samedi 31 août 2019

Face à Australopithecus anamensis !

C’est la première découverte d’un crâne presque complet d’un représentant de l’espèce Australopithecus anamensis

Jusqu’à cette récente découverte, Australopithecus anamensis était identifié par une vingtaine de fossiles qui avaient délivré des mandibules, des dents, des fragments de crâne ainsi que des morceaux de tibia et d’humérus.
C’est le professeur Yohannes Haile-Selassie qui a découvert (en février 2016) le crâne, à Miro Dola (site Woranso-Mille), en Ethiopie, dans la région de l’Afar. Ce crâne fossilisé, découvert en deux principaux morceaux, a fait l’objet d’une étude approfondie dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature, en août 2019.
Ce crâne, presque complet, permet enfin de connaître la forme de la tête de cet australopithèque et de le comparer avec d’autres hominidés.

Le crâne MRD
Le crâne, identifié par les initiales MRD-Vp-1/ 1, présente des caractéristiques très particulières. Sur le sommet de la boîte crânienne se dresse une crête sagittale très marquée. La face est de forme allongée et prognathe (la mâchoire est projetée en avant), les canines larges mais le nez est, lui, pratiquement enfoncé dans le visage. Cet ensemble donne à cet individu un aspect très simiesque. Cela est renforcé par des os épais qui indiquent une constitution et un crâne robustes.
L’endocrâne permet d’estimer la taille du cerveau de cet hominidé qui, avec ses 370 cm3, se rapproche plus de Sahelanthropus tchadensis (360 cm3) que d’Australopithecus afarensis (400 cm3). L’ensemble de ces caractéristiques le rapproche physiquement des grands singes comme le gorille ou le chimpanzé.

A. anamensis contemporain d'A. afarensis ?

Daté de 3,8 millions d’années, ce spécimen donne un premier aperçu de la morphologie crânio-faciale complète de l’un des plus anciens membres du genre Australopithecus. Plus étonnant, le plus ancien des A. afarensis est, lui, daté de 3,9 millions d’années.
Jusqu’à présent, on pensait que A. anamensis était un ancêtre direct d’A. afarensis (comme Lucy). La datation et la morphologie de ce crâne permettent de penser maintenant que A. anamensis n’a pas disparu avec l’arrivée d’ A. afarensis. Les deux espèces se sont côtoyées pendant presque 100 000 ans. La filiation directe entre les deux espèces n’est plus assurée. L’une des auteurs de l’étude, Stephanie Melillo (Max Planck Institute, liebzig, Allemagne) indique : "Nous pensions que Australopithecus anamensis se transformait progressivement en Australopithecus afarensis avec le temps". Mais la contemporanéité des espèces lui fait rajouter : "Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ?".

Le crâne fossile d'un Australopithecus anamensis, vieux de 3,8 millions d'années, et la reconstruction faciale qui l'accompagne

Une évolution buissonante confirmée
De manière plus globale, le fait que plusieurs hominidés soient présents au même moment dans une région va dans le sens d’une évolution dite buissonnante de l’humanité. Yves Coppens indique « L'évolution n'est pas linéaire, elle prend plutôt la forme d'une inflorescence. A. afarensis a très bien pu se développer localement à partir d'un groupe d'A. anamensis, tandis que le reste de la population poursuivait son existence sans évoluer ».
C’est ce qu’indique également la paléoanthropologue Sandrine Prat (MNHN) qui fait remarquer qu’il n’y a pas d’évolution graduelle et temporelle entre les deux espèces (processus d’anagenèse).

L’évolution des hominidés se complique un peu plus à chaque nouvelle découverte d’importance. Le crâne du fossile MRD fait partie de ces événements marquants dans la vie d’un chercheur.
Pour l’auteur principal de l’étude, le paléoanthropologue Yohannes Haile-Selassie (Museum of Natural History de Cleveland) "ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années".
Enfin, Jean-Jacques Hublin ((Max Planck Institute, liebzig, Allemagne) précise : "Entre 6 et 3 millions d'années, il y a un trou dans la connaissance, lié à la rareté des ossements. MRD permet de le combler en partie".

Source : Hominidés du 29/08/2019

On a trouvé le grand-père de notre ancêtre Lucy l'australopithèque

Le crâne de notre aïeul, vieux de 3,8 millions d'années, est remarquablement bien conservé.



ANTHROPOLOGIE - D’accord, “MRD” est un prénom plus difficile à porter que Lucy. Mais le crâne récemment découvert par des chercheurs américains et européens en Éthiopie a lui aussi tout d’une star: remarquablement conservé, il est l’ancêtre de la plus célèbre des australopithèques, comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo en tête de cet article.

Comme l’explique la revue Nature, l’étude de la boîte crânienne a en effet démontré que MRD (petit nom de MRD-VP-11, son identification complète) était âgé de 3,8 millions d’années, soit 300.000 ans de plus que Lucy. Mais ce n’est pas tout: notre nouveau venu est un homme, adulte, aux traits caractéristiques des australopithèques et pourtant...d’une espèce différente de Lucy.

Cette dernière, découverte en 1974, appartient en effet à l’espèce Australopithecus Afarensis, du nom de la région éthiopienne où son squelette a été mis à jour. MRD appartiendrait lui à une espèce moins connue, la plus ancienne des australopithèques: Australopithecus Anamensis. Boîte crânienne plus petite que sa descendante, prognathisme des traits plus prononcés, l’aïeul comporte de nombreux détails qui témoignent d’un hominidé plus primitif que Lucy.


Cette découverte est unique à plus d’un titre: si de nombreux fossiles humains ont été retrouvés ces dernières décennies dans la région, ils ne sont que très fragmentaires, quand MRD et son crâne presque complet permettent d’en dessiner le portrait-robot.

L’étude de MRD a aussi permis de clarifier notre connaissance des premiers hominidés bipèdes. Pendant longtemps il était impossible, faute de fossile dans un état suffisant, de démontrer qu’Astralopithecus Anamensis et Afarensis étaient bien deux espèces à part, et non deux variations d’une même espèce. Aujourd’hui, l’exhumation de ce crâne démontre, d’après les chercheurs qui l’ont mis à jour, que les différences sont telles que les deux branches doivent être différenciées de manière certaine.

Source : Huffington Post du 28/08/2019

vendredi 30 août 2019

On sait à quoi ressemblait notre ancêtre de 3,8 millions d'années

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique? Un crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années a été mis au jour en Ethiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l'évolution.

«Ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années», explique Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (Etats-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi dans la revue Nature.

Un atout qui pourrait lui valoir de «devenir une nouvelle icône de l'évolution humaine». A l'instar de «Toumaï», vieux d'environ 7 millions d'années et considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, «Ardi», une autre espèce d'hominidé datant de 4,5 millions d'années, ou encore «Lucy», la très célèbre Australopithèque âgée de 3,2 millions d'années, découverte en Ethiopie en 1974. D'autres fossiles d'Australopithèque, moins connus, datent d'au moins 3,9 millions d'années, mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées.

Pommettes saillantes et mâchoire proéminente

Découvert en février 2016 dans la région Afar en Ethiopie (à 55 km de là où se trouvait Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis. «Nous pensions que Australopithecus anamensis (MRD) se transformait progressivement en Australopithecus afarensis (Lucy) avec le temps», détaille l'étude. Mais la découverte relance les dés : les deux espèces se seraient croisées dans les savanes pendant environ 100.000 ans. «Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ?»

«C'est bon de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom.» Même s'il est tout petit, le crâne devait être celui d'un adulte, à priori masculin. Des reconstitutions faciales réalisées à partir des caractéristiques du fossile présentent un hominidé aux pommettes projetées vers l'avant, à la mâchoire proéminente, au nez épaté et au front étroit.

Soit, à la surprise des chercheurs, un mélange de caractéristiques propres aux Sahelanthropus comme «Toumaï» et aux Ardipithecus comme «Ardi» mais aussi à d'autres d'espèces plus «récentes». Ce qui permet aux chercheurs d'affirmer que cette découverte «relie l'espace morphologique» entre les ancêtres humains les plus anciens (6 millions d'années) et les espèces plus récentes comme Lucy (2-3 millions d'années). Deux groupes que l'on pensait jusqu'ici séparés par un fossé bien plus immense.

Source : CNews du 29/08/2019

jeudi 29 août 2019

Le plus vieux des australopithèques a enfin un visage

En Ethiopie, des paléoanthropologues ont mis la main sur le crâne d’un australopithèque anamensis. Daté de 3,8 millions d’années, ce fossile donne pour la première fois un visage à cette espèce considérée comme la plus ancienne du genre.

Il a un prognathisme sévère et des canines drôlement larges. Sa capacité crânienne, de l’ordre de 365 à 370 cm3, est également peu volumineuse. Et puis, sa crête osseuse – on dit sagittale – sur le dessus est très prononcée. Mais il est surtout quasiment complet et en très bon état de conservation. Ce qui en fait une pièce rare. «Quel beau fossile !» s’enthousiasme d’ailleurs Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), lorsqu’on lui soumet le primate. Exhumé en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, au nord de l’Ethiopie, le crâne d’un très vieux représentant du genre australopithèque – du moins sa description – méritait donc d’avoir sa place dans la dernière livraison de la revue Nature jeudi. Et ce, pour plusieurs raisons.

Traits primitifs

Daté de 3,8 millions d’années, ce fossile, surnommé «MRD», est en effet le premier crâne attribué par des scientifiques à Australopithecus anamensis. Considérée comme la plus vieille du genre depuis sa découverte en 1995, cette espèce d’australopithèques ayant vécu il y a environ 4 millions d’années n’avait légué jusque-là aux spécialistes qu’une mandibule, des dents, et des fragments de tibia et d’humérus retrouvés par-ci par-là en Afrique de l’Est. Difficile donc, dans ces conditions, de donner un visage à celui que l’on présente aussi comme l’ancêtre de Lucy. A moins de retrouver un fichu crâne. «Il y en a si peu, donc le seul fait d’en trouver un aussi complet, c’est toujours génial, poursuit Antoine Balzeau, même si je reste un peu sur ma faim quant à sa description. Il est tellement beau qu’on aimerait plus de détails.»

Les résultats de l’étude des caractéristiques morphologiques du fossile éthiopien par l’équipe des paléoanthropologues d’Yohannes Haile-Selassie, du Muséum d’histoire naturelle de Cleveland, et Stephanie Melillo, de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, ouvrent tout de même des pistes intéressantes. Lors de l’examen, les chercheurs se sont par exemple aperçus que le fossile – celui d’un mâle selon toute vraisemblance – présentait à la fois des traits primitifs comme un très petit volume crânien (largement inférieur à celui des femelles afarensis) mais qu’il partageait également des similarités faciales et crâniennes avec le genre des paranthropes ou l’australopithèque africanus, des espèces bien plus proches de nous dans le temps.

Evolution buissonnante

Ce qui contredit l’hypothèse longtemps soutenue par les scientifiques selon laquelle l’évolution entre les australopithèques, notamment anamensis et afarensis (Lucy), aurait été linéaire. «Ce crâne permet de mieux caractériser cette espèce et de mieux comprendre ses relations de parenté avec Australopithecus afarensis, se réjouit à ce propos auprès de Libération Sandrine Prat, paléoanthropologue du Muséum national d’histoire naturelle – mais n’ayant pas participé à cette découverte. Cela met en évidence qu’il n’y a pas une évolution temporelle et graduelle, ce que l’on appelle l’anagénèse, entre les deux espèces.»

Autre surprise : sa datation. Exhumé dans les sédiments d’un ancien delta, «MRD», eu égard à son âge (3,8 millions d’années) et la datation d’un autre fossile éthiopien vieux de 3,9 millions d’années mais attribué à l’Australopithecus afarensis, aurait donc cohabité au moins 100 000 ans avec cette autre espèce d’hominine. De quoi envisager de nouvelles hypothèses sur leurs liens de parentés mais aussi leur coexistence : pacifique ou concurrentielle pour la nourriture et le contrôle du territoire ? «Cela met une nouvelle fois en évidence le caractère buissonnant de l’évolution humaine et la coexistence de plusieurs espèces d’hominines au pliocène», explique la paléoanthropologue.

Source : Libération du 28/08/2019

mercredi 28 août 2019

Découverte d'un crâne d'australopithèque plus vieux que Lucy

Même s'il est tout petit, le crâne devait être celui d'un adulte, a priori masculin. Il a été découvert en Ethiopie.

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique ? Un crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années et "remarquablement complet" a été mis au jour en Ethiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l'évolution. "Ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années", explique à l'AFP Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (Etats-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi dans la revue Nature.

Plus vieux que Lucy

Un atout qui pourrait lui valoir de "devenir une nouvelle icône de l'évolution humaine", juge Fred Spoor du Natural History Museum de Londres dans un commentaire. Et de rejoindre ainsi les célèbres "Toumaï", "Ardi" et "Lucy". A titre de comparaison, "Toumaï" (un Sahelanthropus tchadensis), considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, est vieux d'environ 7 millions d'années. Il a été mis au jour en 2001 au Tchad.

Ardi (pour Ardipithecus ramidus, une autre espèce d'hominidé) découvert en Ethiopie aurait 4,5 millions d'années et "Lucy", la très célèbre Australopithèque, découverte en Ethiopie en 1974, est âgée de 3,2 millions d'années. D'autres fossiles d'Australopithèque, moins connus, datent d'au moins 3,9 millions d'années mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées. Sans "vieux" crâne, notre compréhension de l'évolution de ces hominidés éteints restait très partielle. Découvert en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans la région Afar en Ethiopie (à 55 km de là où a été découverte Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis.

Source : Sciences et Avenir du 28/08/2019

mercredi 14 août 2019

Aspects de l'évolution physique et comportementale humaine au cours du dernier million d'années

Chronologie illustrant les principaux traits de comportement, les fossiles d'hominidés et le volume endocrânien (données de S1) au cours du dernier million d'années.

Pour les traits de comportement et les fossiles, la ligne pleine représente des plages de dates plus certaines, tandis que les lignes segmentées représentent des points de données plus ambigus qui s'étendent au-delà de la plage de dates établies.
L'espacement des lignes segmentées horizontales se rapporte à la certitude relative des dates associées.
La chronologie des fossiles n'inclut aucune inférence phylogénétique.
Les cases colorées représentent les plages de volume endocrânien pour illustrer les zones de chevauchement de la taille du cerveau déduite entre les taxons.
Bien que nous ayons utilisé des dates citées en relation avec les fossiles, nous ne sommes pas nécessairement d'accord avec toutes.

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Diagramme schématique des tranches d'âge inférées des lignées d'hominidés au cours du dernier million d'années.

Les couleurs reflètent les désignations d'espèces communément référencées dans la littérature.
Pour certaines espèces, il est possible que ce taxon englobe plus d’une «lignée», par ex. H. erectus.
Les lignes pointillées indiquent nos associations phylogénétiques conservatrices de lignées.
(a) L'histoire évolutive de H.naledi reste particulièrement énigmatique, confondue par sa combinaison inattendue de traits qui rend difficile d'établir si l'espèce a divergé au début de l'évolution du genre Homo, ou s'est séparée d'une autre lignée plus récemment.
(b) Le taxon désigné H. sapiens peut avoir évolué comme une seule lignée, où les spécimens antérieurs d'environ 300 ka ont finalement évolué pour devenir les spécimens plus dérivés après 200 ka.
Cependant, les périodes de temps qui se chevauchent de ces lignées en évolution présentent une évolution alternative, où ces formes antérieures représentent une lignée sœur divergente qui n'a peut-être pas contribué à la morphologie de H. sapiens aujourd'hui.
(c) Les Néandertaliens présentent également deux récits évolutionnaires alternatifs ; Les premiers Néandertaliens pourraient être les premiers membres de la lignée qui a finalement conduit à la morphologie néandertalienne classique du Pléistocène ultérieur, ou cela peut représenter une branche latérale de la lignée qui a divergé de l'ancêtre commun avec les Denisoviens.
(d) Les affinités phylogénétiques des spécimens désignés ici comme `` archaïques de Chine '' restent non précisées, jusqu'à ce que le statut phylogénétique (c'est-à-dire dérivé ou ancestral) de la désignation des traits partagés avec H. erectus, H. heidelbergensis, H. neanderthalensis et H.sapiens soit mieux établi, et jusqu'à ce que nous ayons, espérons-le, une meilleure idée de la morphologie des Denisoviens.
(e) H. floresiensis peut être un descendant de H. erectus qui éclipsait sur l'île de Flores, ou bien il a évolué à partir d'une divergence pré-erectus encore plus profonde.
Ici, nous restons agnostiques, même si le H. luzonensis récemment annoncé (Détroit et al., 2019) peut ajouter à ce débat.
Les preuves indiquent qu'il y a eu un flux génétique (lignes rouges) à divers moments au cours du dernier million d'années, bien que le rythme et la fréquence de ce flux soient encore en cours d'établissement.

Source : Source

samedi 3 août 2019

Quand la génétique redessine l’histoire de l’Europe

Qui sont vraiment les Européens et d’où viennent-ils ? Aujourd’hui, les chercheurs donnent de nouvelles réponses à ces questions. Leurs découvertes montrent que l’Europe est un melting-pot qui remonte à la période glaciaire.

« Les gens qui vivent aujourd’hui à un endroit ne sont pas les descendants de ceux qui vivaient jadis au même endroit », souligne David Reich, paléogénéticien à l’université Harvard. À l’heure où les débats font rage sur les migrations et les frontières, la science montre que l’Europe est et a toujours été un continent d’immigrants. Les Européens offrent un mélange variable de vieilles lignées originaires d’Afrique, du Moyen-Orient et des steppes de Russie. C’est ce que démontrent l’examen d’objets archéologiques, l’analyse de dents et d’os, et la linguistique. Mais la principale preuve provient d’un nouveau domaine de recherche : la paléogénétique.

Au cours de la dernière décennie, il est devenu possible de séquencer l’ensemble du génome d’humains qui vivaient il y a des dizaines de millénaires. Aujourd’hui, on peut séquencer un fragment de squelette bien conservé pour moins de 500 euros. Conséquence : la somme des données disponibles a explosé, ce qui transforme l’archéologie. Sur la seule année 2018, les génomes de plus d’un millier d’hommes préhistoriques ont été établis – le plus souvent, à partir d’ossements mis au jour il y a des lustres et conservés dans des musées ou des laboratoires d’archéologie.

Ces analyses donnent des indices sur l’identité et l’origine des ancêtres des hommes anciens – et donc, sur leurs migrations. Il semble maintenant clair que trois flux majeurs de populations ont façonné le cours de la préhistoire européenne. Les immigrants y ont apporté l’art et la musique, l’agriculture et les villes, le cheval domestique et la roue. Ils ont aussi introduit les langues indo-européennes parlées aujourd’hui dans presque toute l’Europe, et peut-être même la peste.

Première vague de migration, il y a environ 45 000 ans : les premiers humains modernes se sont éparpillés à travers l’Europe, après avoir traversé le Moyen-Orient. Ils formaient de petits groupes nomades de chasseurs-cueilleurs. Ils suivaient les fleuves, longeant le Danube et s’enfonçant au cœur de l’Europe occidentale et centrale. Pendant des millénaires, leur impact resta limité. Leur ADN indique des mélanges avec des néandertaliens, qui allaient disparaître 5 000 ans plus tard. Environ 2 % du génome de l’Européen moyen actuel provient ainsi d’ADN néandertalien.

Les seconds par ordre d’arrivée sont venus depuis l’Anatolie centrale, il y a environ 10 000 ans, à l’aube du Néolithique. Ces hommes avaient déjà commencé à cultiver des formes primitives de blé et, sans doute, à élever de petits troupeaux. La plupart de ces agriculteurs du Néolithique avaient la peau claire et les yeux sombres – au contraire de beaucoup des chasseurs-cueilleurs. Au fil des siècles, leurs descendants s’aventurèrent le long du Danube, jusqu’au cœur du continent. D’autres longèrent les côtes méditerranéennes sur des embarcations, colonisant des îles comme la Sicile, et s’établirent aussi loin que le Portugal. Jusqu’à la Grande-Bretagne, la signature génétique anatolienne se retrouve partout où a démarré l’agriculture.

Enfin, les derniers contributeurs majeurs à la composition génétique de l’Europe occidentale et centrale sont arrivés des steppes russes, voilà près de 5 000 ans. Dans les steppes du sud de la Russie et de l’est de l’Ukraine actuelles vivaient des nomades, les Yamnayas, partageant une parenté lointaine avec les Amérindiens, dont les ancêtres étaient venus de la Sibérie, tout à l’est. Ils maîtrisaient la roue, fabriquaient des chariots et suivaient les troupeaux de bétail à travers la prairie. Ils avaient aussi été parmi les premiers humains à monter à cheval.

En quelques siècles, ils progressèrent dans toute l’Europe, sans doute en quête de meilleurs pâturages. Ils ont ainsi introduit les chevaux domestiques et un mode de vie mobile fondé sur l’utilisation de chariots, dans une Europe encore à l’âge de la pierre. Et, avec des armes et des objets inédits en métal, ils ont contribué à faire entrer le continent dans l’âge du bronze. L’arrivée des Yamnayas en Europe correspond aussi, selon les linguistes, au début de la diffusion des langues indo-européennes (une famille de plusieurs centaines d’idiomes, dont la plupart des parlers entre l’Irlande et la Russie, et la moitié nord de l’Inde) sur le continent.

Tous les Européens contemporains sont donc issus d’un mélange. Typiquement, la recette génétique d’un Européen moyen est : du Yamnaya et de l’agriculteur anatolien à parts égales, avec une dose bien plus réduite de chasseur-cueilleur africain. La moyenne masque cependant d’importantes variations régionales. On retrouve plus de gènes « cow-boy de l’Est » en Scandinavie, mais plus de gènes d’agriculteur anatolien en Espagne et en Italie. Et il y a davantage de fragments significatifs d’ADN de chasseur-cueilleur dans la Baltique et en Europe de l’Est. Mais, pour David Reich, une chose est claire : « Il n’existe pas de populations autochtones. Quiconque veut en revenir à la pureté raciale est confronté à l’absurdité du concept. »

Source : National Geographic du 01/08/2019

vendredi 2 août 2019

Des secrets de famille d’Homo sapiens révélés

Une analyse génétique a révélé que les humains modernes (Homo sapiens) se sont croisés avec cinq espèces humaines archaïques lorsqu'ils ont quitté l'Afrique pour peupler l’Europe et l’Asie.

Les anthropologues et les généticiens avaient déjà établi que nos ancêtres avaient partagé les espaces intimes de leurs grottes avec les Néandertaliens et les Dénisoviens. Mais des scientifiques australiennes affirment aujourd’hui que l’ADN humain contient des traces de trois autres espèces toujours inconnues de la science.

Cette mystérieuse diversité provient des îles d'Asie du Sud-Est qui semblent avoir été un terreau particulièrement fertile pour les rencontres entre les différentes espèces Homo.

Repères
  • Les trois espèces connues se sont séparées il y a environ 400 000 ans;
  • Les Dénisoviens ont quitté l'Afrique vers l'Asie de l'Est;
  • Les Néandertaliens ont mis le cap vers l'Europe et l'ouest de l'Asie;
  • Les Homos sapiens, les ancêtres de l'humain, sont sortis d'Afrique il y a seulement 65 000 ans pour gagner l'Eurasie;
  • Les trois espèces se sont ensuite croisées.

La route de la mixité

Le chercheur João Teixeira, expert en génétique des populations, et ses collègues de l'Université d'Adélaïde ont réussi à cartographier les événements de croisement survenus par le passé en comparant les informations recueillies dans la littérature scientifique au niveau d'ascendance archaïque retrouvés dans les génomes des populations actuelles à travers le monde.

Chacun de nous porte en lui les traces génétiques de ces mélanges passés.
João Teixeira


« Ces groupes archaïques étaient très répandus et génétiquement divers, et ils survivent en chacun de nous. Leur histoire fait partie intégrante de notre histoire », explique-t-il.

Par exemple, certaines populations actuelles (comme les Européennes et les Américaines) possèdent environ 2 % d'ascendance néandertalienne. Cela signifie qu’un croisement entre les deux espèces s’est produit peu après leur départ d'Afrique quelque part au Moyen-Orient il y a au moins 50 000 ans.

Et au fur et à mesure que les humains modernes se sont dirigés vers l'Est asiatique, ils ont rencontré au moins trois autres groupes humains avec lesquels ils se sont croisés. Et les traces de ces rencontres romantiques se retrouvent encore de nos jours toujours dans l'ADN de l'humain moderne.

Les îles de l'Asie du Sud-Est étaient déjà très peuplées lorsque ce que nous appelons les humains modernes sont arrivés dans la région il y a à peine 50 000 ans.
João Teixeira


« Au moins trois autres groupes humains archaïques semblent avoir occupé la région, et les ancêtres des humains modernes s'y sont mélangés avant que les espèces archaïques ne disparaissent », explique le Dr Teixeira

En utilisant des informations supplémentaires provenant des itinéraires de migration reconstitués et des registres de végétation fossile, les chercheurs ont proposé qu'il y ait eu un événement de mélange dans les environs de l'Asie du Sud entre les humains modernes et un groupe qu'ils ont nommé « Homininé éteint 1 ».

D'autres croisements ont eu lieu avec des groupes en Asie de l'Est, aux Philippines, sur le plateau de la Sonde (qui reliait autrefois Java, Bornéo et Sumatra au continent asiatique), et peut-être près de Flores en Indonésie, avec un autre groupe appelé « Homininé éteint 2 ».

Nous savions que la sortie de l'Afrique de l’Homo n'était pas simple, mais elle semble beaucoup plus complexe que nous ne l'avions imaginé.
João Teixeira


« La région de l'Asie du Sud-Est insulaire était clairement occupée par plusieurs groupes humains archaïques, vivant probablement dans un isolement relatif les uns des autres pendant des centaines de milliers d'années avant que les ancêtres des humains modernes n'arrivent », conclut João Teixeira.

Selon les auteurs de ces travaux publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre) (en anglais), le moment de l’arrivée des humains modernes dans ces régions a été rapidement suivi par la disparition des groupes archaïques dans chacune d’entre elles.

Source : Radio Canada du 30/07/2019