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vendredi 24 janvier 2020

On sait désormais qui était le mystérieux gigantopithèque d'Asie

Une énigme vieille de 1935 vient d'être résolue ! Des analyses protéomiques révèlent à qui le gigantopithèque, singe asiatique vieux de 2 millions d'années qui dépassait les 2 mètres de haut, était apparenté.

C'est plus grand primate à avoir jamais vécu sur terre : le gigantopithèque, Gigantopithecus blacki, intrigue les paléontologues et enflamme l'imaginaire des cryptozoologues depuis sa découverte, il y a plus de 80 ans. Les premiers savent qu'il a arpenté le sud-est de l'Asie entre -2,2 millions d'années et -300 000 ans avant de s'éteindre, probablement mort de faim, incapable de satisfaire son énorme appétit végétarien quand la forêt s'est transformée en savane herbeuse. Les seconds voient en lui l'ancêtre du yéti tibétain, du yeren chinois et même du sasquatch nord américain, de l'autre côté du détroit de Bering. Mais ses fossiles sont rares.

Depuis 1935 et la trouvaille d'une dent deux fois plus grosse que celle d'un gorille chez un apothicaire chinois de Hong-Kong, les chercheurs n'ont retrouvé qu'une centaine de dents et quatre mandibules partielles, dans le sud de la Chine, au nord du Vietnam et en Thaïlande. Des mandibules trois fois plus grandes que celle d'un gorille mâle ! Pas de squelette, ni de crâne complet… une absence d'autant plus intrigante que beaucoup de fossiles d'autres espèces de singe ont été découvert dans la région… À croire que les restes du géant ont tristement et majoritairement fini broyés dans les échoppes de médecine traditionnelle chinoise, friande de "dents de dragons" et ossements anciens. "Les restes retrouvés sont clairement insuffisants pour dire si l'animal était bipède ou quadrupède ou même préciser ses proportions", souligne Hervé Bocherens bio-géologiste de l'Université de Tübingen (Allemagne), même si les scientifiques estiment qu'il pouvait mesurer entre 1,80 et près de 3 m, et peser de 200 à 500 kg. Faute de pouvoir dire à quoi il ressemblait exactement "certains le représentaient comme un orang-outan surdimensionné, ce qui est l'option choisie pour le roi Louie, le roi des singes qui kidnappe Mowgli dans le film Le livre de la jungle, précise le pr Hervé Bocherens, d'autres le dépeignaient comme un gorille géant de couleur noire. Le parti pris de Hergé, dans Tintin au Tibet, quand il a imaginé son yéti.


Comparaison du Gigantopithèque avec l'homme et un autre singe préhistorique.

Une équipe de chercheurs chinois, allemands, espagnols et français dirigée par Frido Welker et Enrico Cappellini, de l'Université de Copenhague, a fini par trancher, démontrant qu'il s'agissait d'un cousin préhistorique des orangs-outans actuels. Pour résoudre cette énigme du siècle dernier, ils ont eu recours à une méthode toute récente, utilisée notamment pour déterminer que l'Homme de Denisova était allé au Tibet. La protéomique, récompensée par un Nobel de chimie en 2002, permet l'analyse des ensembles de protéines -ou protéomes - même très dégradés. La recherche d'ADN n'était pas une option : dans l'aire géographique où ont été retrouvés les restes du singe géant, on n'en trouve plus au-delà de -10 000 ans."Nous avons extrait les protéines de l'émail d'une molaire de Gigantopithecus blacki âgée de 1,9 million d'années trouvée dans la grotte de Chuifeng, au sud de la Chine", explique Frido Welker.

Le procédé est destructif, mais il permet notamment de déminéraliser l'émail avec des acides et de rendre les protéines liquides sans les dissoudre. Frido Welker et ses collègues ont ainsi obtenu un protéome de 409 peptides (des chaines d'acides aminés) uniques correspondant à six protéines. Leurs signatures seraient celle d'une femelle. Les spécialistes ont ensuite comparé ce protéome dentaire à ceux des hominoïdes (gibbons, orangs-outangs, gorilles, chimpanzés et humains), des protéomes eux-mêmes déduits à partir des séquences de leurs génomes connus pour coder des protéines de l'émail dentaire. "Nous avons ainsi démontré que Gigantopithecus était une lignée sœur de celle des orangs-outans (du genre Pongo). Leur séparation, à partir d'un ancêtre commun, remonte à il y a environ 12 à 10 millions d'années", précise le chercheur. La lignée des Pongo (ou pongidés) avait déjà divergé de celle des Homo il y a 20 millions d'années. L'âge thermique de ces séquences protéiques est environ cinq fois supérieur à celui de tout protéome ou génome de mammifère des tropiques précédemment publié !

Un mammifère de cet âge avait pu être analysé avec cette méthode, mais il venait du Caucase, un milieu tempéré. "La survie d'un protéome d'émail dentaire du Pléistocène inférieur dans les régions subtropicales élargit encore le champ de l'analyse paléoprotéomique à des zones géographiques et à des périodes considérées auparavant incompatibles avec la conservation de quantités substantielles d'informations génétiques", se réjouit Frido Welker. L'exploit réalisé sur le gigantopithèque pourrait ainsi ouvrir la voie à des analyses comparables sur des restes humains très anciens.

Source : Science et Avenir du 17/01/2020

mercredi 4 décembre 2019

L’énigme de la parenté du gigantopithèque enfin résolue

L’analyse des protéines d’une dent vieille de 1,9 million d’années révèle qu’un singe géant fossile d’Asie du Sud – le gigantopithèque – est un cousin direct des orangs-outans.

En 1935, le paléontologue Gustav von Koenigswald découvrit dans une pharmacie chinoise de Hong Kong des dents d’hominidé deux fois plus grandes que celles d’un gorille. Celles de King Kong ? La suite montra qu’il s’agissait de dents d’un très grand singe qui hantait les forêts du sud de l’Asie, de la Chine jusqu’au Vietnam, il y a 2,2 millions d’années et peut-être jusqu’il y a 300 000 ans : le gigantopithèque. Pesant jusqu’à 300 kilogrammes pour 2,5 mètres de haut, Gigantopithecus blacki était depuis longtemps une énigme paléontologique. Jusqu’à aujourd’hui : une équipe de chercheurs chinois, allemands, espagnols et français dirigée par Frido Welker et Enrico Cappellini, de l’université de Copenhague, vient de montrer qu’il s’agit d’un cousin des orangs-outans actuels. La méthode, inédite, s’appuie sur l’analyse des protéines extraites de l’émail d’une dent fossile ayant appartenu à un gigantopithèque de 1,9 million d’années, découvert dans la grotte de Chuifeng, dans le sud de la Chine.

L’ADN des fossiles se conserve mieux dans les milieux froids. C’est ainsi que l’ADN mitochondrial et nucléaire d’humains archaïques qui vivaient il y a plus de 430 000 ans dans une grotte espagnole a pu être reconstitué. L’ADN du plus ancien mammifère jamais séquencé, celui d’un cheval conservé dans le pergélisol du Yukon, date de quelque 700 000 ans. Sous les tropiques en revanche, l’ADN se dégrade rapidement. Mais ce n’est pas le cas des protéines, qui ont une durée de vie beaucoup plus longue. Une nouvelle technique, qualifiée de paléoprotéomique, c’est-à-dire l’analyse de l’ensemble des protéines extraites des fossiles, a ainsi révélé cette année qu’une mandibule tibétaine de 160 000 ans appartenait à un Dénisovien. Une nouvelle étude vient de nous apprendre que Gigantopithecus blacki est un ponginé. Le genre Pongo a pour seuls représentants à l’heure actuelle les orangs-outans. Il comprend aujourd’hui trois espèces menacées par la déforestation, notamment pour la consommation d’huile de palme…

Pour établir la parenté de Gigantopithecus blacki, les chercheurs ont extrait les protéines de l’émail d’une des molaires retrouvées à Hong Kong, et les ont comparées avec celles des autres grands singes actuels, y compris les orangs-outans. Les méthodes qu’ils ont mises au point permettent d’analyser des ensembles de protéines – ou protéomes – très dégradés. Elles évitent notamment la dissolution chimique qui abîme les protéines. Ils ont déminéralisé l’émail à l’aide de deux acides – l’acide trifluoroacétique et l’acide chlorhydrique. Les chercheurs ont ainsi obtenu un protéome composé de 409 peptides (des chaînes d’acides aminés) uniques correspondant à 6 protéines endogènes : l’amélogénine X, l’améloblastine, l’amélotine, l’émailine, la métalloprotéinase-20 et la glycoprotéine alpha-2-HS.

Fossile de la mandibule de Gigantopithecus blacki conservée dans les collections du College of Wooster, Ohio, États-Unis.

Ils ont ensuite comparé ce protéome dentaire à ceux des Hominoïdes (groupe comprenant les gibbons, les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés et les hommes), qu’ils ont déduits des séquences de leurs génomes connues pour coder des protéines de l’émail dentaire. Les résultats font de Gigantopithecus blacki un parent des orangs-outans. Sa lignée et celle des orangs-outans apparaissent comme deux lignées très anciennes.

De quand date la séparation entre Gigantopithecus blacki et les orangs-outans ? Afin de reconstituer la chronologie des divergences successives entre les branches des Hominoïdes, les chercheurs ont utilisé deux approches statistiques différentes : d’une part en exploitant les distances calculées entre les séquences d’acides aminés d’une espèce à l’autre, et d’autre part en utilisant la méthode bayésienne (on calcule les probabilités de l’apparition d’une nouvelle forme dans l’arbre connaissant la forme précédente, afin de construire l’arbre le plus probable). Il en ressort que les deux branches ont divergé il y a une dizaine de millions d’années. L’énigme du gigantopithèque est ainsi résolue.

Source : Pour la Science du 29/11/2019

mercredi 1 juillet 1992

Gigantopithecus blacki

nom : Specimen 1, Right M3
âge : 1,8 Ma
découverte : von Koenigswald
date : 1935
espèce : Gigantopithecus blacki

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Gigantopithecus blacki a une morphologie dentaire et gnathique plus massive que G. giganteus. G. blacki est estimé par les restes de faune à 0,5 - 0,75 myo et était peut-être contemporain d'Homo erectus (Pilbeam).

Gigantopithecus / Gigantopithèque

Gigantopithecus (du grec gigas « géant », et pithekos « singe ») est un genre éteint de singes appartenant à la sous-famille des ponginés. Il est attesté en Asie du Sud-Est à partir d'environ deux millions d'années et jusqu'à environ cent mille ans avant le présent. On a trouvé des fossiles en Chine, au Viêt Nam, et plus récemment en Indonésie. Bien que les seuls fossiles connus de Gigantopithèque soient de nombreuses dents isolées et quelques mandibules, ils suggèrent que cette espèce est le plus grand singe connu qui ait jamais existé, avec une taille comprise entre deux et trois mètres, et un poids compris entre 200 et 500 kg.

Espèce

Le genre Gigantopithecus ne comprend qu'une seule espèce connue : 

  • Gigantopithecus blacki : Sud de la Chine, Viêt Nam, Thaïlande, et Indonésie. Présence durant le Pléistocène, peut-être jusqu'à 100 000 ans avant le présent.

Source : Wikipedia

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Maintenant, une nouvelle étude confirme - au niveau moléculaire - que les orangs-outans sont en effet le parent vivant le plus proche de cet ancien géant. La recherche suggère que Gigantopithecus s'est séparé de la lignée des orangs-outans il y a environ 12 millions d'années.

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nom :
âge :
découverte : Gustav von Koenigswald
date : 1935
espèce : Gigantopithecus