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samedi 21 novembre 2020

Une étude inattendue suggère que Toumaï marchait à quatre pattes

La controverse sur le fémur de Toumaï rebondit : une analyse parue dans le Journal of Human Evolution suggère que l'espèce découverte en 2001 au Tchad était un quadrupède plus proche du chimpanzé. Le Sahelanthropus du Tchad, vieux de 7 ma, va t-il perdre son statut de plus vieil ancêtre des humains ? L'étude est déjà très critiquée...


 

Après plus d'une décennie dans l'ombre, un fossile crucial de Toumaï, réputé être le grand ancêtre de l'humanité, vient enfin d'être décrit scientifiquement et publié dans la revue Journal of Human Evolution (JHE). Cet os de la jambe suggèrerait que Sahelanthropus tchadensis, vieux de 7 millions d'années, ne marchait pas sur deux jambes et était plutôt apparenté à d'autres singes comme les chimpanzés, selon les auteurs ! Un choc qui vient nourrir la controverse autour de ce crâne superbe découvert par une mission franco-tchadienne dirigée par le paléoanthropologue Michel Brunet en 2002.

L'article scientifique publié par Journal of Human Evolution est signé par le paléoanthropologue Roberto Macchiarelli, de l'Université de Poitiers et du Département Homme & Environnement du CNRS et du Muséum National d'Histoire Naturelle, ainsi que par son ancienne étudiante Aude Bergeret : ils étaient les premiers, en 2004, à avoir repéré l'os de la jambe parmi les restes rapportés du Tchad avec le crâne et s'étonnaient qu'une pièce aussi importante pour déterminer la bipédie, -même si elle est déformée et cassée par endroits-  ne soit pas étudiée ou publiée.

L'article de Roberto Macchiarelli et Aude Bergeret prend de vitesse celui d'une équipe de Poitiers

Las d'attendre, ils ont décidé de publier leur propre analyse qui vient d'être acceptée par une revue de bonne tenue. En s'appuyant sur des photos et une pré-analyse conduite à l'époque... Roberto Macchiarelli admet d'ailleurs n'avoir tenu l'os en main que 3 mn au cours de sa vie avant de ne plus jamais y avoir accès.  Quoiqu'il en soit, l' article du JHE prend de vitesse celui de Frank Guy (CNRS/Université de Poitiers) et ses collègues tchadiens, qui entendent démontrer à l'inverse que le fémur atteste la bipédie de Toumaï, mais est toujours en cours de relecture et de validation par des pairs scientifiques.

Aude Bergeret-Medina et Roberto Macchiarelli  se sont associés au biomécanicien  italien Damiano Marchi , de l'Université de Pise et au célèbre paléontologue britannique Bernard Wood, de l'université Georges Washington (Etats-Unis), pour étudier la morphologie externe de l’os (sa morphologie interne est l’objet d’un article en cours de publication par une équipe de Poitiers).

Une courbure simiesque

Ils soutiennent au final que le fémur n'est pas celui d'un animal bipède. "Le degré de courbure de l’os, très arqué vers l'avant, est plutôt typique des chimpanzés", explique Roberto Macchiarelli. La tête du fémur (qui articule l’os avec la hanche) est liée au corps du fémur par un pont d’os, appelé le col, explique le paléoanthropologue. Le degré de cet "emmanchement" tête-corps du fémur n'est pas le fruit du hasard mais il est corrélé au comportement locomoteur. Pour assurer la transmission verticale des charges mécaniques en garantissant l'équilibre du corps, chez les bipèdes comme les humains actuels, ou encore les australopithèques fossiles, cet "emmanchement" tête-corps du fémur est en moyenne inférieure à 130°" .Une condition retrouvée aussi, selon lui chez Orrorin tugenensis,  très probablement un membre de la lignée humaine âgé de 6 millions d'années découvert au Kenya. Or, chez Sahelanthropus tchadensis, l’angle entre le col et le corps du fémur est très ouvert, approchant, voire dépassant même, les 140°, une condition retrouvée uniquement chez l'orang-outang, un grand singe arboricole.

Le statut d'ancêtre de Toumaï doit-il être révisé ?


Dès lors, c'est le statut d'ancêtre de l'humanité de Toumaï qui doit être révisé estiment les auteurs.

"La forme du fémur, sa morphologie générale ne ressemblent pas à celle d’un bipède", estime également Brigitte Senut au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, France, co-découvreuse d’Orrorin, qui avait écrit dès 2002, à partir de l'analyse du crâne de Toumaï que ce dernier était plutôt à ranger du côté des ancêtres des grands singes.


Des critiques sur la méthode

D'autres scientifiques sont plus circonspects. "Il est difficile de donner un avis sur les aspects scientifiques liés à ce fossile, explique Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme. L'article publié se limite à quelques mesures de zones fragmentées et déformées, comparées avec des échantillons qui ne sont pas équivalents. Le type d'analyse effectuée (des between-groups, méthode décriée) a pour objectif de maximiser les différences entre les groupes. Pourtant, ils restent très proches les uns des autres, le fémur tchadien tombant à chaque fois dans la variabilité des chimpanzés et des humains actuels. Il est impossible d'en conclure quelque chose. D'autant qu'un article bien plus complet, visible en préprint, est en cours d'expertise et qu'il apportera des éléments solides à discuter ". Trancher en l'état parait donc précipité.

Il subsiste également un doute concernant le fémur. "Appartient-il au même individu et à la même espèce que S. tchadensis? " s’interroge Martin Pickford, paléontologue au MNHN. Trouver en surface les restes de deux espèces de grands singes coté à cote, et de même taille me semble improbable. De surcroît, les fossiles ayant été ramassés à la surface (voir photo ci dessus) , il y un doute sur leur âge. Les proboscidiens (proches des éléphants) et suidés (cochons) trouvés dans le même secteur ont en effet entre 10 millions d’années et 4 millions d’années.

Une communauté sous le choc

Concentrée sur son article à paraitre et à peaufiner, l'équipe de Franck Guy  et Guillaume Daver à Poitiers décline tout commentaire pour le moment. Selon plusieurs sources, une partie de la communauté paléoanthropologique est sous le choc et s'interroge sur les conditions dans lesquelles Roberto Macchiarelli et son équipe ont eu accès au précieux fossile ainsi que sur les autorisations qu'ils auraient requises. L'équipe de Poitiers "est d'ailleurs en discussion avec ses tutelles CNRS/Université de Poitiers quand à la conduite à tenir."

"La question de l'accessibilité aux fossiles est d'importance, estime Antoine Balzeau. Ils font partie du patrimoine de l'humanité et résultent du travail minutieux de chercheurs de terrain. Mais cette thématique n'est nullement abordée dans cet article et ne justifie donc aucunement sa publication". 


Source : Science et Avenir du 20/11/2020

vendredi 23 janvier 2015

Aux origines de l'homme, du nouveau

De nos lointains ancêtres à Sapiens, fouilles, découvertes et techniques récentes ont conduit les paléontologues à revisiter la grande galerie de notre évolution. Elle se révèle beaucoup plus foisonnante qu'ils ne l'imaginaient. En commençant par ces hominidés qui ont donné naissance au genre Homoet dont les derniers fossiles exhumés viennent enrichir notre arbre généalogique.

Durant les vacances scolaires, les parents ont toutes les peines du monde à faire garder leur progéniture. Certains, comme Lee Berger, les emmènent alors sur leur lieu de travail. Le bureau du paléoanthropologue américain se trouve dans une grotte à ciel ouvert située non loin de Johannesburg (Afrique du Sud). Ce matin-là, son fils Matthew, 9 ans, gambade avec son chien, Tau, lorsqu'il trébuche sur un rondin. "Mon enfant a crié : "Papa, j'ai trouvé un fossile !"" se souvient le chercheur.


Après une étude minutieuse, le petit bout d'os se révèle être l'élément d'une clavicule d'hominidé vieux de 1,977 million d'années ! Cinq ans après cette découverte, l'équipe de fouilleurs de l'Institut de l'évolution humaine de l'université du Witwatersand a exhumé 219 autres ossements -dans un excellent état de conservation- appartenant à deux individus : une femelle et son petit. Problème : alors qu'il a fait l'objet de 35 publications scientifiques et a été examiné par 125 des plus éminents spécialistes internationaux, cet ensemble, baptisé Sediba, ne ressemble à rien de connu.

L'ancêtre du genre Homo ?

"Il possède des caractères primitifs et d'autres plus évolués, explique Lee Berger. Je ne dis pas qu'il s'agit de l'ancêtre du genre Homo, mais il reste un bon candidat." L'ancêtre du genre Homo? L'expression est lâchée. Depuis que l'homme est homme, il n'a cessé de partir à la recherche de ses origines. Une quête sans fin qui a toujours tourné à l'obsession.

Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné invente la systématique, qui range les êtres vivants en classes, ordres, genres et espèces. Sur cette jolie étagère, l'homme -baptisé Homo sapiens- se situe dans l'ordre des primates, "à côté" des grands singes. Un peu plus tard, en 1859, Charles Darwin ne se contente plus de poser les deux espèces "à côté", mais évoque leur lien de parenté. Scandale ! Et pourtant, aujourd'hui, sa théorie fait l'unanimité dans la communauté scientifique. "L'évolution n'est plus à débattre, c'est un fait, tranche Yves Coppens. Ce qui se discute, ce sont ses modalités."

Le professeur au Collège de France n'en oublie pas pour autant de pointer la principale erreur de Darwin : nous ne descendons pas du singe, mais sommes ses cousins. En effet, durant une bonne partie du miocène (entre 23 et 5 millions d'années), les grands singes et nos ancêtres cheminèrent au sein de la même famille, celle des hominidés. Les scientifiques estiment que nos lignées se sont séparées voici 8 à 10 millions d'années. La première a évolué vers les chimpanzés, les gorilles et les bonobos, lorsque la seconde, elle, a fini par déboucher sur le genre Homo. A cette époque, nous partagions donc, juste avant que les deux branches divergent, un "dernier ancêtre commun" (DAC), qui demeure le Graal de la paléoanthropologie.

Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers, a longtemps cru qu'il avait mis la main dessus en 2001. Au coeur du désert tchadien, balayé par d'incroyables tempêtes de sable et soumis à de fortes amplitudes thermiques quotidiennes, il a exhumé le crâne (et le fémur) de Toumaï, toujours considéré comme le préhumain le plus ancien. Son âge, estimé entre 6,9 et 7,2 millions d'années, a repoussé la fameuse dichotomie entre les lignées, puisqu'il est né après la divergence d'avec les chimpanzés.

La petite bête mesurait près de 1 mètre de hauteur et pesait autour de 30 kilos. Un avorton, en somme, mais il possédait une bipédie partielle qui le rendait un peu humain. "Toumaï appartient à notre famille, mais il ne représente qu'une branche parmi d'autres, ce qui n'en fait pas l'ancêtre de l'humanité, explique Michel Brunet. Aujourd'hui, nous manquons cruellement de fossiles pour tirer des conclusions définitives."

Dans le monde entier, une incroyable course à l'os

Sur l'échelle de l'évolution, une autre branche, remontant à 6 millions d'années, a été décrite par Brigitte Senut (avec le Britannique Martin Pickford), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris, en la personne -si l'on peut dire, lorsqu'il s'agit des dents, des phalanges et d'un fémur- du Kényan Orrorin. Un peu plus imposant que Toumaï (140 centimètres pour une cinquantaine de kilos), lui aussi possède les caractéristiques d'une bipédie partielle, comme l'a corroboré ultérieurement un article publié dans la revue Science par l'anthropologue américain Richard Richmond. Pour autant, précise l'étude, Orrorin ne possède pas de liens directs avec le genre Homo. "Ces découvertes montrent que notre vision linéaire de l'arbre de l'évolution est définitivement caduque.

Avant l'apparition du genre Homo, on doit déjà parler d'un buissonnement d'espèces", précise Brigitte Senut. Un raisonnement étayé par la mise au jour, en Ethiopie, à 230 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, d'une femelle âgée de 4,4 millions d'années. Là encore, cette découverte vient bouleverser les connaissances et montre que plus la science avance, plus l'arbre généalogique se complexifie.

Elle témoigne, par ailleurs, de l'incroyable "course à l'os" que se livrent les paléontologues du monde entier. Cette région du Middle Awash, dans la vallée du Rift, dans l'est de l'Afrique, est l'un de leurs terrains de jeux privilégiés depuis le milieu des années 1980. Une terre aride arpentée notamment par l'Américain Tim White, de l'université de Californie, considéré à juste titre comme l'un des papes de la discipline. En trente ans de fouilles, il a notamment trouvé le squelette relativement complet d'un individu. "Il était dans un très mauvais état, mais nous avons vite compris que nous avions affaire à une nouvelle espèce", raconte l'intéressé.

Baptisé Ardipithecus ramidus, ou Ardi ("sur le sol" en afar) pour les intimes, le petit bonhomme mesurait 1,20 mètre pour 45 à 50 kilos. Il intrigue, avec sa boîte crânienne minuscule (300 centimètres cubes) inférieure à la taille de celle d'un chimpanzé, mais se différencie de ce dernier à tous points de vue. A la fois par la forme de son crâne, par ses petites canines révélant un régime alimentaire différent, par sa face prognathe mais non projetée vers l'avant (comme celle des grands singes), par son bassin allongé sous-entendant de puissantes cuisses pour grimper aux arbres et par ses hanches larges, annonciatrices d'un début de bipédie. A la fois arboricole et coureur, en somme. "Ardi est emblématique de cette période où grands singes et hominidés ont divergé", conclut Tim White.

"Nous sommes nés en Afrique, sous des cieux tropicaux"

Le Middle Awash renferme mille autres trésors. Certains passés à la postérité, à l'instar de la célèbre Lucy, exhumée en 1974 par Yves Coppens. Au total, 25300 ossements y ont été récoltés (dont 370 d'hominidés) en un demi-siècle ! Nulle part ailleurs on a trouvé autant de restes d'australopithèques. Australopithecus afarensis -comme Lucy et son "fils" Selam (2000)-, Australopithecus anamensis (2006), ou encore Australopithecus garhi (1997)... tous vivaient là, grosso modo entre 4 et 3 millions d'années.

Tous partagent aussi des caractéristiques semblables : petit cerveau, bipédie, larges molaires, petite taille, bras longs et doigts courbés. Tous sont également considérés aujourd'hui comme les premiers représentants directs de la lignée humaine. Voilà qui explique, rétrospectivement, le succès planétaire de Lucy, même si cette dernière a longtemps véhiculé la théorie d'Yves Coppens selon laquelle l'est de l'Afrique aurait été le berceau de l'humanité ; les préhumains bipèdes seraient donc nés là, dans un paysage de savane, tandis qu'à l'ouest se seraient ébroués les grands singes dans des forêts plus denses.

A un détail près : depuis, d'autres australopithèques ont été trouvés ailleurs, au Kenya, en Tanzanie, au Tchad, mais aussi en Afrique du Sud, où le squelette de Little Foot, le plus complet et le mieux conservé, pourrait atteindre l'âge canonique de 3,4 millions d'années. "L'East Side Story aura tenu vingt ans, c'est pas mal, philosophe le professeur Coppens. Aujourd'hui, on peut juste affirmer que nous sommes nés en Afrique et sous des cieux tropicaux."

Résumons les principales informations de notre passeport, délivré par les manuels scolaires. Age : 6 millions d'années. Nationalité : éthiopienne. Parents : australopithèques. Des informations qu'il convient d'actualiser, à la lumière des découvertes récentes. Toumaï, par exemple, nous donne un sacré coup de vieux, puisqu'il a plus de 7 millions d'années. En ce qui concerne la "nationalité", nous sommes bien africains, mais peut-être issus du sol de la patrie de Nelson Mandela ou d'Idriss Déby (Tchad).

Enfin, à propos de notre filiation directe, les découvertes de Sediba et d'autres montrent que notre parenté avec les australopithèques n'est pas si simple. Entre 2 et 3 millions d'an nées, Lucy et ses petits frères ont eu comme descendance les premiers représentants du genre Homo. Mais là encore, les scientifiques ne sont pas d'accord. S'agit-il d'Habilis ou d'Ergaster ? Le premier tient la corde parce qu'il fabrique des outils, dispose d'une boîte crânienne relativement grosse laissant supposer les prémices d'un langage articulé, mais aussi parce qu'il possède des jambes puissantes le rendant plus mobile.

Son concurrent Ergaster, arrivé un peu plus tard (vers 2 millions d'années contre 2,4 pour Habilis), ne manque pas non plus d'atouts. Avec une taille proche de la nôtre (1,70 mètre), un cerveau de 850 centimètres cubes, un régime alimentaire très énergique (il mange de la viande) et une cage thoracique qui se développe, il peut courir plus longtemps, donc échapper à ses poursuivants, et s'affranchit ainsi définitivement du monde des arbres.

Seul l'aventurier Homo sapiens aurait quitté l'Afrique ?

Une chose est sûre, en revanche -et là tout le monde est d'accord-, Ergaster donne ensuite naissance à Erectus, le premier à posséder sous le "capot" 1000 centimètres cubes. De quoi le rendre toujours plus humain. D'ailleurs, il maîtrise le feu et s'impose déjà comme un excellent chef cuisinier, car il cuit ses aliments. Le stade ultime de l'évolution ? Pas vraiment puisque, ensuite, autour de 200 000 ans, arrive Homo sapiens, dont le premier squelette a été déterré en Ethiopie (Omo 1). Plus intelligent que tous les autres réunis, lui seul aurait eu l'esprit suffisamment aventurier pour quitter l'Afrique.

"A trop inventer de lignées peut-être nous compliquons-nous la tâche", suggère David Lordkipanidze, directeur du Musée national géorgien. Voilà quelques mois, cet anthropologue a publié dans la revue Science un article qui a fait l'effet d'une bombe au sein de la communauté scientifique. Il concerne une série de crânes (cinq au total) découverts dans le petit village médiéval de Dmanisi, situé à 80 kilomètres de Tbilissi (Géorgie). "Ces ossements sont vieux de 1,8 million d'années et peuvent être considérés comme appartenant aux premiers représentants du genre Homo en Europe", explique le spécialiste. Avant d'inviter ses pairs à revisiter et à simplifier l'arbre de l'évolution : "Qu'ils se nomment Ergaster, Habilis, Rudolfensis ou Gerogicus, tous devraient être aujourd'hui classés sous l'appellation Homo erectus."

Une théorie iconoclaste qui revient à suggérer qu'une seule et même espèce a évolué du pléistocène à l'homme moderne. D'autre part, elle postule que le genre Homo apparaît en Europe, et ailleurs dans le monde, dès 2 millions d'années, donc bien avant la migration de Sapiens, voilà 200 000 ans ! Une hypothèse confortée par des recherches récentes, puisque, au-delà de la Géorgie, des ancêtres de l'homme ont été trouvés en Chine (-1,8 million d'années), en Turquie (-1,2 million d'années) et, plus près de nous, en Espagne (-1,2 million d'années), à Atapuerca, non loin de Burgos.

Si Homo sapiens est bien sorti d'Afrique, donc, d'autres ont, avant lui, tenté de partir à la conquête du monde. Décidément, de nombreux chapitres du livre de nos origines restent à écrire. Ce que résume Yves Coppens, vieux sage du Collège de France : "Plus les paléontologues fouillent, plus ils font des découvertes, plus ils accumulent de connaissances et plus ils doivent faire preuve de prudence."

Source : L'Express du 17/01/2015

lundi 3 octobre 2011

Brigitte Senut : "je compte bien découvrir les restes de notre Ugandapithecus major !"

Brigitte Senut, Professeur au Museum national d'Histoire naturelle (MNHN) et Martin Pickford, paléontologue au Collège de France, ont présenté le 19 septembre au MNHN, en présence du professeur Yves Coppens, le crâne d'un grand singe, vieux de 20 millions d'années qu'ils ont découvert le 18 juillet dernier sur les flancs du volcan Napak en Ouganda.

jeuneafrique.com : c’est votre professeur, Yves Coppens, à son retour d’Ethiopie qui vous a transmis la passion de la recherche sur le terrain ?

Brigitte Senut : Oui sûrement mais j’avais déjà le virus depuis toute petite. Quand on partait en vacances quelque part, déjà je fouillais les sols… Et mes parents ont eu l’intelligence de m’encourager dans cette voie

Pouvez-vous nous raconter comment s’est passé l’accès au site de Napak XV ?

Le site de Napak XV se situe dans une région reculée, dans le Karamoja, au Nord-Est de l’Ouganda. En juillet, qui est censé être la période la plus sèche de l’année, il a beaucoup plu, ce qui ne nous a pas facilité les choses. Pour accéder au site sur les flancs du volcan Napak, nous devons monter une piste abrupte et marcher 45 minutes. C’est un véritable don de soi. De plus, les pluies diluviennes ont rendu la piste toute boueuse et nous n’avions aucune visibilité car elle est parsemée de hautes herbes. Nous étions accompagnés d’une vingtaine d’ouvriers pour dégager le site.

Nous y sommes retournés avec un pincement au cœur car en 1985, nous étions tombés dans une embuscade. On nous avait tiré dessus et nous nous étions cachés sous notre véhicule. Heureusement, maintenant c’est beaucoup plus  sécurisé, nous n'avons plus besoin d'escorte militaire.

Qui a découvert en premier les ossements du grand singe fossile ?

Ah, ce n’est pas moi, c’est Martin ! J’étais en bas du site et lui en haut. Je préfère toujours commencer par le bas. Et j’ai trouvé deux dents de ruminant. Je suis alors montée pour lui montrer et là il me dit qu’il vient de découvrir deux molaires de primates. J’étais folle, je l’aurais bouffé !

Comment s’est déroulée l’extraction et quelle a été votre réaction en découvrant qu’il s’agissait d’un crâne quasi complet ?

Un paléontologue qui découvre une dent de primate est déjà très heureux, alors vous imaginez notre satisfaction en découvrant un palais puis un crâne ! L’extraction a été longue et minutieuse. Dent par dent, morceau par morceau, à l’aide d’une aiguille. Puis on a tamisé à sec et pour le nettoyage on a utilisé du vinaigre d'alcool. Enfin nous avons tout reconstitué avant de le présenter aux instances ougandaises. Cette découverte n’a été possible que grâce à l’aide financière du gouvernement français, et à la collaboration étroite avec l’équipe du Museum de Kampala. C’est le fruit de longs efforts qui ont payé au bout de 25 ans !

Que va vous apporter le nouvel outil d'imagerie ultra-performant du MNHN, le scanner CT Scan ?

Le CT SCAN va permettre de reconstituer le volume du cerveau sur la face-arrière du crâne. Cela facilitera l’étude du rapport cerveau-corps.

Il doit rester beaucoup de travail sur le site. Quand reprenez-vous les fouilles ?

Oui, sur le site, Il y a du travail encore pour cinquante ans, voire plus ! On repart en janvier-février 2012 et là, je compte bien découvrir les restes de notre Ugandapithecus major !

Source : Jeune Afrique du 28/09/2011

mercredi 28 septembre 2011

Ugandapithecus major, un cousin de 20 millions d’années, se découvre

Un crâne remarquablement bien conservé vient d’être présenté au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris : c’est celui d’un primate vieux de 20 millions d’années découvert en Ouganda dans les cendres d’un volcan, parmi d’autres restes de la même espèce.

La découverte ne doit rien au hasard : voilà vingt-cinq ans que l’équipe creuse la lave du volcan Napak, au nord-est de l’Ouganda. Déposées il y a 19 à 20 millions d’années, ces cendres ont conservé les fossiles qui s’y trouvaient, ensevelis au Miocène. L’équipe, c’est celle de Brigitte Senut, du Muséum d’histoire naturelle, et son collègue Martin Pickford, du Collège de France, découvreurs en 2000 des premiers restes d’Orrorin, un hominidé de 6 millions d’années.

Dans cette région, celle de la vallée du grand rift, qui joue un rôle de premier plan dans la théorie dite de l’East Side Story (remise en cause depuis), de nombreux restes d’hominidés ont été découverts, datant du Miocène notamment, c’est-à-dire avant la séparation, il y a 6 millions d'années, entre la lignée conduisant aux humains et celle conduisant aux grands singes actuels (chimpanzés, gorilles, orang-outans). Durant cette Uganda Palaeontology Expedition, menée depuis 1985 avec l’Uganda Museum, les paléontologues ont exhumé de nombreux ossements de grands singes. En 2000, Brigitte Senut a ainsi décrit une nouvelle espèce, baptisée Ugandopithecus major. Ce grand singe, de la taille d’un gibbon et d’abord identifié par des morceaux de fémurs, devait être arboricole et de forme humanoïde.

Histoire de famille

Le 18 juillet dernier, l’équipe a mis au jour des dents puis un crâne très bien conservé, de la taille de celle d’un chimpanzé : U. major commençait à se montrer bien plus généreusement. Ses canines puissantes, qui évoquent plutôt celles du gorille, sont interprétées par l’équipe comme la preuve qu’il s’agissait d’un mâle. Ses molaires sont celles d’un herbivore et leur faible usure montre que l’individu était plutôt jeune.

Les autres fossiles mis au jour sur les différents sites de fouilles des environs montrent que le milieu était alors une forêt tropicale. C’est là qu’évoluait ce singe grimpeur, cousin des hominidés tout autant que des grands singes actuels. L’étude de son squelette se poursuit. Taille et forme du cerveau, alimentation, modes de vie… : voilà des caractéristiques dont on sait mal comment elles se sont transmises dans les différentes lignées. Les paléontologues espèrent ainsi écrire quelques paragraphes supplémentaires de l’histoire complexe des grands primates du Miocène, parmi lesquels figurent les ancêtres des humains.

Source : Futura Sciences du 20/09/2011

mardi 27 septembre 2011

Un très vieux singe découvert en Ouganda

Un crâne fossile vieux de 20 millions d'années a été découvert en Ouganda : il appartenait à un grand singe, lointain cousin des grands singes actuels et des hominidés.

Des fragments de crâne et de mâchoire d’un grand singe vieux de 19 à 20 millions d’années ont été découverts en Ouganda par une équipe franco-ougandaise. C’est Brigitte Senut, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et Martin Pickford, du Collège de France, qui ont présenté le fossile ce lundi au Muséum, en présence de leurs collègues ougandais.

Ce crâne d’Ugandapithecus major a été mis a jour le 18 juillet dernier sur les flancs du volcan Napak, dont les cendres ont permis la conservation de nombreux fossiles. Des fragments de mâchoire inférieure avaient déjà été trouvés sur le site et ils appartiennent sans doute au même individu, précisent les paléontologues. Il s’agit d’un mâle, d’après la taille des canines, adulte mais jeune car la dentition est complète mais peu usée.

Ce très ancien grand singe avait un crâne d’une taille comparable à celle d’un chimpanzé, selon les chercheurs, mais ses dents sont de la taille de celles des gorilles. Et il était probablement plus petit qu’un chimpanzé, plus proche du gibbon en gabarit.

Ugandapithecus major vivait au Miocène, bien avant la séparation entre la lignée des grands singes et celle des hominidés (les pré-humains). Sa découverte va permettre d’en savoir plus sur l’origine des primates anthropoïdes, ancêtres des deux lignées, dont les racines plongent en Afrique mais aussi en Asie, où des fossiles de primates vieux de 30 millions d’années ont été découverts.

Source : Sciences et Avenir du 19/09/2011

lundi 26 septembre 2011

Le crâne d’un lointain cousin des hominidés mis au jour

Le crâne presque complet d’un grand singe vivant il y a vingt millions d’années a été trouvé dans le nord-est de l’Ouganda par une équipe franco-ougandaise.

En paléontologie, la persévérance peut être payante. La preuve : chaque année depuis 2007, Brigitte Senut, professeur de paléontologie, et Martin Pickford, maître de conférences (Muséum, Collège de France, CNRS, UPMC), fouillent, en étroite collaboration avec l’Uganda National Council for Science and Technology, un gisement particulièrement fécond.

Situé dans le Karamoja (nord-est de l’Ouganda), il se situe sur les flancs du volcan Napak, actif il y a dix-neuf à vingt millions d’années, dont il reste un piton rocheux et dont les pentes sont recouvertes d’une végétation herbacée. Un élément important, car la nature chimique des cendres volcaniques, ni trop acide ni trop basique, est un excellent conservateur pour les os.

C’est ainsi qu’ils ont mis la main sur le crâne presque complet d’un grand singe. « Au vu de ses imposantes canines peu usées, il s’agit d’un jeune mâle, explique Martin Pickford. Comme nous étions sur la même pente, un peu au-dessus de l’endroit où, l’année dernière, nous avions découvert des fragments de mâchoire inférieure, nous pensons qu’il s’agit du même individu », poursuit-il.

Un Ugandapithecus major

Le crâne étant d’une taille similaire à celle d’un crâne de grand chimpanzé mâle, mais ses dents ayant la taille de celles d’un gorille, il s’agit d’un grand singe intermédiaire, un Ugandapithecus major, lointain cousin des hominidés, dont le premier spécimen a été trouvé par les mêmes auteurs en 2000.

C’est la première fois qu’un crâne complet de ce genre est retrouvé et son étude fournira une mine d’informations sur les caractéristiques de cette espèce : taille de son cerveau, forme de ses orbites et de sa cavité nasale ou encore spécificités de son alimentation.

« L’étude de la boîte crânienne et donc de la taille du cerveau devrait nous indiquer le degré d’encéphalisation de l’animal qui, même s’il a vécu il y a vingt millions d’années, soit bien avant la séparation entre la branche des hommes et celle des grands singes (1), nous renseignera sur l’évolution du cerveau des primates », indique Martin Pickford.

(1) Estimée à quatre millions d’années pour les uns, douze millions pour les autres.

Source : La Croix du 19/09/2011 

vendredi 5 août 2011

Un crâne de singe de 20 millions d'années découvert en Ouganda

Résumé : Des scientifiques ougandais et français ont découvert un crâne fossilisé d'un grand singe vieux de 20 millions d'années. Le fossile sera examiné et radiographié en France avant d'être ramené dans son pays d'origine.

Des scientifiques ougandais et français ont découvert le crâne fossilisé d'un grand singe vieux de vingt millions d'années dans la région de Karamoja, en Ouganda, a annoncé l'équipe mardi. Les paléontologues ont découvert les restes le 18 juillet alors qu'ils cherchaient des fossiles dans un volcan éteint de cette une région du nord-est de l'Ouganda.

Cette découverte pourrait apporter un éclairage sur l'histoire de l'évolution dans cette région du monde. "C'est la première fois que l'on découvre le crâne complet d'un grand singe de cette époque (...) c'est un fossile très important et il va certainement inscrire l'Ouganda sur la carte du monde scientifique", a déclaré à des journalistes Martin Pickford, paléontologue au Collège de France.

L'examen préliminaire du fossile a montré que l'herbivore grimpeur, mort à peu près à l'âge de dix ans, avait une tête de la taille de celle d'un chimpanzé mais un cerveau de la taille de celui d'un babouin, un plus gros singe. Bridgette Senut, professeur au Museum d'Histoire naturelle de Paris, a annoncé que le crâne serait transféré à Paris pour être radiographié et examiné, avant de revenir en Ouganda.

Source : TF1 du 03/08/2011

jeudi 4 août 2011

Un crâne de grand singe vieux de 20 millions d'années découvert en Ouganda

Une équipe de paléontologues ougandais et français a annoncé mardi avoir découvert dans le nord de l'Ouganda le crâne d'un grand singe vieux de 20 millions d'années qui pourrait apporter un éclairage sur l'histoire de l'évolution dans cette région du monde.

"C'est la première fois que l'on découvre le crâne complet d'un grand singe de cette époque (...) c'est un fossile très important et il va certainement inscrire l'Ouganda sur la carte du monde scientifique", a déclaré à des journalistes Martin Pickford, paléontologue au Collège de France à Paris.

Le crâne fossilisé provient d'un singe mâle Ugandapithecus Major, lointain cousin des grands singes d'aujourd'hui qui peuplaient cette région il y a environ 20 millions d'années.

L'équipe a fait sa découverte le 18 juillet en cherchant des fossiles aux abords d'un volcan éteint dans la région reculée de Karamoja, dans le nord-est de l'Ouganda.

Un premier examen du fossile a établi que le singe, un herbivore grimpant aux arbres, était âgé d'environ 10 ans à sa mort et avait la taille d'un chimpanzé mais le cerveau de la taille (plus petite) de celui du babouin, a indiqué Martin Pickford.

Sa collègue Brigitte Senut, professeur au Museum national d’histoire naturelle, a annoncé que le fossile sera transporté à Paris pour l'étudier et y subir un examen aux rayons x avant de retourner en Ouganda.

"Il sera nettoyé en France, préparé en France (...) et puis, dans à peu près un an, il retournera dans le pays" où il a été découvert, a-t-elle dit.

Le paléontologues français s'intéressent depuis 25 ans à l'Ouganda où ils viennent faire des recherches de terrain grâce à des fonds du gouvernement français, a précisé la scientifique.

La plaine aride de Karamoja, la région la moins développée d'Ouganda, a été récemment largement pacifiée après des décennies d'insécurité liée à des conflits armés entre communautés nomades d'éleveurs.

Source : 20 mn du 02/08/2011

mercredi 3 mars 2010

Brigitte Senut


Brigitte Senut est une paléontologue française, née le 27 janvier 1954, à Paris.

Avec Martin Pickford elle a identifié les restes d'Orrorin tugenensis.

Elle a reçu le Prix Irène Joliot-Curie de la femme scientifique de l'année, pour 2008 (prix décerné le 16 Octobre 2008).

Source : Wikipedia

jeudi 9 juillet 2009

Origines de l'homme : un nouveau scénario avec Lluc

L'annonce récente en Espagne de la découverte d'un primate fossile de 11,9 millions d'années, aux caractéristiques anatomiques très modernes, relance la question d'une origine uniquement africaine de la lignée des hominidés.

À l'origine était l'Afrique

C'est Charles Darwin lui-même qui l'affirmait, dès 1871, dans son ouvrage consacré aux origines de l'homme, The Descent of Man : notre lignée est très vraisemblablement apparue en Afrique. Pour parvenir à cette conclusion hardie à une époque où les fossiles sont rarissimes et où l'on ne conçoit pas d'ancêtre possible ailleurs qu'en Europe, le naturaliste anglais se basait sur les ressemblances entre hommes, chimpanzés et gorilles, et sur le fait que ces deux dernières espèces sont exclusivement africaines. Une hypothèse en grande partie confirmée au début du XXIe siècle par la découverte en Afrique des plus anciens représentants de la lignée humaine : Sahelanthropus tchadensis (7 millions d'années) et Orrorin tugenensis (6 millions d'années). Pour autant, notre histoire évolutive a-t-elle été exclusivement africaine? Pas si sûr…

Un trublion venu d’Europe

Os de la face

Plusieurs fossiles plaident en effet pour un scénario plus complexe. Dernier en date de ces trublions : Anoiapithecus brevirostris, surnommé en catalan « Lluc » (Lux, « lumière » en latin) par ses découvreurs. Ce fossile, âgé de 11,9 millions d'années (période du Miocène moyen), a été exhumé en 2004 à proximité de Barcelone. La trouvaille vient à peine d'être annoncée car les restes, essentiellement des os de la face et une mandibule, étaient enserrés dans une gangue minérale extrêmement résistante. Un long travail de préparation et de nettoyage a donc été nécessaire, mais le jeu en valait la chandelle. Comme l'explique Salvador Moyà-Solà, directeur de l'Institut catalan de paléontologie, « sa face, plate et courte, est d'apparence très moderne, avec un prognatisme réduit, ce qui nous a conduit à l'appeler "brevirostris". Elle ne se retrouve chez aucun grand singe fossile, européen ou africain, et n'est présente, à l'intérieur de la famille des hominidés, que dans le genre Homo. »

Un creuset méditerranéen de nos origines

« Lluc »

Même si Anoiapithecus brevirostris présente également des caractères plus primitifs, comme un émail dentaire épais et une mandibule robuste, la finesse de son visage pose la question suivante : ce singe catalan pourrait-il constituer un ancêtre direct de la lignée qui conduit aux hommes et aux chimpanzés? « Pas nécessairement, répond prudemment le chercheur espagnol, car il pourrait aussi s'agir d'un cas de convergence évolutive. » Entendez par là, l'apparition chez une espèce ancestrale d'un caractère (ici, la longueur de la face) qui naîtra bien plus tard chez les premiers Homo et ce, afin de s'adapter à une pression évolutive similaire, naturelle ou sexuelle. Pourtant, « Lluc » plaide bel et bien, selon ses découvreurs, pour une origine eurasiatique de nos ancêtres. Salvador Moyá-Solá détaille ce scénario : « À partir de formes très anciennes elles-mêmes en provenance d'Afrique, comme les Kenyapithecus qui évoluaient il y a 15 millions d'années, les singes se sont diversifiés en Europe et en Asie lors du Miocène. Jusqu'à ce que certains d'entre eux effectuent un retour en Afrique, pour s'y disperser et donner naissance aux premiers hominidés. »

Ajoutez à cela le fait que ce nouveau fossile arrive cinq ans à peine après la découverte sur le même site d’un autre primate, Pierolapithecus catalaunicus, encore plus ancien (13 millions d’années). « La Méditerranée constitue le creuset géographique de nos lointaines origines, là où sont apparus des singes qui fonderont ensuite la lignée des hominidés sur le continent africain », conclut le chercheur catalan. Méditerranée ou pas, ce scénario en forme de « Back to Africa » est soutenu par plusieurs arguments.

Une longue liste de primates eurasiatiques

Tout d'abord, la balance fossile penche largement en faveur de l'Eurasie pour la période qui précède l'avènement des premiers hominidés, entre 8 et 15 millions d'années, au détriment de l'Afrique. Une quarantaine d'espèces ont en effet été décrites au cours du XXe siècle, de l'Espagne à la Turquie, en passant par la France, la Hongrie et la Géorgie… À comparer aux six localités africaines ayant livré des grands singes entre 5,5 et 10,5 millions d'années. Et ce, alors que le terrain africain est habituellement très riche en fossiles. Un hasard ? « On peut l'interpréter en disant qu'on ne les a pas encore trouvés, mais en l'état actuel de nos connaissances, l'hypothèse la plus solide est que les ancêtres des hominidés sont apparus en Eurasie », analyse David Begun, de l'université de Toronto, partisan déclaré de ce scénario.

Mais pour une majorité de spécialistes, l'Afrique fait toujours figure de favorite. « Nous avons découvert récemment un nouveau grand singe au Niger, ce qui constitue une première dans ce pays », argumente ainsi Martin Pickford, paléoanthropologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, qui reste convaincu que la bipédie, attestée chez Orrorin tugenensis, a vu le jour en Afrique… « Même si je n'exclus pas entièrement le rôle de l'Europe du Sud dans son apparition, et donc dans le processus d'hominisation ». Un chercheur d'ailleurs « impressionné » par la face du singe catalan, mais qui en tire une conclusion opposée à celle des découvreurs. S'il y a bien face courte, « cela nous oblige surtout à réviser un dogme de la discipline, selon lequel celle-ci serait synonyme d'hominisation. Ce n'est désormais plus le cas ».

Un scénario paléoclimatique cohérent

Autre point en faveur de l'hypothèse « Back to Africa » : elle est en accord avec le scénario paléoclimatique couramment admis. L'est de l'Afrique et l'Eurasie auraient été reliées il y a 16,5 millions d'années, ce qui aurait permis à des singes primitifs africains de migrer vers l'Eurasie. Là, ils auraient évolué vers de multiples formes, isolés de l'Afrique par une remontée du niveau des mers entre 13,5 et 9 millions d'années. Mais entre 9 et 6 millions d'années, à la fin du Miocène, l'apparition de climats tempérés en Europe aurait poussé certains de ces singes, adaptés au climat chaud et humide, à trouver de nouveau refuge en Afrique, toujours soumise à un climat tropical. Une migration permise par l'apparition de nouveaux ponts continentaux, à la faveur d'une baisse du niveau des océans…

Des primates en provenance d'Europe ont-ils joué un rôle dans notre histoire évolutive, à contre-courant des idées de Darwin et d'une majorité de paléoanthropologues ? Impossible pour l'instant de trancher. Mais à la lumière de découvertes comme celle de « Lluc », la question mérite certainement d'être réexaminée.

Source : Science Actualités du 09/07/2009

mercredi 21 novembre 2007

Un nouvel hominidé replace en Afrique l'ancêtre des hommes et des singes

Une équipe essentiellement japonaise a découvert au Kenya un nouveau primate fossile qui pourrait être un ancêtre commun des grands singes et des humains. Cette sorte de chaînon manquant pourrait conduire à revoir l'histoire des hominidés : nos ancêtres étaient bien africains.

La nouvelle espèce, baptisée Nakalipithecus nakayamai, est représentée par un os de mâchoire et 11 dents isolées qui ont été dégagés d'une coulée de boue volcanique de la région de Nakali. La morphologie ressemble à celle de l'Ouranopithecus macedoniensis, découvert en Grèce et considéré comme très proche de l'ancêtre commun entre les grands singes africains et l'homme. Mais certains détails diffèrent.

Notamment, la dentition démontre un régime alimentaire moins spécialisé que celui de l'Ouranopithecus et montre davantage de traits considérés comme primitifs, comme un cingulum de la molaire plus saillant et des cuspides molaires moins volumineuses, ce qui indique que l'apparition de Nakalipithecus précède celle de l'Ouranopithecus et fait de lui un candidat plus vraisemblable pour le rôle d'ancêtre commun des singes et des humains.

Selon Fredrick Manthi, chercheur aux Musées du Kenya, cette découverte est capitale car depuis longtemps les anthropologues étaient à la recherche d'un fossile datant d'environ 9 millions d'années. Celui-ci, qui remonte à 9,8 millions d'années, aurait vécu durant cette période qui a vu diverger la lignée des grands singes et celles des ancêtres de l'homme.

Témoin d'une période clé

Les études moléculaires récentes suggèrent que la divergence entre les humains et les chimpanzés s'est produite entre 7 à 5,5 millions d'années et la divergence avec les gorilles entre 9 et 8 millions d'années. En conséquence, le Miocène tardif (11 à 5 millions d'années) constitue la période cruciale pour étudier cette séparation de lignées entre les grands singes africains et l'homme. Malheureusement très peu de fossiles datant de la période 13 à 7 millions d'années ont été découverts. En raison de cette rareté, quelques chercheurs avaient suggéré que les derniers ancêtres communs avaient quitté l'Afrique pour une raison indéterminée pour se rendre en Asie ou en Europe avant de revenir vers la fin du Miocène.

Des dents qui ont sans doute appartenu à un lointain ancêtre qui est aussi celui des grands singes africains actuels.

Cette hypothèse semble maintenant invalidée par la découverte de Nakalipithecus nakayamai à 40 kilomètres du versant oriental de la Rift Valley, au Kenya, qui fait l'objet d'une publication dans les Pnas (Annales de l'Académie nationale des Sciences des Etats-Unis). Cette découverte est importante, car elle permet de soutenir la théorie selon laquelle l'évolution du primate à l'homme s'est entièrement déroulée en Afrique.

Mandibule de Nakalipithecus nakayamai.

Fredrick Manthi n'hésite pas à parler de « maillon manquant », une vieille expression qui, avec « chaînon manquant », désignait cet intermédiaire hypothétique entre singe et homme, demeuré longtemps le Saint-Graal des paléoanthropologues. La complexité de l'évolution des hominidés, la multitude d'espèces ayant coexisté aux mêmes époques et l'approche actuelle de l'évolution ont conduit depuis longtemps à abandonner cette appellation. On préfère celle de « dernier ancêtre commun », un titre assez disputé qui compte aujourd'hui plusieurs candidats

« Nous devons trouver d'autres fossiles pour être sûrs que maintenant nous tenons le maillon manquant, déclare-t-il. Evidemment, nous sommes convaincus qu'avec plus de feedback et plus de recherches dans différents endroits du pays, nous serrons en mesure d'identifier ce lien manquant. Même si nous pouvons dire qu'il s'agit du maillon manquant, il nous faut trouver d'autres fossiles pour confirmer cet argument ».

Le professeur Martin Pickford, du Muséum national d'Histoire naturelle (Paris) estime qu'il s'agit d'une découverte d'importance capitale, car elle représente une véritable preuve de la divergence des singes africains de la lignée humaine. Elle permet aussi d'assurer que notre ancêtre commun était bien originaire d'Afrique et que certaines lignées de grands singes se sont ensuite dispersées en Ethiopie, Grèce et Turquie.

Source : Futura-Sciences du 21/11/2007

jeudi 1 mai 2003

Millenium Ancestor

Millenium Ancestor est le nom donné au premier specimen découvert de l'hominidé Orrorin tugenensis. Ce nom fut choisi car il détenait alors le record du plus vieil (et supposé) ancêtre connu de l'homme (jusqu'à l'arrivée de Toumaï).

Découvert en l'an 2000 par Brigitte Senut et Martin Pickford, Millenium Ancestor avait un poids compris entre 30 et 45 kg, pour une taille d'1,15 à 1,25 m.

Source : Wikipedia

BAR 1002'00

Le fossile connu sous le nom d’homme Tugen, numéro de catalogue BAR 1002’00, est un spécimen type de l’espèce Orrorin tugenensis. Dans ce cas, l'assemblage représente 13 fragments osseux d'un minimum de cinq individus, dont BAR 1002'2 est le plus important, un fragment d'un fémur. Celles-ci ont été découvertes en octobre-novembre 2000 par une expédition dirigée par Brigitte Senut et Martin Pickford du Musée national d’Histoire naturelle et du Musée national du Kenya au Kenya, près des rives du lac Baringo sur le mont Tugen. La découverte a été publiée en 2001 et classée comme une nouvelle espèce non nouvelle. Sa signification unique est que, bien qu'il ait six millions d'années, ses descripteurs disent que le fémur ressemble plus au fémur de l'Homo sapiens qu'à Lucy, trois millions d'années plus jeune.

Caractéristiques de la découverte

BAR 1002’00 fait partie d’une collection de 13 fragments osseux, l’extrémité supérieure d’un fémur gauche et l’articulation de la hanche tournant. À côté se trouve un morceau de fémur gauche (BAR 1003'00), un fragment de cartilage (BAR 349'00), un fragment de fémur droit (BAR 1215'00), des dents individuelles (KNM LU 335) et des fragments de deux mâchoires (BAR 1000a'00 et BAR 1000b'00).

Le plus grand fémur gauche est de nature assez humaine et indique la bipédie. Les dents sont petites et fructifères par nature, les mâchoires sont relativement faibles. La taille d'un spécimen adulte est à peu près la taille des chimpanzés d'aujourd'hui, mais ses pattes sont une fois et demie plus longues.

Le spécimen de type BAR 1002’00 a suscité une controverse depuis lors. Certains nient que le fémur d'Orrorin soit une preuve aussi profonde que le prétendent ses descripteurs. Combiné à plusieurs espèces d'Australopithecus en 2004, il a été classé dans un autre genre indépendant (Praeanthropus), mais ce taxon n'est pas non plus définitif.

Source : Wikipedia (hu)

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Site: Tugen Hills, Kenya
Year of Discovery: 2001-01-01
Discovered by: A team led by Brigitte Senut and Martin Pickford
Age: About 6 million years old
Species: Orrorin tugenensis




lundi 1 mai 2000

KNM-SH 8531

Samburupithecus est un genre éteint de primates de la famille des hominidés, découvert en 1982 au Kenya et décrit en 1997. Il vivait en Afrique de l'Est au cours du Miocène supérieur, il y a 9,6 millions d'années.

Historique

Samburupithecus a été découvert en 1982 sur le site des Samburu Hills, dans la Réserve nationale de Samburu, au Kenya, par une équipe nippo-kenyane. Il a été décrit seulement 15 ans plus tard, en 1997, par le japonais Hidemi Ishida et le kenyo-britannique Martin Pickford.

Description

Le seul fossile trouvé en 1982 (noté KNM-SH 8531) consistait en un fragment de maxillaire gauche portant l'alvéole de la canine, deux prémolaires et trois molaires.

Les prémolaires ont trois racines, une couche d'émail épaisse, et de faibles cuspides (prémolaires bunodontes). Par sa taille et la pneumatisation (sinus maxillaires) de la racine antérieure de l'arcade zygomatique, le fossile se rapproche du gorille actuel, mais en diffère par la plupart de ses caractères dentaires et maxillaires.

Samburupithecus pesait environ 60 kg et était probablement un quadrupède terrestre frugivore. Les analyses paléoenvironnementales indiquent qu'il vivait dans un habitat mixte de forêt et de savane.

Datation

Le fossile a été daté de 9,6 millions d'années en 1987.

Analyse

On a trouvé à ce jour très peu de fossiles d'hominidés datés entre 7 et 14 millions d'années en Afrique. La nature très fragmentaire des fossiles de Samburupithecus alimente les controverses entre spécialistes sur sa classification exacte.

Pour ses découvreurs, Samburupithecus pourrait être un taxon basal des homininés, antérieur à la divergence entre Gorillini et Hominini.

Source : Wikipedia

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nom : KNM-SH 8531
âge : 9,5 Ma
découverte : Hidemi Ishida & Martin Pickford
date : 1982
espèce : Samburupithecus kiptalami

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Identifié uniquement par l'holotype, Samburupithecus kiptalami présente des caractéristiques dentaires observées chez les singes africains. Le palais contient un arc perceptible, une fosse post-canine peu profonde et des molaires émaillées épaisses avec une séquence de tailles de M1 M2 M3 (Hartwig). Selon Stanford, «Les molaires maxillaires de Samburupithecus sont similaires aux gorilles, ce qui suggère qu'il pourrait être un membre du clade qui s'est diversifié avant l'ACV des gorilles, des chimpanzés et des humains.»