lundi 29 octobre 2012

La datation au carbone 14 fait un formidable bond en arrière

ne série de mesures réalisées dans un lac japonais devrait permettre d'améliorer de façon importante la datation d'objets anciens.

Une nouvelle série de mesures de carbone 14, réalisées dans les sédiments profonds d'un lac japonais par des chercheurs de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) devrait améliorer significativement la datation d'objets anciens contenant des matériaux organiques (os et végétaux fos­siles, notamment). Jusqu'à présent, le seul enregistrement direct provenait de cernes d'arbres et remontait à 12.593 ans. Mais l'étude publiée ce vendredi dans la revue américaine Science par Christopher Bronk Ramsey et ses collègues permet de faire reculer l'ancienneté de tels enregistrements jusqu'à 52.800 ans.

Ce bond considérable, de 40.000 ans en arrière, va permettre aux paléontologues de mieux dater la disparition de l'homme de Néandertal et l'arrivée de l'homme moderne en Europe. Les climatologues pourront également mieux comprendre les événements qui ont conduit à l'avancée puis au retrait des glaces au cours de la dernière glaciation, pour ne citer que ces exemples.

Chaque année, une couche d'algues microscopiques, appelées diatomées, et de sédiments se dépose au fond du lac Suigetsu, dans le centre du Japon. Cette pièce d'eau ayant la particularité d'être très calme et anoxique, les dépôts sont restés intacts pendant des dizaines de milliers d'années.

C'est en pratiquant une série de forages que l'équipe d'Oxford a pu réaliser ce fameux relevé, très finement préservé, des 52.800 ans passés.

Le carbone 14 est un isotope radio­actif naturel du carbone qui se dés­intègre à un taux constant au fil du temps. Les chercheurs peuvent ainsi calculer l'âge d'un objet en se fondant sur la quantité de radiocarbone qu'il contient comparée à celle de son parent stable, le carbone 12.

Plusieurs facteurs viennent compliquer ce calcul, la quantité de radiocarbone dans le milieu variant suivant l'année ou la région. Mais l'enregistrement du lac Suigetsu ne demande pas de telles corrections, car le radiocarbone des fossiles de feuilles préservés dans les sédiments vient directement de l'atmosphère. Il n'est donc pas sujet aux mêmes processus qui affectent le carbone 14 des sédiments marins ou terrestres.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

vendredi 26 octobre 2012

Lucy l'australopithèque, un bipède qui aime grimper aux arbres

Pour un australopithèque, être bipède ne signifiait pas pour autant renoncer à la vie dans les arbres - contrairement aux hommes modernes. L'analyse des omoplates d'un jeune australopithèque, publiée dans la revue Science datée du 26 octobre, montre que ces hominidés qui vivaient il y a environ 3 millions d'années en Afrique étaient autant grimpeurs que marcheurs.

Cette aptitude à vivre dans les arbres ne surprend pas Brigitte Senut, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. "C'est une chose que j'avais dite en 1978", réagit la paléontologue, interrogée par Sipa. "J'étais la première à dire que Lucy était une femelle qui grimpait aux arbres, donc l'arboricolisme chez les australopithèques ne me surprend pas du tout. On s'est surtout intéressé à la marche et aux membres inférieurs, beaucoup moins aux membres supérieurs!"

Un mode de locomotion qui n'existe plus

Pour la première fois, un élément clé des grimpeurs, l'omoplate, a pu être étudié en détail sur le fossile d'un jeune australopithèque (Australopithecus afarensis). Retrouvé il y a quelques années à Dikika, dans l'Afar éthiopien, ce fossile baptisé Selma, possède ses deux omoplates en bon état. L'orientation de cet os, où s'exercent les plus fortes pressions mécaniques quand un individu grimpe dans les arbres, est similaire à celle des grands singes, expliquent David Green, de l'Université du Middle West (Illinois), et Zeresenay Alemseged, de l'Académie des Sciences de Californie, dans la revue Science.

"Certains collègues pensaient que ces caractères d'arboricolisme, acquis il y a très longtemps, n'étaient plus fonctionnels" précise Brigitte Senut. "Les australopithèques étaient bipèdes mais pas libérés du milieu arboricole, c'est un mode de locomotion qui n'existe plus aujourd'hui", poursuit la paléontologue. "Il faut imaginer un animal d'un mètre vingt maximum, qui se déplace dans un milieu plus ou moins ouvert, où il y a des prédateurs. A un moment donné, il faut qu'il trouve un refuge, soit pour manger, soit pour dormir, et l'arbre est l'endroit où il trouve les deux".

Source : le Nouvel Obs du 25/10/2012

mercredi 24 octobre 2012

Un atelier de sculpture de 35 000 ans

Dans une grotte, l'usage de l'espace est vite brouillé par les occupations successives. Pas dans les sites de plein air occupés une seule fois. À Breitenbach, en Allemagne, des conditions de conservation exceptionnelles dans un sol loessique ont révélé l’organisation spatiale d’un atelier de sculpteurs d’ivoire datant de l'Aurignacien (40 000 à 30 000 ans avant notre ère).

Olaf Jöris, du Centre de recherche archéologique Monrepos à Neuwied, et les chercheurs de l'équipe internationale qui fouille le site pensent qu'il s'agit d'une sorte de cimetière de mammouths, où des représentants des premiers Européens modernes sont venus exploiter l'ivoire. D'après l'état de conservation de leurs os, les mammouths seraient morts plusieurs milliers d'années avant l'arrivée des tailleurs (avaient-ils été tués par des chasseurs néandertaliens ?). Comme on l'observe aujourd'hui en Sibérie, il est plausible que leur défenses pointaient hors du sol sableux, si bien que des chasseurs de passage auront pu les voir. Quoi qu'il en ait été, les chasseurs aurignaciens ont repéré les défenses et sont revenus s'installer sur place pour les exploiter. Il en a résulté un site d'occupation en plein air de 6 000 mètres carrés au moins, plein de restes d'ivoire et de marqueurs typiques de l'Aurignacien, tels des grattoirs et des lames aux bords retouchés.

Le dépôt éolien d'un couche de loess a ensuite scellé ce niveau d'occupation dans des conditions anoxiques (sans oxygène), ce qui a favorisé la conservation de la matière organique. La conjonction entre une couche de loess et une couche de sable a beaucoup simplifié la datation du site, qui remonterait à environ 35 000 ans avant notre ère.

Cet été, les chercheurs n'ont pu fouiller qu'une quinzaine de mètres carrés, tant l'atelier de taille de l'ivoire a retenu leur intérêt et exigé une analyse méticuleuse. Ils ont effet pu établir que plusieurs zones de cet atelier étaient chacune dévolues à une activité précise. Ainsi, O. Jöris et ses collègues ont d'abord identifié un espace où étaient débitées des lames. Comme le souligne O. Jöris, les défenses de mammouth ont en effet une structure lamellaire concentrique, comparable à celle d'un oignon. Les sculpteurs d'ivoire commençaient par tirer de ces couches successives des lames d'ivoire de trois millimètres d'épaisseur, dont certaines mesurent jusqu'à 70 centimètres de long. Ils travaillaient ensuite plus avant ce matériau de base. Or des accumulations de petits éclats, dont certains, typiques, ont une forme de gouttière, témoignent que cette seconde étape avait lieu de façon répétée en des endroits dédiés. Ces tas d'éclats, dont certains semblent avoir été poussés de côté, montrent que les postes de sculpture étaient utilisés longtemps, sans doute par le même artisan.

Que fabriquait ce dernier ? Toutes sortes de bijoux et d'objets d'art à vocation décorative ou religieuse, pense O. Jöris, pour qui il est probable que l'ivoire, sorte de pierre organique, ait eu pendant le Paléolithique supérieur une valeur symbolique particulière comparable à celle qu'il a encore aujourd'hui. À Breitenbach, des restes de pointes de lance en ivoire, dont une ornée, ont ainsi été retrouvés (les armatures organiques ont l'intérêt d'être moins cassantes). Les chercheurs ont aussi recueilli six perles. On les confectionnait manifestement en débitant des crayons d'ivoire en de petits blocs que l'on perçait ensuite. Comme elles ne mesurent que quelques millimètres de large, il ne s'agit sans doute pas de bijoux, mais de perles à broder sur les habits.

Sur toute la surface de l'atelier, aucune trace d'activité alimentaire, de taille de la pierre ou autre que la sculpture de l'ivoire n'est perceptible. Cet espace dédié au travail de l'ivoire était par ailleurs structuré en plusieurs zones spécialisées. Pour O. Jöris, cette façon d'utiliser l'espace est caractéristique des hommes anatomiquement modernes. En effet, les sites d'occupation de l'homme de Néandertal, prédécesseur de l'homme anatomiquement moderne en Europe, suggèrent plutôt que chaque individu y menait ses activités dans l'espace occupé par le groupe sans qu'apparaissent nettement des espaces sociaux ou des des espaces dévolus à certaines activités. Il en va tout autrement sur les sites occupés par l'homme anatomiquement moderne, estime O. Jöris. Des motifs bien identifiables y résultent de l'affectation répétée du même espace à des fonctions productives (ateliers, boucheries,…) ou sociales (aires communes, aire familiale,...).Toujours caractéristique de notre espèce, cette façon d'utiliser l'espace induit des motifs spatiaux, qui, comme l'illustre l'atelier de taille d'ivoire de Breitenbach, sont identifiables dès l'Aurignacien.

Par ailleurs, cette organisation spatiale a une influence économique notable, car elle prépare le passage d'une économie de subsistance (où l'on produit le nécessaire pour survivre) à une économie de production (où l'on produit davantage, ce qui ouvre la possibilité d'échanges divers). Selon O. Jöris, « les groupes d'hommes de Néandertal étaient davantage comparables à des meutes de loups, qui se déplacent en suivant leur dominant et où chacun, selon son rang, joue le même type de rôle. Les groupes d'hommes modernes, en revanche, auraient plutôt formé de petites sociétés où les individus jouaient des rôles particuliers plus ou moins complémentaires. Si elle était présente dès l'Aurignacien, il est probable que cette façon de se répartir les tâches et de les répartir dans l'espace a joué un grand rôle dans le succès évolutif de notre espèce ».

Source : Pour la Science du 14/10/2012

mardi 23 octobre 2012

De la viande au menu des hominidés

Nos ancêtres mangeaient régulièrement de la viande il y a 1,5 million d’années. C’est ce qu’indique un fragment de crâne découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, par une équipe internationale dirigée par Manuel Dominguez-Rodrigo et Travis Pickering. Cet os appartiendrait à un enfant hominidé âgé de deux ans. Il présente des traces d’ostéoporose liée à une anémie. Un manque de viande aurait créé des carences, qui auraient provoqué la maladie chez l’enfant. La viande serait ainsi devenue un élément indispensable du régime alimentaire à cette époque.

Source : Pour la Science du 18/10/2012

lundi 22 octobre 2012

72 ans est le nouveau 30 ans

L'espérance de vie des hommes a connu un bond unique au cours des 4 dernières générations, au point que sur ce plan, nos ancêtres de la préhistoire se rapprochent davantage des chimpanzés que de nous.

Jusqu'où pouvons-nous repousser les limites de la mortalité humaine? C'est pour répondre à cette question qu'Oskar Burger, de l'Institut de recherches démographiques Max Planck en Allemagne, s'est penché sur l'évolution de la longévité humaine, de la préhistoire à nos jours. Ses travaux montrent que l'espèce humaine a connu un allongement de l'espérance de vie unique parmi les espèces animales, enregistré principalement sur les 4 dernières générations, pour un total de 8000 étudiées. Cette progression récente et rapide suggère qu'elle est principalement due à notre capacité à améliorer nos conditions de vie, plutôt qu'à une prédisposition génétique ou une conséquence de l'évolution.

Le chercheur, qui publie ses travaux dans les comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences, a comparé la durée de vie des chasseurs-cueilleurs, les hommes du paléolithique qui vivaient entre - 3 millions d'années et - 10.000 ans, au chimpanzé (notre plus proche cousin) et à l'homme contemporain des pays développés. Il en ressort qu'en termes de longévité, le chasseur-cueilleur était plus proche du chimpanzé que d'un Japonais ou un Suédois d'aujourd'hui -ces deux pays figurant parmi ceux où l'on vit le plus vieux. Et un Suédois vivant en 1900 était plus proche d'un chasseur-cueilleur que de ses propres arrière-petits enfants. Dans les pays développés, l'amélioration a été linéaire depuis 1840, avec un gain moyen pouvant atteindre 3 mois par an. Résultat, un chasseur-cueilleur de 30 ans avait autant de risques de mourir qu'un Japonais de 72 ans aujourd'hui ; un chasseur-cueilleur de 15 ans, les mêmes qu'un Suédois de 69 ans.

Pas de limite en vue

Le pire taux de mortalité jamais enregistré dans l'histoire humaine a été observé chez les esclaves de Trinidad au 19e siècle: leur durée moyenne de vie était inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire !

L'évolution de l'espérance de vie humaine révèle notre capacité, unique dans le règne animal, à réduire la mortalité à tous les âges de la vie, en améliorant les conditions de vie et d'hygiène et en apprenant à se soigner. C'est particulièrement frappant au cours du siècle dernier. Selon Oskar Burger, cet allongement de la longévité paraît contraire aux principes de l'évolution. En effet, ceux-ci postulent que passé l'âge de procréer, le corps est génétiquement programmé pour se détériorer. Or nous sommes parvenus, rien qu'en changeant notre mode de vie, à repousser toujours plus loin notre déclin en fin de vie. Et la limite ne semble pas encore atteinte. Quand on pense en outre que l'homme est déjà capable, en laboratoire, de modifier génétiquement des organismes comme des petites mouches ou des vers de terre afin de prolonger leur existence, la marge de progression semble encore grande. «Si l'homme est un jour en mesure de mettre au point une technologie similaire pour lui-même, cela laisse penser que l'allongement de la durée de vie pourrait être encore très important», postule Oskar Burger.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

samedi 20 octobre 2012

L'homme continue-t-il à évoluer ?

Tous les mois dans Le Figaro , des membres de l'Académie des sciences répondent aux grandes questions de l'actualité scientifique. Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l'institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) vous répond.

Longtemps le monde a donné l'illusion de la stabilité mais, depuis quelques siècles, l'humanité est entrée dans un maelström de bouleversements techniques, économiques et sociaux. Aujourd'hui, elle contemple avec inquiétude les changements de l'environnement et du climat… La notion d'évolution a fini par s'imposer au cœur de la pensée moderne.

Plus lente et plus profonde que l'évolution culturelle, l'évolution biologique modifie les organismes eux-mêmes. Sous la pression de la sélection naturelle, la reproduction des mieux adaptés est favorisée et le génome de l'espèce s'en trouve modifié. Ces deux aspects, culturel et biologique, de l'évolution humaine sont en apparence très différents.

En réalité, ils ne peuvent être dissociés. Depuis des centaines de milliers d'années, on observe chez l'homme une interaction constante entre l'apparition de comportements acquis, inventés, et des changements biologiques qui parfois en résultent, parfois en sont la condition. Les progrès de la paléoanthropologie et de la génétique nous dévoilent chaque jour un peu plus de cette mécanique extraordinaire.

Groupes humains archaïques

Les hommes du passé se sont adaptés à l'exploitation d'environnements nouveaux par toujours plus d'innovations techniques et de complexité sociale. C'est en particulier vrai pour notre propre espèce. Au final, il y a 50 000 ans, quelques groupes d'Homo sapiens ont quitté leur zone d'origine, en Afrique, pour coloniser l'Eurasie, l'Australie, et les Amériques.

Ces hommes exploitaient la faune et la flore de façon toujours plus efficace. Ils présentaient sans doute aussi de nouvelles formes d'organisation sociale. Partout où ils les ont rencontrés, ils ont remplacé des groupes humains archaïques, comme les néandertaliens en Europe. Ils sont ainsi devenus la première espèce humaine solitaire sur la planète. Plus tard, avec la domestication des plantes et des animaux, puis l'avènement des sociétés hiérarchisées, l'innovation s'est encore accélérée pour mener au monde hypertechnologique d'aujourd'hui.

Le contrôle toujours plus grand sur la nature - la médecine en est l'exemple le plus spectaculaire - a pu faire croire qu'avec l'homme moderne l'évolution biologique s'arrêtait. Le progrès technique aurait rendu inutile l'adaptation biologique. Il n'en est rien. La maladie reste toujours un puissant vecteur de sélection et notre génome n'a jamais cessé de s'adapter au monde fluctuant des agents pathogènes qui nous entourent. Mais, surtout, loin d'arrêter l'évolution biologique, la culture en est devenue elle-même l'un des moteurs.

Interactions entre gènes et culture

La question de savoir si la sélection naturelle s'applique seulement aux individus ou s'il existe une sélection au niveau des groupes est l'objet d'un débat passionné entre spécialistes. Chez les hommes, la culture n'a pas été seulement un moyen d'adaptation, mais aussi une façon pour les groupes de se différencier. On s'est toujours uni plus volontiers avec ses semblables. Et ceux qui étaient différents et parlaient une autre langue ont longtemps été rejetés, voire combattus. Il en a résulté de complexes interactions entre gènes et cultures au cours de l'expansion de notre espèce.

Alors même que les hommes se répandaient dans des milieux très différents, qu'ils créaient parfois eux-mêmes, l'augmentation vertigineuse de leur nombre a permis à des mutations rares de se manifester et parfois d'être fixées par le hasard ou par la sélection. Des exemples spectaculaires de cette évolution récente sont associés au développement de l'agriculture, qui a modifié notre alimentation et créé de nouveaux risques épidémiques.

Alors qu'en grandissant les petits des mammifères perdent normalement leur capacité à digérer le lait maternel, on observe chez de nombreuses populations humaines la persistance chez l'adulte de la production de lactase, l'enzyme qui permet cette digestion. Cette persistance résulte de mutations très récentes du génome dans les régions où la consommation de produits laitiers s'est développée depuis le néolithique.

Autre exemple: en Afrique et dans les régions méditerranéennes, une mutation sur le 11e chro­mosome s'est fixée dans certaines populations. Elle peut provoquer une forme grave d'anémie mais offre aussi une protection contre la malaria. Cette sélection est particulièrement visible dans des zones où les déboisements liés à l'agriculture ont favorisé le développement des moustiques. En domestiquant plantes et animaux, l'homme a bel et bien modifié son propre génome.

Le séquençage du génome d'hommes fossiles, comme les néandertaliens, nous apprend que chez Homo sapiens, le cerveau est un «point chaud» du changement évolutif. Ce n'est pas vraiment une surprise, si l'on considère l'importance grandissante de la technologie et de la complexité sociale chez l'homme moderne. Au cours des deux derniers millions d'années, l'augmentation en taille et en performance de notre cerveau n'a toutefois pas été sans problème. C'est devenu un organe vorace en énergie et la mise au monde d'enfant à gros cerveau est un casse-tête anatomique. Voila pourquoi les trois quarts de notre croissance cérébrale se poursuivent après la naissance. L'environnement technique et social créé par l'homme lui permet d'avoir des nouveau-nés très immatures qui mettent de longues années à devenir adultes. En retour, la lente maturation d'un cerveau plastique dans un environnement plein de stimulations a augmenté encore ses capacités et rendu notamment possible le développement du langage.

Le jeu de la reproduction

Des mutations récentes de notre ADN affectent des portions du génome qui étaient restées très stables chez les primates au cours de dizaines de millions d'années d'évolution. En particulier, des séquences qui régulaient l'activité de gènes liés au développement neural ont tout simplement disparu. L'évolution du cerveau humain se serait ainsi en partie «dérégulée».

Dans la nature, il n'y a pas de place pour des individus qui s'écartent trop du standard: la sélection les élimine rapidement du jeu de la reproduction. Mais dans les sociétés humaines complexes, non seulement un chaman schizophrène ou un Albert Einstein aux tendances autistiques peuvent survivre et se reproduire, mais leur personnalité marginale représente parfois un bénéfice considérable pour leur groupe.

L'homme n'a pas échappé à l'évolution biologique, il en a tout simplement modifié les règles. Sa complexité culturelle lui a permis de modifier l'environnement à son profit. Depuis le néolithique, il n'a cessé de manipuler le génome d'autres espèces. Il sait aujourd'hui contrôler sa natalité et délègue à des machines le stockage de l'information et de nombreuses tâches mentales. Mais, surtout, pour la première fois dans l'histoire de la vie, une espèce hors du commun est désormais en passe d'intervenir directement sur son propre génome.

Source : Le Figaro du 19/10/2012

vendredi 19 octobre 2012

Préhistoire : Chauvet concurrence Lascaux

Il y avait de la concurrence vendredi dans le petit monde de la préhistoire et dans celui, plus vaste, de l'équipement culturel et touristique. Le même jour, était inauguré à Bordeaux l'exposition itinérante Lascaux 3 (nos précédentes éditions) et en Ardèche, étaient symboliquement lancés les travaux de l'espace de restitution de la grotte Chauvet.

Chacun avait choisi son camp. À Bordeaux, aux côtés d'une très grosse délégation périgordine conduite par le président du Conseil général Bernard Cazeau et trois parlementaires, Alain Rousset, le président de Région et Michel Delpuech, le préfet, coupaient le ruban. Le préhistorien Yves Coppens apportait sa caution à cette opération.


À Vallon Pont d'Arc en Ardèche, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait fait le déplacement. Aux côtés des élus de la région, avec les préhistoriens Jean Clottes et Jean-Michel Geneste, elle a appliqué sa main imprégnée d'ocre sur une reproduction de paroi.

La ministre à Chauvet

Difficile de croire à la pure coïncidence de l'organisation de ces deux événements le même jour. L'exposition Cap Sciences à Bordeaux était programmée de longue date, mais l'événement ardéchois tombait aussi pour le lancement de la fête de la science ce week-end. C'était en tout cas une bonne raison pour la ministre de la Culture de ne pas venir se confronter aux élus du sud-ouest, encore furieux de s'être faits supprimer la participation de plus de 16 millions d'euros promise par l'État pour la réalisation de Lascaux 4 à Montignac. Ils n'ont plus désormais qu'une vague promesse d'obtenir 4 millions à partir de 2014.

Dans les deux régions, le challenge est d'attirer de nouveaux visiteurs à partir de ces réalisations (voir détails ci-contre). On saura cette semaine quelle équipe est retenue pour Lascaux 4. Quant au projet ardéchois, il aura des retombées en Périgord : la société gestionnaire choisie est celle de Kléber Roussillon (Castelnaud, Marqueyssac). Le groupe Vinci, qui assure la construction, va y associer sa filiale patrimoine Socra, basée à Marsac. Et il y a de fortes chances que les ateliers de fac-similé de Montignac, dont le savoir-faire est unique, fabriquent en sous-traitance une partie des œuvres de Chauvet. Le monde de la préhistoire est petit.

Source : Sud-Ouest du 14/10/2012

jeudi 18 octobre 2012

Rétablir la vérité sur les idées reçues en préhistoire

En ce moment se tient au musée une exposition temporaire originale qui permet de se débarrasser de quelques idées reçues sur la préhistoire. "Nous avons sur cette période des idées qui ne sont vraies qu'en partie, a précisé Sophie Grégoire. Lequel d'entre nous n'a pas dit ou entendu dire que l'homme descend du singe, que le squelette de Lucy découvert en Ethiopie est celui d'une femme, qu'il suffit de frapper deux silex pour faire du feu, que les dinosaures étaient des animaux préhistoriques, que les hommes préhistoriques vivaient dans des cavernes ou qu'ils n'utilisaient que des outils en pierre". Des panneaux explicatifs très bien conçus rétablissent, autant que possible, la vérité scientifique et, cerise sur le gâteau, des archéologues spécialistes de ces questions s'attachent, tous les mercredis à 15 h, à démystifier ces idées reçues. Cette exposition a été officiellement inaugurée par Sophie Grégoire, directrice de l'EPCC devant de nombreux amateurs de préhistoire. Elle a présenté les scientifiques qui interviennent les mercredis sur ces "idées reçues".

Source : L'Indépendant du 13/10/2012

mercredi 17 octobre 2012

Lascaux : exposition itinérante de la "Chapelle sixtine" de la Préhistoire

Autour des fresques peintes sur des coques de résine recouvertes d'une "voile de pierre", l'exposition qui attend 200 à 400 visiteurs/heure offre aussi une large part interactive, des expériences sensorielles, une vue des fresques en évolution, de leurs détails, et toute l'iconographie de Lascaux, des photos noir et blanc de 1940 aux maquettes et images 3D d'aujourd'hui.

Les auteurs anonymes des fresques de Lascaux auront, plus de 17.000 ans après, un public planétaire, avec "Lascaux 3", une exposition itinérante qui s'ouvre à Bordeaux (sud-ouest) samedi, avant un long périple aux Etats-Unis, au Canada, en Asie notamment.

Près de 800 m2 d'exposition, dont une immersion silencieuse, obscure, dans une "Nef" jamais reproduite, aux fresques inconnues du public depuis 50 ans: Lascaux 3, qui restera trois mois à Bordeaux avant de partir pour Chicago, est annoncée comme un "blockbuster" aux émotions garanties.

Pourquoi Lascaux 3 ? Car Lascaux 1, la grotte originelle découverte en 1940 par quatre adolescents et un chien près de Montignac (département de la Dordogne) a été fermée en 1963, pour la sauver, par le ministre de la Culture André Malraux. La respiration du million de visiteurs déjà passés par là altérait ses peintures.

Au compte-gouttes, à raison de quelque 800 heures humaines par an, seuls des chercheurs, conservateurs, techniciens, sont autorisés à y accéder.

Lascaux 2, réplique de près de 80% des fresques, était la seule alternative, recevant depuis 1983 environ 250.000 personnes par an, à quelques centaines de mètres du site originel.

Avec Lascaux 3, "la logique est d'aller beaucoup plus loin, au devant de ceux qui ne pourront pas venir en Dordogne, de ceux qui dans le monde souhaitent voir la richesse de cette grotte", explique à l'AFP Bernard Cazeau, président du département, moteur du projet.

Le clou de Lascaux 3 sont ses cinq fac-similés de fresques dans sa "Nef" aux parois reproduites grandeur nature, au millimètre près.

"C'est monumental. Avec des éclairages vibrants reproduisant les conditions des artistes de l'époque (lampe à huile, torche), on est face aux oeuvres, immergé...", explique son directeur Olivier Retout.

Plus piquant, l'expo présente aussi le seul "homme" de Lascaux: la silhouette rudimentaire d'un "Homme face à un bison fonçant", une scène narrative de chasse très distincte des taureaux et chevaux plus connus. Et qui, difficile d'accès au fond du "Puits" de la grotte, a été vue par peu d'humains.

Autour des fresques peintes sur des coques de résine recouvertes d'une "voile de pierre", l'exposition qui attend 200 à 400 visiteurs/heure offre aussi une large part interactive, des expériences sensorielles, une vue des fresques en évolution, de leurs détails, et toute l'iconographie de Lascaux, des photos noir et blanc de 1940 aux maquettes et images 3D d'aujourd'hui.

La sortie très médiatisée, et son prévisible succès populaire, interviennent à point nommé pour les défenseurs de la grotte et du projet "Lascaux 4": un "Centre international d'art pariétal" avec la grotte reproduite dans son intégralité, implantée à l'écart du site originel, que l'on veut préserver du flux des visiteurs de Lascaux 2, leurs voitures, leur pollution.

Il y a un mois, la ministre de la Culture Aurélie Filipetti annonçait le désengagement de l'Etat dans ce projet nécessitant 50 millions d'euros d'investissements. Une position sur laquelle la Dordogne et la Région Aquitaine, autres porteurs du projet, espèrent la faire "réfléchir".

Après Bordeaux jusqu'au 6 janvier, Lascaux 3, mastodonte remplissant dix containers, partira pour le Field Museum de Chicago, de mars à septembre 2013, puis Montréal d'avril à septembre 2014. Des discussions sont en cours avec San Francisco, Shangaï pour 2015, Singapour, Sydney.

"C'est le but du jeu: lui faire faire le tour du monde", explique Olivier Retout. "On va montrer une grotte hors de son site, dans des musées à l'autre bout du monde. Cela ne s'est jamais fait", assure-t-il.

Source : Le Point du 13/10/2012

mardi 16 octobre 2012

Dans mille ans, à quoi ressemblerons-nous ?

De l'australopithèque à l'homo sapiens, l'homme n'a cessé d'évoluer pour d'adapter à son milieu naturel. Et ce n'est pas fini. Le tabloid The Sun s'est amusé à réunir les prédictions d'experts spécialisés dans l'anatomie humaine afin de savoir à quoi ressemblera l'homme d'ici 1000 ans. Et selon leurs estimations dévoilées en images, le résultat est loin de correspondre aux canons de beauté actuels.

Si les chercheurs estiment que les humains seront de plus en plus grands au fil des années, The Sun affirme que nos descendants atteindront jusqu'à 2,10 m dans un millénaire grâce aux progrès de la médecine et à une meilleure alimentation. Selon l'ostéopathe Garry Trainer "aujourd’hui, l'Américain moyen mesure déjà 2,5 centimètres de plus qu'en 1960".

Selon le dentiste Philip Stemmer, plusieurs de nos organes liés à la digestion, en particulier les intestins, seront plus petits qu'actuellement afin de réduire notre absorption des matières grasses et du sucre pour échapper naturellement à l'obésité. Et il en va de même pour les testicules si la fertilité masculine continue de décliner.


L'influence des iPhones

Nos extrémités changeront radicalement : les bras seront plus longs pour nous permettre de moins bouger et les mains seront beaucoup plus sensibles grâce à un plus grand nombre de terminaisons nerveuses en raison de l'utilisation accrue de dispositifs tels que les iPhones ou les claviers qui nécessitent une coordination yeux/mains.

Les cerveaux seront plus petits car il se peut que qu'une partie des pensées et de la mémoire soit déléguée à des ordinateurs. "Les images de science-fiction montrent l'homme du futur avec des cerveaux énormes mais les grands cerveaux ne sont pas nécessairement les meilleurs", affirme Chris Stringer, du Musée d'Histoire Naturelle.

Les bouches seront plus petites, et à l'inverse les yeux plus grands pour compenser. "La communication sera davantage basée sur les expressions faciales et le contact visuel", explique Cary Cooper, de l'université de Lancaster en Grande-Bretagne.

Moins velus

Les dents se feront de moins en moins nombreuses car l'homme pourrait moins avoir moins besoin de mâcher et de mordre. "On peut même penser que notre alimentation se présentera sous forme de liquides ou de pilules, ce qui aboutira à l'avenir à une mâchoire moins importante" affirme le docteur Stemmer, dentiste.

Si le double menton ne se fait pas rare actuellement, il est prévu que les humains de l'an 3000 affichent des quadruples mentons à cause de la sédentarité. Car, selon le chirurgien plasticien Rajiv Grover "nos corps ont été conçu pour manger moins et dépenser plus d'énergie que ce que la vie moderne exige".

Des particularités similaires sont prédites : la même forme du nez, car avec la généralisation de la climatisation les narines n'auront plus à s'adapter au climat local, et une pilosité moindre à cause de ces mêmes climatisations et du chauffage central. En revanche, ils seront beaucoup plus ridés en raison de l'influence des gadgets électroniques. Enfin, la peau sera beaucoup plus sombre en raison du métissage de la population.

Source : Metro du 11/10/2012

lundi 15 octobre 2012

Homo sapiens s’est bien hybridé avec Néandertal en sortant d’Afrique

Publiant leurs travaux dans PLoS Genetics, des chercheurs allemands et américains ont pu dater (approximativement) le dernier passage de gènes entre Néandertal et l’Homme anatomiquement moderne. Ils confirment que ces croisements ont eu lieu lorsque le second est sorti d’Afrique pour coloniser l’Eurasie, où il a rencontré le premier.

Des recherches antérieures ont mis en évidence, chez les Eurasiens actuels, des traces génétiques issues de l’Homme de Néandertal, attestant d’accouplements anciens entre les deux espèces. La rareté de ces gènes néandertaliens chez les Africains actuels laissait supposer que ce phénomène s’était produit au moment ou Homo sapiens, sortant d’Afrique vers -70 000 à -50 000 ans, avait rencontré au Moyen-Orient son cousin Néandertal.

Cependant, il existait aussi une deuxième possibilité. Cet épisode pouvait également avoir eu lieu bien plus tôt, il y a plusieurs centaines de milliers d’années, alors que les ancêtres de chacune des deux espèces cohabitaient encore en Afrique. Les croisements n’auraient alors concerné qu’une partie de la population sapiens, celle ayant par la suite quitté le continent noir. Pour en avoir le cœur net, des chercheurs de l’Université de Harvard (Massachussetts) et de l'Institut Max Planck (Allemagne) ont estimé à quand remontait le dernier ancêtre commun aux Néandertaliens et aux Européens modernes.

Pour ce faire, le Dr Sriram Sankararaman et ses collègues ont mesuré la longueur des fragments d'ADN communs aux deux génomes, et tenu compte de la réduction de taille des gènes qui, à chaque génération, survient lors de la recombinaison chromosomique. En effet, plus les gènes sont anciens, plus ils ont eu le temps de ‘raccourcir’. Résultats : Néandertaliens et Hommes modernes auraient eu leur dernier échange génétique il y a entre 37.000 et 86.000 ans, une fourchette de dates qui corrobore la première des 2 hypothèses, celle du métissage hors d’Afrique il y a quelques dizaines de milliers d’années ‘seulement’.

Source : MaxiSciences du 07/10/2012

vendredi 12 octobre 2012

Les hominidés ont commencé à manger de la viande plus tôt qu'estimé

Publiant leur étude dans PLoS ONE, une équipe internationale de chercheurs attribue l’anémie osseuse qu’elle a observée sur le crâne fossilisé, vieux de 2,5 Ma, d’un très jeune hominidé trouvé en Tanzanie, à une carence en aliments carnés.

C'est dans les gorges d'Olduvai, en Tanzanie qu'une équipe internationale dirigée par Manuel Domínguez-Rodrigo, de l'Université Complutense de Madrida fait une surprenante découverte. Ils y ont mis au jour les fragments de crâne fossilisé d’un hominidé juvénile. Si celui-ci semble remonter à quelque 2,5 millions d'années, sa particularité vient d'un autre élément : selon les chercheurs, ces fragments constitueraient le plus ancien témoignage connu d'une anémie par carence nutritionnelle.

En effet, comme l'ont expliqué les scientifiques, le crâne provient d’un enfant de moins de 2 ans. Mais ces ossements présentent des lésions qui semblent résulter d’une carence en vitamine B. L’âge de l’enfant suggère qu’il est mort durant la période post-sevrage, lorsqu’il a commencé à manger des aliments solides, et que ces derniers manquaient d’éléments carnés ; ou bien qu’il était encore dépendant du lait de sa mère, elle-même, alors, manquant de viande.

Les auteurs pensent que ceci soutient donc l'idée que la consommation de viande était, à l’époque, suffisamment répandue pour que ne pas en consommer puisse conduire à de l'anémie. Loin d’être des charognards occasionnels, "les premiers humains étaient des chasseurs, et avaient une physiologie adaptée à la consommation régulière de viande depuis au moins 1,5 Ma", concluent les auteurs.

Source : MaxiSciences du 06/10/2012