samedi 30 juillet 2011

Australopithèques : une bipédie performante dès 4 millions d’années avant notre ère ?

Publiés dans la revue Interface de la Royal Society, les résultats d’une nouvelle étude d’empreintes fossilisés d’Australopithèques vieilles de 3,7 millions d’années et découvertes en 1976 en Tanzanie, suggèrent que ces créatures avaient déjà une bipédie bien affirmée.

Employant une technique statistique inspirée de l’imagerie utilisée en médecine cérébrale, des chercheurs de l’Université de Liverpool ont reconstitué un modèle en 3D d’une série de 11 empreintes de pas attribuées à Australopithecus afarensis, des congénères de Lucy. Vieilles de 3,7 millions d'années, elles ont été découvertes en 1976 dans des sédiments volcaniques de Tanzanie. Comparant ce modèle aux résultats d’une autre modélisation reconstituant le type d’empreinte laissé par divers grands singes et par l’homme, l’équipe suggère que la démarche bipède efficace de type humain est apparue dès 4 millions d’années, et non vers 1,9 millions d'années, comme beaucoup de scientifiques l’estimaient.

Des empreintes très révélatrices

"On pensait auparavant qu’Australopithecus afarensis marchait un peu 'accroupi', sur le côté du pied, appuyant sur le sol avec le milieu du pied, comme les grands singes d’aujourd’hui. Cependant, nous avons trouvé que les empreintes de Laetoli traduisaient un type de démarche bipède bien verticale, s’appuyant sur le devant du pied, en particulier sur le gros orteil, assez proche de ce qui existe chez l’humain, et plutôt différent de ce qu’on trouve chez le chimpanzé et autres grands singes", explique le Pr Robin Crompton qui a conduit l'étude.

"La fonction pédestre représentée par ces empreintes est donc plus probablement similaire au modèle observé chez l’humain moderne. Ceci est important, car le développement de la fonction locomotrice du pied humain a aidé nos ancêtres à se répandre hors d’Afrique", conclut le scientifique. Cette découverte pourrait donc fournir de nouvelles pistes pour comprendre l'évolution de l'Homme et la manière dont il s'est répandu sur les continents.

Source : MaxiSciences du 24/07/2011

L'homme de Neandertal bouté hors d'Europe par ses cousins plus avancés

Les hommes de Neandertal pourraient avoir été submergés par une vague de leurs cousins plus avancés, les premiers hommes modernes, provoquant leur disparition il y a 40.000 ans, selon une étude britannique effectuée sur un site archéologique du Périgord (sud de la France).

Comment l'homme de Neandertal a-t-il disparu, permettant aux populations plus avancées d'Homo sapiens, probablement venues d'Afrique, de s'implanter? La question fait l'objet de nombreux débats au sein de la communauté scientifique.

La dernière théorie en date, publiée jeudi dans la revue américaine Science, se base sur une analyse statistique d'éléments remontant à cette époque et retrouvés dans le Périgord.

Des chercheurs de l'université de Cambridge (Royaume-Uni) ont découvert que le nombre de sites susceptibles d'avoir été occupés par les premiers hommes modernes, où ont été découverts des zones de campements, des outils, des restes d'animaux et de nourriture, était supérieur à celui des sites occupés par l'homme de Neandertal.

Les sites où se trouvaient les premiers hommes modernes présentaient aussi des objets caractéristiques de l'Homo sapiens, tels que des outils de pierre, des bijoux ou encore des oeuvres d'art, plus évolués que ce dont étaient capables les hommes de Neandertal.

L'arrivée des premiers hommes modernes a probablement poussé ces derniers à quitter leurs habitats pour des endroits où la nourriture et les abris étaient plus difficiles à trouver, précipitant leur disparition, explique Paul Mellars, de l'université de Cambridge, principal auteur de l'étude.

"Confrontés à cette concurrence, les hommes de Neandertal semblent s'être retirés dans des régions moins attrayantes et plus reculées du continent" européen, dit-il.

Les dernières traces des Néandertaliens, qui ont vécu sur le continent pendant quelque 300.000 ans, ont été découvertes dans des cavernes en Espagne et à Gibraltar.

Selon le Pr Mellars, le coup de grâce pourrait avoir été donné par une vague de froid. La disparition de l'homme de Neandertal pourrait avoir "été accélérée par une brusque détérioration du climat sur le continent il y a 40.000 ans", avance-t-il.

Source :  Voilà actualités du 28/07/2011

vendredi 29 juillet 2011

Les merveilles de la grotte Chauvet bientôt en 3D

Des mammouths, des chevaux, des rennes, des lions des cavernes, des rhinocéros, des ours... Les rares privilégiés qui ont pu pénétrer dans la grotte Chauvet parlent d’une vision magique. Au total, la quinzaine de salles et galeries contiennent 425 animaux dessinés sur plus de 500 m.

Ce sont les peintures rupestres les plus anciennes au monde, réalisées avec une maîtrise picturale qui fait dire aux spécialistes qu’il s’agit-là de la naissance de l’art, il y a 36 000 ans. Avec des effets de perspective et de mouvement, des jeux d’ombre, grâce à l’estompe, ou de gravure pour mettre en relief les contours d’un animal.

Ce n’est qu’une hypothèse, mais les dessins ont peut-être été réalisés de telle sorte que, quand ils sont éclairés par une torche, le mouvement est restitué au gré de l’agitation de la flamme.

Le 31 août, ce bestiaire sorti de la nuit des temps sera enfin visible dans le documentaire tourné par Werner Herzog. Le réalisateur allemand est resté un mois à Vallon-Pont-d’Arc en Ardèche pour montrer les richesses de la grotte Chauvet ainsi que le travail des scientifiques. Et apporter aussi sa vision de ces artistes.

Le film, en salle aux Etats-Unis depuis avril, a remporté un beau succès. "Il permet réellement une immersion dans la grotte. Le sujet se prête au 3D relief qui restitue le volume", explique Nicolas Zunino, le coproducteur français du documentaire. Il fait partie de ceux qui ont pu pénétrer dans la grotte et parle de cette "émotion" ressentie face aux dessins au charbon de bois ou à l’ocre. "Werner Herzog a voulu faire transparaître l’esprit de ces hommes qui ont réalisé ces dessins. C’est un artiste qui parle d’autres artistes."

"Un outil numérique à disposition des scientifiques"
Serge Valcke, informaticien


Ce sera la première fois que le public pourra accéder aux chefs-d’œuvre enfermés dans la grotte depuis sa découverte en 1994. Car il faudra attendre 2014 pour qu’un fac-similé de la grotte soit reproduit à Vallon-Pont-d’Arc, à deux kilomètres du site originel.

Pour mener à bien cette restitution, la société Perazio, près de Grenoble, travaille depuis dix ans afin de numériser la grotte, au millimètre près, tant en ce qui concerne les parois que les peintures rupestres. Le moindre relief, le plus petit détail a été scanné à 360°, sur quelque 275 points de la grotte, pour restituer ces salles dont certaines atteignent 17 mètres de plafond. Les photos sont ensuite prises et posées sur l’ossature spatiale de la grotte. "C’est un outil numérique désormais à la disposition des scientifiques qui peuvent aller dans le moindre détail, sans les contraintes physiques de la grotte", précise Serge Valcke, informaticien de la société grenobloise.

L’appel d’offres pour la réalisation du site sera lancé en octobre. Une opération d’envergure pour la Région Rhône-Alpes et le département de l’Ardèche, avec ce site de Vallon-Pont-d’Arc pour lequel 45 millions d’euros seront investis, dans l’espoir d’attirer 300 000 personnes par an.

Source : Midi Libre du 28/07/2011

Et non ... l'Archaeopteryx n'est pas l'ancêtre des oiseaux !

Le célèbre Archaeopteryx a été considéré à tort durant 150 ans comme l'ancêtre de tous les oiseaux... En réalité, selon les chercheurs chinois de l'Académie des Sciences qui publient ce 27 juillet 2011 leurs travaux dans la revue Nature, ce n'était qu'un simple dinosaure aux allures de volatile -comparé à un de ses cousins chinois de la taille d'un poulet découvert récemment. Cette découverte paléontologique ouvre le champ de nouvelles recherches et risque de bousculer des thèses sur l'histoire de l'évolution des espèces.


Depuis la découverte du premier spécimen d'Archaeopteryx en Bavière en 1861 -moins de deux ans après la publication fracassante par Darwin de son "Origine des espèces"-, le petit dinosaure à plumes était considéré comme l'ancêtre des oiseaux. Dans "l'arbre phylogénétique" retraçant la parenté des espèces, les chercheurs l'avaient effectivement placé à la base de la branche des "Aviales" -qui aboutit à nos oiseaux modernes.

Au fil du temps, certains chercheurs avaient certes nourri des doutes lorsque des caractéristiques considérées comme typiques des attributs "aviaires" de l'Archaeopteryx (plumes, bréchet, mains à trois doigts, etc.) avaient été trouvées chez d'autres dinosaures, bien terrestres ceux-là. Mais, faute de preuves formelles, le grand-père continuait imperturbablement de régner sur sa parentèle aviaire.

C'est alors que le Pr Xing Xu, spécialiste renommé en paléontologie de l'Académie des Sciences chinoise, s'est penché sur un banal fossile de dinosaure à plumes d'à peine 800 grammes découvert dans la province de Liaoning -une nouvelle espèce baptisée Xiaotingia zhengi, très proche de l'Archaeopteryx -mais dont la morphologie le rattache indubitablement à une branche parallèle des "Aviales", les "Déinonychosaures"-. Et, lorsque le Pr Xu et son équipe ont entré les caractéristiques du Xiaotingia dans le modèle informatique permettant de construire l'arbre phylogénétique, l'Archaeopteryx est tombé de sa branche, pour se retrouver à la naissance de la branche voisine des "Déinonychosaures"!

« Un petit dinosaure carnivore à plumes comme les autres ... »

Surpris par ce résultat, les auteurs ont recommencé leur analyse avec les mêmes paramètres. Aujourd'hui, même si le professeur Xu reste prudent et souligne qu'on ne dispose encore actuellement que de peu de données pour soutenir sa nouvelle "hypothèse phylogénétique", ce résultat ne fait finalement que confirmer un faisceau de présomptions tissé ces dernières années au fil des découvertes de fossiles.

Il est peut-être temps d'accepter l'idée que l'Archaeopteryx était juste un petit dinosaure carnivore à plumes comme les autres, qui se baladait au Jurassique, voici 145 à 200 millions d'années, estime le paléontologue Lawrence Witmer.

Où se cacherait alors l'ancêtre commun des oiseaux ? D'après l'analyse du Pr Xu, il faudrait chercher du côté de l'Epidexipteryx, de Jeholornis et de Sapeornis. Des espèces découvertes seulement très récemment et qui constituent donc un « nouveau territoire, même pour des spécialistes », indique Lawrence Witmer.

Source : RFI du 27/07/2011

jeudi 28 juillet 2011

L'Archaeopteryx n'était pas l'ancêtre des oiseaux, mais un dinosaure à plumes

Le célèbre Archaeopteryx a été considéré à tort durant 150 ans comme l'ancêtre de tous les oiseaux. Mais il n'était en réalité qu'un simple dinosaure aux allures de volatile, si l'on en croit un de ses cousins chinois de la taille d'un poulet découvert récemment.

Depuis la découverte du premier spécimen d'Archaeopteryx en Bavière en 1861, la plupart des spécialistes de l'évolution considéraient ce dinosaure à plumes comme la forme d'oiseau la plus basique et ancienne. Et dans "l'arbre phylogénétique" retraçant la parenté des espèces, ils l'avaient donc logiquement placé à la base de la branche des "Aviales" qui aboutit à nos oiseaux modernes.

Au fil du temps, certains chercheurs avaient certes nourri des doutes lorsque des caractéristiques considérées comme typiques des attributs "aviaires" de l'Archaeopteryx (plumes, bréchet, mains à trois doigts, etc.) avaient été trouvées chez d'autres dinosaures, bien terrestres ceux-là.

Mais faute de preuves formelles, le grand-père continuait imperturbablement de régner sur sa parentèle aviaire.

C'est alors que le Pr Xing Xu, spécialiste renommé en paléontologie de l'Académie des Sciences chinoise, se penche sur un banal fossile de dinosaure à plumes d'à peine 800 grammes découvert dans la province de Liaoning. Une nouvelle espèce baptisée Xiaotingia zhengi, très proche de l'Archaeopteryx mais dont la morphologie le rattache indubitablement à une branche parallèle des "Aviales", les "Déinonychosaures", expliquent les scientifiques chinois dans une étude publiée mercredi par la revue Nature.

Et lorsque le Pr Xu et son équipe ont entré les caractéristiques du Xiaotingia dans le modèle informatique permettant de construire l'arbre phylogénétique, l'Archaeopteryx est tombé de sa branche, pour se retrouver à la naissance de la branche voisine des "Déinonychosaures"!

Juste un petit dinosaure à plumes

"En d'autres termes, Archaeopteryx avait cessé d'être un oiseau", résume le biologiste américain Lawrence Witmer dans un commentaire séparé.

"Surpris par ce résultat, les auteurs ont recommencé leur analyse avec les mêmes paramètres, cette fois en omettant Xiaotingia. Et Archaeopteryx était rétabli sur la branche des Aviales, à la base de tous les oiseaux", explique-t-il.

Même si le Pr Xu reste prudent et souligne qu'on ne dispose encore à l'heure actuelle que de peu de données pour soutenir sa nouvelle "hypothèse phylogénétique", ce résultat ne fait finalement que confirmer un faisceau de présomptions tissé ces dernières années au fil des découvertes de fossiles.

"Il est peut-être temps d'accepter l'idée que l'Archaeopteryx était juste un petit dinosaure carnivore à plumes comme les autres, qui se baladait au Jurassique", voici 145 à 200 millions d'années, estime Lawrence Witmer.

Le premier spécimen d'Archaeopteryx avait été découvert moins de deux ans après la publication fracassante par Darwin de son "Origine des espèces".

Avec son mélange de caractéristiques reptiliennes et aviaires, ce dinosaure tombait à point nommé pour illustrer l'évolution des espèces et a pu influencer la façon dont les chercheurs ont travaillé par la suite, note le biologiste.

"Des centaines de publications (dont plusieurs des miennes) s'appuient sur l'Archaeopteryx pour formuler et évaluer des hypothèses sur les oiseaux", reconnaît M. Witmer.

Où se cacherait alors l'ancêtre commun des oiseaux ?

D'après l'analyse du Pr Xu, il faudrait chercher du côté de l'Epidexipteryx, de Jeholornis et de Sapeornis.

Des espèces découvertes seulement très récemment et qui constituent donc un "nouveau territoire, même pour des spécialistes", indique Lawrence Witmer.

Source : Actu Voila du 27/07/2011

mardi 26 juillet 2011

Les congénères de Lucy marchaient bien droit à Laetoli

Les caractères de la marche bipède moderne seraient bien plus anciens que prévu. Des chercheurs anglais ont analysé très précisément les fameuses empreintes de pas de Laetoli, en Tanzanie. Elles ont été laissées par un ancêtre qui se tenait bien droit et marchait un peu comme nous...

La bipédie et l’apparition des caractères morphologiques modernes qui permettent un bon fonctionnement du pied lors de la marche sont souvent liés au groupe Homo. Il s’agit en particulier de la capacité à appuyer avec l’avant du pied et le gros orteil et de la possibilité d’adopter une posture bien verticale. Nombre de publications imaginent l’émergence de ces fonctions il y a 1,9 million d’années. Jusqu’ici les paléontologues pensaient que le groupe australopithèque, plus ancien et encore un peu arboricolehttp://www.futura-sciences.com/fr/news/t/zoologie/d/bipedie-les-hommes-ont-il-appris-a-marcher-sur-les-arbres_11973/, ne présentait pas un pied fonctionnellement adapté à la marche.

En 1976, Mary Leakey et Richard Hay ont découvert en Tanzanie des empreintes de pas datant de 3,7 millions d’années, sur le site de Laetoli. Ce sont les plus anciennes traces de pas connues laissées par des ancêtres de l’Homme. En l’occurrence le coupable serait probablement un petit groupe d’australopithèques de l’espèce Australopithecus afarensis, « frères aînés » de la fameuse Lucy. La forme de leurs pieds aurait été imprimée dans une couche de cendres volcaniques fraîches, comme les stars américaines dans le béton d’Hollywood Boulevard. Les cendres se transformant rapidement en tuf très dur, les empreintes ont été conservées des millions d’années.

Hollywood Boulevard

Faire parler des empreintes a toujours été sujet à caution, par la difficulté d’interprétation des indices qu’elles portent. Les informations récoltées jusqu’ici à Laetoli ont fait dire aux paléontologues que l’animal qui les a laissées n’avait pas les pieds aptes à une marche bipède moderne. Mais l’équipe du professeur Robin Crompton, de l’université de Liverpool, s’est repenchée sur la fameuse piste avec une méthode totalement nouvelle. Pour eux, les études précédentes ne s’intéressant qu’à une empreinte isolée ont été induites en erreur par des formes parasites liées à l’érosion ou à d’autres facteurs environnementaux.

Les empreintes de pas comme ce moulage de la piste de Laetoli exposé au musée des gorges d'Olduvai (Tanzanie) restent délicates à interpréter.

Ils ont donc tout d’abord mesuré précisément et en tous sens les onze empreintes en bonnes conditions du site. Et avec des techniques de reconstruction numérique et d’analyse statistique des données, ils ont élaboré un modèle 3D moyen d’empreinte s’affranchissant des déformations parasites. Ils l’ont ensuite comparé aux données d’études sur la formation d’empreintes et sur les pressions exercées par le pied lors de la marche. Et pas seulement pour des êtres humains modernes : ils ont aussi accumulé les données sur d’autres grands singes comme le chimpanzé ou l’orang-outang se déplacent parfois debout eux aussi. Enfin, une simulation numérique de marche intégrant tous ces paramètres leur a permis de connaître la forme de l’empreinte laissée par Australopithecus afarensis pour différentes postures et démarches. Ils ont en fait développé une nouvelle technique d’étude qui ouvre la voie à une meilleure interprétation des empreintes fossiles.

Un pied déjà apte à la marche

Il apparaît alors que la démarche qui laisse les empreintes les plus proches de ce qui est observé sur le terrain à Laetoli n’implique pas la position ramassée, courbée, des grands singes modernes. Ça n’est pas l’arrière du pied qui assure la locomotion. Au contraire, Australopithecus afarensis se tenait droit, et c’est l’avant du pied, en particulier le gros orteil, qui dirigeait la marche comme c’est le cas pour nous près de 4 millions d’années plus tard.

Un résultat qui semble confirmer les résultats d’une étude récente basée sur la découverte d’un os fossile appartenant également à un congénère de Lucy. Ce qui permet de dire aux chercheurs que la lignée humaine a développé très tôt un pied apte à la marche bipède, alors même que ces ancêtres avaient encore un mode de vie partiellement arboricole. Mais malgré ses pieds efficaces et sa démarche altière, les scientifiques britanniques se refusent encore à croire que l’animal ait pu marcher ou courir sur de longues distances. La faute au reste de sa morphologie, un corps long et des jambes courtes à l’inverse d'Homo sapiens, un cousin apparu bien plus tard et qui a su marcher tout autour de la planète.

Source : MaxiSciences du 23/07/2011

lundi 25 juillet 2011

Nous sommes tous des néandertaliens

On a tous en nous quelque chose de... Neandertal, aurait pu chanter Johnny. C'est sans doute une mauvaise nouvelle pour ceux qui pensaient que l'humanité actuelle n'a rien à voir avec cette supposée "brute épaisse", mais une nouvelle preuve du batifolage sexuel entre les deux espèces (ou sous-espèces) humaines vient d'être découverte, cachée dans notre génome. Il semble en effet avéré que certains hommes et femmes d'aujourd'hui posséderaient dans leur chromosome X (celui qui détermine le sexe avec le Y) des fractions d'ADN héritées de ce cousin ayant disparu voilà 30 000 ans. L'auteur de cette découverte publiée dans la revue Molecular Biology and Evolution est un certain Damian Labuta de l'Université de Montréal.
Mais alors, comme dirait la presse people, où et quand M. Neandertal et Mme Sapiens (à moins que cela ne soit le contraire) ont-ils fait leur escapade amoureuse ? D'après les généticiens, cet échange de partenaires entre les deux branches humaines n'aurait pas eu lieu en Europe, où elles se sont côtoyées il y a quelques millénaires, mais auparavant, au Moyen-Orient.

Échangisme

Un petit rappel des faits est sans doute nécessaire : voilà 400 000 à 500 000 ans, certains des Homo ergaster peuplant l'Afrique commencent à trouver le temps long, ils choisissent alors de courir le monde. Les voyages forment la jeunesse, mais surtout les espèces. Nos touristes finissent par débarquer en Europe où ils évoluent doucement pour se transformer en hommes de Neandertal. La vie est pépère.

Pendant ce temps, les ergaster restés en Afrique continuent à évoluer pour donner naissance, il y a environ 200 000 ans, à l'Homo sapiens, appelé dorénavant homme moderne. Après 130 000 ans de félicité africaine, lui aussi a bientôt des fourmis dans les jambes. Vers - 70 000, les plus aventureux, profitant d'un réchauffement planétaire, prennent la route du Proche-Orient.

Et là, qui trouvent-ils, on vous le donne en mille !, mais les cousins Neandertal, qui, eux, venaient de refluer d'une Europe prise dans les glaces. Mazel Tov ! On échange les partenaires pour fêter ces retrouvailles. De gré ou de force, on ne le sait pas. En tout cas, c'est bien à cette époque que des gènes néandertaliens s'immiscent dans le génome de l'homme moderne.

Confettis néandertaliens

Le biologiste Svante Pääbo (Institut Max Planck, en Allemagne) avait déjà estimé cette présence "étrangère" entre 1 et 4 % de notre génome. Puis quand celui-ci a publié le génome quasi complet de Neandertal, le docteur Labuda a entamé une recherche pour voir si un haplotype (morceau d'ADN composé de plusieurs gènes) du chromosome X de Neandertal pouvait être retrouvé dans l'ADN des hommes d'aujourd'hui. Bingo, Labuda repère effectivement des confettis néandertaliens dans les chromosomes de toutes les populations humaines actuelles, sauf celles d'Afrique subsaharienne ! Ce qui confirme parfaitement que l'échange génétique entre les deux espèces humaines s'est produit hors d'Afrique.

Depuis que je sais qu'il y a quelque chose de Neandertal en quelques-uns de nous, j'essaie de repérer autour de moi ceux qui ont été plus gâtés que les autres. Marine Le Pen ? DSK ?

Source : Le Point du 22/07/2011

samedi 23 juillet 2011

40ème anniversaire de la découverte du crâne de Tautavel


Il y a 40 ans, à Tautavel, un crâne d'Homo erectus européen, ou Homo heidelbergensis, ou Arago XXI était excavé à la Caune de l'Arago. Cet ancêtre de l’Homme de Néandertal, était légèrement différent des Homo erectus qui vivaient à la même époque en Asie ou en Afrique. Il porte pour cette raison le nom d’Homo erectus tautavelensis.

Doté d'un crâne bas à face très large et plate, dénuée des pommettes del'homme moderne, d'un front fuyant souligné d'un épais bourrelet au-dessus des orbites et d'un nez très large ainsi que d'une mâchoire en saillie vers l'avant, le jeune homme robuste avait entre 18 et 25 ans au moment de sa mort, il y a 450.000 ans!

Le crâne, découvert au milieu de restes culinaires, comme tous les restes humains à la Caune de l’Arago, a une capacité crânienne de quelque 1.150 centimètres cubes (contre 1.400 centimètres cubes en moyenne chez l'homme moderne) et, selon les scientifiques, cet homme avait tout pour parler.

Il taillait le bois et la pierre mais ne maîtrisait pas le feu ...

Si la cause de la mort de l'homme de Tautavel reste inconnue, les paléontologues ont toutefois réuni tous les éléments permettant d'avancer qu'il était un redoutable chasseur -chassant les troupeaux de chevaux, de rennes, de bisons dans un paysage de steppes et de prairies quand le climat est froid et sec, et traquant le cerf et le daim dans la forêt pendant les périodes tempérées et humides.

Les restes paléontologiques prouvent que l'homme savait tailler ses outils dans la pierre et le bois, mais ne maîtrisait pas le feu (les charbons de bois attestant la domestication du feu apparaissent dans les couches sédimentaires plus récentes, à -400.000 ans).

La descendance d'Arago XXI se situerait dans la première des quatre phases menant
vers -135.000 à Neandertal, cousin de l'homme moderne.

Source : RFI du 22/07/2011

vendredi 22 juillet 2011

Une marche semblable à celle des humains il y a 4 millions d'années ?

Des empreintes laissées il y a 3,7 millions d'années par un Australopithecus afarensis montrent une marche similaire à celle de l'humain, affirment des chercheurs britanniques.

Leurs simulations informatiques réalisées à partir de traces de pas mises au jour à Laetoli, en Tanzanie, laissent penser que les caractéristiques distinctes de la façon de marcher de l'être humain existaient déjà près de 2 millions d'années plus tôt que ce que la science estimait à ce jour.

En effet, plusieurs études laissaient penser que les caractéristiques du pied humain, comme la capacité de pousser sur le sol avec le gros orteil et la marche en position totalement debout, étaient apparues avec l'émergence du genre Homo, il y a approximativement 1,9 million d'années.

Les résultats obtenus par les chercheurs des universités de Manchester et de Liverpool permettent de constater que le pied et la démarche de l'Australopithecus afarensis avaient plus de similarités avec ceux de l'homme moderne qu'avec d'autres bipèdes comme les gorilles et les chimpanzés.

Selon le Pr Robin Crompton, de l'Université de Liverpool, l'analyse des pas permet d'établir qu'ils ont été laissés par un bipède à la démarche totalement verticale menée par l'avant du pied, surtout le gros orteil, un peu comme les humains actuels.

Notre travail montre que beaucoup de ces traits ont évolué il y a près de 4 millions d'années chez une espèce que la plupart d'entre nous considéraient comme partiellement arboricole.
— Pr Robin Crompton

L'Australopithecus afarensis ne partageait pas les caractéristiques physiques des humains puisqu'il avait des jambes courtes et un long corps qui ne le prédisposaient pas à la marche et la course sur de longues périodes.

Les chercheurs veulent maintenant établir à quel moment les ancêtres des humains ont été capables d'y arriver, étape cruciale à leur conquête de la planète.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Interface.

Source : Radio Canada du 20/07/2011

L’Homo Sapiens et l’Homme de Néandertal ont eu des enfants

L’Homme moderne et l’Homme de Néandertal ont vécu ensemble et ont mélangé leur patrimoine génétique lorsque l’Homo sapiens a quitté l’Afrique pour coloniser les autres continents, il y a plus de 50 000 ans.

Une étude de l’Université de Montréal (UdeM) publiée récemment a en effet confirmé qu’une partie du chromosome X de l'humain provient de l'homme de Néandertal et se retrouve uniquement chez les peuples non africains.

Selon une équipe internationale de chercheurs dirigée par Damian Labuda, du Département de pédiatrie de l'UdeM et du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, ce croisement entre les deux populations aurait eu lieu au Moyen-Orient.

L'homme de Néandertal, dont les ancêtres ont quitté l'Afrique il y a entre 400 000 ans et 800 000 ans, a évolué sur un territoire qui correspond aujourd'hui principalement à la France, l'Espagne, l'Allemagne et la Russie. Il aurait vécu jusqu'à il y a environ 30 000 ans. Les premiers hommes modernes ont quitté l'Afrique il y a entre 80 000 à 50 000 ans.

« Notre étude confirme une hypothèse répandue, comme quoi l’homme de Néandertal était plutôt proche de nous puisque des Homo sapiens ont eu des enfants fertiles avec eux », a ajouté M. Labuda.

Si cette découverte répond à une interrogation, elle ouvre la porte à plusieurs questions. « Il faut toujours déterminer l’étendue des relations entre les deux espèces. Ensuite, il faut savoir si cette diversité génomique permise par le métissage a aidé l’Homo sapiens à s’adapter aux climats de l’Asie, du nord de l’Europe, de l’Australie et des Amériques », a conclu le chercheur.

Le métissage aurait aussi permis à l’homme d’enrichir son patrimoine génétique puisque peu de spécimens ont entrepris le grand voyage à l’extérieur de l’Afrique.

Source : Canoe du 20/07/2011

jeudi 21 juillet 2011

En 1971, l'homme de Tautavel émergeait de la nuit des temps

En 1971, on ne sait pas encore que le crâne a 450 000 ans !


Dans quelles circonstances a eu lieu la découverte?

La découverte a eu lieu le 22 juillet 1971, à 15 h 30 exactement. J'étais à l'entrée de la grotte, où il y avait déjà une soixantaine d'étudiants chercheurs. Robert Brandi et John Pohl m'ont fait signe : ils venaient de voir un petit bout de la surface d'une dent qui leur paraissait humaine. Je suis allé vérifier, j'ai demandé de dégager autour, puis une seconde dent, une molaire, est apparue. Elles étaient en contact, donc on pouvait penser qu'il y avait un maxillaire. J'ai redemandé de chercher autour. Le 3e jour, deux nouvelles dents sont apparues, dont l'écartement induisait la présence d'un palais. Mon épouse, Marie-Antoinette, a pris le relais, et il nous a fallu 15 jours de plus pour dégager le crâne sur un sol d'occupation d'1 m2, jonché d'ossements d'animaux.


Quelle a été votre réaction face à cette découverte ?

Ma première réaction a été de réfléchir à une stratégie qui permettrait d'enlever ces restes et de les étudier. Nous avons donc fait faire un moulage par un spécialiste pour avoir un aperçu grandeur naturelle du sol d'occupation, puis un plan avec tous les détails autour. Le 12 août, enfin, tout était fini et nous avons enlevé le crâne, descellé de la brèche qui le retenait. Le professeur Jean Piveteau, qui allait devenir président de l'Académie des sciences, était présent.


Qu'avez-vous ressenti ?

De l'enthousiasme. En me maîtrisant, car pour réfléchir il ne faut pas s'exciter. Mais tout de suite des chercheurs du monde entier sont venus à Tautavel, d'Amérique, d'Indonésie, d'Espagne...


En quoi cette découverte était-elle majeure ?

On savait que les crânes de cette époque étaient rares et là nous avions le plus ancien crâne fossile connu en Europe. Depuis, d'autres découvertes ont été effectuées, mais la face de l'homme de Tautavel reste la plus ancienne. En outre, en 1979, on a trouvé un pariétal à 4 mètres de distance, dans la même couche et sur un sol d'occupation. J'ai pu constater que le pariétal correspondait parfaitement à la face, donc qu'il s'agissait de deux parties du crâne d'un même individu.


Le crâne est parti de Tautavel, puis revenu...


Il a d'abord été transporté au laboratoire départemental de préhistoire de Nice, où on a fini de retirer la terre qui se trouvait dans les cavités, où on l'a mesuré, où l'on a fait des études anatomiques. Il est revenu à Tautavel dans les années 1993-1994, quand nous avons eu une salle forte où il est conservé dans une atmosphère où le taux d'humidité est de 45 %, et la température de 18°.


Bien sûr, ce n'est pas un hasard si vous avez fouillé la Caune de l'Arago ?


En 1828, Marcel de Serres avait déjà parlé du site et à moi c'est Jean Abelanet qui me l'a signalé. En 1964, j'ai ouvert un chantier de travail de synthèse sur les sites anciens du sud de la France et donc sur la Caune de l'Arago. C'est un site exceptionnel qui s'est rempli de sédiments pendant 600 000 ans, entre 100 000 et 700 000. C'est un lieu de patrimoine pour l'humanité, où l'on a trouvé plus de 600 000 objets, 200 000 outils taillés, comme ce couteau en cornéenne que j'ai appelé Durandal, et 400 000 ossements. Cette grotte est un disque dur où l'on peut lire l'évolution morphologique de l'homme, son comportement, son mode de vie, l'évolution des paléoclimats, la diversité.


Comment vivait l'homme de Tautavel ?

L'homme de Tautavel a vécu pendant une période froide et sèche, au cours de laquelle l'environnement était constitué de 25 % d'arbres et de 75 % de graminées. Il chassait le cheval, qui était l'espèce dominante, mais il y avait aussi des cerfs, des boeufs musqués, des espèces qui vivent actuellement dans le Grand Nord, comme le renne, le renard polaire, la chouette blanche, le lemming à collier. Il mangeait beaucoup de viande, comme le montrent les stries verticales de ses dents, mais il cueillait des baies et des racines pour leur sucre, et trouvait des lipides dans la moelle des os, le tissu conjonctif des mandibules ou la cervelle des animaux. Il avait une nourriture bien équilibrée, parfaitement adaptée à son environnement.

Source : L'Indépendant du 19/07/2011

L’Homo Sapiens se serait accouplé avec l'homme de Néandertal en dehors de l'Afrique

Alors qu'une récente étude a révélé un croisement entre l'homme de Néandertal et l'Homo Sapiens grâce à la comparaison de leurs ADN, de nouveaux travaux tentent de préciser la façon dont il a eu lieu. Les deux espèces se seraient accouplées après que l'Homo Sapiens a quitté le continent africain.

Une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur la façon dont les ADN de Néandertal et de l'homme moderne ont pu se croiser. Il y a un peu plus d'un an, une étude révélait en effet que 1 à 4% du génome des hommes modernes seraient issus des néandertaliens. Menés par Damian Labuda, du Département de pédiatrie de l'Université de Montréal, des travaux précisent aujourd'hui les circonstances de ce croisement.

Dans leur étude publiée par la revue Molecular Biology and Evolution et rapportée par le site Sciences et Avenir, Damian Labuda indique en effet avoir identifié sur le chromosome X une partie d’ADN particulière, très probablement transmise par l'homme de Néandertal. Une séquence qui a été identifiée chez les peuples de tous les continents, sauf l'Afrique subsaharienne. "Il n’y a pratiquement pas de doute que la présence de cette séquence s’explique par l'accouplement de nos ancêtres avec l’homme de Néandertal. C’est un résultat très intéressant et une analyse plus approfondie pourrait permettre d’en savoir davantage" souligne le Dr Nick Patterson, chercheur au Broad Institute du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et à l’Université de Harvard.

L'étude tend à prouver que le croisement entre les premiers Homo Sapiens et les néandertaliens s'est produit après que l'homme moderne a quitté l’Afrique, il y a 80.000 à 50.000 ans, et avant qu’il ne rejoigne l'Europe et l'Asie. Les chercheurs s'interrogent alors sur les conséquences de cette rencontre. A-t-elle permis à l’homme moderne de se développer, tout en provoquant le déclin des néandertaliens ? "La variabilité est très importante pour la survie à long terme d'une espèce. Chaque ajout au génome peut être enrichissant" souligne Damian Labuda.

Source : MaxiSciences du 19/07/2011

mercredi 20 juillet 2011

L'homme de vieux de 450 000 ans : "Un Catalan bavard !"

L'homme dont le crâne vieux de 450 000 ans reposait dans la caune de l'Arago, dans un campement nomade de longue durée (2 à 3 ans), n'avait pas 25 ans à sa mort. Comment le sait-on ? "On peut voir que ses dents de 6 ans sont très usées, que ses dents de 11 ans le sont moyennement et que la dent de sagesse de 18 ans ne l'est pas du tout. De plus, la suture fronto-pariétale qui commence à se souder à l'âge de 25 ans ne l'est pas encore, donc il avait moins de 25 ans à sa mort", explique Henry de Lumley.

Son crâne est également révélateur de son physique et, plus étonnant encore, de ses capacités intellectuelles : "On sait que c'est un homme car le dimorphisme sexuel était important à cette époque-là, et on voit que ses os sont trapus, pas graciles. Il a un crâne bas, un front fuyant, un gros bourrelet en visière au-dessus des yeux, la face projetée en avant et il présente un rétrécissement post-orbitaire".

Un moulage du cerveau de l'Homme de Tautavel a été effectué. Il est moins volumineux (1 150 cm3) que les cerveaux modernes (1400 m3). "Ses lobes frontaux sont peu développés, ce qui indique que ses possibilités de cognition et d'associations de pensées sont peu importantes, mais les aires de Broca de son cerveau, qui sont les zones responsables du langage, sont larges.

Il devait être aussi bavard qu'un Catalan d'aujourd'hui !", conclut M. de Lumley. Quant à l'ancienneté du crâne, elle a été calculée en le plaçant dans un compteur gamma, qui mesure le rapport entre l'uranium 234 et le thorium 230, et confirmée par la résonance Spin : résultat 450 000 ans !

Source : Midi Libre du 19/07/2011

Hors d'Afrique, Neandertal et Sapiens ont fricoté

Une partie du chromosome X d'Homo sapiens provient de l’homme de Neandertal et se retrouve uniquement chez les peuples à l’extérieur de l’Afrique, affirme une équipe internationale de chercheurs.

Une séquence retrouvée partout sauf en Afrique subsaharienne

La comparaison entre l’ADN humain et celui de l’homme de Neandertal, récemment décrypté (1), a montré qu’il y avait bien eu un croisement entre ces deux espèces et que les Homo Sapiens en ont gardé un souvenir dans leur génome puisque ce dernier serait composé de 1 à 4 % d’ADN néandertalien (lire Un peu de Neandertal en nous). Mais de nouvelles analyses commencent à préciser comment, quand et où ont pu se réaliser ces inclusions, confirmant les travaux de l'équipe de Svante Pääbo (Institut Max Planck de Leipzig, Allemagne).

Dans un article qui paraît dans Molecular Biology and Evolution, Damian Labuda, du Département de pédiatrie de l'Université de Montréal (Québec), indique qu’il a identifié sur le chromosome X une partie d’ADN différente des autres qui, comparaison faite, semble bien être un héritage néandertalien. Cette séquence est retrouvée chez les peuples de tous les continents, y compris l’Australie, à l’exception de l'Afrique subsaharienne.

«Il n’y a pratiquement pas de doute que la présence de cette séquence s’explique par l'accouplement de nos ancêtres avec l’homme de Neandertal. C’est un résultat très intéressant et une analyse plus approfondie pourrait permettre d’en savoir davantage ». explique le Dr Nick Patterson du Broad Institute de MIT et de l’Université de Harvard, chercheur de renom dans l’étude des origines de l’humanité qui n’a pas participé à cette étude.

L’homme de Neandertal, dont les ancêtres ont quitté l'Afrique il y a entre 400 000 ans et 800 000 ans environ, a évolué sur un territoire qui correspond aujourd’hui principalement à la France, l'Espagne, l'Allemagne et la Russie. Il aurait vécu jusqu’à il y a environ 30 000 ans. Entre-temps, les premiers hommes modernes ont quitté l'Afrique il y a quelques 80 000 à 50 000 ans.

Une rencontre à la croisée des chemins

Ces résultats suggèrent également que les croisements entre les premiers hommes modernes et les néandertaliens ont eu lieu il y a longtemps, après qu'Homo sapiens a quitté l’Afrique mais avant qu’il ne se disperse en Europe et en Asie. Damian Labuda fait remonter les contacts intimes ou les liens familiaux de ces deux populations très loin dans l’histoire, probablement à la croisée des chemins au Moyen-Orient.

Au-delà de ces mystérieuses rencontres, les scientifiques se demandent si ces échanges ont permis à l’homme moderne de prospérer, tandis que Neandertal s’est éteint. À cette hypothèse, le Dr Labuda répond : « La variabilité est très importante pour la survie à long terme d'une espèce. Chaque ajout au génome peut être enrichissant ».

(1) Environ 60% de la séquence génétique d’Homo neandertalensis, soit plus de 4 milliards de nucléotides, a été décrypté à ce jour.

Source : Science et Avenir du 18/07/2011

mardi 19 juillet 2011

L'Homme de Tautavel a 450.000 et quarante ans

Il y a quarante ans, le 22 juillet 1971, des fouilleurs extrayaient d'une grotte de Tautavel le crâne du plus vieil Européen alors connu, un jeune homme mort 450.000 années auparavant et peut-être mangé par ses congénères.

L'Homme de Tautavel, alias Homo erectus européen ou Homo heidelbergensis, a aussi été nommé Arago XXI, car 21e fossile humain sorti de l'extraordinaire mine de vestiges que constitue encore aujourd'hui la cavité appelée Caune de l'Arago. Il donnait un visage, en tout cas une face, aux plus lointains de nos ancêtres.

Le préhistorien Henry de Lumley, aujourd'hui âgé de 76 ans, avait entrepris en 1964 la fouille systématique de cette grotte creusée par les éléments dans les Corbières et connue depuis au moins le XIXe siècle comme gisement de fossiles.

Il se rappelle précisément la découverte faite sous la vaste voûte, en surplomb des vignobles de muscat et rivesaltes.

"Nous l'avons trouvé le 22 juillet à 15h00. J'étais dans la grotte. Un des fouilleurs -ils sont deux par carré- m'appelle en me disant qu'il voit une dent. Qu'est-ce que c'est, cette dent?"

"On constate que c'est une dent humaine. On gratte un peu plus et on voit une deuxième dent humaine, en connexion. Je leur ai dit de chercher un peu à gauche (...) et on a trouvé la troisième et la deuxième molaires droites. Après, on a eu le palais."

Ce n'est pas la première trouvaille dans cette cavité. Mais Henry de Lumley a immédiatement conscience de son caractère exceptionnel.

Sa première estimation: 200.000 ans. C'est plus tard que les méthodes de datation absolue restitueront l'état civil d'Arago XXI.

"C'est un choc émotionnel, bien évidemment." Mais "d'abord il faut se calmer", prendre le temps de la photographie, du moulage et du relevé sur plan.

Vingt jours de travail au poinçon et à la fraise de dentiste sont nécessaires pour dégager le crâne qui reposait sur son sommet, les maxillaires en l'air; un crâne bas, au front fuyant et souligné par un puissant bourrelet au-dessus des orbites, les mâchoires saillantes.

Guy Ilary, devenu maire de Tautavel en 1978, avait alors l'âge d'Arago XXI au moment de sa mort. Il se souvient de l'allégresse de l'équipe de Lumley de retour au café à Tautavel: "Quand ils (les fouilleurs) retrouvaient un reste humain, le professeur de Lumley leur payait des glaces. C'est comme ça qu'on l'avait appris dès le premier jour".

L'information fait les titres des journaux. Les télévisions arrivent.

Cela "a été une grande surprise. Les Tautavellois n'étaient pas prêts à ce grand bouleversement dans leurs habitudes de vie", raconte Guy Ilary.

Ils ont tôt fait de comprendre qu'Arago XXI pointe sur la carte du monde leur localité un peu assoupie de quelques centaines d'âmes. Aujourd'hui, Tautavel a son musée, un centre de recherches qui attire les plus grands préhistoriens et même une cité universitaire.

Les chercheurs continuent de faire parler Arago XXI et 127 autres fragments humains sortis d'un gisement où les fouilles se poursuivent.

En 1979, on extirpe le pariétal droit complétant le crâne d'Arago XXI. Pour Henry de Lumley, le crâne a pu être fracturé pour prélever le cerveau et se livrer à un cannibalisme plus rituel qu'alimentaire.

Dans la généalogie européenne, l'Homme de Tautavel a pris un sacré coup de jeune quand des fragments de 1,8 million ou de 1,3 million d'années ont été mis au jour en Géorgie ou en Espagne.

Mais il "reste la seule face d'une époque très ancienne", dit Henry de Lumley. En privé, "il dit d'Arago XXI que c'est son cinquième enfant", confie un collaborateur.

L'éminent préhistorien ne sort que très exceptionnellement cette relique et les autres de la chambre forte dans laquelle elles sont conservées à Tautavel. Il le fera avec son épouse pour le public lors des célébrations du quarantième anniversaire de cette découverte, de jeudi à samedi.

Source : Le NouvelObs du 17/07/2011

lundi 18 juillet 2011

Tautavel : La grotte de Tautavel n'a pas livré tous ses secrets

Quarante ans après la découverte de l'Homme de Tautavel, la Caune de l'Arago reste une mine pour les chercheurs qui y ont encore découvert en 2011 une dent de lait laissant supposer que l'Homo heidelbergensis fréquentait la grotte en famille.

Depuis le début des fouilles systématiques en 1964 sous la conduite d'Henry de Lumley, plus de 500.000 objets (outils et ossements ou fragments d'os humains et d'animaux) ont été référencés. Pourtant, il y en a encore pour un siècle de fouilles, disent les collaborateurs du préhistorien.

"La Caune de l'Arago, c'est un véritable livre qui nous raconte 600.000 années d'histoire du paysage et d'histoire de l'Homme en Languedoc- Roussillon", s'émerveille Henry de Lumley. En se remplissant sous l'effet des ruissellements et des éboulements, puis en se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité n'a pas seulement piégé les vestiges et la culture des hommes qui ont profité (quelques heures pour les uns, quelques années pour les autres) de ce poste d'observation exceptionnel de -700.000 à -100.000 ans.

Elle a aussi figé une chronique de la biodiversité et du climat. En 2011, 250 fouilleurs se succéderont dans la grotte où l'on est en train de mettre au jour le "sol Q" (-570.000 ans) et où partout affleurent les bifaces et les ossements d'animaux préhistoriques, longtemps interprétés comme les traces du Déluge. Tautavel draine les étudiants venus inscrire une ligne inappréciable à leur curriculum vitae. Son Centre européen de recherches préhistoriques, qui a généré un lexique international de paléontologie, attire les thésards et les spécialistes du monde entier.

Ils consultent ses réserves exceptionnelles et tiennent colloque. Pour autant, l'avenir du Centre reste aléatoire. Il demeure géré par une association. Henry de Lumley se bat pour en faire un établissement public de coopération culturelle, dont le sort ne serait plus suspendu, bon an mal an, au bon vouloir de l'Etat et des collectivités.

Source : L'Indépendant du 17/07/2011

jeudi 7 juillet 2011

Erectus, sapiens et leurs amis

L’évolution de nos ancêtres n’a pas fini de prendre de nouveaux tournants. Voilà que les indices en faveur d’une origine asiatique, plutôt qu’africaine, de l’Homo erectus, prennent du poids.

Le coupable : un site archéologique dans l’ancienne république soviétique de Georgie d'où, depuis quelques années, émergent des squelettes vieux d’environ 1,75 million d’années. Ça pourrait être un de ces Homo erectus sortis d’Afrique à peu près à la même époque, mais plus on fouille, et plus on doute : d’abord, la Georgie est tout de même à 3000 km de l’Afrique. Ensuite, l’anatomie de ces êtres présente un mélange embarrassant de traits que les paléontologues qualifient « d’anciens » et de « modernes ».

En particulier, ils ont un corps plutôt trapu et des jambes très courtes, beaucoup moins adaptées à la marche que les jambes qui allaient se développer dans le million d’années suivant. Pas vraiment ce à quoi on s’attendrait de la part d’une créature qui aurait parcouru 3000 km au fil des générations.

L’hypothèse la plus simple est qu’il s’agit d’une version primitive de l’Homo erectus —ses tout premiers représentants, en somme, qui n’avaient donc pas encore acquis les traits qui lui permettraient plus tard de s’éparpiller sur trois continents. Mais pour que cette hypothèse soit juste, il faut que cet Homo erectus soit d’abord apparu en Asie, de préférence pas trop loin de la Georgie.

L’occupation initiale de Dmanisi est possiblement plus ancienne que la première apparition de l’Homo erectus en Afrique de l’Est.

Le site de Dmanisi, qui n’est qu’à 50 km de la capitale de la Georgie, n’a pas livré de nouveaux squelettes depuis la dernière fois qu’il a fait les manchettes. Les nouvelles spéculations proviennent plutôt d’une étude qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, et qui s’appuie sur la centaine d’outils de pierre. Leur distribution laisse entendre, écrivent les chercheurs, qu’il y a eu là-bas des pré-humains pendant des dizaines de milliers d’années, ce qui implique une population relativement élevée.

Mais le gros problème avec une origine asiatique de l’Homo erectus est de savoir d’où seraient venus ses ancêtres à lui. Aucun pré-humain encore plus primitif, comme l’australopithèque, n’a jamais été découvert en-dehors de l’Afrique, que ce soit il y a 2, ou 3, ou 4 millions d’années.

Source : Agence Science-Presse du 04/07/2011

Les hommes préhistoriques auraient inventé le dessin animé

Walt Disney aurait eu des ancêtres 15000 ans avant notre ère. Et les hommes du Paléolithique supérieur figuraient déjà des animaux en mouvement sur les parois des grottes et sur des disques en os : c’est l’hypothèse émise par le préhistorien français Marc Azéma, membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet (Ardèche).

Publiée dans le mensuel National Geographic France de juillet 2011, cette nouvelle théorie s’appuie sur l’étude de nombreuses représentations pariétales, notamment à Chauvet, Niaux ou Marsoulas. Celles-ci, en montrant différentes positions d’un même animal, étaient susceptibles d’en recréer le mouvement, racontant “des scènes complexes, composées de séquences successives et d’un sens de lecture”, selon Marc Azéma, déjà auteur de l’ouvrage L’Art des cavernes en action. C’était ainsi le cas sur un os gravé, découvert dans la grotte de la Vache (Ariège) et vieux d’environ 13000 ans, avec un félin dans trois positions. Cette observation, au début des années 1990, a mis la puce à l’oreille de Marc Azéma, qui a ensuite entrepris une étude plus systématique sur le sujet.

Les hommes préhistoriques utilisaient aussi, semble-t-il, la technique de la superposition pour générer l’illusion du mouvement — ce que suggèrent notamment des dessins de la grotte de Lascaux (Dordogne). Enfin, des disques en os gravés sur les deux faces semblent confirmer cette théorie. Marc Azéma et Florent Rivière, illustrateur spécialiste de la Préhistoire et qui en reconstitue les techniques, ont montré qu’il suffisait de faire tourner ces disques —par exemple autour d’un tendon— pour que la superposition apparente des images recrée le mouvement. Marc Azéma détaillera sa découverte dans Préhistoire du cinéma, à paraître en septembre (éd. Errance).

Source : National Geographic du 05/07/2011

mercredi 6 juillet 2011

Cannibalisme rituel il y a 35.000 ans en Crimée ?

Il y a près de 35.000 ans, nos ancêtres Cro-magnons - l’homme «moderne» - taillaient du silex dans un un abri sous roche de Crimée.

De passage pour une expédition de chasse, ils ont boulotté force antilopes, du cheval et du lièvre. Ils ont oublié quelques perles en ivoire de mammouth, des coquillages percés. Et, probablement lors d’un épisode unique, ils ont fait des trucs vraiment bizarres avec des crânes d’humains.

Cette histoire est relatée dans la revue PLoS One par une équipe internationale (France, République Tchèque, Ukraine, Pays-Bas, Allemagne). Une équipe qui a réuni de multiples talents - paléoanthropologue, préhistoriens, spécialistes de la datation au carbone-14, archéozoologues, chimiste… - pour mettre à profit la richesse exceptionnelle d’un site découvert en 1990, en Crimée, par l’Ukrainien Alexander Yanevich.

Le site de Buran-Kaya, sur la rivière Burulcha qui descend des montagnes de Crimée, a offert aux fouilleurs de nombreuses couches stratigraphiques bien rangées et donc à la chronologie intacte. Elles montrent que les plus anciens à être passés dans cet abri sous roche sont des êtres humains de culture «Paléolithique moyen» selon leurs outils de pierre- donc, en théorie des Néandertaliens dans cette région. Puis que sont arrivés des fabricants d’une énigmatique «culture de transition», explique Stéphane Péan (Muséum national d’histoire naturelle) où se mélangent des traits du Paléolithique moyen Carte crimée et supérieur… ce dernier étant en théorie spécifique d’Homo sapiens.

Or, les préhistoriens s’écharpent toujours (voir cette note : Cro-Magnon n'a jamais fait la révolution) pour déterminer si cette culture de transition - baptisée Châtelperronien en Europe de l’Ouest et Szélétien à l’Est- est le fait de Néandertaliens éventuellement influencés par des échanges culturel avec «l’homme anatomiquement moderne», comme disent les préhistoriens ou de ce dernier. Puis, surprise !, survient une nouvelle couche de Paléolithique moyen. Retour de Néandertal ? S’il est l’auteur de la culture de transition, ce serait là un indice de diversité culturelle. Et sinon, il faut imaginer qu’un groupe de Néandertaliens est passé là après des hommes modernes.

Enfin, une des dernières couches n’autorise aucun doute puisqu’à ses outils typiques du Paléolithique supérieur (de type gravettien) s’ajoutent près de 200 ossements et dents humains fossilisés, attribués à l’homme moderne. «Autrement dit, un homme biologiquement identique à nous d’après l’analyse de Sandrine Prat du CNRS», précise Stéphane Péan.

L’intérêt de cette fouille archéologique réside dans l’approche pluridisciplinaire engagée. Et surtout d’une chance assez rare : dater directement au carbone-14 (avec une double analyse, à Gronigen et à Gif sur Yvette (CNRS/CEA) sous la responsabilité d’Hélène Valladas précisant que «la date se situe entre il y a 35.400 et 35.900 ans») des fossiles humains dont la position stratigraphique et le contexte archéologique sont parfaitement connus.

Ces hommes occupaient la péninsule de Crimée dans un climat et un environnement très différent de la riviera actuelle. «Un mixte de la toundra du Grand Nord avec ses rennes, des steppes froides d’Asie centrale et de vallées boisées», risque Stéphane Péan. Les occupants passagers mais récurrents de l’abri - il n’y a pas de trace d’un campement de Perles ivoire longue durée - y ont retouché leurs outils et surtout, d’après les études de Laurent Crépin découpé de l’antilope, du cheval, du bison, du lièvre, du renard et du loup. Viandes et fourrures étaient donc leurs objectifs.

La date trouvée est très ancienne pour du Gravettien. Elle fait partie des plus anciennes traces d’Homo sapiens directement datées sur l’os dans toute l’ Europe. Mais si cette méthode offre une certitude rare en préhistoire, l’ancienneté de la grotte Chauvet (Ardèche) dont les charbons ont été datés pour les plus vieux à 35.000 ans fait remonter la présence de l’homme moderne en Europe de l’ouest à cette époque. Car nul n’imagine, même chez les préhistoriens les plus iconoclastes, d’attribuer à Néandertal cette œuvre d’art.

Les os humains de Buran-Kaya réservaient une autre surprise aux préhistoriens. Dénichés sous la forme de près de 200 petits fragments, ils constituent un tableau pour le moins étrange. Aucun os des membres, sauf quelques phalanges, et surtout des morceaux de crâne. Provenant de cinq individus différents, jeunes et adultes, d’après les dents. Et porteurs d’indubitables traces de découpe par des outils de silex et non de dents de carnivores. Boucherie humaine ?

Ce n’est pas la conclusion de l’article. D’abord en raison de la surreprésentation des os du crâne. Quand on boulotte un homme pour se nourrir, on le fait en entier ou on privilégie les parties riches en viande. Ensuite, les traces de découpe suggèrent un scalp sur l’os fronto-pariétal et la désarticulation des os occipitaux et temporaux alors qu’aucun os ne montre de trace d’extraction de la moelle, à l’inverse des os d’animaux.

Comment interpréter ce tableau ? Les auteurs évoquent une cérémonie funéraire ou post-funéraire, limitée aux têtes… Sauf qu’il n’y a aucun signe de sépulture. Le reste du squelette a t-il été transporté ailleurs ? Et qu’une question cruciale reste sans réponse : les crânes ainsi traités étaient-ils ceux de personnes membres du groupe… ou ceux d’un autre. Amis ou ennemis ? Le site de Buran-Kaya risque, comme la plupart des sites préhistoriques, de conserver longtemps, voire pour toujours, une part d’épais mystère.

Source : Sciences2 du 04/07/2011

Henry de Lumley : itinéraire d'un préhistorien

Directeur de l'Institut de paléontologie humaine, Henry de Lumley a ouvert les fouilles de sites préhistoriques majeurs, comme Terra Amata à Nice, ou Tautavel. Entretien avec un chercheur dont la passion est intacte.

Le Figaro Magazine : Quelles ont été les étapes de votre carrière de préhistorien ?

Henry de Lumley Je suis un Provençal né à Marseille en 1934, ville où j'ai d'ailleurs fait mes études. Je me suis passionné pour la préhistoire dès l'âge de 10 ans après avoir lu La Guerre du feu de Rosny Aîné. Je me souviens, d'ailleurs, que j'ai découvert cet ouvrage le 27 mai 1944 alors que les écoles et les collèges avaient été fermés suite au bombardement de la ville. Lorsque j'avais un moment, j'allais également visiter des musées ; l'été, je me rendais sur des sites.

Comme il m'a paru intéressant de relier l'homme à son milieu naturel et à son environnement, j'ai voulu devenir préhistorien mais dans une optique de naturaliste. J'ai donc étudié les sciences naturelles à la faculté des sciences de Marseille et c'est la soutenance d'un mémoire universitaire qui m'a permis d'entrer au CNRS à l'âge de 20 ans. Je me suis particulièrement intéressé aux industries anciennes et aux premiers peuplements préhistoriques du Midi méditerranéen, dans le cadre d'une thèse de doctorat que j'ai soutenue à la Sorbonne en 1965. Mes premières fouilles se situaient quant à elles dans le Luberon où j'ai étudié un site moustérien - dont l'âge est donc compris entre 60 000 et 35 000 ans - extrêmement riche.

J'ai ensuite publié de nombreux articles, j'ai effectué des fouilles sur des sites préhistoriques dans le monde entier et, sur un plan plus institutionnel, j'ai exercé diverses fonctions au CNRS, au Muséum national d'histoire naturelle. Je dirige, depuis 1981, l'Institut de paléontologie humaine.

Dans L'Atelier du préhistorien, vous évoquez trois stades de l'hominisation : esthétique, mythique, symbolique.

Il y a 2,5 millions d'années apparut en Afrique de l'Est l'Homo habilis, lequel marche debout parfaitement, commence à acquérir un langage articulé et se met à fabriquer les premiers outils. C'est alors que commence vraiment la fabuleuse aventure culturelle de l'homme et qu'émerge la pensée conceptuelle. Les outils sont d'abord très archaïques puis, vers 1,5 million d'années en Afrique et 600 000 ans en Europe, l'homme devient chasseur et fabrique de grands couteaux, les bifaces, à partir de grands éclats de pierres. Parfaitement symétriques et réguliers, ils sont parfois très beaux - certains sont même élaborés à partir de roches de couleur. Or, ce n'est pas parce qu'un outil est beau qu'il est plus fonctionnel : les hommes cherchent donc l'harmonie et la beauté pour elles-mêmes.

La domestication du feu, entre 400 000 et 380 000 ans, à la limite nord des zones tempérées chaudes de la planète - nous le constatons, par exemple, sur le site de Terra Amata dans les Alpes-Maritimes -, constitua un formidable moteur de l'hominisation. L'homme a pu ainsi pénétrer dans le fond des grottes mais également découvrir de nouveaux territoires dans les zones tempérées froides, améliorer la fabrication de ses outils. La cuisson de la viande a aussi permis de détruire des parasitoses et, donc, d'accroître l'espérance de vie. Mais, surtout, le feu a été un facteur de convivialité : autour du foyer, on raconte et on embellit des histoires de chasseurs - lesquels se transforment peu à peu en héros. La pensée mythique fait son apparition et, avec elle, les identités culturelles régionales.

Quant à la pensée symbolique, vous affirmez qu'elle se développe en trois temps. Quels sont-ils ?

Tout d'abord, vers 300 000 ans, l'homme acquiert la conscience de la mort comme en atteste un aven spécifiquement sépulcral, le plus ancien de l'histoire de l'humanité, qui a été découvert près de Burgos. Un biface très bien taillé, en quartz rouge, qui ne comporte aucune trace d'usure et qui n'a donc jamais été utilisé - mes collègues espagnols l'ont appelé Excalibur ! - y avait été déposé en offrande funéraire. Ensuite, vers 100 000 ans, les hommes enterrent véritablement leurs morts en creusant des fosses pour y déposer le défunt ainsi que des offrandes afin que ce dernier puisse poursuivre sa route au-delà de la mort. L'angoisse métaphysique vient de surgir : l'homme ne veut pas mourir. Vers 30 000 ans, enfin, les hommes inventent l'art pariétal et mobilier ainsi que la parure. Ils perforent de petites coquilles ou des dents d'animaux pour fabriquer des pendentifs ou des colliers. C'est également à ce moment-là qu'apparaissent des figurines féminines aux formes avantageuses symbolisant la fécondité.

Croyant, vous faites référence à la notion de «noosphère» chère à Teilhard de Chardin, éminent jésuite et paléontologue. Sommes-nous à la veille d'une nouvelle étape de l'hominisation ?

En effet : le développement planétaire du multimédia et la fulgurance avec laquelle les hommes peuvent être mis en relation les uns avec les autres constituent cette « noosphère ». Teilhard a bien montré que l'histoire de l'univers, de la vie, de l'homme, évolue vers une complexité de plus en plus grande.

Sur un plan physique, dites-vous, «on peut imaginer l'homme du futur avec une grosse tête ronde, des membres très courts et des pouces très longs».

A chacun des stades dont nous avons parlé, la capacité crânienne de l'homme a augmenté, la forme du crâne évoluant en quelque sorte du ballon de rugby au ballon de football. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête même s'il faut plus de 100 000 ans pour qu'une différence significative soit constatable. Par ailleurs, comme l'on ne se sert pas de nos membres antérieurs pour nous déplacer, ils deviennent de plus en plus courts et grêles. Enfin, l'allongement notable du pouce a contribué à améliorer notre prise : un australopithèque ne serait sans doute pas parvenu à manipuler un transistor !

Source : Le Figaro Magazine du 04/07/2011

mardi 5 juillet 2011

L'homme moderne n'a pas coexisté avec son ancêtre l'Homo erectus

L'homme moderne n'aurait jamais coexisté avec son ancêtre l'Homo erectus qui serait beaucoup plus ancien que ce que l'on croyait jusqu'à présent, selon des travaux scientifiques publiés mercredi et apportant un nouvel éclairage sur la nature de l'évolution humaine.

L'Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct de l'Homo sapiens (ou homme moderne). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau qui était plus petit et de la forme du crâne.

L'Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique il y a 1,8 million d'années.

Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.


Les derniers Homo erectus auraient ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, les Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans.

Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'Hominidés.

Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées, dans les couches de sédiments, avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.

Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, co-dirigée par Etty Indriati de l'Université Gadjah Mada en Indonésie et par Susan Anton de l'Université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SoRT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.

Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites, dataient tous de la même époque.

Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remonte à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.

De ce fait, «les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes», souligne Etty Indriati.

Les analyses menées dans le projet SoRT laissent penser que les Homo erectus se sont éteints il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.

Une coexistence des Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution.

En revanche, le second modèle dit «d'origine multirégionale» (suivi par le projet SoRT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, Asie et Europe.

Source : Cyberpresse.ca du 29/06/2011

lundi 4 juillet 2011

De vieilles traces humaines dans le Sud-Est de l'Europe

Des restes humains découverts en Crimée ont été datés de 32 000 ans par une équipe européenne. Il s'agit du plus ancien témoignage direct de la présence d’Homo sapiens au Sud-Est de l'Europe.

Après dix ans de fouille et d’analyses, le site de Buran-Kaya III, dans le sud montagneux de la Crimée (Ukraine), a livré ses trésors : 162 fragments d'ossements humains aux côtés d'os d'animaux (essentiellement des antilopes saïga, des renards et des lièvres), d'outils en pierres taillées et en os et d'objets de parure comme des perles en ivoire de mammouth et des coquillages perforés.

Les ossements humains mis au jour dans l'abri appartiennent à au moins cinq individus : un enfant, deux adolescents et deux adultes. On retrouve essentiellement des morceaux de crâne, des dents, une vertèbre, des fragments de côtes et de phalanges. Leur description détaillée fait l’objet d’une publication dans la revue PLoS ONE.

La datation au carbone 14 d'un os humain et d'un os de cerf a établi que leurs propriétaires avaient vécu il y a 32 000 ans, ce qui fait de ce site un des plus anciens occupés par l'Homme moderne en Europe. Seuls un site roumain et un site russe s'avèrent plus vieux (34 000 ans pour le site roumain et 33 000 ans pour le russe), tandis que les sites d'Europe occidentale sont tous plus récents. Cette découverte va dans le sens des découvertes actuelles, à savoir une colonisation de l’Europe par l’Est à travers les régions sud-orientales bordant la Mer Noire depuis le Moyen-Orient.

Enfin, autre particularité, les paléontologues n’ont pas retrouvé d’os longs comme le fémur et les crânes ont été détachés du reste du corps, comme l'indiquent plusieurs traces de découpe présentes sur plusieurs os. Le traitement des restes osseux étant différent sur les hommes et les animaux, les chercheurs estiment qu'il ne s'agit pas d'un cannibalisme nutritionnel, mais plutôt d'un rituel post mortem.. Il s'agit des plus anciennes traces de découpe observées sur des hommes modernes aussi anciens en Europe.

Source : Sciences et Avenir du 29/06/2011

vendredi 1 juillet 2011

L'homme moderne n'a pas coexisté avec son ancêtre "Homo erectus"

L'homme moderne n'aurait jamais coexisté avec son ancêtre Homo erectus, qui serait beaucoup plus ancien que ce que l'on croyait jusqu'à présent, selon des travaux scientifiques, publiés mercredi 29 juin, qui apportent un nouvel éclairage sur la nature de l'évolution humaine.

Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct d'Homo sapiens (ou "homme moderne"). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau, qui était plus petit et de la forme du crâne.

LES MYSTÈRES DE L'ÎLE DE JAVA

Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique, il y a 1,8 million d'années. Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.

Le dernier Homo erectus aurait ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans. Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'hominidés.

Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées dans les couches de sédiments avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.

Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, codirigée par Etty Indriati, de l'université Gadjah Mada, en Indonésie, et par Susan Anton, de l'université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SORT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.

"ORIGINE MULTIRÉGIONALE"

Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites dataient tous de la même époque. Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remontent à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.

De ce fait, "les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes", souligne Etty Indriati. Les analyses menées dans le projet SORT laissent penser que Homo erectus s'est éteint il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.

Une coexistence d'Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution. En revanche, le second modèle dit "d'origine multirégionale" (suivi par le projet SORT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, en Asie et en Europe.

Source : Le Monde du 29/06/2011