mardi 28 juin 2016

Premières traces d’Homo erectus, il y a 800 000 ans

C’est dans les déserts de l'Érythrée que des paléontologistes ont identifié des traces de pas humains sur le site Aalad-Amo, dans le désert Danakil. Elles sont attribuées à l’espèce Homo erectus.

Des empreintes de pas conservées depuis 800 000 ans

Plusieurs empreintes de pas ont été découvertes dans le désert Danakil (sud-est de l’Érythrée) par une équipe de paléontologistes érythréens et italiens. Les traces de plusieurs individus ont été laissées dans les sables de ce qui devait être les rives d’un lac à l'époque.
L'anthropologue Alfredo Coppa (Université Sapienza de Rome) et ses collègues ont trouvé les empreintes sur une dalle de pierre de 26 mètres carrés environ. Ils ont indiqué que la forme des traces « imprimées » avait été remplie avec de l'eau juste après sa formation, puis s’était asséchée, avant d’être recouverte de sable. "Les empreintes sont conservées sur un sédiment de sable durci qui a été partiellement inondé. Jusqu'à présent, nous avons été en mesure de mettre au jour une partie de 26 mètres carrés," indique Alfredo Coppa.
C’est ce processus naturel qui a permis de conserver ces empreintes pendant plusieurs centaines de milliers d’années et d’apporter un témoignage de l’époque du Pléistocène.

Des traces d’Homo erectus dans son environnement

Dans cette région, les précédentes fouilles ont déjà permis d’exhumer les restes fossilisés de cinq ou six spécimens d' Homo erectus. C’est cette espèce d’hominidé qui vivait dans la région à cette époque. C’est donc logiquement que les empreintes lui sont attribuées.
Si l’on peut considérer Homo erectus comme un ancêtre d’Homo sapiens il est évident que les traces de pas des deux espèces sont pratiquement impossibles à distinguer l’une de l’autre.
"Les empreintes laissent apparaître des détails d'orteil, une voûte plantaire marquée et un gros orteil en abduction, tous les traits distinctifs des pieds humains », a déclaré Alfredo Coppa
Le moulage de sa voûte plantaire et la profondeur des traces montrent que cet Homo erectus avait une belle stature et était à la fois un coureur efficace et un bon marcheur.
Coppa rajoute que des empreintes telles que celles-ci sont «extrêmement rares» et qu'elles peuvent «révéler beaucoup de choses sur l'évolution de l'homm,e et fournir des informations essentielles sur la démarche et le type de locomotion de nos ancêtres."
Sur la même dalle de pierre apparaissent également des traces d’une espèce d’antilope aujourd'hui éteinte. Cette découverte, associée au fait que les empreintes ont été conservées dans un sédiment de sable durci, suggère que la zone était autrefois un grand lac entouré de prairies.

Les empreintes de pas à la préhistoire

Les empreintes de pas datant du Paléolithique sont peu fréquentes car elles supposent un enchainement d’événements et de circonstances rarissime. Toutefois, pour l’Afrique, c’est le quatrième site qui présente des empreintes paléolithiques humaines de ce type...
- le plus connu et le plus ancien est celui de Laetoli en Tanzanie : ce sont probablement des Australopithecus afarensis qui ont marché dans un environnement volcanique il y a 3,8 millions d’années.
- à Lleret au Kenya, à l’est du lac Turkana c’est 22 traces de pas d’un Homo erectus ou d’un Homo ergaster qui ont été découvertes. Elles sont datées de 1,5 millions d’années. Photo Professor Matthew Bennett, Bournemouth University.
- sur le site de Koobi Fora des traces d’hominidé (probablement Homo erectus) ont été également découvertes et datées entre 1,4 et 1,5 millions d’années. Photo: Brian Richmond

« Il est très probable que la zone autour de Ileret et Koobi Fora a été peuplée par H. erectus, mais aussi par Homo habilis et peut-être également des Paranthropes. Au contraire, la région du désert du Danakil, où les empreintes ont été déterrées, était habitée uniquement par H. erectus, d'où l'importance de la conclusion », a déclaré Coppa.

Source : Hominidés.com du 21/06/2016

mardi 21 juin 2016

Les traces du premier feu de camp européen auraient été retrouvées en Espagne

Une équipe d’archéologues affirme avoir retrouvé les traces d’un feu de camp, le tout premier d’Europe, dans une grotte du sud-est de l’Espagne. Celui-ci daterait de 800 000 ans....

Si la science est d’accord pour affirmer que nos ancêtres préhistoriques ont découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu il y a au moins un million d’années, une capacité qui a plus tard été transmise au Proche-Orient et en Europe, des archéologues ont, semble-t-il, retrouvé les traces du premier feu de camp en Europe, un feu qui daterait de 800 000 ans.

C’est dans la grotte espagnole de Cueva Negra del Estrecho del Rio Quipar, au sud-est de l’Espagne, que ces traces ont été découvertes par une équipe d’archéologues, lesquels ont découvert sur le site plus de 165 pierres et autres instruments présentant des traces de brûlure. Ce qui montre qu’il s’agissait d’un feu de camp, à savoir un feu « contrôlé », c’est la présence sur le même site de 2 300 os d’animaux. Leur analyse microscopique et chimique a montré que ceux-ci ont été chauffés entre 400°C et 600°C, signifiant qu’ils sont passés par les flammes.

Les archéologues ne sont cependant pas tous d’accord sur la datation de ce feu de camp, certains estimant qu’il serait 200 000 ans plus jeune. Mais si tel était le cas, il s’agirait tout de même du plus ancien feu de camp découvert en Europe, comme l’affirment ces chercheurs dans la revue Antiquity. À titre de comparaison, les traces du premier feu de camp dans le monde, composé également de fragments d’os d’animaux brûlés et d’outils en pierre, ont été découvertes dans la grotte de Wonderwerk, située dans le nord de l’Afrique du Sud. Celles-ci sont datées à environ un million d’années.

Cette maîtrise du feu, son contrôle, a été une étape essentielle dans l’évolution de l’Homo Erectus, lui permettant non seulement de varier son alimentation, mais aussi de devenir actif la nuit.

Source : Sciencepost du 14/06/2016

jeudi 16 juin 2016

L'Homme de Florès, dit « le Hobbit », est en fait notre cousin

En 2003, sur l'île de Florès, en Indonésie, de petits Hommes furent trouvés et appelés « Hommes de Florès », ou « Hobbits ». Onze ans plus tard, d'autres restes humains, ressemblant aux premiers mais plus anciens, ont été découverts sur cette même île. Ils seraient en fait les ancêtres des « Hobbits ». De plus, puisque ces nouveaux fossiles évoquent Homo erectus, notre ancêtre, ces petits Hommes sont… nos cousins ! Ils auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire.

C’est probablement la fin des controverses autour de « l’Homme de Florès », cet hominidé dont plusieurs individus ont été trouvés en 2003 dans une grotte de l’île de Florès, en Indonésie. Datés de 50.000 ans et ne mesurant qu’un petit mètre, pour 25 kg, avec une petite tête, ce qui leur a valu le surnom de « Hobbit » (d’après les personnages imaginés par l'écrivain anglais J. R. R. Tolkien), ces humains-là intriguaient au plus haut point. Certains y voyaient des Homo sapiens difformes, atteints d’une pathologie qui restait à trouver, évoquant une trisomie.

D’autres en faisaient une espèce à part, Homo floresiensis, que l’évolution aurait conduit vers une petite taille après l’arrivée sur cette île, par un processus de nanisme insulaire, connu chez d’autres espèces animales, quand les ressources se font plus rares. Sa position dans la famille humaine reste méconnue, avec deux hypothèses en lice : une filiation avec Homo erectus (un ancêtre d’Homo sapiens), avec Homo habilis ou encore avec des australopithèques, peut-être déjà de petites tailles.

Deux études, parues dans Nature, viennent éclairer l’histoire d’un jour nouveau. En 2014, des restes ont été trouvés dans une autre grotte de la même île, sur le site de Mata Menge : un morceau de mandibule et six dents. Une récolte modeste mais bouleversante. La mandibule s’apparente à celle de l’Homme de Florès mais avec une taille encore plus petite que celle des fossiles de la grotte de Liang Bua (celle de la découverte de 2003). D’après les auteurs, il s’agit bien d’un individu adulte. Elle s’apparenterait davantage, ajoutent-ils, à H. erectus qu’à H. habilis. De plus, les dents semblent intermédiaires entre celles de H. erectus et celles de l’Homme de Florès de la grotte de Liang Bua. Nous partagerions donc un même ancêtre (H. erectus) avec l’Homme de Florès, qui devient un cousin.

Les humains peuvent rapetisser autant que les éléphants...

Voilà pour la première étude. La seconde est une datation, par la méthode des isotopes de l’argon (évaluant le rapport 40Ar/39Ar). Le résultat est lui aussi étonnant : 700.000 ans. Exit, donc la parenté directe avec H. sapiens puisque notre espèce n’existait pas encore. L’hypothèse qui est ainsi consolidée est celle d’une filiation avec H. erectus et un phénomène de nanisme insulaire, qui a par exemple, soulignent les auteurs, abouti à des éléphants mesurant 1 m au garrot, sur des îles de Méditerranée, et à des mammouths nains, retrouvés en Crète.

Parvenu sur ces îles indonésiennes, ce descendant de H. erectus, confronté à des ressources alimentaires plus rares, se serait adapté au fil des générations par une taille plus faible. Les outils les plus anciens retrouvés sur l’île indiquent, selon Gerrit van den Bergh, coauteur des deux études, que H. erectus a dû arriver il y a environ un million d’années. La conclusion en rejoint deux autres. Celle de Matthew Tocheri, du Muséum d’histoire naturelle de Washington, qui, en 2007, sur la base de comparaisons anatomiques, situait à au moins 800.000 ans la séparation entre notre propre lignée et celle ayant conduit à l'Homme de Florès. Et celle de Karen Baab, en 2013, rapprochant le Hobbit avec H. erectus. En quelques centaines de milliers d’années, l’espèce a pu augmenter sa population en réduisant sa taille, comme les éléphants de Sicile ou de Malte…

Source : Futura Sciences du 10/06/2016

vendredi 10 juin 2016

L’ancêtre de l’homme de Florès, dit «le hobbit», a (peut-être) été découvert

ARCHEOLOGIE Des primates vieux de 700.000 ans seraient les ancêtres de ce mystérieux homme de petite taille...

Cela pourrait éclaircir le mystère entourant « le hobbit », le vrai. Deux études publiées ce mercredi dans la revue britannique Nature devraient mettre fin à certaines controverses vieilles de plus de dix ans autour des origines de l’homme de Flores, qui vivait sur l’île indonésienne du même nom et qui est surnommé le « hobbit » en raison de sa petite taille.

Plus de dix ans de recherches

Retour en trois temps sur cette découverte scientifique. Acte Un : L’homme de Florès, qui aurait vécu il y a 50.000 ans, a été mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua sur l’île éponyme en Indonésie. D’une taille d’environ 1m pour 25 kg, ils étaient dotés d’une tête anormalement petite par rapport à leur corps, abritant un cerveau d’une taille similaire à celui d’un chimpanzé. Ce qui leur vaut le surnom de « hobbits » comme les petits personnages du Seigneur des anneaux de Tolkien.

Acte deux : depuis cette découverte, les scientifiques tentent d’expliquer d’où pourrait venir cet étrange petit être, pourquoi il est si petit et pourquoi on ne le retrouve que sur cette île. Pour certains, l’homme de Florès serait un descendant de petits Homo habilis ou de petits australopithèques venus d’Afrique. Pour d’autres, ce serait un Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.

Nouveau rebondissement ce mercredi pour un troisième acte : Yousuke Kaifu et son équipe annoncent, dans une étude publiée dans la revue britannique Nature, la découverte en 2014, de nouveaux fossiles sur l’île. Ce trésor, qui a été découvert sur le site de Mata Menge à 100 kilomètres à l’est de la grotte de Liang Bua, où les fameux « hobbits » ont été retrouvés, comprend un fragment de mâchoire et six dents, qui provient d’une mandibule plus petite que la plus petite mandibule de l’homme de Florès.

Fin des polémiques

Des ossements qu’Adam Brumm de l’université de Wollongong en Australie et ses collègues, datent d’environ 700.000 ans dans une seconde étude, publiée également ce mercredi dans Nature.

« Ce que nous avons trouvé est une énorme surprise et laisse penser que l’Homo floresiensis est une espèce extrêmement ancienne qui a acquis sa petite taille très tôt, peut-être peu de temps après son arrivée sur l’île il y a environ un million d’années », déclare le chercheur.

« Ces étranges hominidés étaient donc déjà présents sur l’île il y a 700.000 ans », explique Yousuke Kaifu du Musée national de la nature et des sciences d’Ibaraki au Japon. « J’étais stupéfait quand j’ai vu ces nouveaux fossiles », ajoute-t-il.

Cette découverte discrédite une des hypothèses jusqu’ici avancée par certains chercheurs puisque si le petit homme était présent il y a 700.000 ans, il ne peut pas être un Homo sapiens, apparu sur Terre bien plus tard. Fin d’une polémique : l’homme de Florès n’est donc pas un sapiens malade, atteint de microcéphalie ou de trisomie. L’homme de Florès pourrait donc bien être un pur produit de l’évolution locale, qui se serait adapté à l’environnement de l’île où les ressources alimentaires étaient rares.

Source : 20 minutes du 08/06/2016

vendredi 3 juin 2016

Trois choses que nous apprend la grotte de Bruniquel sur l'Homme de Néandertal

SCIENCES Les découvertes réalisées dans la grotte de Bruniquel permettent de mieux cerner les aptitudes de notre cousin néandertalien…

Longtemps considéré comme une sous-version de l’Homo Sapiens, l’Homme de Néandertal reprend du galon au fur et à mesure des découvertes scientifiques, perdant l’étiquette d’attardé que certains lui avaient un peu top vite collée sur le dos.

Les récentes analyses réalisées dans la grotte de Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne, montrent que notre vieux cousin était bien plus qu’un simple rustre, simplement bon à chasser.

L’Homme de Néandertal, cet Indiana Jones méconnu

Même pas peur. Bien avant l’Homo Sapiens, descendu il y a 30.000 ans dans les profondeurs de la grotte ardéchoise de Chauvet, l’Homme de Néandertal s’est aventuré sous terre. C’était il y a 176.500 ans, dans une grotte qui surplombe aujourd’hui la vallée de l’Aveyron. Et il ne s’est pas contenté de mettre un pied dans ce lieu froid et noir avant de tourner les talons.

A 336 mètres de l’entrée actuelle, une cavité a été découverte en février 1990 par des membres de la Société de spéléo-archéologique de Caussade. Ils vont rapidement se rendre compte que la disposition des stalagmites n’est pas vraiment naturelle, mais due à une intervention humaine.


Une première datation au carbone 14 fera penser que celle-ci date d’au moins 47.600 ans. Mais des analyses plus récentes ont reculé la période à 176.500 ans. Une surprise pour les chercheurs, parce qu’à cette époque-là, l’Homo Sapiens n’a pas encore mis un seul orteil sur le sol européen. Par contre, ce bon vieil Homme de Néandertal était tout désigné.

Restitution en 3D des structures de la grotte de Bruniquel

L’Homme de Néandertal, ce bâtisseur

Bon, on est encore loin des aqueducs romains. Mais pour un Néandertalien, c’est pas mal du tout. Les six « structures » retrouvées dans la grotte de Bruniquel montrent que ceux qui l’ont fréquentée il y a des milliers d’années n’ont pas chômé. Et ont mis à contribution leurs corps puissants et trapus.

« Ils ont déplacé 400 morceaux de stalagmites, ils les ont tronçonnés, calibrés, agencés. Cela représente presque 2,2 tonnes de matériel. C’est un acte très réfléchi », indique Jacques Jaubert, professeur de Préhistoire à l’Université de Bordeaux, coauteur de l’article paru dans le magazine Nature sur cette découverte.

L’Homme de Néandertal, cet homme sociable

Et pour y arriver, ils ont communiqué entre eux, échangé, peut-être même que l’un d’eux donnait des ordres aux autres. Et oui, les hommes de Néandertal ne faisaient pas que grogner, ils pouvaient aussi parler et étaient aussi bien équipés pour ça que nos chers ancêtres.

« Il y a 170.000 ans, il y avait deux humanités, avec le même niveau technique et cognitif, le même état d’acquisition technique », plaide Jacques Jaubert. La même maîtrise du feu aussi, qui servait à Bruniquel à éclairer les parois sombres. On a d’ailleurs retrouvé 18 traces de feu, notamment d’os d’animaux calcinés.

L’Homme de Néandertal, mystique ou technique ?

Reste à savoir pourquoi ils ont décidé d’aller s’enterrer là-bas. « Je ne crois pas que ce soir un habitat de refuge. Par élimination et recoupements avec d’autres milieux souterrains, on s’y rend pour chercher de la matière, comme de l’argile, ou pour enterrer les morts », poursuit Jacques Jaubert.

Et ces structures servaient à quoi ? A un rite, un culte ? « C’était peut-être une technique pour conserver de l’eau, présente sur place », s’interroge le spécialiste de la Préhistoire. Les futures analyses perceront peut-être ce nouveau mystère.

Source : 20 minutes du 26/05/2016

mercredi 1 juin 2016

L'homme de Néandertal, le premier spéléologue ?

Pas si rustre l'Homme de Néandertal! Il a très probablement construit il y a 176.500 ans d'étranges structures circulaires en stalagmites repérées dans une grotte du sud-ouest de la France, selon des chercheurs.

"Cela recule considérablement la date de fréquentation des grottes" par le genre Homo, la plus ancienne preuve formelle datant jusqu'ici de 38.000 ans (grotte Chauvet en Ardèche), a souligné le CNRS dont l'un des scientifiques a participé à l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

"Cela change également notre vision de Néandertal", a-t-il ajouté.

Surplombant la vallée de l'Aveyron, la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) a été découverte en 1990 par des spéléologues.

Très difficile d'accès, elle est dans un état de conservation exceptionnel. A plus de 330 mètres de l'entrée, on y découvre d'étonnantes structures composées d'environ 400 stalagmites ou tronçons de stalagmites accumulés, empilés et agencés. Deux d'entre elles sont de forme circulaire.

Au même endroit, se trouvent des preuves de l'utilisation du feu (calcite rougie, noircie par la suie) et des vestiges d'os calcinés.

En 1995, une équipe de chercheurs, menée par François Rouzaud, avait estimé, grâce à la datation au carbone 14, qu'un de ces os brûlés avait au moins 47.000 ans.

L'idée que l'homme de Néandertal pouvait avoir réalisé les structures avait été émise. Puis les recherches avaient été mises en sommeil suite au décès de M. Rouzaud.

Sous l'impulsion de Sophie Verheyden, spéléologue et chercheuse à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, une nouvelle équipe a été formée en 2013.

Les structures ont été cartographiées très précisément grâce à la 3D. L'équipe internationale a daté les stalagmites par la méthode uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes.

Verdict: les agencements ont environ 176.500 ans. Et un vestige d'os brûlé a lui aussi cet âge vénérable.

"Cela a constitué une surprise incroyable pour nous. Nous avons refait les calculs pour en être certains", raconte à l'AFP Dominique Genty, paléoclimatologue du CNRS.

- Un rite ? -


Les scientifiques ont vérifié que ces structures ne pouvaient pas être d'origine naturelle ou bien être liées à la circulation des ours dans la caverne.

"Nous avons démontré de manière incontestable que ces structures sont bien d'origine humaine", déclare à l'AFP Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux.

Vu l'âge très ancien de ces structures, "il n'y a probablement que l'homme de Néandertal qui puisse en être l'auteur car il n'y avait pas d'autres groupe humain à cette époque en Europe", souligne l'archéologue Marie Soressi, de l'Université de Leiden (Pays-Bas), dans une commentaire pour Nature. L'homme moderne n'était pas encore arrivé dans ces contrées.

L'une des structures de forme circulaire est large de plus de 6,7 mètres et comprend un "muret" composé de plusieurs couches de fragments de stalagmites superposés, qui fait 30 centimètres de haut.

Les Néandertaliens ont arraché les stalagmites dans la grotte et les ont calibré pour venir les agencer. "Ils ont déplacé 2,3 tonnes de matériel. Cela ne peut être qu'un travail collectif", souligne M. Jaubert.

Pour s'éclairer, ils ont fait du feu en faisant brûler des os, comme le montrent les traces de points de chauffe retrouvées sur les structures.

Pour le chercheur, l'étude fait "bouger les lignes" concernant l'Homme de Néandertal qui a vécu entre - 250.000 ans et - 40.000 ans.

"Nous estimons avoir apporté la preuve de la capacité de l'homme de Néandertal à aller sous terre dans un milieu hostile en s'éclairant avec du feu, pour faire des choses inhabituelles qui ne sont pas du domaine de la subsistance", a-t-il dit.

Cela montre que "ce ne sont pas des sombres brutes qui ne font que tailler du silex ou abattre des bisons pour s'alimenter".

Pourquoi ces Néandertaliens ont-ils édifié ces mystérieuses structures si loin dans la grotte?

Etait-ce lié à des rites, à la célébration d'un culte? Le chercheur reste prudent mais il espère qu'"avec Bruniquel, on va tirer un fil très intéressant".

L'équipe va demander l'autorisation de faire de nouveaux prélèvements.

La grotte, privée et gérée par une société spéléologique, est en cours de classement par le ministère français de la Culture.

Source : La Croix du 26/05/2016