samedi 22 août 2015

Le mystère du petit doigt qui en dit long sur notre humanité

La main moderne, capable de manipulation de précision, serait apparue il y a 1,84 million d’années comme en témoigne une phalange découverte en Tanzanie. Mais à quel hominidé appartenait-elle ?

PHALANGE. Il ne mesure que 36 mm… mais l’os de main OH 86 découvert dans la gorge d’Olduvaï, en Tanzanie, en dit long sur l’aventure de notre humanité. "Cette phalange, très droite, dont la taille est similaire à celle des Homo sapiens, ne peut appartenir qu’à une main anatomiquement moderne", estime Manuel Dominguez-Rodrigo, de l’Institut de l’évolution en Afrique de Madrid, qui a fait parler l’ossement dans la revue Nature communication. Avec ses 1,84 million d’années, c’est la plus ancienne connue. Le propriétaire de cette main devait mesurer 1,70 m". Il pourrait donc s’agir, selon lui, d'un nouvel hominidé encore inconnu, plus grand que le Paranthropus boiséi, (1,50 m) et l’Homo habilis (entre 1,10 et 1,30 m) qui vivaient à la même époque dans cette région de l’est africain.

Une phalange, c’est maigre pour constituer une nouvelle espèce… "mais les doigts d'OH 86 diffèrent en forme et en taille de ceux d' H. habilis –l’homme habile, premier hominidé découvert aux coté d’outils de pierre dans les années 1960 – et doté de doigts larges déjà très semblables à ceux d’Homo sapiens", assure Manuel Dominguez-Rodrigo à Sciences et Avenir.

Le chercheur madrilène et ses collègues américains et sud-africains sont ainsi persuadés d’avoir trouvé "le meilleur candidat potentiel pour être l'un des tous premiers membres du genre homo". "C’est la capacité à manipuler avec précision qui a interagi avec notre cerveau et permis le développement de notre intelligence, principalement grâce à l’invention et l’usage des outils", s’enthousiasment-ils auprès de l’AFP.


A gauche, la phalange de l'hominidé OH 86 superposée à une main moderne

Plus adroit qu’Homo habilis ?

Mais leur créature n’est pas la seule à prétendre au titre. "La main d’Australopithecus sediba – la plus complète d’hominidé jamais découverte – atteste qu’il était déjà capable de saisies de précision il y a 1, 977 million d'années", rappelle Lee Berger de l’université du Wittwaterstrand, qui l’a étudiée en 2013. Le pouce long et musclé de cet australopithèque sud-africain, forme une pince avec l’index, propice à la fabrication et la manipulation d’outils, même si l'on en a pas retrouvé auprès de lui. "Il était même potentiellement plus adroit qu’Homo habilis", assure son découvreur (lire Sciences et Avenir n°776, octobre 2011), persuadé lui aussi d’avoir trouvé le meilleur candidat au titre d’ancêtre de l’homme. Difficile à ce stade de départager les bonhommes fossiles.


A droite, la main d'une jeune Australopithecus sediba femelle également superposée à une main moderne

Une chose est sûre : même s'ils étaient adroits, ni l'un, ni l'autre, n'ont fabriqué les tous premiers outils. Une découverte récente au Kenya, montre que les plus vieilles pierres taillées au monde ont 3,3 millions d’années et sont donc bien plus anciennes que le genre humain ou qu’Australopithecus sediba lui-même. L'identité de ce premier tailleur de pierre reste pour l'instant un mystère.

Source : Sciences et Avenir du 20/08/2015

vendredi 21 août 2015

La plus ancienne main moderne daterait de 1,84 million d'années

Une phalange trouvée en Tanzanie (Afrique de l'Est), dans les mythiques gorges d'Olduvai, repousse un peu plus dans la passé l'apparition de la main moderne chez les hominines : 1,84 million d'années.

L'année 2015 est décidément faste pour les paléoanthropologues et les archéologues. En effet, les découvertes se multiplient repoussant un peu plus loin dans le passé certaines dates clés de l’histoire des hominines. On a ainsi découvert que le genre Homo était apparu au moins 400.000 ans plus tôt qu’on ne le pensait et que des hominines taillaient déjà des outils en pierre il y a 3,3 millions d’années. Tout récemment, c’est la présence d’êtres humains en France qui s’est révélée plus ancienne d'au moins 100.000 ans grâce à la découverte d’une dent dans la célèbre grotte de Tautavel.

Un article publié dans le journal Nature fait aujourd’hui état de la découverte d’une phalange d’hominine étonnamment moderne et datée d’environ 1,84 million d’années. Elle a été trouvée dans les fameuses gorges d'Olduvai, en Tanzanie (Afrique de l'Est), par une équipe de chercheurs menée par Manuel Domínguez-Rodrigo, de l'institut de l'Évolution en Afrique (Madrid), travaillant dans le cadre du Olduvai Paleonthropology and Paleoecology Project (TOPPP).

Rappelons que les gorges d'Olduvai sont l’un des sites paléoanthropologiques les plus riches du monde. Elles entaillent le versant est de la vallée du Rift, dans la plaine du Serengeti, au nord de la Tanzanie. Des restes fossilisés devenus deux holotypes importants (c'est-à-dire des spécimens types servant de référence) y ont été trouvés — ceux de Paranthropus boisei (Leakey 1959) et surtout Homo habilis (Leakey 1960), le premier représentant du genre Homo. On a baptisé les restes de ce dernier OH 7 (OH pour Olduvai Hominin en anglais), ce qui indique qu’il est le septième reste d'hominine découvert sur ce site.


Le reste fossilisé trouvé en Tanzanie évoque irrésistiblement une phalange de main moderne mais il est daté d'environ 1,84 million d'années. Il pourrait avoir appartenu à un ancêtre d'Homo erectus encore inconnu. Il faudrait d'autres phalanges similaires, associées par exemple à des dents, pour identifier l'espèce.

Un ancêtre d'Homo erectus haut de 1 m 75 ?

La phalange étudiée par les membres du TOPPP provient d’un adulte baptisé OH 86. Il était contemporain des australopithèques dont l’holotype est celui d’OH 5, alias Paranthropus boisei, aussi bien que des Homo habilis qui vivaient dans les gorges d’Oluvai. Ce qui étonne les chercheurs c’est que cette phalange semble non seulement appartenir à un individu de plus grande taille, environ 1 m 75, mais aussi qu’elle partage des caractéristiques avec des mains de l’Homme moderne. Elle est, par exemple, droite et longue de 36 millimètres, comme chez Homo sapiens, alors que celles des hominines de l’époque étaient encore courbées, comme le sont celles des primates qui grimpent aux arbres. On peut donc avancer que cette phalange appartenait à un ancêtre de l’Homme moderne et qu’elle signale ainsi l’apparition la plus ancienne connue à ce jour de la main moderne.

Si tel est le cas, il ne s'agit pas d'une mince découverte. En effet, une main complètement libérée de son utilisation pour grimper aux arbres, et donc aussi associée à une bipédie bien développée, a sans doute permis à l'Homme de se consacrer à la fabrication et l'utilisation des outils (on pense que ceux-ci ont joué une rôle fondamental dans l’explosion de l’intelligence manifestée par le genre Homo). Certains pensent d’ailleurs que OH 86 pourrait appartenir à un ancêtre encore inconnu d’Homo erectus, un hominine plus évolué qu’Homo habilis (il est le premier à maîtriser le feu).

Pour Manuel Domínguez-Rodrigo, cela fait sens. En effet, le chercheur a toujours été étonné par l’existence de grandes carcasses d’animaux fossilisés qui pouvaient peser jusqu'à 350 kg et qui ont visiblement été chassés. Le seul hominine connu à l’époque dans les gorges d’Olduvai, avec une industrie lithique associée et qui était en mesure de chasser ces animaux, reste Homo habilis. Or, il ne mesurait qu’environ 1 mètre de haut. Un ancêtre d’Homo erectus haut de 1 m 75, expliquerait donc bien des choses.

Certains de ses collègues sont plus circonspects. Si la phalange semble bien moderne, il ne serait pas aussi facile d'en déduire qu’elle appartenait à une espèce d’hominine de grande taille. Affaire à suivre donc.

Source : Futura Sciences du 19/08/2015

samedi 1 août 2015

Archéologie, découverte d’une dent de plus de 550 000 ans à Tautavel

Une dent datée entre 580 000 et 550 000 ans a été mise au jour dans le chantier de fouilles de la Caune de l’Arago à Tautavel, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. L’Homme de Tautavel, âgé de 450 000 ans, aurait donc eu un ancêtre.

C’est une découverte exceptionnelle dans l’un des plus grands sites archéologique d’Europe, la grotte de Tautavel, près de Perpignan, qui fait avancer la préhistoire. Une dent, datée entre 580 000 et 550 000 ans, mise au jour par deux étudiants archéologues, laisse deviner la présence d’hommes dans la grotte bien avant l’estimation donnée jusqu’ici par les chercheurs.

Découverte en 1972, la grotte, aussi appelée la Caune de l’Arago, a livré plus de 600 000 objets provenant de dépôts datés de 80 000 à 560 000 ans, soit la fin de la préhistoire. « C’est une découverte majeure parce qu’on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe », explique à l’AFP Amélie Viallet, archéologue dans la Caune de l’Arago.

En savoir plus sur nos origines

L’Homme de Tautavel avait 20 ans, il y a 450 000 ans. Il mesurait 1 mètre 60. Pommettes saillantes et mâchoire avancée, cet hominidé ressemblait physiquement aux premiers Européens, pensent les scientifiques du centre de recherches européennes de la préhistoire.

Le jeune homme ne maîtrisait pas encore le feu, mais se révélait être un chasseur hors pair. Sa localisation depuis la grotte de Tautavel lui permettait de dominer la vallée, sa source d’eau et par conséquent ses proies.

La découverte d’une dent cent mille ans plus ancienne pourrait permettre d’en savoir davantage sur nos origines. « C’est une pièce du puzzle qui nous manquait pour répondre à la question cruciale : est-ce que l’homme de Neandertal, qui vivait il y a 120 000 ans, provenait d’une lignée unique ? », a ajouté la paléoanthropologue Amélie Viallet.

Les scientifiques débattent en effet pour savoir si l’Homme de Tautavel est un ancêtre de l’Homme de Neandertal ou de l’Homo sapiens, l’ancêtre de l’homme moderne. Au total, plus de 140 restes de squelette de l’Homme de Tautavel avaient déjà été découverts sur le site.

Source : La Croix du 28/07/2015