mercredi 28 mars 2018

Nos ancêtres se sont accouplés avec une autre espèce humaine… à plusieurs reprises

L’Homme de Denisova et l’Homme de Neandertal ont tous deux cohabité avec l’Homo Sapiens. Quand Neandertal se développait à l’ouest, l’Homme de Denisova était localisé plus à l’est. Si on sait que l’Homme de Neandertal et l’Homme de Denisova ont eu des relations sexuelles avec l’Homo Sapiens, une nouvelle étude montre que l’Homme de Denisova s’est accouplé avec l’Homo sapiens au cours de deux événements majeurs ; ce qui a contribué à l’élaboration du génome moderne des individus océaniens et du sud-est asiatique.

Qui est l’Homme de Denisova ?

L’Homme de Denisova est une espèce éteinte du genre Homo qui a cohabité avec l’Homme de Neandertal et l’Homo Sapiens. La découverte dans une grotte en Sibérie d’un morceau de doigt et quelques phalanges de cet hominidé dans les montagnes de l’Altaï a été un événement archéologique majeur. Il a permis de comprendre que d’autres hommes archaïques avaient pu avoir des relations sexuelles avec l’Homo Sapiens.

Relations entre les différentes espèces du genre homo

On sait que l’Homme de Neandertal a cohabité avec l’Homo Sapiens et bien plus encore car les analyses génétiques de ces dernières années ont montré qu’il contribuait à hauteur de 1 à 4 % de notre génome. En Eurasie, l’Homme de Neandertal contribue à environ 2 % du génome actuel. En Océanie, l’apport du génome Denisovien contribuerait à environ 5 % du génome actuel alors que son apport ne serait que de 0,2 % dans les populations asiatiques.

L’hypothèse la plus vraisemblable jusqu’ici était que les Denisoviens s’étaient accouplés avec les populations d’Océanie; les populations métissées résultant de ses interactions se sont ensuite accouplées avec des individus d’Asie lors d’épisodes migratoires.
Des phalanges et des dents de Denisoviens ont été retrouvé.

Deux évènements majeurs identifiés

Les chercheurs ont donc décidé d’étudier les relations entre l’Homme moderne et les Denisoviens. Pour ce faire, le génome d’un Dénisovien et des génomes de l’Homme de Neandertal ont été séquencés et comparés aux génomes d’humains récents. Les chercheurs ont confirmé l’apport génétique des Denisoviens dans la population océanienne mais aussi dans la population du sud-est asiatique. Les auteurs de l’étude publiée ce mois-ci dans The Cell ont alors avancé une autre explication : l’existence de deux voies de métissage distinctes.

Un métissage aurait eu lieu entre les ancêtres des Océaniens et les Dévisoniens lors d’une migration vers le sud, et un autre se serait produit entre les Dévisoniens et les ancêtres des populations asiatiques lors des migrations vers le nord. Ces résultats montrent que l’histoire de notre espèce est beaucoup plus riche en rebondissements qu’on ne le pensait.

L’évolution probable des Dénisoviens.

Source : DailyGeekShow du 25/03/2018

lundi 19 mars 2018

Les plus anciennes traces d’ADN en Afrique découvertes à Taforalt au Maroc

Une équipe internationale d'archéologues et de généticiens a découvert dans la grotte des Pigeons à Taforalt au Maroc oriental les plus anciennes traces d’ADN d’un Homo sapiens en Afrique, datées de 15000 ans, a annoncé le Ministère de la Culture et de la Communication dans un communiqué.

Les résultats de la découverte de cette équipe, dirigée par Abdeljalil Bouzouggar et Saaïd Amzazi, de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine à Rabat et de l’Université Mohammed V à Rabat et par Johannes Krause et Choongwon Jeong, de l’Institut Max Planck des Sciences de l’Histoire de l’Homme à Jena en Allemagne, en collaboration avec des chercheurs de l’Université Mohammed 1er à Oujda, de l’Université d’Oxford, du Musée d’Histoire Naturelle à Londres et de l’Institut Max Planck d’Anthropologie Evolutive à Leipzig en Allemagne, ont démontré des liens anciens d’une part avec l’Afrique subsaharienne et surtout l’Afrique de l’Ouest et d’autre part avec le Proche Orient.

L’Afrique, considérée comme le berceau de l’Humanité, a livré plusieurs restes humains dont l’âge dépasse plusieurs milliers d’années, mais c’est pour la première fois que des traces génétiques aussi anciennes sont identifiées dans ce continent, révèlent ces résultats, publiés par la revue américaine Science.

De par sa position géographique, l’Afrique du Nord est un espace très important pour l’étude de la sortie d’Homo sapiens d’Afrique, même si le désert du grand Sahara a parfois limité les échanges avec la région subsaharienne comme la mer méditerranée l’était aussi pour les régions du sud européen. "Une meilleure connaissance de l’histoire du peuplement humain en Afrique du Nord est cruciale pour mieux comprendre l’histoire du genre Homo sapiens", a expliqué Saïd Amzazi de l’Université Mohammed V à Rabat et co-auteur de la publication scientifique.

Afin d’avoir plus d’éléments sur ce peuplement humain, l’équipe scientifique a effectué des études sur des squelettes humains trouvés récemment dans la grotte des Pigeons à Taforalt, associés à des trouvailles paléolithiques d’une culture appelée localement l’Ibéromaurusien. Les Ibréomaurusiens sont considérés comme les premiers dans la région à avoir fabriqué des outils en pierre très fins appelés les microlithes. "La Grotte des Pigeons est très importante pour comprendre l’histoire du peuplement humain en Afrique du Nord-Ouest, car les Hommes modernes s’y sont fréquemment installés et d’une manière continue du Paléolithique moyen jusqu’au Paléolithique supérieur", comme l’a expliqué Louise Humphrey du Natural History Museum à Londres, co-auteur de la publication scientifique. "Il est prouvé qu’il y a environ 15000 ans, les Ibéromaurusiens ont intensément utilisé le site et qu’ils ont commencé à enterrer leurs morts au fond de la grotte", fait savoir cette étude qui va grandement aider les chercheurs à mieux comprendre les relations de parenté entre les groupes paléolithiques, voire leurs maladies.

Les membres de l’équipe scientifique ont analysé l’ADN extrait de neuf squelettes humains découverts dans la grotte des Pigeons à Taforalt en utilisant un séquençage et des méthodes d’analyse avancées ayant permis d’obtenir des données mitochondriales de sept individus et l’analyse approfondie du génome de cinq autres individus fossiles. Grâce à l’âge des fossiles (15000 ans) et du climat chaud en Afrique réputé comme défavorable à la préservation du matériel génétique, les résultats obtenus sont sans précédent pour le continent africain considéré comme le berceau de l’Humanité et donc "le premier et le plus ancien matériel génétique Pléistocène jamais décodé d’Homo sapiens en Afrique", a affirmé Abdeljalil Bouzouggar, co-auteur principal de la publication scientifique et directeur du laboratoire "Sources Alternatives de l’Histoire du Maroc", soulignant la nécessité de "prendre en considération le grand rôle joué par l’Afrique du Nord dans l’apparition des pratiques sédentaires".

"A cause de la faible préservation de l’ADN fossile, très peu d’études ont été réalisées sur le génome ancien en Afrique, mais jamais sur du matériel fossile du paléolithique avant l’apparition de l’agriculture en Afrique du Nord", a indiqué, de son côté, Marieke van de Loosdrecht, de l’Institut Max Planck des Sciences de l’Histoire de l’Homme à Jena en Allemagne et premier auteur de la publication scientifique. "Le succès de la reconstitution du génome a été possible par l’utilisation de méthodes spécialisées au laboratoire afin de récupérer l’ADN dégradé et de nouvelles méthodes pour caractériser génétiquement les fossiles humains analysés", a ajouté van de Loosdrecht.

Par ailleurs, les chercheurs ont trouvé trois composantes du patrimoine génétique des fossiles de Taforalt partagées avec leurs contemporains au Levant, en Afrique Orientale et en Afrique de l’Ouest, selon la même étude.

Source : Le Matin du 15/03/2018

dimanche 18 mars 2018

Des outils «modernes» vieux de 300.000 ans surprennent les paléontologues

Les scientifiques pensaient que les techniques nécessaires à leur fabrication n'étaient apparues que 100.000 ans plus tard.

Ces pierres taillées qui auraient pu servir de pointes de sagaies ont été découvertes au Kenya, en Afrique de l'Est

Trois études publiées dans Science, ce jeudi 15 mars, font état de découvertes dans le bassin d'Olorgesailie au Kenya, en Afrique de l'Est, qui viennent bousculer la chronologie de l'évolution humaine. Des outils «modernes» vieux de 300.000 ans ont été retrouvés sur ce site. Une surprise puisqu'on pensait que ce type de technique n'était apparue qu'il y a 200.000 ans! En repoussant de 100.000 ans le début de la «modernité», c'est toute l'évolution de l'humanité qui se dilue sur une période plus longue. Il n'y aurait en fait pas eu de révolution technique brutale dans l'évolution humaine. Les découvertes datant de périodes ultérieures s'inscriraient du coup dans un continuum évolutif plus lent.

«Il s'agit d'un très grand projet de fouille qui dure depuis plus de vingt ans», explique Francesco d'Errico, coauteur d'un des articles et chercheur au laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux). «La force de ces études, c'est la combinaison de trois articles scientifiquement solides. Il n'y a pas une seule grande découverte, mais un ensemble d'indices concordants qui nous permet de mieux comprendre l'évolution.»

Il y a 300.000 ans le genre humain n'existe pas encore tel que nous le connaissons aujourd'hui. Néandertal peuple l'Europe et, en Afrique, Homo erectus est sur le point de laisser sa place à Homo sapiens, c'est-à-dire nous. «On est vraiment à une période charnière de l'évolution», explique Francesco d'Errico. «Soit nous sommes face à des populations archaïques avec des traits de modernité, soit à des populations déjà modernes avec des caractéristiques encore archaïques. Tout dépend comment l'on regarde les choses.»

À cette époque, le climat était particulièrement instable. «Il y a une alternance très brutale de cycles secs ou très humides», explique David Pleurdeau, chercheur au Musée de l'Homme. «Dans le même temps, les tremblements de terre ont énormément modifié les paysages.» Les populations ont dû s'adapter à ces transformations qui devaient raréfier les ressources. «C'est sans doute ce climat instable qui les a amenées à se déplacer», ajoute David Pleurdeau. «De précédentes études ont montré que les hommes se déplaçaient de 20 à 30 km par génération à cette époque !»

D'anciennes ocres retrouvées

Sur le site d'Olorgesailie, des matériaux ont été retrouvés jusqu'à 50 km de distance de leur source. «Là encore, c'est particulièrement intéressant car on avait déjà des traces de déplacement d'objets à cette époque, mais jamais en aussi grand nombre», détaille Francesco d'Errico.

Les chercheurs ont aussi eu la surprise de retrouver des traces d'ocre. «C'est très rare de retrouver de l'ocre aussi ancienne», appuie le paléontologue. Les traces de frottements sur ces fragments témoignent très clairement de l'intention d'extraire de la poudre colorante. Malheureusement, les recherches ne peuvent pas conclure sur l'usage qui en était fait. L'ocre pouvait être utilisée simplement pour ses qualités esthétiques, mais elle aurait aussi pu servir à des tâches plus concrètes (marquer des pierres, identifier un chemin ou un territoire). «Rien ne nous permet d'affirmer quoi que ce soit pour le moment», précise néanmoins le chercheur.

Les outils vieux de 320.000 ans témoignent pour leur part d'une technicité importante et d'un fort développement cognitif. Avant cette date la plupart des outils sont travaillés sur deux faces (les bifaces). C'est ce qu'on appelle l'Acheuléen. Là, les pierres retrouvées sont plus fines, et pouvaient être utilisées comme pointes de sagaies (des lances primitives). Ces technologies sont déjà connues elles n'apparaissent en principe que 100.000 plus tard, marquant le début de l'Âge Moyen de pierre.

Pas forcément l'œuvre d'Homo sapiens.

Quant à savoir quel hominidé est responsable de ces traces manifestes de modernité, le débat fait rage. Naturellement, on serait tenté d'y voir l'œuvre de l'homme moderne, à savoir Homo sapiens. Mais aucun ossement n'a été retrouvé. Impossible donc d'extrapoler. Et si le plus vieux squelette d'Homo sapiens découvert date sensiblement de la même époque, il a été trouvé au Maroc, soit à quelque 9000 km de là !

À cette période, en Europe, Néandertal avait déjà acquis un certain nombre de ces compétences. Il n'est donc pas à exclure que des hommes qu'on aurait qualifiés d'archaïques, typiquement Homo erectus, aient pu réaliser la même chose au Kenya. Au final, la frontière entre moderne et archaïque ne cesse de s'estomper. «Les différentes espèces d'hommes se sont brassées et ont mélangé leurs gènes», rappelle Francesco d'Errico. «Il y a 300.000 ans, il faut imaginer un réseau de connexion entre les populations. Une géographie mouvante du genre humain. C'est ce patchwork fait d'échanges culturels et de brassage génétique qui a fini par donner l'homme moderne.»

De la même manière qu'il n'y a pas eu de révolution technologique brutale, la modernité n'est pas apparue soudainement avec Homo sapiens. Elle s'est construite peu à peu, comme une mosaïque, par petits bouts et dans plusieurs endroits.

Source : Le Figaro du 16/03/2018

Des outils « modernes » vieux de 300 000 ans ont été découverts au Kenya

Une nouvelle découverte vient bousculer la chronologie de l’évolution humaine : des outils vieux de 300 000 ans ont été retrouvés dans le bassin d’Olorgesailie au Kenya, en Afrique de l’Est.

D’après de nombreux scientifiques, l’émergence de ces outils date d’il y a 200 000 ans. Or, trois études publiées ce jeudi 15 mars dans Science révèlent que des outils vieux de 300 000 ans ont été retrouvés au Kenya. Les silex découpés en pointe déterrés par les chercheurs prouveraient donc que les techniques de fabrication sont apparues bien plus tôt que prévu. L’évolution humaine se serait donc inscrite dans un continuum plus lent, et le développement d’instruments de découpe ne s’est pas fait brusquement.

« Les humains qui vivaient à cette époque ont préféré fabriquer des outils plus petits et plus facilement transportables que les gros bifaces que leurs ancêtres faisaient à l’époque précédente, appelée l’Acheuléen. Ils ont façonné des pointes qui pouvaient être utilisées pour faire des sagaies. Or, ces pointes de sagaie sont intéressantes, car on peut les transporter facilement et elles permettent de tuer des animaux à distance, ce qui est moins dangereux que de s’approcher de l’animal. Or, la technique de taille plus avancée qui a permis de façonner ces pointes de sagaie constitue un élément de modernité culturelle », explique Francesco d’Errico, l’un des co-auteur de ces articles.

Ils se déplacent !

Autre découverte surprenante : le matériau utilisé dans la fabrication de ces outils serait l’obsidienne, une pierre volcanique qu’on ne trouve pas à proximité des sites de fouilles mais à cinquante kilomètres de là. Cela démontrerait donc que ces blocs d’obsidienne étaient transportés pour être ensuite taillés sur les sites où on les a retrouvés : « Là encore, c’est particulièrement intéressant car on avait déjà des traces de déplacement d’objets à cette époque, mais jamais en aussi grand nombre ».

Les archéologues ont également retrouvé de l’ocre qui « ont pu être utilisés pour des activités symboliques dont nous n’avons pas trouvé de traces, mais il est tout à fait possible qu’ils aient servi pour faire des peintures corporelles ou pour tanner les peaux », avance encore Francesco d’Errico. « Rien ne nous permet d’affirmer quoi que ce soit pour le moment », précise néanmoins le chercheur.

Homo Sapiens, ou pas

Malgré la présence d’outils, caractéristique de l’Homo sapiens, aucun ossement n’a été déterré sur le site de fouille. Rien ne prouve donc qu’il s’agit bien là de leur œuvre : « mais d’après d’autres fossiles trouvés en Afrique, c’était assurément des populations humaines qui avaient déjà acquis certains caractères modernes, soit des Homo sapiens archaïques, les premiers Homo sapiens », affirme Francesco d’Errico.

Dans un troisième article, les archéologues ont démontré que l’espèce humaine a adapté la forme et la taille de ses outils aux changements climatiques. D’après eux, l’environnement s’est modifié à l’époque et le climat est devenu imprévisible, entraînant la disparition de certaines espèces animales dont se nourrissaient les premiers hommes : « Les innovations culturelles que nous avons trouvées ont pu être la conséquence de ces changements environnementaux, mais il ne s’agit que d’une hypothèse » conclut D’Errico.

Source : Paris Match du 16/03/2018