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jeudi 14 mars 2024

Ces humains préhistoriques ont utilisé certains outils avec 300 000 ans d'avance sur les autres !

Certains groupes préhistoriques d’Asie de l’Est possédaient déjà les techniques de tailles complexes de la période Acheuléene il y a 1,1 millions d’années, soit 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait ! Ces étonnants résultats sont le fruit de l’analyse d’outils en pierre taillée retrouvés en Chine.

L'évolution humaine est étroitement liée à l'acquisition et au développement de nouvelles techniques. Australopithèque aurait ainsi peut-être été le premier à fabriquer des outils, certes très rudimentaires, il y a 3,3 millions d’années. C'est ensuite les différentes espèces du genre Homo qui ont affiné la technique de taille, passant ainsi de l'industrie lithique de mode 1 (Oldowayen) développé par Homo habilis il y a environ 2,5 millions d'années, à l'industrie lithique de mode 2 (Acheuléen), qui apparait il y a environ 1,7 millions d’années.

Culture acheuléenne : une complexification de la pensée

La culture de mode 2 est associée à l'élaboration de techniques de taille d'une grande finesse, avec notamment la production de bifaces, de hachereaux ou de polyèdres, dont les formes, bien définies et pensées à l'avance, permettaient d'avoir des outils spécifiques pour une multitude de tâches. Le passage au mode 2 est donc un signe fort d'évolution, associé à une complexification de la pensée. Les premiers outils acheuléens semblent être apparus au Kenya et dans le sud de l'Afrique, avant que cette industrie lithique ne se disperse au Moyen-Orient, en Inde, puis en Europe, où elle ne succède au mode 1 qu'à partir de 760 000 ans. Dans l'Est de l'Asie, cette transition se serait effectuée il y a environ 800 000 ans.

Outils en pierre taillée appartenant au mode 2 (Acheuléen)

Une technique apparue en Chine 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait

Cependant, une nouvelle étude révèle que la culture acheuléenne aurait cependant existé bien plus tôt dans cette région du monde. Dans le bassin de Nihewan, en Chine, des chercheurs ont en effet découvert de nombreux outils en pierre impliquant la mise en œuvre de techniques de mode 2 il y a déjà 1,1 millions d'années. L'analyse des outils indique qu'ils ont été produits suivant des techniques standardisées visant à les fabriquer en série : une caractéristique de l'Acheuléen.

Ces résultats, publiés dans la revue PNAS, révèlent que l'industrie lithique n'était donc pas marquée de façon homogène par le mode 1 il y a 1,1 millions d'années comme on le pensait auparavant, mais que coexistait déjà des groupes ayant acquis le mode 2. Cette découverte pourrait aider à mieux comprendre la dispersion des industries lithiques et les connections culturelles qui ont pu être établies entre l'Asie de l'Est et les autres régions du monde à cette époque.

Source : Futura du 14/03/2024

samedi 25 mars 2023

Paranthropus a-t-il taillé les premiers outils ?

Sur la rive du lac Victoria, au Kenya, le site de Nyayanga a livré des dents de paranthropes cotoyant des pierres taillées datant de 2,8 millions d’années, soit un million d’années plus tôt que les plus vieux outils connus. Ce cousin du genre homo est-il le premier tailleur de pierre de l’histoire ?

En 2015, à Ledi-Geraru, dans les Afars, en Éthiopie, on met au jour un fossile vieux de 2,8 millions d’années : LD 350-1. Cette demi-mandibule est hominine, c’est-à-dire qu’elle appartient à la lignée regroupant ardipithèques, australopithèques et humains divers, bref toutes les formes préhumaines ou humaines issues, avec les chimpanzés, de notre ancêtre commun il y a quelque 8 millions d’années. Certaines des caractéristiques de cette demi-mandibule sont archaïques, mais d’autres sont si humaines qu’elles la placent hors de la lignée australopithèque, donc au sein du genre Homo. Or Ledi-Geraru a aussi livré des galets aménagés et autres éclats coupants, ce qu’on qualifie d’outils « de mode 1 », ou « oldowayens », parce qu’on les associait à l’origine seulement aux membres de l’espèce H. habilis, qui ont vécu dans les gorges d’Olduvai vers 1,8 million d’années. Comme leur âge de 2,6 millions d’années en faisait alors les plus anciens outils oldowayens connus, on les a naturellement attribués à l’espèce humaine de LD 350-1. Toutefois, l’équipe de Thomas Plummer, de l’université de New York, vient d’en découvrir d’autres à Nyayanga, au Kenya, taillés par des paranthropes il y a quelque 2,8 millions d’années, soit un million d’années plus tôt qu’à Ledi-Geraru… Comment concilier les découvertes de Ledi-Geraru et de Nyayanga ?

Situé sur une berge de la péninsule de Homa, sur les rives nord-est du lac Victoria, au Kenya, le site de Nyayanga, est extrêmement ancien. L’ancrage dans le temps de sa pile sédimentaire à l’aide de datations paléomagnétique et radiochronologique suggère un horizon archéologique compris entre 3,032 et 2,595 millions d’années, intervalle dont la valeur médiane est 2,8 millions d’années. Quand les chercheurs y mirent au jour de premiers outils oldowayens, leur premier réflexe fut de les attribuer à Homo. C’est pourquoi deux des membres de l’équipe – la paléoanthropologue Emma Finestone et le préparateur des musées nationaux du Kenya Blasto Onyango – vécurent un véritable choc lorsque, sous des os d’hippopotame, ils aperçurent une première molaire énorme mêlée à des outils oldowayens. La découverte d’une autre grosse molaire partielle ajouta à leur étonnement : tant l’énorme taille de ces deux dents que leurs traits fins prouvaient leur appartenance à un paranthrope.

Le genre Paranthropus rassemble ce qu’on nomme des « australopithèques robustes » bipèdes, qui ont vécu en Afrique entre 2,9 et 1,2 millions d’années. Son espèce la plus connue est P. boisei. Les paranthropes étonnent les paléoanthropologues par le grand contraste existant entre leurs petites dents de devant et leurs énormes prémolaires et molaires. Une telle dentition suggère qu’ils se servaient souvent de leurs molaires pour broyer des graminées, des graines, des racines et des tubercules, voire des insectes qui s’en nourrissent, comme les termites, mais pouvaient aussi à l’occasion cisailler de la viande avec leurs dents de devant. Il s’agissait donc avant tout d’herbivores, très aptes à consommer des graminées en saison humide, des végétaux coriaces en saison sèche, mais aussi, quand ces végétaux manquaient – capables de charogner.

En haut, le fragment d’une molaire inférieure (à gauche) et la molaire supérieure de paranthrope (à droite) trouvés au milieu d’outils abandonnés parmi les os d’un hippopotame, dont la carcasse fut exploitée. Au-dessous, quelques-uns des outils oldowayens trouvés à Nyayanga : (de gauche à droite) un percuteur portant des traces de choc, un nucléus dans la masse duquel manquent plusieurs éclats, puis quelques exemple d’éclats tranchants.

De fait, sur le site, les chercheurs ont mis au jour 1 176 os provenant de tortues, d’hippopotames, de crocodiles et d’autres animaux de bord d’eau, morts sur place sans doute. Plusieurs de ces os portent des traces d’activités de boucherie. L’usure observée sur 30 outils confirme la transformation par pilonnage non seulement de restes de faune, mais aussi de tissus végétaux, ce qui apparaît caractéristique de paranthropes avant tout herbivores, dont la carnivorie n’était sans doute qu’opportuniste. Leurs énormes prémolaires et molaires servant prioritairement à mastiquer des végétaux, les paranthropes semblent avoir pratiqué une sorte de « prémastication outillée » de la viande. Les essais pratiqués par les chercheurs induisent que seules plusieurs heures d’utilisation des outils sont à même d’expliquer les macro- et microtraces observées. Les marques de coupure et autres dommages par percussion montrent que l’on consommait tant la viande encore attachée aux os, que la moelle conservée en leur sein. Une côte striée par un éclat coupant et le fait que les os de deux hippopotames sont disposés en tas, où l’on retrouve des outils, indiquent qu’ils ont été équarris, activité que l’on imagine mal s’être produite après une chasse…

La qualité des 330 outils taillés à Nyayanga est remarquable. Le mode 1/Oldowayen, fut précédé par le Lomekwien, qui date de 3,3 millions d’années, une technique de taille consistant à choquer des pierres sur une « enclume ». Pour sa part, l’Oldowayen est une technique à mains libres : il consiste à frapper un « galet » tenu dans une main – c’est-à-dire une pierre – avec un percuteur (une autre pierre) tenu par l’autre main, soit pour le doter d’un tranchant sur une face ou deux, soit pour en tirer des éclats. Dans ce cas, la pierre choquée est un « nucléus ». À Nyayanga, plus de 20 % des outils sont des nucléus. Les autres sont soit les éclats qui en furent débités, soit des percuteurs durs (pierre) portant des traces de chocs répétés. Les roches taillées – quartz, quartzite, rhyolite et carbonatite –, toutes volcaniques étant donné le substrat géologique du site, illustrent le comportement opportuniste de tailleurs de pierre qui savaient transformer des roches diverses en outils, bref d’artisans expérimentés pratiquant une tradition technique bien installée.

S’agit-il vraiment de paranthropes ? L’emplacement de la molaire au milieu d’ossements et d’éclats tranchants et la découverte du fragment d’une autre dent rend très invraisemblable une présence seulement fortuite de ces australopithèques robustes. Argument supplémentaire : la restitution de l’environnement à partir d’une analyse des rapports isotopiques du carbone dans les carbonates mêlés au sol et des dents de bovidés trouvées sur le site indique que les occupants de Nyayanga vivaient dans un habitat mésique – à humidité moyenne – fait de brousses, de savanes arborées et de zones arbustives de bord de l’eau. Bref, il s’agissait d’un paradis pour paranthropes, très riche en graminées et en plantes herbacées pendant la saison humide, mais doté aussi de carcasses à exploiter quand régnait la disette. Ainsi, l’hypothèse la plus probable est qu’à Nyayanga, des paranthropes ont exploité des animaux semi-aquatiques morts au bord de l’eau à l’aide de leurs propres outils.

Il s’agit là d’un comportement opportuniste, s’inscrivant dans une stratégie alimentaire sans doute pratiquée aussi à des nuances près par d’autres hominines. De fait, les tailles de la canine, de la grosse prémolaire et des trois grosses molaires attachées à LD 350-1 coïncident avec celles des mêmes dents du très herbivore Australopithecus afarensis. Étant donné que l’on sait que la consommation accrue de viande a joué un rôle crucial dans l’hominisation, cela montre que la forme humaine de LD 350-1 était encore assez herbivore. Cela semble indiquer qu’elle était transitionnelle entre les australopithèques et les humains et date d’un temps pendant lequel tous les hominines d’écologies comparables – les paranthropes, des australopithèques graciles (Australopithecus garhi ?) et de premiers humains proches de ces derniers – fabriquaient des outils similaires pour mieux tirer parti des ressources disponibles. Cette époque de généralisation de la mastication outillée est aussi celle de l’hominisation. Quand commence-t-elle ? Avant trois millions d’années, suggèrent les découvertes faites à Nyayanga, car, d’après sa datation, le site pourrait avoir cet âge. Survivant par des stratégies proches dans les mêmes milieux, paranthropes et premiers humains ne pouvaient que se croiser. Peut-être échangeaient-ils ? Qui a imité qui ?

Source : Pour la Science du 25/03/2023

jeudi 16 février 2023

Ces outils ont 3 millions d’années et n’auraient pas été fabriqués par nos ancêtres

Des éléments de preuve suggèrent que les paranthropes (Paranthropus), des cousins des humains, se servaient d’outils. Jusqu’alors, les scientifiques croyaient qu’ils ne se servaient que de leurs dents et de leurs mâchoires pour manger.

Sur un site fouilles du sud-ouest du Kenya, des archéologues ont découvert des outils caractéristiques en pierre qui pourraient avoir été fabriqués il y a trois millions d’années et de fait être les plus anciens de ce type à avoir jamais été mis au jour.

Plus surprenant encore, les outils dont il est question ont été découverts près de fossiles de paranthropes (Paranthropus), des homininés qui ne sont pas des ancêtres des humains d’aujourd’hui.

Ces découvertes renforcent les théories selon lesquelles des homininés extérieurs au genre Homo ont utilisé des outils en pierre. Elles repoussent également de plusieurs milliers d’années la date de l’apparition de la technique oldowayenne, une méthode de fabrication d’outils est-africaine qui remonte au début du Paléolithique.

D’après la paléoanthropologue Emma Finestone, conservatrice adjointe du service des origines humaines au Musée d’histoire naturelle de Cleveland, dans l’Ohio, on soupçonnait depuis plusieurs années déjà Paranthropus de s’être servi d’outils.

Mais l’idée était tombée en disgrâce, notamment parce qu’on considérait que les homininés du genre Homo qui, eux, se servaient bel et bien d’outils en pierre, étaient plus intelligents, et parce que Paranthropus avait des dents et des mâchoires larges qui laissaient penser qu’il n’avait peut-être pas eu besoin d’outils pour transformer ses aliments.

Mais avec cette nouvelle découverte, « là c’est bon, je change d’avis », capitule Emma Finestone, qui faisait partie de l’équipe qui a travaillé de 2014 à 2022 à Nyayanga, site archéologique du sud-ouest Kenya sur les rives du lac Victoria.

Un vaste amphithéâtre naturel gît là et est rempli d’outils de pierre, principalement fabriqués à partir de quartz et de rhyolites, et des os fossilisés d’animaux mangés par des homininés primitifs. Parmi ces outils, on trouve des morceaux tranchants ayant servi à découper et à racler ; le cœur des roches (le matériau de base) desquelles ils ont été extraits ; et les percuteurs utilisés pour marteler les roches.

Révolution technologique

Sur une période de plus de dix ans, l’équipe de recherche, dirigée par Thomas Plummer, a identifié plus de 300 outils oldowayens sur le site de fouilles ; en 2019, ils ont également découvert une dent de Paranthropus. Une deuxième dent provenant d’un spécimen de Paranthropus différent a depuis été mise au jour au milieu d’un « éparpillement » d’ossements d’hippopotames découpés.

La plupart des connaisseurs pensaient que Paranthropus ne se servait que de ses dents robustes pour manger, mais « voilà qu’on retrouve Paranthropus sur un site en compagnie d’outils de pierre et d’un hippopotame dépecé », s’étonne Thomas Plummer, professeur d’anthropologie au Queens College de l’Université de la ville de New York et auteur principal de l’étude parue le 9 février 2023 dans la revue Science.

Les chercheurs ne peuvent être certains que ces outils ont été fabriqués et utilisés par Paranthropus, car des homininés appartenant à d’autres genres (comme Homo habilis) fréquentaient également la région de Nyayanga. Mais il y a de fortes chances que ce soit le cas.

Les outils et les dents découverts à Nyayanga se trouvaient dans des sédiments vieux de 2,6 à 3 millions d’années. D’après Thomas Plummer, ces outils pourraient avoir été confectionnés il y a 2,9 millions d’années environ, ce qui correspond à la partie haute de cette estimation.

L’imposante roche sur la gauche a servi de matériau de base pour la fabrication d’artefacts oldoweyens. Des homininés ont martelé le corps de la pierre à l’aide de percuteurs afin d’en extraire des copeaux tranchants et d’en faire des outils.

Avant cela, les plus anciens outils oldoweyens connus dataient d’il y a 2,6 millions d’années et provenaient de la région d’Afar, en Éthiopie, à près de 1 300 kilomètres au nord.

Bien que certains outils en pierre encore plus anciens (3,3 millions d’années) aient été mis au jour sur un unique site du nord-ouest du Kenya, la conception d’outils oldoweyens plus petits et plus légers a été une révolution technologique.

Malgré leur apparence abrupte, les outils oldoweyens se sont propagés sur la plupart du continent africain et même en dehors, et des espèces du genre Homo ont continué à en fabriquer et à s’en servir plus d’un million d’années.

« Les outils oldoweyens sont une technologie très importante, affirme-t-il. C’est saillant à la fois dans l’espace et dans le temps. »

Il a bon espoir que de futures découvertes de fossiles Paranthropus scelle pour de bon l’idée selon laquelle cet homininé non Homo a pu fabriquer ces outils. En outre, il va falloir s’intéresser de nouveau à plusieurs sites datant d’époques ultérieures où des fossiles de Paranthropus ont été découverts : Paranthropus pourrait avoir créé ces outils, et non des individus du genre Homo comme on le pensait.

Dépeçage d'hippopotame

Selon Bernard Wood, paléoanthropologue de l’Université George-Washington, à Washington, qui n’a pris part à l’étude, le fait que des homininés dépeçaient des hippopotames à cette époque est un autre aspect intéressant des découvertes réalisées à Nyayanga.

Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que le dépeçage d’animaux aussi imposants n’est intervenu que bien plus tard, après que les homininés sont devenus plus gros et plus doué pour la chasse.

« Personne ne dit qu’ils chassaient ces animaux imposants, mais peut-être qu’il leur arrivait de tomber dessus quand ils mouraient et qu’ils se rendaient compte que la chair et les os pouvaient leur servir, explique-t-il. On a pu spéculer sur la probabilité de ce fait mais là, il y a des preuves archéologiques tangibles. »

Neil Roach, biologiste de l’évolution humaine de l’Université Harvard qui n’a pas pris part aux recherches, ajoute que les grands singes et les singes d’aujourd’hui comme les capucins fabriquent des outils en pierre, et que l’on peut donc s’attendre à ce que des homininés non Homo aient se soient servis de tels objets.

« La vieille idée selon laquelle les outils seraient apparus avec Homo il y a environ deux millions d’années avait déjà fait long feu, et cela permet d’enfoncer encore un peu plus le clou », déclare-t-il.

Source : National Geographic du 15/02/2023

dimanche 26 septembre 2021

Au Maroc, découverte d’outils de couture en os vieux de 120 000 ans

Non loin de Rabat, des artefacts « intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure » ont été trouvés.

Une équipe internationale de chercheurs a identifié les plus anciens outils en os jamais découverts pour la confection d’habits, vieux de 120 000 ans, dans une grotte près de Rabat, a-t-on appris auprès d’un archéologue marocain ayant pris part aux recherches.

« C’est une découverte majeure car, si des outils en os plus anciens ont déjà été découverts dans le monde, c’est la première fois qu’on identifie des outils en os ayant servi à confectionner des habits », a expliqué jeudi à l’AFP l’archéologue Abdeljalil El Hajraoui.

La soixantaine d’outils osseux retrouvés dans la grotte des Contrebandiers – située près de la capitale du Maroc – « ont été intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure », selon une étude publiée la semaine dernière par la revue américaine iScience.

Cette découverte pourrait contribuer à répondre à la grande question sur l’origine du comportement moderne chez Homo sapiens, souligne l’archéologue marocain.

Des foyers creusés dans la terre ou à l’air libre

« La couture est un comportement qui a été perpétué depuis ces temps-là. D’ailleurs, les outils découverts dans la grotte couvrent une période de 30 000 ans, ce qui prouverait l’émergence de la mémoire collective », étaye le spécialiste de l’Institut marocain des sciences de l’archéologie et du patrimoine (Insap). « Compte tenu du niveau de spécialisation des outils de la grotte des Contrebandiers, il est probable que des exemples antérieurs y seront retrouvés », précise l’étude.

Des foyers, creusés dans la terre, construits ou à l’air libre, pour se protéger contre des phénomènes naturels ont également été découverts dans la grotte. Tout comme des éléments de parure (coquilles perforées). « Il s’agit d’une évolution culturelle notable, encore au stade de l’étude », relève le chercheur marocain.

Par ailleurs, à quelque 400 kilomètres de la grotte des Contrebandiers, des chercheurs marocains, américains et français ont exhumé une trentaine de coquilles façonnées d’escargots marins dans une couche datant de 142 000 à 150 000 ans dans la grotte de Bizmoune, près d’Essaouira (sud-ouest), a annoncé mercredi 22 septembre un communiqué du ministère marocain de la culture, citant une étude publiée dans la revue américaine Science Advances. Des coquilles qui sont « les plus anciens éléments de parure découverts à ce jour », d’après le communiqué.

Rappelons qu’en 2017, la découverte sur le site marocain de Djebel Irhoud de fossiles de plus de 300 000 ans avait fait reculer dans le temps de plus de 100 000 ans l’apparition de notre espèce.

Remontant plus encore dans le temps, fin juillet, des archéologues internationaux ont localisé le site préhistorique acheuléen le plus ancien d’Afrique du Nord, vieux de 1,3 million d’années, dans la périphérie de Casablanca (côte ouest).

Une découverte majeure, car jusqu’à présent les archéologues estimaient que la civilisation acheuléenne, dont l’une des caractéristiques est l’invention des outils bifaces, pendant le paléolithique inférieur, était apparue il y a 700 000 ans dans cette partie d’Afrique du Nord.

Source : Le Monde du 24/09/2021

samedi 31 juillet 2021

La découverte d'un biface acheuléen au Maroc réécrit la préhistoire de l'Afrique du Nord

Le site recèle d'indices sur la présence de variants d'Homo erectus, constituant la plus ancienne occupation humaine de la région.

Son nom vient du gisement de Saint-Acheul, faubourg d'Amiens, où fut découvert un outillage du Paléolithique inférieur dont la pièce caractéristique est le biface. Une équipe internationale a découvert l'Acheuléen le plus ancien d'Afrique du Nord, datant de 1,3 million d'années, dans la périphérie de Casablanca, a indiqué mercredi des chercheurs marocains ayant participé au programme de recherche.

Jusqu'à présent, les archéologues estimaient que la culture acheuléenne, dont l'une des caractéristiques est l'invention des outils bifaces, pendant le paléolithique inférieur, s'était établie il y a 700.00 ans dans cette partie d'Afrique du Nord. «Avec ce nouveau rebond chronologique, presque le double, le pays se positionne à l'échelle du continent (africain) où l'Acheuléen est documenté à presque 1,8 million d'années en Afrique de l'Est et 1,6 million d'années en Afrique du Sud», a expliqué l'archéologue marocain Abdelouahed Ben Ncer. Il s'agit d'une découverte «majeure» qui «contribue à enrichir le débat sur l'émergence de l'Acheuléen en Afrique», s'est félicité le codirecteur du programme franco-marocain Préhistoire de Casablanca, Abderrahim Mohib, lors d'une conférence de presse à Rabat. Cette recherche, parue dans la revue britannique Nature Report, a mobilisé 17 chercheurs marocains, français et italiens.

Elle s'appuie sur l'étude d'outillage lithique (bifaces, hachereaux ou piques) et géologique, extraits du site de la carrière «Thomas I», non loin de Casablanca (ouest), où des recherches sont menées depuis les années 1980. Les archéologues y ont découvert «l'un des assemblages acheuléens les plus riches d'Afrique», a souligné Abderrahim Mohib. «C'est très important car on parle du temps préhistorique, une période complexe avec peu de données.»

Les recherches ont également permis de découvrir «la plus ancienne occupation humaine au Maroc», a affirmé le codirecteur, précisant qu'il s'agissait de «variants de l'Homo Erectus ». En 2017, dans le site préhistorique de Jebel Irhoud (sud-ouest), des archéologues avaient découvert les restes d'Homo Sapiens de 300.000 ans, les plus vieux au monde. Cette découverte avait chamboulé la vision de l'évolution humaine.

Source : Le Figaro du 31/07/2021

mercredi 21 avril 2021

Olorgesailie

Olorgesailie est un site préhistorique du Paléolithique inférieur, situé dans la vallée du Grand Rift, dans le sud du Kenya. Olorgesailie est remarquable pour la découverte d'un grand nombre de bifaces acheuléens, façonnés durant des milliers d'années entre il y a 1,2 million et 490 000 ans, associés avec des activités de dépeçage de gros mammifères. Un os frontal humain fossile, daté de 900 000 à 970 000 ans, y a été mis au jour.

Historique

Des outils lithiques ont d'abord été découverts par le géologue britannique John Walter Gregory en 1919, mais ce n'est qu'en 1943 que les fouilles ont commencé sérieusement sous la direction de Mary et Louis Leakey, avec l'aide de prisonniers de guerre italiens en liberté conditionnelle. Les travaux se sont poursuivis jusqu'en 1947. L'archéologue sud-africain Glynn Isaac a repris les fouilles dans les années 1960 pour sa thèse de doctorat. Dans les années 1980, Richard Potts, travaillant à la Smithsonian Institution, a poursuivi ses recherches en collaboration avec les musées nationaux du Kenya.

Découvertes

De très nombreux outils lithiques ont été découverts sur le site, dont des bifaces caractéristiques de la période acheuléenne qui abondent. Ces outils ont été taillés entre 1,2 million et 490 000 ans, le long de ce qui était alors le rivage d'un lac maintenant asséché.

Des fossiles de divers animaux ont également été trouvés, y compris ceux d'espèces éteintes d'hippopotame (Hippopotamus gorgops), d'éléphant (Elephas recki), de zèbre (Equus oldowayensis), de girafe et de babouin (Theropithecus oswaldi), susceptibles d'avoir été dépecés à l'aide des bifaces trouvés.

En juin 2003, une équipe dirigée par Richard Potts a découvert in situ un os frontal humain fossile. D'autres parties du crâne (répertorié sous le numéro KNM-OL 45500) ont été trouvés dans les mois suivants. L'os frontal est daté de 900 000 à 970 000 ans, ce qui en fait le premier fossile humain trouvé sur le site. Les restes fossiles étaient dans le même niveau stratigraphique que deux bifaces et plusieurs éclats, près de dépôts denses de bifaces.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 1,2 Ma - 490 ka
découverte : John Walter Gregory
date : 1919
espèce :

lundi 19 avril 2021

Wolo Sege

Le site, appelé Wolo Sege, a produit plus de 40 flocons de pierre. C'étaient des outils à main, probablement utilisés pour abattre la viande entre autres tâches.

Beaucoup montrent des preuves d'avoir été entraînés dans un ruisseau avant d'être couchés. De manière critique, cependant, leur enterrement est coiffé par une couche de cendres volcaniques qui a été datée avec précision il y a un peu plus d'un million d'années.

Les scientifiques ne peuvent pas dire qui a utilisé ces outils. Le nombre est insuffisant à ce stade pour évaluer quelle culture les a produits. Mais leur simple découverte soulève des questions intéressantes.

L'idée que Flores pourrait avoir une histoire d'occupation très profonde alimentera le débat sur les origines de H. floresiensis .

De nombreux scientifiques pensent que la créature a évolué à partir d'une espèce beaucoup plus grande, Homo erectus , qui s'est isolée et rétrécie avec le temps. D'autres soulignent des caractéristiques du corps du hobbit - telles que la longueur de ses pieds à la forme de sa ceinture scapulaire - qui sont très primitives et pas ce à quoi on pourrait s'attendre chez H. erectus nain .

Ces chercheurs ont avancé l'idée que H. floresiensis pourrait avoir évolué à partir de créatures plus archaïques qui ont quitté l'Afrique pour coloniser l'Asie avant même Erectus.

Source :

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nom :
âge : 1 Ma
découverte :
date :
espèce : Homo floresiensis

lundi 22 février 2021

Ils exhument l'un des plus anciens symboles abstraits tracés par des humains

Il s'agit de six rainures parallèles espacées de 0,5 à 2 cm, imprimées sur un fragment d'os d'auroch, un ancêtre disparu de nos bovins. Et la datation de la couche sédimentaire où il se trouvait, dans le site de Nesher Ramla en Israël, lui attribue un âge d'environ 120 000 ans.

Il existe des inscriptions plus anciennes que celle-ci, reconnues comme symboles par les paléoanthropologues. Et elles ne sont pas l'œuvre d'Homo sapiens (nous) ! Telle celle attribuée à Homo erectus sur le site de Trinil dans l'île de Java en Indonésie, datée d'entre 540 et 430 mille ans, avant même l'avènement de notre espèce (300 000 ans).

Mais là c'est l'une des plus anciennes dans la région du Proche-Orient. Et selon l'équipe de paléontologues qui l'a découverte et analysée sous toutes les coutures il s'agit de symboles gravés intentionnellement par un représentant de la lignée Homo.

Polissage et retouches

Pour arriver à cette conclusion, l'équipe a dû écarter la piste d'un marquage accidentel suite au dépeçage de la bête - à l'aide de "couteaux" très aiguisés en silex par exemple - ou dû aux conditions naturelles auquel l'objet a été exposé durant tout ce temps.

Pour cela, les chercheurs l'ont analysé en profondeur, notamment à l'aide d'un microscope électronique à balayage, afin d'essayer de saisir le geste du graveur. Les six marques font entre 3,8 et 4,2 cm Puis ont eux-mêmes procédé à des essais sur des os afin de reproduire le même type de marque.

L'objet à été trouvé dans un site rempli d'outils en silex et d'os d'animaux, possiblement un camp de chasseurs(-cueilleurs) qui équarrissaient sur place les animaux chassés - principalement les aurochs et des tortues terrestres.

Côté gestes, l'œuvre aurait été produite par un seul individu droitier au cours d'une seule séance. Et l'évidente attention aux détails pour obtenir des marques si régulières en longueur et profondeur - on trouve même les traces d'un polissage et de retouches - excluent pour les chercheurs un acte involontaire et/ou utilitaire ou encore lié aux éléments naturels.

Lien spirituel

Quelqu'un a donc volontairement tracé sur cet os, avec un silex taillé tranchant, un jeu de symboles, au sens d'"une pratique dans laquelle les individus comprennent qu'un artefact peut posséder un sens, et que ce sens est construit sur et dépend de croyances partagées collectivement" comme le définissent les chercheurs dans l'article.

Néanmoins, la distinction entre une intention symbolique et une intention utilitaire est toujours un point de débat en paléontologie, car de tels signes ont pu servir pour marquer la propriété d'un objet.

"Nous postulons, écrivent les auteurs, que le choix de cet os particulier était lié au statut de cet animal dans cette communauté de chasseurs et est révélateur du lien spirituel que les chasseurs entretenaient avec les animaux qu'ils tuaient."

En revanche, la signification symbolique et spirituelle de ces signes demeure une énigme. "Même s'il est impossible de déterminer le sens exact de ces symboles, a déclaré à la presse Yossi Zaidner, cosignataire de l'article, nous espérons que la suite des recherches nous dévoilera des détails clés".

Source : Sciences et Vie du 22/02/2021

samedi 6 février 2021

Toulouse : Un chercheur a traqué des os de baleines... dans les Pyrénées

SCIENCES Selon un chercheur du laboratoire toulousain Traces, les hommes de la Préhistoire, considérés comme des chasseurs-cueilleurs, ont aussi exploité les ressources maritimes. La preuve, ces os de baleine retrouvés dans les Pyrénées

On n’imagine pas les hommes de la Préhistoire naviguant sur la mer. Considérés comme des chasseurs-cueilleurs, ils ont pourtant aussi exploité les ressources maritimes, comme les carcasses de baleines, échouées, pas pêchées. C’est ce qui ressort de l’étude d’Alexandre Lefebvre, chercheur en archéologie préhistorique associé au laboratoire Traces de Toulouse.

Spécialisé dans l’étude des objets fabriqués en matières osseuses, ce scientifique vient de publier un article sur ces découvertes dans la revue Quaternary Science Reviews. Il y démontre les premières relations entre les humains et les baleines pendant la Préhistoire, il y a environ 18.000 ans, grâce à des outils en os de baleine retrouvés, aussi étonnant que cela puisse être, dans les Pyrénées.

Circulation des outils dans les terres

L’objectif du chercheur était de savoir si l’usage des os de baleine comme matière première est un phénomène qui s’est limité au massif pyrénéen ou s’il s’est répandu dans l’ensemble des communautés atlantiques.

vendredi 5 février 2021

Des objets en os de baleine, vieux de 18 000 ans, démontrent les liens entre l'Espagne et les Pyrénées à la préhistoire

54 objets fabriqués en os de baleine ont été identifiés au nord de l’Espagne, âgés de 18000 ans pour les plus anciens. Une découverte scientifique révélée dans une étude menée par des chercheurs français et espagnols dont le laboratoire TRACES-CNRS de l’Université Toulouse Jean-Jaurès.

Autour du Golfe de Gascogne, les hommes préhistoriques n'étaient apparemment pas que des chasseurs-cueilleurs. C’est ce que révèle, en partie, l’étude menée par des chercheurs français et espagnols, dont le laboratoire TRACES-CNRS (Travaux de Recherches Archéologiques sur les Cultures et les Espaces et les Sociétés) de l’Université Toulouse Jean-Jaurès. Le projet nommé "Paleocet" dirigé par le chercheur toulousain Jean-Marc Pétillon, qui a fait appel à une quinzaine de scientifiques et archéologues internationaux, a été financé par l’agence nationale de la recherche française (ANR).

L’étude signale la découverte de 54 artefacts (objets façonnés par l'homme et découverts à l'occasion de fouilles archéologiques) fabriqués en os de baleine, vieux de 18 000 ans pour les plus anciens. Des objets identifiés dans les collections archéologiques de la côte nord atlantique de la Péninsule ibérique.

Il s’agit des plus anciens objets fabriqués en os de baleine retrouvés dans la Péninsule ibérique. Cette découverte réaffirme, l’importance des ressources marines dans la subsistance de ces populations nomades et à travers la circulation de ces objets dans la région Pyrénéo-cantabrique, l’étude confirme l’existence de vastes réseaux de communication autour du Golfe de Gascogne"

précise Alexandre Lefebvre, archéologue associé au projet.

18 000 ans : découverte des plus anciens objets fabriqués en os de baleine

Une étude qui relance l’hypothèse d’une "antériorité des premières économies littorales dans cette partie de l’Europe à la fin de la dernière glaciation", explique Alexandre Lefebvre

Dans l’esprit commun, les hommes préhistoriques étaient des chasseurs-cueilleurs qui vivaient de l’exploitation des ressources terrestres. Cette étude, publiée dans revue Quaternary Science Reviews, démontre que les Magdaléniens avaient aussi une vie littorale.

mercredi 13 janvier 2021

Des outils de 2 millions d’années montrent que l’Homme s’adapte à son environnement

Pour les non-initiés, ce ne sont que des cailloux ébréchés. Pour Julio Mercader, de l’Université de Calgary, ce sont plutôt des messages vieux de deux millions d’années illustrant les balbutiements de la technologie humaine.

«Ce sont vraiment les débuts de la dépendance technologique», a déclaré M. Mercader, auteur principal d’un article publié jeudi dans la revue «Nature». «Les outils proviennent d’une phase précoce de cette période qui marque une nouvelle relation entre l’Homme et l’environnement.»

L’article présente le travail combiné de 29 scientifiques de trois continents, qui ont analysé quelques dizaines d’outils en pierre trouvés à Oldupai Gorge, un site africain considéré par beaucoup comme l’endroit où les humains sont apparus pour la première fois. Datant de deux millions d’années, les haches à main, les flocons de quartz et les noyaux de roche sont parmi les plus anciens outils jamais trouvés.

Ils sont si vieux qu’ils précèdent l’Homo sapiens : ils peuvent avoir été l’oeuvre d’Homo habilis, une espèce dont des restes ont été retrouvés à proximité.

Tous les artefacts de cette antiquité sont précieux. Julio Mercader explique que ce qui les rend particulièrement précieux, c’est que des chercheurs de plusieurs disciplines ont été en mesure de les placer dans un contexte environnemental qui montre à quel point les humains ont su s’adapter depuis le début.

Les outils couvrent une période d’environ 235 000 ans. «Cela semble peut-être beaucoup, mais dans l’évolution humaine, c’est peu», rappelle le chercheur. Au cours de cette ère, l’environnement du site a changé rapidement et souvent: forêt, bord de lac, prairie, pré. Or, ces vieux humains ont su s’adapter. «Peu importe le changement de l’environnement, au moment où il y a une perturbation, un changement radical dans l’écologie locale, les humains se déplacent tout de suite», a déclaré M. Mercader.

«Il y a eu une énorme éruption volcanique qui a vraiment recouvert le paysage d’une masse solide de roche en fusion. Quand cela se refroidit et que de nouvelles plantes et animaux apparaissent, les humains font de même.

«Ce que cela montre, c’est l’énorme polyvalence et la flexibilité du comportement, qui permettent aux premiers humains d’exploiter tout environnement qui se trouve à leur proximité. Cela a des racines profondes.»

«Comme un couteau suisse»

Les outils eux-mêmes sont fabriqués à partir de roches trouvées sur place ou tout près. Les «fabricants» semblent avoir transporté des noyaux de pierre particulièrement attrayants, qu’ils pourraient utiliser par la suite pour les tailler en cas de besoin.

Les outils n’ont pas beaucoup changé au fil du temps, rappelle M. Mercader. «La technologie reste suffisamment flexible et suffisamment générale pour que, quoi qu’il arrive, vous puissiez toujours exploiter l’environnement. C’est comme un couteau suisse.»

Ces découvertes sont le résultat d’années de travail dans la région. Les chercheurs, formés pour connaître la différence entre un outil et une roche naturellement ébréchée, parcourent d’abord le terrain à la recherche de fragments d’os fossiles exposés. De nombreux fossiles osseux suggèrent que d’autres artefacts peuvent être à proximité et une fouille est alors amorcée. «Si la fouille est intéressante, nous élargissons le champ.»

Selon M. Mercader, cette illustre à merveille comment des scientifiques de différentes disciplines peuvent collaborer pour faire la lumière sur un passé lointain. «En travaillant avec des géoscientifiques et des chimistes, des paléoécologistes et des paléogéographes, nous pouvons déduire beaucoup de choses à partir des outils en pierre et du contexte dans lequel ils se trouvent.»

Et il n’y a rien de tel que de tenir dans sa main une pierre que tenait jadis un ancien artisan, avoue le chercheur. «C’est l’excitation qui vous donne envie de devenir archéologue.»

Source : L'Actualité du 07/01/2021

mardi 12 janvier 2021

L’âge de pierre peut avoir duré jusqu’à 20 000 ans de plus qu’on ne le pensait auparavant dans certaines régions

La période de l’âge de pierre pourrait avoir duré 20 000 ans de plus dans une partie de l’Afrique qu’on ne le pensait auparavant, ont révélé des découvertes archéologiques récentes.

De nouvelles découvertes sur des sites au Sénégal sur la côte ouest de l’Afrique, par des chercheurs de l’Institut Max Planck, incitent à repenser le rythme de l’évolution humaine.

Des découvertes antérieures ont suggéré que les humains en Afrique ont cessé d’utiliser certains outils et méthodes, y compris de simples pointes et grattoirs, au profit d’équipements plus complexes et élaborés, y compris des lances et des lames, il y a environ 30000 ans.

Cette distinction d’équipement et le passage à une approche des outils plus artistique et plus diversifiée au niveau régional marquent la transition du Moyen Âge de la pierre vers le dernier.

Les archéologues ont découvert que les anciens habitants de l’Afrique de l’Ouest utilisaient encore des outils simples il y a environ 11 000 ans, jusqu’à 20 000 ans après avoir perdu la faveur d’autres endroits.

Cela réfute une théorie de longue date selon laquelle l’humanité a évolué de manière uniforme vers notre mode de vie moderne et a plutôt évolué à des vitesses différentes à travers le monde.

De nouvelles découvertes sur des sites au Sénégal sur la côte ouest de l’Afrique, par des chercheurs de l’Institut Max Planck, incitent à repenser le rythme de l’évolution humaine.

L’âge de pierre est divisé en trois périodes: l’âge de pierre inférieur avant l’homo sapiens, l’âge de pierre moyen où les premiers homo sapiens utilisaient des outils simples comme des pointes et des grattoirs, et l’âge de pierre tardif, où l’artisanat a commencé à prendre la main.

Les découvertes du Moyen Âge de la pierre se produisent le plus fréquemment dans les archives africaines il y a environ 300 000 à 30 000 ans, après quoi elles disparaissent en grande partie, bien que de nouvelles recherches suggèrent que cela s’est poursuivi dans certaines zones isolées beaucoup plus tard.

La transition exacte varie d’une région à l’autre, mais la dernière étape de l’âge de pierre tardif, le néolithique, forme le chemin vers l’âge du bronze vers 3500 av. C.

Les archéologues disent que leurs recherches soutiennent l’idée que, pour la plupart de la préhistoire humaine, les groupes d’humains étaient relativement isolés les uns des autres.

La découverte intervient alors que les archéologues font quelques-unes des premières étapes pour découvrir le passé préhistorique de l’Afrique de l’Ouest, qui, selon eux, a été peu étudié par rapport à l’est et au sud du continent.

L’auteur principal d’une nouvelle étude, le Dr Eleanor Scerri, a déclaré que l’Afrique de l’Ouest est une véritable frontière pour les études évolutionnistes humaines, car presque rien n’est connu sur sa préhistoire.

“Presque tout ce que nous savons sur les origines humaines est extrapolé à partir de découvertes dans de petites régions d’Afrique orientale et australe”, a expliqué Scerri.

Son collègue, le Dr Khady Niang, de l’Université Cheikh Anta Diop au Sénégal, a ajouté: «Ces découvertes démontrent l’importance d’enquêter sur tout le continent africain, si nous voulons vraiment contrôler le passé humain profond.

“Avant nos travaux, l’histoire du reste de l’Afrique suggérait qu’il y a bien avant 11 000 ans, les derniers vestiges de l’âge de pierre moyen ont disparu depuis longtemps.”

L’équipe ne sait pas exactement pourquoi les habitants de l’âge de pierre en Afrique de l’Ouest ont mis plus de temps à adopter de nouveaux outils, mais pense que cela pourrait être dû à l’isolement géographique.

D’autres théories suggèrent que cela pourrait également être dû à des changements moins radicaux du climat, ce qui signifiait que les humains qui y vivaient n’avaient pas besoin de trouver de nouvelles façons de s’adapter.

Les archéologues disent que leurs recherches soutiennent l’idée que, pour la plupart de la préhistoire humaine, les groupes d’humains étaient relativement isolés les uns des autres. Ces dessins montrent certains des outils utilisés il y a 11 000 ans en Afrique de l’Ouest qui n’étaient plus utilisés ailleurs.

Le Dr Niang a déclaré: «La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est que cette persistance n’est pas simplement due à un manque de capacité à investir dans le développement de nouvelles technologies.

“Ces gens étaient intelligents, ils savaient sélectionner la bonne pierre pour fabriquer leurs outils et exploiter le paysage dans lequel ils vivaient.”

L’équipe a déclaré que leurs résultats, ainsi que les découvertes génétiques montrant une grande diversité parmi les humains vivant sur le continent, concordaient avec une nouvelle vision de l’évolution humaine selon laquelle les groupes de l’âge de pierre vivaient et se développaient séparément. .

Le Dr Niang a déclaré: «Nous ne savons pas pourquoi, mais à part la distance physique, il se peut qu’il y ait aussi des frontières culturelles. Peut-être que les populations utilisant ces différentes cultures matérielles vivaient également dans des niches écologiques légèrement différentes. ”

Il y a environ 15000 ans, une augmentation importante de l’humidité et de la croissance des forêts en Afrique centrale et occidentale a rassemblé différentes régions et fourni des couloirs pour que les groupes se dispersent, signifiant la fin des outils de l’âge de pierre moyen.

Le Dr Scerri a ajouté: «Ces résultats ne correspondent pas à un simple modèle unilinéaire de changement culturel vers la« modernité ».

«Des groupes de chasseurs-cueilleurs enracinés dans des traditions technologiques radicalement différentes ont occupé les régions voisines de l’Afrique pendant des milliers d’années, partageant parfois les mêmes régions.

D’un autre côté, de longues régions isolées peuvent avoir été d’importants réservoirs de diversité culturelle et génétique. Cela peut avoir été un facteur déterminant dans le succès de notre espèce ».

Source : Cosmosonic du 11/01/2021

dimanche 20 décembre 2020

Biface Excalibur

Un seul artéfact a été découvert : il s'agit d'un biface, retrouvé en 1998. Outil emblématique de la culture de mode II, l'Acheuléen, le biface est apparu en Europe il y a 500 000 ans. Taillé dans un bloc de quartzite rouge et jaune, il correspond à la technologie identifiée dans la couche GIIb du site voisin de Galería. Il a subi une première phase de configuration au percuteur dur pour la forme générale, et une seconde au percuteur tendre pour travailler la finition des bords convexes distaux. D'une taille de 15 cm, supérieure à la moyenne, il est d'une symétrie assez soignée. Il semble n'avoir jamais servi puisque certains éclats de fabrication sur les bords qui viennent d'être frappés ne sont pas encore détachés. Des traces d'abrasion formées par des sédiments sableux sur la totalité de la surface et particulièrement sur les arêtes et les bords pourraient cependant avoir effacé des marques d'utilisation éventuelles.

L'absence d'autres outils ainsi que le matériau et l'aspect généralement remarquable de ce biface interrogent sur son éventuel rôle dans la Sima. L'hypothèse qu'il ait été déposé à titre symbolique est à considérer. Il s'agirait alors du premier acte symbolique humain documenté dans l'histoire. Toutefois cette hypothèse reste invérifiable, et on peut toujours imaginer que le biface soit arrivé là par accident. Il a été surnommé Excalibur par les anthropologues qui l'ont dégagé de la roche qui le contenait depuis 400 000 ans.

Source : Wikipedia

jeudi 3 décembre 2020

Sapiens vs Neandertal : un pouce de différence

Comment Homo Sapiens a-t-il pu avoir le dessus sur son cousin néandertalien ? Des chercheurs montrent qu’une simple innovation morphologique modifiant l'anatomie de ses pouces aurait pu jouer un rôle majeur...

Reconstitution de la saisie utilisée par les Néandertaliens, le pouce tendu le long du manche et dirigeant la force.

Et si Homo sapiens, lors de sa confrontation victorieuse avec son cousin Néandertal voilà 40.000 ans, avait bénéficié d'un coup de pouce de l'évolution ? Dans le sens littéral du terme ! Ameline Bardo de l'Université du Kent (Canterbury, Angleterre) et ses collègues, ont ainsi voulu vérifier si les deux espèces d'hominines se distinguaient par leur façon de prendre en main et manipuler des outils. Pour ce faire, les chercheurs ont analysé et mesuré les articulations entre les os du pouce de notre cousin disparu grâce à une méthodologie 3D. “Nous avons eu la chance de disposer de 5 fossiles de Néandertaliens, raconte Ameline Bardo. Trois ont été découverts sur le territoire français, un en Israël, et un en Irak.“ Deuxième étape de leur travail : comparer les mesures à celles obtenues sur 5 humains fossiles et 40 humains adultes modernes au niveau du même complexe trapézio-métacarpien, les os situés à la base du pouce.

Une différence majeure entre les pouces des deux espèces

Le résultat, publié le 26 novembre 2020, dans la revue Scientific Reports, valide l'intuition des scientifiques : il existe bien une différence majeure entre les pouces des deux espèces. Chez les Néandertaliens, l'articulation du doigt s'est avérée plus plate, lui conférant moins de degrés de liberté que le notre. Ce qui suggère que notre cousin, s'il était doué pour tenir puissamment un objet comme un marteau avec le pouce étendu le long du manche (voir illustration), devait être beaucoup plus gourd pour des saisies de précision comme, par exemple prendre un objet entre le pouce et l'index. Plus grandes, plus incurvées, les surfaces articulaires des pouces des humains modernes semblent au contraire parfaites pour accomplir de tels gestes. "Si Néandertal restait capable d'un tel doigté, explique Ameline Bardo. cela devait lui demander bien plus d'efforts. De plus, la prise devait être moins puissante et la pression appliquée inférieure à ce que sont capables de faire Homo sapiens et humains modernes."

Qu'en est-il des pouces de Homo naledi ou Homo habilis ?

Une différence saisissante et qui a dû avoir un impact considérable sur l'histoire des premiers humains, en favorisant certains, à savoir nous, au détriment d'autres. Cette caractéristique anatomique inédite aurait alors permis à nos ancêtres de concevoir de meilleurs armes et objets, leur conférant un avantage évolutif indéniable sur les autres hominines avec qui ils se disputaient territoires et ressources.

Une question demeure cependant : ce bouleversement anatomique est-il apparu chez Homo sapiens ou les prémices en seraient-ils déjà perceptibles chez ses ancêtres ? Pour en avoir le cœur net, Ameline Bardo compte poursuivre son étude en se penchant sur les pouces de certains d'entre eux, "notamment Homo naledi (découvert en 2013 en Afrique du Sud) et de plus anciens spécimens comme Homo habilis", précise-t-elle. Autre interrogation : est-ce que cette caractéristique nouvelle a pu avoir des conséquences sur l'intégralité de l'anatomie d'Homo sapiens et modifier sa posture générale? Marchait-il mieux, courait-il mieux, grâce à cette habileté manuelle accrue? Pour en avoir le cœur net, cette spécialiste des mains préhistoriques est en train de collaborer avec un spécialiste...des pieds.

Source : Science et Avenir du 26/11/2020

dimanche 22 novembre 2020

Homo sapiens : pourquoi notre ancêtre vient de prendre un coup de vieux de 100.000 ans

Aujourd’hui, un anthropologue nous explique l’importance de récentes découvertes de fossiles humains

Si l’on en croit les manuels, tous les humains modernes sont issus d’une population qui vivait en Afrique de l’Est il y a environ 200.000 ans. Cette théorie se fonde sur des éléments on ne peut plus sérieux : des analyses génétiques réalisées sur des humains du monde entier et la découverte d’ossements humains vieux de 195.000 à 165.000 ans, en Éthiopie.

Mais tout récemment, une grande équipe scientifique – dont je fais partie – a découvert de nouveaux os fossiles et des outils en pierre qui remettent en cause cette théorie. L’étude qui vient d’être publiée dans la revue Nature repousse en effet les origines de notre espèce de 100.000 ans et suggère que les premiers humains avaient déjà investi la majeure partie du continent africain.

Le site de Jebel Irhoud au Maroc, où les fossiles ont été découverts

Les hommes ont toujours cherché à comprendre leurs origines – qu’elles soient biologiques ou culturelles. Les fouilles archéologiques et les objets qu’elles permettent de découvrir éclairent ainsi des comportements complexes, comme la fabrication d’outils, les pratiques symboliques qui consistent à enterrer les morts ou encore les pratiques artistiques. Quant à la compréhension de nos origines biologiques, elle repose sur deux sources principales : les os fossiles et les dents. Plus récemment, l’analyse du matériel génétique ancien – comme l’ADN – a permis également d’importantes avancées.

Cette découverte de taille a été faite sur le site marocain de Jebel Irhoud, un site connu depuis les années 1960 pour sa richesse en fossiles humains et en outils en pierre particulièrement sophistiqués. Cependant, l’interprétation des fossiles d’Irhoud a longtemps été brouillée par des incertitudes autour de leur âge géologique. En 2004, les anthropologues de l’évolution Jean‑Jacques Hublin et Abdelouahed Ben-Ncer y ont initié un nouveau projet de fouilles. Ils ont alors découvert des outils en pierre et de nouveaux fossiles d’Homo sapiens provenant d’au moins cinq individus – principalement des morceaux de crâne, de mâchoires, de dents et d’ossements.

Afin de dater ces découvertes, les géochronologues de l’équipe ont utilisé une méthode de datation par thermoluminescence sur les outils en pierre trouvés sur le site.

En tenant compte du niveau d’irradiation naturelle du milieu où a séjourné l’outil à dater et de la nature des cristaux en jeu, on peut calculer la date précise de la dernière chauffe de l’échantillon.

Nous pouvons donc mesurer le rayonnement accumulé pour déterminer combien de temps les outils ont été enterrés. Cette analyse a indiqué que les outils avaient environ 315.000 ans, à 34.000 ans près.

Les chercheurs ont également appliqué la résonance de spin électronique, qui est une technique similaire, mais pour analyser les dents. L’une des dents retrouvées sur le site a été ainsi datée de 286.000 ans, avec une marge d’erreur de 32.000 ans. Toutes ces analyses indiquent qu’Homo sapiens – autrement dit, les humains modernes – vivait dans le quart nord-ouest du continent africain beaucoup plus tôt que ce qu’on l’on croyait jusque-là.

Mais comment être sûrs que ces fossiles appartenaient à un membre de notre espèce et non à un ancêtre plus ancien ? Pour répondre à cette question, les anatomistes de l’équipe ont utilisé la tomodensitométrie haute résolution (CT scan) afin de produire des copies numériques détaillées de ces fossiles précieux et fragiles.

Ils ont ensuite reconstruit virtuellement le visage, la calotte crânienne et la mâchoire inférieure de l’ensemble des spécimens découverts, et grâce à des techniques de mesure sophistiquées, ils ont pu déterminer que ces fossiles possédaient une morphologie moderne. On peut donc les distinguer de toutes les autres espèces humaines dont on sait – grâce à leurs fossiles – qu’elles ont vécu en Afrique à la même époque.

Les scans haute résolution ont également été utilisés pour analyser les structures cachées dans les couronnes dentaires, ainsi que la taille et la forme des racines dentaires cachées dans les mâchoires. Ces analyses, qui ont été au centre de ma contribution, ont révélé un certain nombre de caractéristiques dentaires semblables à celles d’autres fossiles humains modernes.

Bien que leurs caractéristiques soient plus primitives que celles les dents des humains d’aujourd’hui, elles sont nettement différentes, par exemple, de celles d’Homo heidelbergensis et d’Homo neanderthalensis. Cette découverte et ces analyses scientifiques confirment l’importance de Jebel Irhoud en tant que site le plus ancien documentant un stade précoce de l’origine de notre espèce.

Archéologie versus génétique

En tant que paléoanthropologue qui se concentre sur l’étude des os et des dents fossiles, on me demande souvent pourquoi nous ne traitons pas simplement ces questions en utilisant des analyses génétiques. Il y a deux raisons principales à cela. Bien que des progrès incroyables aient été réalisés dans la récupération et l’analyse du matériel génétique provenant de fossiles vieux de plusieurs centaines de milliers d’années, il semble que ce type d’analyse ne soit possible que dans des conditions particulières (et malheureusement rares) d’inhumation et de fossilisation, à savoir une température basse et stable.

Cela signifie qu’il y a des fossiles pour lesquels nous ne pourrons jamais obtenir de données génétiques et nous devons donc nous fier à l’analyse de leur morphologie, comme nous le faisons déjà pour d’autres questions très intéressantes liées aux premières périodes de l’histoire de l’évolution humaine.

Source : 20 mn du 20/11/2020

vendredi 24 juillet 2020

Des découvertes archéologiques font reculer de 15 000 ans l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain

Des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée dans une grotte située dans le nord du Mexique. Ils révèlent l'existence d'une industrie lithique remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère.  

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie. Remontant en réalité à 30 000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet deux études. 

 

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent en outre que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature (articles en anglais). 

 

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. 

 

Polémiques à venir chez les chercheurs 

 

Les origines de l'arrivée d'homo sapiens en Amérique sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre (l'actuel détroit de Béring) pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. 

 

Ce modèle est toutefois remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16 000 ans pour l'heure. 

 

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon Ciprian Ardelean, qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. 

 

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par de petites embarcations.

 

Source : FranceInfo du 22/07/2020

mardi 21 juillet 2020

Découverte d’un hachereau de 1,4 million d’années en os d’hippopotame

Une équipe de chercheurs annonce la découverte d’un outil vieux d’1,4 millions d’années taillé dans un os d’hippopotame. Son auteur, H. Erectus, était visiblement encore plus polyvalent que nous ne le pensions.

Des hachereaux ont déjà été retrouvés sur plusieurs sites datant de 2 à 1 million d’années. Seulement, ils sont généralement en pierre. D’où l’intérêt de cette nouvelle trouvaille faite par une équipe d’archéologues de l’Université de Tohoku (Japon) travaillant dans la formation de Konso, dans le sud de l’Éthiopie.

Un outil en os d’hippopotame

Les chercheurs sont en effet tombés sur l’un de ces outils, déterré d’une couche de sédiments vieux de 1,4 million d’années, mais cette fois taillé à partir d’un os. De rapides analyses ont finalement permis de constater que cet ancien hachereau faisait autrefois partie d’un fémur d’hippopotame (os de la cuisse).

L’auteur de cette oeuvre, selon les archéologues, serait un Homo Erectus. Évoluant il y a entre 2 millions d’années et 100 000 ans, cette espèce propagée à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie est à l’origine de l’invention du biface. Elle fut également la première à maîtriser le feu et la première à véritablement marcher debout.

Côté mensurations, l’outil mesure environ 13 cm dont un bord tranchant de 5 cm, et selon les chercheurs, il témoigne d’un excellent travail artisanal. Son propriétaire a visiblement écaillé, petit à petit, un gros morceau d’os plat prélevé à l’extrémité du fémur de l’animal, de manière à façonner le produit fini.

La technique est relativement standard, se rapportant au style de fabrication de certains outils en pierre. En revanche, les chercheurs soulignent une matière (os) encore plus difficile à travailler.

De plus, le fait de tomber sur un ossement assez gros pour permettre les ébauches de la bonne taille ne devait pas arriver tous les jours. Ce n’est pas pour rien que le seul autre outil de ce type (en os) jamais découvert avant celui-ci a été façonné à partir d’un os d’éléphant. Découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, de dernier aurait été façonné il y a entre 1,3 million et 1,6 million d’années.

Quelle intention ?

La question est maintenant de savoir pourquoi cet individu a fait le choix de tailler son outil à partir d’un os, alors que des pierres devaient être largement disponibles dans son environnement.

La présence d’une carcasse l’a-t-il amené à vouloir tester une autre approche ? Il y a 1,4 million d’années, la région était une zone particulièrement humide, tapissée de prairies entourant un grand lac. Il est donc possible que les hippopotames aient parfois été les cibles de chasseurs courageux.

Ou peut-être a-t-il fait face à une pénurie temporaire de pierres ? Il est en effet arrivé en Afrique de l’Est que l’activité volcanique empêche l’accès de nos ancêtres à plusieurs dépôts, et ce parfois pendant des siècles durant.

Impossible à savoir pour le moment. En revanche, les chercheurs sont au moins sûrs d’une chose. « Cet hachereau en os montre qu’à Konso, […] les H. Erectus étaient suffisamment qualifiés pour fabriquer et utiliser un tranchant durable, écrivent-ils. Nos premiers cousins étaient déjà très ingénieux, très compétents et très intelligents ».

Source : Sciencepost du 19/07/2020

mercredi 12 février 2020

En matière d’outils, nos ancêtres savaient ce qu’ils faisaient

Des chercheurs ont récemment testé les outils en pierre fabriqués par nos lointains ancêtres avec des techniques d’ingénierie modernes. Et, semble-t-il, ils savaient ce qu’ils faisaient.

Grâce aux registres fossiles, nous savons que les homonidés fabriquent et utilisent des outils en pierre depuis environ 2,6 millions d’années. Parmi ces premiers “ingénieurs” figurait Homo habilis, une espèce qui aurait vécu en Afrique de l’Est il y a entre 2,3 et 1,5 millions d’années environ.

Homo Habilis ne pourrait pas se confondre avec un humain de nos jours. Il se déplaçait debout, certes, mais il était très petit (les mâles ne dépassaient pas les 1,4 mètre de haut, et les femelles étaient beaucoup plus petites encore) avec de longs bras lui permettant de grimper aux arbres. Et côté visage, on se rapprochait quand même davantage du singe que de l’Homme.

Il n’empêche, il y a plusieurs décennies, des outils en pierre vieux de 1,8 millions d’années fabriqués de ses propres mains ont été retrouvés dans les gorges d’Olduvai, dans le nord de la Tanzanie. Ce qui suggère que, sous ses airs de primate, Homo Habilis avait quand même quelques compétences.

Les anthropologues travaillant sur le site d’Olduvai ont remarqué que ces hominidés avaient préféré certains types de pierres pour la confection de leurs outils. Le quartzite et le chert, par exemple, étaient le plus souvent utilisés pour les petits outils très tranchants. Et à l’inverse, le basalte semblait avoir été façonné pour fabriquer des pièces plus lourdes.

Mais la fabrication de ces outils a-t-elle pour autant été réfléchie ? Pourquoi avoir choisi telle ou telle roche ? Et pourquoi tel ou tel morceau en particulier ?

Homo Habilis savait ce qu’il faisait

Pour tenter de le comprendre, l’anthropologue Alastair Key et son équipe de l’Université du Kent (Royaume-Uni) ont fait passer à ces outils une batterie de tests pour évaluer leur pouvoir de coupe et leur résistance dans le temps. Au cours de l’une de ces expériences, une machine devait par exemple tester chaque outil tranchant sur un tuyau en PVC de 2 mm d’épaisseur, et enregistrer la force nécessaire à appliquer pour couper le tuyau.

Au terme de ces tests, il est ressorti que le quartzite était la pierre la plus tranchante, juste devant le chert. En revanche, les bords de ces deux pierres se désagrégeaient très rapidement. Autrement dit, leur pouvoir de coupe était très bon, mais pour quelques utilisations seulement. Ensuite, elles étaient bonnes à jeter.

À l’inverse, le pouvoir de coupe du basalte n’était pas très bon. Grossièrement, pour couper la même chose, nos ancêtres devaient dépenser deux fois plus d’énergie que s’ils utilisaient du chert ou du quartzite. En revanche, cette pierre était plus robuste, ce qui veut dire qu’elle durait davantage dans le temps.

Pour les chercheurs, le fait qu’Homo Habilis se soit appuyé sur le basalte pour la fabrication d’outils plus lourds n’est donc pas une coïncidence. Tout comme ce n’est pas une coïncidence si ces hominidés privilégiaient le chert ou le quartzite pour la fabrication d’outils efficaces mais jetables.

« Bien sûr, H. habilis n’a pas soigneusement mesuré la force nécessaire pour couper un membre d’une antilope fraîchement tuée, pour ensuite élaborer des plans pour tailler une lame plus efficace, explique Alastair Key. Mais il semble qu’ils aient tout de même remarqué quels matériaux fabriquaient des lames plus tranchantes et lesquels offraient un compromis entre la netteté et la durabilité, avant d’appliquer ces connaissances à la fabrication d’outils ».

Et pour une espèce aussi ancienne, ce n’est pas un mince exploit cognitif.

Source : Sciencepost du 10/02/2020

mercredi 19 septembre 2018

jeudi 30 août 2018

Des hominiens en Chine il y a plus de deux millions d’années ?

L’une des pentes du plateau de Loess, en Chine, contenait des pierres taillées. Leurs âges poussent à faire reculer dans le temps la date de la première sortie d’Afrique. Mais de qui ?

Les membres du genre Homo sont sortis trois fois d’Afrique. La première sortie, censée être celle d’Homo erectus, était jusqu’ici datée à 1,8 million d’années à cause de l’âge des fossiles et des outils lithiques de type erectus du site de Dmanisi, en Géorgie. Or voilà que l’équipe de Zhaoyu Zhu, de l’académie chinoise des sciences, a découvert en Chine des outils de pierre bien plus anciens que les vestiges de Dmanisi.

Entre 2014 et 2017, les chercheurs ont recherché des traces d’occupation sur une colline située dans le plateau de Lœss à Shangchen (à environ quatre kilomètres de là où a été trouvé l’« homme de Lantian », un Homo erectus vieux de 600 000 ans). Là, entre les épaisses couches de ce fin sédiment éolien qu’est le loess, ils ont découvert 11 strates anciennes de sol ayant été occupées par des tailleurs de pierre. Épaisse de 39 mètres, cette séquence couvre une période débutant il y a 2,12 millions d’années et se terminant il y a 1,26 million d’années. Les dizaines de choppers (galets taillés), éclats, grattoirs et autres perçoirs découverts ont été obtenus soit par percussion sur enclume (on frappe un galet sur une enclume pour détacher des éclats), soit par percussion bipolaire sur enclume (on frappe avec un percuteur un galet posé sur une enclume).

"11 strates ont été constituées au cours de périodes chaudes par l'érosion sur le plateau de Loess. C'est dans ces couches qu'ont été découvertes des pierres taillées dont l'âge varie de 1,26 à 2,12 millions d'années."

Ces 82 outils portent tous des cônes de percussion et des traces de retouches, qui les distinguent clairement d’éventuels géofacts, c’est-à-dire de pierres façonnées par des processus géologiques. Quant aux divers blocs de quartzite utilisés pour produire les outils, ils semblent provenir des monts Qinling, distants de 5 kilomètres. Par ailleurs, les 11 paléosols dont proviennent les artefacts correspondent à des périodes d’incursion du climat tropical humide au-delà des monts Qinling, climat auquel étaient adaptés nos ancêtres.

Dès lors, lesquels de ces ancêtres ont séjourné à Shangchen ? Si l’on pense à Homo, il importe de se rappeler que le plus ancien fossile réputé humain – la mandibule LD 350-1 trouvée à Ledi-Geraru, en Éthiopie – date de 2,8 millions d’années. Homo n’a donc pu se répandre en Eurasie qu’après.

Toutefois, depuis la découverte à Lomekwi, au Kenya, de pierres taillées d’époque australopithèque (3,3 millions d’années), la sortie d’Afrique d’hominiens préhumains devient aussi envisageable. Or il existe des indices allant dans ce sens. Il en est ainsi de la découverte, dans la grotte de Longgupo, dans la municipalité de Chongqing (dans le Sichuan, sur le Yang-Tsé), de dents d’un hominidé mal identifié associées à de nombreux outils taillés. Leur datation vers 2,5 millions d’années a longtemps suscité la controverse. En 2017, une équipe franco-chinoise dont fait partie Éric Boëda, de l’université de Nanterre, a soigneusement réétudié et redaté le site et confirmé cette date.

De son côté, sur le site de Masol, dans le nord de l’Inde, Anne Dambricourt-Malassé, du CNRS, a découvert avec son collègue indien Mukesh Singh des os portant des traces de découpe, dont la datation vers 2,6 millions d’années a aussi été controversée parce qu’indirecte. La situation a changé depuis : les chercheurs ont aussi mis au jour un chopper incrusté dans une strate directement datée à plus de 2,6 millions d’années. Dès lors, les constatations de Masol, de Longgupo et de Shangchen peuvent fort bien s’expliquer par la sortie d’Afrique, relativement tôt, d’hominiens préhumains tailleurs de pierre.

Alors, les tailleurs de Shangchen étaient-ils humains ou préhumains ? Pour le moment, les chercheurs en savent trop peu pour trancher.

Source : Pour la Science du 29/08/2018