mercredi 4 février 2015

Les humains et Néandertal ont vécu ensemble en Israël il y a 55 000 ans

Notre connaissance de la préhistoire progresse à pas de géant ces dernières années, et plus particulièrement celle du sujet passionnant qu'est la rencontre entre nos ancêtres en ligne directe, les humains modernes qui sont partis d'Afrique, et l'Homme de Néandertal, ce cousin implanté en Europe avec lequel ils se sont partiellement mélangés. A chaque nouveau morceau d'os découvert, nous avons une nouvelle pièce du puzzle. En octobre, on apprenait grâce à un morceau de fémur qu'un Sibérien vivant il y a 45000 ans avait déjà des gènes de Néandertal.

La rencontre, parfois intime, entre les humains de l'époque et Néandertal, n'était cependant pas encore datée, ni située... jusqu'à la découverte d'un morceau de crâne dans la grotte de Manot, à l'ouest de la Galilée, en Israël. Le crâne en question aurait dans les 55 000 ans, comme le rapportent les travaux d'une équipe internationale qui viennent d'être publiés dans le journal Nature.

Il s'agirait bien d'un crâne d'humain moderne, et très probablement celui de l'un des ancêtres des hommes qui sont allés peupler l'Europe au paléolithique. Et aussi de l'un de ceux qui ont coexisté avec les populations néandertaliennes, la grotte de Manot étant proche de deux sites occupés par l'Homme de Néandertal à la même époque, ce qui ferait de cette zone "le seul endroit où les humains anatomiquement modernes et les Néandertaliens ont vécu côte à côte pendant des milliers et des milliers d'années", déclare Israel Hershkovitz, anthropologue à l'université de Tel-Aviv et co-auteur de l'article.

"C'est la première preuve qui montre qu'il y avait une large vague de migrants venant de l'est de l'Afrique, qui ont traversé les déserts du Sahara et de Nubie et ont été peupler l'est du bassin méditerranéen il y a 55 000 ans", précise le professeur Hershkovitz à la BBC. "Il s'agit bien d'un crâne clé pour comprendre l'évolution de l'humain moderne".

On ne pourra malheureusement pas savoir si l'humain à qui appartenait ce crâne avait ou non des gènes de Néandertal, les chercheurs précisant que son ADN n'avait probablement pas été préservé.

"Ce spécimen est vraiment important et excitant, car si la datation est correcte, il montre pour la première fois que les humains modernes ont vécu au Moyen-Orient en même temps que les Néandertals", affirme Katerina Harvati, paléoanthropologue à l'université de Tübingen (Allemagne). "Jusqu'ici, nous n'avions pas de preuves que les deux avaient même coexisté dans cette région à cette époque, c'est donc une pièce essentielle du puzzle".

Les chercheurs espèrent que cette pièce ne soit pas unique, et qu'ils puissent trouver d'autres fragments d'os, peut-être même avec de l'ADN à analyser. Mais en attendant, cette découverte reste un jalon important pour mieux comprendre le long voyage de migration des humains modernes à partir de l'Afrique, et de leurs interactions avec l'Homme de Néandertal. Une cohabitation qui ne se serait donc pas seulement produite en Europe, mais aurait peut-être débuté au Moyen-Orient, où deux espèces différentes auraient vécu ensemble... et se seraient même génétiquement croisées.

Source : Espace Temps du 29/01/2015

mardi 3 février 2015

Une nouvelle espèce humaine découverte ?

Une espèce humaine inconnue, aujourd'hui éteinte, a-t-elle vécu autrefois en Asie de l'ouest, dans la région de la Chine et de Taïwan ? C'est en tout cas l'hypothèse qui pourrait être formulée suite à la découverte d'une étrange mâchoire préhistorique, repêchée près de Taïwan.


C'est une découverte pour le moins troublante qui a été effectuée par un pêcheur opérant près des côtes des Iles Penghu, situées entre la Chine et Taïwan. Et pour cause, puisque ce dernier a remonté dans ses filets une mâchoire préhistorique appartenant vraisemblablement à un groupe primitif du genre Homo, dont l'espèce s'avère pour l'instant non identifiée.

Depuis baptisé Penghu 1 par les paléoanthropologues qui l'ont analysé, ce fossile a d'abord été vendu par le pêcheur à un antiquaire, lequel l'a alors donné aux scientifiques du Musée national des sciences naturelles de Taïwan. Les analyses de cette mystérieuse mâchoire ont alors débuté, lesquelles font l'objet d'une publication le 27 janvier 2015 dans la revue Nature, sous le titre "The first archaic Homo from Taiwan".

Que disent les analyses réalisées sur cet étrange fossile ? Concernant sa datation tout d'abord, les analyses révèlent qu'il serait âgé de 190 000 ans... à 10 000 ans. Soit une fourchette étonamment large, qui s'explique par le fait que la mâchoire n'a pas pu être datée au carbone 14, mais simplement via l'analyse d'éléments trace comme le sodium.

Toutefois, même si la fourchette de temps est extrêmement large, elle est malgré tout surprenante. En effet, la mâchoire et les dents de ce fossile sont étonnament robustes pour cette période, au cours duquel les Homo présentaient déjà des mâchoires et des dents beaucoup plus fines.

Et ces différences ne s'arrêtent pas là. Car lorsque ce fossile est comparé aux autres fossiles Homo découverts précédemment en Chine, comme ceux des Homo erectus découverts à Java, en Indonésie et en Chine, il apparaît clairement que ce fossile de mâchoire est à part.

Dès lors, qu'en déduire ? S'agit-il là d'une nouvelle espèce du genre Homo ? Pour l'instant, les auteurs de l'étude publiée dans Nature se contentent de mentionner que ce fossile est issu d'un groupe disctinct humain archaïque, expliquant qu'ils n'ont pas assez d'éléments à ce jour pour juger s'il s'agit ou non d'une nouvelle espèce humaine.

Pour établir si cette mâchoire appartient bel et bien à une nouvelle espèce d'Homo, d'autres ossements de ce type devront être découverts : "Nous avons besoin d'avoir d'autres éléments du squelette pour évaluer son degré d'unicité", a expliqué le paléoanthropologue Yousuke Kaifu (Museum National de la Nature et de la Science de Tokyo, Japon) au site anglophone LiveScience. "La question de l'espèce pourra être effectivement alors discutée après cette première étape".

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle découverte suggère que plusieurs groupes distincts d'humains archaïques évoluaient en Asie au même moment, certains étant plus primitifs que d'autres : "Puis les hommes modernes se sont dispersé dans cette région autour de 50 000 à 40 000 ans, et ont rencontré divers autres groupes d'Homo", continue Yousuke Kaifu. "C'est une histoire très différente, complexe et excitante, en comparaison de ce que nous avons appris à l'école".

Source : Journal de la Science du 29/01/2015

lundi 2 février 2015

Qui est le mystérieux homme préhistorique repêché à Taiwan ?

Une mâchoire intrigante a été repêchée entre la Chine et l’île de Taiwan. Ce fossile humain pourrait avoir une origine différente de celles des Homo erectus, les plus anciens hommes découverts en Asie.


PÊCHE. À qui appartenait la mâchoire qui a été pêchée au large de Taiwan ? Un ancien fossile humain extirpé des fonds marins, près des îles Penghu (voir carte) révèle qu’un groupe primitif d’hominidés d’une espèce vraisemblablement inconnue a vécu autrefois dans cette région d’Extrême-Orient. C’est le premier homme fossile exhumé dans cette zone. Sa découverte a été publiée mercredi 28 janvier 2015 dans la revue en ligne Nature Communication. Le fossile a été dragué par un filet de pêche raclant les fonds marins, à une profondeur oscillant entre 60 à 120 m, dans le canal des îles Penghu (Pescadores), situées entre la Chine et Taiwan. Plus précisément à 25 kilomètres au large des côtes occidentales taïwanaises.

La découverte de l'homme de Penghu a été faite dans une zone autrefois émergée (en vert, à gauche, où sont aussi représentés les principaux sites asiatiques des hommes préhistoriques; en rouge et en bleu, des sites ayant livré aussi des fossiles de hyènes). La zone de la découverte, encadrée de noir, est "zoomée" à droite. Crédit Nature.

Une découverte sur des terres jadis émergées

La pêche était particulièrement bonne puisque le filet a également rapporté d’autres fossiles de vertébrés : ours, hyènes, chevaux, buffles ou cervidés. "Le canal faisait partie du continent asiatique au cours de la dernière période glaciaire, lorsque les niveaux de la mer étaient plus bas", explique le géologue taïwanais Chun-Hsiang Chang, qui a piloté l’étude avec des chercheurs japonais et australiens. Un pêcheur inconnu a vendu le fossile, désormais surnommé Penghu 1, à un antiquaire local. Lequel, flairant le possible trésor de l’humanité, l’a transmis aux chercheurs du Musée national des sciences naturelles de Taïwan qui l’ont ausculté sous toutes les coutures. Il a malheureusement été impossible de faire une datation au radiocarbone, faute de collagène. Mais une analyse d’éléments trace (fluorine et sodium) de la mâchoire de Penghu suggère que l'hominidé a probablement vécu entre… 10.000 et 190.000 ans.

"GUEULE". Une fourchette très large… "Mais la mâchoire et ses dents sont, de façon inattendue, vraiment primitives pour cet âge", insistent Masanaru Takai, de l’université de Tokyo et ses collègues. "Au cours du Pléistocène, qui a duré de 2,6 millions d'années à il y a 11.700 années, tous les hominidés ont généralement évolué vers des mâchoires et des dents plus petites". Or, le nouveau fossile de Taiwan semble plus grand et plus robuste que les anciens fossiles d'Homo erectus de Java, d’Indonésie et du nord de la Chine (voir carte). "Penghu 1 ne ressemble pas non plus exactement aux fossiles vieux de 400.000 ans découverts à Hexian, dans le sud de la Chine". Bref, l’homme de Penghu a une « gueule » à nulle autre pareille et pourrait avoir une origine évolutive différente de celles des Homo erectus, les plus anciens hommes jamais découverts en Asie (voir encadré) jusqu’à présent.

l’Afrique n'est pas le seul berceau de l’humanité moderne

Qui était-il ? D’où venait-il ? Quels étaient ses liens avec les autres espèces d’hominidés de la planète ? Avec les hommes de Denisova par exemple (voir carte) ? Seul un test ADN pourrait lever le mystère de l’homme de Penghu. Les scientifiques japonais et taiwanais supposent que le fossile représente un groupe distinct d’humains archaïques, dont les ancêtres aux fortes mâchoires seraient tardivement venus d’Afrique. Ces résultats suggèrent que plusieurs lignées d'humains aujourd’hui éteintes ont coexisté en Asie avant l'arrivée de l'homme moderne dans la région il y a peut-être 50.000 à 55.000 ans. Une hypothèse d’ailleurs défendue par le paléoanthropologue Yves Coppens pour lequel "l’Afrique n'est pas le seul berceau de l’humanité moderne" (lire Sciences et Avenir n°722). Il imagine volontiers que des hommes anciens, venus très tôt du continent noir ont vu à leur suite arriver plusieurs vagues de "nouveaux colonisateurs" avec lesquels ils se sont croisés.

Mystérieux, mais pas seul

L’homme de Taiwan est loin d’être le seul homme préhistorique d’Asie. Si notre espèce, Homo sapiens, est la seule lignée humaine survivante aujourd’hui, d'autres hommes préhistoriques ont parcouru autrefois la planète. Les Néandertaliens, les plus proches parents disparus de l'homme moderne, sont allés jusqu’aux portes de l’Asie. Un homme supplémentaire, lui-même proche des Néandertaliens, a été découvert dans le Mont Altaï en Sibérie. Les Dénisoviens (du nom de l’homme de Denisova, voir carte plus haut) ont conquis de vastes territoires, leur héritage génétique s’étend de la Sibérie jusqu’aux îles du Pacifique de l'Océanie (ils ont d’ailleurs légué une partie de leurs gènes aux papous actuels). L’Homme de Florès, Homo floresiensis, a vécu seulement sur une île d’Indonésie (lire Sciences et Avenir n° 694 et 811).
Les Homo erectus, ancêtres les plus probables pour l'homme moderne (lire Sciences et Avenir n°814, non représentés ci-dessus) se sont étendus dans toute l’Asie. Leur point commun ? Ce sont tous des hominidés, appartement au groupe d'espèces constitué de l'Homo sapiens et de ses parents (les Homo ci-dessus, leurs ancêtres ainsi que les Australopithèques, les Ardipithèques, etc.) après la séparation d’avec la lignée des grands singes.

Source : Sciences et Avenir du 29/01/2015