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samedi 23 décembre 2023

Une mâchoire de 2 millions d’années dévoile une surprenante migration de l’Homo erectus

Une équipe internationale de chercheurs a trouvé une mâchoire d'un enfant Homo erectus dans les hauts plateaux éthiopiens. La datation suggère que nos proches vivaient en altitude plus tôt qu’on ne le pensait. Les preuves des premières migrations humaines et de la fabrication d’outils associées remettent en question les hypothèses sur notre évolution.

La récente identification d’une mandibule d’Homo erectus en haute altitude en Éthiopie réécrit notre histoire évolutive. Cette première espèce humaine s’est non seulement adaptée à l’environnement, mais s’est également rapidement propagée au-delà des savanes de plaine d’Afrique de l’Est jusqu’aux hautes terres éthiopiennes de haute altitude. L’étude a également lié les outils acheuléens et oldowayens à cette période d’habitation dans les hautes terres. Cette découverte, datant de deux millions d’années et publiée dans la revue Science, suggère une plus grande complexité dans le comportement et les capacités d’adaptation de l’Homo erectus, élargissant notre compréhension de la dispersion et de l’évolution des premiers hominidés.

Une adaptation remarquable à l’altitude de la part d’Homo erectus

La mandibule récemment découverte porte affectueusement le nom de « Little Garba ». Les chercheurs l’ont mise au jour dans un site archéologique, à environ 2000 mètres d’altitude dans les hautes terres éthiopiennes. Cette altitude élevée est significative, car elle suggère un environnement bien différent de celui généralement associé aux premiers hominidés.

À une telle hauteur, le climat tend à être plus frais et plus pluvieux. Cela contraste avec les savanes chaudes et sèches des basses terres africaines. Cette différence climatique entraîne également une diversité distincte en termes de végétation et de faune. La présence de l’Homo erectus dans un tel habitat remet en question l’idée largement répandue que nos ancêtres étaient exclusivement adaptés et confinés aux régions chaudes et arides de l’Afrique. Notre ancêtre présentait une adaptabilité et une flexibilité écologiques bien plus grandes qu’imaginées. Ils étaient capables de vivre et de prospérer dans des environnements variés.

Pour confirmer l’identité et l’âge de cette mandibule, les auteurs de l’étude utilisèrent des techniques d’imagerie synchrotron de pointe. Ces méthodes impliquent l’utilisation de rayons X à haute énergie. Elles ont permis d’examiner en détail la structure interne des dents et de la mandibule. Les résultats ont confirmé sans équivoque que ces restes appartenaient à un individu de l’espèce Homo erectus.

En outre, l’utilisation de méthodes de datation paléomagnétique a permis d’estimer l’âge de la mandibule à environ deux millions d’années. Ces procédures se basent sur les changements dans les champs magnétiques terrestres enregistrés dans les roches. Il suffit de comparer l’échantillon à un référentiel. Cette datation fait de « Little Garba » l’un des plus anciens fossiles d’Homo erectus jamais découverts.

Homo erectus et l’évolution des outils lithiques

La découverte a également mis en évidence une transition significative dans la technologie des outils lithiques. À proximité de la mandibule, des outils Oldowan ont été trouvés, caractérisés par leur simplicité.

Ces outils sont souvent constitués de galets taillés ou de fragments tranchants obtenus par la frappe de pierres. Ils témoignent des premières étapes de la fabrication d’outils par les hominidés. Leur simplicité suggère une utilisation principalement pour couper, gratter ou casser des objets naturels.

Cependant, dans des couches légèrement plus récentes, datant d’environ 1,95 million d’années, des outils acheuléens plus avancés ont été découverts. Ces derniers comprennent des haches à main et des couteaux. Ils montrent une sophistication nettement supérieure. Leur fabrication impliquait un façonnage plus complexe et précis, indiquant une compréhension avancée de la géométrie et de la mécanique.

La coexistence des deux technologies d’outils au même endroit révèle une évolution rapide des compétences d’Homo erectus. Elle souligne également une adaptabilité culturelle et cognitive remarquable. Cette transition d’outils simples à élaborés indique une capacité d’innovation et une flexibilité dans l’approche des défis environnementaux.

La diversité des outils suggère que l’Homo erectus n’était pas seulement un utilisateur d’outils. Il était capable de développer de nouvelles techniques pour répondre à des besoins changeants. Cette polyvalence dans l’utilisation et la création d’outils reflète une complexité comportementale significative. Cela remet en question les modèles linéaires d’évolution des outils qui suggéraient auparavant une progression simple et unidirectionnelle.

Expansion géographique d’Homo erectus

La découverte de la mandibule démontre la capacité à survivre et prospérer dans un environnement de haute altitude d’Homo erectus. Il a dû faire face à des défis uniques tels qu’une diminution de l’oxygène, des températures plus basses et un écosystème différent. Leur adaptabilité n’est pas seulement physique, mais aussi comportementale et culturelle. Il devait exploiter diverses ressources alimentaires et matériaux disponibles dans ces environnements variés. Cette polyvalence écologique a probablement été un facteur clé dans leur capacité à migrer hors d’Afrique.

L’étude offre enfin un aperçu des schémas de migration et de dispersion de l’Homo erectus. En maîtrisant leur environnement et en développant des outils adaptés à diverses tâches, de la chasse à la préparation des aliments, l’Homo erectus a pu se disperser efficacement à travers le monde préhistorique, traversant des continents et des climats divers, pavant ainsi la voie à l’évolution humaine et à la colonisation mondiale.

En définitive, l’Homo erectus a probablement migré en altitude pour exploiter de nouvelles ressources et niches écologiques. Les changements climatiques et la recherche de conditions plus clémentes auraient pu les attirer vers les hautes terres. Cette région offrait des ressources alimentaires distinctes et un refuge contre les prédateurs et la concurrence. Cette migration s’inscrit dans leur expansion territoriale, explorant et peuplant activement de nouvelles zones en réponse à l’évolution de leur environnement et de leurs besoins.

Source : Science et Vie du 23/12/2023

samedi 19 août 2023

Une vague de froid aurait mis fin à la première occupation humaine en Europe

Il y a 1,1 million d’années, une vaste glaciation s’est produite dans le sud de l’Europe, menant à la disparition des hommes préhistoriques dans cette région. Plus résistant qu’Homo erectus, c’est Homo antecessor qui aurait reconquis le continent après 900.000 ans. Les explications avec Chronis Tzedakis, auteur de l’étude.

Une nouvelle étude du paléoclimat européen a révélé une période glaciaire particulièrement froide il y a 1,1 million d’années, au point que les premiers spécimens du genre Homo n’y auraient pas survécu. “C’est la première fois que l'Homme préhistorique est confronté à de telles conditions, souligne auprès de Sciences et Avenir Chronis Tzedakis, premier auteur de l'étude. Les températures sont descendues jusqu’à -2°C en hiver.” A partir de données fossiles et d’une simulation paléoclimatique, les chercheurs ont mis au point un modèle pour prédire l’habitabilité d’un environnement pour l’être humain primitif. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Science.

Jusqu’à présent, la théorie dominante consistait à penser qu’une fois établis en Europe, les humains avaient été capables de survivre à plusieurs cycles climatiques, dont des périodes glaciaires, et de s’adapter à des conditions de plus en plus dégradées après 900.000 ans. Mais les résultats de l’étude du Collège universitaire de Londres prouvent le contraire : l’Europe n’aurait pas été continuellement peuplée depuis 1,6 million d’années.

Une incertitude de 0,5°C

Comment les chercheurs ont-ils estimé la température du sud de l’Europe il y a plus d’un million d’années ? Ils se sont basés sur des restes d’algues marines issus d’un forage au large de Lisbonne. Grâce à des biomarqueurs présents dans ces végétaux, les paléontologues ont disposé d’indicateurs du climat de l’époque, avec une très faible incertitude, de seulement 0,5°C. La température moyenne annuelle de la surface de la mer avait chuté à 5,5 °C. “Dans les mêmes échantillons de sédiments, nous avons également examiné des grains de pollen fossiles qui donnent une image de la végétation du continent : semi-désertique”, ajoute le chercheur. A l’air libre, la température serait même descendue à -2°C. D’après le modèle informatique, cette glaciation aurait duré près de 30.000 ans.

D’après les ossements et les outils retrouvés respectivement en Géorgie et en Italie, Homo erectus peuplait le bassin méditerranéen il y a 1,8 million d’années. “Pour survivre, il avait besoin de températures annuelles minimales supérieures à 5°C et d’une végétation assez abondante afin que les animaux sauvages subsistent”, souligne Chronis Tzedakis. Le climat de cette époque était caractérisé par des périodes interglaciaires chaudes et humides alternant avec des périodes glaciaires plus froides mais relativement douces. Périodes glaciaires et interglaciaires se succédaient ainsi avec une fréquence de 900.000 ans à 2,6 millions d’années.

Des graisses insuffisantes

Pour la première fois, il y a 1,1 million d’années, Homo erectus est confronté à des températures négatives. Un refroidissement de cette ampleur a sans doute soumis les petites populations de chasseurs-cueilleurs à un stress considérable. “Les premiers hommes n’étaient pas adaptés à ces températures : leurs graisses n'étaient sûrement pas suffisantes pour s’isoler du froid, et ils n’avaient pas de quoi se vêtir ni s’abriter”, explique le chercheur. Ce n’est que 700.000 ans plus tard qu’Homo erectus domestiquera le feu.

La reconquête d'Homo antecessor

En recoupant les données fossiles avec une simulation paléoclimatique, l’équipe de chercheurs a développé un modèle d’habitat humain capable d’évaluer la viabilité d’un environnement pour les êtres humains primitifs. Leurs résultats sont sans équivoque et mettent en évidence une diminution drastique de l'adéquation de l'habitat des premiers homininés autour de la Méditerranée pendant cet épisode de froid extrême.

“Cette conclusion concorde assez bien avec les données archéologiques dont nous disposons, confirme Chronis Tzedakis. Il y a un trou dans nos archives fossiles en Europe au cours des 200.000 années suivantes.” Pas d’ossements humains, ni d’outils lithiques. Entre 1,1 million d’années et 900.000 ans, Homo erectus semble en effet avoir disparu d’Europe, mais aurait survécu en Asie du Sud-Ouest notamment. C’est Homo antecessor qui aurait reconquis le continent européen il y a 900.000 ans. “Les changements évolutifs et comportementaux entre ces deux espèces ont rendu ce dernier plus résistant et lui ont permis de survivre dans des conditions glaciaires de plus en plus intenses”, résume l’auteur.

Les données paléoclimatiques et les résultats du modèle informatique des chercheurs suggèrent donc la disparition de l’homme archaïque dans le sud de l’Europe au cours du Pléistocène inférieur. Les recherches archéologiques et la datation des fossiles à venir permettront de corroborer cette théorie en vérifiant l'absence de restes humains dans les archives.

Source : Sciences et Avenir du 17/08/2023

mercredi 8 mars 2023

Homo erectus était bien un omnivore opportuniste

L’analyse de la concentration de certains éléments chimiques dans l’émail des dents a permis de caractériser précisément le régime alimentaire de ce représentant du genre Homo en Indonésie durant le Pléistocène.

Depuis que Gustav von Koenigswald (1902-1982) y a découvert de spectaculaires restes d’Homo erectus, le dôme de Sangiran, sur l’île de Java, est célèbre. Avec ses collègues, Jülide Kubat, de l’université Paris Cité et de l’institut Senckenberg à Francfort, a comparé le comportement alimentaire d’H. erectus de Sangiran à celui d’autres mammifères de Java pendant le Pléistocène, notamment à celui de cet autre hominidé qu’est l’orang-outan.

Les chercheurs ont mesuré les rapports strontium/calcium (Sr/Ca) et baryum/calcium (Ba/Ca) dans l’émail dentaire, dont les variations enregistrées pendant la croissance traduisent les comportements alimentaires avec une résolution inférieure à la semaine. Pour l’orang-outan, elles revèlent des cycles saisonniers d’environ trois mois marqués par des pics élevés du rapport Sr/Ca, ce qui reflète une consommation contrastée de nourriture végétale entre la période de mousson et la saison sèche.

En revanche, chez H. erectus, les variations intra-annuelles du rapport Sr/Ca sont moins accentuées que chez l’orang-outan. Par ailleurs, le rapport des isotopes stables du carbone (13C/12C) indique une alternance entre un régime à base de plantes en C4 – fournissant davantage d’énergie, car exploitant mieux la photosynthèse, et typiques de la saison de mousson – et un mélange de plante en C4 et de plantes en C3 – fournissant moins d’énergie, car exploitant moins bien la photosynthèse, et plus coriaces, typiques de la saison sèche.

En outre, même si le degré de carnivorie est normalement indiqué par des analyses des isotopes stables de l’azote, le ratio Sr/Ca est aussi un bon indicateur de la position d’un animal dans la chaîne alimentaire. Or les valeurs plutôt basses de ce ratio chez l’H. erectus sont comparables à celles des félidés (carnivores) et des suidés (omnivores), alors que les purs herbivores, tels les cervidés et les rhinocéros, sont caractérisés par des valeurs de Sr/Ca bien plus élevées, comparables à celles de l’orang-outan.

Toutes ces observations vont dans le sens d’un régime omnivore pour H. erectus, incluant non seulement des fruits, des graines et des racines, mais aussi de la viande et des proies aquatiques. Une tendance à l’omnivorie opportuniste qui fut caractéristique de toutes les espèces humaines au cours du Pléistocène (2,58 millions d’années à 11 700 ans avant le présent), c’est-à-dire pendant pratiquement toute la période d’évolution du genre Homo.

Source : Cerveau & Psycho du 08/03/2023

dimanche 27 décembre 2020

Pithecanthropus robustus

En 1936, le paléoanthropologue allemand Gustav von Koenigswald commença des fouilles sur le site de Sangiran. De 1936 à 1941, il découvrit 6 fossiles d'hominines, Sangiran 1 à 6, datant d'époques différentes et montrant des caractères variés. Les fouilles se sont poursuivies après 1950 et jusqu'à nos jours, impliquant un nombre croissant de chercheurs locaux. Elles ont produit à ce jour plus de 80 fossiles humains, dont la classification demeure pour nombre d'entre eux sujette à débats.

Sangiran 4

En 1937, Gustav von Koenigswald accueillit sur le site de Sangiran le paléoanthropologue allemand Franz Weidenreich, venu de Chine jusqu'en Indonésie pour examiner les premiers fossiles exhumés, Sangiran 1 à 3, dont le crâne Sangiran 2. Ils publièrent divers travaux conjoints sur ces découvertes, les attribuant à l'espèce déjà créée en 1894 par le médecin néerlandais Eugène Dubois, Pithecanthropus erectus à partir de restes fossiles découverts à Trinil, situé également sur l'île de Java. En 1939, les deux scientifiques annoncèrent en commun la découverte d'un nouveau crâne, Sangiran 4, jugé plus robuste que Sangiran 2, et attribué à une nouvelle espèce dénommée Pithecanthropus robustus.

Source : Wikipedia

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mercredi 2 septembre 2020

Homo erectus : 2 millions d'années de domination

Après des décennies de débats, le verdict est tombé : les derniers Homo erectus sont morts il y a 110 000 ans… seulement ! Ils s'imposent ainsi comme l'espèce phare du vivant, qui a régné deux millions d'années durant sur la quasi-totalité des terres émergées. Philippe Testard-Vaillant rend hommage au vrai maître de l'histoire du monde.

Entre 117 000 et 108 000 ans : tel est l'âge des os d'Homo erectus (12 calottes crâniennes et 2 tibias) découverts au début des années 1930 sur l'île de Java, en Indonésie. Ce qui fait des propriétaires de ces ossements les plus récents "hommes debout" jamais trouvés dans le monde. Et sans doute quelques-uns des ultimes membres de cet ancêtre à l'air de brute mais à la descendance flamboyante, qui a joué un rôle capital dans l'évolution de la lignée humaine.

"Nos travaux ne fixent pas le moment précis où les derniers Erectus ont disparu de la planète, ce qui est de toute façon impossible - de petits groupes d' Erectus ont très bien pu vivre dans la région au-delà de 100 000 ans, souligne Russell Ciochon, de l'université d'Iowa, qui a piloté ces travaux. Notre apport essentiel est de démontrer l'extrême longévité de cette espèce."

Car cette datation, éminemment rigoureuse, clôt des décennies de débats sur l'âge des restes recueillis entre 1931 et 1933 par des Néerlandais sur le site de Ngandong, aux abords de la rivière Solo, dans le centre de Java. Au fil des années, diverses analyses leur avaient en effet donné une date comprise entre - 500 000 et… - 27 000 ans ! "La datation qui donnait entre - 53 000 et - 27 000 ans avait été obtenue en 1996 sur des dents fossiles d'herbivores extraites des mêmes couches géologiques que celles où se trouvaient les restes humains, rappelle Christophe Falguères, du laboratoire Histoire naturelle de l'homme préhistorique. Par la suite, des niveaux volcaniques avaient donné un âge de 500 000 ans, ce qui n'a rien d'étonnant sachant que ces couches ne sont pas toujours dans leur position initiale. De notre côté, nous avions daté trois des calottes humaines par spectrométrie gamma, ce qui avait donné des âges compris entre 70 000 et 40 000 ans."

"Nulle autre espèce humaine qu'Erectus n'a dominé la terre aussi longtemps"

mardi 21 juillet 2020

Découverte d’un hachereau de 1,4 million d’années en os d’hippopotame

Une équipe de chercheurs annonce la découverte d’un outil vieux d’1,4 millions d’années taillé dans un os d’hippopotame. Son auteur, H. Erectus, était visiblement encore plus polyvalent que nous ne le pensions.

Des hachereaux ont déjà été retrouvés sur plusieurs sites datant de 2 à 1 million d’années. Seulement, ils sont généralement en pierre. D’où l’intérêt de cette nouvelle trouvaille faite par une équipe d’archéologues de l’Université de Tohoku (Japon) travaillant dans la formation de Konso, dans le sud de l’Éthiopie.

Un outil en os d’hippopotame

Les chercheurs sont en effet tombés sur l’un de ces outils, déterré d’une couche de sédiments vieux de 1,4 million d’années, mais cette fois taillé à partir d’un os. De rapides analyses ont finalement permis de constater que cet ancien hachereau faisait autrefois partie d’un fémur d’hippopotame (os de la cuisse).

L’auteur de cette oeuvre, selon les archéologues, serait un Homo Erectus. Évoluant il y a entre 2 millions d’années et 100 000 ans, cette espèce propagée à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie est à l’origine de l’invention du biface. Elle fut également la première à maîtriser le feu et la première à véritablement marcher debout.

Côté mensurations, l’outil mesure environ 13 cm dont un bord tranchant de 5 cm, et selon les chercheurs, il témoigne d’un excellent travail artisanal. Son propriétaire a visiblement écaillé, petit à petit, un gros morceau d’os plat prélevé à l’extrémité du fémur de l’animal, de manière à façonner le produit fini.

La technique est relativement standard, se rapportant au style de fabrication de certains outils en pierre. En revanche, les chercheurs soulignent une matière (os) encore plus difficile à travailler.

De plus, le fait de tomber sur un ossement assez gros pour permettre les ébauches de la bonne taille ne devait pas arriver tous les jours. Ce n’est pas pour rien que le seul autre outil de ce type (en os) jamais découvert avant celui-ci a été façonné à partir d’un os d’éléphant. Découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, de dernier aurait été façonné il y a entre 1,3 million et 1,6 million d’années.

Quelle intention ?

La question est maintenant de savoir pourquoi cet individu a fait le choix de tailler son outil à partir d’un os, alors que des pierres devaient être largement disponibles dans son environnement.

La présence d’une carcasse l’a-t-il amené à vouloir tester une autre approche ? Il y a 1,4 million d’années, la région était une zone particulièrement humide, tapissée de prairies entourant un grand lac. Il est donc possible que les hippopotames aient parfois été les cibles de chasseurs courageux.

Ou peut-être a-t-il fait face à une pénurie temporaire de pierres ? Il est en effet arrivé en Afrique de l’Est que l’activité volcanique empêche l’accès de nos ancêtres à plusieurs dépôts, et ce parfois pendant des siècles durant.

Impossible à savoir pour le moment. En revanche, les chercheurs sont au moins sûrs d’une chose. « Cet hachereau en os montre qu’à Konso, […] les H. Erectus étaient suffisamment qualifiés pour fabriquer et utiliser un tranchant durable, écrivent-ils. Nos premiers cousins étaient déjà très ingénieux, très compétents et très intelligents ».

Source : Sciencepost du 19/07/2020

samedi 30 mai 2020

Un seul berceau... et tant d'origines

Leur destin fut différent : Homo floresiensis (à g.) s'est éteint, Neandertal (à dr. ) s'est fondu en nous. Et Homo naledi ? On n'en sait rien. Peut-être en subsiste-t-il des traces dans notre génome.

La quête des origines ne se résume pas à un berceau. Car dès que les humains modernes en sont sortis, ils se sont hybridés avec des populations aujourd'hui disparues, dont notre ADN conserve la trace. Nous descendons aussi de ces fantômes…

La croisée des chemins, le point de convergence inéluctable de tous les cours d'eau, le tronc qui unifie chaque racine, chaque rameau… Voilà ce que représente le Makgadikgadi pour l'humanité. Mais la richesse de notre histoire ne se résume pas à la découverte de ce berceau. Notre identité ne saurait s'éclairer à la lumière d'un unique zoom, aussi lumineux soit-il. Nous ne sommes pas seulement les héritiers de cette première population d'humains modernes, qui émergea il y a quelque 200 000 ans, puis qui envahit le monde. Même si vous, moi, et tous ceux qui peuplent aujourd'hui la Terre lui devons l'immense majorité de notre génome, l'histoire de notre origine est beaucoup plus complexe.

Car dans la longue marche imposée par l'évolution, les routes sont nombreuses, sinueuses et entrecroisées. Prenez Neandertal. Ce lointain cousin, qui a pris exil de notre lignée bien avant la naissance de l'humain moderne, n'est pas passé par notre berceau. Mais nous savons depuis une dizaine d'années - et la découverte en fut retentissante - qu'Européens et Asiatiques en sont les héritiers directs pour quelques pourcents de leur génome : il y a près de 40 000 ans, quelque part en Eurasie, sa lignée s'est fondue avec la nôtre, comme si elle ne nous avait jamais quittés.

"Les croisements entre les espèces humaines ont été bien plus nombreux que tout ce que nous pensions, témoigne Alan Rogers, généticien à l'université d'Utah, aux États-Unis.

Et les humains actuels en sont l'ultime résultat." Certes, nous avons un berceau, mais nous sommes aussi une chimère, une somme, la fusion de toutes les humanités qui nous ont précédés. Et les recherches actuelles ne font qu'accentuer ce fait poignant.

Sur notre alliance génétique avec Neandertal, pour commencer. Alors que nous pensions que celle-ci s'était nouée seulement en Eurasie, excluant de fait la présence d'ADN néandertalien au sein des populations africaines, voilà qu'une étude publiée à la fin du mois de février dernier prouve le contraire : tous les peuples africains étudiés porteraient jusqu'à 30 % des séquences génétiques néandertaliennes retrouvées dans les populations européennes actuelles !

UNE LIGNÉE HANTÉE

Cela implique plusieurs choses, commente Joshua Akey, généticien à l'université de Princeton, aux États-Unis, et auteur de l'étude : "Il semble qu'après la sortie d'Afrique des humains modernes, il y a 60 000 ans environ, et l'épisode d'hybridation avec Neandertal qui s'en est suivi, il y ait eu une migration retour vers l'Afrique de ces humains modernes portant en eux l'ADN néandertalien, qui s'est ensuite propagé. Tous les 2 054 individus que nous avons testés à travers le monde présentent des séquences néandertaliennes. Il faut encore des études pour le confirmer, mais on peut dire que Neandertal survit sûrement dans chaque humain vivant aujourd'hui." Nous sommes donc encore plus néandertaliens que nous ne le pensions…

Remontons encore dans le temps : cette même histoire, Neandertal l'aurait lui aussi vécue ! C'est ce qu'affirme Alan Rogers en pointant une portion d'ADN suspecte. Au temps où Neandertal et Denisova n'étaient encore qu'une seule et même lignée, il y a près de 600 000 ans, lors de leur propre sortie d'Afrique, eux aussi auraient bibliquement rencontré un prédécesseur. Qui ? Probablement le tout premier des explorateurs, celui qui, pour la première fois, aurait posé un pied conquérant, et non une patte, sur l'immense Eurasie, il y a de cela 2 millions d'années : Homo erectus lui-même. "Les dates concordent, confirme Alan Rogers, même s'il faudrait plutôt parler de rencontre avec les descendants d' Erectus. Toujours est-il que, puisque nous avons hérité de gènes néandertaliens et denisoviens, il est très possible que nous ayons aussi hérité de cet ADN lointain." Et voilà que nous devenons tous, peut-être, un peu Homoerectus .

Il est pourtant impossible de le savoir avec certitude : l'ADN d' Erectus n'a jamais pu être analysé, car celui contenu dans ses fossiles est trop vieux, trop détérioré. La portion d'ADN suspecte pourrait donc tout aussi bien être l'héritage d'une autre espèce humaine d'un même âge, et dont les fossiles n'ont jamais été retrouvés. Mais la dynamique actuelle de la recherche en paléoanthropologie est là : créer des méthodes statistiques permettant de comparer nos génomes avec ceux des néandertaliens et des denisoviens afin d'identifier justement les séquences qui échappent à leur parenté. Des séquences qui ne peuvent avoir été héritées de leur même ancêtre commun. Des séquences forcément venues d'ailleurs…

Les "fantômes". C'est ainsi qu'ont été baptisées ces populations inconnues, détentrices originelles de ces traces d'ADN découvertes au cœur de nos génomes. Des populations qui ont disparu de la surface de la Terre, mais qui continuent d'exister à travers nous. Les paléoanthropologues parlent même de "fantômes modernes", de "fantômes archaïques", voire de "fantômes super-archaïques", selon qu'ils apparaissent dans notre lignée comme des cousins plus ou moins éloignés. Et notre ADN s'avère plus hanté qu'un château écossais !

UNE HYBRIDATION OPPORTUNISTE

Plusieurs peuples d'Afrique de l'Ouest porteraient ainsi entre 2 et 19 % d'ADN d'un de ces fantômes… Celui-ci aurait quitté notre lignée avant même que Neandertal et Denisova ne le fassent, puis serait revenu s'hybrider il y a près de 50 000 ans avec certaines des premières populations d'humains modernes. Un autre signal similaire, mais qui n'a pu être daté cette fois, a aussi été découvert fin 2019 dans les populations d'Afrique sub-saharienne. "Et il y en aura sûrement beaucoup d'autres" , prévient Alan Rogers.

Qui étaient ces populations que l'humain moderne a totalement englouties dès l'aube de son histoire ? Les candidats ne manquent pas : l'Afrique, au même titre que l'Europe et l'Asie, fourmillait alors de lignées. Homo naledi, par exemple, cet humain fossile présentant une mosaïque de caractères modernes et ancestraux, dont un tout petit cerveau de la taille d'un pamplemousse, vivait encore il y a un peu plus de 200 000 ans en Afrique du Sud. Et un fossile attribué à Homo heidelbergensis, découvert en Zambie il y a un siècle, vient d'être redaté : âgé de 300 000 ans, il aurait pu sans conteste être absorbé par nous.

Bien sûr, certaines lignées humaines ont bel et bien disparu, sans rejoindre notre route. Comme Homo floresiensis , cette espèce naine qui habitait l'île de Florès, en Indonésie, qui s'est éteinte il y a près de 50 000 ans : nulle trace de fantôme n'a été retrouvée chez les populations actuelles de l'île, par rapport aux autres populations d'Asie. Mais contrairement à ce que l'on pensait, c'est l'exception qui confirme la règle. Car la norme, elle, était plutôt l'hybridation. "D'autant qu'on sait aujourd'hui que des espèces humaines séparées depuis plus d'un million d'années pouvaient encore s'hybrider, comme ce fut le cas entre les denisoviens et les possibles descendants d' Erectus " , renchérit Alan Rogers.

Ce qui n'étonne pas Nicolas Bierne, biologiste spécialiste du phénomène de spéciation à l'université de Montpellier : "Un million d'années, c'est extrêmement court dans l'évolution des espèces. Les populations séparées par ce laps de temps n'en sont finalement qu'au début de leur différentiation, dans ce qu'on appelle la 'zone grise de la spéciation'. Neandertal et les humains modernes étaient ainsi, d'un point de vue génétique, plus proches entre eux que certains animaux que l'on classerait pourtant comme étant de la même espèce. Longtemps on a cru que l'hybridation entre les humains modernes et les néandertaliens ne fonctionnait pas bien, car des portions entières du génome n'étaient jamais néandertaliennes, ou encore parce que nous n'en avons gardé que quelques pour-cents. Mais cela peut s'expliquer facilement : les humains modernes étaient simplement bien plus nombreux, et seuls les gènes particulièrement utiles ont été conservés. Avec la dérive génétique, au fil des générations, des portions entières du génome, moins efficaces, ont donc été effacées."

Et voilà une belle leçon de cette histoire : les portions d'ADN héritées de ces nombreux humains ancestraux ne sont certainement pas silencieuses. Nous n'avons pas seulement assimilé Neandertal et les autres, nous en avons surtout tiré le meilleur. "Les études montrent en effet que les séquences génétiques néandertaliennes jouent un rôle sur le système immunitaire ou la pigmentation de la peau, et ont donc une utilité, souligne Alan Rogers.

De la même manière, les Tibétains ont hérité un gène denisovien facilitant la vie en haute altitude, qui semble provenir originellement d'une population encore plus archaïque." Pour s'adapter à un nouveau milieu, un nouvel en vironnement, l'hybridation est plus efficace que la longue évolution. "Et c'est logique , renchérit Nicolas Bierne.

Les populations ancestrales étaient déjà sur place depuis des centaines de milliers d'années, ou plus : elles ont eu le temps de s'adapter. En un sens, elles nous ont préparé le terrain."

NOTRE MÉTISSAGE CONTINUE…

À côté de tout ce que nous devons à la population souche issue du berceau, les autres populations humaines, chacune à sa manière, nous ont aussi enrichis. Et quand bien même, en tant qu'individus, nous ne posséderions pas toutes ces ancestralités - en Europe, il nous manque celle de Denisova -, ce n'est sûrement que pour un temps. "Projetons-nous dans le futur lointain, imagine Nicolas Bierne. Les métissages vont continuer, au point qu'il n'y aura sûrement plus de populations dites 'pures', tels les Indiens d'Amériques, mais tout le monde, au contraire, en portera l'ADN. Est-ce que, parce que ce pourcentage sera faible, je ne voudrai pas me rattacher à leur histoire ? Bien sûr que si ! De la même manière, je veux me rappeler Denisova."

Alors, rendons hommage à Neandertal et Denisova, à Naledi et Heidelber-gensis , à Erectus et Habilis , à Floresiensis et Luzonensis, et à tous les fantômes qui continuent d'exister à travers nous. Car nous n'avons qu'un berceau, mais de multiples origines.

Source : Science et Vie du 28/05/2020

vendredi 17 avril 2020

Il y a 2 millions d’années Homo erectus côtoyait 2 autres espèces d’hominidés en Afrique du Sud…

Sur le site de Drimolen des chercheurs ont mis au jour le plus ancien crâne d’Homo erectus en Afrique, daté de 2 000 000 ans.

Drimolen un site riche en hominidés


Des années de fouilles intenses sur le site riche en fossiles de Drimolen, situé à 40 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud, ont abouti à la découverte de plusieurs fossiles d’importance. En plus du nouveau crâne d’Homo erectus (découvert pendant les fouilles de 2015 -2018), on peut citer les restes de Paranthropus robustus, qui a déjà été identifié sur d’autres sites à proximité dans les mêmes couches archéologiques. Par ailleurs, une troisième espèce, Australopithecus sediba, a été découverte dans des dépôts vieux de deux millions d'années, dans une grotte pratiquement en bas de la route qui mène à Drimolen.
Andy Herries (université LaTrobe de Melbourne, Australie) et ses collègues ont évalué les restes trouvés dans le gisement de la grotte de Drimolen en utilisant plusieurs méthodes de datation : la résonance de spin électronique, le paléomagnétisme et la datation Uranium-Plomb. L’utilisation de plusieurs techniques simultanément permet de confirmer et d’assurer les résultats et les âges obtenus. Dans le cas de Drimolen, les chercheurs ont compilé toutes les dates de chacune de ces techniques et ont pu déterminer une période où ces hominidés se sont rencontrés. « Nous savons maintenant que le gisement principal de Drimolen et tous les fossiles qu'il contient sont datés de 2,04 à 1,95 millions d'années", a déclaré la co-auteure Stéphanie Baker (Université de Johannesburg).

Homo erectus de plus en plus vieux !


Le site de Drimolen, situé dans le berceau de l'humanité (Cradle of Humankind - un site du patrimoine mondial de l'UNESCO) a vu passer un grand nombre d’hominidés très différents les uns des autres. La découverte d’un Homo erectus dans des strates archéologiques n’était pas « attendue » et encore moins dans les plus anciennes. En effet, ce crâne appartient au plus ancien des Homo erectus au monde et au premier représentant de son espèce en Afrique du sud !
Le crâne (DNH 134) exhumé pendant les campagnes de fouilles entre 2015 et 2018, a été reconstruit à partir de plus de 150 fragments séparés. C’est un enfant probablement âgé entre trois et six ans, donnant aux scientifiques la chance rare de comprendre la croissance et le développement des petits Homo erectus. Daté de 2 millions d’années, c’est donc plus de 200 000 ans en arrière par rapport au plus ancien représentant de l’espèce connu jusqu’à présent.
Pour Stéphanie Baker, cela modifie les origines géographiques d’Homo erectus "Jusqu'à cette découverte, nous avons toujours supposé que l'Homo erectus était originaire d'Afrique de l'Est. Mais DNH 134 montre que l'Homo erectus, un de nos ancêtres directs, vient peut-être d'Afrique australe". Elle rajoute, comme pour confirmer le berceau africain, «Cela voudrait dire qu'ils se sont ensuite déplacés vers le nord, en Afrique de l'Est. De là, ils sont passés par l'Afrique du Nord pour peupler le reste du monde".

Le berceau de l’humanité porte bien son nom !

Trois espèces d’hominidés fossiles ont en effet été découvertes sur le même gisement, dans des couches stratigraphiques de la même période. . "Contrairement à la situation actuelle, où nous sommes la seule espèce humaine, il y a deux millions d'années, notre ancêtre direct n'était pas seul", a déclaré Andy Herries, directeur de projet et chercheur principal de l'Université de La Trobe, en Australie.
"C'est vraiment épatant de s'apercevoir que pendant cette même tranche de temps étroite, il y a environ deux millions d'années, il y avait trois types très différents d'ancêtres humains anciens parcourant le même petit paysage", a déclaré Schwartz.
"La découverte du premier Homo erectus marque une étape importante pour le patrimoine fossile sud-africain", a déclaré la codirectrice du projet et doctorante à l'Université de Johannesburg, Stephanie Baker.

Source : Hominidés.com du 10/04/2020

mardi 14 avril 2020

Homo erectus est apparu au moins 200.000 ans plus tôt qu'on ne le pensait

On a découvert le plus vieux fossile d'Homo erectus. Il est âgé de 2 millions d'années et il côtoyait alors en Afrique du Sud plusieurs espèces d'Australopithèques.

Les sites des hominidés fossiles d'Afrique du Sud, à proximité de Johannesburg, sont célèbres et connus sous le surnom de « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind en anglais). On y trouve dans des grottes calcaires de nombreux fossiles d'hominines dont les plus connus sont sans doute ceux d'Homo naledi récemment découverts et ceux d'Australopithecus africanus (un jeune cousin des Australopithecus afarensis tels la fameuse Lucy) et qui ont été trouvés en Afrique de l'Est, principalement en Éthiopie, au Kenya et en Tanzanie.

Les recherches dans le berceau de l'humanité se poursuivent et un article publié dans Science par une équipe internationale de paléoanthropologues vient de bouleverser quelque peu l'arbre généalogique de l'Humanité tout en tendant à confirmer que le genre Homo est bien né en Afrique. On peut en effet se poser la question car c'est en Indonésie, en 1891 précisément, que le géologue et anatomiste Eugène Dubois a fait la découverte des premiers fossiles d'Homo erectus, le premier hominine à se dresser sur ses jambes comme l'Homme moderne, ou peu s'en faut, à utiliser le feu -- mais pas le premier à utiliser des outils. Les plus vieux fossiles d'Homo erectus avaient toutefois été trouvés à Dmanisi, en Georgie, et étaient âgés d'environ 1,8 million d'années alors que ceux Australopithecus africanus ont des âges compris entre 2 et 3,5 millions d'années.

Les chercheurs, venant d'universités en Australie, Afrique du Sud, Italie et États-Unis, ont en effet daté un ensemble de 150 fragments appartenant à un crâne d'Homo erectus découvert au cours de cinq années de fouilles sur le site connu sous le nom de carrière principale de Drimolen. Ils appartenaient à un Homo erectus âgé d'environ 2 à 3 ans au moment de sa mort survenue il y a 2 millions d'années environ. La trouvaille a été baptisée « Simon », du prénom d'un technicien, Simon Mokobane, hélas décédé en 2018, et qui a beaucoup contribué au succès des fouilles ; plus prosaïquement, les paléontologues le désignent sous le terme DNH 134.

Trois espèces d'hominines confrontées à un changement climatique

C'est à ce jour le plus vieux fossile d'Homo erectus découvert et c'est en Afrique. Le site de Drimolen contient également des restes de Paranthropus robustus, encore appelé Australopithecus robustus, ce qui veut dire qu'au moins trois hominines (rappelons que ce terme regroupe les représentants du genre Homo et du genre Australopithecus) se côtoyaient en Afrique du Sud il y a deux millions d'années.

Pour Justin Adams, de l'Université Monash, l'un des auteurs de l'article publié dans Science, cette constatation soulève des questions intrigantes sur la façon dont ces trois espèces ont vécu et survécu dans le même environnement à la même époque. Il explique ainsi que « l'une des questions qui nous intéresse est de savoir quel rôle les changements d'habitats, de ressources et les adaptations biologiques uniques des premiers Homo erectus ont pu jouer dans l'extinction d'Australopithecus sediba en Afrique du Sud. Des tendances similaires sont également observées chez d'autres espèces de mammifères au même moment. Par exemple, il y a plus d'une espèce de tigre à dents de sabre, Dinofelis, sur le site - dont l'une s'est éteinte après deux millions d'années. Nos données renforcent le fait que l'Afrique du Sud représentait un mélange vraiment unique de lignées évolutives, une communauté mixte d'espèces de mammifères anciens et modernes qui évoluait à mesure que les climats et les écosystèmes changeaient ».

Les chercheurs se demandent aussi finalement, avec cette découverte, si Australopithecus sediba pouvait vraiment être l'ancêtre d'Homo erectus comme il a été récemment proposé.

Ce qu'il faut retenir

Homo erectus est le premier hominine à se dresser sur ses jambes comme l’Homme moderne, ou peu s’en faut, et à utiliser le feu mais il n'est pas le premier à utiliser des outils.
La découverte de ses plus vieux restes connus à ce jour, âgés de 2 millions d'années, tend bien à confirmer qu'il est né en Afrique et qu'il la quittera pour aller coloniser le reste de la planète jusqu'en Indonésie.
Ces restes prouvent également qu'il côtoyait en Afrique du Sud au moins trois espèces d'Australopithèques dans le fameux « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind en anglais).

vendredi 10 avril 2020

Il y a 2 millions d’années, en Afrique australe, Australopithecus, Paranthropus et… Homo erectus ?

Il y a 2 millions d’années, en Afrique australe, Australopithecus, Paranthropus et… Homo erectus ?

Il y a près de 2 millions d'années, australopithèques, paranthropes et Homo erectus cohabitaient sur le site riche en fossiles de Drimolen, dans l’actuelle Afrique du Sud. C’est ce qui ressort de la nouvelle évaluation chronologique réalisée par une équipe internationale, qui a fait l’objet d’une publication hier dans la revue Science.

En soi, la cohabitation d’espèces différentes d’hominines ne constitue pas une nouveauté : elle est connue – et débattue – depuis plusieurs décennies. Ce qui est plus neuf, c’est l’important effort de datation déployé par l’équipe : les fossiles crâniaux d’Homo erectus et Paranthropus robustus dateraient de 2,04 à 1,95 millions d’années, un âge qui en fait les plus anciens spécimens de leurs espèces respectives. Et qui recule de 100 000 ans les premières apparitions dans le temps de ces deux espèces. Or si la présence d’erectus est admise en Afrique de l’Est à des dates aussi anciennes – mais sous l’appellation plus courante d’Homo ergaster – elle n’avait pas encore été documentée dans le sud du continent.

Une méthode de datation novatrice

C’est tout d’abord l’effort de datation que salue en premier lieu Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum National d’Histoire Naturelle. « Les sites karstiques [qui se développent dans les régions où prédominent les roches sédimentaires sensibles à la dissolution, comme les calcaires, ndlr]d’Afrique du Sud sont compliqués à dater : ce sont des cavités qui se remplissent de sédiments et d’ossements, lesquels peu à peu se dissolvent partiellement et disparaissent, avant d’être recouverts par de nouveaux sédiments, explique-t-il. On a donc des mélanges de plusieurs phases temporelles à l’intérieur d’une même couche géologique. Dans cette publication, pourtant, la provenance des restes fossiles est très bien documentée ».

Pour reconstituer une chronologie précise du site de Drimolen, l’équipe a combiné plusieurs méthodes de datation : résonance de spin électronique — qui mesure la dose de radiation reçue par un échantillon depuis sa formation ou son enfouissement —, paléomagnétisme et datation uranium-plomb — qui étudie les isotopes radioactifs enfermés dans l’échantillon étudié. Cette dernière méthode a permis de dater les « spéléothèmes » ou planchers stalagmitiques du site, c’est-à-dire les couches continues de calcite, et ainsi de distinguer des lignes successives de dates : un fossile donné peut ainsi être daté par les « tranches » supérieure et inférieure du « sandwich » dans lequel il se trouve inséré. « Cette méthode pourrait être appliquée dans d’autres sites d’Afrique australe », souligne Florent Détroit.

Quel Homo erectus ?

Ce qui semble plus sujet à discussion, c’est le rattachement d’un des deux crânes étudiés par l’équipe à Homo erectus, attribué à un enfant. « On connaît peu de caractères taxonomiques pertinents de crâne enfantin d’Homo ancien, puisqu’on ne dispose que d’un fossile de ce type, en Indonésie », signale le chercheur. Découvert sur l’île de Java, ce fossile, dit « de Mojokerto », est à ce jour le seul attribué à un erectus immature. La publication, de fait, justifie le rattachement du crâne à erectus plutôt par défaut. Dans un commentaire joint à l’étude, l’anthropologue Susan C. Antón, de l’université de New York, explique en effet que « la taille et la forme de la boîte crânienne excluent son affiliation aux deux espèces d’Homo vivant sur le continent à l’époque, rudolfensis et habilis ».

Cela justifie-t-il pour autant le classement de ce fossile parmi l’espèce erectus ? La difficulté d’une telle question n’est pas propre au site sud-africain de Drimolen, souligne Florent Détroit : « Nous disposons de peu de fossiles d’Homo anciens en Afrique australe et leur attribution est en général très discutée : erectus ? habilis ? ergaster ? rudolfensis ? naledi ? ou même une espèce encore inconnue ? »

Resterait donc à confirmer l’hypothèse de la présence, en Afrique australe, il y a deux millions d’années, d’Homo erectus. À cet égard, le titre de l’article sur le caractère « contemporain » des trois espèces pourrait donc être un peu trompeur. Il est d’ailleurs plus affirmatif que le contenu de la publication.

Sauf à donner d’erectus une définition très large. « Sur erectus, il y a deux écoles, explique Florent Détroit. Pour la première, erectus est l’ancêtre de l’Homme sur toute la planète et les variantes anciennes d’Homo — ergaster, georgicus, rudolfensis, antecessor — n’en sont que des variantes géographiques. L’auteur du commentaire, Susan C. Antón, s’y rattache clairement.La seconde école — à laquelle j’appartiens —, distingue plusieurs espèces selon leur provenance spatiale et privilégie une acception moins large d’Homo erectus ».

Une telle question, aujourd’hui ouverte, en évoque d’autres, du même ordre : également découvert en Afrique du Sud, sediba relève-t-il du genre Homo ou australopithecus ? Comment trancher ? Plus largement, comment définir le genre Homo, reconnaître ses premiers représentants et le distinguer des genres proches ? Cette nouvelle étude enrichit un débat passionné et loin d’être clos.

Source : Le Blob du 03/04/2020

jeudi 9 avril 2020

Découverte : trois espèces d'hommes en Afrique du Sud il y a 2 millions d'années

C'est une découverte qui rebat quelques cartes et qui a le mérite de nous emmener très loin du coronavirus. En Afrique du Sud, il y a deux millions d'années, des chercheurs ont découvert la présence d'Homo erectus, un de nos ancêtres, et, fait a priori unique, il se partageait le territoire avec deux autres espèces ancestrales humaines aujourd'hui éteintes : Australopitheque et Paranthropus. Ces recherches sont publiées dans la revue Science.

Il y a deux millions d'années, l'Afrique du Sud change : le climat se modifie, des prairies aparaissent, les forêts reculent. Tout cela à un effet majeur sur les habitants de l'époque.

Renaud Joannes-Boyau est le coauteur de cette étude. C'est le directeur du laboratoire de géo-archéologie et d'archéométrie à l'université de Southern Cross en Australie :

« On a un remplacement dans les grands singes de la région, explique-t-il. C'est-à-dire que pendant le million d'années précédent, on a Australopithecus qui domine l'environnement. On a aussi Paranthropus qui apparait et on voit Homo erectus qui apparait aussi aux alentours de 2 millions d'années. C'est ce qu'on prouve dans ce papier. À la suite de ça, Australopithecus, on ne le trouve plus dans les couches fossiles, donc on sait qu'on a un changement climatique qui a certainement favorisé Homo erectus par rapport à Australopithecus. »

Mais pour les chercheurs c'est une surprise de voir Homo erectus si tôt en Afrique du Sud : « On ne sait pas d'où vient Homo erectus. Il a été proposé par exemple qu'Australopithecus sediba a été un de ses ancêtres, mais malheureusement, on voit dans le papier que l'on vient de publier, que sediba vit au même moment que Homo erectus. »

D'autres espèces sont suspectées d'être les ancêtres au genre homo, il y a Australopithecus africanus, lui aussi vivait en Afrique du Sud.

Source :RFI du 02/04/2020

dimanche 5 avril 2020

Trois types humains vivaient côte à côte dans l'ancienne Afrique

Il y a deux millions d'années, trois espèces différentes de type humain vivaient côte à côte en Afrique du Sud, comme le montre une étude.

Les résultats soulignent une prise de conscience croissante du fait que la situation actuelle, où une seule espèce humaine domine le globe, peut être inhabituelle par rapport au passé évolutif.

Les nouvelles preuves proviennent des efforts déployés pour dater les os découverts dans un complexe de grottes près de Johannesburg.

Ces recherches ont été publiées dans la revue Science.

Les nouveaux travaux ont également révélé le plus ancien exemple connu d'Homo erectus, une espèce que l'on pense être un ancêtre direct de l'homme moderne (Homo sapiens).

Les trois groupes d'hominines (créatures ressemblant à des humains) appartenaient à l'Australopithèque (le groupe rendu célèbre par le fossile "Lucy" d'Ethiopie), au Paranthropus et à l'Homo - plus connu sous le nom d'humain.

Andy Herries, de l'université LaTrobe de Melbourne, en Australie, et ses collègues ont évalué les restes trouvés dans le complexe de la grotte de Drimolen en utilisant trois techniques de datation scientifique différentes : la résonance de spin électronique, le paléomagnétisme et la datation uranium-plomb.

"Nous avons rassemblé toutes les dates de chacune de ces techniques et, ensemble, elles ont montré que nous avions un âge très précis. Nous savons maintenant que la carrière principale de Drimolen et tous les fossiles qu'elle contient sont datés de 2,04 à 1,95 millions d'années", a déclaré la co-auteure Stephanie Baker, de l'Université de Johannesburg.

Le complexe de Drimolen a produit de nombreux fossiles anciens au fil des ans, y compris ceux d'hominidés anciens.

Mais il y a quelques années, les chercheurs ont découvert deux nouvelles calottes. L'une d'entre elles appartenait à l'espèce relativement primitive Paranthropus robustus. L'autre était d'apparence plus moderne et a été identifiée comme Homo erectus. Ils ont nommé la calotte crânienne H. erectus DNH 134.

L'Homo erectus est l'un de nos ancêtres humains directs et a peut-être été la première espèce humaine à migrer d'Afrique vers le reste du monde. Non seulement c'est le plus ancien exemple de l'espèce dans le monde, mais c'est aussi le seul spécimen connu d'Afrique du Sud.

"Jusqu'à cette découverte, nous avons toujours supposé que l'Homo erectus était originaire d'Afrique de l'Est. Mais la DNH 134 montre que l'Homo erectus, un de nos ancêtres directs, vient peut-être plutôt d'Afrique australe", a déclaré Stephanie Baker.

"Cela voudrait dire qu'ils se sont ensuite déplacés vers le nord, en Afrique de l'Est. De là, ils sont passés par l'Afrique du Nord pour peupler le reste du monde".

Nous pensions autrefois à l'évolution humaine comme à une progression linéaire, l'homme moderne émergeant à la fin comme le sommet du développement évolutif. Mais partout où nous regardons, il est de plus en plus clair que le tableau réel était beaucoup plus désordonné.

À titre d'exemple, une autre étude publiée cette semaine dans la revue Nature a utilisé des techniques modernes pour dater un crâne bien préservé trouvé dans une carrière à Kabwe, en Zambie, en 1921. Le crâne, qui est plus primitif que ceux des humains modernes, mais plus avancé que l'Homo erectus, était considéré comme ayant environ 500 000 ans d'après son anatomie.

Le crâne archaïque de Kabwe, ou Broken Hill, en Zambie, est plus jeune que ce que les scientifiques soupçonnaient auparavant

Il est considéré par de nombreux chercheurs comme appartenant à une espèce appelée Homo heidelbergensis - un ancêtre commun des humains modernes et des Néandertaliens.

Mais les scientifiques qui ont daté de petits échantillons d'os et de dents du crâne, ainsi que d'autres matériaux associés au spécimen, ont montré qu'il est beaucoup plus jeune - entre 324 000 et 276 000 ans.

L'auteur principal, le professeur Chris Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, au Royaume-Uni, a déclaré "C'est étonnamment jeune, car un fossile d'environ 300 000 ans devrait présenter des caractéristiques intermédiaires entre H. heidelbergensis et H. sapiens. Mais Broken Hill ne montre aucune caractéristique significative de notre espèce".

Cette découverte implique qu'au moins trois espèces différentes d'Homo coexistaient à cette époque en Afrique.

Le professeur Stringer a ajouté : "Auparavant, le crâne de Broken Hill était considéré comme faisant partie d'une séquence évolutive progressive et étendue en Afrique, de l'homme archaïque à l'homme moderne. Mais maintenant, il semble que l'espèce primitive Homo naledi ait survécu en Afrique australe, que H. heidelbergensis se trouvait en Afrique centrale du sud, et que les premières formes de notre espèce aient existé dans des régions comme le Maroc et l'Ethiopie".

Dans le cadre d'une autre étude importante sur l'évolution humaine, les chercheurs ont analysé cette semaine d'anciennes protéines provenant de fossiles d'Homo erectus vieux de 1,9 million d'années trouvés à Dmanisi en Géorgie et d'une espèce connue sous le nom d'Homo antecessor, qui serait présente en Espagne depuis 1,2 million d'années jusqu'à il y a 800 000 ans.

L'analyse des protéines a permis d'établir des relations entre les deux espèces et d'autres hominines pour lesquels nous disposons de données ADN. L'utilisation des protéines contribue à étendre notre connaissance des relations évolutives au-delà des âges où il devient difficile d'obtenir des preuves d'ADN, en raison de la dégradation de la molécule au fil du temps.

L'étude a montré que H. antecessor, dont la validité en tant qu'espèce distincte a été remise en question dans le passé, est une proche lignée sœur de l'homme moderne et d'autres espèces récentes d'Homo, comme les Néandertaliens et les Denisoviens.

Source : BBC News du 03/04/2020

Il y a 2 millions d’années, en Afrique australe, Australopithecus, Paranthropus et… Homo erectus ?

Il y a près de 2 millions d'années, australopithèques, paranthropes et Homo erectus cohabitaient sur le site riche en fossiles de Drimolen, dans l’actuelle Afrique du Sud. C’est ce qui ressort de la nouvelle évaluation chronologique réalisée par une équipe internationale, qui a fait l’objet d’une publication hier dans la revue Science.

En soi, la cohabitation d’espèces différentes d’hominines ne constitue pas une nouveauté : elle est connue – et débattue – depuis plusieurs décennies. Ce qui est plus neuf, c’est l’important effort de datation déployé par l’équipe : les fossiles crâniaux d’Homo erectus et Paranthropus robustus dateraient de 2,04 à 1,95 millions d’années, un âge qui en fait les plus anciens spécimens de leurs espèces respectives. Et qui recule de 100 000 ans les premières apparitions dans le temps de ces deux espèces. Or si la présence d’erectus est admise en Afrique de l’Est à des dates aussi anciennes – mais sous l’appellation plus courante d’Homo ergaster – elle n’avait pas encore été documentée dans le sud du continent.

Une méthode de datation novatrice

C’est tout d’abord l’effort de datation que salue en premier lieu Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum National d’Histoire Naturelle. « Les sites karstiques [qui se développent dans les régions où prédominent les roches sédimentaires sensibles à la dissolution, comme les calcaires, ndlr]d’Afrique du Sud sont compliqués à dater : ce sont des cavités qui se remplissent de sédiments et d’ossements, lesquels peu à peu se dissolvent partiellement et disparaissent, avant d’être recouverts par de nouveaux sédiments, explique-t-il. On a donc des mélanges de plusieurs phases temporelles à l’intérieur d’une même couche géologique. Dans cette publication, pourtant, la provenance des restes fossiles est très bien documentée ».

Pour reconstituer une chronologie précise du site de Drimolen, l’équipe a combiné plusieurs méthodes de datation : résonance de spin électronique — qui mesure la dose de radiation reçue par un échantillon depuis sa formation ou son enfouissement —, paléomagnétisme et datation uranium-plomb — qui étudie les isotopes radioactifs enfermés dans l’échantillon étudié. Cette dernière méthode a permis de dater les « spéléothèmes » ou planchers stalagmitiques du site, c’est-à-dire les couches continues de calcite, et ainsi de distinguer des lignes successives de dates : un fossile donné peut ainsi être daté par les « tranches » supérieure et inférieure du « sandwich » dans lequel il se trouve inséré. « Cette méthode pourrait être appliquée dans d’autres sites d’Afrique australe », souligne Florent Détroit.

Quel Homo erectus ?

Ce qui semble plus sujet à discussion, c’est le rattachement d’un des deux crânes étudiés par l’équipe à Homo erectus, attribué à un enfant. « On connaît peu de caractères taxonomiques pertinents de crâne enfantin d’Homo ancien, puisqu’on ne dispose que d’un fossile de ce type, en Indonésie », signale le chercheur. Découvert sur l’île de Java, ce fossile, dit « de Mojokerto », est à ce jour le seul attribué à un erectus immature. La publication, de fait, justifie le rattachement du crâne à erectus plutôt par défaut. Dans un commentaire joint à l’étude, l’anthropologue Susan C. Antón, de l’université de New York, explique en effet que « la taille et la forme de la boîte crânienne excluent son affiliation aux deux espèces d’Homo vivant sur le continent à l’époque, rudolfensis et habilis ».

Cela justifie-t-il pour autant le classement de ce fossile parmi l’espèce erectus ? La difficulté d’une telle question n’est pas propre au site sud-africain de Drimolen, souligne Florent Détroit : « Nous disposons de peu de fossiles d’Homo anciens en Afrique australe et leur attribution est en général très discutée : erectus ? habilis ? ergaster ? rudolfensis ? naledi ? ou même une espèce encore inconnue ? »

Resterait donc à confirmer l’hypothèse de la présence, en Afrique australe, il y a deux millions d’années, d’Homo erectus. À cet égard, le titre de l’article sur le caractère « contemporain » des trois espèces pourrait donc être un peu trompeur. Il est d’ailleurs plus affirmatif que le contenu de la publication.

Sauf à donner d’erectus une définition très large. « Sur erectus, il y a deux écoles, explique Florent Détroit. Pour la première, erectus est l’ancêtre de l’Homme sur toute la planète et les variantes anciennes d’Homo — ergaster, georgicus, rudolfensis, antecessor — n’en sont que des variantes géographiques. L’auteur du commentaire, Susan C. Antón, s’y rattache clairement. La seconde école — à laquelle j’appartiens —, distingue plusieurs espèces selon leur provenance spatiale et privilégie une acception moins large d’Homo erectus ».

Une telle question, aujourd’hui ouverte, en évoque d’autres, du même ordre : également découvert en Afrique du Sud, sediba relève-t-il du genre Homo ou australopithecus ? Comment trancher ? Plus largement, comment définir le genre Homo, reconnaître ses premiers représentants et le distinguer des genres proches ? Cette nouvelle étude enrichit un débat passionné et loin d’être clos.

Source : Le Blob du 03/04/2020

mardi 10 mars 2020

Qui sont nos aïeux ?

Toumaï, Lucy, Florès... vous connaissez leur nom, mais savez-vous exactement qui est qui ?
Découvrez-le dans cette galerie de portraits.

Toumaï

7 millions d'années (Ma). Découvert au Tchad en 2001, Sahelanthropus tchadensis, alias Toumaï, est notre plus vieil ancêtre connu à ce jour. Sa capacité crânienne (350 cm3) est encore proche du chimpanzé, mais il était déjà probablement en partie bipède.

Lucy

3,2 Ma. Retrouvée en Ethiopie en 1974, Lucy (A. afarensis) est une australopithèque, bipède, mais n'ayant pas tous les caractères du genre Homo. Les médias ont fait d'elle la grand-mère de l'humanité, mais notre généalogie montre que ce n'est pas le cas.

Habilis

2,5 à 1,8 Ma. Avec sa boîte crânienne qui atteint les 600 cm3 (contre 450 pour Lucy), Homo habilis est traditionnellement considéré comme le premier hominidé du genre Homo et le premier à avoir fabriqué des outils.

Ergaster

2,2 à 1 Ma. Avec leur grande taille (1,85 m) et leurs arcades sourcilières peu proéminentes, les fossiles d'Homo ergaster retrouvés en Afrique ressemblent plus à des hommes modernes qu'aucun de leurs contemporains. Sont-ils des H. erectus africains, des ancêtres d'H. erectus ou bien des cousins ? Cela reste à ce jour un mystère.

Erectus

De 1,9 Ma à 120 000 ans. Homo erectus serait le premier Homo à sortir d'Afrique. Avec un cerveau de 1 000 cm3, il colonise l'Europe, le Proche-Orient et enfin l'Asie. Il utilise le feu, c'est certain, mais savait-il l'allumer ?

Flores

De 95 000 à 50 000 ans. Avec leur petit mètre de hauteur, un cerveau de 380 cm3 (un tiers du nôtre) et leurs grands pieds, les fossiles retrouvés sur l'île de Flores (Indonésie) sont des contemporains d'Homo sapiens. Comme lui, ils fabriquent des outils, chassent... Leur taille serait due à une adaptation à la vie insulaire.

Neandertal

De 300 000 à 28 000 ans. Avec son front fuyant, ses pommettes proéminentes et son corps trapu, le néandertalien paraît un peu fruste. Pourtant, il fabrique des outils, crée des bijoux, inhume ses morts... Sa branche aurait divergé de celle d'Homo sapiens il y a 500 000 à 700 000 ans, mais les analyses ADN montrent que les deux espèces ont eu des contacts plus que rapprochés...

Sapiens

Depuis plus de 200 000 ans. Les fossiles, vieux de 35 000 ans, retrouvés dans la grotte de Cro-Magnon, en Dordogne, constituent le plus célèbre représentant européen d'Homo sapiens, autrement dit l'homme moderne. Né il y a 200 000 ans en Afrique, Homo sapiens la quitte il y a 100 000 ans pour coloniser la planète entière. Il est le seul du genre Homo à avoir survécu.

samedi 15 février 2020

Homo erectus

Homo erectus est une espèce éteinte du genre Homo, qui aurait vécu en Asie entre environ 1 million d'années et 140 000 ans, et probablement 110 000 ans avant le présent. Avant les années 2000, le taxon incluait également des fossiles africains, aujourd’hui attribués par la majorité des chercheurs à Homo ergaster, bien que d'autres préfèrent rester fidèles à l'ancienne appellation.

Homo erectus signifie littéralement « homme dressé, droit » en latin : ce nom binominal d'espèce est un héritage historique lié à la description du fossile de Pithecanthropus erectus par Eugène Dubois en 1894. Il s'agissait alors de la plus ancienne forme bipède connue d'hominine, mais elle a été supplantée dès 1924 par la découverte du premier Australopithèque en Afrique du Sud.

Historique

Homo erectus est né du regroupement d'un certain nombre de variantes régionales qui avaient été considérées comme des espèces distinctes à l'origine, dont le Pithécanthrope (Java) et le Sinanthrope (Chine). Ces différentes formes ont été réattribuées au genre Homo et regroupées sous la dénomination d'Homo erectus dans les années 1960.

Principaux fossiles attribués à l'espèce

Depuis les années 2000, la majorité des paléoanthropologues considèrent qu'il faut limiter l'aire de répartition géographique de l'espèce Homo erectus à l'Asie, là où ont été mis au jour les spécimens-types. En effet, le tout premier fossile de cette espèce a été découvert sur le site de Trinil (ile de Java, Indonésie) en 1891 par Eugène Dubois.

À ce jour, seules l'Indonésie et la Chine ont livré des fossiles attribués consensuellement à Homo erectus.

Caractéristiques physiques

Homo erectus est une espèce plus robuste qu'Homo sapiens. Son squelette post-crânien est constitué d'os plus volumineux et les os de son crâne sont plus épais.

Les principales caractéristiques physiques d'Homo erectus sont une mâchoire puissante, un prognathisme marqué, un front assez bas, un menton absent, un chignon occipital, un bourrelet supra-orbitaire sous forme de torus continu, une constriction post-orbitaire fréquente en vue supérieure, une carène sagittale plus ou moins marquée et un crâne en forme de tente en vue postérieure (non-développement des bosses pariétales).

Il mesurait entre 1,50 et 1,65 m, pesait entre 45 et 55 kg et avait une capacité crânienne de 900 à 1 200 cm3.

Sa fiche sur Wikipedia

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Zone géographique : Afrique, puis Asie

Période : De 1,85 million d'années à 108.000 ans.

Caractéristiques : L'espèce, d'une longévité exceptionnelle, est la première qui connaît une expansion transcontinentale. Le plus vieux fossile d'Homo erectus est daté de 1,7 million d'années, et des traces de sa présence en Afrique sont vieilles de 1,85 million d'années. Depuis les années 2000, les fossiles africains sont regroupés sous l'appellation d'Homo ergaster. Le débat scientifique est d'ailleurs assez vif pour savoir comment lier ces deux groupes. Il était sans doute présent en Europe sous une forme légèrement différente, appelée Homo antecessor.

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Quand ?
C'est sous ce nom d'emprunt qu'Homo ergaster colonise le continent eurasiatique entre - 2 et - 0,14 million d'années.

Spécificité ?
Ce petit costaud aux os épais invente le biface (pierre subtilement taillée) et vit en campement.

Régime ?
Surtout végétarien, il se régale aussi de charognes et du produit de sa chasse.

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Age : de 1,9 à 0.1 millions d'années
Taille : 1,50 à 1,65 m
Poids : 45 à 55 kg
Localisation : Asie, Afrique, Europe
Habitat : Savanes, forêts
Feux : maîtrisés
Outils : fabriqués

Sa fiche sur Hominidés.com

vendredi 20 décembre 2019

C'est sur l'île de Java que les derniers Homo erectus ont vécu

Les restes fossiles d'Homo erectus retrouvés au centre de l'île de Java appartiennent aux derniers représentants de cette espèce, disparue il y a plus de 100.000 ans.

Les Homo erectus ont commencé à peupler la Terre il y a environ 1,9 million d'années. C'étaient des bipèdes qui pouvaient atteindre 1,80 mètre de haut et qui maîtrisaient le feu et construisaient des outils. Apparus en Afrique de l'Est, ils ont également beaucoup voyagé, pour certains jusqu'en Europe et en Indonésie où on a retrouvé leurs ossements. Ils ont occupé la planète pendant près d'1,8 million d'années avant d'être supplantés par les autres lignées comme Neandertal et Sapiens.
Datation incertaine

C'est justement un ensemble d'ossements découverts en Indonésie, dans les années 1930, qui fait l'objet d'une nouvelle étude publiée dans la revue Nature. Ces fossiles, constitués par une douzaine de calottes crâniennes et deux os des membres inférieurs ont été retrouvés au centre de l'île de Java, à Ngandong et à proximité de la rivière Solo. La stratigraphie du site étant complexe, leur datation a longtemps posé problème si bien que leur âge a été estimé sur un large intervalle compris entre il y a 550.000 ans et 27.000 ans.

Des chercheurs de l’Université de l’Iowa, aux États-Unis, ont entrepris une vaste analyse du site et de ses environs en effectuant des datations isotopiques sur 52 zones différentes. Il ressort un âge pour le lit osseux d’où ont été extraits les fossiles entre 117.000 et 108.000 ans.

Russell L. Ciochon de l'université de l'Iowa avec des répliques des calottes crâniennes d'Homo erectus. Crédit : Tim Schoon/University of Iowa
Les derniers Erectus

Cette datation indique donc que ces fossiles sont les derniers représentants connus des Homo erectus sur Terre. La majorité d’entre eux ayant disparu autour de 140.000 ans, notamment les résidents d’Afrique et d'Europe. C’est probablement un changement climatique, un réchauffement et une période aride, auquel ils n’ont pas pu s’adapter qui a eu raison de leur lignée.

D’ailleurs à Java, la datation des restes des Homo erectus correspond aussi à une période de transition climatique : avec l’installation d’une forêt tropicale dense en lieu et place d’une zone boisée ouverte. Les individus retrouvés sont probablement morts en amont de la rivière qui a charrié leurs corps jusqu’au site de Ngandong.

Source: Science et Avenir du 18/12/2019

jeudi 19 décembre 2019

On sait désormais quand les derniers Homo erectus ont disparu

Présentées jeudi dans «Nature», de nouvelles datations de restes de l’homme de Java, découverts sur l’île indonésienne dans les années 30, suggèrent que les derniers spécimens de ce vieil hominine n'ont pas survécu au-delà de 108 000 ans - même si c'est bien plus tard qu'on ne le pensait.

Qu’il est loin le temps du pithécanthrope ! Lorsque en 1891 furent découverts en Indonésie par l’anatomiste néerlandais Eugène Dubois les premiers restes de celui que l’on n’appelait pas encore Homo erectus, l’«homme-singe» de Java fut, en effet, envisagé comme le «chaînon manquant» entre le singe et nous. Et ce, jusqu’aux années 60, décennie à partir de laquelle les découvertes paléoanthropologiques ont vite balayé cette hypothèse. Désormais, on sait, entre autres, que ce petit chasseur-cueilleur d’1,60 m de haut à tout casser a peuplé l’Asie (la Chine et l’Indonésie notamment) pendant 1 voire 1,5 million d’années environ ; que cet hominine au prognathisme prononcé a aussi confectionné une panoplie d’outils en pierre – moins sophistiqués que ceux de Néandertal ou de Sapiens toutefois ; et surtout, qu’il a appris à maîtriser le feu il y a un peu plus de 400 000 ans.

En revanche, sa disparition au paléolithique moyen est, elle, loin d’avoir été élucidée par les scientifiques. Déjà parce qu’étude après étude, les datations des fossiles les plus récents – en particulier douze crânes et deux tibias exhumés dans les années 30 sur les bords du fleuve Solo, à Ngandong – fluctuent entre 500 000, 143 000 et 27 000 ans d’âge ; ensuite, parce que les causes de l’extinction d’Homo erectus restent à ce jour spéculatives. Mais c’était sans compter sur de nouvelles datations, publiées jeudi dans la dernière livraison de Nature, et qui donnent un âge définitif à ces restes indonésiens compris entre 117 000 et 108 000 ans. «Ngandong est le site d’occupation le plus récent connu concernant Homo erectus, explique à ce propos le grand paléoanthropologue américain Russell Ciochon, l’un des auteurs de l’article. Donc le dater, c’est obtenir des renseignements quant à l’extinction d’un de nos ancêtres directs.»

Redonner un contexte aux fossiles

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de scientifiques, emmenée par ce professeur de l’université de l’Iowa et la géochronologue australienne Kira Westaway, a dû longuement se creuser les méninges et combiner au moins cinq méthodes d’analyse (thermoluminescence, radiométrique, concentration en argon…) pour dater le dépôt d’ossements, ainsi que les sédiments antérieurs et postérieurs. «La clé de notre approche, c’était être capable de dater les sédiments dans lesquels se trouvaient les fossiles, complète la chercheuse à qui on doit aussi, avec d’autres, la découverte de l’homme de Florès en 2004 dans l’archipel. Pour cela, il fallait alors identifier leur place dans le paysage et déterminer l’âge des terrasses alluviales plus anciennes et plus récentes.» Sans oublier l’étude de nouveaux fossiles animaux (des dents de bovidés préhistoriques principalement) et autres indices exhumés lors de fouilles récentes.

Convainquant ? «C’est un travail de géochronologie très robuste qui redonne un contexte clair à des fossiles trouvés "hors contexte" et le plus souvent par hasard, juge la paléoanthropologue Amélie Vialet, rattachée du musée de l’Homme. Mais ce n’est pas très surprenant car certains travaux antérieurs s’approchaient déjà de cette date.» Un avis partagé par le géochronologue Christophe Falguères, directeur de recherches au CNRS et fin connaisseur du terrain javanais – et des fossiles de Ngandong qu’il a étudiés – depuis vingt-cinq ans. «C’est une analyse extrêmement complète et à la suite de fouilles, donc ça me plaît, estime le scientifique du musée de l’Homme. Et puis ce sont des chercheurs sérieux : ils ont appliqué toutes les méthodes possibles sur les différentes terrasses. C’est la bonne approche d’autant qu’en Indonésie, la datation est particulièrement difficile : les ossements s’altèrent plus facilement à cause de la température ou de l’humidité.»

Humanité buissonnante

Voilà pour la méthode. Mais les conclusions suggérées par cette nouvelle borne temporelle pour Homo erectus se révèlent tout aussi croustillantes. D’abord, parce que les nouvelles dates attribuées à ces fossiles récents chevauchent celles de l’avant-dernière période interglaciaire, il y a 130 000 à 115 000 ans, soit une période de bouleversements climatiques et environnementaux peut-être fatale à cette population d’«hommes dressés», selon Kira Westaway. Ensuite, parce qu’elles confirment une nouvelle fois l’incroyable diversité d’humanités au paléolithique moyen qui ont pu se côtoyer. «Cela rend possible l’idée qu’il y a eu des interactions et du métissage entre ces Homo erectus de Ngandong et d’autres hominines comme les Dénisoviens, du nom de la grotte russe où on les a découverts, souligne la géochronologue de l’université de Macquarie à Sydney. Car l’on suspecte que cette espèce humaine a erré jusqu’en Asie du Sud-Est, mais cela encore doit être prouvé et c’est excitant.»

«L’aspect buissonnant de la lignée humaine que je bassine à mes étudiants est confirmé, se réjouit pour sa part Dominique Grimaud-Hervé, autre paléoanthropologue spécialiste des peuplements en Asie du Sud-Est. On a désormais des Homo sapiens à 200 000 ans en Afrique, mais aussi des Néandertaliens et des Denisoviens ainsi que des Homo erectus jusqu’à 100 000 ans en Eurasie. Tous ces groupes ont donc vécu de façon contemporaine dans des aires géographiques différentes.» Des espèces auxquelles il faut rajouter Homo floresiensis, le tout petit homme de l’île de Florès, et Homo luzonensis, découverts il y a peu aux Philippines. Des descendants insulaires et tout aussi contemporains des derniers Homo erectus ?

Source : Libération du 18/12/2019

jeudi 11 avril 2019

Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre

La découverte aux Philippines d’une nouvelle espèce du genre « Homo » agrandit encore notre album de famille. Portraits de cousins parfois très proches, aujourd’hui disparus.

L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.

Homo erectus


Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?

Homo naledi


Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.

Homo floresiensis


Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…

Homo neanderthalensis


On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.

Denisova


C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.

Homo luzonensis


C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Homo sapiens


Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.


Source : Le Monde du 10/04/2019

jeudi 22 juin 2017

Meganthropus paleojavanicus

Le terme « méganthrope » était autrefois utilisé pour désigner un hominidé disparu découvert à Java.

L'espèce Meganthropus paleojavanicus a été créée par G.H.R. von Koenigswald à partir de fragments de mandibule de grande taille mis au jour à Sangiran. Certains auteurs les ont rapprochés des Australopithèques mais ils sont généralement considérés aujourd'hui comme une variété robuste d'Homo erectus.

Source : Wikipedia