des chercheurs allemands, grecs et bulgares ont en effet réexaminé les restes d'un primate de Grèce et de Bulgarie, le Graecopithecus, vieux de – 7,2 millions d'années et… conclu qu'il s'agissait bien d'un homininé, le premier connu hors d'Europe. Leur analyse, reposant sur une mâchoire et une dent, a été très critiquée. Mais pour les découvreurs des traces de Crète, ce bonhomme fossile, surnommé "El Graeco" ou plutôt l'un de ses descendants, pourrait être le promeneur de Trachilos. Une nouvelle controverse est en marche.

Source : Sciences et Avenir du 01/09/2017