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dimanche 14 février 2021

Trépanation : Homo sapiens pratiquait-il des opérations chirurgicales complexes ?

L'analyse de crânes et de dents a révélé une grande connaissance des plantes médicinales et la pratique d'opérations chirurgicales complexes.

En matière de témérité, les chirurgiens d’autrefois n’avaient rien à envier à ceux d’aujourd’hui ! Ils n’hésitaient pas, en effet, à trépaner leurs patients. À partir du mésolithique, on retrouve ainsi de nombreux crânes volontairement ouverts. Une opération peut-être destinée à soulager des maux de tête, mais qui a pu aussi avoir une visée symbolique, voire religieuse. Les travaux de Paul Broca (médecin français, 1824-1880) ont suggéré que l’objectif d’un tel acte pouvait être non pas de pratiquer un trou, mais de prélever un morceau d’os sur le crâne. Des "volets osseux" ont en effet été retrouvés dans plusieurs sépultures, témoignant peut-être d’un certain prestige de l’individu ayant affronté victorieusement l’opération. Car une chose est certaine : la cicatrisation des os atteste qu’un grand nombre de trépanés survivaient.

Le mode de vie des chasseurs-cueilleurs les exposait aux blessures

Quant aux pathologies dont souffraient les premiers Sapiens, elles devaient être semblables à celles qui nous affectent. On date cependant l’apparition des grandes épidémies aux débuts de l’agriculture et à la construction des premières villes. En revanche, le mode de vie des chasseurs-cueilleurs les exposait davantage aux blessures. De nombreuses données archéologiques attestent ainsi de l’existence d’actes médicaux. Des particules de feuilles de peuplier – qui produit de l’acide salicylique, le principe actif de l’aspirine – ont été retrouvées à Spy (Belgique), dans la plaque dentaire de Néandertaliens souffrant d’abcès buccaux. D’autres analyses ont permis de découvrir, dans les couches de tartre, des traces de plantes médicinales comme la camomille (qui a un effet apaisant et cicatrisant) ou l’achillée millefeuille. Cette dernière, cicatrisante et coagulante, pouvant aussi servir d’anti-inflammatoire.

Les actes médicaux étaient quotidiens

En chirurgie dentaire, les plus vieilles traces de perforation volontaire datent de 14.000 ans. Elles sont portées par une molaire découverte en Italie. Quant à la première obturation, faite de cire d’abeille, elle a été découverte en Slovénie et date d’environ 6500 ans. Une canine fracturée a ainsi été refaite. De manière générale, l’acte médical semble faire partie du quotidien et les malades étaient bien intégrés à la communauté, dont ils avaient besoin pour survivre durant leur convalescence.

Source : Sciences et Avenir du 13/02/2021

lundi 25 janvier 2010

Il y a 7000 ans, on pratiquait déjà des amputations


Un examen au scanner a montré que l'humérus (ci-dessus) du squelette de Buthiers-Boulancourt, retrouvé au fond d'une fosse de 1,50 m creusée à même la roche calcaire (ci-contre), n'a pas été entièrement déchiré et que la partie restée intacte a été découpée de manière très rectiligne au niveau du traumatisme.

L'individu dont on a retrouvé le squelette dans une carrière d'Ile-de-France a survécu quelques années à l'opération.

Un squelette vieux de 6 900-6 700 ans et ayant subi une amputation de l'avant-bras gauche au-dessus du coude a été découvert à Buthiers-Boulancourt (Seine-et-Marne). L'intervention a sans doute eu lieu après une grave blessure dont rien n'indique l'origine. Un examen avec un scanner ultraperformant montre que l'humérus n'a pas été entièrement déchiré et que la partie restée intacte a été découpée de manière très rectiligne au niveau du traumatisme. « Un os ne peut en aucun cas se casser aussi nettement. À l'évidence, il y a eu un acte chirurgical », assure Cécile Buquet-Marcon, anthropologue à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

Des signes de cicatrisation sur le bord de l'os montrent que l'individu a survécu plusieurs mois, voire plusieurs années à l'opération. Le travail a été fait très proprement. Il n'y a pas eu infection, aucune trace d'inflammation n'est visible. «Cette intervention chirurgicale d'urgence a été couronnée de succès, souligne l'équipe de l'Inrap (Antiquity, décembre 2009). Cela montre qu'il y a 7 000 ans en Europe occidentale, il existait des compétences techniques et des formes de solidarité très fortes vis-à-vis de personnes lourdement handicapées.»

C'est la première découverte de ce type en France. Le mobilier funéraire déposé dans la fosse date du néolithique ancien ou Rubané (- 7 500 à - 7 000 ans). À cette époque, les premiers agriculteurs venus du Moyen-Orient ne maîtrisaient pas encore la métallurgie. Le chirurgien a donc opéré avec un scalpel en pierre, vraisemblablement du silex, qui n'a pas été retrouvé.

Inhumé avec une chèvre

La plus ancienne amputation, connue à ce jour, remonte à 7 500 ans. Elle a été découverte à Vedrovice, en République tchèque. «Il y avait très certainement d'excellents chirurgiens parmi les deux courants de néolithisation du continent européen, le long du Danube d'un côté et de la Méditerranée de l'autre, estime Éric Crubézy, anthropo-biologiste et professeur à l'université Paul-Sabatier (Toulouse). Même s'ils n'avaient pas de contacts, ces premiers agriculteurs devaient partager un même savoir.»

Le squelette de Buthiers-Boulancourt gisait au fond d'une fosse de 1,50 m creusée à même la roche calcaire, ce qui a permis de le préserver. L'homme, un adulte de haut rang, portait des traces d'arthrose au niveau cervical et il avait perdu toutes ses dents. La tête orientée vers l'est et tournée vers le sud, le corps en position fœtal, il a été inhumé avec une chèvre. Une hache polie en schiste de 20 cm de long était également déposée à ses côtés. Il s'agit d'une imitation de haches polies produites dans les Alpes italiennes, autour du mont Viso, à 500 km à vol d'oiseau du Bassin parisien. «Cette pièce est un des témoins les plus anciens du prestige que devaient avoir à cette époque les productions alpines», souligne Anaïck Samzun, de l'Inrap. Des traces de poteaux d'habitation et des restes de céramique apparentés à la culture du Villeneuve-Saint-Germain implantée dans le Bassin parisien ont été retrouvés sur place. Le village se trouvait sur un plateau qui avait dû déjà être partiellement déforesté.

Les fouilles d'urgence (les «fast-fouilles») ont été effectuées en 2003 et 2005 à l'occasion de l'extension d'une carrière de sable. Une partie des restes situés en surface avaient été endommagés par les labours. Le site a été exploité après le passage des archéologues.

Source : Le Figaro du 13/01/2010

Une amputation qui fait date

Un squelette vieux de presque 7.000 ans porte la trace d’une opération chirurgicale: c’est la plus vieille amputation connue en France.


Voilà une date marquante dans l’histoire de la chirurgie en France: la plus ancienne amputation connue. Elle a été pratiquée il y a 6.900 ans sur un homme dont l’avant-bras avait sans doute été en partie arraché lors d’un accident. A l’aide d’un silex, les chirurgiens ont sectionné l’extrémité de l’humérus.

Détail de l’humérus amputé et sa reconstitution microtomographique en 3 D

Fait notable: le patient a survécu, comme en témoigne les traces de cicatrisation observé sur ses os, mis au jour sur un site du néolithique de Seine-et-Marne, à Buthiers-Bulancourt.

Le squelette intact était entouré d’objets funéraires prestigieux, comme une longue lame de hache en schiste poli, un grand pic en silex ou encore un agneau, déposé aux pieds du mort. Souffrant d’arthrose, ayant perdu ses dents et l’un de ses avant-bras, l’homme mort est assez âgé, ce qui indique qu’il était soutenu par son groupe et même qu’il y occupait probablement une place importante, expliquent les chercheurs.

L’os manquant a donc intrigué les archéologues. La reconstruction de l’humérus à partir de l’ossement révèle qu’il s’agit bien d’un acte chirurgical : la section est trop nette pour être le fruit d’un accident ou d’une déformation, expliquent Cécile Buquet-Marcon et Anaïck Samzun de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, et le Dr Philippe Charlier, médecin légiste et paléo-pathologiste. Leurs travaux, achevés en 2007, sont publiés cette semaine dans le journal Antiquity.

Curieusement, peu de cas d’amputations sont connus pour cette période du néolithique, alors que la pratique de la trépanation est bien documentée. Cette pratique serait apparue il y a 12.000 ans et a connu un développement important dans les Grandes Causses, dans le sud de la France.

Source : NouvelObs.com du 15/01/2010

Le premier amputé de France


Quand Cécile Buquet-Marcon et Anaïck Samzun de l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) découvrent ce squelette à Buthiers-Boulancourt (70 km au sud de Paris), elles remarquent aussitôt qu'il manque un os. L'homme qui gisait là depuis près de 7.000 ans n'avait plus d'avant-bras gauche. Elles ont eu beau fouiller partout dans la tombe plutôt vaste : rien, sinon le squelette d'un mouton ou d'une chèvre. Elles ont alors regardé de plus près l'humérus raccourci pour constater avec stupéfaction que l'os semblait avoir été sectionné volontairement. Incrédules, les deux archéologues font appel à un expert en paléopathologie, lequel ne s'est pas fait prier pour accourir voir la merveille. Il ne peut que confirmer la supposition des deux femmes : l'homme d'âge mur gisant ici a fait l'objet d'une amputation quelques mois ou quelques années avant sa mort. Sans doute à la suite d'un accident. La coupure est nette et l'os présente plusieurs traces de cicatrisation et aucune d'infection profonde. "Autant on a trouvé plusieurs centaines de trépanés datant du néolithique, autant les amputés se comptent sur les doigts d'une main", note Jean-Pierre Demoule, ancien président de l'INRAP et grand spécialiste du néolithique européen. Il faut donc croire que les chamans de cette époque avaient quelques notions de médecine et d'asepsie. Ce que certains chirurgiens d'aujourd'hui feraient bien de méditer...

Source : Le Point du 14/01/2010