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samedi 17 février 2018

Les premiers Britanniques auraient eu la peau foncée

Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à révéler l'apparence physique de « l'homme de Cheddar », un humain ayant vécu en Angleterre il y a 10 000 ans. Les résultats de l'analyse de son code génétique défient nos attentes en ce qui concerne les apparences des ancêtres des Européens.

L’homme de Cheddar (qui n’a de lien avec le fromage anglais que le nom) est l’un des plus vieux squelettes d’humains modernes à avoir été trouvés en Angleterre.

Un buste à son effigie, révélé par un groupe de chercheurs du Musée d’histoire naturelle de Londres (Nouvelle fenêtre), montre que ce dernier avait les cheveux bouclés, les yeux bleus et, à la surprise de plusieurs, la peau noire.

Bien que ce mélange de caractéristiques défie les attentes, il pourrait avoir été la norme dans cette région au cours du Mésolithique, cette période de l’histoire qui se situe il y a environ 12 000 ans, jusqu’à l’invention de l’agriculture.

L’homme de Cheddar a été découvert en 1903 dans la grotte de Gough, qui se trouve dans une formation calcaire que l'on a nommée les gorges de Cheddar, dans le sud-ouest du pays, près du village qui a donné son nom au fromage. Il y vivait à une époque où l’Angleterre était rattachée à l’Europe par un pont terrestre, à l’endroit où se trouve la Manche aujourd’hui.

Les premières observations ont révélé qu’il mesurait 1,67 mètre et qu’il est mort dans la vingtaine, probablement d’une cause violente, selon les fractures sur son crâne. Toutefois, le manque de détails d’époque sur le site de sa découverte n’avait pas permis d’en dire plus.

Percer le secret des premiers Européens

Pour mieux comprendre qui était l’homme de Cheddar, les chercheurs se sont tournés vers son ADN. L'analyse d'un code génétique vieux de 10 000 ans reste cependant difficile, l’ADN étant une molécule fragile qui se dégrade en quelques siècles.

Toutefois, s’il est isolé du monde extérieur et maintenu dans de bonnes conditions, comme ce fut le cas dans cette caverne, l’ADN peut survivre plus longtemps.

En creusant un trou de 2 millimètres à l’intérieur du crâne dans un os de la tempe, l’un des plus denses du corps humain, les chercheurs ont réussi à récupérer assez d’ADN pour reconstituer l’ensemble du génome de l’homme de Cheddar.

En combinant les données génétiques reliées à la couleur de la peau ou des yeux avec les mesures morphologiques du crâne, des artistes ont ensuite réussi à recréer une approximation tridimensionnelle de son apparence faciale.

Si la combinaison de ses yeux bleus et de sa peau noire peut sembler hors du commun, le génome de l’homme de Cheddar est aussi très près d’autres échantillons génétiques, moins complets cependant, de chasseurs-cueilleurs de la même période, trouvés en Espagne, au Luxembourg ou en Hongrie. Il serait donc possible que cette combinaison de caractéristiques ait été très courante en Europe mésolithique.

L’humanité en migration

Si les Européens modernes sont maintenant majoritairement blancs, ce serait en raison d’une migration importante de cultivateurs en provenance du Moyen-Orient, qui auraient traversé le continent il y a environ 6000 ans.

Ces personnes avaient la peau pâle et les yeux bruns et elles ont rapidement supplanté les populations de chasseurs-cueilleurs présents en Europe à l’époque, comme celle à laquelle appartenait l’homme de Cheddar.

Aujourd’hui, environ 10 % du génome des Britanniques proviendrait directement de ces chasseurs-cueilleurs.

Ironiquement, notons que, comme la majorité des Européens de l’époque, l’homme de Cheddar était… intolérant au lactose! Les gènes permettant aux êtres humains adultes de digérer du lait ne sont apparus qu’après le développement de l’agriculture, deux millénaires plus tard.

Source : Radio Canada du 16/02/2018

jeudi 15 février 2018

«Cheddar Man» : l'ancêtre des Britanniques avait-il la peau noire ?

Si ce n'est pas impossible, pour Céline Bon, paléogénéticienne au Musée de l'Homme, le nouveau buste de ce chasseur-cueilleur dévoilé la semaine dernière ressemble plus «à une opération de communication, qu'à un travail scientifique».

«Cheddar Man», c'est l'homme aux cheveux noirs, à la peau noire et aux yeux clairs dont toute l'Angleterre parle depuis une semaine. Cet homme dont le squelette a été découvert au début du siècle dernier (1903) dans des gorges proches du village de Cheddar (qui a donné son nom au célèbre fromage) est le plus vieil humain retrouvé en Grande-Bretagne. Âgé de 10.000 ans, il est en quelque sorte l'ancêtre des Britanniques : 10% de la population présente une ascendance génétique avec ce chasseur-cueilleur. Une reconstitution de son visage réalisée il y a quelques années seulement le montrait avec la peau claire et aux yeux marron. Mais mercredi dernier, le Musée d'histoire naturelle de Londres en a dévoilé une version «revisitée»... à la peau foncée et aux yeux clairs.

Avec son équipe, Chris Stringer, directeur des recherches au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, a utilisé de l'ADN prélevé au niveau du crâne du squelette pour reconstituer ce nouveau visage. «Il est très surprenant de voir qu'un Britannique, il y a 10.000 ans, pouvait avoir la peau très sombre et des yeux très bleus», commente-t-il. Tom Booth, un autre chercheur du muséum impliqué dans ces travaux, est plus explicite : «jusqu'à récemment, on pensait que la couleur de peau des hommes s'était rapidement éclaircie après leur arrivée en Europe il y a 45.000 ans. La peau claire permet de mieux absorber les rayonnements UV (qui permettent de synthétiser la vitamine D, NDLR), ce qui aide les hommes à lutter contre les carences dans les climats moins lumineux.»

Ces résultats ne surprennent pas forcément la communauté mais des chercheurs s'interrogent néanmoins sur la méthode utilisée. «Chris Stringer et son équipe sont des gens sérieux, mais objectivement, ça ressemble plus à une opération de communication qu'à autre chose.» Aucune publication scientifique n'est en effet associé à cette annonce fracassante. Le Musée d'Histoire Naturelle de Londres a dévoilé le nouveau buste et annoncé un documentaire diffusé sur Channel 4, mais aucune publication ne vient détailler les travaux effectués pour arriver à ces conclusions.

Autant la couleur des yeux est facilement identifiable, autant il est très difficile de définir avec certitude une couleur de peau à partir d'ADN ancien. «La couleur de peau est due à la concentration en mélanine (un pigment naturel produit dans les cellules épithéliales, NDLR)», explique Céline Bon. «De nombreuses mutations génétiques peuvent altérer sa production. On est exactement dans la même configuration qu'une usine dont la production est perturbée : de nombreuses pannes différentes peuvent avoir cette même conséquence.»

Il existe ainsi de nombreux marqueurs génétiques pouvant être associées à la peau claire. Mais il est plus difficile de démontrer que la production de mélanine se fait correctement. «En l'état des connaissances, il me paraît difficile de démontrer avec certitude qu'un individu avait la peau foncée.» On peut en revanche établir un niveau de probabilité en fonction de la finesse des analyses. Les travaux portant sur des restes de chasseurs-cueilleurs espagnols (La Brana), ou hongrois (Koros 1), datant approximativement de la même période, laissaient déjà penser qu'ils avaient probablement la peau sombre. Mais sans certitude absolue.

L'histoire de l'évolution de la pigmentation des populations humaines est éminemment complexe. «Nos ancêtres primates avaient la peau claire sous les poils», rappelle Céline Bon. «Avec la perte des poils, la peau s'est colorée pour mieux résister aux rayons UV. La modification de la couleur de peau est donc extrêmement ancienne. C'est impossible de dater précisément quand sont réapparues des populations aux couleurs de peau claire. La pigmentation des populations avant la sortie d'Afrique était déjà très diversifiée.»

Autre exemple, les Inuits ont la peau foncée alors qu'ils vivent dans un environnement pauvre en luminosité. Ils compensent le manque de vitamine D par une modification de leur régime alimentaire très riche en poisson. «C'est d'ailleurs pour la même raison que nos grands-mères mangeaient de l'huile de foie de morue en hiver», rappelle Céline Bon. Certaines théories proposent que l'agriculture a favorisé une alimentation pauvre en vitamine D, ce qui aurait entraîné l'éclaircissement de la peau. «La mutation responsable de la peau claire est néanmoins apparue bien avant», estime Céline Bon. «La relation de causalité entre ces deux événements n'est pas si évidente.»

Source : Le Figaro du 13/02/2018

dimanche 1 mars 1987

Homme de Cheddar

L'Homme de Cheddar (en anglais : Cheddar Man) est un homme ayant vécu en Grande-Bretagne il y a environ dix-mille ans. Son squelette presque complet a été découvert en 1903 dans la grotte de Gough, dans le Somerset, en Angleterre. Il est conservé au musée d'histoire naturelle de Londres. L'homme était un chasseur-cueilleur du Mésolithique qui mesurait environ 1,66 m. Il avait entre vingt et trente ans à sa mort, due sans doute à une cause violente.

Une étude de ses gènes aurait montré qu'il devait avoir la peau noire et les yeux bleus. Les populations à la peau claire, maîtrisant l'agriculture, seraient arrivées en Grande-Bretagne plus tardivement, au Néolithique. Les conclusions de cette étude, selon leurs propres auteurs, s'avéreraient toutefois incertaines et les généticiens seraient encore loin d'être capables de déterminer la couleur de peau des hommes préhistoriques.

Toutefois le professeur Chris Stringer, responsable de la recherche sur les origines humaines du Musée d'histoire naturelle de Londres a déclaré : « J'ai étudié le squelette de Cheddar Man pendant environ 40 ans… Alors, c'est un choc d’avoir en face de moi une reconstitution de à quoi ce « gars » pouvait ressembler — avec en plus cette combinaison inattendue des cheveux, du visage, de la couleur des yeux et de la peau sombre. Il y a quelques années, nous n'aurions pas pu imaginer cela et pourtant c'est ce que montrent sans équivoque les données scientifiques. »

Source : Wikipedia