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lundi 15 février 2021
lundi 3 février 2020
Homo naledi
Homo naledi est une espèce éteinte d'hominines découverte en 2013 en Afrique du Sud par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger. La découverte fut annoncée en septembre 2015. Les fossiles ont été trouvés dans les Grottes de Rising Star, près de Johannesbourg, en Afrique du Sud. La découverte et l'analyse de nouveaux restes trouvés dans une seconde chambre a été faite en mai 2017 par John Hawks.
Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithecus, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques. La combinaison de caractères ancestraux et dérivés traduit une évolution en mosaïque.
D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années au vu de sa morphologie, il a été daté en 2017 entre 335 et 236 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.
Controverses scientifiques
Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus ». Ian Tattersall, du Musée américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo ».
Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.
Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement.
Sa fiche sur Wikipedia
Zone géographique : Afrique du sud
Période : 300.000 à environ 225.000 ans
Découverte : En 2015, en Afrique du Sud
Caractéristiques : Plus petit qu'Homo sapiens, Homo naledi atteignait 1,50 m. Son cerveaune dépassait pas la taille d'un pamplemousse. Des centaines d'ossements ont été mis à jour mais seulement dans deux grottes très proches en Afrique du Sud, sans outil ni ornement. Sa découverte a néanmoins ouvert des perspectives, le genre Homo était peut-être bien plus foisonnant que supposé jusqu'ici.
Plusieurs espèces ont peut-être peuplé l'Afrique il y a 300.000 ans, avec des populations très localisées.
autour de 0,3 MA.
DH1 un crâne fragmentaire ; plus de 1500 restes de nombreux individus, et il semblerait que ce ne soit pas fini.
Un tout petit trou en Afrique du Sud.
Découverte importante, mais l'anatomie des fossiles n'est pas encore suffisamment étudiée pour valider cette nouvelle espèce, les caractères dérivés semblent faire défaut. Ressemble beaucoup aux premiers Homo ou Homo erectus anciens. Fait unique, les découvreurs ont mis en ligne les modèles 3D des principaux fossiles, permettant ainsi aux autres chercheurs de les étudier.
Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithecus, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques. La combinaison de caractères ancestraux et dérivés traduit une évolution en mosaïque.
D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années au vu de sa morphologie, il a été daté en 2017 entre 335 et 236 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.
Controverses scientifiques
Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus ». Ian Tattersall, du Musée américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo ».
Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.
Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement.
Sa fiche sur Wikipedia
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Zone géographique : Afrique du sud
Période : 300.000 à environ 225.000 ans
Découverte : En 2015, en Afrique du Sud
Caractéristiques : Plus petit qu'Homo sapiens, Homo naledi atteignait 1,50 m. Son cerveaune dépassait pas la taille d'un pamplemousse. Des centaines d'ossements ont été mis à jour mais seulement dans deux grottes très proches en Afrique du Sud, sans outil ni ornement. Sa découverte a néanmoins ouvert des perspectives, le genre Homo était peut-être bien plus foisonnant que supposé jusqu'ici.
Plusieurs espèces ont peut-être peuplé l'Afrique il y a 300.000 ans, avec des populations très localisées.
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autour de 0,3 MA.
DH1 un crâne fragmentaire ; plus de 1500 restes de nombreux individus, et il semblerait que ce ne soit pas fini.
Un tout petit trou en Afrique du Sud.
Découverte importante, mais l'anatomie des fossiles n'est pas encore suffisamment étudiée pour valider cette nouvelle espèce, les caractères dérivés semblent faire défaut. Ressemble beaucoup aux premiers Homo ou Homo erectus anciens. Fait unique, les découvreurs ont mis en ligne les modèles 3D des principaux fossiles, permettant ainsi aux autres chercheurs de les étudier.
Libellés :
00.10 > 500m,
Espèce,
Homo,
Homo naledi,
Ian Tattersall,
Laurent Bruxelles,
Lee Berger,
Yves Coppens
vendredi 30 septembre 2011
Yves Coppens : le singe découvert "précède la grande bifurcation entre pré-chimpanzés et pré-humains"
On lui doit la découverte de Lucy en 1974. C'est donc tout naturellement qu'Yves Coppens, l'un des plus grands spécialistes de l'évolution humaine, a assisté lundi 19 septembre au Museum national d'Histoire naturelle (MNHN) à la présentation exceptionnelle du crâne d'un grand singe vieux de 20 millions d'années, découvert le 18 juillet 2011 dans la région de Karamoja au Nord-Est de l'Ouganda. Un moment doublement important, puisqu'une ancienne élève, la professeur Brigitte Senut, fait partie de l'équipe qui a découvert le crâne. Entretien.
jeuneafrique.com : pouvez-vous dire aujourd’hui que l’élève Brigitte Senut a dépassé le maître ? De quelle manière l’avez-vous influencée ?
Yves Coppens : C’est toujours sympa de voir ses élèves travailler sans relâche et faire des découvertes et vous dépasser. Oui c’est ça l’élève a dépassé le maître, il ne faut pas avoir peur de le dire ! Je crois que Brigitte avait été frappée par mes grandes expéditions dans le sud de l’Ethiopie. C’était avant que je découvre Lucy et déjà je lui ai transmis en quelque sorte cette passion de la recherche sur le terrain,
Quel est l’intérêt de cette récente découverte ?
L’intérêt est triple. D’abord, il s’agit d’un crâne presque complet, ce qui est rare. Ensuite, il appartient à un primate et de grande taille de surcroît ! Il est vieux de 20 millions d’années et précède donc la grande bifurcation probable entre les pré-chimpanzés et les pré-humains. C’est un ancêtre commun : africain et tropical. Tout le travail d’analyse reste à faire maintenant, et cela est du ressort des scientifiques.
Le Museum national d’Histoire naturelle vient d’acquérir justement le scanner le plus performant dans le monde des sciences naturelles, que va-t-il apporter ?
Quand j’ai découvert Lucy avec d’autres chercheurs en 1974, il a fallu faire avec les moyens de l’époque ! Nous avions pu identifier qu’il s’agissait d’un australopithèque seulement 4 ans plus tard, en 1978. Le fait d’avoir un tel équipement à disposition permet indéniablement de gagner du temps ! L’analyse d’une tranche virtuelle est tout aussi fiable et beaucoup plus rapide. Ce scanner spécifique permet d’étudier les structures internes sans aucune coupe. A mon époque, j’avais déjà imaginé une sorte de palpeur qui livrerait une somme d’informations indispensables car les ossements sont remplis de mémoire.
Vous avez alors beaucoup à apprendre encore de Lucy. Allez-vous la faire revenir pour de nouvelles analyses dans ce scanner ultra moderne et performant ?
Oui, il faudra voir avec les autorités éthiopiennes. L’Ethiopie nous avait demandé de la rendre en 1980. Mais effectivement, nous avons encore beaucoup à apprendre de Lucy.
Quels sont vos projets ?
J’ai un chantier en Mongolie, où il reste de homo-sapiens. C’est un chantier important pour l’étude des origines de l’homme moderne. Et aussi une opération internationale en Sibérie avec la fonte du permafrost (dû au réchauffement climatique) ; il y a des bestioles qui remontent à la surface et j’aimerais trouver un bonhomme ! Un chasseur qui se serait fait prendre dans le sous-sol gelé…ou une chasseresse !
Source : Jeune Afrique du 28/09/2011
jeuneafrique.com : pouvez-vous dire aujourd’hui que l’élève Brigitte Senut a dépassé le maître ? De quelle manière l’avez-vous influencée ?
Yves Coppens : C’est toujours sympa de voir ses élèves travailler sans relâche et faire des découvertes et vous dépasser. Oui c’est ça l’élève a dépassé le maître, il ne faut pas avoir peur de le dire ! Je crois que Brigitte avait été frappée par mes grandes expéditions dans le sud de l’Ethiopie. C’était avant que je découvre Lucy et déjà je lui ai transmis en quelque sorte cette passion de la recherche sur le terrain,
Quel est l’intérêt de cette récente découverte ?
L’intérêt est triple. D’abord, il s’agit d’un crâne presque complet, ce qui est rare. Ensuite, il appartient à un primate et de grande taille de surcroît ! Il est vieux de 20 millions d’années et précède donc la grande bifurcation probable entre les pré-chimpanzés et les pré-humains. C’est un ancêtre commun : africain et tropical. Tout le travail d’analyse reste à faire maintenant, et cela est du ressort des scientifiques.
Le Museum national d’Histoire naturelle vient d’acquérir justement le scanner le plus performant dans le monde des sciences naturelles, que va-t-il apporter ?
Quand j’ai découvert Lucy avec d’autres chercheurs en 1974, il a fallu faire avec les moyens de l’époque ! Nous avions pu identifier qu’il s’agissait d’un australopithèque seulement 4 ans plus tard, en 1978. Le fait d’avoir un tel équipement à disposition permet indéniablement de gagner du temps ! L’analyse d’une tranche virtuelle est tout aussi fiable et beaucoup plus rapide. Ce scanner spécifique permet d’étudier les structures internes sans aucune coupe. A mon époque, j’avais déjà imaginé une sorte de palpeur qui livrerait une somme d’informations indispensables car les ossements sont remplis de mémoire.
Vous avez alors beaucoup à apprendre encore de Lucy. Allez-vous la faire revenir pour de nouvelles analyses dans ce scanner ultra moderne et performant ?
Oui, il faudra voir avec les autorités éthiopiennes. L’Ethiopie nous avait demandé de la rendre en 1980. Mais effectivement, nous avons encore beaucoup à apprendre de Lucy.
Quels sont vos projets ?
J’ai un chantier en Mongolie, où il reste de homo-sapiens. C’est un chantier important pour l’étude des origines de l’homme moderne. Et aussi une opération internationale en Sibérie avec la fonte du permafrost (dû au réchauffement climatique) ; il y a des bestioles qui remontent à la surface et j’aimerais trouver un bonhomme ! Un chasseur qui se serait fait prendre dans le sous-sol gelé…ou une chasseresse !
Source : Jeune Afrique du 28/09/2011
jeudi 16 juin 2011
Yves Coppens éclaire notre préhistoire
Le célèbre anthropologue, découvreur de Lucy, publie « Pré-textes ». Nous avons fait le point avec lui sur les origines de l’homme et sur son avenir.
Paris Match. Y a-t-il eu des changements majeurs dans le domaine de l’anthropologie au cours de ces vingt dernières années ?
Yves Coppens. Les grands constats sont restés les mêmes. Il y a eu des datations plus précises, et un peu plus d’espèces préhumaines et humaines ont été découvertes, mais il n’y a pas eu de bouleversement.
Lucy, que vous avez découverte, était-elle notre ancêtre ?
Non. Je l’ai dit tout de suite. Les Américains ont été un peu plus longs à la détente. Lucy a la double locomotion – elle marche et grimpe –, elle a encore un museau très important et de très grosses dents. Cela va à l’encontre de ce qu’est l’homme. Comme il y a peu de temps entre Lucy et nous – 3,2 millions d’années, contre 2,8 millions –, deux êtres si proches et si différents ne peuvent pas descendre l’un de l’autre.
Qui pourrait être alors notre véritable ancêtre ?
Moi, j’aime bien Australopithecus anamensis, car il est probablement déjà carnivore et uniquement bipède, il n’a plus les stigmates du grimper dans son squelette. Ou alors Kenyanthrope qui, lui, a la face plate. Comme ils sont presque contemporains, il faut choisir entre l’un et l’autre.
Pourquoi écrivez-vous que le chaînon manquant est un mythe ?
Parce que, de manière fausse, on a pensé que c’était un seul être qui assurait la filiation entre le chimpanzé et l’homme. Comme nos liens de parenté remontent à une dizaine de millions d’années, ça fait une grande plongée dans le temps avant de trouver cet ancêtre commun. Entre nous, il y a une multitude de chaînons qui manquent.
Pensez-vous qu’un jour on puisse remettre en cause l’Afrique, et plus précisément la vallée du Rift, comme le berceau de l’humanité ?
Le berceau de l’humanité a été largement agrandi par la découverte qu’a faite Michel Brunet au Tchad, de Toumaï et Abel. La vallée du Rift s’est avérée trop étroite. Ce berceau s’est élargi à l’arc tropical. Mais il reste toujours en Afrique. Cela dit, la science est froide, et je me rallierai à toute découverte nouvelle si les preuves sont convaincantes.
Sommes-nous le fruit d’un pur hasard climatique ou géologique ?
Je suis convaincu que c’est un événement climatique qui a changé l’environnement et donc modelé l’humain. Récemment, des Américains ont expliqué que le redressement du corps n’était pas dû à une adaptation à la savane mais à de la forêt claire. C’est du pinaillage. Ce redressement, il y a 10 millions d’années, est étrange et drôle. Je regarde souvent les gens marcher dans la rue, j’observe ce port redressé et un peu stupide. C’est bizarre qu’on ait trouvé cette solution pour s’en sortir !
Finalement, qu’est-ce qui est le propre de l’homme : le langage ? Le rire ?
C’est tout ça à la fois, à un autre degré. Tous ces traits, on les partage un petit peu avec un certain nombre d’animaux supérieurs – les singes, les baleines, les éléphants peuvent communiquer. On n’a plus beaucoup de caractères qui nous soient propres. Mais à ceux qui disent que la conscience est partagée avec certains animaux, je réponds qu’on n’a jamais vu des chimpanzés se réunir en forêt pour discuter de leurs origines ! Notre geste fondamental, c’est d’avoir eu le culot de changer la forme des objets à notre profit.
Pourquoi Neandertal a-t-il traîné pendant longtemps une aussi mauvaise réputation ?
Les premiers paléontologues ne doutaient pas de trouver des ancêtres beaux. Et ils sont tombés sur Neandertal, qu’ils ont trouvé abominable, avec ses grosses arcades, son menton qui fuit… Ils ont essayé de l’écarter. Or Neandertal est un homme comme les autres, il est né des mêmes grands-parents que l’homme moderne. Il y a eu même, pendant un temps court, interfécondité avec Sapiens. Mais Neandertal a souffert de sa croissance plus rapide que la nôtre et donc de son temps d’apprentissage plus court. Disons que le premier allait au collège et le second au lycée !
« On n’a jamais vu des chimpanzés se réunir pour discuter de leurs origines ! »
Pensez-vous que Neandertal ait pu être victime d’un génocide de la part de Sapiens, comme certaines hypothèses l’envisagent ?
Non, les hommes de Neandertal étaient répandus de l’Atlantique à la Mongolie. Ça fait un territoire trop immense pour cela. De plus, on ne retrouve pas de traces de traumatismes particuliers sur leurs ossements. Je n’y crois guère, même si la disparition de Neandertal reste un point d’interrogation.
De quoi mouraient les hommes préhistoriques ?
Ils étaient bien sûr sujets à des maladies, mais lorsqu’elles ne laissent pas de traces sur l’os ou sur la dent, elles nous échappent. Il y a quelques maladies que l’on perçoit, comme la tuberculose, la syphilis, la lèpre, la peste… et puis des traces d’accidents, des plaies se voient sur l’os.
La grotte de Lascaux est-elle sauvée ?
Lascaux se porte bien, on la soigne comme des toubibs. On a dit qu’elle était fichue, ce n’est pas vrai du tout. Toutes les peintures sont merveilleusement conservées. Moi, j’y suis allé deux fois en 2010, et je l’ai trouvée comme je l’avais laissée.
Etait-elle un sanctuaire religieux ?
Très probablement. Je vais vous dire quelque chose qui n’est pas scientifique, mais, quand j’y entre, la première impression, c’est d’être dans l’au-delà de ces gens-là. J’ai la même impression que lorsque j’entre dans un temple, une église ou une synagogue. Je vais à Notre-Dame comme je vais à Lascaux.
Les dessins de la grotte étaient-ils une forme d’écriture ?
Je le pense, oui. Vous verrez que dans les années qui viennent, on va mieux comprendre l’association des représentations. Parce que, outre les animaux merveilleux, il y a toute une série de signes abstraits, dont on ne parle pas beaucoup, qui leur sont associés et qui font probablement sens.
Vous avez une vision optimiste de l’évolution de l’homme, digne, responsable, libéré de ses instincts. Mais le premier outil fabriqué n’a-t-il pas aussi servi à tuer son voisin ?
L’homme est un prédateur. Dès le début de son existence, pour des raisons de nécessité. C’est aussi un prédateur pour l’homme. Il continue à avoir ces réactions de compétition pour le territoire, pour les femelles, le pouvoir. Cela dit, l’humanité se porte bien, je pense qu’elle s’affine, développe ses idées et ses réflexions. Ça a l’air d’aller dans le sens d’un sur-Sapiens, qui sera encore plus réfléchi. Peut-être qu’il sera tolérant, celui-là.
Justement, physiquement, à quoi ressemblerons-nous dans l’avenir ? Aurons-nous une tête énorme ?
En 3 millions d’années, nous sommes passés d’un cerveau de 400 centimètres cubes à 1 400 centimètres cubes. Aujourd’hui, ça ne fait pas monstrueux ! Je suis sûr qu’en ce moment on plafonne, qu’il y a des choses qu’on ne saisit pas et que l’homme prochain va comprendre. Il pourra alors se moquer de l’homme du XXIe siècle comme on le fait de l’homme préhistorique. Quand on dit que celui qui a découvert le biface, la pierre taillée de deux côtés, a fait une découverte formidable, il ne faut pas oublier qu’on en est resté là pendant plus d’un million d’années…
Source : Paris Match du 13/06/2011
Paris Match. Y a-t-il eu des changements majeurs dans le domaine de l’anthropologie au cours de ces vingt dernières années ?Yves Coppens. Les grands constats sont restés les mêmes. Il y a eu des datations plus précises, et un peu plus d’espèces préhumaines et humaines ont été découvertes, mais il n’y a pas eu de bouleversement.
Lucy, que vous avez découverte, était-elle notre ancêtre ?
Non. Je l’ai dit tout de suite. Les Américains ont été un peu plus longs à la détente. Lucy a la double locomotion – elle marche et grimpe –, elle a encore un museau très important et de très grosses dents. Cela va à l’encontre de ce qu’est l’homme. Comme il y a peu de temps entre Lucy et nous – 3,2 millions d’années, contre 2,8 millions –, deux êtres si proches et si différents ne peuvent pas descendre l’un de l’autre.
Qui pourrait être alors notre véritable ancêtre ?
Moi, j’aime bien Australopithecus anamensis, car il est probablement déjà carnivore et uniquement bipède, il n’a plus les stigmates du grimper dans son squelette. Ou alors Kenyanthrope qui, lui, a la face plate. Comme ils sont presque contemporains, il faut choisir entre l’un et l’autre.
Pourquoi écrivez-vous que le chaînon manquant est un mythe ?
Parce que, de manière fausse, on a pensé que c’était un seul être qui assurait la filiation entre le chimpanzé et l’homme. Comme nos liens de parenté remontent à une dizaine de millions d’années, ça fait une grande plongée dans le temps avant de trouver cet ancêtre commun. Entre nous, il y a une multitude de chaînons qui manquent.
Pensez-vous qu’un jour on puisse remettre en cause l’Afrique, et plus précisément la vallée du Rift, comme le berceau de l’humanité ?
Le berceau de l’humanité a été largement agrandi par la découverte qu’a faite Michel Brunet au Tchad, de Toumaï et Abel. La vallée du Rift s’est avérée trop étroite. Ce berceau s’est élargi à l’arc tropical. Mais il reste toujours en Afrique. Cela dit, la science est froide, et je me rallierai à toute découverte nouvelle si les preuves sont convaincantes.
Sommes-nous le fruit d’un pur hasard climatique ou géologique ?
Je suis convaincu que c’est un événement climatique qui a changé l’environnement et donc modelé l’humain. Récemment, des Américains ont expliqué que le redressement du corps n’était pas dû à une adaptation à la savane mais à de la forêt claire. C’est du pinaillage. Ce redressement, il y a 10 millions d’années, est étrange et drôle. Je regarde souvent les gens marcher dans la rue, j’observe ce port redressé et un peu stupide. C’est bizarre qu’on ait trouvé cette solution pour s’en sortir !
Finalement, qu’est-ce qui est le propre de l’homme : le langage ? Le rire ?
C’est tout ça à la fois, à un autre degré. Tous ces traits, on les partage un petit peu avec un certain nombre d’animaux supérieurs – les singes, les baleines, les éléphants peuvent communiquer. On n’a plus beaucoup de caractères qui nous soient propres. Mais à ceux qui disent que la conscience est partagée avec certains animaux, je réponds qu’on n’a jamais vu des chimpanzés se réunir en forêt pour discuter de leurs origines ! Notre geste fondamental, c’est d’avoir eu le culot de changer la forme des objets à notre profit.
Pourquoi Neandertal a-t-il traîné pendant longtemps une aussi mauvaise réputation ?
Les premiers paléontologues ne doutaient pas de trouver des ancêtres beaux. Et ils sont tombés sur Neandertal, qu’ils ont trouvé abominable, avec ses grosses arcades, son menton qui fuit… Ils ont essayé de l’écarter. Or Neandertal est un homme comme les autres, il est né des mêmes grands-parents que l’homme moderne. Il y a eu même, pendant un temps court, interfécondité avec Sapiens. Mais Neandertal a souffert de sa croissance plus rapide que la nôtre et donc de son temps d’apprentissage plus court. Disons que le premier allait au collège et le second au lycée !
« On n’a jamais vu des chimpanzés se réunir pour discuter de leurs origines ! »
Pensez-vous que Neandertal ait pu être victime d’un génocide de la part de Sapiens, comme certaines hypothèses l’envisagent ?
Non, les hommes de Neandertal étaient répandus de l’Atlantique à la Mongolie. Ça fait un territoire trop immense pour cela. De plus, on ne retrouve pas de traces de traumatismes particuliers sur leurs ossements. Je n’y crois guère, même si la disparition de Neandertal reste un point d’interrogation.
De quoi mouraient les hommes préhistoriques ?
Ils étaient bien sûr sujets à des maladies, mais lorsqu’elles ne laissent pas de traces sur l’os ou sur la dent, elles nous échappent. Il y a quelques maladies que l’on perçoit, comme la tuberculose, la syphilis, la lèpre, la peste… et puis des traces d’accidents, des plaies se voient sur l’os.
La grotte de Lascaux est-elle sauvée ?
Lascaux se porte bien, on la soigne comme des toubibs. On a dit qu’elle était fichue, ce n’est pas vrai du tout. Toutes les peintures sont merveilleusement conservées. Moi, j’y suis allé deux fois en 2010, et je l’ai trouvée comme je l’avais laissée.
Etait-elle un sanctuaire religieux ?
Très probablement. Je vais vous dire quelque chose qui n’est pas scientifique, mais, quand j’y entre, la première impression, c’est d’être dans l’au-delà de ces gens-là. J’ai la même impression que lorsque j’entre dans un temple, une église ou une synagogue. Je vais à Notre-Dame comme je vais à Lascaux.
Les dessins de la grotte étaient-ils une forme d’écriture ?
Je le pense, oui. Vous verrez que dans les années qui viennent, on va mieux comprendre l’association des représentations. Parce que, outre les animaux merveilleux, il y a toute une série de signes abstraits, dont on ne parle pas beaucoup, qui leur sont associés et qui font probablement sens.
Vous avez une vision optimiste de l’évolution de l’homme, digne, responsable, libéré de ses instincts. Mais le premier outil fabriqué n’a-t-il pas aussi servi à tuer son voisin ?
L’homme est un prédateur. Dès le début de son existence, pour des raisons de nécessité. C’est aussi un prédateur pour l’homme. Il continue à avoir ces réactions de compétition pour le territoire, pour les femelles, le pouvoir. Cela dit, l’humanité se porte bien, je pense qu’elle s’affine, développe ses idées et ses réflexions. Ça a l’air d’aller dans le sens d’un sur-Sapiens, qui sera encore plus réfléchi. Peut-être qu’il sera tolérant, celui-là.
Justement, physiquement, à quoi ressemblerons-nous dans l’avenir ? Aurons-nous une tête énorme ?
En 3 millions d’années, nous sommes passés d’un cerveau de 400 centimètres cubes à 1 400 centimètres cubes. Aujourd’hui, ça ne fait pas monstrueux ! Je suis sûr qu’en ce moment on plafonne, qu’il y a des choses qu’on ne saisit pas et que l’homme prochain va comprendre. Il pourra alors se moquer de l’homme du XXIe siècle comme on le fait de l’homme préhistorique. Quand on dit que celui qui a découvert le biface, la pierre taillée de deux côtés, a fait une découverte formidable, il ne faut pas oublier qu’on en est resté là pendant plus d’un million d’années…
Source : Paris Match du 13/06/2011
mercredi 15 décembre 2010
La grotte de Lascaux "se porte bien", assure Yves Coppens
Montignac, France - Le paléontologue et président du Conseil scientifique international du site, Yves Coppens, se montre rassurant quant à l'état de la grotte de Lascaux. Alors que des taches noires provoquées par des champignons semblaient menacer les fresques datant de 18.000 ans, elles seraient aujourd'hui en forte régression.
C'est à la suite de la réunion du Conseil scientifique international de la grotte que le paléontologue Yves Coppens a fait part de son optimisme quant à l'état de la célèbre grotte de Dordogne découverte il y a soixante-dix ans. "La grotte se porte bien", a-t-il assuré, indiquant que les taches noires apparues il y quelques années et menaçant les peintures rupestres "sont en régression".
Toutefois, ce phénomène de diminution est à ce jour inexpliqué. "Nous sommes dans une phase d'observation face à ces champignons qui sont une espèce nouvelle. Cela nous inquiète de les voir, mais la grotte va mieux et est en période d'accalmie", explique le paléoanthropologue. Les champignons blancs qui menaçaient au début des années 2000 les fresques datant de 18.000 ans, "ont quasiment disparu", tandis qu'un autre champignon à l'origine des taches noires est désormais connu et identifié, a de son côté souligné le microbiologiste Thierry Heulin.
Malgré tout, et bien qu'ils disposent de "quelques éléments pour agir sur eux", les membres du conseil estiment qu'il n'est pour l'instant pas nécessaire de se lancer dans un traitement des champignons, les peintures n'étant pas altérées. Les scientifiques estiment en effet devoir étudier le phénomène, et "à plus long terme, caractériser tout l'écosystème de la grotte", explique Thierry Heulin.
Alors que la grotte est fermée au public depuis 1963, Yves Coppens tient à préciser que des simulations sont en cours pour mettre en place un plan en cas de crise. Mais redoutant que ces affirmations ne suffisent pas à convaincre de la bonne santé de la grotte, le paléontologue propose qu'une poignée de journalistes puisse visiter régulièrement le lieu menacé par l'Unesco d'être inscrit sur la liste du patrimoine mondial en péril. Ces visites permettront "d'autres témoignages que les nôtres" sur la santé de Lascaux, souligne Yves Coppens.
Source : MaxiSciences du 11/12/2010
C'est à la suite de la réunion du Conseil scientifique international de la grotte que le paléontologue Yves Coppens a fait part de son optimisme quant à l'état de la célèbre grotte de Dordogne découverte il y a soixante-dix ans. "La grotte se porte bien", a-t-il assuré, indiquant que les taches noires apparues il y quelques années et menaçant les peintures rupestres "sont en régression".
Toutefois, ce phénomène de diminution est à ce jour inexpliqué. "Nous sommes dans une phase d'observation face à ces champignons qui sont une espèce nouvelle. Cela nous inquiète de les voir, mais la grotte va mieux et est en période d'accalmie", explique le paléoanthropologue. Les champignons blancs qui menaçaient au début des années 2000 les fresques datant de 18.000 ans, "ont quasiment disparu", tandis qu'un autre champignon à l'origine des taches noires est désormais connu et identifié, a de son côté souligné le microbiologiste Thierry Heulin.
Malgré tout, et bien qu'ils disposent de "quelques éléments pour agir sur eux", les membres du conseil estiment qu'il n'est pour l'instant pas nécessaire de se lancer dans un traitement des champignons, les peintures n'étant pas altérées. Les scientifiques estiment en effet devoir étudier le phénomène, et "à plus long terme, caractériser tout l'écosystème de la grotte", explique Thierry Heulin.
Alors que la grotte est fermée au public depuis 1963, Yves Coppens tient à préciser que des simulations sont en cours pour mettre en place un plan en cas de crise. Mais redoutant que ces affirmations ne suffisent pas à convaincre de la bonne santé de la grotte, le paléontologue propose qu'une poignée de journalistes puisse visiter régulièrement le lieu menacé par l'Unesco d'être inscrit sur la liste du patrimoine mondial en péril. Ces visites permettront "d'autres témoignages que les nôtres" sur la santé de Lascaux, souligne Yves Coppens.
Source : MaxiSciences du 11/12/2010
dimanche 5 septembre 2010
lundi 30 août 2010
mercredi 25 août 2010
Découverte en Éthiopie - Yves Coppens : "Lucy n'a pas la tête à découper de la viande"
Le 12 août, la revue Nature annonçait la découverte, en Éthiopie, de fossiles qui reculent de près d'un million d'années la première utilisation de pierres pour découper de la viande. Une "scène de boucherie" attribuée à l'australopithecus afarensis, espèce de la célèbre Lucy. Le paléontologue et anthropologue Yves Coppens, qui avait contribué à définir cette espèce d'australopithèque, éclaire pour Le Point.fr les enjeux de cette nouvelle découverte.
Le Point.fr : Comment se présentent les fossiles trouvés à Dikika par le paléontologue Zeresenay Alemseged ? Qu'ont-ils de particulier ?
Yves Coppens : Ce sont des os d'animaux, un fragment de côte et un petit morceau de fémur, sur lesquels Alemseged a remarqué de longues traces. Les grossissements extrêmement précis qu'il en a obtenus permettent de les étudier dans le détail - leur profondeur, si la coupe est ronde ou plutôt aiguë - et d'en déduire le type d'objet qui a causé ces sillons. Il s'agit de coups de caillou, donnés sans doute pour découper les tendons et, sur le morceau de fémur, pour casser l'os et atteindre la moelle. On suppose que c'est l'australopithèque afarensis qui a infligé ces coups, car il est le seul connu dans cette zone.
Le Point.fr : Comment se présentent les fossiles trouvés à Dikika par le paléontologue Zeresenay Alemseged ? Qu'ont-ils de particulier ?
Yves Coppens : Ce sont des os d'animaux, un fragment de côte et un petit morceau de fémur, sur lesquels Alemseged a remarqué de longues traces. Les grossissements extrêmement précis qu'il en a obtenus permettent de les étudier dans le détail - leur profondeur, si la coupe est ronde ou plutôt aiguë - et d'en déduire le type d'objet qui a causé ces sillons. Il s'agit de coups de caillou, donnés sans doute pour découper les tendons et, sur le morceau de fémur, pour casser l'os et atteindre la moelle. On suppose que c'est l'australopithèque afarensis qui a infligé ces coups, car il est le seul connu dans cette zone.
mercredi 14 avril 2010
«Le nouvel australopithèque découvert est un para-Homo»
Pour le paléoanthropologue Yves Coppens, le nouvel australopithèque découvert en Afrique du Sud ne serait pas un ancêtre de l'homme, mais plutôt le fruit d'une évolution parallèle. Les ressemblances avec nos ancêtres seraient liées au fait qu'ils ont vécu le même bouleversement climatique.
Deux semaines après la découverte d'un nouvel hominidé contemporain de l'Homo Sapiens, l'homme de Denisova en Sibérie, une publication parue jeudi dans la revue Science secoue une nouvelle fois le petit monde de la paléoanthropologie. Dans cet article, Lee Berger et ses collègues affirment avoir mis la main sur un nouvel ancêtre de l'homme qu'ils ont baptisé Australopithecus sediba. Agé de 2 millions d'années, il permettrait d'établir un lien entre les australopithèques comme Lucy et l'Homo erectus d'Ethiopie. Et ce, juste après que notre jeune homme de Sibérie, âgé d'à peine 40.000 ans et trouvé dans une grotte de la région de Denisova, a été identifié comme un descendant probable de ce même erectus. Au final, c'est toute la photo de famille qui se trouve enrichie de nouveaux éléments. Pour le plus grand bonheur du paléoanthropologue Yves Coppens, professeur honoraire au Collège de France, qui a accepté de commenter ces deux découvertes pour lefigaro.fr.
Pourquoi la découverte de l'Australopithecus sediba est-elle intéressante ?
Yves Coppens - Je ne pense pas que ce nouvel australopithèque soit un ancêtre direct de l'homme comme l'annonce Lee Berger. Nous avons des traces de l'homme qui remontent à près de 3 millions d'années, or la datation de cet australopithèque sud-africain atteint à peine les 2 millions d'années. Je vois mal comment l'homme pourrait avoir un ancêtre plus jeune que lui ! Pour moi, nous sommes tout simplement en présence d'un nouveau parallélisme évolutif, ce qui est déjà passionnant.
Qu'entendez-vous par «parallélisme évolutif» ?
Selon moi, c'est une même cause climatique, à savoir un assèchement global et massif, qui aurait conduit deux espèces distinctes d'australopithèques à évoluer dans le même sens. La première aurait donné naissance à l'homme en Afrique de l'Est, et l'autre à cet australopithèque que je qualifierais volontiers de para-Homo. Ce type d'évolutions parallèles mais différenciées (on appelle aussi cela une convergence) existe pour bien d'autres espèces d'animaux et le genre humain n'échappe pas à la règle.
Quelles différences et ressemblances entre cet australopithèque sud-africain et le premier homme apparu en Ethiopie (Homo habilis) vous donnent cette impression ?
Le passage de l'Australopithèque au genre Homo est caractérisé par une forte augmentation du volume crânien : il est passé de 400 cm3 pour Lucy à près de 800 cm3 pour les premiers hommes. La taille de la tête de l'australopithèque Sediba, elle, a très peu grossi. D'autres traits de son corps ont toutefois été modifiés qui le rapprochent effectivement un peu plus des premiers hommes que les autres espèces d'australopithèques connues.
Les deux ont par exemple en commun des mâchoires et des dents mieux adaptées à un régime carnivore. C'est une évolution assez prévisible après l'assèchement climatique ayant conduit à la disparition de nombreux végétaux. C'est pourquoi je penche plus volontiers pour l'hypothèse d'une évolution parallèle que celle, certes séduisante, d'une filiation.
Il y a deux semaines seulement, une équipe allemande dévoilait l'existence d'une espèce d'Homo inconnue, contemporaine du Sapiens, en Sibérie : l'homme de Denisova. Qu'avez-vous pensé de cette découverte ?
Cet homme de Sibérie est bien plus proche de nous que l'Australopithecus sediba. D'après moi, il est le descendant de l'Homo erectus (lui-même descendant de l'Homo habilis), qui aurait migré dans le monde entier avant de se différencier en fonction des zones géographiques, plus ou moins isolées, dans lesquelles il se trouvait. Il serait devenu Néandertal en Europe, Sapiens en Afrique et en Asie, homme de Java à Java, Homo floresiensis à Florès, et maintenant Homme de Denisova en Sibérie.
Ce qui est encore plus formidable, c'est la manière dont on l'a identifié. C'est la première fois qu'une espèce humaine est caractérisée uniquement par des analyses génétiques. Le développement de cette technique devrait certainement permettre de découvrir d'autres espèces ayant vécu en même temps que l'Homo Sapiens dans des endroits isolés.
C'est donc une période faste pour la paléoanthropologie ?
Oui, de plus en plus de gens s'intéressent à cette discipline. Les crédits alloués ont donc augmenté ce qui a mécaniquement permis de faire plus de découvertes. C'est simple, plus il y a de fouilles, plus on trouve de choses. Je pense que cela devrait continuer. Entre les différentes zones qu'il reste à explorer, au Mozambique par exemple entre les australopithèques sud-africains et est-africains, et le développement de la génétique, de nombreuses surprises nous attendent.
Source : Le Figaro du 09/04/2010
Deux semaines après la découverte d'un nouvel hominidé contemporain de l'Homo Sapiens, l'homme de Denisova en Sibérie, une publication parue jeudi dans la revue Science secoue une nouvelle fois le petit monde de la paléoanthropologie. Dans cet article, Lee Berger et ses collègues affirment avoir mis la main sur un nouvel ancêtre de l'homme qu'ils ont baptisé Australopithecus sediba. Agé de 2 millions d'années, il permettrait d'établir un lien entre les australopithèques comme Lucy et l'Homo erectus d'Ethiopie. Et ce, juste après que notre jeune homme de Sibérie, âgé d'à peine 40.000 ans et trouvé dans une grotte de la région de Denisova, a été identifié comme un descendant probable de ce même erectus. Au final, c'est toute la photo de famille qui se trouve enrichie de nouveaux éléments. Pour le plus grand bonheur du paléoanthropologue Yves Coppens, professeur honoraire au Collège de France, qui a accepté de commenter ces deux découvertes pour lefigaro.fr.
Pourquoi la découverte de l'Australopithecus sediba est-elle intéressante ?
Yves Coppens - Je ne pense pas que ce nouvel australopithèque soit un ancêtre direct de l'homme comme l'annonce Lee Berger. Nous avons des traces de l'homme qui remontent à près de 3 millions d'années, or la datation de cet australopithèque sud-africain atteint à peine les 2 millions d'années. Je vois mal comment l'homme pourrait avoir un ancêtre plus jeune que lui ! Pour moi, nous sommes tout simplement en présence d'un nouveau parallélisme évolutif, ce qui est déjà passionnant.
Qu'entendez-vous par «parallélisme évolutif» ?
Selon moi, c'est une même cause climatique, à savoir un assèchement global et massif, qui aurait conduit deux espèces distinctes d'australopithèques à évoluer dans le même sens. La première aurait donné naissance à l'homme en Afrique de l'Est, et l'autre à cet australopithèque que je qualifierais volontiers de para-Homo. Ce type d'évolutions parallèles mais différenciées (on appelle aussi cela une convergence) existe pour bien d'autres espèces d'animaux et le genre humain n'échappe pas à la règle.
Quelles différences et ressemblances entre cet australopithèque sud-africain et le premier homme apparu en Ethiopie (Homo habilis) vous donnent cette impression ?
Le passage de l'Australopithèque au genre Homo est caractérisé par une forte augmentation du volume crânien : il est passé de 400 cm3 pour Lucy à près de 800 cm3 pour les premiers hommes. La taille de la tête de l'australopithèque Sediba, elle, a très peu grossi. D'autres traits de son corps ont toutefois été modifiés qui le rapprochent effectivement un peu plus des premiers hommes que les autres espèces d'australopithèques connues.
Les deux ont par exemple en commun des mâchoires et des dents mieux adaptées à un régime carnivore. C'est une évolution assez prévisible après l'assèchement climatique ayant conduit à la disparition de nombreux végétaux. C'est pourquoi je penche plus volontiers pour l'hypothèse d'une évolution parallèle que celle, certes séduisante, d'une filiation.
Il y a deux semaines seulement, une équipe allemande dévoilait l'existence d'une espèce d'Homo inconnue, contemporaine du Sapiens, en Sibérie : l'homme de Denisova. Qu'avez-vous pensé de cette découverte ?
Cet homme de Sibérie est bien plus proche de nous que l'Australopithecus sediba. D'après moi, il est le descendant de l'Homo erectus (lui-même descendant de l'Homo habilis), qui aurait migré dans le monde entier avant de se différencier en fonction des zones géographiques, plus ou moins isolées, dans lesquelles il se trouvait. Il serait devenu Néandertal en Europe, Sapiens en Afrique et en Asie, homme de Java à Java, Homo floresiensis à Florès, et maintenant Homme de Denisova en Sibérie.
Ce qui est encore plus formidable, c'est la manière dont on l'a identifié. C'est la première fois qu'une espèce humaine est caractérisée uniquement par des analyses génétiques. Le développement de cette technique devrait certainement permettre de découvrir d'autres espèces ayant vécu en même temps que l'Homo Sapiens dans des endroits isolés.
C'est donc une période faste pour la paléoanthropologie ?
Oui, de plus en plus de gens s'intéressent à cette discipline. Les crédits alloués ont donc augmenté ce qui a mécaniquement permis de faire plus de découvertes. C'est simple, plus il y a de fouilles, plus on trouve de choses. Je pense que cela devrait continuer. Entre les différentes zones qu'il reste à explorer, au Mozambique par exemple entre les australopithèques sud-africains et est-africains, et le développement de la génétique, de nombreuses surprises nous attendent.
Source : Le Figaro du 09/04/2010
mercredi 3 mars 2010
Yves Coppens
Yves Coppens, né à Vannes le 9 août 1934, est un paléontologiste et paléoanthropologue français, professeur honoraire au Collège de France. En France, son nom est attaché à la découverte en 1974 du fossile surnommé Lucy.
Source : Wikipedia
Source : Wikipedia
lundi 18 janvier 2010
East Side Story
La théorie de l'East Side Story est un modèle expliquant l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l'Est par un changement climatique majeur lié à la formation du grand rift.
Proposé initialement par l’éthologue hollandais A. Kortlandt, le modèle a été popularisé sous le nom d’East Side Story par le paléoanthropologue français Y. Coppens.
La formation du rift, il y a une dizaine de millions d'années, aurait conduit à une différentiation climatique et environnementale majeure entre la région située à l'ouest, humide et boisée, et la région située à l'est, beaucoup plus sèche et occupée par la savane. À partir d'une souche commune, deux populations de primates auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient divergé :
à l'Ouest, région restée humide et couverte de forêt tropicale, se serait développée la branche des Primates regroupant les grands singes ancêtres des gorilles, des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à leur conserver un mode de déplacement essentiellement quadrupède et arboricole.
à l'Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya, de l’Éthiopie), à l'abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat beaucoup plus sec se serait mis en place accompagné de la formation d'une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, une ou plusieurs branches distinctes de la famille Hominidé se seraient développées. Les australopithèques et les paranthropes en feraient partie, ainsi que l'ancêtre de l'homme moderne. Climat et végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres ou ces cousins de l'homme moderne, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l'amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils.
Ce modèle séduisant a été remis en cause par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez certains Australopithèques, puis par les découvertes par l’équipe de Michel Brunet d'Australopithecus bahrelghazali et de Sahelanthropus tchadensis au Tchad, soit 2 500 km à l'ouest du rift. Si Yves Coppens a reconnu que le modèle ne correspondait plus aux données actuelles, l'isolement géographique de petits groupes reste une hypothèse privilégiée pour expliquer l'apparition de la bipédie.
Source : Wikipedia
Proposé initialement par l’éthologue hollandais A. Kortlandt, le modèle a été popularisé sous le nom d’East Side Story par le paléoanthropologue français Y. Coppens.
La formation du rift, il y a une dizaine de millions d'années, aurait conduit à une différentiation climatique et environnementale majeure entre la région située à l'ouest, humide et boisée, et la région située à l'est, beaucoup plus sèche et occupée par la savane. À partir d'une souche commune, deux populations de primates auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient divergé :
à l'Ouest, région restée humide et couverte de forêt tropicale, se serait développée la branche des Primates regroupant les grands singes ancêtres des gorilles, des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à leur conserver un mode de déplacement essentiellement quadrupède et arboricole.
à l'Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya, de l’Éthiopie), à l'abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat beaucoup plus sec se serait mis en place accompagné de la formation d'une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, une ou plusieurs branches distinctes de la famille Hominidé se seraient développées. Les australopithèques et les paranthropes en feraient partie, ainsi que l'ancêtre de l'homme moderne. Climat et végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres ou ces cousins de l'homme moderne, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l'amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils.
Ce modèle séduisant a été remis en cause par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez certains Australopithèques, puis par les découvertes par l’équipe de Michel Brunet d'Australopithecus bahrelghazali et de Sahelanthropus tchadensis au Tchad, soit 2 500 km à l'ouest du rift. Si Yves Coppens a reconnu que le modèle ne correspondait plus aux données actuelles, l'isolement géographique de petits groupes reste une hypothèse privilégiée pour expliquer l'apparition de la bipédie.
Source : Wikipedia
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