samedi 24 décembre 2011

Deux sorties d’Afrique

On faisait jusqu’ici remonter à 40 000 ans l’arrivée d’Homo sapiens en Europe. L’analyse de dents trouvées en 1964 dans une grotte des Pouilles, dans le sud de l’Italie, laisse à penser qu’elles appartenaient à un jeune Sapiens vivant il y a 43 000 ans.

Une recherche similaire menée en Angleterre, cette fois sur un fragment de mâchoire découvert en 1927, aboutit à un résultat similaire : le fossile date de 43 000 ans.

S’il semble donc établi que la colonisation du continent par l’homme moderne a été plus précoce qu’on ne le croyait, d’autres travaux confirment que le peuplement de la Terre s’est déroulé en plusieurs temps, contrairement à l’hypothèse de l’East Side Story qui a longtemps prévalu et selon laquelle un petit groupe de Sapiens aurait quitté son berceau africain il y a 60 000 ans pour conquérir le Moyen-Orient puis l’ensemble de la planète.

Se fondant sur une simple mèche de cheveux trouvée en Australie, une étude publiée dans la revue Science établit que l’humanité actuelle ne dérive pas d’un seul groupe, mais de deux. Ainsi que le suggère l’analyse génétique de la mèche de cheveux en question, une première vague aurait quitté l’Afrique il y a 75 000 ans pour atteindre l’Océanie vers – 50 000 ans. Lors de leurs périples, ces hommes se seraient mêlés à d’autres populations humaines plus archaïques, comme les hommes de Neandertal et de Denisova, populations dont on a trouvé des traces dans leur génome.

Les populations d’Europe et d’Asie, elles, seraient issues de la seconde migration, qui se situerait quelque 30 000 ans plus tard.

Source : La Revue

lundi 5 décembre 2011

Un matériel de peinture vieux de cent mille ans

Un nécessaire à peinture, daté de 100 000 ans, vient d’être mis au jour par une équipe internationale dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud.

Les préhistoriens savaient déjà qu'il y a plus de 100 000 ans certains populations, notamment en Afrique du sud et du nord, ont commencé à fabriquer de la poudre d'ocre. Plusieurs indices, comme le choix des teintes, leur laissaient penser qu'elles cherchaient ainsi à obtenir une sorte de peinture. Mais personne n'imaginait vraiment découvrir comment procédaient exactement des populations aussi anciennes. Or ce « kit » fournit un éclairage très détaillé sur les recettes employées par ces hommes préhistoriques.

Jusqu'ici, l'essentiel des preuves archéologiques de cette activité se limitait à des morceaux d'ocre frottés sur des surfaces dures pour en extraire la poudre. Or à Blombos, ce qui est à été découvert est bien plus fourni. Il y a deux coquillages servant de godet à peinture. L'un était fermé d'une pierre, qui en protégeait le contenu et a également servi à frotter l'ocre.

Tout contre cet ensemble, se trouvaient plusieurs morceaux de pierre taillée servant à broyer le pigment : de l'ocre rouge, qui n'était cependant pas la seule couleur. Car posé à l'intérieur de l'autre coquillage, se trouvait un broyeur. Il était recouvert d'ocre rouge, mais présentait encore sur une face du pigment jaune, provenant d'une utilisation antérieure.

Le contenu du premier coquillage montre comment la mixture était probablement obtenue. De l'os spongieux était d'abord chauffé puis écrasé avec une pierre. Il était alors mélangé à de la poudre d'ocre, afin de donner à la peinture le liant nécessaire à sa tenue. Un liquide, sans doute de l'eau, était probablement ajouté pour fluidifier la mixture. En effet, des traces de séchage sont visibles à l'intérieur du coquillage.

Il y avait également un os de canidé, dont l'extrémité semble avoir trempé dans l'ocre. S'agit-il d'une sorte de touilleuse ? « Sans doute pas, explique l'un des archéologues de l'équipe, Francesco D'Errico, du laboratoire Pacea à Bordeaux, car elle aurait laissé de nombreuses traces à l'intérieur du coquillage. Je crois plutôt que l'homme a mélangé la peinture au doigt. L'os serait alors une sorte de pinceau. »

L'usage que faisait ces hommes de cette peinture reste en tout cas inconnu. Peut-être s'en servaient-ils pour tracer des signes géométriques, comme ceux, assez malhabiles, gravés sur des morceaux d'ocre de Blombos à la même époque. Ils les peignaient peut-être sur les parois des grottes, bien qu'elles ne semblent pas en avoir gardé la trace, ou des parties de leur corps.

« Le plus important dans cette découverte, c'est son excellente préservation, qui nous offre un aperçu assez unique des techniques utilisés par ces populations », indique Larry Barham, professeur à l'université de Liverpool. Cependant, ce savoir-faire n'est pas une preuve que ces groupes auraient été particulièrement évolués. « Les néandertaliens par exemple, explique Francesco D'Errico, savaient fabriquer de la colle à partir d'écorce de bouleau, qu'ils faisaient longuement chauffer dans un milieu pauvre en oxygène : c'est autrement plus compliqué que de mélanger des couleurs ! »

Source : La Recherche du 21/11/2011

vendredi 2 décembre 2011

Le génome de Néandertal, utile en neurosciences ?

Le 14 novembre dernier, au congrès annuel de la Société de neurosciences, à Washington, Svante Pääbo, le ‘décodeur’ du génome de Néandertal, a évoqué l’intérêt de ses recherches dans la compréhension de notre propre cerveau. 

Lors du congrès annuel de la Société de neurosciences, un conférencier un peu spécial est intervenu : le généticien Svante Pääbo, de l’Institut d’anthropologie évolutive Max Planck, en Allemagne, mondialement connu pour avoir, ces dernières années, décodé le génome de l’homme de Néandertal. Ce faisant, il a ouvert la porte à de nouvelles perspectives de recherches, qu’il a évoquées à ce meeting.

Établir, entre sapiens et Néandertal, les différences génétiques liées à la croissance et au fonctionnement du cerveau – plus parlantes que l’observation des fossiles –  peut intéresser les neurobiologistes. Si, dans notre génome, 78 mutations codantes (dont on sait encore peu de choses) sont particulières à notre espèce, Pääbo a évoqué en revanche celle du gène FoxP2, le ‘gène du langage’, commune aux deux formes humaines.

Généticiens, mais aussi neurologues et même linguistes, travaillent sur ce gène FoxP2 et sur sa fameuse mutation, laquelle accroîtrait même les possibilités cognitives des souris de laboratoire. De quoi mieux comprendre notre propre cerveau. Et de quoi résoudre bientôt, peut-être, l’épineuse question de savoir si les Néandertaliens possédaient un langage.

Source : MaxiSciences du 30/11/2011

jeudi 1 décembre 2011

Le Cro Magnon britannique à 42.000 ans contesté

Cro Magnon a t-il vraiment colonisé les îles britanniques dès il y a 42.000 ans ? C'est ce qu'affirmait un article paru dans Nature le 3 novembre dernier et dont j'avais fait écho dans cette note.

Cette recherche prend place dans un sujet très "chaud" en préhistoire : la recherche des dates et conditions dans lesquelles les hommes anatomiquement modernes sont parvenus en Europe et les relations qu'ils ont pu y entretenir, ou pas, avec les derniers néandertaliens.

Mais un préhistorien de Toulouse, Nicolas Teyssandier, conteste cette nouvelle datation pour le moins extraordinaire car elle place Cro Magnon - le nom populaire de "l'homme anatomiquement moderne" des scientifiques - dans les îles britanniques à une date si ancienne... qu'elle serait la plus ancienne pour notre ancêtre direct pour toute l'Europe !

Or, pour Nicolas Teyssandier, les conditions de la fouille réalisée en 1927 dans une grotte du Kent ne permettent pas de dater le morceau de machoire humaine qui y ont été récupérées de manière fiable avec la méthode utilisée par l'équipe qui signe l'article dans Nature. En effet, comme le précise l'article la "redatation" opérée récemment n'est pas directe comme celle réalisée en 1989 et qui donnait un âge d'environ 35.000 ans. La nouvelle méthode, dite d'ultrafiltration, n'a pas pu être effectuée sur le maxillaire lui même mais sur des os d'animaux situé dessous et au-dessus dans les couches stratigraphiques. L'ennui, explique  Nicolas Teysssandier, c'est cette stratigraphie semble avoir été bousculée : «les relations stratigraphiques entre les os animaux datés et le vestige humain ne sont pas assurées. On note en outre que si, globalement, les dates obtenues sont dans l’ordre de l’empilement stratigraphique des échantillons datés, quelques inversions peuvent être constatées avec, par exemple, une date de 35 150 +/-330 BP pour un échantillon situé sous le maxillaire pour une date de 37 200 +/-55O à partir d’un échantillon situé au dessus.»